Introduction à la psychologie cognitive

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Notions de base sur le conditionnement, la psychologie cognitive, la mémoire et les fonctions exécutives.

Ces notes couvrent les concepts fondamentaux de la psychologie cognitive, en se concentrant sur les différentes théories de la mémoire, les processus d'apprentissage et les structures cérébrales associées. Elles intègrent des recherches historiques et contemporaines pour offrir une compréhension complète du sujet.

I. Le Conditionnement

Le conditionnement réfère à la modification systématique et durable du comportement ou des activités psychologiques suite à l'expérience. Les travaux d'Ivan Pavlov ont mis en évidence le conditionnement classique, tandis que E. Thorndike et B.F. Skinner ont développé le conditionnement opérant.

Apprentissage et Conditionnement Classique

L'apprentissage par conditionnement classique est un processus où un stimulus neutre (SN) acquiert la capacité d'évoquer une réponse qui était auparavant déclenchée par un stimulus inconditionnel (SI) naturel.

Terminologie clé :

  • Réaction Inconditionnelle (RI) : Réponse innée et non apprise à un stimulus (ex: salivation du chien à la vue de la viande).
  • Stimulus Inconditionnel (SI) : Événement qui déclenche naturellement la RI (ex: la viande).
  • Stimulus Neutre (SN) : Événement qui ne déclenche initialement aucune RI (ex: le son de cloche).
  • Stimulus Conditionnel (SC) : Un SN qui, après association répétée avec le SI, acquiert la capacité de déclencher une réaction (ex: le son de cloche après conditionnement).
  • Réaction Conditionnelle (RC) : Réponse apprise au SC, similaire à la RI mais déclenchée par le SC (ex: salivation au son de cloche).

Phénomènes associés au Conditionnement Classique :

  • Extinction : Disparition progressive de la RC en l'absence de présentation du SI après le SC.
  • Récupération Spontanée : Réapparition temporaire de la RC après une période d'extinction, suite à la nouvelle présentation du SC.
  • Inhibition : Mécanisme qui bloque la connexion entre le SC et la RC après extinction.
  • Contre-conditionnement : Éteindre une RC en associant le SC à un nouveau SI qui produit une RC différente et incompatible.
  • Conditionnement de Second Ordre : Utilisation d'un SC pour créer un nouveau SC sans la présence du SI original.

Facteurs d'association (selon E. Thorndike) :

  • Contiguïté : Plus deux événements sont rapprochés temporellement, plus l'association est forte.
  • Fréquence : Plus la co-occurrence des événements est fréquente, plus leur association est forte.
  • Intensité : Des événements intenses sont plus fortement associés.

Conditionnement Opérant

Contrairement au conditionnement classique (S → R), le conditionnement opérant inverse l'ordre (R → S). Un comportement est appris en fonction de ses conséquences.

  • Définition : Le comportement est "instrumental" quand il oriente l'organisme vers un but.
  • Renforcement : Le SI agit comme un renforçateur. Chaque combinaison de SI avec le stimulus à conditionner augmente l'efficacité de ce dernier.
  • Boîte de Skinner : Expérience classique où un animal apprend à appuyer sur un levier pour obtenir de la nourriture. L'intervalle entre les pressions diminue avec la répétition.

Renforcement et Punition :

Le renforcement augmente la probabilité d'un comportement, tandis que la punition la diminue.

Augmente le comportement Diminue le comportement
Positif Ajout d'un stimulus agréable (renforcement positif) Ajout d'un stimulus désagréable (punition positive)
Négatif Retrait d'un stimulus désagréable (renforcement négatif) Retrait d'un stimulus agréable (punition négative)

Récompense et Motivation :

La récompense et le conditionnement sont distincts : le conditionnement repose sur le renforcement, la récompense sur la motivation.

  • Étude de Warneken & Tomasello (2008) : Des enfants aidant un expérimentateur à récupérer un objet sont mis dans 3 conditions (récompense, félicitation, neutre). La récompense a diminué la probabilité d'aide, contrairement aux prédictions du conditionnement, soulignant les limites de cette théorie chez l'humain.

II. Courants de la Psychologie Cognitive

La psychologie cognitive, dominante depuis la seconde moitié du XXe siècle, étudie les mécanismes mentaux d'acquisition, de traitement et de stockage des connaissances. Lieberman (2012) distingue l'apprentissage (acquisition de connaissances) de la mémoire (rétention des connaissances).

Groom (2014) identifie quatre approches principales :

  • La neuropsychologie
  • Les neurosciences
  • L'intelligence artificielle/informatique
  • La psychologie expérimentale

La Neuropsychologie Cognitive

Cette approche étudie le fonctionnement cérébral normal en analysant les troubles cognitifs résultant de lésions cérébrales. Elle postule que le cerveau est le siège de l'apprentissage et de la mémoire.

Cartographie Cérébrale et Fonctions Cognitives :

  • Cortex Cérébral (Néocortex) : Enveloppe externe du cerveau, divisée en hémisphères (gauche pour le langage chez les droitiers, droit pour les traitements non-verbaux/images) et quatre lobes.
  • Lobes Frontaux : Impliqués dans le mouvement (aire de Broca pour la parole) et le système exécutif central (prise de décisions).
  • Lobes Pariétaux : Liés à la perception (cortex somatique) et importants pour la perception de la douleur et la mémoire de travail.
  • Lobes Temporaux : Associés à la mémoire (encodage, souvenirs), l'aire auditive principale et le centre du langage (aire de Wernicke pour la compréhension de la parole).
  • Lobes Occipitaux : Traitement des informations visuelles.
  • Hippocampe : Structure sous-corticale essentielle à l'encodage et au stockage des souvenirs à long terme.
  • Striatum : Noyau central impliqué dans l'apprentissage lié aux mouvements et la mémoire procédurale.

Les Neurosciences

Ensemble de sciences qui visualisent et comprennent le fonctionnement du cerveau en mesurant l'activité neuronale. La psychologie s'intéresse spécifiquement aux neurosciences cognitives.

  • Neurones : Cellules nerveuses connectées par des synapses (principalement chimiques chez l'humain), permettant la transmission d'informations.

Techniques d'Imagerie Cérébrale :

  • Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) : Basée sur les propriétés magnétiques de l'hydrogène. Stimule les protons pour les orienter, puis mesure l'énergie restituée après l'arrêt de la stimulation.
  • IRM fonctionnelle (IRMf) : Détecte les modifications du signal de résonance magnétique liées à l'oxygénation sanguine, reflet de l'activité neuronale.

L'Intelligence Artificielle / Informatique

Consiste en des programmes informatiques simulant le comportement cognitif humain. C'est le modèle sous-jacent à la psychologie cognitive.

  • Modèle de Télécommunication : La théorie de l'information (Shannon & Weaver, 1949) est un principe de base pour comprendre le traitement de l'information cognitive.

La Psychologie Expérimentale

Approche historique de la psychologie cognitive, très documentée, qui utilise des expériences sur des sujets humains pour étudier la perception, l'apprentissage, la mémoire et la pensée.

La mémorisation repose sur trois étapes principales :

  • Encodage : Transcription des informations (sons, odeurs visualisations images) dans un code compréhensible.
  • Stockage : Conservation des informations dans différentes structures mnésiques.
  • Récupération : Processus pour retrouver les informations stockées.

Mesures de la Mémoire :

  • Tests Explicites (Serge Nicolas, 2007) : Évaluent le souvenir conscient.
    • Rappel Libre : Rappeler les mots sans ordre défini.
    • Rappel Sérial : Rappeler les mots dans l'ordre de présentation.
    • Rappel Associatif (Indicé) : Rappeler un mot à partir d'un indice.
    • Reconnaissance : Identifier des éléments parmi un ensemble (ex: QCM).
  • Tests Implicites : Mesurent l'influence d'un événement sans référence consciente. L'amorçage est un effet où la présentation d'un premier matériel facilite le traitement d'un second.

Exemple : Étude d'une liste de mots, suivie d'une tâche interférente, puis complétion de trigrammes. Les sujets rappellent souvent les mots étudiés initialement sans s'en rendre compte.

III. Les Systèmes de Mémoire

A. La Mémoire Sensorielle

Il existe différents types de mémoires sensorielles, spécifiques à chaque sens, caractérisées par une brève durée de persistance.

  • Mémoire Iconique (Visuelle Sensorielle) : Étudiée par Sperling (1960).
    • Persistance rétinienne de l'ordre de 250 ms.
    • Le "post-champ clair" (stimulation lumineuse après l'image) peut exciter la rétine et effacer l'image plus rapidement.
  • Mémoire Échoïque (Auditive Sensorielle) : Étudiée par Peterson et Johnson (1970) avec des trigrammes.
    • Persistance de l'ordre de 2 à 3 secondes.
    • Le rappel auditif est généralement meilleur que le visuel à court terme, mais les performances convergent après quelques secondes (ex: 12 secondes).

Chaque modalité sensorielle posséderait une mémoire particulière avec des caractéristiques et une durée de persistance propres.

B. Mémoire à Court Terme (MCT) et Mémoire de Travail (MT)

L'Oubli à Court Terme : Technique Brown-Peterson (1959)

Les sujets mémorisent 3 consonnes puis les rappellent. Une tâche interférente (compter à rebours) après 18 secondes conduit à un oubli massif (0% de rappel), montrant la brève durée de la MCT (20-30 secondes).

Les Effets Sériels (Glanzer & Cunitz, 1966 ; Craik, 1970)

  • Mémorisation d'une liste de 15 mots, suivie d'un rappel immédiat ou différé.
  • Courbe de rappel en U :
    • Effet de Primauté : Meilleur rappel des premiers mots (stockage en MLT).
    • Effet de Récence : Meilleur rappel des derniers mots (stockage en MCT).
  • En rappel différé, seul l'effet de primauté persiste, confirmant le rôle de la MCT pour les derniers mots.

Modèle d'Atkinson et Shiffrin (1968)

Un des premiers modèles modulaires de la mémoire : registres sensoriels → MCT → MLT. Il met en avant les processus de contrôle (attention) ce qui explique les effets sériels. Cependant, il est critiqué pour postuler la MCT comme un sas obligatoire vers la MLT, le stockage conscient en MCT, et le statut uniforme des informations.

Modèle de la Mémoire de Travail (Baddeley & Hitch, 1974)

Ce modèle postule que la MCT ne sert pas uniquement à stocker, mais aussi à traiter les informations. Le phénomène des tâches concurrentes montre que la capacité de raisonnement est faiblement affectée par une charge de stockage faible (2 chiffres), mais l'est davantage par une charge de 6 chiffres.

  • La MT gère le stockage et le traitement.
  • Elle comprend des sous-systèmes spécialisés interagissant dynamiquement.
  • Expérience "la-la-la" : La concurrence verbale nuit moins au raisonnement que la concurrence des chiffres, mais entraîne le même pourcentage d'erreurs.

La Boucle Phonologique

Premier élément étudié de la MT, un système passif qui stocke les informations verbales en les codant phonologiquement. La persistance est d'environ 2 secondes sans rafraîchissement.

  • Effet de Similarité Phonologique (1966) : Des éléments phonologiquement similaires sont plus difficiles à distinguer et à rappeler, car leurs codes sont semblables.
  • Effet d'Écoute Inattentive (Colle & Welsh, 1976) : Un bruit de fond phonologique (ex: lecture en allemand) diminue le rappel immédiat de séries de nombres visuellement présentés, car il surcharge la boucle phonologique.
  • Effet de Longueur des Mots (1975) : Les mots plus longs sont plus difficiles à rappeler car la subvocalisation (répétition mentale) prend plus de temps, réduisant la capacité de rafraîchissement. L'empan mnésique dépend de la vitesse d'effacement de la trace et de la vitesse de répétition subvocal.
  • Suppression Articulatoire : La prononciation de séquences verbales sans signification perturbe la boucle phonologique. Elle annule l'effet de longueur des mots et impacte le recodage phonologique pour les présentations visuelles.

Sous-composants de la Boucle Phonologique (Baddeley, 1986) :

  • Stockage Phonologique : Entrepôt passif pour l'information verbale codée phonologiquement.
  • Processus de Répétition Articulatoire : Système actif qui rafraîchit l'information dans le stockage phonologique.

Localisation de la Boucle Phonologique (Papagno et al., 2017) :

  • Étude avec des patients équipés d'électrodes.
  • Lobe Pariétal (gyrus supramarginal et angulaire) : Impliqué dans les erreurs d'ordre.
  • Aire de Broca : Impliquée dans les erreurs d'item.
  • L'information liée à l'ordre est stockée dans le gyrus supramarginal, puis transférée à l'aire de Broca pour être transformée en information liée à l'item par répétition.
  • Les informations verbales auditives atteignent l'aire de Wernicke, puis sont transférées à l'aire de Broca.

Le Calepin Visuo-Spatial

Spécialisé dans le traitement et le maintien des informations visuelles et spatiales.

  • Matrice de Brooks (Baddeley et al., 1975) : Tâche de mémorisation de chemins. Une tâche concurrente de poursuite de rotor (visuelle) affecte davantage la mémorisation spatiale que verbale, prouvant l'existence d'une mémoire spécialisée pour les images.
  • Blocs de Corsi : Test mesurant l'empan visuo-spatial, où le participant reproduit une séquence de blocs touchés par l'expérimentateur.
  • Matrice VPT (Visual Pattern Test) : Mémorisation de grilles avec des motifs noirs.
  • Composants du Calepin Visuo-Spatial :
    • Visuel : Traitement des caractéristiques visuelles (couleur, forme, orientation).
    • Spatial : Traitement des données spatiales, de l'action et de l'attention spatiale.

L'Administrateur Central

Système attentionnel difficile à isoler, car les systèmes esclaves sont souvent impliqués dans les tâches de mémorisation. Il est lié à la motivation et à l'attention.

  • Attention Exogène : Captée automatiquement par un stimulus.
  • Attention Endogène : Contrôlée par l'intention de l'individu.
  • Test de Stroop : Démontre l'activation automatique du mot écrit qui interfère avec la nomination de la couleur de l'encre, mettant en évidence l'activation irrépressible de l'attention pour certains stimuli.

Attention et Actes Manqués (Forster & Lavie, 2007) :

  • Les personnes avec un score élevé au CFQ (Cognitive Failures Questionnaire) montrent plus d'interférences de distracteurs en condition de faible charge perceptive.
  • En forte charge perceptive, les distracteurs n'ont plus d'effet car l'attention disponible est entièrement utilisée.

Principe de l'Administrateur Central (Norman & Shallice, 1986 ; Baddeley, 1968) :

  • Modèle attentionnel qui distingue les processus automatiques et contrôlés.
  • Processus Automatiques : Basés sur des connaissances en MLT, rapides, parallèles, difficilement modifiables, peu affectés par la charge.
  • Processus Contrôlés : Sollicitent fortement l'attention, sériels, modifiables, dépendants de la charge.
  • SAS (Supervisory Attentional System) : Intervient dans les situations nouvelles ou complexes où les automatismes ne suffisent pas, nécessitant volonté et charge mentale pour désactiver les habitudes.
  • Tâche de Génération de Lettres au Hasard : Démontre qu'après 15-20 lettres, les sujets ont tendance à produire des séquences stéréotypées (CAF, CIA), soulignant la nécessité du SAS pour rompre l'automatisme.

Études sur l'Administrateur Central (Salway & Logies, 1995) :

  • Les tâches secondaires (suppression articulatoire, suppression spatiale) interfèrent spécifiquement avec les modalités verbales ou spatiales.
  • La génération aléatoire de nombres, mobilisant les ressources attentionnelles de l'administrateur central, affecte les deux types de rappel de la même manière.

Capacités de l'Administrateur Central (Baddeley, 1996) :

  • Focaliser l'attention et inhiber les distracteurs.
  • Diviser l'attention pour coordonner plusieurs activités.
  • Contrôler les automatismes.
  • Récupérer et manipuler les informations en MLT.

Localisation de la MT : Activité Cérébrale (Bedwelle et al., 2005) :

  • Étude IRMf pendant une tâche de maintien d'informations en MT.
  • Activation des lobes frontal (cortex préfrontal, zones motrices) et pariétal. Activation du lobe occipital pendant l'encodage et le maintien.
  • Les lésions frontales entraînent des difficultés d'organisation malgré une intelligence conservée.

C. Les Fonctions Exécutives (Shallice & Burger, 1991 ; Diamond, 2013)

Processus mentaux nécessitant concentration et attention lorsque l'automatisme ou l'intuition est insuffisant. Elles impliquent un effort mental pour résister aux habitudes ou tentations.

Trois Catégories de Fonctions Exécutives (Miyake et al., 2000 ; Diamond, 2013) :

  • Inhibition :
    • Contrôle Inhibiteur : Réguler son attention, comportement, pensées, émotions (autocontrôle, inhibition comportementale).
    • Contrôle des Interférences : Attention sélective, inhibition cognitive (résister aux pensées indésirables).
  • Flexibilité Cognitive :
    • Capacité de passer d'une tâche à l'autre, d'adopter des perspectives différentes.
    • Wisconsin Card Sorting Test (WCST) : Test de flexibilité où les patients lésés aux lobes frontaux ont des difficultés à changer de règle.
  • Mise à Jour de la Mémoire de Travail :
    • Maintenir les informations accessibles sur de courtes périodes (Erickson et al., 2015).
    • Garder des informations à l'esprit et les traiter mentalement (Diamond, 2013).

Le modèle de MT de Baddeley (1974) et les fonctions exécutives sont fortement liés : les fonctions de l'administrateur central (contrôle et focalisation de l'attention) sont similaires à l'inhibition, et la flexibilité cognitive est proche de la division de l'attention.

D. La Mémoire Imagée

Étudie la mémorisation des images et leur interaction avec le sens et le langage.

  • Rappel de l'Image : (Denis, 1976 ; Fraisse, 1974)
    • Les phrases sont moins bien rappelées que les images, mais la supériorité de l'image est observable pour des temps d'encodage suffisants (ex: 1125 ms).
  • Reconnaissance et Identification : (Potter, 1976)
    • Paradigm RSVP (Rapid Serial Visual Presentation) montre une excellente identification sémantique des images (détection de titre) à des seuils très faibles, tandis que la reconnaissance des détails est médiocre.
  • Encodage de l'Image : (Mandley & Ritchey, 1977)
    • Les scènes complexes sont encodées sémantiquement : le changement de type d'objet (sens) est plus facile à détecter qu'un changement d'aspect (physique). La distance entre les objets est moins bien retenue à long terme.
  • Le Sens et l'Image : (Bower, Karlin & Dueck, 1975)
    • La signification affecte la mémorisation des images : les dessins sont mieux rappelés s'ils sont accompagnés d'un titre (Droodles).
  • Double Codage (Paivio, 1971) :
    • Une image évoque un code verbal et un code imagé. Un mot concret évoque une image (double codage), ce qui explique pourquoi les mots concrets sont mieux rappelés que les mots abstraits.

Lecture et Dénomination :

  • Traitement de l'Image : (Fraisse, 1964 ; Lieury, 1992)
    • Le seuil d'identification est similaire pour les mots et dessins, mais le temps de réaction verbale est plus long pour dénommer un dessin que pour lire un mot.
    • La lecture est un traitement parallèle (accès sémantique et lexical rapide), tandis que la dénomination est sérielle (accès sémantique rapide, mais lexical plus lent).
  • Double Codage et Accès Lexical : (Lieury & Calvez)
    • Les dessins facilement dénommables (simple double encodage verbal + visuel) sont mieux reconnus que les dessins composés ou ambigus (encodage lexical/sémantique difficile).

E. Mémoire Procédurale

La mémoire procédurale stocke les savoir-faire et les habitudes, c'est-à-dire les connaissances non explicites relatives aux actions et aux mouvements.

  • Mémoire de l'Action : (Engelkamp & Zimmer, 1986)
    • Le fait de réaliser, de regarder, ou de lire une action améliore la mémorisation (triple codage : verbal, imagé, moteur).
  • Transfert d'Apprentissage : (Bray & Woodworth, 1949)
    • Capacité à transférer des connaissances acquises précédemment.
    • Transfert Bilatéral : Utiliser une partie du corps pour une compétence acquise avec l'autre.
    • Apprendre à Apprendre : Amélioration de la vitesse d'apprentissage pour des tâches similaires.
    • Transfert Négatif : Un apprentissage gêne un suivant.
  • Modèle de Squire (2004) :
    • Distinction entre Mémoire Déclarative (consciente, facts et événements, dépend du lobe temporal médian, altérée en cas d'amnésie) et Mémoire Non-Déclarative (révélée par la performance, basée sur l'habitude, extraire les éléments communs d'une série d'événements).
    • La mémoire procédurale fait partie des mémoires non-déclaratives.

Tâches sur la Mémoire Procédurale :

  • Serial Reaction Time Task (SRTT) : Apprentissage implicite d'une séquence visuelle. Les temps de réaction diminuent sans que les participants puissent expliciter la séquence. Le striatum est activé.
  • Tâche de Prédiction Météorologique : Prédiction du temps en fonction d'indices visuels probabilistes. Apprentissage par essai-erreur.
  • Apprentissage Météorologique et Trouble Neurologique : (Knowlton et al., 1996)
    • Les patients amnésiques sont mauvais aux QCM.
    • Les patients Parkinson (surtout sévères) sont mauvais à la tâche probabiliste.
  • Tâche de Déduction : (Seger et Cinotta, 2006)
    • Apprentissage d'une règle. Le striatum est activé pendant la phase d'apprentissage (feedback), l'hippocampe pendant la phase d'application (mémorisation des éléments).

F. Mémoire Sémantique et Organisation

Le traitement sémantique permet une meilleure mémorisation grâce à une élaboration et une organisation accrue de l'information.

  • Principe des Niveaux de Traitement (Craik & Lockhart, 1972) :
    • Plus l'information est élaborée, plus elle est retenue. Trois niveaux : structural, phonétique, sémantique. Le traitement sémantique est supérieur.
    • Effet d'auto-référencement : Le traitement est plus profond si on fait référence à soi-même.
    • Limites : Les images sont encodées sémantiquement avant d'être nommées. L'effet Stroop montre que l'encodage sémantique existe dès le niveau structural.
    • Modèle révisé : Parallèle des Niveaux de Traitement (Lockhart & Craik, 1990) : Permet d'intégrer ces nuances.

Élaboration et Organisation :

  • Les Chunks (Miller, 1956) : Regroupement d'informations pour optimiser la capacité de la MCT.
  • Catégorisation (Wood, 1954) : L'apprentissage de mots est facilité s'ils sont présentés en catégories.
  • Organisation Verbale (Garten & Blick, 1974) : Les "mots clés" et les "phrases" facilitent le rappel de mots associés par rapport à la simple répétition.
  • Organisation Imagée (Bower, 1970) : L'imagerie intégrée (ex: rivière de billets) est plus efficace pour le rappel que l'imagerie séparée.
  • Organisation Subjective (Blick et al., 1972 ; Ehrlich, 1972) : L'organisation interne est indispensable à l'apprentissage.

Organisation et Mémoire Sémantique :

  • Modèle de Collins et Quillian (1969) : Premier modèle hiérarchique de la mémoire sémantique.
    • Hiérarchie Catégorielle : Concepts organisés en sous- et sur-catégories.
    • Économie Cognitive : Seules les propriétés spécifiques sont stockées avec les concepts, les propriétés générales étant dans les catégories supérieures.
    • Test de Vérification d'Énoncés : Plus l'information est éloignée hiérarchiquement, plus le temps de réponse est long.
  • Limites du Modèle Hiérarchique :
    • Effet d'Inversion (Rips, Shoben & Smith, 1973) : La hiérarchie n'est pas toujours observée (chien est un animal > chien est un mammifère).
    • Effet de Typicalité (Conrad, 1972) : Certaines propriétés plus typiques sont vérifiées plus rapidement, indépendamment de l'éloignement hiérarchique.

Modèle de Propagation/Activation en Mémoire Sémantique (Collins & Loftus, 1975) :

  • Abandon de la conception hiérarchique : les concepts sont interconnectés en un immense réseau.
  • Distance Sémantique : L'activation se diffuse de proche en proche. La force de l'activation diminue avec le chemin parcouru.
  • Cette diffusion parallèle explique les effets d'amorçage sémantique.
  • Mémoire Sémantique et Compréhension (Lieury, 2006 ; De Groot, 1965) : La compréhension se fait par accès direct (informations stockées) ou par inférence (raisonnement à partir du réseau de connaissances). Les experts ont une organisation économique de leurs connaissances.

G. Mémoire Épisodique et Oubli

L'oubli est un phénomène complexe influencé par le temps, l'interférence et la récupération.

  • Courbe de Réapprentissage (Ebbinghaus, 1879-1880) :
    • L'oubli n'est pas linéaire, mais suit une courbe logarithmique : rapide au début, puis plus lente.
  • Interférence Proactive (Underwood, 1957) :
    • Un apprentissage antérieur (ex: liste de mots) interfère avec le rappel d'un apprentissage ultérieur. L'oubli est en fait une fonction du nombre d'apprentissages précédents.
  • Interférence Rétroactive (McGeoph & McDonald, 1931) :
    • Un apprentissage ultérieur perturbe le rappel d'un apprentissage précédent. L'interférence est plus forte si les apprentissages sont similaires.

Stockage et Récupération :

  • La Seconde Nature de l'Oubli (Tulving et Watkins, 1973) :
    • L'oubli est un problème de récupération, non de stockage. L'efficacité du rappel dépend de la qualité des indices.
  • Expérience de Tulving & Pearlstone (1966) :
    • Le rappel indicé (avec catégories) est supérieur au rappel libre. Les indices de récupération facilitent l'accès aux informations.
  • Encodage Spécifique (Godden & Baddeley, 1975) :
    • La récupération est meilleure lorsque le contexte d'encodage correspond au contexte de récupération (effet de dépendance au contexte).

H. Mémoire Épisodique et Humaine

La mémoire épisodique stocke les épisodes d'apprentissage dans leur contexte d'apparition, tandis que la mémoire sémantique stocke des informations décontextualisées.

  • Mémoire Épisodique : Stocke les informations avec leur contexte spatio-temporel. Les indices de rappel réactivent l'épisode encodé.
  • Mémoire Sémantique : Stocke les informations selon leur sens.

Deux Mémoires à Long Terme (Tulving, 1972) :

  • Mémoire Épisodique : Événements datés avec leurs relations spatio-temporelles.
  • Mémoire Sémantique : Connaissances générales et décontextualisées.

Le Patient HM et Distinction Mémoire Sémantique/Épisodique :

  • Après lobectomie bilatérale du lobe temporal médian.
  • Intelligence Conservée.
  • Amnésie Antérograde Sévère (incapacité à former de nouveaux souvenirs) et Rétrograde Partielle (perte de souvenirs anciens).
  • Apprentissages Procéduraux Intacts (ex: test du dessin en miroir).
  • Impossibilité de relier les souvenirs explicites au contexte d'apprentissage. Localisation de la mémoire épisodique dans le lobe temporal médian.

Distinction Familiarité et Souvenir (Mandler, 1980) :

  • Familiarité : Décider si un item a déjà été rencontré (processus automatique).
  • Souvenir (Recollection) : Se rappeler où et comment un item a été rencontré (processus contrôlé, volontaire).

Mémoire Implicite et Explicite (Parkin et al., 1990) :

  • L'attention divisée à l'encodage affecte significativement la reconnaissance (mémoire explicite), mais pas la complétion (mémoire implicite).
  • Le rappel explicite (reconnaissance) nécessite plus d'effort à l'encodage. La familiarité est liée à la mémoire sémantique/implicite.

Localisation Cérébrale des Mémoires (Neurosciences) :

  • IRMf et Encogage/Récupération : (Brewer et al., 1998) L'activation de l'hippocampe, du cortex parahippocampique et périrhinal à l'encodage est corrélée avec la récupération ultérieure et le souvenir de la source.
  • L'activation hippocampique est liée au souvenir contextuel (avec source), tandis que l'activation périrhinale est liée à la reconnaissance sans source.
  • Théories sur le Rôle de l'Hippocampe :
    • Théorie de la Mémoire Épisodique (Tulving, 1972-2002) : Spécialisé dans la formation de représentations d'événements à long terme et la reviviscence du passé.
    • Théorie de la Mémoire Relationnelle (Cohen & Eichenbaum, 1993) : Spécialisée dans la création d'associations arbitraires.

Modèle BIC (Binding of Item and Context) :

  • Identification des sous-régions du lobe temporal médian : hippocampe, cortex entorhinal, périrhinal, parahippocampique.
  • La recollection est attribuée à l'hippocampe, la familiarité au cortex périrhinal.
  • Cortex périrhinal : Reçoit le flux visuel ventral ("quoi", informations relatives aux éléments).
  • Cortex parahippocampique : Reçoit le flux visuel dorsal ("où et comment", informations spatiales).
  • Hippocampe : Intègre les flux "quoi" et "où/comment" pour associer les items et leur contexte.

Modèles de Consolidation :

  • Consolidation (Squire et Alvarez, 1995) : Processus par lequel l'importance du lobe temporal médian diminue avec le temps, permettant à une mémoire permanente de s'installer dans le néocortex.
  • Rôle de l'Hippocampe : Ne stocke rien en lui-même, mais est une zone de transit pour la création de souvenirs à long terme, la création de chunks ou le stockage d'indices.

Modèle Multi-composants de la Mémoire de Travail (Baddeley, 2012) :

  • Intègre un buffer épisodique au centre, soulignant son rôle crucial dans la création d'épisodes et de chunks (mémoire explicite). Les informations sous le seuil de conscience restent déconnectées (mémoire implicite).

Distribution de la MT sur le Cortex (Awh et al., 1999) :

  • Des études IRMf montrent que les aires visuelles postérieures sont activées pendant les tâches de MT spatiale.
  • L'attention spatiale est orientée vers les emplacements mémorisés, entraînant des réponses visuelles controlatérales plus fortes.
  • Les aires visuelles sont utilisées par la MT visuelle pour mémoriser temporairement les emplacements. L'activation corticale dépend du type de tâche (verbal pour l'hémisphère gauche, visuospatial pour l'hémisphère droit).

Principe de Base de la Mémoire de Travail (Awh et al., 1999) :

  • Maintenance à court terme des informations en l'absence d'entrée sensorielle.
  • Interaction entre les processus de MT (attention sélective) et les représentations en MLT.
  • Les régions fronto-pariétales (attentionnelles) et spécifiques au contenu (représentations perceptives, MLT) travaillent ensemble.

Fonctions Exécutives et Cortex Préfrontal/Pariétal :

  • Le cortex préfrontal gère les buts et les moyens, et leur niveau d'abstraction.
  • Le cortex pariétal supérieur assure le contrôle sélectif de l'attention. Les lésions pariétales droites altèrent la MT spatiale.
  • Les lésions pariétales gauches affectent la MT verbale.

IV. Synthèse des Mémoires

Il existe différentes mémoires aux caractéristiques distinctes, mais leurs interactions sont complexes. Il est possible de répertorier les mémoires et leurs relations dans un modèle global pour des raisons pédagogiques.

Conclusion

De l'étude des réflexes pavloviens à la modélisation complexe de la mémoire de travail et des fonctions exécutives, la psychologie cognitive a considérablement enrichi notre compréhension des processus mentaux. Les avancées en neuropsychologie et neurosciences ont permis de localiser et de distinguer différentes formes de mémoire et d'apprentissage, tout en soulignant l'importance de l'élaboration et de l'organisation des informations pour une mémorisation efficace. La distinction entre mémoire explicite et implicite, ainsi que la nature multimodale de la mémoire de travail, sont des concepts clés pour appréhender la complexité de la cognition humaine.

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