Identité et Conscience de Soi
15 carteCe document explore la nature de l'identité personnelle et les différentes manières de se connaître, à travers les philosophies de Saint Thomas d'Aquin, John Locke, Olivier Sacks et Pascal, en abordant les notions de corps, d'actions, de conscience et de mémoire.
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Note:Ce document est entièrement rédigé en français, comme demandé.
Le sujet de l'identité personnelle soulève des questions fondamentales sur les modalitésde la connaissance de soi : qui suis-je et qu'est-ce qui me constitue ? Il s'agit d'explorer comment nous accédons à notre identité.
I. Je suis ce que je fais
D'un côté, il semble que je sois le mieux placé pour savoir qui je suis et ce que je suis, étant le plus proche et le plus intime de moi-même. Personne d'autre ne sait ce que cela fait d'être moi, ou ne peut accéder à l'intention de mes actes.
D'un autre côté, ne suis-je pas trop proche de moi-même pour me voir objectivement ? Le regard des autres semble offrir une distance capable de porter un meilleur jugement. Un individu peut agir sans être empêtré par son "moi". Cependant, le regard d'autrui n'est pas neutre ; il peut nous façonner. Si l'on croit à ce que les autres disent de nous, nous devenons cela. Mais est-il prudent de remettre notre identité personnelle entre les mains d'autrui ?
Qu'est-ce qu'une personne et qu'est-ce qui fonde la personnalité d'un individu ?
Texte 1 : Saint Thomas d'Aquin (XIIIe siècle), Somme de théologie, I, Q.29
L'universel et le particulier se rencontrent dans tous les genres ; cependant ils se vérifient d'une manière spéciale dans le genre substance. La substance en effet est individuée par elle-même (par son corps) ; tandis que les accidents le sont par leur sujet, c'est-à-dire par leur substance : on dit « cette » blancheur, dès lors qu'elle est dans « ce » sujet. (...) La différence accidentelle rend une réalité « autre » qualitativement. Si rien d'autre de ce qui constitue la raison de l'espèce ne venait s'adjoindre, il ne seraitpas nécessaire de distinguer la nature de l'individu subsistant dans cette nature. [C'est pourquoi l'accident participe à la constitution de la personne.] (...) Mais le particulier et l'individu se rencontrent sous un mode encore plus spécial et parfait dans les substances raisonnables, qui ont la maîtrise de leurs actes :elles ne sont pas simplement « agies », comme les autres, elles agissent par elles-mêmes (...) Aussi, parmi les substances, les individus de nature raisonnable ont-ils un nom spécial, celui de « personne ». (...) Car en nous la nature ayant une existence propre ; elle possède aussi sa propre personnalité.
Thomas d'Aquin distingue l'individu de la personne. La personnalité émerge de l'individu, mais chaque personne est singulière et irréductible.
Le caractère unique de la personne chez Thomas d'Aquin
Le corps (complexion organique, dispositions naturelles) individualise. C'est "mon corps".
Les accidents (ce qui peut être modifié sans changer la nature essentielle de la chose, ex: grand/petit, malade/en bonne santé) affectent l'individu mais ne définissent pas la personne.
Les actes fondent la personne. Pour être une personne à part entière, il faut des actes. Les actions réfléchies, intentionnelles, et orientées vers une finalité ("acte") définissent la personne. Contrairement aux animaux qui agissent parinstinct pour leur survie, l'être humain se forge une personnalité au-delà de ce simple but naturel, par ses choix et ses habitudes.
Pour Thomas d'Aquin, la personnalité est le produit de la volonté et non du souhait. Je ne suis pas ce que jedésire être, mais ce que je veux être et que je concrétise par mes actes. Ainsi, je suis ce que je fais.
Concepts | Définition | Exemple |
Universel | Ce qui ne peut être autrement, s'applique à tous les cas. | Tous les hommes sont raisonnables. |
Général | Vrai dans la plupart des cas, maisavec des exceptions. | La plupart des hommes n'agissent pas sans raison. |
Particulier | Valable pour une minorité de cas. | Certains hommes sont des génies. |
Singulier | Unique, irréductible. | Socrates, Platon, Aristote. |
II. Je suis ce que j'ai conscience d'être
A) Le moi et la mémoire
Comment rendre compte de la permanence du "je" au fil du temps malgré les changements corporels et existentiels ? À quelles conditions puis-je me reconnaître dans l'enfant que j'ai été, malgré les différences profondes (corps, choix, habitudes) qui nous séparent désormais ?
Texte 2 : John Locke (1632-1704), Essai philosophique concernant l'entendement humain, II, XXVII
§ 17. Le soi dépend de la conscience. Soi est cette chose qui pense consciente [...] qui est sensible, ou conscientedu plaisir et de la douleur, capable de bonheur et de malheur, et qui dès lors se soucie de soi dans toute la mesure où s'étend cette conscience. [...] C'est la conscience qui accompagne la substance [...] qui fait la même personne, et constitue ce soi indivisible, de même en va-t-il parrapport à des substances éloignées dans le temps. [...] elle s'attribue ainsi et avoue toutes les actions de cette chose, qui n'appartiennent qu'à elle seule aussi loin que s'étend cette conscience (mais pas plus loin) [...].
§ 19. Ceci peut nous faire voir en quoi consistel'identité personnelle : non dans l'identité de substance mais, comme je l'ai dit, dans l'identité de conscience, en sorte que si Socrate et l'actuel maire de Quinborough en conviennent, ils sont la même personne, tandis que si le même Socrate éveillé et endormi ne partagent pas la même conscience, Socrate éveillé et Socrate dormant n'est pas la même personne. [...] Et punir Socrate l'éveillé pour ce que Socrate le dormant a pu penser, et dont Socrate l'éveillé n'a jamais eu conscience, neserait pas plus juste que de punir un jumeau pour les actes de son frère jumeau [...].
Locke pose que le soi est la chose pensante consciente, capable de sensations, de bonheur et de malheur, et qui se soucie d'elle-même. L'identité personnelle ne réside pas dans l'identité de la substance physique, mais dans l'identité de conscience. La conscience permet d'attribuer des actes passés à la même personne. Si deux états n'ont pas de conscience partagée (comme Socrate éveillé et Socrate dormant), ils ne sont pasla même personne.
Cette théorie a des implications morales et judiciaires : il serait injuste de punir quelqu'un pour des actes dont il n'a aucune conscience.
Texte 3 : Oliver Sacks (1933-2015), L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985)
Ce texte relate un cas d'amnésie. Jimmie G., admis à quarante-neuf ans (en 1975) dans un institut psychiatrique, a conservé des souvenirs très précis de son enfance et de sa jeunesse, mais une fracture brutale semble s'être faite dans sa mémoire à partir de son affectation dans la Marine en 1943. Il croit être en 1945, et pense avoir dix-neuf ans. Confronté à sonreflet dans un miroir, il est pris d'effroi face à son apparence vieillie, ne reconnaissant pas l'homme qu'il est devenu.
Le cas de Jimmie G. illustre de manière frappante les limites de l'identité liée à la conscience et à la mémoire. Sansun fil continu de souvenirs, la personne perd son sens du temps et de son propre être. La capacité à se reconnaître dans le passé est fondamentale pour l'identité personnelle.
Texte 4 : Pascal (1623-1662), Pensées
Qu'est-ceque le Moi ? Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants ; si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on ? moi ? Non, car je puis perdre cesqualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? et comment aimer ce corps ou l'âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
Pascal interroge la nature insaisissable du Moi.Il soutient que le Moi n'est pas réductible à des qualités physiques (beauté) ou psychiques (jugement, mémoire), car celles-ci sont périssables et peuvent changer sans que la personne ne se perde "elle-même". Pour Pascal, on n'aime jamais une personne entant que telle, mais seulement les qualités qu'elle possède. Cela soulève la question de l'existence d'un moi essentiel et permanent, au-delà de ses attributs.
Conclusion et points clés
L'identité personnelle est une question complexe explorée à traversdifférentes approches : l'action (Thomas d'Aquin), la conscience et la mémoire (Locke, Sacks), et la critique de l'attachement aux qualités (Pascal).
Thomas d'Aquin met l'accent sur les actes volontaires commefondement de la personnalité, au-delà du corps et des accidents. Je suis ce que je fais.
Locke propose que l'identité de conscience est le critère de l'identité personnelle, reliant le passé au présent par la mémoire et la conscience desoi. Je suis ce dont j'ai conscience d'être.
Le cas de Jimmie G. (Sacks) met en lumière la fragilité de l'identité en l'absence de mémoire continue, validant l'importance de la conscience pour le sentiment de soi.
Pascal soulève un scepticisme quant à la possibilité d'aimer le "Moi" en soi, argüant que nous n'aimons que les qualités, suggérant que le Moi est quelque chose d'insaisissable et non réductible à ses attributs.
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