Facilitation et Paresse Sociales
Nessuna cartaFacilitation sociale et paresse sociale : effets de la présence d'autrui sur les performances individuelles, incluant les théories de Zajonc et Cottrell, ainsi que le phénomène de la paresse sociale et les stratégies pour la réduire.
La Facilitation Sociale et la Paresse Sociale
La présence d'autrui peut influencer nos performances, soit en les améliorant (facilitation sociale), soit en les dégradant (inhibition sociale).
I. La Facilitation Sociale
La facilitation sociale se réfère à l'amélioration des performances d'une personne en présence d'autrui.
A. Observations Historiques (Triplett, 1898)
Triplett (1898) a été l'un des premiers à observer ce phénomène :
- Il a analysé les temps de cyclistes et a constaté qu'ils étaient meilleurs en compétition, puis en présence de l'entraîneur, et enfin seuls.
- Dans une autre étude, des enfants réalisaient plus vite des moulinets de canne à pêche lorsqu'ils étaient deux.
Ces observations suggèrent que la présence d'autrui, même en co-action, peut améliorer les performances.
B. Types d'Effets de la Présence d'Autrui
- Effets d'audience (ou co-présence) : La performance d'un individu est affectée par la présence de spectateurs passifs.
- Effets de co-action : La performance est affectée par la présence d'autres personnes effectuant la même tâche.
C. Recherches et Théories sur la Facilitation Sociale
1. Meumann (1904) et Travis (1925)
- Meumann (1904) a observé que la présence d'un enseignant améliorait le rendement de ses étudiants même lorsque ceux-ci étaient censés travailler à leur maximum. Il a étendu cette observation aux tâches motrices.
- Travis (1925) a ajouté l'idée que la maîtrise de la tâche est importante et que les performances intellectuelles sont également améliorées en présence d'un spectateur.
2. Gates (1924) and Dashiell (1930)
- Gates (1924) a étudié cet effet sur des tâches verbales.
- Dashiell (1930) a effectué des recherches sur des tâches de multiplication et d'associations de mots.
3. Bergum et Lehr (1963) : L'influence de l'autorité
Cette étude a exploré l'effet de l'autorité sur la performance de vigilance de militaires. L'expérience a impliqué des recrues de la garde nationale américaine qui devaient surveiller des signaux lumineux sur un écran pendant 2 heures.
| Période 1 | Période 2 | Période 3 | Période 4 | Période 5 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Avec audience (sporadique) | 97% | 77% | 72% | 71% | 80% |
| Sans audience | 77% | 50% | 30% | 34% | 34% |
Les résultats ont montré que la vigilance était significativement meilleure en présence d'une audience (même sporadique), suggérant que la présence d'autrui, surtout celle d'une figure d'autorité, améliore les performances.
4. Explications Proposées pour l'Effet de Co-action
- La vue des mouvements d'autrui peut augmenter la production de nos propres mouvements (imitation sociale).
- La présence d'autrui peut être une source de rivalité/compétition.
Des expériences avec des animaux ont aussi montré cet effet:
- Harlow (1932) : des rats en co-action ingèrent leur nourriture plus vite.
- Chen (1932) : des fourmis déplacent du sable six fois plus vite en groupe que seules.
Cependant, il est important de noter que même si la co-action peut augmenter le pourcentage de réussite, elle peut aussi augmenter le pourcentage d'erreurs.
II. La Paresse Sociale (Ringelman, 1882)
La paresse sociale est le phénomène selon lequel les individus font moins d'efforts lorsqu'ils travaillent en groupe que lorsqu'ils travaillent seuls. La responsabilité est alors diluée.
A. Expériences Clés
- Ringelman (1882) : a montré que des hommes tirant sur une corde exercent moins de force individuellement en groupe que seuls (un homme seul tirait 85,3 kg, tandis que 7 hommes tiraient 65 kg chacun).
- Latané, Williams et Harkins (1979) : ont observé une baisse de performance personnelle dans des tâches de groupe (ex: crier le plus fort possible seul, par 2 ou par 6). Ils ont également utilisé des "faux groupes" (où les participants pensaient être avec d'autres mais agissaient seuls) pour confirmer que la baisse de performance n'était pas due à un manque de coordination, mais à une réduction d'effort.
B. Facteurs Influençant la Paresse Sociale
- Impact social : L'impact de l'expérimentateur sur les performances diminue avec le nombre de personnes effectuant la même tâche.
- Calcul de rentabilité des efforts : Les individus adoptent des stratégies liées à l'effort à fournir et à la motivation.
- Identification des personnes : Si la performance individuelle ne peut pas être identifiée ou évaluée, les efforts tendent à diminuer.
C. Comment Réduire la Paresse Sociale ?
- Rendre la contribution individuelle identifiable.
- Donner des consignes individuelles.
- Contrôler la performance.
- Mettre en évidence la valeur des contributions individuelles.
- Donner des standards clairs de performance (individuelle ou de groupe).
- Maintenir une taille de groupe appropriée (restreinte).
- Rendre la tâche engageante (avec récompense).
III. Hypothèses Explicatives de la Facilitation et de l'Inhibition Sociales
A. L'Hypothèse du "Drive" de Zajonc (1965, 1967, 1969)
Zajonc a cherché à expliquer pourquoi la présence d'autrui améliore certaines performances et en détériore d'autres. Sa théorie repose sur le concept de "drive" (activation ou excitation).
- La présence d'autrui crée une activation physiologique chez l'individu.
- Cette activation augmente la probabilité des réponses dominantes (celles qui sont très pratiquées, bien apprises, ou instinctives).
- Si la tâche est facile, la réponse dominante est généralement la bonne réponse → amélioration de la performance (facilitation sociale).
- Si la tâche est difficile ou nouvelle, la réponse dominante est souvent incorrecte → détérioration de la performance (inhibition sociale).
L'audience et la co-action gênent l'acquisition mais favorisent la performance quand la maîtrise est déjà acquise.
Expérience de Zajonc, Heingartner et Hermann (1969) avec les cafards
Cette expérience visait à démontrer l'effet du "drive" chez les animaux pour éviter les biais cognitifs humains. Ils ont placé des cafards dans deux types de labyrinthes sous différentes conditions de présence d'autrui.
- Labyrinthe simple (couloir droit) : La réponse dominante (s'éloigner en ligne droite de la lumière) est correcte.
- Labyrinthe complexe (en croix) : La réponse dominante (s'éloigner en ligne droite) est incorrecte car il faut tourner.
Conditions :
- Seuls.
- En co-action (deux cafards).
- Avec audience (autres cafards dans des tubes transparents).
Résultats :
- Dans le couloir droit (tâche facile) : Les cafards vont plus vite en co-action ou avec audience que seuls → amélioration de la performance.
- Dans le labyrinthe en croix (tâche difficile) : Les cafards mettent plus de temps en co-action ou avec audience que seuls → détérioration de la performance.
Conclusion de Zajonc : La présence d'autrui pousse à la production de réponses dominantes. Si la réponse dominante est correcte (tâche facile), la performance s'améliore. Si elle est incorrecte (tâche difficile), la performance diminue.
Cette théorie implique un processus inné et génétique, et que la simple présence d'autrui suffit à déclencher cet effet.
B. L'Hypothèse de Cottrell (1972) : La Peur de l'Évaluation
Cottrell critique l'aspect inné de l'hypothèse de Zajonc et propose que ce n'est pas la simple présence d'autrui, mais la crainte d'être évalué(e) qui est responsable de l'augmentation de l'activation.
- Selon Cottrell, l'influence sociale de la facilitation n'est pas innée mais acquise par des associations répétées d'interactions sociales où les attentes d'autrui modifient nos comportements.
1. Étude de Bond (1982) sur la complexité de la tâche
Bond a manipulé la complexité de la tâche (mots simples vs. complexes) et la présence d'autrui lors d'un apprentissage.
Prédictions de Zajonc : Meilleure performance pour les mots simples et pire pour les mots difficiles en présence d'autrui.
Résultats de Bond :
- La présence d'autrui diminue la performance sur les items simples lorsqu'ils sont insérés dans une tâche complexe.
- La performance sur les items complexes n'est pas influencée par la présence d'autrui si la tâche globale est simple.
Ces résultats sont plus cohérents avec une explication en termes de présentation de soi et de peur d'échouer/de donner une mauvaise image.
| La tâche est complexe | La tâche est simple |
|---|---|
| ☒ Peur d'échouer en présence d'autrui | ☒ Pas peur d'échouer |
| ☒ Peur de donner une mauvaise image d'eux | |
| ☒ Impacte leur performance, même sur les items simples, diminuée. | ☒ Leur performance aux items difficiles reste bonne. |
2. Étude de Henchy et Glass (1968) : L'anticipation de l'évaluation
Cette étude a examiné l'effet de la présence d'un évaluateur (expert ou non) sur la performance de reconnaissance de mots étrangers.
| Présence | Résultats : taux de réussite = experts > vidéo > non-experts > seul | |||
|---|---|---|---|---|
| Évaluation | Non | Seul | Non experts | |
| Oui | Vidéo | Experts |
Conclusions :
- La facilitation sociale n'est pas innée.
- La notion d'évaluation par un véritable expert est un facteur essentiel pour améliorer la performance. La simple présence d'autrui ne suffit pas.
- Les mesures physiologiques (réponse électrodermale, variabilité cardiaque) n'ont pas montré d'augmentation de l'activation autonome, suggérant que l'activation de base n'est pas le seul facteur.
Cottrell a également montré qu'une tâche difficile prend plus de temps et qu'une tâche facile prend moins de temps en situation d'audience, que l'audience regarde ou non. Cela souligne que l'effet facilitateur ou inhibiteur dépend de la complexité de la tâche, et n'est pas une réponse automatique.
C. Théorie de la Distraction-Conflit de Baron et al. (1978)
Baron et al. proposent que les effets de la présence d'autrui sont liés à des facteurs cognitifs, notamment à la capacité de concentration sur une tâche.
- La présence d'autrui crée une distraction, détournant une partie de l'attention de la tâche.
- Cette distraction génère un conflit cognitif entre la tâche et l'attention portée à autrui.
- Si la tâche ne demande que peu d'attention, la distraction n'est pas problématique (voire peut canaliser l'attention).
- Si la tâche exige de multiples ressources attentionnelles, la distraction peut avoir un effet négatif (inhibition).
Expérience avec l'effet Stroop
Les chercheurs ont utilisé l'effet Stroop (nommer la couleur d'un mot alors que le mot lui-même désigne une autre couleur) pour tester leur hypothèse.
- Zajonc prédit que la présence d'autrui favoriserait la réponse dominante (lire le mot), diminuant la performance dans la condition incongruente.
- Baron et al. prédisent que la présence d'autrui, en épuisant les ressources attentionnelles, forcerait la focalisation sur les indices pertinents (la couleur), diminuant l'effet Stroop.
Résultats : La présence d'un comparse diminue l'effet Stroop, ce qui est cohérent avec l'hypothèse de la distraction-conflit de Baron et al.
D. L'Hypothèse de la Comparaison Sociale (Dumas, Huguet et Monteil, 2005)
Cette hypothèse suggère que la facilitation sociale est liée à la comparaison sociale.
- Comparaison latérale : Se comparer à quelqu'un de même niveau réduit le stress.
- Comparaison descendante : Se comparer à quelqu'un de moins bon rehausse l'estime de soi.
- Comparaison ascendante : Se comparer à quelqu'un de meilleur peut être motivant, mais peut aussi entraîner du stress et diminuer les capacités attentionnelles, favorisant un traitement analytique de l'information.
Conclusion sur les facteurs de facilitation sociale
Les facteurs liés à la facilitation sociale incluent :
- Les émotions (Zajonc : le "drive")
- Les cognitions (Baron et al. : les processus attentionnels)
- Les motivations (Bond : la présentation de soi)
Dans toute situation sociale, la présence d'autrui, le fonctionnement social (statuts, rôles, hiérarchie) et les interactions sociales sont des éléments cruciaux à prendre en compte.
En psychologie sociale, la présence d'autrui peut avoir des effets contrastés sur les performances individuelles : la facilitation sociale et la paresse sociale.
La psychologie sociale : Définition et Contexte
La psychologie sociale (PS) est une discipline qui étudie comment les pensées, sentiments et comportements des individus sont influencés par autrui (réel, imaginaire, implicite) et comment ils influencent cet autrui en retour. Elle s'intéresse aux interactions entre l'individu et les collectifs sociaux. (Fiske, 2008 ; Allport ; Leyens, 1979).
- Autrui réel : Présence physique (ex: travailler à côté de quelqu'un).
- Autrui imaginaire : Influence même en son absence (ex: s'habiller en fonction des réactions supposées).
- Autrui implicite : Influence des règles/normes sociales intériorisées (ex: s'arrêter au feu rouge).
Les sphères affectives, cognitives et comportementales sont influencées, formant ainsi les attitudes.
La PS est une discipline relativement récente, mais ses racines remontent aux philosophes grecs. Son émergence est souvent rattachée à la fin du 19ème siècle (Tarde, Triplett en 1898) en raison de bouleversements idéologiques et sociaux, notamment en Europe, qui ont remis en question les ordres établis et promu de nouvelles bases de pensée (par ex. Darwinisme mal interprété).
I. La Facilitation Sociale
La facilitation sociale se produit lorsque la présence d'autrui améliore les performances d'une personne. À l'inverse, si elle les gène, on parle d'inhibition sociale (Triplett, 1898).
A. Observations Anciennes et Expérimentations
- Triplett (1898) :
- Observation : Cyclistes plus rapides en compétition ou avec un entraîneur que seuls.
- Expérience : Enfants réalisent plus vite des moulinets de canne à pêche à deux que seuls.
- Meumann (1904) : Les étudiants ont un meilleur rendement physique en présence de leur enseignant.
- Travis (1925) : La présence d'un spectateur améliore aussi les performances intellectuelles/cognitives, surtout si la tâche est maîtrisée.
B. Types d'Effets de la Présence d'Autrui
- Effets d'audience (ou co-présence) : L'individu fait la tâche sous le regard de spectateurs passifs.
- Effets de coaction : L'individu effectue la même tâche que d'autres personnes présentes.
C. L'Hypothèse du "Drive" de Zajonc (1965)
Zajonc propose que la présence d'autrui induit une excitation (un "drive") qui active la réponse dominante. L'effet dépend alors de la difficulté de la tâche :
- Tâche facile / maîtrisée : La réponse dominante est la bonne réponse.
- Présence d'autrui → augmentation de la performance (facilite la réponse dominante correcte). Ex: Cafards rapides dans un couloir droit.
- Tâche difficile / nouvelle / non maîtrisée : La réponse dominante est incorrecte.
- Présence d'autrui → dégradation de la performance (facilite la réponse dominante incorrecte). Ex: Cafards lents dans un labyrinthe en croix.
L'audience et la co-action gênent l'acquisition mais favorisent la performance quand la maîtrise est déjà acquise.
D. L'Hypothèse de Cottrell (1972) : La Crainte de l'Évaluation
Cottrell nuance Zajonc en suggérant que ce n'est pas la simple présence d'autrui, mais la crainte d'être évalué qui crée l'activation. La facilitation sociale ne serait donc pas innée. (Bond, 1982 ; Henchy et Glass, 1968).
- La présence d'un expert évaluateur améliore plus la performance que celle d'un non-expert ou d'une simple observation (ex: vidéo).
- La présence d'autrui peut affecter l'attention :
- Si la tâche ne demande qu'une attention limitée → peu de problème.
- Si elle demande beaucoup d'attention → effet négatif dû à la distraction par la présence d'autrui.
- L'effet Stroop : La présence d'un comparse diminue l'effet Stroop (facilite la concentration sur l'indice pertinent, la couleur, plutôt que la lecture dominante du mot), ce qui est cohérent avec l'idée d'une focalisation des ressources attentionnelles.
E. L'Hypothèse de la Comparaison Sociale (Dumas, Huguet et Monteil, 2005)
La facilitation sociale peut être liée à la comparaison sociale :
- Comparaison latérale : Moins de stress, performance normale.
- Comparaison ascendante : Stress, diminue les capacités attentionnelles, mais peut favoriser un traitement analytique de l'information.
Les facteurs liés à la facilitation sociale incluent donc les émotions (drive), les cognitions (attention) et les motivations (présentation de soi).
II. La Paresse Sociale
La paresse sociale est le phénomène où les individus sont moins performants collectivement que lorsqu'ils réalisent une tâche seuls. Ils s'impliquent moins et la responsabilité est diluée.
- Mise en évidence par Ringelman (1882) (ex: effort moindre au tir à la corde en groupe).
- Confirmé par Latané, Williams et Harkings (1979) (ex: crier moins fort en groupe).
A. Causes de la Paresse Sociale
- Dilution de la responsabilité : L'impact social de l'expérimentateur diminue avec le nombre de participants.
- Calcul de rentabilité des efforts : Stratégie liée à la minimisation de l'effort.
- Impossibilité d'identifier la contribution individuelle : Si la performance n'est pas évaluée individuellement, l'effort diminue.
B. Comment Réduire la Paresse Sociale ?
- Rendre la contribution individuelle identifiable.
- Donner/rappeler les consignes individuellement.
- Contrôler la performance.
- Mettre en évidence la valeur des contributions individuelles.
- Donner des standards clairs de performance (individuelle ou de groupe).
- Maintenir la taille du groupe à un niveau approprié (restreint).
- Rendre la tâche plus engageante (récompense).
III. Les Normes et la Normalisation
L'influence sociale est un mécanisme central en psychologie sociale qui se manifeste par la normalisation, le conformisme, la soumission à l'autorité, etc.
A. Les Normes
Une norme est une règle explicite ou implicite qui régit les comportements, attitudes et opinions au sein d'un groupe ou d'une société (Sherif, 1936 ; Newcomb, 1970 ; Moscovici, 1971).
- Fonctions des normes :
- Fournissent un cadre de référence.
- Réduisent l'incertitude et l'ambiguïté.
- Facilitent les interactions sociales et la prédiction des comportements.
- Permettent de réduire les conflits (système de concessions réciproques).
- Mènent à l'uniformité, l'ordre et la stabilité.
- Apportent une plus grande confiance dans les convictions.
- Types de normes (Leyens, 1979) : Personnelle/groupe, implicite/explicite, légitime/répressive, binaire/avec marge de manœuvre, avec/sans sanction, arbitraire/non, groupe d'appartenance/de référence.
- Modification des normes : Très résistantes, elles changent si elles ne font plus l'unanimité (Lewin, expérience sur les ménagères et les abats). La discussion de groupe est plus efficace que la conférence pour initier le changement.
- Phases du changement (Lewin, 1947) : Décristallisation (unfreeze) → Changement (change) → Recristallisation (refreeze).
B. La Normalisation (Sherif, 1936)
La normalisation est le processus par lequel les individus s'influencent mutuellement pour élaborer une norme collective lorsqu'ils sont en situation d'incertitude et sans cadre de référence externe clair. (Pas de hiérarchie ni de différences de statut entre les personnes).
L'Effet Autocinétique (Sherif, 1936)
Expérience où un point lumineux fixe est perçu comme en mouvement dans l'obscurité (illusion d'optique).
- Situation individuelle : Chaque sujet établit une norme individuelle (amplitude du mouvement perçu).
- Situation de groupe : Les sujets convergent vers une norme collective, même si leurs estimations individuelles initiales étaient différentes. Cette norme collective persiste même quand les individus sont à nouveau seuls.
- La norme collective est un "produit social" qui influence la perception individuelle.
Changement des Normes Arbitraires (Mc Neil et Sherif, 1976)
L'étude reprend le paradigme de Sherif, introduisant des compères pour créer des normes arbitraires (estimation de déplacement du point lumineux) puis les remplaçant progressivement par des sujets naïfs.
- Plus une norme est arbitraire, plus elle est susceptible de changer au fil des "générations" de participants.
- Cependant, l'intériorisation de la norme arbitraire par les sujets naïfs peut rendre cette norme plus durable, surtout si elle est modérément arbitraire.
Influence des Caractéristiques de Personnalité (Montgomery, Hinkle et Enzie, 1976)
Les traits de personnalité, comme l'autoritarisme, peuvent influencer le maintien ou la modification d'une norme.
- Les "sociétés" (groupes expérimentaux) hautement autoritaires sont plus résistantes au changement de norme que les faiblement autoritaires.
L'Expérience de Newcomb (1961)
Étude longitudinale auprès d'étudiantes d'un collège américain conservateur mais avec des professeurs progressistes.
- Les étudiantes deviennent plus progressistes au fil des années passées au collège, adoptant la norme dominante du collège.
- Celles qui restent fidèles à la norme familiale conservatrice sont souvent moins populaires socialement.
- Cette norme se maintient durablement même 25 ans plus tard, les anciennes étudiantes s'entourant de personnes partageant leurs opinions.
Explication de l'Adoption de la Norme Collective
- Auto-conformisme et concessions réciproques (Allport, 1962).
- Marge de vraisemblance (De Montmollin, 1965) : Tendance à se situer dans la moyenne.
- Évitement du conflit (Moscovici, 1972) : Sensibilité à l'influence d'autrui pour éviter la confrontation.
- Les normes varient selon les cultures (Hall, 1966) : exemple de l'espace personnel (distance intime, personnelle, sociale, publique).
C. Exception à la Normalisation : La Prise de Risque en Groupe
Contrairement à la normalisation, les groupes peuvent parfois être plus enclins à des solutions risquées que les individus seuls, menant à une extrémisation ou polarisation de groupe (Stoner, Kogan et Wallach, 1962 ; Moscovici et Zavalloni, 1969).
- Dilemmes de Stoner (1961) : Un choix plus risqué mais potentiellement plus bénéfique est préféré en groupe.
- Interprétations :
- Dilution de responsabilité : L'échec est moins attribué à une seule personne.
- Valorisation sociale du risque : Dans certaines cultures, le risque est valorisé.
- Degré d'implication et conflit : Forte implication → peu de compromis → polarisation.
- Polarisation de groupe (Turner, Wetherell et Hogg, 1989) : Si un feedback de groupe catégorise les individus comme "prudents" ou "téméraires", ces traits s'accentuent après discussion de groupe.
En somme, la présence d'autrui et les interactions sociales déterminent profondément notre fonctionnement cognitif, émotionnel et comportemental, à travers des mécanismes complexes de facilitation, d'inhibition, de paresse, de normalisation et de polarisation.
Inizia un quiz
Testa le tue conoscenze con domande interattive