Déterminants et indicateurs de la mortalité
Nessuna cartaAnalyse des facteurs influençant la mortalité et des indicateurs démographiques associés.
La Mortalité
La mortalité est définie comme « l'action de la mort sur la population » et représente la disparition permanente de tout signe de vie à un moment quelconque postérieur à la naissance vivante. Elle exclut les morts fœtales, qui sont le décès d'un produit de la conception avant son expulsion complète du corps de la mère.
La mortalité joue un rôle essentiel dans la dynamique des populations, aux côtés de la fécondité et des migrations. Son étude est à l'origine de la démographie, avec des figures historiques comme John Graunt au XVIIe siècle. Les sources principales pour son analyse proviennent de l'état civil (sexe, âge, cause médicale) et des registres de population. L'étude de la mortalité s'appuie sur le calcul de taux et de quotients.
Mesure de la Mortalité
Définition Générale
La mortalité est mesurée par le rapport entre le nombre de décès sur une période donnée et la population soumise au risque :
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Indicateurs Clés de la Mortalité
Taux brut de mortalité (TBM) : Nombre de décès par an pour 1 000 habitants.
Taux de mortalité infantile : Décès entre la naissance et le premier anniversaire.
Tables de mortalité : Mesures fines de la mortalité par sexe et par âge, incluant les taux et quotients de mortalité, les probabilités de survie et les espérances de vie.
Espérance de vie : Nombre moyen d'années que peut espérer vivre un individu, notamment l'espérance de vie à la naissance (e0).
Exemples de Taux de Mortalité par Région (2022)
Région du monde | Taux brut de mortalité | Espérance de vie à la naissance | Taux de mortalité infantile |
AFRIQUE | 7,7 | 63,8 | 43,1 |
AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES | 6,5 | 75,8 | 12,2 |
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE | 8,9 | 79,3 | 4,8 |
ASIE | 7,1 | 74 | 21,4 |
EUROPE | 11,2 | 78,9 | 3,1 |
OCÉANIE | 6,8 | 79 | 15,3 |
MONDE | 7,6 | 72,9 | 26,7 |
Source : World Population Prospects. Nations Unies. 2022
Table de Mortalité (Exemple)
Les tables de mortalité suivent une cohorte hypothétique de 100 000 naissances et montrent la probabilité de décès à différents âges.
x | Sx (Survivants) | D(x, x+a) (Décès) | aQx (Quotient de mortalité) | Ex (Espérance de vie) |
0 | 100 000 | 15 676 | 0.15676 | 49.20 |
1 | 84 324 | 3 062 | 0.03631 | 57.25 |
20 | 71 794 | 1 583 | 0.02205 | 46.91 |
60 | 49 946 | 832 | 0.01665 | 18.74 |
80 | 23 040 | 1 835 | 0.07964 | 7.24 |
90 | 6 272 | 1 101 | 0.17560 | 4.00 |
100 | 356 | 126 | 0.35430 | 2.04 |
Les formules associées :
Nombre de survivants à l'âge :
Quotient de mortalité pour l'intervalle d'âge :
Mortalité Infantile
Le quotient de mortalité infantile (souvent appelé « taux de mortalité infantile ») est le nombre de décès d'enfants de moins d'un an pour 1 000 naissances vivantes sur une année donnée. Il reflète le risque pour un nouveau-né de mourir avant son premier anniversaire.
Mortalité néonatale : Décès durant le premier mois de vie.
Mortalité post-néonatale : Décès entre le deuxième et le douzième mois de vie.
Déterminants de la Mortalité
Les déterminants de la mortalité peuvent être catégorisés en facteurs contextuels et individuels.
Déterminants Individuels
Déterminants biologiques ou (épi)génétiques : La génétique étudie les gènes, tandis que l'épigénétique s'intéresse à la manière dont ces gènes sont utilisés (ou non) par les cellules.
Comportements :
Alimentation
Activité physique
Consommation d'alcool et de tabac
Risques professionnels
Risques liés aux déplacements (transport)
Recours aux soins
Déterminants Contextuels
Savoir médical : Avancées et diffusion des connaissances.
Politiques de santé : Accès aux soins et traitements, prévention des maladies.
Déterminants environnementaux :
Pollution
Climat
Élimination des déchets
Accès à l'eau potable
Exposition aux maladies infectieuses et parasitaires
Exposition à la criminalité
Théorie de la Transition Épidémiologique (Abdel Omran, 1971)
Cette théorie, proposée par l'épidémiologue américain Abdel Omran, explique l'évolution des profils de santé et de mortalité dans les populations humaines. Elle synthétise les facteurs ayant contribué à la baisse de la mortalité depuis la fin du XVIIIe siècle.
Concepts Clés
L'épidémiologie est la science qui étudie la fréquence, la distribution des problèmes de santé et leurs facteurs dans les populations.
La mortalité est un déterminant fondamental de la dynamique des populations.
Au cours de la transition, les pandémies infectieuses cèdent progressivement la place aux maladies dégénératives et aux maladies comportementales (« man-made diseases »).
Les changements les plus significatifs affectent les femmes et les jeunes enfants.
Cette évolution est intrinsèquement liée aux transformations démographiques et socio-économiques des sociétés modernes.
Les Trois Âges Épidémiologiques
Ancien régime de mortalité : « The age of pestilence and famine »
Caractérisé par une mortalité forte et fluctuante.
L'espérance de vie à la naissance est inférieure à 30 ans.
Les causes principales de décès sont les maladies infectieuses, la famine et les guerres.
Période de transition : « The age of receding pandemics »
Marquée par une forte augmentation de l'espérance de vie, qui passe de moins de 30 ans à plus de 50 ans.
Le recul des pandémies est dû à l'amélioration de l'alimentation, de l'hygiène, au contrôle des épidémies (quarantaine, cordon sanitaire) et aux progrès médicaux (vaccins, lutte contre les agents infectieux).
Les progrès sociaux (éducation, assurance maladie) jouent également un rôle.
Nouveau régime de mortalité basse : « The age of degenerative and man-made diseases »
La mortalité se stabilise à un niveau très bas, avec une espérance de vie supérieure à 60 ans.
Les principales causes de décès deviennent les maladies dégénératives (maladies cardiovasculaires, cancers) et les maladies liées aux comportements (tabac, alcool, alimentation, sédentarité).
Impacts Spécifiques de la Transition Épidémiologique
Augmentation des écarts de mortalité entre hommes et femmes en faveur des femmes au fil du temps.
Baisse drastique de la mortalité infantile au cours du temps, comme le montre l'évolution en France depuis 1740.
Augmentation de l'espérance de vie à la naissance après une longue stagnation.
Variantes de la Transition Épidémiologique
Omran a identifié trois variantes du modèle, reflétant des trajectoires différentes selon les contextes géographiques et historiques :
Modèle occidental (ex: Angleterre, Galles, Suède)
Transition graduelle et progressive de fortes mortalité et fécondité vers de basses mortalité et fécondité depuis la fin du XVIIIe siècle.
Les facteurs socio-économiques ont été primordiaux, suivis de la révolution sanitaire et des progrès médicaux et de santé publique.
Modèle accéléré (ex: Japon)
La transition arrive plus tardivement (plus d'un siècle après le modèle occidental) mais se déroule beaucoup plus rapidement.
La modernisation précède la baisse de la mortalité.
Les causes principales sont les progrès médicaux, sanitaires et sociaux.
Modèle contemporain ou « différé » (ex: Chili, Sri Lanka)
La baisse de la mortalité n'intervient pas avant le milieu du XXe siècle.
Le rôle essentiel des mesures de santé publique et l'adoption d'innovations médicales des pays du Nord sont cruciaux.
Caractéristiques : persistance d'une mortalité infantile élevée et d'une surmortalité féminine aux âges de procréation.
Limites de la Théorie d'Omran et Nouveaux Âges Épidémiologiques
La théorie d'Omran rend bien compte de la baisse de la mortalité jusqu'aux années 1960, principalement due au recul des maladies infectieuses. Cependant, elle ne suffit pas à expliquer les progrès observés depuis.
Vers un Quatrième Âge : La Révolution Cardiovasculaire
Après l'hypothèse d'Omran d'une stagnation de l'espérance de vie une fois les maladies infectieuses maîtrisées, l'e0 a continué d'augmenter grâce à :
La lutte contre les maladies cardiovasculaires (dite « révolution cardiovasculaire »).
Les progrès technologiques.
Les systèmes de sécurité sociale.
Les campagnes de prévention et le dépistage systématique.
L'efficacité des services d'urgence.
La promotion de changements de comportements (alimentation, sport).
Vers un Cinquième Âge : La Lutte contre les Maladies du Vieillissement
Une troisième vague de progrès est attendue, axée sur la lutte contre les maladies liées au vieillissement. Ces avancées dépendent fortement du contexte socio-économique et de l'existence d'un système de prise en charge médicale et sociale pour les personnes âgées.
Baisse de la Mortalité dans le Monde
Pays développés : La mortalité a reculé depuis le XVIIIe siècle grâce à l'agriculture, l'hygiène et la diminution des épidémies. Au XXe siècle, les progrès médicaux (vaccination par Louis Pasteur en 1885, antibiotiques dans les années 1930) et la médicalisation de la grossesse et de l'accouchement ont été déterminants.
Pays en développement : La baisse de la mortalité a été très rapide après 1945, bénéficiant des innovations des pays riches. Cependant, des écarts persistent, avec des espérances de vie variant de 50 à 85 ans selon les pays. En Afrique subsaharienne, la diminution de la mortalité a ralenti depuis 1990 en raison des crises politiques, économiques et sanitaires. En ex-URSS, l'espérance de vie a même diminué entre 1960 et 1995.
Divergences de Mortalité
Écart entre Hommes et Femmes
Pays développés : la mortalité masculine est supérieure à la mortalité féminine à tous les âges, surtout entre 15 et 75 ans.
Pays en développement : La mortalité masculine est généralement supérieure, avec des exceptions :
Surmortalité féminine dans la petite enfance en cas de discrimination (ex: Asie).
Surmortalité féminine aux âges de procréation (15-49 ans) en présence d'une mortalité maternelle élevée (ex: Afrique subsaharienne).
La contribution des causes de décès à l'écart d'espérance de vie entre hommes et femmes montre que pour les plus jeunes, les morts violentes sont prépondérantes. Pour les plus âgés, ce sont les tumeurs et les maladies cardio-vasculaires, principalement liées aux comportements individuels.
Inégalités Sociales Face à la Mort
Des inégalités significatives existent au sein des populations nationales, influencées par :
Le niveau d'instruction : impact sur la mortalité des enfants et des adultes.
Les conditions socio-économiques de vie : revenu, logement, etc.
Le lieu de résidence.
Par exemple, en France, les ouvriers et ouvrières présentent un indice standardisé de mortalité plus élevé, indiquant plus de décès que s'ils avaient le même niveau de mortalité que l'ensemble de la population masculine ou féminine. Les cadres ont une espérance de vie à 35 ans supérieure à celle des ouvriers.
L'Avenir de l'Espérance de Vie
Le débat sur la possibilité de repousser indéfiniment la limite de la vie humaine oppose deux camps :
Partisans du maximum intangible : Pensent que les progrès ne font que rapprocher la durée de vie moyenne du maximum biologique, mais que celui-ci est fixe.
Partisans du report indéfini de la limite : Croient que ce report est possible grâce au recul des maladies infectieuses, au développement de la médecine de pointe (notamment génétique) et aux changements de comportements.
À ce jour, Jeanne Calment détient le record de longévité mesuré, décédée à 122 ans en 1997.
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