Cours 2 - Afrique
60 carteCe cours explore les perspectives économiques de l'Afrique, abordant sa croissance, son potentiel d'émergence, ses ressources naturelles, son développement technologique et les défis de gouvernance, tout en examinant des études de cas comme le Botswana et le Rwanda.
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L'Émergence Africaine : Entre Espoirs, Réalités et Illusions
L'Afrique est souvent perçue à travers un prisme de perceptions cycliques, oscillant entre un optimisme démesuré et un pessimisme accablant. Cette dynamique complexe rend difficile l'évaluation de sa trajectoire économique réelle, souvent confondant des améliorations conjoncturelles avec une transformation structurelle durable, appelée "émergence".La Perception Cyclique de l'Afrique : de "Continent sans Espoir" à "Continent de l'Espoir"
L'analyse de la trajectoire économique africaine est marquée par des variations spectaculaires dans le discours international, reflétant des changements de conjoncture économique plus que des transformations profondes.A. L'Oscillation des Médias et des Analystes
Le magazine The Economist illustre parfaitement ce cycle de perception :- Dans les années 2000, il titrait "The Hopeless Continent" ("Le Continent sans Espoir").
- Une décennie plus tard, le ton change radicalement avec "The Hopeful Continent" ("Le Continent de l'Espoir").
- En 2011, le narratif culmine avec le célèbre "Africa Rising" ("L'Afrique en plein essor").
B. La Comparaison Délicate avec l'Asie
La perception de l'Afrique comme une nouvelle frontière de l'émergence a souvent été faite en parallèle avec le succès asiatique.- Les "Lions Africains" : Une expression popularisée par le cabinet de conseil McKinsey pour désigner des pays au fort potentiel comme le Nigéria, l'Égypte, l'Afrique du Sud et l'Angola.
- Limites de la comparaison : Contrairement aux "Tigres" et "Dragons" asiatiques, dont la dynamique s'est confirmée sur le long terme, la notion de "Lions Africains" s'est estompée. Il est devenu difficile de définir quels pays inclure, et la trajectoire de beaucoup n'a pas été linéaire.
C. Le Retour du Doute
Dès 2014, l'inversion de la conjoncture, notamment avec la chute des prix des matières premières, a semé le doute sur la pérennité du modèle de croissance africain.Francesco Giovannalucchi (2018) : "Et si l'Afrique émergente n'était qu'une fable occidentale ?"Cette interrogation a été reprise dans de nombreux essais, remettant en question la réalité de cette émergence. La confusion entre une conjoncture favorable (phénomène de court terme) et une émergence structurelle (transformation sur le temps long) est une erreur d'analyse fréquente. De plus, les analyses ont tendance à "moyeniser" la situation du continent, surtout en Afrique subsaharienne, masquant les écarts de performance colossaux entre les pays.
L'Espoir d'une Émergence : Fondements et Potentiels
Malgré les doutes, de nombreux atouts structurels et une décennie de croissance robuste alimentent l'espoir d'une véritable émergence pour une partie du continent.A. Une Croissance Soutenue : Les "Trente Glorieuses Africaines"
L'expression, popularisée par l'intellectuel et homme politique béninois Lionel Zinsou, un fervent "afro-optimiste", décrit la période de forte croissance du début du XXIe siècle.- Chiffres clés (2000-2014) :
- La croissance moyenne en Afrique subsaharienne a atteint 5% par an, soit le double de celle des pays développés sur la même période.
- Performances exceptionnelles : L'Éthiopie a connu une croissance de 10%/an (2004-2009), le PIB du Nigéria a été multiplié par 12 (2008-2012).
- Le Ghana et le Botswana se sont distingués en étant les seuls à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en 2015.
- Conséquences économiques et sociales :
- Attraction des IDE : Les Investissements Directs Étrangers ont augmenté, initialement dans les hydrocarbures, puis dans l'agriculture et les services.
- Augmentation du pouvoir d'achat : Le conglomérat chinois Haier a fait de l'Afrique un relais de croissance majeur, installant des usines au Nigéria et en Afrique du Sud.
- Émergence d'une classe moyenne : En 2011, la Banque Africaine de Développement (BAD) estimait la classe moyenne à 363 millions de personnes. La définition est cependant très large (revenus entre 2 et 20 dollars par jour), et une majorité se situe à la limite inférieure de cette fourchette.
- Une dynamique de fond : Selon Jean-Michel Severino, au-delà des turbulences, la dynamique est réelle. Le PIB PPA de l'Afrique subsaharienne est passé de 1400 milliards de dollars en 2000 à 6000 milliards en 2023. L'espérance de vie a augmenté de 10 ans sur la même période.
B. Des Performances Hétérogènes
Cette croissance n'est pas uniforme. Il faut distinguer plusieurs trajectoires.| Type de Pays | Caractéristiques | Croissance (Base 100 en 2000) | Exemples |
|---|---|---|---|
| Pays rentiers | Très dépendants des matières premières, peu diversifiés. | Lente (de 100 à 140 en 2025). | Nigéria (affecté par les cours du pétrole), Afrique du Sud (plafonne). |
| Pays en diversification | Développement agricole, entrepreneuriat dynamique, diversification économique. | Forte (de 100 à 300 en 2025). | Côte d'Ivoire, Rwanda, Éthiopie, Bénin (7 pays en 2024). |
| Pays en crise | Instabilité politique, conflits. | Négative. | République centrafricaine (croissance moyenne négative 2000-2025). |
C. Les "Rentes" Africaines : Atouts Stratégiques
Selon l'analyse de Sylvie Brunel, l'Afrique dispose de plusieurs "rentes" (au sens de ressources abondantes) qui constituent un potentiel majeur.- La rente noire (minerais et pétrole) :
- Exemple du Gabon : Au début des années 2010, le Gabon a créé la Gabon Oil Company (GOC) pour reprendre le contrôle de sa production. Un accord avec le groupe ADDAX (racheté par le chinois SINOPEC) a été rééquilibré en faveur du Gabon. En 2024, le permis n'a pas été renouvelé, illustrant une volonté de souveraineté sur les ressources.
- La rente bleue (ressources hydriques) :
- Seulement 5% du potentiel hydroélectrique des fleuves africains est exploité.
- Grands Projets : Barrages d'Inga (RDC), barrage de la Renaissance (Éthiopie), barrage de Nachtigal (Cameroun, avec EDF, fournit 30% de l'électricité du pays).
- Géothermie : Le Kenya est un champion, produisant 50% de son électricité via la géothermie et visant 100% d'énergies renouvelables d'ici 2030.
- La rente jaune (solaire) et éolienne :
- L'Afrique vise 47% d'énergies renouvelables dans son mix électrique d'ici 2030.
- Solaire : La Centrafrique produit un tiers de son mix électrique grâce au solaire. Le Sénégal a inauguré la centrale de Bokhol.
- Éolien : Le parc d'Ashegoda fournit 10% de l'électricité éthiopienne.
- Bémol : Le solaire africain représente une part infime du solaire installé dans le monde (entre 0,7% et 2,6%).
- La rente verte (terres et biodiversité) :
- Selon Michel Griffon, l'Afrique possède la plus grande réserve de terres arables non exploitées au monde, une solution potentielle pour la sécurité alimentaire mondiale.
- Le continent est aussi un "poumon" mondial (forêts du bassin du Congo) et le moins pollueur (moins de 5% des émissions de GES).
D. Le "Saut de Grenouille" (Leapfrogging) Technologique
Le retard technologique peut se transformer en avantage, permettant aux pays de "sauter" des étapes d'infrastructures coûteuses et d'adopter directement les technologies les plus récentes.- Téléphonie Mobile : En 2004, seuls 3% des Africains avaient une ligne fixe. Le continent a massivement adopté la téléphonie mobile, contournant la nécessité d'un réseau filaire étendu. L'essor de la 4G et 5G se poursuit (objectif 53% d'accès en 2030).
- Services Bancaires Mobiles (Mobile Money) :
- Pionnier mondial : Le lancement de M-PESA par Safaricom au Kenya en 2007 a révolutionné le secteur.
- L'Afrique est à la pointe du paiement et de la banque mobile, évitant la construction d'un réseau dense d'agences bancaires physiques.
- Écosystèmes Numériques et IA :
- Acteurs Globaux : Google a lancé en 2022 un programme d'accompagnement pour les start-ups africaines.
- Hubs Locaux : Le Nigéria, avec le quartier de Yaba à Lagos ("Yabacon Valley"), a créé un écosystème dynamique attirant des géants comme Microsoft et Meta.
- Champions Locaux : Des entreprises comme Andela (formation de développeurs) ou Jumia (e-commerce), introduite à la Bourse de New York en 2019, illustrent ce succès. Nuance : Jumia est enregistrée à Berlin, avec des dirigeants français et des centres techniques au Portugal, montrant les limites de l'écosystème local pour accompagner la croissance jusqu'au bout.
E. Le Dividende Démographique : Atout et Défi
Komlan Kupokbe (démographe togolais) : Le dividende démographique est le "bénéfice économique qu'un pays peut tirer de la structure par âge de sa population".L'Afrique est la seule région au monde avec une croissance démographique forte.
- Potentiel : Une population jeune représente un vaste marché de consommateurs et une force de travail considérable, alors que le reste du monde vieillit.
- Conditions et Risques : Ce dividende n'est pas automatique. Il exige des investissements massifs dans l'éducation et la formation, ainsi qu'une gouvernance solide. Sans cela, une jeunesse nombreuse, sans emploi ni perspective, peut devenir un puissant facteur de déstabilisation.
F. Positionnement dans un Monde Multipolaire
La multipolarisation offre à l'Afrique de nouvelles marges de manœuvre.- Diasporas : Les transferts de fonds sont une manne financière cruciale. Au Sénégal, ils représentent 8% du PIB.
- Non-alignement stratégique : Selon Stéphanie Schlimmer (RAMSES 2024), l'abstention de 17 pays africains lors du vote à l'ONU condamnant l'invasion de l'Ukraine en 2022 ne doit pas être vue comme un soutien à la Russie, mais comme une volonté de non-alignement.
Aninata Touré : "Nous avons le choix des partenaires."Les pays africains ne sont plus contraints de s'aligner sur un bloc et peuvent diversifier leurs partenariats économiques et stratégiques.
Études de Cas : Trajectoires d'Émergence Contrastées
L'analyse de pays spécifiques révèle des modèles d'émergence très différents, chacun avec ses succès et ses fragilités.A. Le "Miracle" du Botswana : Émergence par la Gouvernance
Autrefois l'un des pays les plus pauvres du monde, le Botswana est aujourd'hui classé comme pays à revenu intermédiaire par la Banque Mondiale, avec un des PIB/habitant les plus élevés d'Afrique subsaharienne.- Atouts :
- Rente diamantifère : 1er producteur mondial en valeur. La gestion se fait via une co-entreprise (Debswana) avec De Beers, avec des accords progressivement rééquilibrés en faveur du Botswana.
- Stabilité démocratique : Considéré comme une démocratie exemplaire avec des élections libres et un très bon classement en matière de transparence.
- État-providence : La rente a financé l'éducation, l'accès à l'eau et une politique publique ambitieuse de lutte contre le Sida (dépistage, trithérapie).
- Stratégie de diversification :
- Développement d'un tourisme vert et élitiste pour éviter le tourisme de masse.
- Création du Pula Fund, un fonds souverain pour stabiliser l'économie face aux chocs conjoncturels.
- Défis Récents :
- La guerre en Ukraine et les mesures de traçabilité du G7 sur les diamants russes ont provoqué un effondrement des cours, plongeant le pays en récession.
- Cette crise peut être vue soit comme un coup d'arrêt, soit comme une opportunité pour accélérer la diversification économique et réduire la dépendance aux diamants.
B. Le "Miracle ou Mirage" Rwandais : Émergence à Marche Forcée
Le Rwanda affiche la croissance la plus forte et la plus durable d'Afrique subsaharienne, sous la direction autoritaire de Paul Kagame, architecte de la reconstruction post-génocide.- Vision ambitieuse :
- Objectif : Devenir une économie à revenu intermédiaire d'ici 2035 et à revenu élevé d'ici 2050, sur le modèle de Singapour.
- Stratégie axée sur les nouvelles technologies pour devenir un hub numérique africain et sur le tourisme d'affaires (construction du Kigali Convention Centre).
- Réformes structurelles :
- Une "révolution verte" pour développer l'agriculture d'exportation.
- Projets d'infrastructures massifs comme le nouvel aéroport international de Bugesera (avec des retards).
- Fragilités et Critiques :
- Dépendance financière : L'aide publique au développement (APD) représente 8-9% de son PIB. Le pays s'est fortement endetté.
- Fracture sociale : La population rurale reste en grande difficulté, et un tiers de la consommation alimentaire est importé.
- Coût politique : La stabilité est maintenue au prix d'un régime autoritaire, sans liberté d'expression ni opposition politique.
- Relations régionales : Le Rwanda est accusé de pillage des ressources en RDC et entretient des relations conflictuelles avec ses voisins.
Tableau Comparatif des Modèles d'Émergence
| Critère | Botswana | Rwanda |
|---|---|---|
| Modèle Politique | Démocratie stable et transparente | Régime autoritaire, pouvoir centralisé ("développementalisme autoritaire") |
| Moteur de Croissance | Rente diamantifère + diversification progressive (tourisme) | Volontarisme d'État, services (tech, finance, tourisme d'affaires), aide internationale |
| Gestion de la Rente | Prudente (fonds souverain), partenariats rééquilibrés | Accusations de pillage des ressources des pays voisins (RDC) |
| Stabilité Sociale | État-providence, redistribution via les services publics | Stabilité maintenue par le contrôle politique, fortes inégalités persistantes |
| Relations Régionales | Excellentes, intégration régionale (siège de la SADC) | Conflictuelles, tensions avec tous ses voisins |
Synthèse : L'Émergence Africaine en Question
La notion d'émergence, bien que largement adoptée dans les plans nationaux (Plan Sénégal Émergent, Agenda 2025 au Mozambique), reste difficile à définir et à appliquer au contexte africain.- Une définition fluctuante : L'Afrique a créé son propre "Index de l'émergence" (depuis 2017), reconnaissant implicitement que les critères asiatiques ne s'appliquent pas de la même manière. Il s'agit souvent plus d'une logique de développement et de rattrapage économique.
- L'échelle pertinente : L'émergence asiatique s'est appuyée sur une dynamique et une synergie régionale forte, qui n'existe pas encore en Afrique. La question se pose : l'échelle nationale est-elle la plus pertinente pour analyser l'émergence sur le continent ?
- Un cas quasi-unique : Selon les critères stricts (croissance soutenue, supérieure à la démographie, et hausse du revenu sur le long terme), seul le Rwanda semble véritablement correspondre à une trajectoire d'émergence.
Afrique : Entre Espoir et Réalité de l'Émergence
L'Afrique est un continent qui suscite des espoirs récurrents de croissance et de développement, souvent tempérés par des doutes et des inversions de tendance. Historiquement, l'optimisme a alterné avec le pessimisme, comme en témoignent les titres du magazine The Economist passés de The hopeless continent
à The Hopeful continent
, et Africa rising
en 2011.
Si la croissance africaine prévue pour 2025 pourrait égaler celle de l'Asie (autour de 4%), la comparaison avec cette dernière, qui a durablement confirmé son émergence, reste délicate. L'inversion conjoncturelle de 2014, marquée par la chute des prix des matières premières, a soulevé des interrogations quant à la pérennité de cette dynamique, poussant certains, comme F. Giovalucchi (2018, 2019), à s'interroger sur le caractère fable occidentale
ou simple illusion
d'une Afrique émergente. Ce phénomène est caractérisé par un "excès d'optimisme ou de pessimisme", masquant la nuance et la différenciation des situations régionales, notamment en Afrique subsaharienne.
I- L'Espoir d'une Émergence en Afrique Sub-saharienne
A) « L'Afrique est entrée dans les Trente Glorieuses » (L. ZINSOU)
L'intellectuel béninois Lionel Zinsou, figure de l'afro-optimisme et ayant eu un rôle politique au Bénin, a employé cette expression marquante. Elle se fonde sur plusieurs observations structurantes :
- Croissance Économique Sostenue :
- De 2005 à 2014, l'Afrique subsaharienne a enregistré une croissance moyenne de 5% par an, soit le double de sa performance antérieure.
- Certains pays ont affiché des taux spectaculaires : l'Éthiopie avec 10%/an (2004-2009) puis 7% (2013), et le Nigéria multipliant son PIB par 12 (2008-2012).
- Des nations comme le Ghana et le Botswana ont été les seules à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en 2015.
- Attractivité des Investissements Directs Étrangers (IDE) :
- Les IDE ont augmenté, ciblant initialement les hydrocarbures et l'électricité, avec une diversification progressive vers l'agriculture.
- Augmentation du Pouvoir d'Achat et Émergence d'une Classe Moyenne :
- L'amélioration économique a stimulé la consommation. Des conglomérats chinois comme HAIER ont installé des usines au Nigéria et en Afrique du Sud, trouvant en Afrique un relais de croissance significatif.
- En 2011, la Banque Africaine de Développement a décrit l'Afrique comme un "continent émergent", estimant la classe moyenne à 363 millions de personnes (gagnant entre 2 et 20 " data-type="inline-math"></span> par jour). Bien que cette définition soit discutable, elle reflète une volonté de croire en ce développement.</li> </ul> </li> <li><strong>Progrès Sociaux :</strong> <ul> <li>Selon <b>J.M. Severino</b>, le PIB par habitant de l'Afrique subsaharienne est passé de 1 400 <span data-latex="\" data-type="inline-math"> (2000) à 6 000 (2023), soit une multiplication par 4 avec une croissance moyenne de +4% par an.
- L'espérance de vie a augmenté de 10 ans entre 2000 et 2023, atteignant 75 ans aujourd'hui.
B) Nuances et Dynamiques Différenciées
Malgré l'optimisme général, la situation africaine est loin d'être homogène :
- Croissance Variable :
- Le rapport RAMSES indique une croissance de l'Afrique sub-saharienne entre 3% et 4%, avec des disparités régionales. L'Afrique de l'Est a une moyenne de 6%/an de 2000 à 2024.
- En 2024, des pays comme la Côte d'Ivoire, le Rwanda, l'Éthiopie et le Bénin affichent une dynamique d'émergence grâce au développement agricole, à la diversification économique et à un entrepreneuriat dynamique.
- Dépendance aux Matières Premières :
- Selon Severino, les pays très dépendants des matières premières (pays rentiers) ont eu une croissance de 100 à 140 (base 100 en 2000), tandis que les pays en voie de diversification sont passés de 100 à 300. L'Afrique dans son ensemble est passée de 100 à 170.
- Cela souligne que la diversification est clé pour une croissance africaine durable.
- Contraste des Performances :
- La République Centrafricaine a connu une croissance moyenne négative entre 2000 et 2025.
- Les "grands pays" comme le Nigéria (difficultés liées au cours du pétrole) et l'Afrique du Sud (plafonne) affichent des performances modestes, limitant leur rôle de moteur continental.
C) Les Multiples Rentes et le Saut Technologique
L'Afrique possède un potentiel de ressources qui ouvre des perspectives. S. Brunel parle de "rentes" dans un sens positif :
- Rente Noire (Hydrocarbures et Minerais) :
- Le Gabon, avec sa "rente pétrolière", a cherché à reprendre le contrôle de sa production. En 2010, le rachat du champ d'Obangue par SINOPEC (Groupe Chinois) et les renégociations avec ADDAX ont permis un rééquilibrage en faveur du Gabon. En 2024, après un
putsch
, le Gabon n'a pas renouvelé le permis d'exploitation, le pétrole représentant moins de 70% de ses exportations (réduction de la dépendance).
- Le Gabon, avec sa "rente pétrolière", a cherché à reprendre le contrôle de sa production. En 2010, le rachat du champ d'Obangue par SINOPEC (Groupe Chinois) et les renégociations avec ADDAX ont permis un rééquilibrage en faveur du Gabon. En 2024, après un
- Rente Bleue (Ressources Hydriques) :
- Seulement 5% du potentiel hydroélectrique africain est utilisé. Des projets de barrages comme INGA (RDC), la Renaissance (Éthiopie) et Nachtigal (Cameroun, avec EDF, fournissant 30% de l'électricité du pays) illustrent ce potentiel.
- Rente Verte (Énergies Renouvelables et Agriculture) :
- Géothermie : Le Kenya est un champion, fournissant 50% de son électricité par la géothermie et visant 100% renouvelable d'ici 2030, adoptant une "diplomatie verte".
- Éolien : L'Éthiopie produit 10% de son électricité grâce au parc d'Ashegoda.
- Solaire : Le Sénégal a développé des installations comme la centrale de Bokhol.
- L'Afrique vise 47% de son mix électrique issu des énergies renouvelables d'ici 2030. La République Centrafricaine tire un tiers de son énergie du solaire. Cependant, la progression est jugée "moindre en 2024" par l'Association africaine des énergies solaires, ne représentant que 0,7 à 2,6% du solaire mondial installé, selon les estimations.
- Potentiel agricole : M. Griffon souligne que l'Afrique dispose d'un vaste potentiel de terres exploitables, offrant une solution pour les risques alimentaires futurs, contrairement à l'Europe ou l'Amérique du Nord qui exploitent déjà l'essentiel de leur potentiel arable.
- Le
Saut de Grenouille
(Lipfrog
) :- Le retard technologique de l'Afrique peut devenir un avantage en lui permettant de "sauter des étapes". Par exemple, en 2004, seuls 3% de la population africaine avaient une ligne fixe. L'essor rapide de la téléphonie mobile (4G, 5G), accessible à 53% de la population d'ici 2030, a permis de contourner le déploiement coûteux d'infrastructures fixes.
- Ce
saut de grenouille
se manifeste également dans le développement de l'e-commerce, de la médecine en ligne, de l'information agricole (prévisions météorologiques, cours du marché) et des services bancaires. Le Kenya est pionnier mondial de la banque mobile avec MPESA de Safaricom, lancé en 2007, évitant le besoin d'un réseau bancaire physique dense. - L'Intelligence Artificielle (IA) est aussi un domaine où l'Afrique cherche à rattraper son retard et à prendre de l'avance, avec le soutien de géants comme Google (accompagnement de startups africaines en 2022) et d'entrepreneurs locaux.
- L'écosystème du Nigéria, avec Lagos comme épicentre (le quartier de Yaba,
Silicon Valley
), est particulièrement dynamique. Des entreprises comme Andela (spécialisée dans la formation de développeurs de logiciels, fondée en 2014) y prospèrent. Cependant, la localisation internationale des directions et centres techniques de certaines de ces entreprises (ex: Jumia, entreprise enregistrée à Berlin avec des centres techniques au Portugal) suggère que la croissance des "champions" africains n'est pas toujours pleinement accompagnée par les moyens locaux.
D) Une Position Géostratégique Singularisée et un Potentiel Démographique
L'Afrique détient une position unique sur la scène mondiale :
- Faible Contributrice aux GES : L'Afrique est la "moins pollueuse", avec moins de 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cela lui confère un "potentiel" pour créer un "avantage vert" si elle est soutenue. Pour Zinsou,
l'Afrique possède la maîtrise des raretés
. - Croissance Démographique Unique : C'est la seule région du monde où le taux de natalité dépasse le seuil de remplacement, assurant une croissance démographique soutenue.
- Population :
- Entre 1970 et 2020, la population de l'Afrique a été multipliée par 5, tandis que celle de l'Asie l'a été par 2,7, et l'Amérique Latine par 4,7.
- La densité moyenne en Afrique est de 54 habitants/km (UE : 120 hab/km). Cependant, les disparités sont immenses, allant du Rwanda (500 hab/km) à la RDC (8 hab/km).
- Dividende Démographique :
- Le démographe togolais Kupogbe définit le dividende démographique comme le
bénéfice économique qu'un pays peut tirer de la structure par âge de sa population
. Ce potentiel est immense mais non automatique ; il exige des investissements massifs dans l'éducation et la formation, ainsi qu'une gouvernance solide. - Faute d'investissements suffisants (les budgets par élève étant faibles), ce dividende peut se transformer en un facteur de déstabilisation, avec une jeunesse délaissée. C'est donc un "atout à double tranchant".
- Le démographe togolais Kupogbe définit le dividende démographique comme le
- Rôle de la Diaspora : Les diasporas africaines sont une source de soutien économique importante. Au Sénégal, les remises de la diaspora représentent 8% du PIB.
- Positionnement Multipolaire : L'article de S. Schlimmer dans RAMSES 2024 met en lumière le positionnement multipolaire de l'Afrique. L'abstention de 17 pays africains lors du vote à l'ONU concernant la Russie en 2022 (similaire à la Chine) n'est pas forcément un rejet des Occidentaux ou un rapprochement idéologique avec la Russie, mais plutôt une volonté de "non-alignement" et la capacité de choisir "sans en exclure aucun".
II- Études de Cas : Le Botswana et le Rwanda
A) Le Botswana : Un miracle de la rente bien gérée ?
D'une superficie de 600 000 km pour moins de 3 millions d'habitants, le Botswana est un exemple souvent cité de succès africain, malgré son enclavement et la présence d'un grand désert. Qualifié de "miracle" par Courrier International en 2022, il est passé d'un des pays les plus pauvres à l'indépendance (avec seulement 12 km de routes goudronnées et 100 bacheliers/an) à un pays à revenu intermédiaire selon la Banque Mondiale.
- Croissance Soutenue : 9% (1969-1970) et 7% (2010).
- Ressource Principale : Le diamant, dont il est le premier producteur en valeur depuis 1970, constitue sa rente principale.
- Gouvernance Exemplaire : Le pays a mis en place des institutions démocratiques stables, avec des élections libres (défaite du parti au pouvoir après 58 ans), et est bien classé en termes d'Indice de Développement Humain (IDH) (0,7) et de transparence.
- Politiques Sociales : Enseignement et accès à l'eau généralisés, ainsi qu'une politique publique ambitieuse contre le SIDA (dépistage, trithérapies) financée par les revenus des diamants, le tout s'apparentant à un "État-providence".
- Gestion de la Rente et de l'Après-Rente : La coentreprise Debswana (avec De Beers) a permis au Botswana de rééquilibrer, au fil des réformes, le partage des revenus des diamants en sa faveur. Un "Fonds Pula" a été établi pour placer des fonds et gérer les aléas économiques.
- Diversification Économique : Développement d'un tourisme vert élitiste, axé sur les parcs naturels (lancé dans les années 2000), évitant le tourisme de masse et stimulant les infrastructures hôtelières.
- Relations Internationales : Excellentes relations avec ses voisins (ex: Namibie, siège de la SADC à Gaborone), ainsi qu'avec Cuba, la Chine (partenariat signé en 2024) et les pays occidentaux. Le Botswana a d'ailleurs condamné l'invasion russe en 2022.
Fragilités : La guerre en Ukraine a entraîné un effondrement du cours des diamants en 2022, poussant le Botswana à la récession et le contraignant à emprunter, menaçant le Pula Fund. Cette situation, si elle est une "catastrophe", pourrait aussi être une "opportunité pour précipiter la transition" vers une économie moins dépendante.
B) Le Rwanda : Un mirage ou un miracle avec des fragilités ?
Le Rwanda (14 millions d'habitants sur 26 000 km, 500 hab/km), pays enclavé, a connu la plus forte croissance durable d'Afrique sub-saharienne après un génocide dévastateur. Sa transition a été menée par Paul Kagame, qui a maintenu une stabilité par un pouvoir fort (réélection à plus de 99% en 2024 après un référendum en 2015 ayant révisé la Constitution).
- Vision Stratégique : Kagame se positionne en "architecte de l'émergence". Les objectifs sont ambitieux : devenir une économie à revenu intermédiaire d'ici 2035 et à revenu élevé d'ici 2050.
- Hub Technologique : Depuis 2000, le Rwanda vise à devenir le "Singapour de l'Afrique" et un hub africain des nouvelles technologies. Une plateforme numérique a été lancée en 2013 pour généraliser l'usage du numérique.
- Révolution Verte : Lancée en 2007, elle vise à développer les cultures d'exportation, l'autosuffisance alimentaire et à faire face aux aléas climatiques. L'agriculture fournit un quart du PIB, malgré une population rurale encore majoritaire (60% en 2022). Cependant, la population n'a pas toujours bénéficié de subventions, et le pays importe un tiers de sa consommation alimentaire.
- Tourisme d'Affaires : Projet de faire de Kigali un centre incontournable du tourisme d'affaires (salons, conférences), avec la construction du Kigali Convention Center et d'hôtels de luxe. Un grand aéroport international à Bugesera, initialement prévu pour 2024, est maintenant retardé à 2027-2028.
- Compagnie Aérienne : RwandAir, la compagnie nationale, est contrôlée par le Qatar.
Fragilités : Derrière ce "miracle" se cachent de nombreuses vulnérabilités :
- Dépendance à l'Aide au Développement (APD) : L'APD représente 8 à 9% du PIB.
- Endettement : Le pays s'est fortement endetté pour financer ses plans.
- Situation de la Population Rurale : Une grande partie de la population rurale reste en difficulté.
- Manque de Libertés : La stabilité est maintenue au prix d'un fort contrôle et d'un "manque de liberté".
- Conflits Régionaux : Le Rwanda est accusé de "pillage de la RDC" et est en conflit avec ses voisins, contrastant avec la politique régionale du Botswana.
III- La Notion d'Émergence Africaine : Entre Reprise et Redéfinition
La notion d'émergence est aujourd'hui pleinement assumée par les pays africains : plus de 30 pays ont lancé des plans nationaux pour atteindre cet objectif (ex: Plan Sénégal Émergent 2014-2023, Agenda 2025 du Mozambique).
- Définition de l'Émergence : La question demeure de savoir si l'émergence africaine suit le même chemin que celle des pays asiatiques. Il s'agit peut-être plus d'une logique de
développement et de rattrapage
. L'Index de l'émergence publié en Afrique depuis 2017 montre que cette notion s'applique pleinement au Rwanda, qui est le seul pays à avoir connu une croissance soutenue supérieure à sa croissance démographique, avec un revenu par habitant en augmentation sur le long terme. - Émergence à l'échelle Régionale : Certains experts s'interrogent sur la pertinence de l'échelle nationale pour parler d'émergence en Afrique, car l'émergence asiatique s'est faite dans une dynamique régionale qui n'existe pas encore en Afrique. Un développement harmonieux nécessiterait une "synergie et une dynamique régionale".
- Gouvernance et Synergie : Pour une véritable émergence, une "bonne gouvernance" et la capacité des pays à s'associer sont essentielles. Le Botswana, par exemple, a noué des liens d'amitié avec ses voisins, contrairement au Rwanda dont les relations régionales sont, pour l'instant, plus conflictuelles.
Conclusion : Défis et Perspectives
L'Afrique est un continent de contrastes, où les potentiels sont immenses mais les défis structurels également. La rhétorique de l'émergence doit être analysée avec discernement, en distinguant les dynamiques conjoncturelles des transformations structurelles de long terme. La diversification économique, la bonne gouvernance, l'investissement dans le capital humain et des relations régionales pacifiées sont les piliers sur lesquels une véritable émergence africaine pourra se construire, loin des écueils du pessimisme et de l'optimisme excessifs.
L'Émergence de l'Afrique : Entre Optimisme, Doutes et Réalités Différenciées
L'Afrique, souvent qualifiée de "continent des paradoxes", suscite des cycles d'optimisme et de pessimisme marqués. Elle est régulièrement au cœur des débats sur l'émergence économique, avec des prévisions de croissance rivalisant parfois avec celles de l'Asie d'ici 2025. Cependant, cette vision globalisante masque une grande hétérogénéité des situations nationales et des défis structurels persistants.I- L'Espoir d'une Émergence en Afrique Subsaharienne
La période des années 2010 a ravivé l'espoir d'une trajectoire de développement durable pour de nombreux pays africains, menant à des analyses optimistes, comme celle de N. Baverez en 2013, affirmant que "l'Afrique est bien partie". Cette perception a souvent été comparée à l'émergence asiatique, bien que cette dernière ait montré une confirmation plus solide au fil du temps.A) L'Afrique est entrée dans les Trente Glorieuses (L. Zinsou)
L'expression de Lionel Zinsou, intellectuel béninois et figure de l'afro-optimisme, symbolise cette période d'espoir. Ses contributions, notamment au sein d'institutions comme Teranova et l'Institut Montaigne, soulignent les signaux positifs de la décennie 2005-2014.- Une Croissance Soutenue : L'Afrique subsaharienne a enregistré une croissance moyenne de 5 % par an entre 2005 et 2014, soit deux fois plus rapide que la croissance mondiale durant la même période. Des pays comme l'Éthiopie ont connu des pics à 10 % par an (2004-2009) et le Nigeria une multiplication par 12 de son PIB entre 2008 et 2012. Le Ghana et le Botswana sont même parvenus à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en 2015.
- Attractivité des Investissements Directs Étrangers (IDE) : Cette croissance a attiré les IDE, initialement orientés vers les hydrocarbures et l'électricité, puis se diversifiant vers l'agriculture.
- Augmentation du Pouvoir d'Achat et Émergence d'une Classe Moyenne : L'accroissement du pouvoir d'achat a permis l'émergence d'une classe moyenne. La Banque Africaine de Développement (2011) estimait à 363 millions le nombre de personnes appartenant à cette classe, définie par un revenu quotidien entre 2 et 20 dollars. Bien que cette définition soit sujette à débat car la plupart restent proches du seuil de pauvreté, elle témoigne d'une volonté de croire en cette dynamique. Un conglomérat comme HAIER (électroménager chinois) a par exemple trouvé en l'Afrique un relais de croissance significatif, y implantant des usines.
- Progrès Économiques et Sociaux Durables : Jean-Michel Sévérino met en évidence, au-delà des turbulences conjoncturelles, une multiplication par quatre du PIB par habitant en Afrique subsaharienne entre 2000 et 2023 (de 1400 à 6000 GS de dollars), avec une croissance moyenne de 4 % par an. Cette dynamique s'est traduite par des progrès sociaux notables, telle une augmentation de l'espérance de vie de 10 ans sur la même période, atteignant aujourd'hui 75 ans.
B) Des Croissances Différenciées et des Atouts Structurels
La situation, bien que globalement favorable sur le long terme, est loin d'être homogène. Le rapport RAMSES distingue plusieurs catégories de pays.- Pays à Croissance Affirmée (3 % à 4 % en 2024 pour l'Afrique subsaharienne, 6 %/an pour l'Afrique de l'Est, 7 pays en vue en 2024 : Côte d'Ivoire, Rwanda, Éthiopie, Bénin). Ces nations ont en commun le développement de leur agriculture, une diversification progressive de leur économie et un entrepreneuriat dynamique.
- Trajectoires Diversifiées (selon J.M. Sévérino, 2000-2025) :
- Des pays très dépendants des matières premières (rentiers) voient leur PIB progresser modestement (indice 140 en 2025 pour une base 100 en 2000).
- Les pays en voie de diversification connaissent une croissance beaucoup plus forte (indice 300 en 2025). C'est cette diversification qui tire la croissance africaine.
- Des pays comme la Centrafrique enregistrent une croissance moyenne négative sur la période 2000-2025.
- Grands Pays aux Performances Modestes : Le Nigeria, confronté aux fluctuations des cours du pétrole, et l'Afrique du Sud, qui stagne, illustrent les limites de ce modèle de croissance pour les "poids lourds" du continent.
1. Les Rentes Naturelles et la Transition Énergétique
Sylvie Brunel distingue plusieurs types de "rentes" qui, historiquement négatives, peuvent devenir des leviers de développement si gérées différemment.- Rente Noire (Pétrole et Minerais) :
- Exemple du Gabon avec la GOC (société nationale pétrolière) au début des années 2010. Après des tensions avec ADDAX/SINOPEC sur la concession pétrolière d'Obangue (2010), le Gabon a rééquilibré ses accords en sa faveur, et en 2024, n'a pas renouvelé le permis. Le pétrole représente désormais moins de 70 % des exportations gabonaises. Cette volonté de reprendre le contrôle des ressources naturelles est une tendance. Le putsch de 2024 et l'arrivée de Brice Oligui Nguema illustrent aussi les enjeux politiques liés à ces rentes.
- Rente Bleue (Ressources Hydriques) : Avec seulement 5 % du potentiel hydroélectrique utilisé, l'Afrique est un continent d'opportunités pour les barrages (Inga en RDC, Grande Renaissance en Éthiopie, Nachtigal au Cameroun – coopération EDF fournissant 30 % de l'électricité). La géothermie est également prometteuse, le Kenya produisant 50 % de son électricité par ce moyen et visant un mix 100 % renouvelable d'ici 2030, y compris pour l'Éthiopie et Djibouti.
- Rente Jaune (Solaire) : Le Sénégal avec le centre de Bokhol illustre le potentiel solaire. Malgré un mix énergétique en évolution vers 47 % d'énergies renouvelables (ER) d'ici 2030, le solaire africain représente entre 0,7 % et 2,6 % du solaire mondial installé, soulignant le chemin à parcourir. La République centrafricaine, avec un tiers de son mix énergétique provenant du solaire, est un exemple de pays performant.
- La Vision de la "Rente Verte" : Ce terme désigne le vaste potentiel de terres arables encore inexploitées en Afrique, offrant une solution potentielle aux défis alimentaires mondiaux. Alors que l'Europe et les États-Unis exploitent l'essentiel de leur potentiel arable, l'Afrique est perçue comme la "zone de la solution" par des experts comme M. Griffon. C'est également le continent qui émet le moins de gaz à effet de serre (moins de 5 % du total mondial), se positionnant comme un "poumon" mondial nécessitant un soutien pour créer une "rente climatique". L. Zinsou résume cette idée par l'expression "l'Afrique possède la maîtrise des raretés".
2. Le "Saut de Grenouille" Technologique (Lip Frog)
Le retard technologique de l'Afrique peut paradoxalement devenir un avantage en permettant l'adoption directe des technologies les plus récentes, sans passer par les étapes intermédiaires coûteuses.- Télécommunications : En 2004, seulement 3 % de la population africaine disposait d'une ligne fixe. Le continent a "sauté" cette étape pour adopter massivement la téléphonie mobile. Aujourd'hui, on observe un essor de la 4G et 5G, avec un objectif de couverture de 53 % de la population d'ici 2030.
- Impact Économique : Les technologies mobiles ont contribué à 8 % du PIB africain en 2024, favorisant le commerce électronique, la télémédecine et les systèmes d'information agricole (prévisions météo, cours du marché).
- Services Bancaires Mobiles : L'Afrique est pionnière dans ce domaine. M-Pesa, lancé par Safaricom au Kenya en 2007, a fait du pays un leader mondial de la banque mobile, évitant la construction d'un dense réseau d'agences bancaires physiques.
- Intelligence Artificielle (IA) et Innovation : Des initiatives comme le soutien de Google aux startups africaines (dès 2022) et les projets d'entrepreneurs locaux (ex: Justin Hankem au Togo avec l'IA pour l'agriculture) montrent une dynamique d'innovation. Le Nigeria, notamment le quartier de Yaba à Lagos (surnommé la "Silicon Valley" africaine), développé un écosystème très attractif pour les startups (Andela, Jumia). Cependant, la localisation des centres techniques et des sièges sociaux (Jumia enregistrée à Berlin, centres techniques au Portugal) révèle que les capacités d'accompagnement locales sont parfois limitées.
3. Le Dividende Démographique
L'Afrique est la seule région du monde connaissant une croissance démographique soutenue, avec un taux de remplacement atteint ou dépassé, contrairement à d'autres régions confrontées au vieillissement.- Dynamisme Démographique : La population africaine a été multipliée par cinq entre 1970 et 2020, contre 2,7 pour l'Asie et 4,7 pour l'Amérique latine sur la même période.
- Hétérogénéité des Densités : La densité moyenne est de 54 habitants/km², mais elle masque des contrastes extrêmes, du Rwanda (500 hab/km²) à la RDC (8 hab/km²).
- Potentiel du Dividende Démographique : Selon le démographe togolais K. Kupogbe, le dividende démographique représente le bénéfice économique qu'un pays peut retirer de la structure par âge de sa population. Pour être effectif, il nécessite des investissements massifs dans l'éducation et la formation, ainsi qu'une gouvernance solide. Sans ces conditions, une jeunesse délaissée peut devenir un facteur de déstabilisation, faisant de cet atout une "arme à double tranchant".
- Rôle de la Diaspora : La diaspora africaine, notamment à travers les transferts de fonds (8 % du PIB pour le Sénégal), constitue un atout significatif pour l'Afrique subsaharienne.
4. Un Positionnement Géopolitique Renforcé
Dans un monde multipolaire, l'Afrique cherche à diversifier ses partenariats et affirme un principe de non-alignement. L'article de S. Schlimmer dans RAMSES 2024 analyse le vote des pays africains à l'ONU concernant la guerre en Ukraine.- Non-Alignement : L'abstention de 17 pays africains (similaire à la Chine) en 2022 n'est pas un rejet des Occidentaux mais une volonté de ne pas prendre parti. L'absence de soutien massif à l'Ukraine était déjà visible en 2014.
- Diversification des Partenaires : Les pays africains ne sont plus contraints par une unique offre de partenariat. Comme le souligne A. Touré, "nous avons le choix des partenaires." Ce sont les intérêts nationaux qui dictent les alliances, et non des affinités idéologiques a priori.
II- Études de Cas de Trajectoires d'Émergence : Miracles ou Fragilités ?
La notion d'émergence est de plus en plus intégrée dans les stratégies nationales africaines (ex : Plan Sénégal Émergent 2014-2023, Agenda 2025 du Mozambique). Cependant, sa définition et les critères d'application restent débattus, et l'échelle nationale est-elle toujours pertinente ?A) Le Botswana : Un "Miracle" de Gestion de Rente ?
Le Botswana est souvent cité comme un exemple de développement réussi en Afrique.- Un Point de Départ Difficile : À son indépendance, avec moins de 3 millions d'habitants sur 600 000 km², le Botswana était l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, avec des infrastructures quasi inexistantes (12 km de routes goudronnées) et un système éducatif embryonnaire (100 bacheliers par an).
- Performance Économique Remarquable : Il est aujourd'hui l'un des pays d'Afrique subsaharienne avec le PIB/habitant le plus élevé et est classé par la Banque Mondiale comme un pays à revenu intermédiaire. Sa croissance a été historiquement forte : 9 % entre 1969 et 1970, et encore 7 % en 2010.
- La Rente Diamantaire : Historiquement enclavé et traversé par un désert, le Botswana a découvert des diamants en 1970, devenant le premier producteur mondial en valeur.
- Une Gouvernance Exemplaire (pour un temps) :
- Institutions Démocratiques : Le Botswana a établi une démocratie stable, libre et transparente, avec des élections régulières et une alternance politique (le parti au pouvoir, après 58 ans, a connu une défaite).
- Gestion de la Rente : La gestion de la rente diamantaire est un modèle. La co-entreprise Debswana (avec De Beers) a permis de rééquilibrer les revenus en faveur du Botswana, notamment via la réforme des accords de 2011 qui initialement accordaient 90 % des revenus à De Beers.
- Politiques Sociales : Les revenus des diamants ont permis un IDH élevé (0,7), la généralisation de l'enseignement et de l'accès à l'eau, et une politique publique ambitieuse contre le SIDA (dépistage, trithérapie financés). Le Pula Fund, un fonds souverain, a été créé pour gérer les fluctuations économiques et financer des situations critiques, évitant l'endettement excessif.
- Diversification et Tourisme Vert : Le Botswana a développé un tourisme vert très élitiste dès les années 2000, misant sur ses parcs naturels pour éviter le tourisme de masse et développer des infrastructures hôtelières de qualité.
- Relations Internationales : Le pays entretient d'excellentes relations avec ses voisins (siège de la SADC à Gaborone), Cuba, la Chine (partenariat signé en 2024) et les pays occidentaux, condamnant l'invasion russe en 2022.
- Fragilités Récentes : En 2022, l'économie botswanaise, fortement dépendante des diamants, a subi les répercussions de la guerre en Ukraine, entraînant une récession due à l'effondrement des cours. Les mesures de traçabilité imposées par le G7 sur les diamants posent également des défis. Le Botswana, ayant épuisé une partie de son Pula Fund, pourrait être contraint d'emprunter, transformant cette "catastrophe" en opportunité de précipiter sa transition économique.
B) Le Rwanda : "Miracle ou Mirage" d'une Croissance Soutenue ?
Le Rwanda, malgré son passé tragique, est un autre exemple de croissance rapide, mais avec des spécificités.- Un Contexte Post-Génocide : Pays enclavé de 14 millions d'habitants sur 26 000 km² (500 hab/km²), le Rwanda a dû faire face à l'après-génocide, avec un effort massif de justice.
- Le Rôle de Paul Kagame : Le Président Paul Kagame est l'architecte de cette transition et de cette émergence. Sa stabilité au pouvoir, malgré des réélections contestées (plus de 99 % des voix en 2024, référendum en 2015 pour modifier la Constitution), a permis de mener des réformes.
- Objectifs Ambitieux : Le Rwanda vise à devenir une économie à revenu intermédiaire d'ici 2035 et à revenu élevé d'ici 2050.
- Un Hub Technologique et Touristique :
- Nouvelles Technologies : Dès les années 2000, un programme de développement des nouvelles technologies a été lancé pour faire du Rwanda un hub africain, complété par une plateforme numérique en 2013 pour généraliser l'usage du numérique.
- Tourisme d'Affaires : Kigali est visée pour devenir un centre incontournable du tourisme d'affaires, avec la création du RCB (Rwanda Convention Bureau), la construction du Kigali Convention Center et d'hôtels de luxe. L'aéroport international de Bugesera, bien que retardé (prévu pour 2027-2028), est un projet clé.
- RwandAir : La compagnie nationale, contrôlée par le Qatar, témoigne des partenariats internationaux stratégiques.
- "Révolution Verte" et Agriculture : Paul Kagame a impulsé une "révolution verte" pour développer les cultures d'exploitation, l'autosuffisance alimentaire et faire face aux aléas climatiques. L'agriculture fournit un quart du PIB en 2024, malgré 60 % de population rurale en 2022 et un tiers de la consommation alimentaire importée.
- Fragilités et Critiques :
- Dépendance à l'Aide au Développement (APD) : Le Rwanda reste fortement dépendant des APD (8 à 9 % de son PIB) et s'est endetté pour financer ses plans.
- Pauvreté Rurale : La population rurale n'a pas toujours bénéficié des subventions, accentuant la pauvreté.
- Accusations de Pillage : Le Rwanda est parfois accusé de piller les ressources de la RDC.
- Gouvernance : La stabilité est maintenue à un prix, celui d'un manque de liberté et d'une forte concentration du pouvoir.
- Conflits Régionaux : Contrairement au Botswana, le Rwanda est en conflit avec plusieurs de ses voisins (RDC notamment), freinant une synergie régionale nécessaire à une émergence durable.
L'AFRIQUE EST BIEN PARTIE : Entre espoirs et réalités de l'émergence
L'Afrique, souvent sujette à des cycles d'optimisme et de pessimisme, connaît depuis le début des années 2000 un nouvel élan d'espoir autour de sa capacité à émerger. Prévue pour atteindre une croissance équivalente à celle de l'Asie en 2025 (autour de 4%), cette perspective a ravivé le débat sur le qualificatif d'« émergent » pour le continent. Des publications comme The Economist ont évolué de "The hopeless continent" à "Africa rising" en 2011, reflétant cette fluctuation d'optimisme. Cependant, la chute des prix des matières premières en 2014 a réintroduit le doute, comme l'illustrent les travaux de F. Giovalucchi ("Et si l'Afrique émergente était une fable occidentale ?", 2018) et Vircolour ("Les émergences africaines existent-elles vraiment ?").
La complexité de l'Afrique réside dans la grande disparité de ses situations, souvent masquée par des moyennes globalisantes. Le continent est riche en potentiel, mais la distinction entre une conjoncture favorable et une émergence structurelle et durable est cruciale. L'émergence implique une transformation profonde s'inscrivant dans le temps long.
I- L'espoir d'une émergence (de l'Afrique subsaharienne)
Cet espoir se fonde sur plusieurs dynamiques favorables, notamment la croissance économique, l'émergence d'une classe moyenne et le développement des infrastructures.
A) « L'Afrique est entrée dans les Trente Glorieuses » (L. ZINSOU)
Lionel Zinsou, intellectuel béninois et figure de l'afro-optimisme, a popularisé cette expression pour décrire la période de forte croissance que l'Afrique subsaharienne a connue.
Croissance Économique Sostenue :
De 2005 à 2014, la croissance moyenne de l'Afrique subsaharienne a été de /an, soit deux fois plus rapide que les décennies précédentes.
Certains pays ont affiché des performances exceptionnelles : l'Éthiopie avec /an de 2004 à 2009 (puis en 2013), et le Nigeria dont le PIB a été multiplié par 12 de 2008 à 2012.
Le Ghana et le Botswana sont cités comme des exemples ayant atteint les Objectifs de Développement Durable (ODD) en 2015.
Attractivité des IDE et Hausse du Pouvoir d'Achat :
Cette croissance a attiré les Investissements Directs Étrangers (IDE), initialement orientés vers les hydrocarbures et l'électricité, mais aussi de plus en plus vers l'agriculture.
L'augmentation du pouvoir d'achat des Africains a favorisé l'émergence d'une classe moyenne, faisant de l'Afrique un marché attractif pour les entreprises (ex: Haier, un conglomérat chinois d'électroménager, a installé des usines au Nigeria et en Afrique du Sud).
Définition de la Classe Moyenne Africaine :
La Banque Africaine de Développement (BAD) estimait en 2011 que 363 millions de personnes entraient dans la classe moyenne africaine. Cependant, la définition (gagner entre 2 et 20 dollars par jour) est sujette à débat, beaucoup se situant à la limite inférieure de cette tranche.
Progrès Sociaux Durables :
Selon J-M. Severino, entre 2000 et 2023, le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA) de l'Afrique subsaharienne est passé de 1400 à 6000 dollars, soit une multiplication par 4 avec une croissance annuelle moyenne de .
Ces dynamiques se sont traduites par des progrès sociaux notables, comme une augmentation de l'espérance de vie de 10 ans sur la même période, atteignant 75 ans aujourd'hui.
Le rapport RAMSES souligne une croissance plus différenciée, avec certains pays comme la Côte d'Ivoire, le Rwanda, l'Éthiopie et le Bénin affichant des croissances annuelles moyennes de plus de sur 2000-2024. Ces pays sont caractérisés par le développement de leur agriculture, une diversification progressive de leur économie et un entrepreneuriat dynamique, confirmant une logique d'émergence.
Type de pays (Severino, 2000-2025) | Croissance Base 100 (en 2000) | Caractéristiques |
|---|---|---|
Pays très dépendants des matières premières (rentiers) | 100 à 140 | Croissance modeste, vulnérables aux fluctuations des M1. |
Pays en voie de diversification | 100 à 300 | Moteurs de la croissance africaine. |
Afrique (moyenne) | 100 à 170 | Globalement, une dynamique de rattrapage. |
Ce tableau met en évidence que la croissance africaine est principalement tirée par les pays qui réussissent à diversifier leur économie. Des pays comme la Centrafrique ont connu une croissance moyenne négative sur la période 2000-2025, tandis que le Nigeria et l'Afrique du Sud, malgré leur poids économique, affichent des performances modestes en raison de dépendance au pétrole (Nigeria) ou d'un plafonnement (Afrique du Sud).
B) La rente comme potentiel : Diversification des ressources
Sylvie Brunel distingue plusieurs types de "rentes" en Afrique, non plus comme une fatalité mais comme un potentiel de développement si gérées adéquatement.
Rente Noire (hydrocarbures et minerais) :
L'exemple du Gabon avec le pétrole est illustratif. Au début des années 2010, le gouvernement gabonais a créé la GOC (société nationale de pétrole) pour reprendre le contrôle de sa production. En 2010, l'exploitation du champ d'Obangue par ADDAX (groupe franco-suisse) a été rachetée par SINOPEC (chinois). Après des tensions et une renégociation en 2013, le Gabon a rééquilibré les accords en sa faveur, puis n'a pas renouvelé le permis d'exploitation en 2024. Le pétrole représente aujourd'hui moins de des exportations gabonaises. Ceci montre une volonté des États de maximiser les bénéfices de leurs ressources.
Rente Bleue (eau) :
Seuls du potentiel hydroélectrique des fleuves africains étaient utilisés. Des projets de barrages comme Inga en RDC (Inga 1 et 2 en service, Inga 3 en panne de financement), la Renaissance en Éthiopie, Nachtigal au Cameroun (avec EDF, fournissant de l'électricité camerounaise) ou des barrages en Angola démontrent cette exploitation croissante.
Rente Géothermique :
Le Kenya est un champion, fournissant de son électricité par la géothermie. Il vise d'énergies renouvelables d'ici 2030, adoptant une "diplomatie verte".
Rente Jaune (solaire) et Éolienne :
Des projets solaires comme le centre de Bokhol au Sénégal sont en place.
L'éolienne contribue à de l'électricité en Éthiopie (parc d'Ashegoda).
L'objectif global pour l'Afrique est d'atteindre du mix électrique d'ici 2030 provenant des énergies renouvelables.
Type de Rente | Description / Potentiel | Exemples |
|---|---|---|
Noire (Hydrocarbures, Minerais) | Contrôle accru et rééquilibrage en faveur des États. | Gabon (pétrole), négociation avec SINOPEC. |
Bleue (Hydroélectricité) | Vaste potentiel sous-exploité. | Barrages Inga (RDC), Renaissance (Éthiopie), Nachtigal (Cameroun). |
Géothermique | Source stable et abondante dans certaines régions. | Kenya ( de son électricité). |
Jaune (Solaire) | Fort ensoleillement, potentiel immense. | Centre de Bokhol (Sénégal), Rép. Centrafricaine ( de son mix énergétique). |
Éolienne | Vent favorable dans plusieurs régions. | Éthiopie (parc d'Ashegoda). |
Malgré cela, le solaire en Afrique représente seulement entre et du solaire installé dans le monde, ce qui met en lumière un potentiel encore largement inexploité.
C) Le « saut de grenouille » technologique
Le retard technologique de l'Afrique peut se transformer en avantage, permettant de "sauter des étapes" (leapfrog) et d'adopter directement les technologies les plus modernes.
Télécommunications :
En 2004, seulement de la population africaine disposait d'une ligne fixe. Le continent a massivement adopté le téléphone mobile, contournant la coûteuse infrastructure filaire.
Aujourd'hui, l'Afrique subsaharienne voit l'essor de la 4G et de la 5G, avec un objectif de de la population ayant accès d'ici 2030.
Le mobile représente du PIB africain en 2024, favorisant l'e-commerce, la médecine en ligne, et l'information agricole (prévisions météo, cours des marchés).
Services Bancaires et Paiement Mobile :
L'Afrique est pionnière dans la banque et le paiement en ligne. Le lancement de M-Pesa par Safaricom au Kenya en 2007 a fait du pays un leader mondial de la banque mobile, évitant la nécessité de développer un vaste réseau d'agences bancaires physiques.
Intelligence Artificielle (IA) :
Le développement de l'IA est dynamique, soutenu par des géants comme Google (qui a lancé un programme d'accompagnement de startups africaines en 2022) et des entrepreneurs locaux.
Des initiatives au Bénin (médecine) et au Togo (Justin Hankem pour l'agriculture et l'écologie) illustrent cette effervescence.
Écosystèmes Digitaux et Startups :
Le Nigeria, avec Lagos comme épicentre (notamment le quartier de Yaba, surnommé la "Silicon Valley" locale), a vu l'émergence d'un écosystème florissant. Des entreprises comme Andela (spécialisée dans la formation de développeurs de logiciels, fondée en 2014) et Jumia (plateforme d'e-commerce, introduite à la Bourse de NY en 2019) témoignent de cette vitalité.
Cependant, l'exemple de Jumia (enregistrée à Berlin, dirigeants français, centres techniques au Portugal) souligne les limites de l'accompagnement local pour ces "champions".
D) Une richesse démographique et des terres exploitables
L'Afrique se distingue par des atouts uniques pour l'avenir.
Rente Verte (Terres exploitables) :
Selon M. Griffon, l'Afrique possède un potentiel de terres arables encore sous-exploité, constituant une solution face aux risques alimentaires mondiaux. Alors que l'Europe et les États-Unis exploitent l'essentiel de leur potentiel, l'Afrique représente une "zone de solution".
Faible Empreinte Carbone :
L'Afrique est la région du monde la moins pollueuse, émettant moins de des gaz à effet de serre mondiaux. Ceci lui confère un "potentiel" écologique et une opportunité de développer des modèles de croissance durable, avec des écosystèmes (forêts du bassin du Congo) représentant des puits de carbone mondiaux. Zinsou parle de "maîtrise des raretés".
Dividende Démographique :
L'Afrique est la seule région du monde où la croissance démographique est soutenue, avec un taux de remplacement atteint ou dépassé, contrairement aux autres continents vieillissants.
De 1970 à 2020, la population africaine a été multipliée par 5, contre 2,7 pour l'Asie et 4,7 pour l'Amérique latine.
La densité moyenne en Afrique est de 54 hab/km², mais avec de fortes disparités (Rwanda: 500 hab/km², RDC: 8 hab/km²).
Le dividende démographique, défini par le démographe togolais Kupogbe comme "la part de bénéfice économique qu'un pays peut tirer de la structure par âge de sa population", représente une opportunité majeure. Cependant, il n'est pas automatique et nécessite des investissements massifs dans la formation, l'éducation (où les sommes par élève sont encore très basses) et une gouvernance solide, sous peine de se transformer en facteur de déstabilisation avec une jeunesse délaissée.
La diaspora africaine constitue également un atout, via les remises de fonds qui représentent une part significative du PIB de certains pays (ex: 8% du PIB au Sénégal).
E) La multipolarisation du monde et le non-alignement
Le contexte multipolaire actuel offre à l'Afrique de nouvelles opportunités d'alliances et d'investissements, lui permettant de diversifier ses partenaires sans contrainte de positionnement idéologique.
L'analyse de S. Schlimmer dans RAMSES 2024 sur le positionnement de l'Afrique face à la guerre en Ukraine est révélatrice. Les 17 pays africains s'étant abstenus lors du vote à l'ONU ont souvent été interprétés comme un rejet des Occidentaux et un rapprochement avec la Russie/Chine.
Schlimmer conteste cette vision, arguant que cette abstention reflète davantage une volonté de non-alignement et la capacité des pays africains à choisir leurs partenaires économiques sans affiliation idéologique. Comme le dit Animata Touré, une diplomate africaine : "Nous avons le choix des partenaires".
II- Trajectoires exemplaires de l'émergence africaine : Études de cas
Plus de 30 pays africains ont lancé des "plans d'émergence" (ex: Plan Sénégal Émergent 2014-2023, Plan Stratégie Gabon, Agenda 2025 du Mozambique), assumant pleinement cette notion, même si la définition doit être adaptée au contexte local. L'Index de l'émergence publié en Afrique depuis 2017 montre des réalités différenciées.
A) Le Botswana : Un "miracle" de gouvernance et de gestion de rente
Le Botswana, grand par sa superficie (600 000 km², plus grand que la France) mais peu peuplé (moins de 3 millions d'habitants), est un cas singulier d'émergence.
Point de Départ Difficile : Au moment de son indépendance, c'était un des pays les plus pauvres, avec des infrastructures inexistantes (12 km de routes pavées), et une élite peu formée (100 bacheliers par an).
Performance Économique : Il est devenu l'un des premiers pays d'Afrique subsaharienne en termes de PIB/habitant et est classé par la Banque Mondiale comme un pays à revenu intermédiaire.
Croissance annuelle moyenne de de 1969 à 1970, et en 2010.
La Rente Diamantaire et sa Gestion :
Le Botswana possède une rente essentielle : le diamant, découvert en 1970, en faisant le 1er producteur en valeur.
La gestion de cette rente est un modèle. L'accord avec De Beers via la co-entreprise Debswana visait à équilibrer les bénéfices. Si en 2011, De Beers percevait des revenus (accord depuis rééquilibré), le Botswana a su en tirer parti.
Création du Pula Fund, une caisse souveraine alimentée par les revenus diamantaires pour faire face aux imprévus et limiter l'endettement.
Gouvernance Exemplaire et Progrès Sociaux :
Connu comme une démocratie stable et exemplaire, avec des élections libres et un haut niveau de transparence (parmi les mieux classés en Afrique). La défaite du parti au pouvoir après 58 ans en est un témoignage.
Excellent score à l'IDH ().
Enseignement et accès à l'eau généralisés.
Politique publique avant-gardiste contre le SIDA (dépistage, trithérapie) financée par les diamants. C'est une forme d'État-providence.
Diversification et Vision "Après-Rente" :
Développement d'un tourisme vert élitiste (lancé dans les années 2000), s'appuyant sur ses parcs naturels et évitant le tourisme de masse, avec des infrastructures hôtelières de qualité.
Relations Internationales : Excellentes relations avec ses voisins (Namibie) et siège de la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe) à Gaborone. Le Botswana a étendu ses partenariats (Cuba, Chine, pays occidentaux) et a condamné l'invasion russe de l'Ukraine en 2022.
Vulnérabilités et Défis Actuels :
La guerre en Ukraine et les mesures de traçabilité des diamants par le G7 ont eu des répercussions. En 2022, le Botswana a connu une récession due à l'effondrement des cours du diamant.
Le Pula Fund, bien que conçu pour amortir les chocs, pourrait amener le Botswana à devoir emprunter. Cela pose la question de savoir si cette "catastrophe" peut devenir une opportunité pour accélérer la diversification économique.
B) Le Rwanda : Un "miracle ou mirage" sous gouvernance forte
Le Rwanda, pays enclavé, très densément peuplé (14 millions d'habitants sur 26 000 km², soit 500 hab/km²), a connu une trajectoire de croissance spectaculaire depuis le génocide de 1994.
Contexte Post-Génocide et Stabilité :
Le pays a fait un effort considérable de justice et de reconstruction.
La stabilité est maintenue par un pouvoir fort du président Paul Kagame, qui s'est maintenu au pouvoir (référendum en 2015, réélection à plus de en 2024), se posant comme l'architecte de l'émergence du Rwanda.
Objectifs Ambitieux et Réformes :
Le Rwanda a des objectifs clairs : devenir une économie à revenu intermédiaire d'ici 2035 et à revenu élevé d'ici 2050, avec l'ambition d'être la "Singapour de l'Afrique".
Dès 2000, un programme de développement des nouvelles technologies visait à faire du pays un hub africain. En 2013, une plateforme numérique a été lancée pour généraliser l'usage du numérique.
Développement Agricole et Révolution Verte :
Initiée en 2007, la "révolution verte" portée par Paul Kagame vise le développement des cultures d'exportation, l'autosuffisance alimentaire et l'adaptation aux aléas climatiques (sécheresse).
L'agriculture représente du PIB en 2024, mais de la population reste rurale.
Fragilité : la population rurale n'a pas toujours bénéficié de subventions, maintenant une partie d'entre elle dans la pauvreté. Un tiers de la consommation alimentaire du Rwanda est encore importé.
Tourisme d'Affaires et Infrastructures :
Projet ambitieux de faire de Kigali un centre incontournable du tourisme d'affaires (salons, conférences) depuis 2013, avec la création du RCB (Rwanda Convention Bureau), du Kigali Convention Center et d'hôtels de luxe.
Le projet d'un grand aéroport international (Bugesera), initialement prévu pour 2024, est retardé à 2027-2028 en raison de problèmes d'infrastructures.
La compagnie nationale, RwandAir, est contrôlée par le Qatar, illustrant la dépendance aux partenariats extérieurs.
Fragilités du Modèle : Malgré une croissance soutenue (la plus durable et dynamique d'Afrique subsaharienne), des fragilités demeurent :
Dépendance à l'Aide Publique au Développement (APD) : L'APD représente 8 à de son PIB.
Endettement : Les plans de développement ont entraîné un endettement significatif.
Conflits et Droits Humains : Le "visage sombre" de la stabilité rwandaise inclut des accusations de pillage des ressources de la RDC et un manque de liberté interne, le prix de la stabilité.
Caractéristique | Botswana | Rwanda |
|---|---|---|
Point de départ à l'indépendance | Très pauvre, peu d'infrastructures/éducation. | Pays dévasté par le génocide. |
Gouvernance | Démocratie stable, haute transparence. | Gouvernance forte, stabilité maintenue par un président controversé. |
Rente principale / Moteur | Diamants (gestion exemplaire). | Volonté politique forte, nouvelles technologies, tourisme d'affaires. |
Diversification | Tourisme vert élitiste, planification "après-rente". | Agriculture, technologies, services. |
Progrès sociaux | IDH élevé, enseignement/eau généralisés, lutte SIDA. | Objectifs ambitieux de revenu, reconstruction sociale. |
Interactions régionales | Bonnes relations avec voisins, siège SADC. | En conflit avec certains voisins (RDC). |
Fragilités | Dépendance aux cours des diamants, vulnérabilité externe. | Dépendance APD, endettement, manque de liberté, accusations de pillage. |
L'émergence en Afrique ne peut être mesurée à l'échelle des pays asiatiques, dont la dynamique s'est faite dans un contexte de synergie régionale qui fait encore défaut en Afrique. Le Botswana a cultivé des liens d'amitié, tandis que le Rwanda est souvent en conflit avec ses voisins. L'émergence africaine, pour être pleinement réalisée, nécessiterait une synergie et une dynamique régionale plus affirmée.
L'Afrique en quête d'émergence : entre espoirs et réalités contrastées
L'avenir économique de l'Afrique est au centre de débats passionnés, oscillant entre un optimisme débordant et un pessimisme tenace. Longtemps qualifié de « continent sans espoir » par certains (The Economist, sans date), il a suscité des titres bien plus enthousiastes comme « le continent de l'espoir » (The Economist, sans date) ou « Africa rising » (The Economist, 2011). Cette volatilité des perceptions met en lumière la difficulté à appréhender les dynamiques complexes du continent. Si des améliorations conjoncturelles ont alimenté les espoirs d'une « Afrique bien partie » (BAVEREZ, 2013), la chute des prix des matières premières en 2014 a ravivé les doutes, conduisant à des interrogations sur la réalité de cette émergence (GIOVALUCCHI, 2018; VIRCOURLON, sans date). Cette note explorera en profondeur le concept d'émergence africaine, en distinguant la conjoncture favorable des dynamiques structurelles de long terme. Elle examinera les potentiels et les atouts du continent, les trajectoires d'émergence de certains pays comme le Botswana et le Rwanda, tout en soulignant les fragilités et les défis persistants.I- L'espoir d'une émergence en Afrique subsaharienne : des « Trente Glorieuses » ?
L'idée d'une Afrique en pleine transformation est nourrie par des indicateurs macroéconomiques encourageants et une vision portée par des intellectuels africains.A) L'Afrique, nouvelle « Trente Glorieuses » ? (L. ZINSOU)
L'intellectuel béninois Lionel Zinsou, figure de l'afro-optimisme et ancien acteur politique, a popularisé l'expression selon laquelle « l'Afrique est entrée dans les Trente Glorieuses ». Cette formule résonne avec plusieurs réalités économiques observées. * Croissance économique soutenue : * Entre 2005 et 2014, la croissance moyenne en Afrique subsaharienne a atteint par an, soit un rythme deux fois plus rapide que les décennies précédentes. * Des pays comme l'Éthiopie ont connu un décollage spectaculaire avec de croissance annuelle entre 2004 et 2009, puis en 2013. * Le Nigeria a vu son PIB multiplié par 12 entre 2008 et 2012. * Le Ghana et le Botswana sont cités comme des exemples ayant atteint les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) dès 2015. * Attrait des Investissements Directs Étrangers (IDE) : Cette croissance a rendu le continent attractif. Les IDE ont augmenté, se dirigeant initialement vers les hydrocarbures et l'électricité, mais aussi vers l'agriculture, perçue comme un secteur à fort potentiel. * Montée du pouvoir d'achat et de la classe moyenne : L'augmentation du pouvoir d'achat des Africains a créé un marché de consommation dynamique. * Le conglomérat chinois Haier, spécialisé dans l'électroménager, a fait de l'Afrique un relais de croissance majeur, y installant des usines (Nigeria, Afrique du Sud). * La Banque Africaine de Développement (2011) a décrit l'Afrique comme un continent émergent, soulignant le développement d'une classe moyenne estimée à 363 millions de personnes. Cependant, la définition de cette classe moyenne (gagnant entre et dollars par jour) est sujette à débat, beaucoup se situant à la limite inférieure de cette fourchette. * Progrès sociaux et dynamique à long terme : Jean-Michel Sévérino a cherché à démontrer que, au-delà des turbulences conjoncturelles, une dynamique profonde était à l'œuvre. * Entre 2000 et 2023, le pouvoir d'achat africain (en dollars du pouvoir d'achat) est passé de milliards à milliards, soit une multiplication par quatre, avec un PIB moyen de par an. * Cette progression s'est accompagnée de progrès sociaux significatifs : l'espérance de vie a augmenté de 10 ans entre 2000 et 2023, atteignant 75 ans aujourd'hui.B) La différenciation des trajectoires et le mythe de la moyenne
Malgré ces données globalement favorables, la situation africaine est marquée par d'énormes disparités, rendant toute généralisation délicate. * Croissance hétérogène : * Le rapport RAMSES indique une croissance de l'Afrique subsaharienne de à actuellement, tandis que l'Afrique de l'Est a affiché une moyenne de par an sur 2000-2024, et l'Afrique de l'Ouest également. * En 2024, des pays comme la Côte d'Ivoire, le Rwanda, l'Éthiopie et le Bénin sont considérés comme des exemples d'émergence. Ils partagent des caractéristiques communes : développement agricole, diversification économique progressive et un entrepreneuriat dynamique. * Impact de la diversification économique : Selon Sévérino, entre 2000 et 2025, les pays très dépendants des matières premières (pays « rentiers ») ont vu leur richesse passer d'un indice 100 à 140, tandis que les pays en voie de diversification sont passés de 100 à 300. Il en conclut que les pays tirant la croissance africaine sont ceux qui diversifient leur économie. * À l'inverse, des pays comme la Centrafrique ont connu une croissance moyenne négative sur cette période. * Les « géants » comme le Nigeria (affecté par les cours du pétrole) et l'Afrique du Sud (plafonnant) ont des performances modestes, suggérant qu'une dynamique de rattrapage ne suffit pas.C) Les atouts naturels de l'Afrique : de nouvelles perspectives
L'Afrique est dotée de potentiels considérables, souvent sous-exploités ou mal valorisés. * Les « rentes » diversifiées (Sylvie BRUNEL) : Sylvie Brunel distingue différentes formes de « rentes » pour le continent africain, qu'elle envisage dans un sens positif. * Rente noire (matières premières) : Pétrole et minerais. L'exemple du Gabon est éloquent : * Au début des années 2010, le Gabon a créé la GOC (société nationale de pétrole) pour reprendre le contrôle de sa production. * Un bras de fer avec le groupe franco-suisse ADDAX (repris par le chinois SINOPEC en 2010), concernant le champ pétrolifère d'Obangue, a conduit à un rééquilibrage des accords en faveur du Gabon. * En 2024, suite au non-renouvellement du permis d'exploitation d'ADDAX, le pétrole représente moins de des exportations gabonaises. Cette évolution est à considérer dans le contexte du putsch de 2024 qui a porté Brice Oligui Nguema au pouvoir. * Rente bleue (eau) : Seuls du potentiel hydroélectrique des fleuves africains sont utilisés, offrant d'énormes opportunités pour la production d'énergie : * Les barrages INGA en RDC (Inga 1 et 2 construits dans les années 70-80, Inga 3 en panne de financement). * Le barrage de la Renaissance en Éthiopie. * Le barrage de Nachtigal au Cameroun, construit avec la coopération d'EDF, fournit de l'électricité du pays. * Projets en Angola. * Rente géothermique et éolienne : * Le Kenya est un champion de la géothermie, en tirant de son électricité. Il se targue d'un mix énergétique à renouvelables et vise d'ici 2030, adoptant une « diplomatie verte ». * Des pays comme l'Éthiopie et Djibouti ont aussi un fort potentiel géothermique. * L'éolien contribue à de l'électricité éthiopienne via le parc d'Ashegoda. * Rente jaune (solaire) : Le Sénégal, avec son centre de Bokhol, illustre le potentiel solaire. L'objectif global pour l'Afrique est que de son mix électrique provienne des énergies renouvelables d'ici 2030. * Cependant, l'Association Africaine des Énergies Solaires (2024) note une progression moindre en 2024, le solaire africain ne représentant qu'entre et du solaire installé mondialement (chiffres contestés par Ember). * La République Centrafricaine tire un tiers de son mix énergétique du solaire, démontrant un potentiel régional. * Le « saut de grenouille » technologique (Lipfrog) : Le retard technologique de l'Afrique peut devenir un avantage, permettant de « sauter des étapes » et d'adopter directement les technologies les plus récentes. * En 2004, seulement de la population africaine disposait d'une ligne fixe. Le développement rapide du téléphone mobile a permis de contourner le déploiement coûteux d'infrastructures filaires. * Aujourd'hui, l'Afrique subsaharienne connaît un essor de la 4G et de la 5G, avec un objectif de de la population ayant accès à ces technologies d'ici 2030. * Le mobile contribue pour du PIB africain en 2024, stimulant le e-commerce, la médecine en ligne et l'information agricole (prévisions météorologiques, cours des marchés). * Services bancaires mobiles : L'Afrique est pionnière dans ce domaine. En 2007, Safaricom a lancé MPESA au Kenya, faisant du pays un leader mondial de la banque mobile et évitant la construction d'un réseau bancaire physique coûteux. * Intelligence Artificielle (IA) : Google a lancé un programme d'accompagnement pour les startups africaines en 2022. Des entrepreneurs locaux, soutenus par les États (ex: Bénin dans la médecine, Justin Hankem au Togo appliquant l'IA à l'agriculture), développent des écosystèmes innovants. * Au Nigeria, un écosystème dynamique s'est créé à Lagos (quartier de Yaba, surnommé « Silicon Valley »), avec des entreprises comme Andela (formation de développeurs de logiciels, 2014) et Jumia (e-commerce, 2012, introduite à la Bourse de New York en 2019). Cependant, le fait que Jumia soit enregistrée à Berlin, dirigée par des Français et avec des centres techniques au Portugal, souligne les limites de l'accompagnement local de la croissance de ces champions. * La « rente verte » et le rôle écologique mondial : * Sylvie Brunel met en avant le potentiel des terres exploitables, considérant l'Afrique comme une « solution » face aux risques alimentaires mondiaux, alors que l'Europe et les États-Unis exploitent déjà l'essentiel de leur potentiel arable. * L'Afrique, avec moins de des émissions de gaz à effet de serre (GES), est le continent le moins pollueur. Elle représente une sorte de « poumon » ou de « réservoir » mondial, offrant la possibilité de créer un avantage compétitif grâce à son capital naturel, nécessitant un soutien international. * Lionel Zinsou affirme que « l'Afrique possède la maîtrise des raretés ». * Le dividende démographique : * L'Afrique est la seule région du monde connaissant une croissance démographique soutenue, avec un taux de remplacement atteint, voire dépassé, contrairement à d'autres continents confrontés au vieillissement. * Sa population a été multipliée par 5 entre 1970 et 2020 (contre pour l'Asie et pour l'Amérique Latine). * La densité moyenne est de habitants/km, masquant des disparités extrêmes (Rwanda : hab/km ; RDC : hab/km). * Le démographe togolais KUPOGBE définit le dividende démographique comme le bénéfice économique qu'un pays peut tirer de la structure par âge de sa population. * Cependant, ce dividende n'est pas automatique et dépend d'investissements massifs dans la formation, l'éducation et une gouvernance solide. Le faible investissement par élève est un frein. En l'absence de ces conditions, une jeunesse nombreuse et délaissée peut devenir un facteur de déstabilisation. C'est un atout à double tranchant. * Les diasporas et la multipolarisation du monde : * Les importantes diasporas africaines dans le monde contribuent aux économies nationales via les remises de fonds (au Sénégal, elles représentent du PIB). * La multipolarisation du monde ouvre de nouvelles opportunités d'investissements et de partenariats. L'article de S. SCHLIMMER dans le RAMSES 2024 sur « l'Afrique dans un contexte multipolaire » analyse le non-alignement africain face à la guerre en Ukraine. L'abstention de 17 pays africains au vote de l'ONU en 2022 n'est pas un rejet automatique de l'Occident, mais la volonté d'affirmer une capacité de choix et de non-alignement idéologique, face à une offre de partenaires (Chine, Russie, Occident) désormais diversifiée. Comme l'affirme Animata TOURE, « Nous avons le choix des partenaires ».II- Trajectoires d'émergence : les cas du Botswana et du Rwanda
L'analyse de pays spécifiques permet de mieux comprendre les mécanismes et les défis de l'émergence.A) Le Botswana : le « miracle » d'une gestion avisée
Le Botswana, un pays enclavé de km et de moins de millions d'habitants, était l'un des plus pauvres d'Afrique au moment de son indépendance, avec des infrastructures quasi inexistantes ( km de routes pavées) et un système éducatif embryonnaire (100 bacheliers/an). Pourtant, il est aujourd'hui classé par la Banque Mondiale comme un pays à revenu intermédiaire et figure parmi les premiers pays d'Afrique subsaharienne en termes de PIB par habitant. * Performances économiques notables : * Croissance de entre 1966 et 1970, puis en 2010. * Une rente diamantifère bien gérée : Le Botswana, 1er producteur mondial de diamants en valeur, a su transformer cette rente. * La gestion de cette ressource est indissociable de la co-entreprise Debswana (De Beers et Botswana), qui a permis de rééquilibrer les revenus en faveur du pays. Initialement, De Beers percevait des revenus (accords de 2011), mais cette répartition a été rééquilibrée depuis. * Institutions démocratiques solides : Le Botswana est une démocratie stable et exemplaire, avec des élections libres régulières (le parti au pouvoir a été défait après 58 ans). * Progrès sociaux et développement humain : * L'IDH remarquablement élevé (). * Enseignement et accès à l'eau généralisés. * Politiques publiques financées par les revenus du diamant pour lutter contre le SIDA (dépistage, trithérapie). Le Botswana est une forme d'« État-providence ». * Vision à long terme : Le Botswana a anticipé l'« après-rente » diamantifère. * Développement d'un tourisme vert élitiste, basé sur les parcs naturels. * Excellentes relations régionales (siège de la SADC à Gaborone) et internationales (Cuba, Chine, pays occidentaux). Le pays a condamné l'invasion russe de l'Ukraine en 2022. * Défis actuels : La guerre en Ukraine a eu des répercussions sur l'économie, notamment un effondrement du cours des diamants, entraînant une récession. Les mesures de traçabilité imposées par le G7 (Kimberley Process) pourraient aussi impacter la vente des diamants. Le Pula Fund, fonds souverain constitué grâce aux diamants, a permis de gérer les crises passées, mais le pays pourrait être contraint d'emprunter. Cette situation peut être vue comme un coup d'arrêt à l'émergence ou une opportunité d'accélérer la diversification.B) Le Rwanda : un développement sous contrainte autoritaire
Le Rwanda, pays enclavé ( km, millions d'habitants, hab/km), a dû se reconstruire après le génocide de 1994, avec un effort de justice et de réconciliation. Son modèle de développement est fortement lié à la figure de Paul Kagame, qui a maintenu une stabilité par un pouvoir fort (réélection à des voix et réforme constitutionnelle en 2015). * Des objectifs ambitieux : Kagame se positionne comme l'architecte de l'émergence du Rwanda, fixant des objectifs de faire du pays une économie à revenu intermédiaire d'ici 2035, et une économie à revenu élevé d'ici 2050. * Stratégies de développement : * Hub technologique : Le Rwanda vise à devenir la « Singapour de l'Afrique », avec des programmes de développement des nouvelles technologies dès 2000 et une plateforme numérique lancée en 2013 pour généraliser l'usage du numérique. * Révolution verte : Lancée en 2007, cette politique agricole vise l'autosuffisance alimentaire, le développement de cultures d'exportation et l'adaptation aux aléas climatiques (sécheresse). L'agriculture représentait du PIB en 2024, mais la population rurale n'a pas toujours bénéficié de subventions, et un tiers de la consommation alimentaire est toujours importé. * Tourisme d'affaires : Le projet de faire de Kigali un centre incontournable du tourisme d'affaires (via le Rwanda Convention Bureau - RCB, créé en 2013), avec la construction du Kigali Convention Center et d'hôtels de luxe. Le projet d'extension de l'aéroport international de Bugesera, bien que retardé (prévu pour 2027-2028), est crucial pour cette ambition. * Succès incontestables mais fragilités : La croissance du Rwanda est l'une des plus soutenues et durables d'Afrique subsaharienne, mais on parle aussi de « miracle ou mirage ». * Dépendance à l'aide publique au développement (APD) : L'APD représente 8 à du PIB, et le pays s'est endetté pour financer ses plans. * Pauvreté rurale : Malgré les efforts, une partie de la population rurale reste en difficulté. * Image sombre : Le Rwanda est accusé de pillages en RDC. * Coût de la stabilité : La stabilité est maintenue au prix d'un manque de liberté et d'une gouvernance autoritaire, ce qui soulève des questions sur la durabilité et l'inclusivité de son développement. * Le Rwanda est également en conflit avec ses voisins, une situation contrastant avec les relations amicales du Botswana.III- Le défi de l'émergence africaine : entre définitions et réalités complexes
La notion d'émergence est largement reprise par plus de 30 pays africains qui ont lancé des plans en ce sens (ex: Plan Sénégal Émergent 2014-2023, Plan Stratégique Gabon, Agenda 2025 du Mozambique). Cependant, la définition et la pertinence de ce concept pour l'Afrique restent sujettes à débat. * L'émergence : un processus de développement et de rattrapage : L'acceptation du terme n'est pas la même qu'en Asie, où l'émergence s'est faite dans une dynamique régionale intense et cohérente, souvent absente en Afrique. Un « Index de l'émergence » est publié en Afrique depuis 2017. * Pour l'instant, seul le Rwanda est parfois cité comme ayant connu une croissance soutenue et supérieure à sa croissance démographique sur le long terme, avec une augmentation significative du revenu par habitant. * La question de l'échelle : Faut-il parler d'émergence au niveau des pays ou à une échelle régionale ? L'émergence nécessite une synergie et une dynamique régionale, ainsi qu'une bonne gouvernance et une capacité à s'associer. Le contraste entre le Botswana, qui a noué des liens d'amitié avec ses voisins, et le Rwanda, souvent en conflit, est révélateur.Conclusion
L'Afrique est un continent de paradoxes et de potentiels immenses. Si la conjoncture économique favorable des années 2000 a nourri l'espoir d'une « Afrique des Trente Glorieuses », la réalité est bien plus nuancée. Les atouts du continent – ses ressources naturelles variées, son « dividende démographique », sa capacité à « sauter des étapes » technologiques et sa position dans un monde multipolaire – sont indéniables. Cependant, l'émergence n'est pas automatique et dépend crucialement de la qualité de la gouvernance, des investissements dans le capital humain et de la capacité à diversifier les économies. Les exemples du Botswana et du Rwanda montrent que des trajectoires de développement remarquables sont possibles, mais elles soulignent aussi les fragilités inhérentes, qu'elles soient liées à la dépendance aux matières premières, à l'aide extérieure, ou au coût politique de la stabilité. L'avenir de l'Afrique résidera dans sa capacité à transformer ses potentiels en dynamiques de développement inclusives et durables, en dépassant la simple conjoncture pour s'inscrire dans une émergence structurelle à long terme.L'Afrique : Entre Illusions et Espoirs d'Émergence
L'Afrique est un continent qui, dans les dernières décennies, a oscillé entre des phases d'optimisme effréné et de pessimisme profond concernant son développement économique et social. Cette dynamique de "hauts et de bas" est illustrée par l'évolution de la perception exprimée par des publications comme The Economist, qui est passée de "The hopeless continent" (le continent sans espoir) à "Africa rising" (l'Afrique se lève) avant de se questionner à nouveau. La croissance moyenne autour de , parfois comparée à celle de l'Asie, alimente ces débats sur une éventuelle émergence africaine.
I. L'Espoir d'une Émergence
La notion d'émergence de l'Afrique, particulièrement de l'Afrique subsaharienne (AS), est souvent abordée avec un mélange d'espoir et de scepticisme. Des personnalités et des études ont tenté de cerner la réalité derrière cette aspiration.
A) « L'Afrique est entrée dans les Trente Glorieuses » (Lionel Zinsou)
- L. ZINSOU : Intellectuel béninois, connu pour son afro-optimisme, ancien Premier ministre du Bénin.
Cette expression de Lionel Zinsou, également acteur politique et influent (Teranova, Institut Montaigne), reflète un fort optimisme basé sur des indicateurs économiques.
Croissance Économique Sostenue (2005-2014):
L'Afrique subsaharienne a enregistré une croissance moyenne de par an, soit deux fois plus rapide que d'autres économies comparables.
Des pays comme l'Éthiopie ont connu des pics de croissance de par an (2004-2009) puis (2013).
Le Nigeria a vu son PIB multiplié par 12 entre 2008 et 2012.
Le Ghana et le Botswana ont été les seuls pays d'Afrique subsaharienne à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en 2015.
Attractivité des Investissements Directs Étrangers (IDE):
Les IDE ont augmenté, ciblant initialement les hydrocarbures et l'électricité, mais aussi de plus en plus l'agriculture.
L'augmentation du pouvoir d'achat a attiré des conglomérats internationaux, comme HAIER (électroménager chinois) qui a installé des usines au Nigeria et en Afrique du Sud, voyant l'Afrique comme un véritable relais de croissance.
Émergence d'une Classe Moyenne:
Selon la Banque Africaine de Développement (2011), l'Afrique est décrite comme un continent émergent grâce au développement d'une classe moyenne.
Celle-ci comptait millions de personnes.
Définition à nuancer: souvent basée sur un revenu de 2 à 20 dollars par jour, ce qui place une grande partie de cette classe moyenne à la limite de la vulnérabilité économique.
Progrès Sociaux et Démographiques:
- Jean-Michel SEVERINO : Entre 2000 et 2023, le PIB de l'Afrique subsaharienne est passé de 1400 milliards de dollars à 6000 milliards, soit une multiplication par 4 avec une croissance moyenne de par an.
L'espérance de vie a augmenté de 10 ans entre 2000 et 2023, atteignant aujourd'hui 75 ans.
B) Une Croissance Différenciée et des Avertissements
Malgré les chiffres encourageants, cette dynamique n'est pas uniforme.
Disparités Régionales et Sectorielles:
- Données RAMSES : Croissance actuelle de l'AS autour de à .
Certains pays, comme la Côte d'Ivoire, le Rwanda, l'Éthiopie et le Bénin, affichent des croissances moyennes de par an sur la période 2000-2024.
Ces "pays en voie de diversification" tirent la croissance africaine en développant leur agriculture et un entrepreneuriat dynamique. Leur PIB est passé d'un indice 100 en 2000 à 300 en 2025.
En revanche, les pays "rentiers" fortement dépendants des matières premières (M1) ont une croissance moins affirmée (indice 140 en 2025).
La République Centrafricaine a même connu une croissance moyenne négative entre 2000 et 2025.
Grands Pays aux Performances Modestes:
Le Nigeria est confronté à des difficultés liées au cours du pétrole.
L'Afrique du Sud plafonne économiquement.
Doute sur l'Émergence vs Rattrapage:
Certains analystes, comme F. GIOVALUCCHI ("Et si l'Afrique émergente était une fable occidentale ?", 2018; "Entre illusion et espoir, une Afrique émergente ?", 2019) ou VIRCOURLON ("Les Trente Glorieuses africaines existent-elles vraiment ?"), remettent en question la notion d'émergence.
Ils suggèrent qu'il s'agirait plutôt d'une dynamique de rattrapage, non d'une véritable émergence pérenne.
Il y a une tendance à confondre la conjoncture favorable et l'émergence qui s'inscrit dans le temps long. L'Afrique suscite souvent un excès d'optimisme ou de pessimisme.
II. Les Atouts et Potentiels de l'Afrique
Malgré les réserves, l'Afrique possède des atouts intrinsèques qui pourraient ouvrir de nouvelles perspectives pour certains pays.
A) Les Rentes Naturelles
- S. BRUNEL : Utilise le terme "rente" dans un sens positif, distinguant plusieurs catégories.
Rente Noire (Hydrocarbures et Minerais):
Exemple du Gabon: Le pays, bien que dépendant du pétrole (moins de des exportations en 2024), a cherché à reprendre le contrôle de sa production. La création de la GOC (société nationale de pétrole) et le rachat de Addax (exploitant du champ d'Obangue) par Sinopec (Chine) en 2010 illustrent cette volonté. Des tensions en 2013 ont conduit à un rééquilibrage des accords au profit du Gabon, culminant en 2024 avec le non-renouvellement du permis d'exploitation suite à un putsch.
Rente Bleue (Ressources Hydriques):
Seulement du potentiel hydroélectrique africain est actuellement utilisé.
Projets de barrages:
Inga en RDC (Inga 1 et 2 opérationnels, Inga 3 en projet mais en panne de financement).
Barrage de la Renaissance en Éthiopie.
Nachtigal au Cameroun, en coopération avec EDF, fournit de l'électricité du pays.
Géothermie: Le Kenya est un champion, fournissant de son électricité par cette source. Il vise une électricité renouvelable d'ici 2030, affichant une "diplomatie verte".
Éolien: Ex: Parc d'Ashegoda en Éthiopie ( de l'électricité éthiopienne).
Rente Jaune (Solaire):
Le Sénégal avec le centre de Bokhol.
La République Centrafricaine tire un tiers de son mix énergétique du solaire.
Cependant, la progression du solaire en Afrique est modeste, représentant entre et du solaire installé mondialement (chiffres contestés par Ember).
L'Afrique vise d'énergies renouvelables dans son mix électrique d'ici 2030, profitant d'un "saut de grenouille" technologique.
Rente Verte (Terres Exploitables):
- M. GRIFFON : L'Afrique possède un potentiel de terres arables sous-exploitées significatif par rapport à l'Europe ou aux États-Unis. As
Elle est perçue comme la "zone de la solution" face aux risques alimentaires futurs.
L'Afrique est la moins pollueuse, avec moins de des émissions de GES mondiales. Elle pourrait devenir un "poumon mondial" si soutenue.
- L. ZINSOU : Affirme que "l'Afrique possède la maîtrise des raretés".
B) Le Dividende Démographique et le "Saut de Grenouille" Technologique
Démographie Unique:
L'Afrique est la seule région où la population est multipliée par 5 entre 1970 et 2020 (contre 2,7 pour l'Asie et 4,7 pour l'Amérique Latine), avec un taux de remplacement atteint ou dépassé.
Cette jeunesse constitue une richesse et un potentiel, à l'inverse du vieillissement observé dans d'autres continents.
Densité moyenne: hab/km² (vs. en UE), mais avec des écarts extrêmes (Rwanda hab/km², RDC hab/km²).
- KUPOGBE (démographe togolais) : Définit le dividende démographique comme le bénéfice économique qu'un pays peut tirer de la structure par âge de sa population.
Ce dividende n'est pas automatique et nécessite des investissements massifs dans l'éducation et la formation, ainsi qu'une gouvernance solide. Un manque d'investissement peut transformer cet atout en facteur de déstabilisation (jeunesse désoeuvrée).
"Lipfrog" ou Saut de Grenouille Technologique:
L'absence d'infrastructures lourdes par le passé a permis à l'Afrique de "sauter" des étapes technologiques coûteuses.
Exemple des télécommunications: En 2004, de la population avait accès à une ligne fixe, mais l'essor des téléphones mobiles a permis un accès rapide à la communication.
Actuellement, de la population africaine devrait avoir accès à la 4G/5G en 2030.
Le mobile représente du PIB africain en 2024, stimulant le commerce électronique, la médecine en ligne, et les services agricoles (météo, prix des marchés).
Services bancaires mobiles: Le Kenya est pionnier avec M-Pesa (Safaricom, 2007), leader mondial de la banque mobile, évitant la constitution d'un coûteux réseau de banques physiques.
Développement de l'Intelligence Artificielle (IA):
Google soutient les startups africaines depuis 2022.
Des initiatives locales émergent, comme l'IA au service de l'agriculture et de l'écologie au Togo (Justin Hankem).
Le Nigeria, avec Lagos et son quartier de Yaba (le "Silicon Valley" africain), a développé un écosystème florissant pour les startups, attirant des géants mondiaux.
Exemple de réussite: Andela (formation de développeurs logiciels, 2014) ou Jumia (e-commerce, 2012), introduite à la Bourse de New York en 2019. Cependant, Jumia est enregistrée à Berlin avec des dirigeants français et des centres techniques au Portugal, illustrant la difficulté pour un pays africain de soutenir pleinement la croissance de ses champions.
C) La Multipolarisation et le Non-Alignement
La présence de diasporas africaines dans le monde est une source importante de remises, contribuant à hauteur de du PIB du Sénégal par exemple.
La multipolarisation du monde offre à l'Afrique de nouvelles opportunités d'investissements diversifiés.
- S. SCHLIMMER (RAMSES 2024) : Met en lumière le positionnement africain dans un contexte multipolaire, notamment après l'invasion de l'Ukraine.
Le vote de 17 pays africains s'abstenant à l'ONU en 2022 (comme la Chine) ne doit pas être interprété comme un rejet des Occidentaux ou un basculement systématique vers la Russie ou la Chine.
Ce vote est davantage une expression de la volonté de non-alignement, traduisant une autonomie de choix de partenaires économiques.
- Aminata TOURE : "Nous avons le choix des partenaires".
III. Études de Cas : Botswana et Rwanda
Ces deux pays illustrent des trajectoires différentes d'émergence, avec leurs réussites et leurs fragilités.
A) Le "Miracle" du Botswana
Le Botswana, un pays enclavé de et de moins de 3 millions d'habitants, était l'un des pays les plus pauvres à son indépendance.
Performances Économiques et Sociales:
Croissance de entre 1969-1970 et en 2010.
Classé par la Banque Mondiale comme pays à revenu intermédiaire, avec un des PIB/hab les plus élevés d'AS.
IDH de (élevé pour la région).
Enseignement et accès à l'eau généralisés.
Politique publique exemplaire contre le SIDA (dépistage, trithérapies financées).
Un véritable État providence grâce à la rente du diamant.
Gouvernance et Gestion de la Rente:
Considéré comme une démocratie stable et exemplaire, avec des élections libres (ex: défaite du parti au pouvoir historique en 58 ans).
Le diamant (1er producteur en valeur) est la principale rente. La gestion de cette ressource est indissociable de De Beers, via la co-entreprise Debswana. Les accords ont été rééquilibrés au fil du temps en faveur du Botswana, qui percevait des revenus du diamant jusqu'en 2011.
Le pays a créé le Pula Fund, un fonds souverain pour gérer les revenus du diamant et faire face aux conjonctures.
Diversification et Relations Internationales:
Développement d'un tourisme vert élitiste depuis les années 2000, basé sur les parcs naturels.
Entretient d'excellentes relations avec ses voisins (ex: Namibie) et accueille le siège de la SADC.
Le Botswana a condamné l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 et a signé un partenariat avec la Chine en 2024.
Fragilités et Perspectives:
L'économie du Botswana est affectée par la chute du cours des diamants, le forçant à emprunter et remettant en question la stabilité du Pula Fund.
Les mesures de traçabilité des diamants (G7) impactent également le marché.
Cette situation peut être vue comme une crise ou une opportunité pour accélérer la diversification économique.
B) Le Rwanda : "Miracle ou Mirage ?"
Le Rwanda est un pays enclavé, de , densément peuplé ( hab/km² pour 14 millions d'habitants), ayant connu un génocide dévastateur.
Reconstruction et Gouvernance Forte:
La transition post-génocide est menée par Paul Kagamé, qui s'est maintenu au pouvoir (réélection à plus de des voix en 2024, référendum en 2015 pour modifier la constitution).
Cette stabilité a un coût : le manque de liberté.
Objectifs Ambitieux et Projets de Développement:
Le Rwanda vise à devenir une économie à revenu intermédiaire d'ici 2035 et à revenu élevé d'ici 2050, cherchant à devenir la "Singapour de l'Afrique".
Technologies:
Programme de développement des nouvelles technologies dès 2000 pour en faire un hub africain.
Lancement d'une plateforme numérique en 2013 pour généraliser l'usage du numérique.
La compagnie nationale RwandAir est contrôlée par le Qatar, illustrant une dépendance envers les investissements étrangers.
Révolution Verte (initiée par Paul Kagamé):
L'agriculture représente du PIB en 2024, malgré de population rurale en 2022.
Objectifs: développer les cultures d'exploitation, l'autosuffisance alimentaire et faire face aux aléas climatiques.
Cependant, une grande partie de la population rurale n'a pas bénéficié de subventions, maintenant la pauvreté, et un tiers de la consommation alimentaire du Rwanda est importé.
Tourisme d'Affaires:
Projet (2013) de faire de Kigali un centre incontournable du tourisme d'affaires, avec la création du RCB (Rwanda Convention Bureau).
Construction du Kigali Convention Center et d'hôtels de luxe.
Projet d'un grand aéroport international à Bugesera, dont l'inauguration est retardée (prévue pour 2027-2028).
Fragilités:
Dépendance complète aux Aides Publiques au Développement (APD), représentant à de son PIB.
Fort endettement lié aux plans de développement.
Population rurale en difficulté, montrant que la croissance n'est pas inclusive.
Accusations de pillage des ressources de la RDC, ternissant son image internationale.
Malgré une croissance soutenue et dynamique, la réussite est fragile.
IV. La Notion d'Émergence Africaine : Définition et Limites
La notion d'émergence est reprise par de nombreux pays africains (plus de 30 plans nationaux comme le Plan Sénégal Émergent 2014-2023, le Plan Stratégie Gabon, l'Agenda 2025 du Mozambique). Cependant, sa définition reste problématique.
Comparaison avec l'Asie:
La comparaison entre les "lions africains" (Nigeria, Égypte, Afrique du Sud, Angola, selon McKinsey) et les "tigres asiatiques" est délicate, car l'émergence asiatique s'est confirmée dans le temps, ce qui n'est pas encore le cas en Afrique.
- L'émergence des pays asiatiques s'est faite dans une dynamique et une synergie régionale qui n'existent pas encore en Afrique.
Définition de l'Émergence Africaine:
Il s'agit souvent plus d'une logique de développement et de rattrapage que d'une émergence au sens strict, tel qu'appliqué aux pays asiatiques.
L'Index de l'émergence publié en Afrique depuis 2017 montre que le Rwanda est le seul pays à avoir connu une croissance soutenue supérieure à sa croissance démographique, avec un revenu par habitant en augmentation sur le long terme.
La question se pose de la pertinence de l'échelle nationale pour parler d'émergence en Afrique.
Importance de la Gouvernance:
L'émergence est étroitement liée à la gouvernance et à la capacité des États à s'associer.
Le Botswana, malgré ses fragilités actuelles, a noué des liens d'amitié et maintenu une bonne gouvernance.
À l'inverse, le Rwanda, malgré sa croissance, est en conflit avec plusieurs de ses voisins (ex: RDC), ce qui entrave la synergie régionale.
Conclusion : Entre Doutes et Potentiels Non Réalisés
L'Afrique est un continent de contrastes, où les "espoirs d'émergence" sont régulièrement ébranlés par les "doutes" et les "fables". Si des potentiels considérables existent (démographie, ressources naturelles, "saut de grenouille" technologique), leur réalisation demande des investissements massifs, une gouvernance solide et la capacité à transcender les divisions pour construire une synergie régionale. L'avenir de l'émergence africaine dépendra de sa capacité à transformer ses atouts en une croissance inclusive et durable, et à maîtriser ses propres récits de développement.
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