Consommation et croissance économique 1
50 carteDéfinition, mesure et théories explicatives de la consommation, incluant Keynes, Kuznets, Duesenberry et Friedman.
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L'analyse économique de la consommation est cruciale pour comprendre les dynamiques de croissance économique etles comportements des ménages. Ce document explore la compétitivité et examineen profondeur la consommation, ses mesures, sa structure, son évolution, et les théories clés qui tentent de l'expliquer.
2. Compétitivité hors prix / Hors coût
La compétitivité est la capacité d'une entreprise ou d'un pays à vendreses biens ou services sur un marché. Elle se divise en deux catégories principales :
Compétitivité prix
Elle repose sur la réduction des coûts de production pour proposer des prix plus bas.
Cela peut impliquer une compression des salaires (décidée par l'État) et une fiscalité allégée.
Exemple : La Chine est compétitive dans le textile grâce à des coûts de production et des salaires faibles.
Limitation : Une stratégie basée uniquement sur les prix est difficilement durable face à l'augmentation mécanique des prix ou à l'émergence de concurrents encoremoins chers.
Compétitivité hors prix
Elle met l'accent sur la qualité, l'innovation et la différenciation des produits.
Nécessite d'importants investissements enrecherche et développement (R&D).
Exemple : L'Allemagne dans l'automobile et la France dans le luxe ou le nucléaire.
Les entreprises cherchent généralement à combiner les deux types de compétitivité pour maximiser leurs parts de marché.
Conséquences sur la balance commerciale
La compétitivité d'un pays est mesurée par la balance commerciale des biens et services, qui compare les exportations et les importations :
Équilibre commercial : Lesexportations égalent les importations.
Excédent commercial : Les exportations sont supérieures aux importations.
Déficit commercial : Les importations sont supérieures aux exportations.
La balance commerciale est un indicateur parmi d'autres dela santé économique d'un pays. Un excédent basé uniquement sur l'exportation de matières premières, par exemple, peut masquer une économie déséquilibrée.
La France a structurellement connu un déficit commercial depuis une trentaine d'années, expliqué par :
La facture énergétique (importation massive de pétrole).
Des difficultés à être exportatrice dans certains domaines, contrairement à l'Allemagne.
Secteurs excédentaires en France :
Aéronautique
Agroalimentaire
Pharmacie
Secteurs déficitaires en France :
Énergie
Biens d'équipement
Automobile (sur certains segments)
Chapitre 1. La consommation : Vecteur de croissance économique
1.1. Définition et mesure de la consommation
La consommation est l'utilisation de biens et services par les ménages et entités économiques pour satisfaire leurs besoins.
Types de consommation :
Consommation finale (CF) : Biens et services utilisés directement pour satisfaire un besoin.
Consommation des ménages (CFménages)
Consommation des administrations publiques (CFAPU)
Consommation des institutions sans but lucratif au service des ménages (CFISBLSM)
Formule : CF = CFménages + CFAPU + CFISBLSM
Consommation intermédiaire : Biens et services utilisés par les entreprises pour produire d'autres biens ou services.
Exemple : La farine utilisée par un boulanger.
Mesure de la consommation finale :
En valeur (ou en euros courants) : Quantité de biens et services consommés multipliée par leurs prix de l'année en cours. Elle inclut les effets de l'inflation.
En volume (ou en euros constants) : Quantité debiens et services consommés en éliminant les effets de l'inflation. Permet de comparer les quantités réelles consommées entre différentes périodes.
Utilise l'indice des prix à la consommation (IPC) pour déflater les valeurs monétaires et isoler la variation des quantités.
Exemple de la baguette de pain :
Année 1 (2022) : 100 baguettes à 1 € = 100 € (dépense).
Année 2 (2023) : 100 baguettes à 1,20 € = 120 € (dépense).
Consommation en valeur 2023 : 120 €. (Augmentation de 20 € due à l'inflation).
Consommation en volume 2023 (prix de 2022) : 100 baguettes x 1 € = 100 €. (Stable, car la quantité n'a pas changé).
Conclusion : L'analyse en volume permet de distinguer l'augmentation réelle des quantités consommées de l'augmentation due à la hausse des prix.
Dépense de consommation vs. Consommation effective :
L'INSEE distingue deux agrégats pour mieuxmesurer la consommation, car ceux qui consomment ne sont pas toujours ceux qui paient (ex: éducation, santé).
La dépense de consommation : Ce sont les dépenses directement supportées par les ménages (loyer, alimentation, santé, éducation). Utile pour analyser le lien entre revenu et consommation.
La consommation effective : Inclut la dépense de consommation des ménages ET les consommations des ménages financées en partie par les administrations publiques (école, police, pompiers, médecins). Permet d'évaluer plus justement le niveau de vie réel.
Exemple : Dépense de consommation = 1000 €. Services publics (école, santé, routes) = 500 €. Consommation effective = 1500 €.
Équilibre comptable en économie nationale
En comptabilité nationale, les ressources sont égales aux emplois. Tout ce qui est produit et importé est utilisé. PIB + Importations = Consommation + FBCF (Investissement) + Variation des stocks + Exportations
1.3. La structure de la consommation
La consommation finale effective des ménages peut être analysée par fonction (catégories de biens et services) pour comprendre les évolutions deshabitudes de dépenses.
1980 | 2000 | 2010 | 2018 | ||
|---|---|---|---|---|---|
01 | Produits alimentaires et boissons non alcoolisées | 6,5 | 104,6 | 140,6 | 162,2 |
... | (autres catégories) | ... | ... | ... | ... |
15 | Solde territorial | 0,2 | -12,9 | -13,8 | -17,1 |
Total: Dépense de consommation finale des ménages | 26,0 | 769,4 | 1064,9 | 1219,8 | |
Le solde territorial représente la différence entre les dépenses des non-résidents sur le territoire et les dépenses des résidents hors du territoire.Il permet d'ajuster la consommation territoriale à la consommation des ménages résidents.
Exemple : Français dépensent 10 000 € à l'étranger, touristes dépensent 15 000 € en France. Solde territorial : .
1.4. L'évolution de la consommation des ménages
L'évolution de la consommation est influencée par plusieurs lois économiques :
La loi de Wagner : Établit un lien entre le niveau de développement d'un pays, la consommation et les dépenses publiques. Plus un pays se développe, plus la consommation de biens et services liés à la santé et à l'éducation augmente. Cette loi se vérifie enFrance sur le long terme (augmentation des dépenses de santé et d'éducation).
La loi d'Engel : Lien avec les dépenses alimentaires. Structurellement, la part des dépenses alimentaires dans la consommation totale des ménages diminue à long terme à mesure que le revenu augmente.
En France, ces lois se confirment : augmentation de la consommation des ménages en valeur absolue et en volume, et baisse progressive de la part de l'alimentation dans la consommation totale.
II. LES THÉORIES EXPLICATIVES DE LA CONSOMMATION
2.1. La loi psychologique fondamentale de Keynes
Selon John Maynard Keynes, la consommation des ménages dépend principalement du revenu disponible (revenu après impôts et cotisations sociales). Plus le revenu augmente, plus la consommation augmente, mais à un rythme moins rapide,car une partie du revenu supplémentaire est épargnée.
Concepts clés :
La Propension Moyenne à Consommer (PMC) : Part du revenu total consacrée à la consommation.
Calcul : Consumption / Revenu.
Exemple : Si revenu = 2000 €, consommation = 1600 €. PMC = (80%). L'épargne est de 20%.
La Propension Marginale à Consommer (PmC) : Part du revenu supplémentaire qui est dépensée.
Calcul : Variation de la consommation / Variation du revenu.
Exemple : Si revenu supplémentaire = 200 €, consommation supplémentaire = 150 €. PmC = (75%).
Il est important de noter que la PmC < PMC : la part du revenu supplémentaire consacrée à la consommation est généralement inférieure à la part moyenne du revenu total.
En résumé (Keynes) :
La consommation dépend principalement du revenu disponible.
Elle augmente avec le revenu, mais moins vite.
Il existeune consommation minimale incompressible.
Distinction entre PMC (part globale) et PmC (part supplémentaire).
2.2. Une loi contestée à long terme (Kuznets)
L'économiste Simon Kuznets a contesté la loi de Keynes surle long terme. Son analyse des données américaines a montré que la propension moyenne à consommer reste stable sur de longues périodes, contrairement à la prédiction keynésienne d'une baisse avec l'augmentation du revenu.
Cette observation a conduit à l'intégration d'autres variables pour expliquer la consommation :
Les anticipations des ménages sur leurs revenus futurs.
Le patrimoine (immobilier, actions) qui peut influencer la consommation même sans hausse de revenu immédiate.
Lecycle de vie, avec des dépenses variant selon l'âge et la situation familiale.
2.3. Les théories du revenu relatif
A. L'effet de cliquet de Duesenberry (1949)
James Duesenberry propose que la consommation ne dépend pas seulement du revenu actuel, mais aussi du revenu antérieur le plus élevé atteint. Si le revenu baisse, les individus s'efforcent de maintenir leur niveau de vie antérieur en puisant dans leur épargne ("effet de mémoire"). Laconsommation devient ainsi moins sensible aux fluctuations à la baisse du revenu.
B. L'effet de démonstration (Duesenberry)
Duesenberry ajoute que les choix de consommation sont influencés par l'appartenance à des groupes sociaux. Les individus peuventimiter les habitudes de consommation de groupes sociaux supérieurs pour affirmer leur statut. Dans ce cas, la PMC est peu sensible aux fluctuations de revenu, car la consommation est liée à l'image sociale plutôt qu'au seul revenu. Cet aspect contredit l'idée keynésienne d'indépendance des choix duconsommateur.
C. Effet Veblen ou effet de snobisme
Cet effet s'applique aux biens de luxe ou de distinction sociale.
La baisse du prix de ces produits en diminue l'intérêt, tandis que leur hausse peut les rendre plus désirables, car le prix élevé en fait la valeur (consommation ostentatoire).
Les individus peuvent désirer des biens chers malgré leur faible utilité pratique.
Exemple : Œuvres d'art, voitures de collection, bijoux.
2.4.La théorie du revenu permanent de Friedman
Milton Friedman (1957) introduit la notion de revenu permanent, qui est le revenu futur anticipé par l'individu sur une longue période. Selon cette théorie, la consommation courante est davantage influencée par le revenupermanent que par le revenu courant.
Plus un individu anticipe un revenu permanent élevé, plus il consomme aujourd'hui, même si son revenu courant est faible.
Contrairement à Keynes, Friedman soutient que la PMC est stable sur le long terme.
La consommation des ménages est plus stable dans le temps que le revenu réel.
Résultats de la théorie de Friedman :
Une variation transitoire du revenu courant ne modifie pas nécessairement la consommation courante si elle n'affecte pas les anticipations derevenu permanent.
En revanche, si une baisse de revenu courant est perçue comme durable (ex : chômage de longue durée), elle modifie les anticipations de revenu permanent à la baisse et peut provoquer une diminution de la PMC.
Sur le long terme, la PMC eststable. Un jeune travailleur avec un faible revenu courant mais des anticipations positives (progression de carrière) aura une PMC élevée en début de carrière.
Exemple :
Un étudiant a un faible revenu courant mais anticipe un revenu futur élevé (revenu permanent important). Il peut donc consommer davantage aujourd'hui (par endettement) en l'anticipation de ses revenus futurs.
En résumé (Friedman) :
Critique Keynes en intégrant le rôle des anticipations.
La consommation des ménages dépend dece qu'ils pensent gagner sur l'ensemble de leur vie, et non seulement de leur revenu actuel.
La consommation est plus stable que le revenu, et la PMC ne baisse pas à long terme.
Résumé : Différence entre Keynes et Friedman
Keynes | Friedman | |
|---|---|---|
Déterminant principal de la consommation | Revenu présent/courant | Revenu permanent (futur anticipé) |
Évolution de la PMC avec le revenu | Baisse à mesure que le revenu augmente | Stable à long terme |
Rôle des anticipations | Faiblement pris en compte | Central (anticiper le revenu futur) |
Résumé général des théories de la consommation :
Keynes : La consommation dépend principalement du revenu actuel (loi psychologique fondamentale), augmentant proportionnellement moins vite que ce dernier.
Friedman : La consommation dépend du revenu permanent, intégrant les anticipations de revenus futurs, ce qui rend la propension moyenne à consommer plus stable.
Duesenberry : Met en évidence d'autres influencescomme l'effet de cliquet (maintien du niveau de consommation passé) et l'effet de démonstration (imitation et statut social).
Veblen : Décrit l'effet de snobisme où la valeur d'un bien est liée à son prix élevé pour ladistinction sociale (consommation ostentatoire).
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