CM CLINIQUE DE L'ADOLESCENT

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I-INTRODUCTION À L'ADOLESCENCE

L'adolescence est une période de vie dont les limites sont devenues de plus en plus floues. Elle dure en moyenne une dizaine d'années, débutant vers 11-12 ans et pouvant s'étendre jusqu'à 25-30 ans, selon les contextes sociaux.

ALLONGEMENT DE L'ADOLESCENCE

  • Retard de l'entrée dans la vie professionnelle dû à la prolongation des études.

  • La liquidation œdipienne et des pulsions se prolonge, entraînant un sentiment de culpabilité persistant.

ADOLESCENCE ET SOCIÉTÉ

  • Le statut de l'adulte est fragilisé, tandis que celui du jeune gagne en popularité.

  • L'adolescence symbolise:

    • Croissance

    • Potentiel

    • Développement

  • L'adulte est perçu comme figé, ce qui contraste avec une société valorisant le changement permanent.

  • L'adolescence est ainsi considérée comme l'âge de tous les possibles.

VALEURS CONTEMPORAINES

La société valorise l'excitation, l'instantanéité et l'urgence, valeurs proches des caractéristiques adolescentes. Cette correspondance crée un « effet miroir », mais l'adolescent est souvent tenté de se remplir d'images, de sensations et de numérique.

ADOLESCENCE ET DÉPENDANCES

  • L'entrée dans la sexualité force à gérer la dépendance au désir de l'autre.

  • Les adolescents comblent parfois le vide par :

    • Produits : alcool, drogue, etc.

    • Objets : internet, jeux-vidéos, etc.

  • Le numérique modifie le rapport à l'école, à l'acceptation du doute et du vide, et aux relations sociales et affectives.

ADOLESCENCE ET PARENTS

Les parents réagissent différemment :

  • Se comporter comme des "copains".

  • Nostalgie du passé.

  • Rester fermes dans leurs convictions.

Leur défi est d'aider l'adolescent à grandir tout en préservant des temps de silence et d'intériorité.

DÉFINITIONS ET ÉTYMOLOGIE

  • Adolescent : être en devenir, inchoatif (commencement).

  • Transition de l'enfance (infans = celui qui ne parle pas) à l'âge adulte (adultus = ce qui est fini).

  • Vient du Latin "adolescere" = grandir, se développer.

  • Concept élaboré dès le XVIIIème siècle par Rousseau, Goethe et la médecine.

MODÈLES THÉORIQUES

1) Modèle socio-historico-anthropologique

  • Rome antique : "adulescens" désignait les jeunes hommes de 17-30 ans. Les femmes passaient de l'enfance au statut d'épouse.

  • Moyen-Âge : distinction enfants/adultes à la puberté variant selon le contexte.

  • Révolution Française (1792) : mariage à 13-15 ans, majorité à 18 ans, puissance paternelle limitée à 21 ans.

  • XIXème siècle : apparition du mot "adolescence" et de la catégorie sociale associée.

  • XVIème siècle : les jésuites ont structuré le système scolaire en classes d'âge.

  • Mai 68 : apogée de la conscience collective de l'adolescence, un moment précieux mais aussi dangereux.

2) Modèle cognitif-éducatif

  • Sciences expérimentales et médecine : l'adolescence est parfois assimilée à une maladie, avec des troubles de la puberté considérés comme comportementaux.

  • Accent est mis sur l'éducation, la santé, et la vie affective.

  • XXème siècle : l'adolescence acquiert une légitimité scientifique (psychiatrie, médecine). Winnicott (1971) considère la crise pubertaire comme normale et nécessaire.

PASSAGE À L'ÂGE ADULTE AUJOURD'HUI

Aujourd'hui, l'insertion professionnelle est retardée, le processus est flou. L'allongement des études et les stages repoussent l'indépendance financière jusqu'à 25 ans, avec une demande paradoxale de responsabilité.

II-LE CORPS ET L'AGIR

a) Le schéma corporel

  • Comprendre l'influence des éléments sensori-moteurs (externe) et des projections corticales (interne).

  • Les modifications du schéma corporel à l'adolescence sont déterminantes pour comprendre les changements physiques et les troubles neuro-développementaux.

  • La puberté et ses bouleversements hormonaux influencent les processus de subjectivation et de structuration de la personnalité.

b) L'image du corps

  • Pour l'adolescent, l'image du corps est une représentation psychique façonnée par les fantasmes et les pulsions libidinales.

  • La régression est un mécanisme naturel de maturation, mais le développement psychique n'est pas toujours linéaire. Il y a des moments d'avancées, d'arrêts et de retours (régression nécrotique).

  • La fixation est une résistance au changement, un arrêt dans le processus de développement psychique, souvent lié à des insistance ou réitérations inaltérables (perversion, psychose, états-limites).

  • Freud (1905) voit la puberté comme la phase organisatrice qui mène la pulsion auto-érotique vers l'objet sexuel.

  • La puberté est vécue comme une violence qui opère de l'intérieur et est perçue de l'extérieur. Winnicott affirme que "grandir est un acte agressif".

c) Le corps comme projection des normes sociales

  • L'adolescence est marquée par un écart important par rapport à la moyenne, conduisant à des préoccupations sur la normalité.

  • Le fonctionnement névrotique se caractérise par l'intériorisation de la conflictualité (angoisses de castration, peur de perdre la puissance phallique, peur d'être puni).

  • Les adolescents peuvent exprimer des symptômes d'échec de l'intériorisation par des actes au corps.

d) La conflictualité chez l'adolescent

La sexualité de l'adolescent s'incarne dans l'avènement du pubertaire, vécu comme menaçant pour les assises narcissiques et les limites du Moi. L'intégration du nouveau régime pulsionnel et de la bisexualité psychique est complexe et coûteuse.

RESSENTI CORPOREL ET CONFLIT INTRAPSYCHIQUE À L'ADOLESCENCE

  • Le conflit interne et la pathologie somatique sont intenses.

  • Les besoins physiologiques sont utilisés pour interagir avec les objets externes.

  • Le symptôme de conversion et le saut du psychique vers le somatique sont des défenses pour gérer la sexualité et le corps.

  • L'adolescent ressent une ambivalence face à son corps, ses pulsions libidinales et agressives, pouvant mener à la dysmorphophobie.

La dysmorphophobie

  • Trouble mental caractérisé par l'idée obsessionnelle qu'une partie ou l'ensemble du corps est défectueux.

  • Symptômes :

    • Pensées intrusives liées à une déformité perçue.

    • Anxiété liée au corps.

    • Évite des situations par crainte de montrer son corps.

    • Comportements compulsifs pour corriger des défauts perçus.

    • Malaise constant dû à la perception physique.

    • Recours à des interventions esthétiques sans être satisfait.

  • C'est une phobie du corps, une crise du rapport au regard, liée à la honte et la déréliction.

III-IDÉATION ET ACTE SUICIDAIRE

Idéation

Production d'idées (riches, pauvres, claires, confuses, normales, délirantes, originales ou stéréotypées).

a) Les conduites suicidaires

  • Souvent caractérisées par une impulsivité.

  • L'adolescence est une période de deuil de l'enfance, de séparation des figures parentales idéales, source d'angoisse et de souffrance.

  • L'idéation suicidaire, morbide, résulte d'une concentration d'idées noires.

  • La plupart des adolescents ne différencient pas la recherche de la mort de l'oubli.

  • Le passage à l'acte est une quête d'apaisement, souvent peu durable, nécessitant sa reproduction si aucune alternative n'est trouvée.

b) Les scarifications

  • Définies par Favazza comme des automutilations, distinguées par leur gravité et fréquence.

  • Les automutilations majeures (énucléations, castration) surviennent en contexte de psychose ou d'intoxication aiguë.

LES AUTOMUTILATIONS STÉRÉOTYPÉES

  • Observées chez les autistes, avec des retards mentaux ou atteintes cérébrales : automutilations superficielles.

  • Les scarifications superficielles entrent dans cette catégorie (coupures impulsives, répétitives).

  • Elles sont classées avec d'autres troubles impulsifs (boulimie, kleptomanie, abus de substances psychoactives, trichotillomanie).

  • Les scarifications sont des lésions superficielles qui ne nuisent pas au fonctionnement, mais laissent des cicatrices.

  • Elles relèvent d'une lutte pour la préservation identitaire et ne menacent pas la vie.

  • Le discours qui les accompagne valorise la démarche "auto" (autosuffisance), tandis que le terme "mutilation" exprime la violence de l'expérience et la détresse.

c) Notre fonction de psychologue

Être vigilant face aux scarifications, qui sont un indicateur de risque suicidaire. Elles expriment un malaise lié aux turbulences pubertaires et une tentative d'interpellation de l'objet par le corps.

d) Les troubles des conduites alimentaires

Selon la CIM-10, deux classifications principales :

  • L'anorexie mentale :

    • Restriction alimentaire drastique pour maigrir et faire disparaître les caractères sexuels secondaires.

    • Diagnostic conditionné par l'absence de pathologie psychiatrique manifeste.

    • S'installe en 3-6 mois après un régime, le sujet est obsédé par le poids et les calories.

    • Symptômes : amaigrissement, aménorrhée, hyperactivité, dysmorphophobie.

    • L'ascétisme dénie les besoins corporels et la sexualité.

    • Pour Kestemberg, le corps asexué est un signe de mégalomanie omnipotente.

    • Souvent accompagnée de crises boulimiques (ingestion massive de nourriture suivie de manœuvres vomitives).

  • La boulimie nerveuse.

  • Le DSM 5 ajoute : l'hyperphagie boulimique et les troubles alimentaires non spécifiés.

La fréquence des troubles alimentaires à l'adolescence reflète l'importance de ce phénomène pour les psychologues. Ces conduites peuvent être un débordement psychique, mais aussi une opportunité de comprendre une problématique adolescente.

e) Le passage à l'acte et le travail thérapeutique à l'adolescence

  • L'acting-out :

    • Mécanisme de défense où l'on cède à une action au lieu de résister ou maîtriser ses pulsions.

    • Produit de la cure analytique, lié à une relation transférentielle et à une conflictualité psychique.

    • La défense par l'acte vise à contrer l'élaboration consciente.

    • L'acting-out est une forme de régression dans l'inconscient, une construction de fantasmes préconscients ou conscients.

    • À l'adolescence, il s'agit d'une répétition sous forme d'actes pour éviter la verbalisation du souvenir refoulé et se soustraire au transfert.

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