Architecture : Période Moderne et Classique
15 carteCette note explore la période moderne en architecture, couvrant les changements dans le métier d'architecte et d'ingénieur, le développement des sciences, et l'impact sur l'environnement bâti. Elle détaille le classicisme à la française sous Louis XIV, la construction de Versailles, et l'émergence d'une pensée architecturale plus moderne, contrastant avec les Anciens et les Modernes. La période révolutionnaire et ses architectes utopiques sont également abordés.
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L'Époque Moderne : De Louis XIV à la Révolution (1650-1800)
Cette période, charnière entre 1650 et 1800, marque la fin de l'époque moderne et les fondements de notre société actuelle. Elle est caractérisée par des transformations profondes, que ce soit en politique (Révolution de 1789) ou sur le plan technique.
Deux points centraux la définissent :
Définition des Métiers d'Architecte et d'Ingénieur
L'architecte se positionne comme la "tête pensante", se distinguant du maçon.
Émergence d'un nouveau concept de construction moderne avec une division des tâches.
L'ingénieur devient un concurrent, voire une figure de "supériorité" face à l'architecte, notamment dans la réalisation de grands programmes (routes, bâtiments).
Changement de Perception de l'Environnement avec le Développement Scientifique
L'apport du progrès technique devient une nouvelle finalité.
La science est perçue comme capable de démontrer et mesurer le temps et l'espace.
Une société pré-industrielle se met en place (1650-1800), où progrès et carcasse s'animent. (Source 27)
Volonté de rationaliser et de décortiquer les résultats. (Source 28)
Appropriation et maîtrise des paysages, notamment de l'eau pour la navigation ou l'énergie. Reconfiguration des villes et des villages. (Source 29)
A. Histoire de l'Architecture et de la Ville, Louis XIV (1650-1789)
1. Le Classicisme à la Française, Louis XIV : de Paris à Versailles
Le règne de Louis XIV (le plus long de France) est mondialement reconnu pour son "Grand Siècle", où l'art et l'architecture sont magnifiés.
Portrait du roi : personnalité dominante, monarchie absolue de droit divin, contrôle exigeant sur tout.
Début de l'État moderne (partagé en Europe) : antichristie, monopole de la violence légitime, administration et finances gérées par le roi.
Importance des sciences : tout doit être mathématique, empreint d'ordre, de mesure et de règles (architecture, économie, finances).
Jean-Baptiste Colbert
Bras droit et premier ministre de Louis XIV, il façonne son règne.
Politique économique : instauration du "made in France", développement manufacturier, centralisation de l'État et uniformisation du territoire.
Protection des académies :
Académie d'architecture (1671) : professionnalise l'architecture, crée le titre "d'architecte du roi".
Enseignement de la géométrie et des mathématiques.
L'Antiquité est considérée comme l'autorité et le modèle intemporel en architecture.
Architectes du Roi
Jacques Lemercier
Les Mansart : première grande agence d'architecture, travaillant en groupe.
Louis Le Vau : succède à Lemercier, en collaboration avec Le Nôtre (jardinier) et Le Brun (peintre).
Paris sous Louis XIV
Transformation d'une ville de bois en une ville de pierre.
Esthétique : harmonie, bon goût, rationalité.
Ouverture de la ville avec de nouveaux quartiers et boulevards.
Volonté d'assainir la ville.
Changement symbolique des entrées de ville : célébration des victoires (inspiration arc de triomphe romain, obélisque, socle de colonne Trajane).
Le Louvre
Louis XIV hérite d'un "beau déjà là" (Source 6), mais le projet du Louvre prend une ampleur nouvelle.
Cour Carrée : symbolise la modernité et l'élévation des châteaux de la Renaissance (Source 7).
Colbert cherche à maintenir le roi à Paris et lance un concours pour la façade Est, impliquant des architectes français et italiens (Le Bernin).
Façade Est : fermée et ouverte, colonnes regroupées par deux (innovation), maçonnerie armée, utilisation de machines de levage.
Versailles, Pièce Maîtresse du Grand Siècle
Louis XIV hérite d'un petit château de chasse.
Trois phases de construction marquent le développement de Versailles :
1662-1667 : surélévation du château de chasse, création d'une cour d'honneur. (Le Vau, Le Brun, Le Nôtre)
1667 : nouvelle façade Est, jardins classiques (miroirs d'eau).
1682 : Versailles devient la nouvelle capitale, le château une "grande machine", triomphe de la culture sur la nature. Développement de la ville.
Jardin : se développe d'Est en Ouest (Le Nôtre), avec une perspective infinie, taille monumentale, très géométrique et doté d'un système hydraulique ingénieux (machine de Marly).
Galerie des Glaces : façade de 173m, miroirs en symétrie avec les fenêtres.
Côté ville : développement des écuries royales, urbanisme en "trident" menant à Paris.
Chapelle : dernière construction sous Louis XIV.
Petit Trianon de porcelaine : recouvert de faïence blanche (détruit pour le Grand Trianon).
Château de Vaux-le-Vicomte : modèle pour Versailles (Fouquet, célèbre pour son faste, a été emprisonné par Louis XIV).
Influence Urbanistique du Modèle de Versailles
La ville se développe à partir du château (système radioconcentrique).
Karlsruhe (1715) : ville neuve fondée sur un système radioconcentrique autour du palais.
Mannheim : "ville quadrillée", plan orthogonal, reconstruction après la guerre de Trente Ans.
Citadelles de Vauban : révolutionnent l'art de la défense, rationalisation de l'architecture militaire, géométrie territoriale (Neuf-Brisach).
Le métier d'ingénieur prend de l'ampleur.
2. Le Début d'une Époque Moderne : Crise de la Pensée Européenne
Querelle des Anciens et des Modernes :
Anciens : conservent les normes du passé, tradition, pas de remise en question.
Modernes : réconcilient l'architecture avec les nouveautés scientifiques, corrigent le passé, recherchent de nouveaux modèles.
L'Académie d'architecture (1671), initialement un instrument de l'État, devient un lieu de débat.
Théorie : légitime l'architecte comme une figure savante, contrôlant la production.
Traités : lecture idéale du projet, abordant les profils, les chapiteaux, la classification des ordres.
Critiques des Traités et des Modèles Anciens
Antoine Desgodets : révèle les erreurs de relevés d'architectes célèbres comme Palladio.
Piranesi : critique par le dessin, déforme les vues de Rome, joue avec le langage architectural sans appliquer les traités, mettant en avant la rupture.
Jean-François Blondel (1705-1774) (Ancien)
Théoricien et professeur à l'Académie, peu bâtisseur.
Préserve l'architecture classique en l'adaptant aux besoins : décoration et distribution essentielles.
Décoration : façade exprime le rang, recherche de sobriété.
Recherche sur l'origine de l'architecture : aspect philosophique et archéologique.
Abbé Laugier (1752) : l'architecture dérive de la "cabane primitive" (mythe du bon sauvage de Rousseau), le temple est une évolution de cette hutte. Défend le principe de l'imitation.
Claude Perrault (Moderne)
Médecin et savant, participe à la conception du Louvre.
Met en doute Vitruve, remet en cause l'imitabilité des anciens.
Légitime la production et théorise les "beautés".
Beauté Positive : propreté d'exécution, qualité des matériaux.
Beauté Arbitraire : mode, acquis.
Propose de nouvelles règles, simplifiant les ordres architecturaux.
Jacques-Germain Soufflot (Synthèse Gréco-Gothique)
Architecte autodidacte, voyages en Italie.
Église Sainte-Geneviève (Panthéon) :
Structure novatrice, économie de matière, légèreté.
Apparence dissimulant la structure.
Synthèse du grec et du gothique : ressemblance antique et légèreté gothique, verticalisation des charges.
Critique de Pierre Patte sur la "faiblesse structurelle".
Importance de l'ossature et du rapport au gothique.
Mise en place d'effets spéciaux, double église.
3. La Renaissance du Baroque (1650-1765)
Le baroque, souvent perçu comme la fin de la Renaissance et le début du néoclassique, est caractérisé par un mélange de structure et de décors.
Contexte
Guerres de religion : réponse de l'Église catholique à la Réforme protestante par la Contre-Réforme.
Le baroque est l'architecture de la Contre-Réforme, exprimant la puissance de l'Église.
Définitions du Baroque
Heinrich Wölfflin : "bizarre, raffiné, abusif", jeu de masses, parois ouvertes, esprit de synthèse, effet global, obscurité relative.
Juan Bautista Villalpando : utilise géométrie et mathématiques, projection de la pensée, travail sur le mont et la lumière.
Siegfried Giedion : concept mathématique d'infini, perspectives infinies.
Bernin et Borromini
Le berceau du baroque est l'Italie, avec une influence majeure sur l'architecture.
Place Saint-Pierre de Rome (Bernin) : espace public représentant la puissance du Pape.
Colonnade monumentale, l'une des plus grandes du monde, créant un déambulatoire ouvert.
Entrée monumentale plus tardive (Mussolini, 1930s).
Sant'Andrea al Quirinale (Bernin) : façade avec colonnes, rythme vertical, espace courbe.
San Carlo alle Quattro Fontane (Borromini) :
Financé par un ordre sans grands moyens, l'une des premières œuvres autonomes.
Plan elliptique, ondulations, impression d'espace topographique.
Façade étroite en résonance avec l'intérieur, motifs complexes, voûtes.
Sant'Ivo alla Sapienza (Borromini) :
Situé dans la Sapienza (université), plan en étoile à six branches, colonnes en spirale.
Développement du Baroque en Amérique Latine
En France, les constructions royales étaient des "hôtels", tandis qu'en Amérique Latine, le baroque est lié à la conquête.
Baroque Novohispanique (Nouvelle-Espagne) :
Colonisation : appropriation de territoires, exploitation des ressources et des populations.
Évangélisation : stratégie pour rallier les habitants à la cause espagnole, diffusion de la religion par l'image et la fusion des cultures.
Construction d'églises baroques, instrument de la Contre-Réforme.
Les Jésuites sont majoritaires dans l'évangélisation.
Urbanisme colonial : réaménagement des espaces urbains par les conquistadors, division orthogonale, apparition de la place centrale.
Façades Retables : objets peints et sculptés derrière l'autel, devenant des œuvres architecturales monumentales.
Ex. : Sanctuaire de Ocotlán (Mexique) : façade retable hyperbolisée, estipites remplaçant les pilastres, tours reprenant les motifs.
Churrigueresque : style baroque espagnol caractérisé par des ornements chargés.
Ex. : Cathédrale de Zacatecas (Mexique), Compañía de Jesús (Cusco, Pérou), San Lorenzo (Potosí, Bolivie).
Coupoles : souvent utilisées.
Ex. : Cathédrale de La Havane (Cuba), São Francisco de Assis (Ouro Preto, Brésil).
Baroques Andins : familles très différentes, ornements peints et sculptés.
Ex. : Iglesia de San Juan Bautista (Huaro, Pérou).
Conclusion sur le Baroque en AL : décoratif prime sur le bâti, colonnes salomoniques, motifs locaux, plans à 3 nefs ou nef unique, architectures anorganiques.
Embellissement des Villes (Précurseur de l'Urbanisme)
Première étape : améliorer les villes, les rendre plus agréables (aménagement des rues, sans rénovation profonde).
Remise en cause de la ville classique : Paris est perçue comme "sombre" (Voltaire).
Volonté de creuser des égouts, réorganiser les villes, élargir les rues (pour la santé et la propreté).
Blondel : veut éloigner les problèmes, les cimetières, pour mieux desservir la ville.
Pierre Patte : forme régulière à la ville, faciliter le travail de la police, éloigner les usines polluantes, règles constructives pour la sécurité (incendie, salubrité).
Création de places royales à Paris (Place des Victoires).
Transformation des espaces publics : gestion de l'éclairage (réverbères), création de quais, éloignement des cimetières (catacombes).
Les places s'organisent autour d'une statue (Place des Vosges, Place de la Victoire).
Place de la Concorde : projet de Jacques-Ange Gabriel (premier architecte du roi), très ouverte, "forum royal".
Bordeaux : ville esthétique du XVIIIe siècle, liée au commerce triangulaire. Place de la Bourse (Jacques Gabriel).
Nancy : exemple d'homogénéité sous Louis XVI, Place Stanislas.
Lisbonne : reconstruction après le tremblement de terre selon une grille orthogonale.
Londres : typologie du square (Bedford Square).
B. Révolution Politique et Industrielle (1783-1800)
1. L'Architecture de la Révolution : Utopies et Transformations
Ledoux, Boullée, Lequeu : architectes révolutionnaires, peu de leurs projets construits.
Période turbulente : abolition du système féodal, des privilèges, de la dîme, nationalisation des biens.
Destruction de symboles de l'ancien régime, tentative de créer un nouveau système.
Création de monuments commémoratifs pour le peuple, lieux d'assemblée, de justice, de savoir.
Jean-Jacques Lequeu (1757-1825)
Architecte dessinateur, collaborateur de Soufflot.
Dessins imaginatifs, liberté de formes, références à différentes époques et à la nature (formes vivantes ou zoomorphes).
Programmes divers : Temple à la Terre, Arc du Peuple, bâtiments démocratiques.
Grande liberté de dessin, se défait des règles codifiées.
Étienne-Louis Boullée (1728-1799)
Élève de Blondel. Propose des projets grandioses mais simples.
Architecture publique monumentale et épurée, géométries simples.
Ex. : Cénotaphe de Newton : sphère monumentale, symbole de l'univers.
"Architecture parlante" : expressive, révélant des valeurs et des sentiments.
Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806)
Élève de Blondel.
Salines Royales d'Arc-et-Senans :
Programme de ville idéale, cadre de vie agréable.
Conçues comme une usine-ville : logements, ateliers, magasin à sel, maison du directeur, église.
Entrée monumentale, fronton avec colonnes.
Théâtre de Besançon : sièges non cachés, fosse d'orchestre, façade à colonnes.
Architecte des octrois de Paris ("Propylées de Paris") : 47 barrières qui marquocratie et l'égalité (bâtiments publics).
Formes géométriques pures, expressives.
Architecture symbolique (volume, sol, colonnades).
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