1) Médecine et les Sciences
50 carteCe cours explore les liens entre médecine et sciences, en abordant le rationalisme, le relativisme, et l'histoire des essais cliniques. Il analyse comment les facteurs sociaux influencent la science et la médecine, et critique l'implication industrielle dans la recherche médicale.
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UE SHS - SOCLE COMMUN Histoire des Sciences et de la Médecine (HSM) 01 - LA MÉDECINE ET LES SCIENCES
Ce cours explore l'évolution de la médecine et sa relation avec les sciences, en s'appuyant sur des outils d'analyse historique et sociologique pour comprendre comment la médecine a affirmé sa scientificité.
I. Quelques Outils de Sociologie et d'Histoire des Sciences
A) Étude des facteurs sociaux
L'histoire et la sociologie étudient les sciences avec une approche critique.
Elles analysent les facteurs sociaux, économiques et politiques qui influencent la production de connaissances scientifiques.
B) Le Rationalisme
Le rationalisme voit la science comme une quête de la vérité par la raison et la logique.
Ce courant de pensée est apparu en Grèce Antique (IVème siècle av. J-C), illustré par le Ménon de Platon.
Théorie de Popper (1933) :
La science est un discours :
Sur le général (établissement de lois).
Universellement vrai à un moment et un endroit donnés.
Autonome (s'appuie sur des connaissances antérieures).
Le travail scientifique implique des hypothèses, des déductions et des confrontations aux données empiriques.
Une théorie est considérée comme vraie tant qu'elle n'est pas réfutée.
C) Le Relativisme
Le relativisme postule qu'une connaissance est scientifique si la communauté des chercheurs la considère comme telle.
Kuhn : La science est une succession de paradigmes scientifiques.
Ensemble de normes épistémiques (règles de fabrication des connaissances).
Créées par une communauté scientifique.
Susceptibles d'être abandonnées (révolution scientifique).
Exemple : Passage du modèle géocentrique de Ptolémée au modèle héliocentrique de Copernic.
Théorie de Latour (1984) :
Une théorie s'impose si elle est momentanément plus efficace et si elle est soutenue par des alliés puissants (opinion publique, industriels, politiques, religieux, etc.).
Les savoirs scientifiques sont situés, circulent dans des réseaux, et leur succès dépend de la capacité des savants à "enrôler" d'autres acteurs.
Il est essentiel d'étudier les échecs, c'est-à-dire comment certains savoirs ne parviennent pas à être considérés comme vrais.
Critiques du relativisme :
Le relativisme radical mène à une impasse, car il considère que tous les discours se valent, y compris ceux qui discréditent la science.
Risque d'instrumentalisation politique (ex: déni climatique).
Les historiens et sociologues des sciences adoptent une position intermédiaire entre rationalisme et relativisme.
II. Histoire des Essais Cliniques et de la Médecine Fondée sur les Preuves (EBM)
A) Les Premiers Réformateurs
Développement de la biomédecine, s'appuyant sur les sciences biologiques et biochimiques.
Apparition de la Evidence-Based Medicine (EBM) dans les années 1950 aux USA, visant à utiliser les meilleures preuves de la recherche clinique.
Motivation : méfiance croissante de la population envers les industriels et les praticiens.
Création des Essais Cliniques Randomisés (ECR) pour évaluer l'efficacité des médicaments.
Réalisation d'un ECR :
Patients avec la même pathologie sont répartis aléatoirement en deux groupes.
Un groupe reçoit la nouvelle molécule, l'autre un placebo.
Attribution en double aveugle (ni patient, ni médecin ne connaît le traitement).
Évaluation objective des effets et analyses statistiques complexes.
Succès mondial de l'ECR, favorisé par les politiques publiques et la concurrence pharmaceutique, menant à une multiplication des publications.
B) Naissance de la Médecine Fondée sur les Preuves
Dans les années 1990 aux USA, l'ECR est devenu la meilleure preuve pour guider les praticiens face à la multitude de publications.
Les ECR sont devenus la base des recommandations cliniques des sociétés savantes et des décisions de santé publique.
Ils sont le dispositif central de production de la preuve en médecine.
C) Critiques de la Scientificité des Essais
Associations de patients du Sida (années 90) :
Ont obtenu des modifications : amélioration de l'information aux patients, droit de sortie des patients en cas de dégradation.
Protestation contre l'utilisation du placebo.
Obtention de l'interruption des essais si des résultats intermédiaires montrent une nette supériorité d'un groupe.
Critiques sur les critères d'évaluation :
Les ECR se concentrent sur la morbidité et la mortalité, négligeant les critères de qualité de vie et les effets secondaires.
Sous-représentation des femmes :
Les médicaments sont principalement testés sur des hommes, la présence de femmes étant jugée ajouter une complexité hormonale.
Conséquences des ECR :
Risque de standardiser la prescription et de déshumaniser la relation médecin-patient.
Altération de l'écoute du patient par le médecin.
D) Critiques de l'Implication Industrielle
De nombreux ECR sont sponsorisés par les industries pharmaceutiques, bien que financés par de l'argent public.
Les médecins-chercheurs sont en compétition pour accueillir des essais cliniques et améliorer leur carrière via les publications.
Les ECR sont souvent utilisés comme un outil marketing par les industriels pour promouvoir des résultats favorables.
Délocalisation des ECR : les industries les réalisent dans des pays où les coûts sont moins élevés et les droits des patients moindres (ex: Inde).
Conclusion
À partir du XIXème siècle, la science devient un élément central et légitime du savoir médical.
Les sciences sociales (sociologie, histoire) soulignent :
Les facteurs sociaux externes influençant le développement des connaissances.
Le caractère incertain des sciences.
Les divisions entre chercheurs.
La science façonne la société, et la société façonne la science.
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