Tuberculose Urogénitale : Définition, Diagnostic et Traitement
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TUBERCULOSE UROGÉNITALE
I. Introduction
1. Définition
Ensemble des manifestations secondaires à la localisation des bacilles de Koch (BK) au niveau de l’appareil urinaire et/ou génital.
2. Intérêt
- Épidémiologique : Fréquence mal connue (3ème localisation tuberculeuse), en recrudescence avec l’avènement du VIH/SIDA.
- Diagnostique : Polymorphisme anatomoclinique, diagnostic souvent tardif.
- Pronostique : Affection grave pouvant engager le pronostic fonctionnel rénal et la reproduction.
- Thérapeutique : Traitement efficace par les antituberculeux majeurs, chirurgie des séquelles, prévention +++ par vaccination BCG et traitement correct des primo-infections tuberculeuses (PIT).
II. Signes
A. Tuberculose rénale de l’adulte jeune (Forme typique)
1. Signes cliniques
1.1. Signes fonctionnels
- Hématurie : Spontanée, totale, capricieuse, indolore.
- Douleurs lombaires : Sourdes ou à type de colique néphrétique.
- Compléter l’interrogatoire : Notion de contage, vaccination BCG, antécédents de PIT.
1.2. Signes généraux
- Signes d’imprégnation tuberculeuse : fièvre vespéro-nocturne, altération de l'état général (AEG).
1.3. Signes physiques
- Examen des fosses lombaires :
- Technique (manœuvre de Guyon) : Patient en décubitus dorsal, genoux semi-fléchis, abdomen relâché. L’examinateur se place du côté à examiner, une main postérieure dans la fosse lombaire, l’autre main déprime la paroi antérieure de l’abdomen de l’hypochondre à la fosse iliaque.
- Résultats : Masse donnant le contact lombaire et le ballottement rénal, parfois normal.
- Examen complet : Points urétéraux, hypogastre, organes génitaux externes (OGE), touchers pelviens, autres appareils.
2. Signes paracliniques
2.1. Intradermoréaction à la tuberculine (IDRT)
- Positive : induration > 8 mm.
2.2. Biologie
- Bilan d’orientation (Syndrome Inflammatoire Biologique Non Spécifique - SIBNS) : Hyperleucocytose avec hyperlymphocytose, vitesse de sédimentation (VS) accélérée, protéine C réactive (CRP) positive.
- Bilan de confirmation (Bactériologie) : Examen cytobactériologique des urines (ECBU) (examen clé +++) : 3 jours de suite à mi-jet sur les urines du matin (restriction hydrique depuis la veille).
- Examen direct avec coloration de Ziehl-Nielsen : Rarement positif / mise en évidence de bacilles acido-alcoolo-résistants (BAAR).
- Culture sur milieu de Lowenstein-Jensen.
- PCR / GeneXpert : Plus sensible.
- Bilan de retentissement : Fonction rénale (créatininémie).
- Bilan terrain : Sérologie rétrovirale proposée au patient.
2.3. Imagerie
- Abdomen sans préparation (ASP) : Calcifications, rein mastic (aspect tigré avec opacités à contours flous).
- Échographie : État du parenchyme rénal à la recherche de cavernes, la taille et échostructure des reins, l’importance d’une dilatation pyélo-calicielle.
- Uro-TDM (avec clichés d’UIV) +++ :
- Lésions destructrices sous forme d’hypodensités : cavernes intraparenchymateuses (images d’addition), contours irréguliers déformés (encoches), parfois rein muet.
- Lésions sténosantes : Tige calicielle rétrécie, gommée, bassinet rétracté (images de soustraction).
- Images d’amputation : Exclusion des tiges calicielles.
- Calcifications intrarénales.
- Autres : UPR (Urographie par voie rétrograde), scintigraphie DMSA (valeur fonctionnelle des reins), IRM.
2.4. Histologie
- Granulome épithélioïde gigantocellulaire centré par une nécrose caséeuse.
3. Bilan d’évolutivité
- Clinique : Examen clinique complet : pleuro-pulmonaire, spléno-ganglionnaire, cardiaque, digestif, neurologique, locomoteur (coxalgie), à la recherche de signes évocateurs.
- Paraclinique :
- Radiographie thorax.
- Fond d'œil (FO) (tubercules de Bouchut), ponction lombaire (PL) (méningite lymphocytaire avec hypoglycorachie).
- Bilan cardiaque, hépatique.
- Échographie abdominale (rein, foie).
- Radio ostéo-articulaire.
- PCR : crachats, sang, liquide pleural, péritonéal, urines.
4. Évolution
4.1. Éléments de surveillance
- Clinique : Poids, température, signes fonctionnels, examen physique.
- Paraclinique : Numération formule sanguine (NFS), CRP, urée-créatinine, bactériologie si (+), UIV, échographie.
4.2. Modalités évolutives
- Sous traitement précoce, l’évolution est favorable avec régression des signes et disparition de BK dans les urines.
- Ailleurs, les complications sont possibles : pyonéphrose, hypertension artérielle (HTA), insuffisance rénale.
B. Formes cliniques
1. Formes topographiques
1.1. Autres formes urinaires
- Localisation urétérale : Sténose urétérale.
- Clinique : Crise de colique néphrétique.
- Échographie : Urétérohydronéphrose, UIV : aspect de "trop belle image urétérale".
- Localisation vésicale :
- Clinique : Triade : pollakiurie, brûlures mictionnelles, pyurie aseptique.
- Cystoscopie : Muqueuse vésicale inflammatoire, avec ulcérations à bords déchiquetés et granulations blanchâtres.
- Évolution : Petite vessie tuberculeuse (UCRM - Uréthrocystographie rétrograde et mictionnelle) : pollakiurie invalidante ou incontinence urinaire.
1.2. Tuberculose génitale
- Chez l’homme : Lésions génitales pouvant évoluer vers la fistulisation et vers l'infertilité.
- Orchite.
- Épididymite traînante (subaiguë ou chronique), peu douloureuse, avec nodule épididymaire caudal ou bipolaire, parfois pris en masse qui vient coiffer le testicule en "cimier de casque".
- Déférentite en crayon ou monoliforme.
- Prostatite, nodule prostatique.
- Chez la femme :
- Atteintes : Trompes de Fallope, ovaires, endomètre.
- Diagnostic est souvent histologique.
- Évolution vers la stérilité.
2. Formes selon le terrain
- Enfant : Rare, absence de vaccination BCG++, peut se révéler par une énurésie.
- Sujet âgé : Simule d’autres affections égarant le diagnostic.
- Immunodéprimé : Localisations souvent multiples, évolution rapide vers des complications.
- TUG et VIH : Diagnostic difficile dû à l’anergie tuberculinique, localisations multiples.
III. Diagnostic
1. Diagnostic positif
- Clinique : Signes urinaires ou génitaux.
- Paraclinique : IDRT, ECBU avec recherche de BK, imagerie.
2. Diagnostic différentiel
- Bilharziose uro-génitale :
- Hématurie, signes de cystite.
- NFS : hyperéosinophilie.
- ASP : calcifications, aspect de "vessie porcelaine".
- Cystoscopie + biopsie : granulations en "grain de semoule", "grains d’acné", bilharziome.
- Cancer du rein.
- Autres : Pyélonéphrite chronique, orchiépididymite chronique à germes non spécifiques, cystite à germes non spécifiques.
3. Diagnostic étiologique
- Germe : BK : BAAR, appartenant au complexe Mycobacterium tuberculosis (tuberculosis +++).
- Porte d’entrée : Secondaire à une autre localisation tuberculeuse : poumon +++, os ou ganglions.
- L’inoculation rénale se faisant par voie hématogène.
- Puis diffusion du BK du parenchyme rénal infecté par :
- Voie canalaire : descend le cours de l’urine dans les cavités excrétrices.
- Voie spermatique rétrograde : remonte le cours du sperme.
- Terrain : Tout le monde mais surtout les immunodéprimés (VIH+++), les non-vaccinés, conditions socio-économiques défavorables.
IV. Traitement
1. Traitement curatif
1.1. Buts
- Stabiliser le foyer infectieux.
- Éviter/traiter les complications.
1.2. Moyens
- Médicaux :
- Anti-tuberculeux :
- Le traitement est le même que celui de la tuberculose pulmonaire : polychimiothérapie utilisée sur une période prolongée de 6 mois.
- Molécules :
- Isoniazide : 5 mg/kg/j (risque de polynévrite, hépatotoxicité).
- Rifampicine : 10 mg/kg/j (hépatotoxicité).
- Éthambutol : 15 mg/kg/j (risque de névrite optique rétrobulbaire).
- Pyrazinamide : 30 mg/kg/j (hépatotoxicité).
- Streptomycine (risque d’atteinte auditive, toxicité rénale).
- Schéma thérapeutique : 2 RHZE / 4 RH (2 mois de Rifampicine, Isoniazide, Pyrazinamide, Éthambutol / 4 mois de Rifampicine, Isoniazide).
- Surveillance du traitement : Clinique, bilan hépatique, bactériologie.
- Épuration extra-rénale (EER), Assistance Médicale à la Procréation (AMP).
- Anti-tuberculeux :
- Chirurgicaux :
- Chirurgie d’exérèse :
- Appareil urinaire : Néphrectomie totale, néphrectomie partielle, spéléotomie, spélectomie.
- Appareil génital : Épididymectomie, orchidectomie, résection trans-urétrale de la prostate (RTUP).
- Chirurgie réparatrice :
- Néphrostomie d’attente.
- Résection anastomose, entérouretéroplastie.
- Réimplantation urétéro-vésicale.
- Entérocystoplastie d’agrandissement.
- Urétrotomies internes endoscopiques, urétroplasties avec ou sans lambeau.
- Transplantation.
- Chirurgie d’exérèse :
3. Indications
- Antituberculeux dans tous les cas.
- Traitement des complications/séquelles :
- Pyonéphrose : Néphrectomie totale.
- Lésions rénales avec exclusion : Néphrectomie partielle.
- Exclusion de cavernes : Spéléotomie/spélectomie.
- Sténose urétérale haute : Résection anastomose, entérouretéroplastie.
- Sténose urétérale basse : Réimplantation urétéro-vésicale.
- Petite vessie : Entérocystoplastie d’agrandissement.
- Sténose urétrale : Urétrotomie interne endoscopique, urétroplastie.
- Épididymite : Épididymectomie.
- Orchite avec fonte caséeuse : Orchidectomie.
- Cavernes intra-prostatiques : RTUP.
- Infertilité : Assistance médicale à la procréation.
- Insuffisance rénale (IR) : EER, transplantation.
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