Tuberculose animale : généralités et épidémiologie
Aucune carteCe document traite des aspects généraux de la tuberculose animale, y compris son historique, son importance économique et sanitaire, ainsi que les différentes espèces bactériennes impliquées. Il aborde également les modes de transmission, les signes cliniques, les lésions, et les méthodes de diagnostic et de prophylaxie.
La Tuberculose Animale
La tuberculose est une maladie infectieuse transmissible à l'homme et à de nombreuses espèces animales, causée par diverses espèces bactériennes du genre Mycobacterium . Elle est caractérisée par une évolution chronique et la formation de granulomes tuberculeux.
Définition
La tuberculose est une maladie infectieuse qui affecte l'Homme et de nombreuses espèces animales. Elle est provoquée par diverses bactéries du genre Mycobacterium , notamment M. tuberculosis , M. bovis et M. avium . Cliniquement, elle se manifeste souvent de manière chronique avec un polymorphisme important. Au niveau lésionnel, elle induit des lésions inflammatoires appelées tubercules ou granulomes tuberculeux .
Historique
- 1546 : Fracastor affirme la nature contagieuse de la « phtisie » chez l'Homme.
- 1810 : Laennec relie la « maladie perlière ou pomelière » des bovins à la tuberculose.
- XIXe siècle : Épidémie de tuberculose liée à l'urbanisation, avec des taux de mortalité très élevés.
- 1882 : Robert Koch identifie le bacille tuberculeux (le bacille de Koch).
- 1889 : Différenciation de M. tuberculosis (humain), M. avium (aviaire) et M. bovis (bovin).
- 1890 : Koch développe la « lymphe tuberculeuse » pour le diagnostic allergique.
- 1908-1920 : Calmette et Guérin développent le BCG à partir d'une souche de M. bovis , utilisé pour la première fois en 1921.
- 1953 : Découverte de mycobactéries atypiques (ex: M. kansasii ).
Importance
Impact économique
- Pertes de viande (saisies en abattoir), de lait.
- Obstacles au commerce et à l'exportation.
- En France, les pertes étaient estimées à 3 % de la production bovine avant les mesures de lutte.
- Coût de la lutte (2010-2011) : environ 20 millions d'euros, dont 75 % pour l'indemnisation des animaux abattus.
- Enjeu actuel pour la France : maintien du statut de pays indemne de tuberculose bovine.
Santé publique (hygiène)
- La tuberculose humaine est une maladie à déclaration obligatoire (depuis 1964 en France).
- OMS (2011) : 150 cas/100 000 habitants (2011). 10 millions de nouveaux cas et 1,4 million de décès en 2019.
- France : incidence passée de 60/100 000 (1972) à 7,6/100 000 (2019).
- La tuberculose zoonotique (due à M. bovis ) était fréquente en France avant pasteurisation du lait et abattage systématique.
- Actuellement, M. bovis représente 1,6 % des souches tuberculeuses humaines en France (2017), stable depuis 2013.
- Dans les pays sans lutte organisée, M. bovis peut être responsable jusqu'à 30 % des cas de tuberculose humaine.
- Modes de contamination humaine : voie aérienne (animaux infectés), consommation de lait cru, contact direct avec tissus animaux infectés.
Bilan
- La tuberculose est une zoonose majeure, bien que le nombre de cas zoonotiques humains soit faible en France.
- Elle entraîne des pertes économiques chez les animaux.
- Toutes les espèces de vertébrés (domestiques et sauvages) peuvent être infectées.
- Maladie réglementée de 1ère catégorie pour les mammifères si due à M. bovis , M. tuberculosis ou M. caprae .
- Nouvelle loi santé animale (2021) : catégorie B¹, D² et E³ pour les bovins, D et E pour les autres artiodactyles, E pour les autres mammifères terrestres.
- Éradication obligatoire
- Mesures de contrôle aux mouvements
- Surveillance et notification obligatoire
Bactériologie
Les bacilles tuberculeux appartiennent au genre Mycobacterium , famille MYCOBACTERIACEAE . Ils sont caractérisés par leur acido-alcoolo-résistance (AAR) (Coloration de Ziehl).
Le monde mycobactérien
On distingue trois groupes selon leur signification pathologique (Tableau 1) :
Mycobactéries pathogènes
- Complexe M. tuberculosis (MTC) : M. tuberculosis (+++ Homme, autres mammifères), M. bovis (+++ Bovins, autres mammifères), M. caprae (+++ Caprins, bovins, animaux sauvages), M. microti (+ micromammifères, chat, lama, chien, Homme), M. africanum (+++ Homme, singe).
- Complexe M. avium intracellulare (MAC) : M. avium-intracellulare (+++ Oiseaux), M. hominissuis (+++ Porcs, Homme), M. avium paratuberculosis (+++ Ruminants - Maladie de Johne).
- Autres : M. leprae (+++ Lèpre humaine), M. lepreamurium (+ Lèpre murine), M. farcinogenes (+ Farcin du bœuf).
Mycobactéries opportunistes
- Peuvent causer des troubles dans certaines situations (ex: M. gordonae , M. kansasii , M. fortuitum ).
- Elles provoquent des infections peu contagieuses, similaires à la tuberculose cliniquement, souvent bénignes et parfois résistantes aux traitements antituberculeux.
- Elles sont responsables de réactions positives par excès lors du dépistage allergique.
Mycobactéries saprophytes
- Nombreuses dans la nature (eau, sol, etc.) (ex: M. smegmatis , M. phlei ).
- Important à connaître pour éviter les erreurs d'interprétation au laboratoire.
Tableau 1 : Principales mycobactéries actuellement reconnues
| Noms d'espèce | Signification pathologique |
|---|---|
| MYCOBACTERIES PATHOGENES | |
| Complexe M. tuberculosis (ou MTC) | |
| M. tuberculosis | ++++ Homme, autres mammifères |
| M. bovis | ++++ Bovins, autres mammifères |
| M. caprae | +++ Caprins, bovins, animaux sauvages |
| M. microti | + Micromammifères, chat, lama, chien, Homme. |
| M. africanum | ++++ Homme, singe |
| M. bovis (souche BCG*) | 0 Souche vaccinale modifiée |
| Complexe M. avium intracellulare (ou MA.C) | |
| M. avium-intracellulare | ++++ Oiseaux |
| M. hominissuis | +++ Porcs, Homme |
| M. avium paratuberculosis | ++++ Ruminants (Maladie de Johne) |
| M. leprae | ++++ (Lèpre humaine) |
| M. lepreamurium | + (Lèpre murine) |
| M. farcinogenes | + (Farcin du bœuf) |
| MYCOBACTERIES OPPORTUNISTES | |
| Complexe MAC | |
| M. avium-intracellulare | ± Homme |
| M. cheloneae, M. fortuitum, M. gordonae, M. kansasii... | ± |
| M. intracellulare, M. marinum, M. ulcerans, M. xenopi... | + |
| MYCOBACTERIES SAPROPHYTES | |
| M. flavescens, M. phlei, M. smegmatis, M. vaccae, Complexe M. terrae... | - |
* Le vaccin BCG provient d'une souche de Mycobacterium bovis, après de multiples repiquages sur pomme de terre biliée et glycérinée. La virulence de la souche s'est atténuée, probablement par sélection d'un mutant non virulent.
Caractéristiques essentielles des bacilles tuberculeux
- Croissance lente : nécessitent des milieux spéciaux (ex: Loewenstein-Jensen). Culture visible en 10 jours à 2 mois.
- Décontamination : nécessaire pour éliminer les germes saprophytes avant culture.
- Sensibilité : à la chaleur (20 min à 60°C, 20 sec à 75°C), lumière, rayons X et UV.
- Résistance : au froid, à la dessiccation, survivent plusieurs jours dans des produits contaminés. Plus résistants aux antiseptiques et désinfectants que les bactéries usuelles. Résistent aux acides et bases dilués.
- Sensibilité aux halogènes et alcools : iodés et alcools (70° ou 90°).
- Acido-alcoolo-résistance : capacité du bacille à résister à la décoloration par l'acide et l'alcool.
Conséquences
- L'isolement peut prendre plusieurs mois.
- Importance de la pasteurisation ou stérilisation du lait pour inactiver les bacilles.
- Désinfection des matériels et locaux contaminés avec phénol (30 g/l) ou hypochlorites (1° chlorométrique).
- Résistance aux antibiotiques usuels, mais sensibles à la streptomycine et autres (isoniazide, rifampicine, pyrazinamide, éthambutol) en traitement combiné.
- Risque d'antibio-résistance conduit à réserver les traitements à l'espèce humaine.
Rôle pathogène pour les diverses espèces
Le pouvoir pathogène varie selon le bacille et l'espèce (Tableau 2).
Tableau 2 : Pouvoir pathogène des principaux bacilles tuberculeux pour les différentes espèces animales et l’Homme.
Pouvoir pathogène : P : élevé ; (O) : occasionnel.
| M. tuberculosis | M. bovis | M. avium * | |
|---|---|---|---|
| Homme | P | P | (O) |
| Chien | P | P | (O) |
| Chat | P | P | (O) |
| Bovins | (O) | P | (O) |
| Ovins, caprins | (O) | P | P |
| Porc | P | P | P |
| Oiseaux | (O) | (O) | P |
| Psittacidés | P | (O) | P |
| Singes | P | P | (O) |
* incluant M. avium hominissuis .
Conséquences
-
Épidémiologique : l'interdépendance des tuberculoses animales dépend du bacille en cause.
-
Prophylactique : la prophylaxie doit considérer toutes les espèces pouvant relayer la contagion.
-
Diagnostique : tout bacille peut provoquer une réaction positive à l'intradermotuberculination, d'où l'intérêt de la différenciation par intradermotuberculination comparative (IDC) ou interféron gamma .
Pouvoir allergène
L'infection à mycobactéries provoque une réaction d'hypersensibilité retardée (HSR) , détectable in vivo par tuberculination. Cette HSR n'est pas spécifique à chaque mycobactérie.
Bilan
Les bacilles tuberculeux sont acido-alcoolo-résistants (AAR) , à croissance lente, causent une maladie chronique avec lésions "tuberculeuses" et induisent une allergie tuberculinique . Les principales espèces sont M. tuberculosis , M. bovis et M. avium , dont le pouvoir pathogène varie selon les espèces animales.
Tuberculose bovine
La tuberculose bovine (Tb) est une maladie infectieuse chronique, transmissible à l'Homme, causée principalement par Mycobacterium bovis , parfois Mycobacterium tuberculosis . M. avium peut aussi infecter les bovins, mais généralement de manière bénigne.
Importance
- Fléau majeur : avant 1955, plus de 10 % des bovins français et 20-50 % des cheptels étaient infectés.
- La France est officiellement indemne depuis 2001 (décision 2001/26/CE).
- Préoccupation actuelle : augmentation du nombre de foyers depuis 2005 (Côte-d'Or, Dordogne, Pyrénées Atlantiques, Nouvelle Aquitaine, Occitanie).
- Découverte de cas chez la faune sauvage (blaireau, sanglier, cervidés) depuis 2001, suscitant des inquiétudes quant à leur rôle de réservoir.
Pathogénie
Conditions de l'infection
Qualitatives
-
Facteurs liés au pouvoir pathogène du bacille
:
- M. avium : lésions peu étendues, évoluant vers la sclérose.
- Bacilles peu pathogènes : tuberculose localisée, lésions folliculaires.
- Bacilles virulents : lésions exsudatives.
-
Facteurs liés à la réceptivité et sensibilité de l'hôte
:
- Variations selon l'espèce, l'âge, l'état général.
- M. bovis infecte de nombreuses espèces, mais les bovins sont particulièrement sensibles.
- Sensibilité accrue chez les jeunes et les animaux âgés, ou en mauvais état général.
Quantitatives
-
Dose (nombre de particules infectieuses)
:
- Dose minimale nécessaire varie selon l'espèce et la voie.
- Parallélisme entre la quantité de bactéries et la gravité.
-
Répétition des doses
:
- Des doses faibles mais répétées favorisent une tuberculose évolutive.
Étapes de l'infection
-
Étape primaire (primo-infection)
:
- Bacilles phagocytés par les macrophages. Si non détruits, multiplication locale.
- Formation du chancre d'inoculation (8-15 jours) et du nœud lymphatique locorégional (loi de Parrot).
- Ce complexe primaire (chancre + adénopathie satellite) révèle le site d'entrée : pulmonaire (95 % chez les bovins), digestif (porcs, volailles), ou les deux (carnivores).
Conséquence : Induit l'hypersensibilité spécifique détectable par intradermotuberculination .
-
Tuberculose secondaire
:
- Le complexe primaire peut évoluer vers stabilisation, guérison ou généralisation précoce .
- Complexe primaire dissocié : disparition du chancre, persistance de la lésion ganglionnaire.
- Tuberculose chronique d'organe : lésions souvent caséeuses, pouvant s'ouvrir (formes ouvertes).
Conséquence : Contagiosité variable, danger des formes ouvertes ou inapparentes.
Réactions de l'organisme infecté
-
Immunité exclusivement cellulaire
(macrophages, lymphocytes T) :
- Mobilité accrue des macrophages, phagocytose efficace.
- Immunité relative, facilement vaincue.
Conséquence : Il est dangereux de vacciner un animal contre la tuberculose (raisons épidémiologiques et hygiéniques).
-
Développement de l'hypersensibilité retardée (HSR)
:
- Révélée par injection de tuberculine.
-
Apparition d'anticorps sériques anti-tuberculeux
:
- Réponse immunitaire humorale après quelques semaines/mois.
- Témoin d'une tuberculose active.
Conséquence : Fiabilité limitée des tests sérologiques.
Bilan : L'infection entraîne un complexe primaire , l' allergie tuberculinique et une immunité partielle . Le complexe peut se stabiliser ou progresser en tuberculose chronique d'organe ou généralisation.
Signes cliniques
- Maladie chronique à évolution lente (mois/années).
- Formes cliniquement silencieuses fréquentes en France.
- Chez l'Homme et les bovins, l'infection peut persister des années.
- Chez d'autres espèces (porc, cheval, carnivores, oiseaux), l'infection évolue plus rapidement vers la maladie.
- Signes variés et peu caractéristiques : hypertrophie des nœuds lymphatiques , amaigrissement. L'atteinte respiratoire est majeure dans les stades avancés chez les bovins.
Conséquence : Le diagnostic clinique est difficile ; recours à des moyens expérimentaux. "L'infection est la règle, la maladie l'exception."
Lésions
-
Macroscopiques
:
- Tubercules circonscrites .
- Infiltrations et épanchements étendus et mal délimités.
-
Microscopiques
:
- Le granulome tuberculeux est spécifique : centre caséeux nécrotique, entouré d'histiocytes/macrophages épithéloïdes, et d'une couronne lymphocytaire.
- Peut évoluer vers calcification du caséum et fibrose périphérique.
Épidémiologie
Épidémiologie descriptive
- Présente dans le monde entier, mais rare en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord.
- Fréquente en Amérique du Sud, Afrique, Asie.
Situation des pays européens
- 18 pays officiellement indemnes (dont la France) en 2017.
- Grande-Bretagne : augmentation exponentielle de l'incidence à partir des années 1980 (taux de troupeaux infectés de 9,3 % en 2008), notamment dans l'ouest de l'Angleterre et le Pays de Galles. L'Écosse officiellement indemne en 2009.
Situation du cheptel français
- Début de la lutte (1955) : environ 25 % des élevages infectés.
- Évolution récente : diminution constante de la prévalence jusqu'en 2005, puis remontée à une centaine de foyers par an. En 2020, 104 foyers.
- Répartition géographique : historiquement plus au sud. Remontée des foyers en Côte-d'Or et Dordogne depuis 2005. Majorité des foyers (81 % en 2020) en Nouvelle-Aquitaine.
Faune sauvage
- Depuis 2001, découverte en Seine-Maritime (cervidés, sangliers, puis blaireaux).
- Typage des souches confirme la concordance entre faune sauvage et bovins.
- Risque : constitution d'un réservoir sauvage (blaireaux, sangliers) localement.
- Sylvatub (2011) : réseau d'épidémiosurveillance pour la faune sauvage. Définition de niveaux de surveillance départementaux (1 à 3) basés sur le risque.
Figure 5 : Niveaux de surveillance départementaux en 2020-2021 (A) et zones considérées comme étant « à risque » vis-à-vis de la tuberculose dans la faune sauvage (B) (Source : plateforme ESA)
Tableau 3 : Modalités de surveillance associées aux trois niveaux de surveillance (Source : Réveillaud et al., 2017)
| Type de surveillance | Modalités de surveillance | Niveau 1 (risque faible) | Niveau 2 (risque intermédiaire) | Niveau 3 (risque élevé) |
|---|---|---|---|---|
| Événementielle | Recherche de lésions suspectes chez les cervidés et sangliers lors de l'examen de carcasse dans le cadre d'une pratique de chasse habituelle | ✓ | ✓ | ✓ |
| Recherche de lésions évocatrices de tuberculose chez les sangliers, cervidés, blaireaux collectés dans le cadre du réseau SAGIR* (animaux morts ou mourants) dans son fonctionnement normal | ✓ | ✓ | ✓ | |
| Événementielle renforcée | Recherche systématique de tuberculose chez les sangliers, cerfs et blaireaux collectés dans le cadre d'un renforcement du réseau SAGIR | ✓ | ✓ | |
| Recherche systématique de tuberculose chez les cadavres de blaireaux collectés sur les routes dans le cadre d'un renforcement du réseau SAGIR | ✓ | ✓ | ||
| Programmée | Recherche systématique de tuberculose sur un échantillon de blaireaux prélevés (par piégeage ou tir) dans les zones à risque ou en périphérie de foyers sporadiques en élevage | ✓ | ✓ | |
| Recherche systématique de tuberculose sur un échantillon de sangliers prélevés dans les zones à risque dans le cadre de la pratique de la chasse. Recherche uniquement en cas de lésions évocatrices de tuberculose sur un échantillon de cerfs prélevés dans les zones à risque dans le cadre de la pratique de la chasse | ✓ |
* Réseau SAGIR : réseau de surveillance épidémiologique des oiseaux et des mammifères sauvages terrestres en France.
Bilan : La Tb bovine est désormais rare mais la vigilance reste importante, surtout face à la résurgence de foyers et la présence dans la faune sauvage (blaireaux, sangliers).
Caractéristiques épidémiologiques dans un élevage
- Pourcentage d'animaux atteints : faible (1 à 3 animaux dans 75 % des foyers).
- Fréquence d'animaux détectables : majorité des bovins réactifs ne présentent pas de lésions à l'abattoir (28 % en 2004). 2,7 % à 7,9 % des non-réactifs peuvent avoir des lésions.
Bilan : Faible corrélation directe entre intensité de la réaction tuberculinique et lésions.
Épidémiologie analytique
Sources de contagion
-
Individus infectés
:
- Excrétion pré-symptomatique, durable, importante (formes ouvertes), irrégulière.
Conséquences : importance du dépistage systématique, nécessité d'éliminer tous les animaux infectés.
-
Matières virulentes
:
- Tissus divers : organes, ganglions, sang, muscles.
- Excrétion : jetage (voie aérienne), excréments (blaireau, volailles), lait (infection mammaire), urine (blaireau), lésions cutanées, sperme, sécrétions utérines.
- Importance selon l'espèce (expectorations pour l'Homme/bovins, urine pour les blaireaux, fientes pour les oiseaux).
-
Résistance du bacille tuberculeux
:
- Très résistant dans le milieu extérieur (5 mois à l'obscurité, 40 jours à la lumière), bouses (2-5 mois), terriers de blaireaux.
- Dans les produits animaux (lait cru).
Conséquences : rôle important des locaux contaminés, importance de la désinfection, danger des réservoirs telluriques, risque de contamination humaine.
Modalités de la contagion
-
Modes de transmission
:
- Verticale : rare (sauf transmission via colostrum).
-
Horizontale
:
- Directe : contacts, lait virulent, vénérienne, pâturage.
- Indirecte : via locaux, pâturages, transport, aliments, eaux d'écoulement.
-
Voies de pénétration
:
- Respiratoire : inhalation d'aérosols (fréquente et efficace chez les bovins).
- Digestive : ingestion de lait, viandes, fientes.
- Autres : vénérienne (IA), cutanée (piqûres, plaies), conjonctivale.
Épidémiologie synthétique
À l'échelle de l'élevage
-
Origine de l'infection
(Figure 6) :
- Introduction d'animaux infectés.
- Voisinage : contacts directs ou indirects (faune sauvage, équipements).
- Résurgence : persistance de l'infection après un précédent foyer.
-
Modalités d'évolution
:
- Généralement enzootique (chronique, propagation lente).
- L'infection peut être stabilisée .
Tableau 5 : Fréquence relative des circonstances de contamination des élevages (France, Enquête nationale, 2005-2007)
| Départements | Introduction | Voisinage | Résurgence | Faune sauvage | Autre | Non déterminé |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 21 | 6 % | 75 % | 0 % | 0 % | 0 % | 19 % |
| 24 | 33 % | 59 % | 2 % | 0 % | 0 % | 6 % |
| 64 | 4 % | 61 % | 0 % | 0 % | 0 % | 35 % |
| Autres | 21 % | 17 % | 19 % | 6 % | 6 % | 31 % |
Conséquences : Le risque de voisinage est le plus important dans les zones actives. Le risque de résurgence est limité par l'abattage total.
À l'échelle nationale
- Évolution dans le temps (Figure 7) : Diminution constante jusqu'en 2005, grâce aux mesures de lutte (qualification obligatoire, abattage total, enquêtes).
-
Relation avec le type d'élevage et le nombre d'animaux
:
- Élevages allaitants : 4,2 fois plus infectés que les laitiers dans les régions très infectées. Les allaitants ont moins d'animaux porteurs de lésions.
- Plus le nombre de bovins par élevage est élevé, plus le taux d'incidence est élevé.
-
Interrelations entre espèces animales
:
- Mycobacterium bovis : réservoir principal chez les bovins, peut contaminer la faune sauvage (sangliers, blaireaux). Impacts zoonotiques importants.
- Mycobacterium avium : réservoir chez les oiseaux et le milieu extérieur.
- Mycobacterium tuberculosis : réservoir chez l'Homme.
Bilan : La Tb bovine est rare mais difficile à maîtriser, avec des foyers localisés et une diffusion par mouvements d'animaux. Les agrégats de foyers s'expliquent par la proximité géographique, les pratiques d'élevage à risque et le rôle des réservoirs sauvages. La détection est compliquée par le faible nombre d'animaux atteints et la discrétion des signes.
Diagnostic
Diagnostic clinique, nécropsique et différentiel
- Clinique : insuffisant en raison des infections inapparentes.
- Nécropsique : réalisé à l'abattoir, détecte les lésions macroscopiques. Des examens complémentaires (histologie, culture, PCR) sont nécessaires.
Diagnostic expérimental
Bactériologique, moléculaire et histopathologique (post-mortem)
- Utilisés sur des prélèvements d'animaux abattus ou autopsiés.
- Identification de M. bovis (ou M. caprae , M. tuberculosis ) par diagnostic moléculaire (PCR) ou culture.
- La PCR est le Gold Standard pour la confirmation. Une PCR de 1ère intention détecte les mycobactéries du complexe, une de 2ème intention (au LNR) permet l'identification de l'espèce.
- L'histologie n'est pas spécifique de M. bovis mais a une bonne sensibilité.
Tableau 6 : Tableau synoptique des divers moyens de mise en évidence de mycobactéries dans un prélèvement
| Examen | Sensibilité* | Spécificité | Délai d'obtention des résultats | |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Histopathologie | +++ | +/- | 5 à 7 j. |
| 2 | Mise en culture sur milieux spéciaux (après décontamination) | ++ | ++++ | 10 à 90 j. |
| 3 | PCR et diagnostic moléculaire, sur broyats | +++ | +++(+) | 7 j. |
| 4 | PCR et diagnostic moléculaire, sur culture | ++++ | +++(+) | 14 j. (ajoutés aux 10 à 90 j. pour l'isolement) |
* La sensibilité de ces techniques dépend également du prélèvement sur lequel elles sont appliquées
- La PCR permet un gain de temps de 1 à 2 mois par rapport à la bactériologie classique.
- La bactériologie est nécessaire pour le typage moléculaire (spoligotypage, VNTR) pour l'épidémiologie.
Dépistage allergique de la tuberculose bovine
Principe: détection de l'HSR par injection de tuberculine.
Deux méthodes officielles en France: intradermotuberculination simple (IDS) et intradermotuberculination comparative (IDC) .
Caractéristiques de l'hypersensibilité retardée (Figure 8)
- Période ante-allergique (15 jours à 6 mois) : l'animal infecté peut échapper au dépistage.
-
Période allergique
(variable) : intensité fluctuante selon des facteurs physiologiques (jeunes/âgés, péri-partum) et pathologiques.
Conséquence : influence le choix des méthodes, l'âge de dépistage, les délais entre les tests et l'interprétation des résultats.
- Période d'anergie post-tuberculeuse : les sujets les plus dangereux (formes ouvertes) peuvent échapper au dépistage. L'allergie peut aussi faire défaut chez 1-5% des individus.
Les tuberculines
- Substance extraite de culture de bacilles tuberculeux, capable de révéler l'HSR.
- Tuberculine bovine ( M. bovis ) et aviaire ( M. avium ) utilisées chez les bovins.
-
Propriétés:
- Toxicité : nulle pour un organisme sain, mais réactions importantes chez les sujets sensibilisés (Humains infectés/vaccinés), d'où les précautions lors d'injection accidentelle.
- Immunologiques : pouvoir antigène faible, immunogène nul, allergène nul.
- Phénomène d'accoutumance : baisse de réactivité après injection, nécessite un délai de 6 semaines avant nouvelle tuberculination.
Intradermotuberculination simple (IDS)
- Principe : Injection de tuberculine dans le derme de l'encolure et évaluation de la réaction après 72h.
- Réalisation : Immobilisation, repérage du lieu (tiers postérieur-moyen de l'encolure), mesure du pli cutané avec un cutimètre, injection intradermique de 0,1 mL de tuberculine.
- Délai de lecture : 72h ( ± 4h ), par le vétérinaire ayant effectué l'injection. Aucune vaccination/traitement durant cette période.
- Réaction : inflammatoire (tuméfaction, douloureuse, chaude) avec augmentation de l'épaisseur.
- Lecture objective (quantitative) obligatoire : augmentation d'épaisseur du pli cutané (DB).
Tableau 7 : Résultats de l'IDS
| Lecture qualitative* | Lecture quantitative | Résultats |
|---|---|---|
| Réaction inflammatoire | DB ≥ 4 mm | POSITIVE |
| Réaction faible ou nulle | DB ≤ 2 mm | NÉGATIVE |
| Autres cas | 2 mm< DB <4 mm | DOUTEUSE |
*Actuellement interdite par la réglementation.
- Avantages : Sensibilité individuelle moyenne de 0,84 (peut être compensée par la sensibilité troupeau), facile, peu coûteuse, inoffensive, non sensibilisante.
- Inconvénients : Spécificité variable (peut être pénalisée par l'effet troupeau), nécessite deux déplacements, lecture subjective non autorisée, baisse de réactivité post-injection (délai de 6 semaines).
Intradermotuberculination comparative (IDC)
- Principe : Comparaison des réactions à la tuberculine bovine et aviaire injectées simultanément. La plus forte oriente le diagnostic.
- Réalisation : Tuberculine bovine (20 000 UI/mL) et aviaire (25 000 UI/mL) injectées sur la même face de l'encolure, à 10-15 cm d'écart. Mesure des plis (A0, B0) avant injection.
- Lecture : 72h après, mesure (A3, B3). Calcul des épaississements (DB = B3 - B0, DA = A3 - A0).
Tableau 8 : Grille de lecture de l'IDC
| Tuberculine bovine | Différence d'épaississements entre réactions aux tuberculines bovine et aviaire | RESULTAT : « REACTION » |
|---|---|---|
| Si DB > 2 mm | DB – DA > 4 mm | POSITIVE |
| DB – DA [1 – 4 mm] | DOUTEUSE | |
| DB – DA < 1 mm | NÉGATIVE | |
| Si DB ≤ 2mm | Quel que soit le résultat de DB - DA | NÉGATIVE |
- Interprétation : résultats interprétés à l'échelle du troupeau avec une représentation graphique (Figure 12).
- Avantages : Spécificité plus élevée que l'IDS (moyenne 0,995), moins propice à la lecture subjective.
- Inconvénients : Sensibilité plus faible que l'IDS (moyenne 0,8), plus coûteuse et plus longue, nécessite deux déplacements et un délai de 6 semaines.
Erreurs par excès et par défaut des tests d'intradermotuberculination
- Erreurs par défaut (sensibilité) : absence de réaction chez un animal tuberculeux (mauvaise manipulation, faible réactivité de l'animal, période ante-allergique, anergie).
- Erreurs par excès (spécificité) : réactions positives chez des bovins non tuberculeux (faute technique, réaction paraspécifique due à d'autres mycobactéries comme la paratuberculose, M. avium , etc.).
Choix d'une méthode de tuberculination (Tableau 9)
- Le choix (IDS ou IDC) dépend du contexte épidémiologique.
- L' IDC est généralisée en France métropolitaine pour la prophylaxie en raison de sa meilleure spécificité et des risques de réactions non spécifiques.
Tests réalisés in vitro
Test de dosage de l'interféron (IFN) gamma :
- Détecte l'IFN gamma libéré par les lymphocytes stimulés par des antigènes mycobactériens.
- Avantages : Une seule intervention vétérinaire, résultat objectif, sensibilité égale ou supérieure à l'IDS, détection plus précoce, pas d'interférence avec IDT.
- Inconvénients : Spécificité inférieure à l'IDS mais équivalente à l'IDC, prélèvements à traiter rapidement (< 8h), capacité de traitement limitée, coût élevé.
- Utilisation : réservé à des cas particuliers (abattage partiel, suivi renforcé, recontrôle de suspicions faibles).
Bilan : Les tests tuberculiniques sont les principales méthodes de diagnostic et de dépistage. L'IDS est sensible mais peu spécifique, l'IDC est plus spécifique mais moins sensible. Le test IFN gamma améliore la détection mais présente des contraintes logistiques et de coût.
Prophylaxie sanitaire
Le traitement antibiotique de la tuberculose est réservé à l'Homme. La prophylaxie animale est exclusivement sanitaire .
Mesures défensives
Visent à protéger les effectifs indemnes et à maintenir la qualification.
- Protection aux frontières : n'importer que des bovins de cheptels indemnes et contrôlés (IDS/IDC), sauf si le pays est reconnu officiellement indemne.
-
Protection d'une étable indemne
:
- Maîtrise des flux "intrants" : introduction de bovins provenant de cheptels officiellement indemnes, avec quarantaine et contrôle sanitaire.
- Maîtrise du risque de voisinage : éviter les contacts avec des cheptels infectés ou de statut inconnu (clôtures, pas de prêt d'animaux).
- Maîtrise du risque de résurgence : surveillance rapprochée des élevages anciennement infectés. L'abattage total réduit ce risque.
-
Qualification sanitaire des troupeaux indemnes
:
- Obtention : basée sur l'état sanitaire des animaux (tuberculination) et la maîtrise des facteurs de risque.
- Maintien : contrôles périodiques, inspection des carcasses à l'abattoir, contrôle des bovins commerciaux, enquêtes épidémiologiques.
Mesures offensives
Basées sur le dépistage et l'assainissement des élevages infectés.
-
Dépistage des élevages infectés
:
- Dépistage par tuberculination : la sensibilité est faible dans les cheptels actuels avec peu d'animaux infectés. Ne suffit pas seule pour déclarer un élevage tuberculeux (confirmation bactériologique nécessaire).
- Inspection des carcasses à l'abattoir : Détecte l'infection tardivement. Faible sensibilité et spécificité (mise en évidence de M. bovis dans 22-38% des cas avec lésions suspectes). Nécessite une confirmation par prélèvement et analyses.
- Contrôles à l'introduction : tuberculination systématique avant introduction pour protéger les acheteurs, mais uniquement pour les élevages à risque sanitaire (tests avant mouvement).
- Enquête épidémiologique : menée en cas de foyer pour identifier l'origine et les élevages potentiellement contaminés (analyse documentaire, terrain).
-
Mesures de limitation
:
- "Blocage" des élevages suspects (interdiction de sorties, recensement, isolement des animaux).
-
Assainissement des élevages infectés
:
-
Abattage des animaux
:
- Abattage total : obligatoire en France depuis 1999 (sauf dérogation). Très efficace mais coûteux et perçu comme pénalisant.
- Abattage sélectif (partiel) : élimination des sujets réactifs à la tuberculine ou IFN gamma. Longue procédure, risque de résurgence. Applicable dans certains cas sur autorisation (préservation de races, faible nombre d'animaux infectés).
-
Abattage des animaux
:
-
Nettoyage, désinfection et repeuplement
:
- Désinfection des locaux après abattage.
- Repeuplement avec des animaux indemnes.
- Suivi renforcé du cheptel requalifié.
Stratégie de lutte contre la tuberculose bovine: Évolutions
- Conception historique : Priorité à la détection et à l'assainissement.
- Nouvelle conception : En faible prévalence, l'objectif est la protection des élevages indemnes et l' épidémiosurveillance . L'unité épidémiologique est l'élevage.
Bilan : La lutte repose sur la prophylaxie défensive (qualification, biosécurité, dépistages périodiques, inspection abattoir) et des mesures offensives ciblées (limitations, assainissement, enquêtes épidémiologiques).
Réglementation sanitaire
- La France est officiellement indemne de tuberculose bovine depuis 2000.
- Décret de 1963 : bases de la lutte. Rendre obligatoire en 1965.
- Actuellement, la tuberculose ( M. bovis , M. tuberculosis , M. caprae ) est une maladie de catégorie B, D et E chez les bovins.
- AM du 15 septembre 2003 (modifié) : définit les mesures techniques et administratives.
Principes de lutte
- Protection des effectifs animaux et qualification officielle.
- Collecte de données épidémiologiques.
- Assainissement des effectifs infectés.
- Mesures restrictives à la circulation des animaux.
- Réseau national de diagnostic.
Organisation de la prophylaxie
-
Recherche des animaux tuberculeux
:
- Obligatoire sur tout le territoire.
- Fondée sur le diagnostic clinique ou allergique (IDS ou IDC).
- Interdiction de vaccination ou traitements interférant avec l'allergie. Délai minimum de 6 semaines entre tuberculinations.
- Le rythme de contrôle peut être allégé (biennal, triennal, quadriennal) selon la prévalence départementale.
- L'Interféron gamma (IFN) est autorisé dans certaines circonstances (dépistage, recherche d'animaux suspects, recontrôle de suspicions faibles).
- La recherche post-mortem est basée sur les lésions suspectes à l'abattoir.
-
Définitions sanitaires
:
- Animal indemne : appartient à un troupeau officiellement indemne.
- Animal suspect : lésions évocatrices, résultat positif PCR, réactions tuberculiniques non négatives.
- Animal infecté : signes cliniques et IDT positive, identification de M. bovis , IDC positive et lésions histologiques, PCR positive et lésions histologiques.
- Animal contaminé : appartient à un troupeau infecté mais ne répond pas aux critères d'animal infecté.
- Élevage indemne : absence de signes cliniques, deux IDT négatives, bovins introduits conformes, autres espèces distinctes.
- Ateliers d'engraissement : dérogations aux contrôles tuberculiniques sous certaines conditions.
Dispositions applicables en cas de suspicion ou de confirmation
-
Définitions
:
- Troupeau susceptible : lien épidémiologique à risque avec un animal infecté.
- Troupeau suspect : un boviné suspect est détenu ou en provient.
- Troupeau infecté : un boviné infecté est détenu ou en provient.
- Toute lésion évocatrice doit être déclarée.
-
Mesures applicables aux troupeaux suspects
:
- Placés sous Arrêté Préfectoral de Mise Sous Surveillance (APMS) . Qualification suspendue.
- Investigation épidémiologique et analytique.
- Mesures de gestion du lait (traitement thermique si non mûri 60 jours).
- Si suspicion non infirmée, abattage diagnostique d'animaux suspects.
- Possibilité de procédure accélérée (abattage et examens post-mortem ) ou conservatoire (IFN, puis IDC).
-
Mesures applicables aux troupeaux susceptibles
:
- APMS avec suivi épidémiologique.
- IDC et IFN gamma peuvent être imposés.
-
Mesures applicables aux troupeaux infectés
:
- Placés sous Arrêté Préfectoral portant Déclaration d'Infection (APDI) .
- Recensement, isolement des animaux, investigations.
- Abattage de tous les bovins infectés (30 jours).
- Interdiction d'entrée/sortie d'animaux.
- Enquête épidémiologique approfondie.
- Gestion du lait : interdiction de vente de lait cru, traitement thermique.
- Nettoyage, désinfection et période de vide sanitaire.
- L'abattage total est obligatoire depuis 1999 (sauf dérogations pour abattage partiel).
Conduite pratique à tenir par le vétérinaire sanitaire
- Dépistage tuberculinique non négatif : Déclaration obligatoire à la DD(CS)PP, transmission d'infos épidémiologiques, interdiction de mouvements, interdiction de vente de lait cru.
- Abattage diagnostique : Identification de lésions, élimination des animaux à risque. Marquage des animaux pour l'abattoir, laissez-passer sanitaire.
- Constat de lésion évocatrice : Prélèvements obligatoires pour analyses histologiques et bactériologiques.
- Contrôle sanitaire avant introduction : Vérification des documents, tuberculination (sauf dérogation), signalement des anomalies.
- Foyer de tuberculose : Réalisation des tests, laissez-passer, vérification de l'application des mesures, participation à l'enquête épidémiologique, conseil et soutien à l'éleveur.
Bilan : La lutte actuelle se concentre sur la protection des élevages indemnes et l'épidémiosurveillance. Le vétérinaire sanitaire a un rôle crucial de prestataire et de représentant de l'État.
Tuberculose aviaire
Rappel étiologique
- Due à M. avium (sérotypes 1, 2, 3), plus rarement M. tuberculosis , M. bovis .
Épidémiologie
-
Descriptive
:
- Fréquente en élevages fermiers (poules, dindons, pigeons).
- Commune chez les oiseaux sauvages (pigeons ramiers, corbeaux).
-
Analytique
:
- Sources de contagion : oiseaux sauvages, volailles domestiques, Homme (pour M. tuberculosis ), et réservoir hydrotellurique ( M. avium résiste dans le sol).
- Matières virulentes : fientes (ulcérations intestinales), appareil respiratoire.
- Transmission : généralement indirecte par ingestion d'eau/aliments souillés ou inhalation.
-
Synthétique
:
- Cycle épidémiologique complexe (oiseaux infectés, environnement).
- Maladie enzootique en élevage fermier (oiseaux > 6 mois). Rôle des oiseaux sauvages dans la contamination.
Signes cliniques
- Forme chronique, incubation longue, chez les animaux âgés (> 1 an).
- Moindre activité, arrêt de ponte, boiteries, pâleur des crêtes, amaigrissement, diarrhée.
- Lésions cutanées, muqueuses ou ostéo-articulaires possibles.
Lésions
- Organes lésés : tube digestif (lésions primaires), foie et rate (95 %), intestin et péritoine (35 %), ovaires, oviductes, os, articulations. Poumons rarement chez les galliformes, plus fréquents chez les palmipèdes.
- Caractéristiques : nodulaires, caséification très précoce, calcification rare, cachexie.
Diagnostic
-
Clinique et nécropsique
:
- Clinique : difficile sur les oiseaux vivants, exige un sacrifice pour confirmation post-mortem .
- Nécropsique : facile sur cadavre (lésions hépatiques et spléniques, cachexie).
- Diagnostic différentiel : leucose lymphoïde, pseudo-tuberculose, aspergillose.
-
Expérimental
:
- Bactériologique : coloration (bacilles AAR en amas), isolement sur milieu spécifique (Lowenstein-Jensen), PCR pour identification des sous-espèces ou génotypage.
- Allergique (tuberculination) : injection intradermique au barbillon de tuberculine aviaire, lecture à 48h (augmentation de volume du barbillon). Plus utile pour diagnostic de groupe.
- Sérologique : agglutination sur sang total ou ELISA.
Prophylaxie et conduite à tenir dans un foyer
- Prévention : protection des oiseaux domestiques des contacts sauvages, hygiène.
- Foyer : élimination totale de l'effectif, désinfection, labour des parcours, pas de réintroduction avant 6 mois.
Réglementation sanitaire
- Ne fait l'objet d' aucune réglementation spécifique .
Tuberculose porcine
- Souvent due au complexe MAC ( M. avium ssp avium et hominissuis ).
- Infections à M. bovis ou M. tuberculosis rares en France, mais possibles en semi-liberté.
Importance
- Économique (saisies à l'abattoir).
- Épidémiologique (rôle du porc dans le cycle de M. avium ).
- Hygiénique (transmission à l'Homme).
Épidémiologie
- Descriptive : Pas de statistiques récentes en France (sauf foyers en Corse). Présente dans d'autres pays européens (Slovénie, Rép. Tchèque, Croatie, Italie, Espagne).
-
Analytique
:
- Sources : réservoir aviaire/hydrotellurique ( M. avium ), réservoir bovin/petits ruminants ( M. bovis ), porcs infectés.
- Modes : indirecte par alimentation (souillée, déchets d'abattoirs, lait contaminé) ou aérogène (rare).
- Réceptivité : peu de données fiables, mais infections et formes évolutives comparables.
-
Synthétique
:
- Généralement enzootique (surtout en élevage fermier).
- Contacts avec volailles importantes pour M. avium .
- Élevages extensifs à risque (contacts avec faune sauvage).
Signes cliniques
- Difficile à caractériser in vivo (apparaît tardivement).
- Baisse d'appétit/vigueur, amaigrissement, troubles digestifs, toux.
- Scrofulose : adénopathies de la tête et du cou (ganglions hypertrophiés, durs, pouvant fistuliser).
Lésions
- Organes lésés : nœuds lymphatiques rétropharyngiens et mésentériques (> 70 %), foie, rate, péritoine, poumons (secondaire), os.
- Caractéristiques générales : nodulaires, caséification marquée, calcification rapide, sclérose précoce.
Diagnostic
-
Clinique et nécropsique
:
- Clinique : exceptionnel.
- Nécropsique : habituel (adénites isolées, lésions parenchymateuses nodulaires et ganglionnaires).
- Diagnostic différentiel : adénites pseudo-tuberculeuses, adénites purulentes, pneumonies, abcès.
-
Expérimental
:
- Bactériologique et histopathologique : Sur lésions d'abattoir. Importance de l'identification de la souche.
- Allergique (tuberculination) : IDC recommandée (injection à la base de l'oreille). Réaction positive : épaississement cutané.
- Sérologique : tests prometteurs (ELISA, DPP) mais non utilisés en routine.
Prophylaxie
- Défensive : contrôle des reproducteurs, séparation des espèces (volailles), hygiène alimentaire.
- Offensive : en cas de détection à l'abattoir (sur reproducteurs) : recherche de l'importance de l'infection (tuberculination), élimination des animaux, désinfection.
Réglementation sanitaire
- La tuberculose porcine ( M. bovis , M. tuberculosis , M. caprae ) est une maladie de catégorie D et E.
- Pas de textes d'application spécifiques, donc pas de mesures de prophylaxie et de police sanitaire définies.
Tuberculose du mouton et de la chèvre
- Due à M. bovis en France, rarement M. avium , M. tuberculosis ou M. caprae .
Épidémiologie
- Très rare chez les petits ruminants en France, mais fréquente chez la chèvre dans d'autres pays (Soudan, Espagne).
- La chèvre peut jouer un rôle de réservoir et contaminer les bovins.
- Cas sporadiques chez le mouton.
Signes cliniques et lésions
- Similaires à la tuberculose bovine.
- Majorité des infections inapparentes cliniquement .
- Si signes : lésions pulmonaires prédominantes, associées ou non à plèvre, foie, péritoine.
- Perte de poids chez le mouton même avec lésions avancées.
Diagnostic
-
À l'abattoir
:
- Diagnostic différentiel avec : pseudo-tubercules parasitaires, lymphadénite caséeuse ( Corynebacterium pseudotuberculosis ), pyobacillose ( Arcanobacterium pyogenes ).
-
Expérimental
:
- Bactériologique ou histopathologique.
- Sérologique (ELISA) pour stades avancés.
- Allergique : performances mal connues, techniques non standardisées. IDS (sensibilité 81,6 %, spécificité 99,6 % chez les ovins). Finesse de la peau rend la tuberculination difficile.
Prophylaxie sanitaire
- Défensive : séparation des espèces (bovins tuberculeux).
- Offensive : en cas de diagnostic à l'abattoir : enquête épidémiologique, assainissement (élimination des positifs ou abattage total), désinfection.
Réglementation sanitaire
- Ovins : Tuberculose ovine ( M. bovis , M. tuberculosis , M. caprae ) classée en catégorie D et E (surveillance et certification). Déclaration obligatoire des lésions évocatrices à l'abattoir.
- Caprins : Tuberculose caprine ( M. bovis , M. tuberculosis , M. caprae ) classée en catégorie D et E. Les mesures de lutte sont similaires à celles des bovins. Obligation de obtenir/maintenir la qualification officielle. (AM 15-09-03, art. 35-36). La tuberculination n'est plus obligatoire depuis 2014.
Tuberculose des équidés
- Due à M. bovis , M. tuberculosis ou M. avium .
Épidémiologie
- Très résistants, la tuberculose est exceptionnelle .
- Contamination principalement par voie digestive .
- M. avium est plus souvent responsable que M. bovis en Europe.
Signes cliniques et lésions
- Expressions variées et non caractéristiques : léthargie, perte d'appétit, cachexie, fièvre intermittente, polyurie.
- Aggravation progressive, mort en 2 à 4 mois.
- Localisations : abdominale (troubles digestifs discrets), pulmonaire (broncho-pneumonie chronique), osseuse.
- Organes principalement lésés : rate, foie, nœuds lymphatiques mésentériques, poumons, plèvre.
- Lésions nodulaires (aspect sarcomateux), caséification discrète, calcification rare.
Diagnostic
-
Clinique et nécropsique
:
- Clinique : extrêmement difficile (nombreuses maladies similaires).
- Nécropsique : basé sur la recherche de lésions spécifiques, mais diagnostic différentiel délicat avec pseudo-tubercules.
-
Expérimental
:
- Bactériologique et histopathologique : sur lésions d'abattoir. La PCR peut être utile.
-
Allergique
: Résultats peu fiables.
- Sous-cutanée : injection de tuberculine bovine (50 000 UI), suivi de température.
- Intradermique (IDS ou IDC) : sur paupière inférieure ou encolure. Réponse positive si réaction inflammatoire nette. Risques de réactions positives par excès (chevaux eczémateux).
Prophylaxie sanitaire
- Défensive : séparation des espèces (bovins), hygiène alimentaire.
- Offensive : élimination des équidés tuberculeux, désinfection, enquête épidémiologique.
Législation
- La tuberculose des équidés ( M. bovis , M. tuberculosis , M. caprae ) est classée en catégorie E (surveillance et déclaration).
- Déclaration obligatoire de lésions évocatrices à l'abattoir.
Tuberculose des carnivores domestiques
Importance
- Hygiénique : risque de transmission à l'Homme (promiscuité avec animaux familiers), bien que rare dans les pays développés. Les carnivores peuvent aussi révéler une infection humaine non diagnostiquée.
Rappel étiologique
- Principalement due à M. microti , M. bovis ou M. tuberculosis . Exceptionnellement M. avium .
- Chats plus réceptifs à M. bovis que les chiens.
Épidémiologie
- Descriptive : Fréquence a diminué avec les tuberculoses humaines et bovines. Actuellement, cas sporadiques, souvent liés à M. microti .
-
Analytique
:
- Historiquement : chiens (voie respiratoire, M. tuberculosis ), chats (voie digestive, M. bovis ).
- Actuellement : M. tuberculosis anecdotique. Cas chez le chat souvent liés à M. microti (contacts avec rongeurs sauvages).
-
Synthétique
:
- Moins dépendante des tuberculoses humaine et bovine.
- Majoritairement sporadique chez le chat, due à M. microti (exposition à la faune sauvage).
Conséquences : Les vétérinaires doivent diagnostiquer la tuberculose chez les carnivores, car M. microti a un potentiel zoonotique.
Signes cliniques
- Variés et liés au mode de contamination. Fréquemment asymptomatiques .
- Tuberculose cutanée : formes les plus fréquentes (surtout chez le chat). Nodules fermes (abcès froids) sur sites de blessures (tête, membres, queue), ulcérations, fistules. Adénopathies locales ou généralisées.
- Tuberculose digestive : formes historiques ( M. bovis ) dues à ingestion de produits contaminés. Perte de poids, troubles digestifs, anémie, NF mésentériques hypertrophiés.
- Tuberculose thoracique : historiquement chez le chien. Broncho-pneumonie, nodules pulmonaires, adénopathies trachéobronchiques. Dyspnée, toux.
- Tuberculose généralisée : phase terminale, signes généraux en plus des spécifiques d'organes (asthénie, faiblesse, amaigrissement).
Lésions
- Macroscopiques : cachexie fréquente. Granulomes multifocaux, gris/blanchâtres à jaunes. Poumons et NL thoraciques (chien), NL mésentériques et iléo-cæcaux (chat) sont les sites primaires.
- Microscopiques : Granulomes de type épithélioïde et plasmocytaire. Capsule fibreuse possible. M. microti : bacilles intracellulaires. M. tuberculosis : bacilles extracellulaires.
- Particularités : caséum blanchâtre (moins compact que chez les autres espèces), calcification rare, fibrose importante. Adénopathies satellites constantes. Lésions riches en bacilles dangereuses pour l'Homme. Faible formation de cellules géantes.
Diagnostic
-
Clinique et nécropsique
:
- Anamnestique et clinique : Difficile car signes non spécifiques. Plus fréquent chez les chats adultes ayant accès à l'extérieur (chasse aux rongeurs).
- Nécropsique : suspicion devant un tableau d'exsudats ou lésions parenchymateuses nodulaires avec réactions ganglionnaires. Diagnostic différentiel large.
-
Expérimental
:
- Bactériologique : le seul diagnostic de certitude (culture très lente, PCR).
- Histopathologique : rapide, bonne spécificité mais ne détermine pas l'espèce.
- Cytologique : sur liquides/lésions, augmentation des lymphocytes est un indice.
- Sérologique : techniques peu fiables et peu utilisées.
-
Allergique
:
- Dosage de l'IFN gamma ( in vitro ) : utile chez le chat ( M. bovis , M. tuberculosis , M. microti ), pas pour M. avium .
- Tuberculination : difficile et peu fiable (injection de PPD par voie intradermique ou sous-cutanée).
Bilan : Diagnostic difficile chez les carnivores. Le bactériologique reste le plus fiable. Le test IFN gamma est pertinent chez le chat.
Réglementation sanitaire
- La tuberculose des carnivores ( M. bovis , M. tuberculosis , M. caprae ) est une maladie de catégorie E (surveillance et déclaration).
- Pas de mesures réglementaires coercitives, le vétérinaire praticien doit informer le propriétaire des risques (zoonose) et conseiller l'euthanasie.
- Déclaration du cas à la DD(CS)PP, enquête épidémiologique, orientation des personnes vers le corps médical.
- Les infections à M. microti ne sont pas à déclaration obligatoire mais les mêmes mesures sont conseillées.
Tuberculose des autres espèces animales
- Rapportée chez plus de 70 espèces de mammifères sauvages et captifs.
- Maladie de catégorie B, D et/ou E selon l'espèce.
- Toute détection nécessite de référer à la DD(CS)PP.
Primates
- Rappel étiologique : sensibles à M. tuberculosis , M. africanum , M. bovis , M. avium .
- Importance : hygiénique (risque de transmission à l'Homme).
- Épidémiologie : Rôle du réservoir humain (surtout pour M. tuberculosis ). Contamination respiratoire. Sensibilité varie selon l'espèce.
- Signes cliniques : Discrets, évolution rapide. Indifférence, faible vigueur, légères dyspnée et troubles digestifs.
- Lésions : Pulmonaires et digestives fréquentes et à une même fréquence. Lésions caséocalcaires diffuses, destruction des organes, masse gélatineuse à l'intestin.
-
Diagnostic
:
- Clinique : difficile.
- Expérimental : tuberculination intradermique (paupière, abdomen), dosage de l'IFN gamma (Primagam ND ), sérologie.
-
Prophylaxie
:
- Médicale : chimioprophylaxie (isoniazide, abandonnée), vaccination BCG (efficace mais incompatible avec tuberculination).
- Sanitaire : quarantaine, contrôle tuberculinique régulier, hygiène, élimination précoce des animaux infectés.
Herbivores en captivité
- Évolution similaire aux ruminants domestiques.
- Éléphants : peuvent être contaminés par l'Homme ( M. tuberculosis ).
- Méthodes de diagnostic : tuberculination (pli sous-caudal), dosage d'IFN, tests sérologiques.
- Cervidés : l'IDC est la règle en milieu indemne.
Réglementation
- Bovinés : même réglementation que les bovins.
- Autres espèces : déclaration obligatoire des lésions évocatrices.
Carnivores en captivité
- Évolution et localisations comparables aux carnivores domestiques. Fréquence des localisations digestives (alimentation contaminée).
- Exemple : contamination de félins, d'une otarie et d'un soigneur au zoo de Mulhouse.
- Dépistage : IDC, sérologie, dosage de l'IFN (blaireau).
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