Théories de l'attribution causale
40 cartesCe condensé explore les principales théories d'attribution en psychologie sociale, de Heider à Kelley, en passant par les modèles de Jones‑Davis et les études expérimentales, ainsi que le locus of control et les schémas causaux, illustrant comment les individus expliquent les comportements et événements.
40 cartes
Selon Jones et Davis, qu'appelle-t-on les effets non communs (ou effets discriminants) dans le paradigme action-attribution ?
Effets propres à un acte et distincts des effets communs à d'autres actes possibles, permettant d'inférer une intention spécifique chez l'acteur.
Selon l'expérience de McArthur (1972), à quelles conditions attribue-t-on un comportement à la personne ?
Lorsque le consensus est faible, la distinctivité est faible et la consistance est forte.
Quel est le principe de co-variation proposé par Kelley pour expliquer les attributions ?
L'effet est attribué à la cause plausible avec laquelle il co-varie : présente quand l'effet est présent, absente quand l'effet est absent.
Qu'est-ce que la distinctivité du stimulus dans le modèle de Kelley ?
Le comportement de l'acteur varie-t-il en fonction du stimulus ? Distinctivité élevée = le comportement ne se produit qu'avec ce stimulus précis ; faible = il se produit avec plusieurs stimuli.
Que mesure le consensus entre les pairs dans l'analyse de co-variation de Kelley ?
Degré auquel d'autres personnes réagissent de la même façon face au même stimulus (élevé si tous réagissent pareil, faible si l'acteur est le seul).
Expliquez le schème des multiples causes nécessaires dans les schémas causaux de Kelley.
Schème selon lequel un événement rare est produit par l'intervention de plusieurs causes, aucune n'étant suffisante seule : toutes doivent être présentes simultanément pour que l'effet se produise.
Qu'est-ce qu'un schéma causal selon Kelley ?
Un « raisonnement court » issu de l'expérience passée, utilisé quand le temps ou l'information manquent pour une analyse complète (p. ex. schème des causes multiples).
Qu'indique une faible consistance dans l'interprétation du modèle de Kelley (McArthur, 1972) ?
L'effet est attribué aux circonstances particulières plutôt qu'à la personne ou au stimulus.
Pour Jones et Davis, quelles sont les deux conditions nécessaires pour qu'un observateur attribue les effets d'un acte à l'acteur ?
- Les effets doivent être voulus par l'acteur (conscience des effets). 2) L'acteur doit être capable d'agir pour provoquer ces effets.
Dans le modèle de Kelley (1967), que distingue-t-on entre attribution interne et attribution externe ?
L'attribution interne renvoie aux dispositions de l'acteur ; l'attribution externe renvoie à l'environnement ou à la situation dans laquelle il agit.
Comment définit-on la consistance du comportement dans le modèle covariatif de Kelley ?
Degré auquel le comportement d'un acteur envers un stimulus se répète dans le temps et dans les situations (élevée s'il agit toujours de même, faible sinon).
Pourquoi l'attribution causale est-elle un domaine majeur d'étude en psychologie sociale ?
Parce que les explications que nous donnons des événements et comportements ont un impact direct sur nos attitudes, nos comportements et nos jugements sociaux.
Définissez le principe d'augmentation proposé par Kelley pour les attributions causales.
Un comportement contre-indiqué dans une situation donnée conduit à attribuer l'action aux dispositions internes (traits de caractère) de l'acteur.
Quel est le principe d'économie dans le processus attributionnel selon Kelley ?
L'individu réduit sa recherche de causes en s'en tenant surtout à la distinctivité et/ou à la consistance, négligeant le consensus, pour des attributions rapides mais rustiques.
En quoi consiste le principe d'élimination dans l'analyse causale de Kelley ?
Lorsqu'un effet a plusieurs causes possibles, le sujet élimine toutes les autres si une cause trouve un appui suffisant et plausible.
Selon Heider, qu'est-ce qu'une cognition ?
Une connaissance, opinion ou croyance concernant le milieu, soi-même ou son propre comportement (Festinger, 1957).
Dans l'étude de Storms et Nisbett (1970), pourquoi les insomniaques ayant reçu une pilule « excitante » se sont-ils endormis plus tôt ?
Ils attribuaient leur état d'excitation à la pilule plutôt qu'à leur anxiété, ce qui réduisait leur stress et facilitait l'endormissement.
Qu'est-ce qu'une triade équilibrée dans la théorie d'équilibre cognitif de Heider ?
Triade où le produit des signes des relations est positif (p. ex. : « les amis de mes amis sont mes amis »).
Pourquoi les théoriciens de l'attribution considèrent-ils l'humain comme un « scientifique spontané » ?
Parce que l'homme de la rue possède une psychologie naïve qui lui permet d'inférer les causes des événements, comme le ferait un scientifique.
Quel est le postulat central du modèle de Jones et Davis (1965) concernant le lien entre conduite et personnalité ?
L'observateur part de l'idée que si autrui émet une conduite, c'est parce qu'elle est directement liée à sa personnalité (déterminisme personnalique).
Qu'est-ce que l'attribution causale selon la définition proposée en introduction ?
Aller au-delà de l'observable pour lui donner sens, en inférant une cause à partir d'un comportement ou d'un événement.
Comment l'analyse factorielle implicite selon Heider distingue-t-elle les forces personnelles des forces environnementales ?
Elle distingue les forces personnelles (motivation, habileté, intention, effort) des forces environnementales (difficulté de la tâche). L'action résulte de l'interaction de ces deux types de facteurs.
Quels sont les trois postulats fondamentaux partagés par les théories de Heider, Jones-Davis et Kelley ?
- Recherche de sens du monde ; 2) Attribution à des causes environnementales ou personnologiques ; 3) Comportement relativement logique.
Dans l'étude de Storms et Nisbett (1970), quel était l'effet inverse du placebo observé chez les insomniaques ?
Les sujets ayant pris une pilule présentée comme excitante s'endormaient plus tôt que ceux ayant pris une pilule présentée comme calmante.
Comment un déséquilibre cognitif incite-t-il l'individu à modifier son interprétation selon Heider ?
Il cherche à restaurer l'équilibre en modifiant son environnement ou en changeant ses croyances et opinions.
Selon Heider, quel rôle l'intention joue-t-elle dans l'attribution de responsabilité ?
Elle est le facteur primordial pour attribuer une causalité personnelle et tenir l'acteur responsable de son acte.
Pourquoi la liberté de choix est-elle une condition essentielle dans le modèle de Jones et Davis ?
Sans choix multiples, l'observateur ne peut pas distinguer si l'acte reflète une disposition personnelle ou une contrainte situationnelle. La liberté rend l'acte informatif sur la personne.
Pourquoi les individus recourent-ils à des schémas causaux plutôt que d'analyser systématiquement la co-variation ?
Par économie cognitive : face à un manque de temps ou d'information, ils utilisent des schémas causaux (raisonnements courts fondés sur l'expérience passée) — schème des causes nécessaires (événement rare) ou suffisantes (événement fréquent).
Quels sont les trois facteurs variant ensemble dans l'analyse covariative de Kelley ?
- La personne (variation selon les acteurs), 2. Le stimulus (variation selon les cibles), 3. Les circonstances (variation selon les situations). L'effet est attribué à la cause avec laquelle il co-varie.
Qu'est-ce que le paradigme action-attribution de Jones et Davis décode à partir des effets d'une action ?
Il décode les intentions et, au-delà, les dispositions personnelles (traits de caractère) de l'acteur à partir des effets de son action.
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Illustrez avec un exemple comment les effets communs et effets spécifiques révèlent les intentions chez Jones et Davis.
Ex. du Dr X choisissant Yale ou Harvard : les effets communs (prestige, salaire) n'informent pas sur l'intention ; seuls les effets spécifiques (expérimentation vs interdisciplinarité) révèlent la disposition personnelle.
En quoi les biais ou erreurs attributionnelles remettent-ils en question le modèle normatif de Kelley ?
Les biais (ex. négligence du consensus) montrent que le psychologue intuitif traite rarement toute l'information requise, s'écartant de l'idéal normatif de co-variation systématique.
Comment l'attribution causale permet-elle aux individus de prédire et maîtriser leur réalité selon Heider ?
En inférant des relations de causalité entre objets à partir des effets observables, ce qui permet d'organiser le chaos, d'anticiper les événements et d'agir sur l'environnement.
Distinguez l'auto-attribution de l'hétéro-attribution et identifiez leur rôle respectif dans les théories présentées.
L'auto-attribution (sur soi) est centrale chez Kelley et Weiner ; l'hétéro-attribution (sur autrui) est au cœur du modèle de Jones et Davis. Kelley rend compte des deux.
Comment l'analyse scientifique que Kelley prête à l'observateur naïf utilise-t-elle la co-variation ?
L'effet est attribué à la cause plausible avec laquelle il co-varie : si le comportement varie avec la personne (), le stimulus () ou les circonstances ().
Donnez deux exemples où l'attribution causale a des implications concrètes sur les jugements ou comportements.
- L'échec attribué au manque d'effort (instable, contrôlable) motive à étudier plus ; attribué au manque d'habileté (stable, incontrôlable) démotive. 2) Tuer peut être jugé meurtre, légitime défense ou patriotisme selon l'explication causale.
Décrivez le schème des multiples causes nécessaires et identifiez les situations où il s'applique.
Schème où plusieurs causes sont nécessaires mais aucune n'est suffisante seule. Il s'applique aux événements rares ou inattendus.
Selon Kelley, quel type d'attribution (interne ou externe) est privilégié pour accéder aux propriétés stables du monde ?
L'attribution externe, car elle seule permet d'atteindre les propriétés stables de l'environnement.
Comment le principe d'augmentation explique-t-il l'attribution d'un comportement contraire aux indications situationnelles ?
Un comportement contre-indiqué par la situation est attribué aux dispositions internes de l'acteur (trait de caractère), car il a agi malgré les obstacles.
Quel résultat de l'expérience de McArthur (1972) contredit l'idée que l'homme naïf suit exactement le modèle covariatif ?
Les trois facteurs (distinctivité, consistance, consensus) n'ont pas la même importance pour les sujets — le consensus est souvent négligé.
Fiche de révision
Fondements de l'attribution causale
L'attribution causale est un processus fondamental par lequel les individus expliquent les comportements et événements quotidiens. Ce processus consiste à aller au-delà du comportement observable pour en trouver une explication et lui donner sens. Les psychologues sociaux s'intéressent à l'attribution causale car les explications que nous donnons des événements ont un impact direct sur nos attitudes, nos comportements et notre compréhension du monde.
- Attribution causale/atʁibysjɔ̃ kɔzal/nom féminin
Processus par lequel les individus expliquent les comportements et événements en attribuant une cause à ce qui est observable. C'est l'inférence d'une explication à partir d'effets ou de comportements.
- « Après avoir échoué son examen, l'étudiant a donné une attribution causale : il a attribué son échec au manque d'effort plutôt qu'à un manque de capacité. »
Les trois raisons principales expliquent l'intérêt des psychologues sociaux pour l'attribution causale. D'abord, l'attribution influence directement nos attitudes et comportements : selon que nous attribuons un événement à nous-mêmes ou à l'environnement, nous réagissons différemment. Deuxièmement, la manière dont nous expliquons les événements nous renseigne sur la représentation que nous nous faisons du monde. Par exemple, certaines personnes croient que le monde est juste et qu'on obtient ce qu'on mérite, tandis que d'autres pensent que le monde est injuste. Troisièmement, comprendre ces processus explicatifs permet de mieux cerner les stratégies que les individus mettent en place face à diverses situations.
L'étude de Storms et Nisbett (1970) illustre l'importance des processus d'attribution. Auprès d'insomniaques, on a administré un placebo présenté soit comme un excitant, soit comme un calmant. Les résultats montrent que ceux ayant reçu le prétendu excitant se sont endormis plus tôt que ceux ayant reçu le prétendu calmant. Cette différence s'explique par l'attribution : les premiers attribuaient leur agitation au médicament et pouvaient donc s'endormir, tandis que les seconds, ayant pris un calmant sans effet, en venaient à attribuer leur agitation à eux-mêmes, ce qui augmentait leur anxiété et retardait le sommeil.
La théorie naïve de Heider
Heider (1946) a proposé la première théorie de l'attribution causale, fortement influencée par la psychologie de la forme. Il envisage le comportement comme un tout cohérent et non comme une simple succession de réactions indépendantes. Son originalité réside dans sa conception de l'être humain comme un scientifique spontané ou intuitif, possédant une psychologie naïve ou de sens commun. Cette psychologie naïve permet à chaque individu d'inférer les causes des événements auxquels il est confronté et d'élaborer une conception cohérente de son environnement.
- Équilibre cognitif/ekiliːbʁ kɔɡnitif/nom masculin
État psychologique dans lequel les cognitions d'un individu (ses croyances, opinions et connaissances) sont cohérentes et logiquement liées. Selon Heider, l'individu cherche constamment à maintenir ou restaurer cet équilibre.
- « Si Pierre aime Paul, et que Paul aime Jacques, l'équilibre cognitif est perturbé si Jacques n'aime pas Pierre, ce qui pousse l'individu à restaurer la cohérence. »
Heider analyse l'équilibre cognitif au moyen de triades, c'est-à-dire de trois entités reliées par des relations affectives ou causales. Une triade est équilibrée lorsque le produit des signes des relations est positif. Par exemple, si Pierre aime Paul, Paul aime Jacques, et Jacques aime Pierre, la triade est équilibrée (trois relations positives : +1 × +1 × +1 = +1). De même, si Pierre déteste Paul, Paul déteste Jacques, et Jacques aime Pierre, la triade est équilibrée (+1 pour les deux relations négatives et +1 pour la relation positive : -1 × -1 × +1 = +1). En revanche, si Pierre aime Paul, Paul aime Jacques, mais Jacques n'aime pas Pierre, la triade est déséquilibrée. Face à un déséquilibre, l'individu est motivé à restaurer la cohérence soit en modifiant son environnement, soit en changeant ses croyances et opinions.
Pour Heider, l'attribution causale intervient essentiellement lorsqu'il y a une incohérence ou une surprise dans le déroulement des événements. L'individu observe alors les effets d'un comportement et en déduit les causes qui ont dû le produire. Ce processus repose sur deux facteurs majeurs : les forces personnelles (motivation, habileté, intention, effort) et les forces environnementales (difficulté de la tâche). L'action observée résulte de l'interaction entre ces deux ensembles de forces.
Conditions d'attribution de responsabilité
Heider identifie plusieurs conditions selon lesquelles un observateur attribue à un acteur la responsabilité de son acte. L'acteur peut être tenu responsable si l'action peut être associée à lui de manière globale, si l'acteur est une condition nécessaire à la production de l'acte, si l'acteur avait la possibilité de prévoir ou d'empêcher l'action, ou si l'action a été commise intentionnellement. L'intention est le facteur primordial : c'est parce qu'un comportement est intentionnel qu'on en déduit une causalité personnelle. La responsabilité requiert aussi que l'action ne puisse pas être interprétée comme produite entièrement par l'environnement.
Deux exemples concrets illustrent l'impact de l'attribution causale. Penser que vous avez échoué votre examen parce que le sujet était difficile n'a pas les mêmes implications que de penser que vous avez échoué parce que vous n'êtes pas assez intelligent : le premier cas peut vous mener à réessayer l'année suivante, tandis que le second pourrait vous pousser à changer d'orientation. De même, attribuer un accident du travail à un employé implique que celui-ci peut être sanctionné, alors que l'attribuer à un défaut du matériel n'aura pas les mêmes conséquences légales ou organisationnelles.
L'importance du processus attributionnel
Les théories de l'attribution (celle de Heider tout comme celles proposées par la suite par Jones et Davis, ou par Kelley) reposent toutes sur trois postulats fondamentaux. Premièrement, les individus recherchent à donner du sens au monde dans lequel ils vivent. Deuxièmement, dans cette quête de sens, les individus attribuent les actions des gens soit à des causes environnementales liées au contexte, soit à des causes personnelles liées aux caractéristiques, traits de caractère et dispositions internes de la personne. Troisièmement, les individus se comportent de manière relativement logique et cohérente dans ce processus. Ces postulats impliquent que les jugements portés sur une personne dépendent étroitement des explications données à son comportement : un même acte peut être interprété de manière radicalement différente selon l'attribution causale qui lui est assignée.
Modèles théoriques de l'attribution : Jones-Davis et Kelley
Deux modèles théoriques majeurs structurent notre compréhension de la façon dont les individus expliquent les comportements. Le paradigme action-attribution de Jones et Davis (1965) se concentre sur les inférences correspondantes — le processus par lequel un observateur déduit les intentions et dispositions d'un acteur à partir de ses actions. Le modèle de co-variation de Kelley (1967) propose une approche plus systématique, utilisant trois sources d'information pour attribuer la causalité : la distinctivité du stimulus, la consistance du comportement et le consensus entre les pairs.
Le paradigme action-attribution de Jones et Davis
Jones et Davis (1965) posent un postulat central : l'observateur pense que le comportement de l'acteur est causé par un trait de caractère de cet acteur. Pour qu'un observateur puisse accéder aux intentions sous-jacentes d'un acteur, deux conditions doivent être remplies. Premièrement, les effets repérés doivent être voulus par l'acteur — l'observateur doit supposer que l'acteur est conscient des conséquences de son action. Deuxièmement, l'acteur doit être capable d'agir de façon à produire les effets observés. C'est à partir de ces deux conditions que l'observateur en déduit l'intention, et c'est parce que l'action est réalisée intentionnellement qu'on l'attribue à un facteur dispositionnel.
Le modèle repose également sur la notion d'effets non communs (ou effets discriminants). Plusieurs actes différents peuvent avoir des effets communs, mais chaque acte possède aussi des effets spécifiques. L'observateur se base sur ces effets discriminants pour établir une correspondance entre l'action, l'intention de l'acteur et sa disposition personnelle. Par exemple, si un jeune docteur choisit entre Yale et Harvard — deux universités prestigieuses au même salaire et dans le même État — l'effet spécifique du choix devient crucial : Yale met l'accent sur l'expérimentation tandis que Harvard privilégie l'interdisciplinarité. C'est cet effet discriminant qui révèle l'intention réelle du docteur et la disposition qu'il reflète (préférence pour l'expérimentation ou l'interdisciplinarité).
Le modèle de co-variation de Kelley
Kelley (1967) propose une théorie de l'attribution qui rend compte à la fois de l'hétéro-attribution (jugement sur autrui) et de l'auto-attribution (jugement sur soi-même). Il distingue les attributions internes — celles qui ont trait aux dispositions internes de l'acteur — des attributions externes — celles qui ont trait à l'environnement ou à la situation. Kelley se préoccupe avant tout de l'attribution externe, la seule capable de permettre au sujet d'atteindre les propriétés stables de l'environnement. Sa théorie est fondée sur le principe de co-variation : lorsqu'il y a plusieurs sources ou facteurs possibles, l'effet sera attribué au facteur présent lorsque l'effet est présent et absent lorsque l'effet est absent.
L'individu dispose de trois sources d'information pour effectuer une analyse de co-variation : la distinctivité du stimulus, la consistance du comportement et le consensus entre les pairs. La distinctivité du stimulus décrit si le stimulus provoque le comportement de manière unique ou générale — est-ce que seule cette femme suscite ce comportement chez Pierre (distinctivité élevée) ou bien toutes les femmes le suscitent-elles (distinctivité faible) ? La consistance du comportement mesure la stabilité temporelle — Pierre a-t-il toujours tenté de séduire cette femme (consistance élevée) ou cela est-il rare (consistance faible) ? Le consensus entre les pairs indique si d'autres personnes réagissent de la même façon au même stimulus — seul Pierre s'intéresse à cette femme (consensus faible) ou bien d'autres aussi (consensus élevé) ?
Les résultats expérimentaux de McArthur (1972)
McArthur (1972) a testé le modèle de Kelley auprès de 64 étudiants en présentant 16 affirmations décrivant les réactions d'une personne à un stimulus, par exemple « le comédien fait rire Jean ». Chaque affirmation s'accompagnait de trois propositions : l'une portant sur la distinctivité du stimulus (forte ou faible), une autre sur la consistance dans le temps (forte ou faible), et une dernière sur le consensus (fort ou faible). Les sujets devaient indiquer si l'événement était dû à la personne, au stimulus, aux circonstances, ou à une combinaison de facteurs. Les résultats confirment globalement le modèle de Kelley, montrant que les gens utilisent bien ces trois sources d'information pour inférer la causalité.
| Attribution | Consensus | Distinctivité | Consistance |
|---|---|---|---|
| À la personne (interne) | Bas (−) | Bas (−) | Haut (+) |
| Au stimulus (externe) | Haut (+) | Haut (+) | Haut (+) |
| Aux circonstances | Bas (−) | Bas (−) | Bas (−) |
Les résultats révèlent des patterns clairs. Les attributions à la personne sont fortes lorsque le consensus est faible (seul Pierre réagit ainsi), la distinctivité faible (Pierre réagit ainsi avec beaucoup de gens) et la consistance élevée (Pierre réagit toujours ainsi). À l'inverse, les attributions au stimulus sont fortes lorsque le consensus est élevé (beaucoup de gens réagissent ainsi), la distinctivité élevée (seul ce stimulus provoque cette réaction) et la consistance élevée. Lorsque la consistance est faible — c'est-à-dire que le comportement est rare ou inhabituel — les individus attribuent davantage l'événement aux circonstances particulières. Cependant, McArthur a également montré que les trois facteurs n'ont pas tous le même poids dans l'esprit des gens : la consistance joue un rôle prépondérant dans les inférences causalité.
Le modèle de Kelley reconnaît que les individus ne disposent pas toujours de suffisamment de temps ou d'information pour effectuer une analyse causale complète. Dans ces cas, ils recourent à des schémas causaux — des raisonnements raccourcis fondés sur leur expérience passée du monde. Lorsqu'un événement est rare, ils appliquent le schéma des multiples causes nécessaires, supposant que plusieurs facteurs ont dû intervenir. Lorsqu'un événement est courant, ils appliquent le schéma des multiples causes suffisantes, chaque cause possible étant perçue comme capable de produire l'effet. Kelley énonce également d'autres principes : le principe d'élimination (écarter les autres causes si une cause trouve un appui suffisant) et le principe de l'augmentation (un comportement contre-indiqué dans une situation témoigne fortement d'une disposition de l'acteur).
Déclencheurs et dimensions de l'attribution : le modèle de Weiner
Quand la recherche attributionnelle s'amorce
Les individus n'entreprennent pas systématiquement une analyse causale de chaque événement. Selon Weiner, trois facteurs déclenchent spontanément une recherche attributionnelle. L'incertitude, qui naît quand une personne doute et cherche à mieux comprendre la situation, pousse à explorer les causes sous-jacentes. L'inattendu, ou événement surprenant qui rompt la cohérence du déroulement habituel, mobilise une quête de sens : l'individu se demande pourquoi quelque chose d'anormal s'est produit. L'échec est le déclencheur le plus puissant : il est bien plus fréquent d'expliquer un échec qu'une réussite, car l'échec menace le contrôle perçu et la compréhension du monde.
Le modèle de Weiner : quatre facteurs de l'accomplissement
Weiner propose une analyse de l'attribution dans les situations d'échec et de réussite en reprenant quatre concepts clés de Heider. Ces quatre facteurs — capacités, efforts, difficulté de la tâche et chance — structurent la façon dont les individus expliquent les résultats de leurs actions et celles d'autrui. Chacun de ces facteurs joue un rôle distinct dans la formation des attentes futures et des réactions émotionnelles.
- Les capacités/kapasite/nom féminin
Facteur interne et stable représentant le niveau d'aptitude ou d'habileté d'une personne face à une tâche. Plus on perçoit ses capacités comme élevées, plus on s'attend à réussir à nouveau.
- « L'étudiante attribue son succès à ses bonnes capacités en mathématiques. »
Les efforts représentent l'énergie ou le travail investis dans une tâche — un facteur interne mais instable et contrôlable. Contrairement aux capacités, l'effort peut changer d'une fois à l'autre : on peut travailler dur aujourd'hui et peu demain.
- La difficulté de la tâche/dificulte/nom féminin
Facteur externe et stable qui caractérise l'obstacle objectif inhérent à une activité. Une tâche difficile pose une résistance qui ne dépend pas de l'individu mais de sa nature propre.
- « L'étudiante attribue son échec à la difficulté exceptionnelle du sujet d'examen. »
- La chance/ʃɑ̃s/nom féminin
Facteur externe et instable, incontrôlable, qui représente le hasard ou la fortune. La chance peut changer imprévisiblement d'un moment à l'autre.
- « L'étudiant attribue son succès à la chance d'avoir deviné les bonnes réponses. »
Les trois dimensions causales de Weiner
Weiner classe ces quatre facteurs selon trois dimensions qui structurent les conséquences psychologiques de chaque attribution. La première dimension est le lieu de causalité : une attribution est interne quand la cause réside dans la personne (capacités, efforts) ou externe quand elle réside dans l'environnement (difficulté, chance). La deuxième est la stabilité : une cause est stable si elle persiste dans le temps (capacités, difficulté) ou instable si elle varie (efforts, chance). La troisième est la contrôlabilité : une cause est contrôlable si l'individu peut l'influencer (efforts) ou incontrôlable s'il ne peut pas la modifier (capacités, difficulté, chance).
| Facteur | Lieu de causalité | Stabilité | Contrôlabilité |
|---|---|---|---|
| Capacités | Interne | Stable | Incontrôlable |
| Efforts | Interne | Instable | Contrôlable |
| Difficulté de la tâche | Externe | Stable | Incontrôlable |
| Chance | Externe | Instable | Incontrôlable |
Conséquences psychologiques : émotions, attentes et motivation
La stabilité perçue de la cause joue un rôle prépondérant pour les attentes futures. Si on attribue un échec à une cause stable (capacités insuffisantes ou difficulté intrinsèque), on s'attendra à échouer à nouveau dans des tâches similaires. Si au contraire on l'attribue à une cause instable (manque d'effort ou malchance), l'attente d'échec reste faible : le contexte peut changer, et le succès devient possible.
Le lieu de causalité influe fortement sur les émotions liées à l'estime de soi. Une attribution interne (à ses propres capacités ou efforts) suscite des émotions d'orgueil, de fierté ou, en cas d'échec, de honte ou d'incompétence. Une attribution externe (à la difficulté ou à la chance) génère plutôt des émotions de gratitude ou de déception, mais moins d'impact direct sur l'estime personnelle.
Exemple concret : deux scénarios d'échec en examen
Une étudiante échoue un examen de mathématiques (09/20). Si elle attribue son échec au manque d'effort, elle code la cause comme interne, instable et contrôlable. Elle ressent de la honte (émotions négatives liées à l'interne), mais elle s'attend à réussir si elle travaille davantage (instabilité → espoir). Elle sera motivée à étudier plus dur au prochain examen.
Si la même étudiante attribue son échec à un manque d'habileté en mathématiques, elle code la cause comme interne, stable et incontrôlable. Elle ressent une profonde honte et un sentiment d'incompétence. Elle s'attend à échouer à nouveau (stabilité → pessimisme). Ces attentes négatives et émotions douloureuses diminuent sa motivation : elle peut décider d'abandonner le cours ou éviter de réviser, confirmant ainsi l'échec.
Les schémas causaux : raccourcis en situation familière
Dans les situations quotidiennes familières, les individus ne recourent pas systématiquement à une analyse causale complète. Ils s'appuient sur des scénarios et des scripts — des séquences d'événements cohérents et attendus — pour interpréter la réalité sans effort cognitif coûteux. Quand une situation sort de l'ordinaire ou ne correspond pas à ces scripts, c'est alors que la recherche attributionnelle s'enclenche.
Kelley décrit également les schémas causaux comme des heuristiques : le schème des multiples causes nécessaires s'applique aux événements rares (supposant plusieurs causes convergentes), tandis que le schème des multiples causes suffisantes s'applique aux événements courants (chacune des causes pouvant à elle seule suffire). Ces schémas permettent au psychologue intuitif de faire des attributions rapidement, sans évaluer complètement la distinctivité, la consistance et le consensus.
Locus of Control : croyances et contrôle perçu
Le Locus of Control (LOC) est une variable de personnalité mesurant la croyance générale qu'un individu entretient sur la relation entre ses actions et les résultats qu'il obtient. Cette variable centrale en psychologie sociale porte sur la perception du contrôle que chacun exerce — ou croit exercer — sur les événements de sa vie.
Définition et concepts fondamentaux du Locus of Control
- Locus of Control/ˈloʊkəs əv kənˈtroʊl/locution nominale
Variable mesurant le degré de relation causale que les individus établissent entre leurs conduites, leurs caractéristiques personnelles et les renforcements (positifs ou négatifs) qu'ils reçoivent. Elle reflète la croyance générale que les événements de la vie dépendent du comportement personnel ou de facteurs externes incontrôlables.
- « Un étudiant ayant un LOC interne attribue sa réussite à son effort personnel ; un LOC externe l'attribue à la facilité de l'examen ou à la chance. »
Le LOC concerne spécifiquement la perception du lien entre le comportement et le renforcement. Un renforcement, selon Rotter, est tout ce qui augmente la probabilité d'apparition d'un comportement : il peut être positif (récompense, bonne note) ou négatif (sanction, punition). L'absence perçue de lien entre comportement et renforcement empêche l'individu de tirer profit de ses succès ou d'apprendre de ses échecs.
Contrôle interne et contrôle externe
Le LOC se divise en deux orientations opposées. Le contrôle interne correspond au cas où l'individu perçoit une relation causale entre son comportement et le renforcement obtenu — il attribue les résultats à ses efforts, capacités ou traits personnels. Le contrôle externe, inverse, survient quand la relation causale n'est pas perçue : l'individu attribue les renforcements au hasard, à la chance, au destin ou aux agissements d'autrui, des facteurs qui lui semblent incontrôlables.
Prenez l'exemple d'un candidat recalé à un entretien d'embauche. Une personne avec un LOC interne expliquera l'échec par son manque de capacité à se présenter ou par une préparation insuffisante, tandis qu'une personne avec un LOC externe l'attribuera à la conjoncture économique défavorable ou au favoritisme du recruteur. Ces deux interprétations mènent à des comportements futurs très différents : le premier s'efforcera de mieux se préparer, le second pourrait renoncer à chercher un emploi.
L'apprentissage social et les origines du concept
Les théoriciens de l'apprentissage social, notamment Rotter et Lefcourt dans les années 1960, ont observé l'échec de thérapies chez des patients qui n'établissaient aucun lien entre leurs comportements et les résultats qu'ils obtenaient. Un patient refusait d'attribuer ses succès à son propre effort ou ses capacités : il évoquait le hasard ou la bonne volonté des autres. Cette absence de lien perçu entre comportement et renforcement empêchait le patient de tirer profit de ses expériences antérieures, bloquant ainsi le processus d'apprentissage. C'est cette observation qui a conduit Rotter à développer le concept de LOC comme variable explicative des différences individuelles dans la façon d'interpréter les renforcements.
Relation comportement-renforcement et anticipation
Pour Rotter, la simple perception d'une relation entre comportement et renforcement ne suffit pas à prédire le comportement futur. Plusieurs variables interviennent : le type de comportement lui-même, la situation, la nature et la valeur du renforcement pour l'individu, ainsi que ses expériences antérieures et ses anticipations. Le LOC est une variable générale de la personnalité — chaque individu développe une tendance typique à croire que les renforcements sont ou ne sont pas sous son contrôle, et ce dans une diversité de situations et de domaines.
L'anticipation joue un rôle crucial : si un individu ne perçoit pas de lien entre réviser et obtenir une bonne note, il n'y a aucune raison qu'il s'attende à réussir même en étudiant beaucoup la prochaine fois. L'effet d'un renforcement n'est donc pas automatique — il dépend entièrement de la perception ou de la non-perception d'une relation causale entre l'action et son résultat.
L'échelle ROT I-E de Rotter
Rotter a construit l'échelle I-E (Interne-Externe) en 1966 pour mesurer le LOC comme variable dispositions générales. L'échelle se présente sous la forme de choix forcés : chaque item propose deux énoncés opposés du point de vue de la perception du contrôle. Un énoncé reflète une orientation interne (efforts personnels, aptitudes, intentions, traits de caractère), tandis que l'autre reflète une orientation externe (chance, hasard, destin, malchance).
Trois exemples typiques d'items illustrent cette structure : (1) « La plupart des malheurs qui arrivent aux gens sont en partie dus à la malchance » (externe) versus « Les ennuis que les gens ont proviennent des erreurs qu'ils commettent » (interne). (2) « Les gens sont les jouets de forces incompréhensibles et incontrôlables » (externe) versus « En participant activement aux affaires politiques et sociales, les gens peuvent contrôler ce qui se passe » (interne). (3) « À long terme, les gens obtiennent le respect qu'ils méritent » (interne) versus « La valeur d'un individu passe souvent inaperçue, quels que soient ses efforts » (externe). Le score global situe l'individu sur un continuum interne-externe.
L'échelle ROT I-E a soulevé une critique majeure : la structure dichotomique suppose que plus une causalité interne est évoquée, moins une causalité externe peut apparaître. Or, les individus produisent souvent des explications ambiguës qui ne rentrent pas facilement dans cette classification binaire — par exemple « Je n'y peux rien, c'est dans ma nature », qui mêle absence de contrôle personnel (externe) et caractéristique intrinsèque (interne). Malgré cette limite, l'échelle a permis de démontrer que les individus au LOC interne apprécient la réussite dans des situations exigeant l'exercice de leurs aptitudes, tandis que ceux au LOC externe préfèrent les situations où intervient le hasard.
Croyances de contrôle et illusions
Lorsqu'un individu croit fermement en un contrôle interne, cette croyance peut donner naissance à plusieurs illusions. L'illusion de contrôle survient quand une personne surestime sa capacité à maîtriser des événements purement aléatoires. Langer a montré qu'un individu accordait une probabilité de gain plus élevée à un billet de loterie qu'il avait choisi lui-même comparé à un billet tiré au hasard — bien que la probabilité de gagner soit identique. Il refusait même de revendre son billet ou n'acceptait de le faire que pour un prix multiplié par quatre.
L'illusion de justice est une autre manifestation : elle conduit l'individu à penser qu'il vit dans un monde où chacun reçoit exactement ce qu'il mérite. Selon cette illusion, les événements positifs arrivent aux gens vertueux et les malheurs aux gens blâmables. Des recherches de Lerner ont montré que des observateurs jugeaient plus capable un ouvrier arbitrairement récompensé qu'un autre arbitrairement sanctionné — bien que la récompense soit due au hasard, non à la compétence. Cette illusion de justice peut être rassurante : croire que les victimes d'accidents sont responsables de leur sort permet à celui qui observe de penser qu'il peut éviter ce destin en se conduisant différemment.
Besoin de contrôle, illusions et sentiment de contrôle
Le besoin de contrôle est une propension fondamentale chez l'individu à exercer un contrôle effectif sur son environnement. Lorsque confronté à l'aléatoire ou l'incontrôlable, la personne tend à surestimer considérablement ses possibilités de maîtrise, croyant pouvoir contrôler ce qui échappe objectivement à son action.
Besoin de contrôle et contrôle effectif
Il est important de distinguer trois concepts : le besoin de contrôle, le contrôle effectif et le sentiment de contrôle. Une personne peut avoir un fort besoin de contrôle tout en disposant d'un contrôle effectif réel sur son environnement, ou au contraire sans aucun contrôle effectif. Le contrôle effectif permet une meilleure appréhension et compréhension de l'environnement.
Des recherches menées par Rodin (1980), Rodin et Langer (1980), ainsi que Schulz et Hanusa (1980) ont démontré l'importance cruciale du maintien du contrôle chez les personnes âgées, particulièrement en contexte institutionnel comme les maisons de retraite. L'absence de contrôle effectif produit des conséquences graves tant au niveau psychologique que physique.
L'étude de Schulz (1976) menée dans une maison de retraite illustre parfaitement ce phénomène. Des pensionnaires ayant pu négocier et contrôler le rythme et les horaires des visites d'étudiants se sont avérés en meilleure santé et ont consommé moins de médicaments que leurs homologues recevant le même nombre de visites, mais sans possibilité de contrôle sur leur timing.
Cependant, dans la vie quotidienne, le contrôle échappe souvent complètement à l'individu : maladie grave, décès d'un proche, catastrophe naturelle. Face à cette impossibilité de contrôler certains événements majeurs, les conséquences psychologiques et physiques sont sévères : changement d'humeur, augmentation de l'anxiété et de la dépression, chute de la performance, perte de l'estime de soi, augmentation de la sensibilité à la douleur, et tristesse accentuée notamment chez les personnes âgées.
Sentiment de contrôle et illusions de contrôle
Le sentiment de contrôle renvoie à la croyance personnelle en sa propre capacité à maîtriser une situation, indépendamment du contrôle réel. Croire qu'on peut contrôler l'incontrôlable génère plusieurs types d'illusions qui servent une fonction protectrice psychologique en maintenant un sentiment de maîtrise face à l'aléatoire.
- Illusion de contrôle/iˈlyzjɔ̃ də kɔ̃ˈtʁol/nom féminin
Tendance à croire qu'on peut maîtriser le résultat d'une situation purement aléatoire en appliquant des compétences ou efforts personnels, comme si le hasard était soumis à une logique de compétence.
- « Un joueur de dés jette le dé doucement quand il veut peu de points et fortement quand il en veut davantage, croyant contrôler le résultat par sa technique. »
L'illusion de contrôle a été relevée par le sociologue Henslin en 1966 chez les joueurs de dés. Ces derniers se comportaient comme s'ils contrôlaient le résultat du lancer : lancer doux pour peu de points, lancer fort pour plus de points. Ils affirmaient que la qualité du jeu dépendait de l'effort de concentration et que la condition essentielle était d'être sûr de son coup. Ils annonçaient même à voix haute les points qu'ils souhaitaient obtenir.
C'est Langer (1975 ; Langer et Roth, 1975) qui a le mieux illustré cette illusion de contrôle. Dans ses études, les participants qui avaient eux-mêmes choisi leur billet de loterie lui accordaient une probabilité de gain nettement plus élevée que ceux ayant reçu un billet aléatoirement. Plus révélateur encore, les personnes ayant choisi leur billet refusaient de le revendre, et quand elles acceptaient de le faire, elles en demandaient un prix quatre fois supérieur. Or, statistiquement, la probabilité de gagner reste identique peu importe le mode d'attribution du billet.
- Illusion de détermination/iˈlyzjɔ̃ də deˌtɛʁmiˈnasjɔ̃/nom féminin
Tendance à mettre en relation causale des événements qui sont complètement indépendants, en créant des liens de causalité inexistants entre phénomènes non reliés.
- « Associer la taille d'une personne à son statut social, créant ainsi un lien causal illusoire entre deux caractéristiques indépendantes. »
- Illusion de justice/iˈlyzjɔ̃ də ʒysˈtis/nom féminin
Croyance que le monde est juste et que chacun obtient exactement ce qu'il mérite, conduisant à attribuer aux victimes de malheur une responsabilité pour ce qui leur arrive.
- « Penser qu'une personne victime d'un accident grave porte une responsabilité dans ce qui lui est arrivé, ce qui nous rassure en nous persuadant que nous ne risquons pas le même sort. »
L'illusion de justice conduit à penser que nous vivons dans un monde où chacun obtient ce qu'il mérite et ne mérite que ce qu'il obtient. Selon cette logique erronée, les choses positives arrivent aux gens qui font du bien, et les malheurs frappent ceux qui font du mal. Cette illusion implique d'attribuer aux individus la responsabilité de leurs actes, ce qui mène à blâmer et sanctionner ceux à qui arrivent de fâcheuses choses, et à récompenser ceux à qui arrivent de bonnes choses.
Lerner (1965) a montré que des observateurs chargés d'évaluer deux ouvriers, dont l'un était arbitrairement récompensé et l'autre ne l'était pas, jugeaient systématiquement le travailleur récompensé comme plus capable. Dans une autre étude, Lerner et Simmons (1966) ont fait assister des observateurs à une scène où un participant recevait des chocs électriques violents pour des erreurs minimes. Ces observateurs tendaient à juger l'individu comme davantage fautif ou responsable, justifiant ainsi le châtiment par ses défauts personnels.
Walster (1966) explique ce biais en affirmant que reconnaître une catastrophe comme pure malchance implique qu'elle pourrait nous arriver. Pour nous rassurer, nous blâmons la victime, ce qui nous permet de croire que nous sommes d'une nature différente ou que nous aurions agi autrement dans la même situation. Cette illusion de justice est donc profondément liée au besoin psychologique de sécurité et de contrôle face à l'imprévisibilité du monde.
Ces trois illusions—contrôle, détermination et justice—remplissent une fonction protectrice importante. Elles permettent à l'individu de maintenir un sentiment de contrôle et de compréhension face à un environnement intrinsèquement aléatoire et incontrôlable. En croyant qu'on peut contrôler l'incontrôlable, qu'il existe des relations causales entre événements indépendants, et qu'un ordre moral régit le monde, la personne préserve son sentiment de maîtrise et sa stabilité psychologique.
Distinctions entre attribution causale et Locus of Control
L'attribution causale et le Locus of Control sont deux construits psychologiques souvent confondus, bien qu'ils répondent à des questions fondamentalement différentes sur la façon dont les individus expliquent et anticipent les événements. Ce chapitre clarifie les distinctions conceptuelles majeures entre ces deux domaines d'étude majeurs en psychologie sociale.
Attribution causale : jugement a posteriori
L'attribution causale désigne des explications et des jugements portés a posteriori sur des événements spécifiques déjà observés. Lorsque vous remarquez un comportement concret—par exemple, Pierre aide sa femme à monter les courses—vous allez chercher à expliquer ce comportement en le rattachant à des causes. Ces explications peuvent être internes (Pierre est gentil, il a des dispositions altruistes) ou externes (sa femme est malade, l'ascenseur est en panne). Le processus d'attribution constitue une recherche rétrospective des causes d'un événement ou d'un état émotionnel particulier qui a déjà eu lieu.
Locus of Control : anticipation a priori
Le Locus of Control (LOC) concerne plutôt des attentes et des croyances de contrôle formulées a priori, indépendamment d'un renforcement obtenu dans une situation précise. Il s'agit d'une disposition générale de la personnalité par laquelle l'individu anticipe le type de relations causales qui existent entre ses conduites, ses caractéristiques personnelles et les renforcements positifs ou négatifs qu'il recevra. Par exemple, avant de postuler à un emploi, vous avez déjà des anticipations générales : pensez-vous que votre succès ou votre échec dépendra de vos efforts et de votre compétence (contrôle interne) ou du marché de l'emploi, de la chance, du carnet de contacts (contrôle externe) ?
Distinction : lieu de causalité versus perception du lien
Bien que l'attribution causale et le LOC impliquent tous deux une réflexion sur le caractère interne ou externe des causes, ils ne posent pas la même question. L'attribution causale s'intéresse au lieu de causalité : l'observateur cherche à déterminer si les causes d'un comportement ou d'un état émotionnel sont perçues comme internes à l'individu (ses traits, ses intentions) ou externes (la situation, l'environnement). Le LOC, en revanche, s'intéresse à la perception versus non-perception de l'existence d'un lien causal entre un comportement ou une caractéristique personnelle et un renforcement. Autrement dit, l'attribution causale pose la question « d'où vient cette cause ? », tandis que le LOC pose la question « existe-t-il un lien entre ce que je fais et ce qui m'arrive ? ».
Distinction : comportements spécifiés versus classes de renforcements
L'attribution causale porte sur des comportements et des états émotionnels spécifiés et concrets. Vous expliquez pourquoi vous n'avez pas répondu au bonjour de votre voisine, pourquoi vous avez échoué un examen, pourquoi votre collègue s'est mis en colère. Chaque attribution se rapporte à un événement précis et observable. En contraste, le LOC concerne des classes générales de renforcements, indépendantes d'une situation particulière : la classe des succès et des échecs en général, la classe des événements heureux et malheureux qui arrivent dans la vie. Une personne ayant un LOC interne forte s'attend, de manière générale, à ce que les renforcements dépendent de ses actions, quelle que soit la situation spécifique.
Distinction : renforcement versus comportement-état émotionnel
L'attribution causale s'intéresse aux explications de comportements et d'états émotionnels observés. Vous expliquez l'action de Pierre (aider sa femme) ou votre émotion (la tristesse suite à un échec) en la reliant à des causes. Le LOC, en revanche, s'intéresse aux croyances sur le lien entre une conduite ou une caractéristique personnelle de l'acteur et un renforcement—c'est-à-dire ce qui arrive à la suite du comportement. Le renforcement est le résultat, la conséquence (une récompense, une sanction, un succès, un échec). L'attribution causale explique l'action elle-même ; le LOC anticipe le rapport entre l'action et ses conséquences.
Articulation avec la notion de contrôle
Bien que distincts, l'attribution causale et le LOC s'articulent autour de la notion de contrôle. L'attribution causale cherche à comprendre pourquoi un événement s'est produit a posteriori, ce qui permet à l'individu de mieux appréhender son environnement et de prédire les événements futurs. Le LOC, qui comporte une dimension de besoin de contrôle, exprime l'anticipation générale que l'individu maintient quant à son degré de maîtrise sur ce qui lui arrive. Une personne ayant un LOC interne fort développe généralement des attributions causales plus orientées vers les causes internes (ses efforts, ses capacités), tandis qu'une personne ayant un LOC externe fort tend à développer des attributions causales davantage tournées vers les causes externes (la chance, la situation).
Implications pour la psychologie sociale
Ces deux construits jouent des rôles complémentaires en psychologie sociale. L'attribution causale permet de comprendre comment les jugements portés sur des événements spécifiques influencent les attitudes et les comportements envers les personnes impliquées. Par exemple, attribuer un accident du travail à l'imprudence de l'employé (cause interne) plutôt qu'à un défaut d'équipement (cause externe) détermine si l'on sanctionne ou si l'on améliore les conditions de travail. Le LOC, quant à lui, aide à prédire les comportements généraux et la motivation de l'individu face à des classes entières de renforcements. Une personne ayant un LOC interne fort sera généralement plus persévérante face aux défis ; une personne ayant un LOC externe fort pourra développer des sentiments d'impuissance apprise.
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