Synthèse des Thèmes Abordés dans le Document

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La partie 1 traite des informations sur le concours commun des IEP, les épreuves du concours d'entrée en première année et des informations diverses sur le concours. La partie 2 couvre le cours, divisé en thèmes avec des chapitres et des fiches détaillant des sujets spécifiques comme les causes de la crise de 1929, le passage d'une crise américaine à une crise mondiale, et l'émergence d'un chômage de masse. La partie 3 propose méthodologie et conseils pour réussir le concours. La partie 4 présente des sujets corrigés, couvrant des thèmes variés tels que les transformations de l'Europe, la puissance chinoise, la France des années 1960, la IVe République, la politique culturelle en France, l'impact de la crise en Allemagne, les conflits du Proche et Moyen-Orient, la puissance chinoise, la France des années 1960, la IVe République, la politique culturelle en France, l'impact de la crise en Allemagne, les conflits du Proche et Moyen-Orient, la puissance chinoise, les transformations de l'Europe, la France des années 1960, la IVe République, la politique culturelle en France, l'impact de la crise en Allemagne, les conflits du Proche et Moyen-Orient, la puissance chinoise, les transformations de l'Europe, la France des années 1960, la IVe République, la politique culturelle en France, l'impact de la crise en Allemagne, les conflits du Proche et Moyen-Orient, la puissance chinoise, les transformations de l'Europe, la France des années 1960, la IVe République, la politique culturelle en France, l'impact de la crise en Allemagne, les conflits du Proche et Moyen-Orient, la puissance chinoise. Enfin, la partie 5 détaille le thème de l'histoire politique, sociale et culturelle de la France depuis les années 1930, abordant les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale, la nouvelle place de la France dans le monde, un tournant social, politique et culturel en France, ainsi qu'une République qui s'adapte face aux défis sociétaux.

La crise de 1929 a été un événement charnière, révélant les vulnérabilités du système économique mondial et entraînant des bouleversements sociaux et politiques profonds. Ses causes, sa propagation et ses conséquences ont été largement analysées, de même que les réponses politiques qui y ont été apportées. La Grande Dépression a non seulement plongé le monde dans une crise économique sans précédent, mais elle a également favorisé l'émergence de régimes totalitaires et des conflits qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale.

Facteurs Précurseurs de la Crise de 1929

Une Croissance Économique Inégale et la Prospérité Apparente

Les années 1920, surnommées les "roaring twenties" ou "années folles", furent marquées par une croissance économique fulgurante, notamment aux États-Unis et en Europe. Cette période a vu l'adoption du taylorisme et du fordisme, l'émergence de nouvelles industries (automobile, chimie) et le développement de matériaux innovants comme le caoutchouc et l'aluminium.

  • Croissance intensive: Gains de productivité moyens de 30% dans les pays développés.
  • Expansion sectorielle: Développement des services en accompagnement de la croissance industrielle.
  • Système monétaire international: La conférence de Gênes en 1922 établit le Gold Exchange Standard autour des monnaies fortes (dollar, livre sterling, franc).

Signes Avant-Coureurs et Déséquilibres Profonds

Malgré l'optimisme ambiant, des signes inquiétants signalent la fragilité du système:

  • Récessions légères: États-Unis connaissent des ralentissements économiques en 1924 et 1926-1927, souvent ignorés ou perçus comme des épisodes temporaires.
  • Déséquilibres structurels:
    • Croissance inégale entre secteurs modernes et traditionnels.
    • Déséquilibre commercial international en faveur des États-Unis, exacerbé par des taux protectionnistes (38% ad valorem).
    • Stagnation des salaires réels, compensée par un recours massif au crédit à la consommation (85% des meubles, 75% des machines à laver achetés à crédit).
    • Spéculation boursière: Une part croissante des bénéfices des entreprises est réinvestie en bourse, plutôt que dans la production, alimentant une bulle spéculative.
  • Politique monétaire laxiste: La baisse du taux d'escompte de la Fed en août 1927 encourage l'emprunt à faible coût pour spéculer en bourse.

Le Krach de Wall Street

L'éclatement de la bulle spéculative conduit au krach de 1929:

  • 24 octobre 1929: "Jeudi noir": Près de 13 millions de titres échangés, plongeant les cours boursiers. Les grandes banques interviennent mais sans succès durable.
  • 29 octobre 1929: Nouveau plongeon avec 16 millions de titres échangés. L'effondrement est aggravé par les call loans qui forcent les débiteurs à vendre leurs actions pour couvrir leurs pertes.
  • Mythes autour du krach: Contrairement à la légende, il n'y a pas eu de vague massive de suicides. Mais les images de courtiers défaits marquent l'imaginaire collectif.

Propagation de la Crise et la Grande Dépression

La crise de 1929 ne reste pas circonscrite aux États-Unis mais se mondialise, devenant la Grande Dépression (1929-1939).

Caractéristiques Communes de la Crise Mondiale

  • Contraction de la production: 40% de baisse de la production industrielle mondiale en trois ans.
  • Déflation: Baisse généralisée des prix (20% aux États-Unis, 12% en France), affectant particulièrement les produits agricoles et les matières premières.
  • Chômage de masse: Atteignant 15-20% de la population active dans de nombreux pays (environ 30 millions de chômeurs mondiaux).

Déséquilibres Bancaires et Monétaires

  • Fragilisation du SMI: La question des réparations allemandes (Plan Dawes 1924, Plan Young 1929) affaiblit le système.
  • Fuite des capitaux: Les banques américaines réduisent leurs prêts aux Européens dès 1928, puis rapatriement de capitaux après le krach.
  • Faillites bancaires: En 1931, les faillites de la Kreditanstalt (Autriche) et de la Danatbank (Allemagne) déclenchent une crise financière internationale, mettant fin à l'étalon-change-or.
  • Dévaluation: La livre sterling est dévaluée en septembre 1931, le dollar cesse d'être convertible en avril 1932. La France (bloc-or) dévalue le franc en octobre 1936.

Contraction du Commerce International

  • Spirale contractionniste: Baisse de près de 70% en valeur des échanges mondiaux entre 1929 et 1933.
  • Protectionnisme:
    • Loi Hawley-Smoot Tariff (USA, 1930) taxant lourdement les importations.
    • Abnormal Importation Act (Royaume-Uni, 1931) instaurant des droits de douane jusqu'à 100%.
    • Repli sur les empires coloniaux: Accords d'Ottawa (1932) instituant la préférence impériale britannique; la France redéploie ses échanges vers son empire.
  • Autarcie: Recherche d'autosuffisance économique (Italie de Mussolini, Allemagne nazie).

L'Impact Social de la Crise

Chômage de Masse et Précarité

Le chômage devient un phénomène de masse sans précédent, avec des chiffres souvent partiels et sous-évalués, mais dont l'impact est dévastateur.

  • Chiffres inédits: 11 à 12 millions de chômeurs aux États-Unis en mars 1933.
  • Disparités: Les régions industrielles sont les plus touchées. Les salaires chutent, le chômage partiel se généralise.
  • Conditions de vie: Forte dégradation, privant les populations de biens essentiels. Déplacement de populations ("Dust Bowl" aux USA).
  • Souffrance morale: Perte d'espoir, isolement social, augmentation des suicides.
  • Mobilisation sociale: Les "marches de la faim" (Royaume-Uni, 1932; Dearborn, USA, 1932).

L'Exemple de la France

La France est touchée plus tardivement (1931).

  • Échec des réponses classiques: Politiques déflationnistes, droits de douane, lutte contre la surproduction agricole.
  • Décrets-lois: Utilisés par Pierre Laval en 1935 pour réduire les dépenses de l'État et lutter contre le chômage, aggravant la situation.
  • L'Expérience du Front Populaire (1936-1938):
    • Victoire électorale: Alliance des communistes, socialistes et radicaux (Front Populaire) en 1936.
    • Accords Matignon (7 juin 1936): Augmentations de salaires, droit syndical, conventions collectives.
    • Lois sociales: Quinze jours de congés payés, semaine de 40 heures.
    • Difficultés économiques: Fuite des capitaux, relance de l'inflation, inefficacité de la dévaluation du franc.
    • Bilan en demi-teinte: Échec économique mais esprit de renouveau et intégration des ouvriers dans la République.

Fragilisation de la République de Weimar

  • République sociale: Le système social mis en place (assurance chômage 1927) est submergé par l'ampleur de la crise.
  • Politique déflationniste: Le chancelier Heinrich Brüning (1930-1932) mène une politique d'austérité ("chancelier de la faim"), réduisant les dépenses et augmentant les cotisations.
  • Montée des extrêmes: Le chômage nourrit le ressentiment envers la République, favorisant les communistes et les nazis. Les milices (Ligue des combattants du front rouge, SA) s'affrontent violemment.
  • Fin du parlementarisme: Brüning gouverne par décrets d'urgence (article 48 de la Constitution).

Les Réponses à la Crise : Le New Deal Américain

Le New Deal de Franklin D. Roosevelt

Le New Deal (nouvelle donne), lancé par le président Franklin D. Roosevelt en 1933, est une série de réformes audacieuses visant à combattre la crise.

  • "Cent Jours" (6 mars - 16 juin 1933): Adoption de 16 lois majeures.
  • Agricultural Adjustment Act (AAA): Soutien des prix agricoles et aide aux agriculteurs.
  • Tennessee Valley Authority (TVA): Développement d'une zone rurale par des infrastructures hydroélectriques.
  • National Industrial Recovery Act (NIRA): Coopération État-entreprises pour limiter la concurrence, salaire minimum, reconnaissance syndicale.

Une Politique Adaptative et Contestée

  • Critiques: Syndicats dénoncent les concessions patronales, patronat parle de dirigisme. La Cour suprême censure NIRA et AAA en 1935-1936.
  • Second New Deal:
    • Social Security Act (1935): Assurance chômage, vieillesse, invalidité. Bases de l'État-providence.
    • Work Progress Administration: Lutte directe contre le chômage.
    • Wagner Act (1935): Légalisation des syndicats et négociation collective.
  • "Troisième New Deal" (1938): Après un ralentissement dû à un recul des dépenses, Roosevelt relance une politique budgétaire keynésienne.

Bilan du New Deal

  • Économique: Stabilisation de la situation mais pas de retour aux niveaux de 1929 avant la Seconde Guerre mondiale. Progrès des infrastructures.
  • Social: Réintégration des victimes de la crise dans la communauté nationale.
  • Politique: Renforcement du pouvoir fédéral, rééquilibrage avec la Cour suprême.

Conclusion

La crise de 1929 a été une épreuve systémique qui a non seulement bousculé l'économie mondiale, mais a également profondément marqué les sociétés et transformé les paysages politiques. De l'ascension des totalitarismes à l'émergence de l'État-providence, ses conséquences ont façonné l'histoire du XXe siècle, soulignant la nécessité d'une intervention étatique pour gérer les dysfonctionnements du marché et assurer la justice sociale. Leçons qui continuent d'influencer les débats économiques et sociaux contemporains.

Voici une note détaillée et structurée basée sur les informations fournies, respectant les consignes de formatage HTML et de qualité :

Introduction au Concours Commun des IEP et à l'Épreuve d'Histoire

Le concours commun des Instituts d'Études Politiques (IEP) concerne sept établissements (Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg, Toulouse) et offre un nombre limité de places. En 2023, sur 11 828 candidats, 1 163 ont été admis, soit un taux de sélection d'environ 10%. La préparation est jugée complémentaire à celle du baccalauréat, privilégiant l'enseignement de spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques.

Attentes du Jury

Le jury des IEP recherche des candidats qui démontrent une ouverture internationale, une capacité à argumenter à l'écrit et à l'oral, la maîtrise de deux langues étrangères, une aptitude à analyser des documents variés, une capacité à croiser les connaissances de diverses disciplines, et enfin, une autonomie et organisation rigoureuses.

Épreuves du Concours

Le concours d'entrée en première année est composé de trois épreuves :
  • Questions Contemporaines: Dissertation de 3 heures (coefficient 3) sur deux sujets au choix.
  • Langue Vivante: Épreuve d'1 heure (coefficient 2) avec exercices de compréhension et un essai (allemand, anglais, espagnol, italien).
  • Histoire: Épreuve de 2 heures (coefficient 3) consistant en l'analyse de deux documents de nature différente, guidée par plusieurs questions. Le programme couvre "Les relations entre les puissances et l'opposition des modèles politiques des années 1930 à nos jours. Histoire politique, sociale et culturelle de la France depuis les années 1930" (programme de terminale générale).

Depuis 2024, les notes de contrôle continu et des épreuves de spécialité du baccalauréat ne sont plus prises en compte.

Préparation à l'Épreuve d'Histoire

Une préparation rigoureuse est essentielle et va au-delà des connaissances du lycée. Elle implique :
  • L'acquisition de connaissances de fond.
  • La maîtrise de l'exercice d'analyse de documents par une pratique régulière.

L'analyse de documents doit dépasser la paraphrase pour identifier les enjeux. Il est recommandé de se constituer un lexique de notions, de faits et de documents pour enrichir l'analyse. La lecture de revues spécialisées comme L'Histoire est encouragée pour comprendre les questionnements actuels et les repères historiographiques.

THÈME 1. FRAGILITÉS DES DÉMOCRATIES, TOTALITARISMES ET SECONDE GUERRE MONDIALE (1929-1945)

Chapitre 1. L'impact de la crise de 1929 : déséquilibres économiques et sociaux

La crise de 1929, bien que brutale et inattendue pour beaucoup de contemporains, avait des causes profondes et a eu un impact mondial considérable, engendrant des déséquilibres économiques et sociaux massifs.

Fiche 1. Les causes de la crise de 1929

La décennie 1920, surnommée les « roaring twenties » ou « années folles », fut une période de croissance brillante, en particulier aux États-Unis, marquée par la diffusion de l'American way of life, du taylorisme et du fordisme. Cependant, des signes avant-coureurs de déséquilibre étaient présents.

La croissance était inégale entre secteurs modernes et traditionnels, le commerce international était déséquilibré au profit des États-Unis, et la consommation de masse reposait sur le crédit, rendant le système vulnérable. Dès 1928, des capitaux américains furent rapatriés, asphyxiant l'économie allemande.

La baisse du taux d'escompte de la Fed en août 1927 pour soutenir l'Europe favorisa une spéculation boursière hasardeuse. Les « call loans », permettant d'emprunter à faible coût pour investir en bourse, amplifièrent une bulle spéculative.

Le Krach de Wall Street débuta le 24 octobre 1929 (« Jeudi noir ») avec un volume d'échanges record. Le 29 octobre, les cours s'effondrèrent, les banques étant impuissantes face aux « appels de marge ». John Kenneth Galbraith a qualifié le rôle du crédit de « levier maléfique ».

Fiche 2. Le passage d'une crise américaine à une crise mondiale

La crise de 1929 s'est rapidement étendue à l'échelle mondiale, sauf en URSS, avec des caractéristiques communes :

  • Dépression: Contraction généralisée de la production industrielle (-40% mondialement en 3 ans).
  • Déflation: Baisse généralisée des prix, affectant le pouvoir d'achat des producteurs.
  • Chômage massif: Environ 15 à 20% de la population active dans de nombreux pays.

Le système monétaire international (SMI) fut ébranlé, avec des faillites bancaires (Kreditanstalt autrichienne en 1931) et la fin de l'étalon-change or. La dévaluation de la livre sterling en septembre 1931 fut suivie par d'autres dévaluations, mais cette « guerre économique » ne fut efficace que pour les premiers à dévaluer.

Le commerce international se contracta (-70% en valeur de 1929 à 1933) à cause du protectionnisme (loi Hawley-Smoot Tariff aux États-Unis en 1930). Les pays se replièrent sur leurs empires coloniaux (accords d'Ottawa en 1932 pour le Commonwealth, la France vers son empire).

L'Amérique latine fut particulièrement bouleversée. Son économie agro-exportatrice fut frappée par la chute des cours. La crise sociale engendra des coups d'État et l'émergence du populisme, caractérisé par une rhétorique nationaliste, l'antiparlementarisme et un chef charismatique (comme Getúlio Vargas au Brésil).

Les États-Unis, lieu de déclenchement, furent aussi le lieu d'expérimentation de solutions. Le New Deal de Franklin D. Roosevelt (à partir de 1933) fut une politique audacieuse, comprenant des mesures de relance (Agricultural Adjustment Act, Tennessee Valley Authority, National Industrial Recovery Act) et des réformes sociales (Social Security Act en 1935). Bien que critiqué et confronté à l'opposition de la Cour suprême, il stabilisa la situation économique et réaffirma le rôle de l'État dans l'économie.

Fiche 3. L'émergence d'un chômage de masse

Le chômage de masse des années 1930 fut sans précédent et marqua profondément les sociétés.
Chiffres Inédits et Souffrance Morale

Les chiffres étaient souvent partiels, mais la masse de 11 à 12 millions de chômeurs américains en mars 1933 est emblématique. Contrairement aux crises précédentes, ce chômage s'installa durablement.

La vie du chômeur était faite de privations (moins de viande, plus de farine) et d'errance (bidonvilles comme les « Hoovervilles »). Au-delà de la matérialité, la souffrance morale était intense, entraînant isolement, désespoir, voire suicide. Le cinéma (Les Temps modernes de Chaplin) et la littérature (Les Raisins de la colère de Steinbeck) ont témoigné de cette époque.

La France face au Chômage

La France fut touchée plus tardivement (1931) et l'ampleur du chômage y fut sous-évaluée. Les réponses classiques (protectionnisme, déflation, réduction des dépenses publiques par les décrets-lois de Pierre Laval en 1935) échouèrent, aggravant la situation en pesant sur le marché intérieur.

L'expérience du Front populaire (1936-1937), avec le gouvernement de Léon Blum, apporta un nouvel espoir. Les accords Matignon (1936) octroyèrent des augmentations de salaires, la reconnaissance du droit syndical, les congés payés (15 jours) et la semaine de 40 heures. Bien que son bilan économique soit limité par l'hostilité financière et la relance de l'inflation, le Front populaire insuffla un esprit nouveau et intégra les ouvriers à la République.

Le Chômage en Allemagne et la République de Weimar

La République de Weimar, précurseur en matière sociale, fut déstabilisée par le chômage de masse. L'assurance chômage créée en 1927 ne put faire face aux 6,128 millions de chômeurs en février 1932.

La politique déflationniste du chancelier Heinrich Brüning (1930-1932), surnommé le « chancelier de la faim », aggrava la misère sociale. Ses mesures, imposées par décrets d'urgence (article 48 de la Constitution), firent exploser le mécontentement.

Le chômage nourrit le ressentiment contre la République, conduisant des chômeurs à s'enrôler dans les groupes paramilitaires (KPD ou SA nazis). Le parti nazi (NSDAP) exploita ce désespoir, bien que le lien entre le chômage et l'électorat nazi soit nuancé par l'historiographie récente.

Chapitre 2. Les régimes totalitaires

Les régimes totalitaires, qu'ils soient stalinien, fasciste ou nazi, ont marqué le XXe siècle par leur volonté d'emprise "totale" sur la société et leur rejet des démocraties libérales.

Fiche 4. La mise en place des totalitarismes

Au-delà des différentes modalités de leur arrivée au pouvoir, les totalitarismes partagent des racines idéologiques profondes et des similitudes dans leur mise en place.

Le Stalinisme : Révolution et Succession

La double révolution russe de 1917 transforma l'autocratie tsariste en un régime "socialiste soviétique". Après l'abdication du tsar en février, les bolcheviks de Lénine prirent le pouvoir en octobre. L'URSS, fondée le 30 décembre 1922, présenta dès Lénine les attributs du totalitarisme : parti unique, idéologie de l'homme nouveau, terreur.

À la mort de Lénine en 1924, Joseph Staline s'imposa contre Léon Trotski. Il développa un culte de la personnalité (embaumement de Lénine), remodela la Tchéka en OGPU pour éliminer les opposants internes au parti, et lança le « grand tournant » de la collectivisation des terres agricoles et des plans quinquennaux (dès 1929), éliminant brutalement les opposants (comme les "koulaks").

Coup de Force et Révolution Légale en Italie

L'Italie d'après-guerre (1919-1920) était traversée par de forts contrastes sociaux et une « victoire mutilée » du fait des traités de paix. C'est dans ce contexte que Benito Mussolini fonda les « Faisceaux de combat » en 1919, transformés en Parti national fasciste (PNF) en 1921.

Le mouvement fasciste, avec ses « chemises noires », réprima violemment les manifestations ouvrières. La « marche sur Rome » le 28 octobre 1922 aboutit à la nomination de Mussolini comme président du Conseil par le roi Victor-Emmanuel III, marquant le début du ventennio fasciste (1922-1943).

Mussolini s'assura progressivement le contrôle de l'État : interdiction de grève, création du Grand Conseil du fascisme, modification de la loi électorale (1924), assassinat du député socialiste Matteoti (1924). Les « lois fascistissimes » (1926) instituèrent le parti unique, la police politique OVRA, et un tribunal spécial. Juan J. Linz a qualifié le fascisme italien de « totalitarisme interrompu ».

Le Nazisme : Échec du Putsch, Succès de la « Révolution Légale »

Après la défaite de 1918, une partie de la population allemande était convaincue que l'armée n'avait pas été vaincue mais « trahie ». Dans un contexte de crise (occupation de la Ruhr, hyperinflation en 1923), Adolf Hitler, activiste ultranationaliste, tenta un putsch à Munich le 9 novembre 1923, inspiré de la marche sur Rome. L'échec le conduisit à rédiger Mein Kampf et à opter pour une stratégie de conquête du pouvoir par les élections, mais avec un soutien de la violence de rue des SA.

Le NSDAP connut une percée électorale en 1930. Soutenu par de grands industriels, Hitler fut nommé chancelier le 30 janvier 1933. L'incendie du Reichstag le 27 février 1933 servit de prétexte à la « législation d'urgence ». Les pleins pouvoirs lui furent accordés en mars, le NSDAP devint parti unique en juillet. La « nuit des longs couteaux » (juin 1934) élimina les chefs de la SA. Après la mort de Hindenburg en août 1934, Hitler cumula les fonctions de « Reichsführer et chancelier », proclamant le IIIe Reich.

George L. Mosse a analysé le rôle de la « brutalisation » de la société européenne (culte de la guerre, expérience combattante) comme une « matrice » des totalitarismes.

Fiche 5. Les totalitarismes en fonctionnement

Les régimes totalitaires se distinguent des dictatures classiques par une emprise plus profonde sur la société, cherchant à façonner un « homme nouveau » et utilisant la violence comme mode de gouvernement.

La Confiscation du Pouvoir Politique

Les totalitarismes suppriment les libertés politiques. En URSS, les Constitutions de 1924 et 1936 proclamaient des droits vidés de leur sens. En Allemagne, le « décret sur la protection du peuple et de l'État » suspendit les libertés individuelles en 1933.

Ces régimes sont caractérisés par un parti unique (PCUS, PNF, NSDAP), dont le chef (Staline, Mussolini, Hitler) est l'objet d'un culte de la personnalité et dont l'idéologie (marxisme-léninisme, fascisme, nazisme) est le moteur de la société.

L'économie est soumise au contrôle total du régime, avec une planification étatisée (plans quinquennaux en URSS), ou des programmes de réarmement structurés (plan de quatre ans de Goering en 1936). L'outil de production devient un moyen de contrôle (« parti-usine » en Italie, Front du travail en Allemagne).

L'encadrement de la société vise à produire un « homme nouveau » (le prolétaire en URSS, le conquérant viril en Italie, l'Aryen mythique en Allemagne). Des mouvements de jeunesse (pionniers, Balillas, Jeunesses hitlériennes) et des organisations de loisirs (Dopolavoro, Kraft durch Freude) encadrent la population.

La Violence au Cœur du Totalitarisme

La violence est un mode de gouvernement essentiel. En URSS, la « Grande Terreur » (1937-1938) et la « dékoulakisation » se traduisirent par des arrestations massives, exécutions et famines organisées (Holodomor en Ukraine).

En Allemagne, la violence s'exerça contre les opposants (internements à Dachau dès 1933), les handicapés, homosexuels, puis les Juifs, faisant l'objet de persécutions (lois de Nuremberg 1935, « nuit de Cristal » 1938). Mussolini, après avoir évoqué sa « conversion au racisme », mit en place une législation anti-juive en 1938.

Des polices politiques (NKVD en URSS, OVRA en Italie, SS et Gestapo en Allemagne) furent les instruments privilégiés de cette violence.

Le système concentrationnaire fut développé, notamment le Goulag soviétique (camps de travail correctif), où 19 millions de personnes séjournèrent de 1929 à 1953. En Italie, le « confino » (relégation dans des îles) et, en Allemagne, les camps de concentration (Dachau, Sachsenhausen, Buchenwald) avant 1939, où les détenus étaient anéantis par le travail forcé.

Fiche 6. Des régimes qui bouleversent l'ordre européen

Les totalitarismes ont remis en cause l'ordre européen issu des traités de 1919, adoptant l'usage de la force face à la faiblesse des démocraties.

Les Interventions Étrangères dans la Guerre Civile Espagnole (1936-1939)

La victoire du Front populaire en 1936 entraîna un soulèvement militaire dirigé par Francisco Franco. L'Espagne devint un théâtre d'opérations internationales.

Les démocraties adoptèrent une politique de « non-intervention » (France, Royaume-Uni), tandis que l'URSS soutint les Républicains (Brigades internationales) et que l'Allemagne et l'Italie apportèrent un soutien militaire massif à Franco (Légion Condor, Corpo Truppe Volontarie), transformant le conflit en un terrain d'entraînement. Le bombardement de Guernica (1937) par la Légion Condor est un symbole des horreurs à venir.

La Force contre la « Sécurité Collective »

Les totalitarismes contestèrent les traités de 1919 (révisionnisme). Mussolini revendiqua des territoires (Fiume en 1924, Nice, Corse, Tunisie), envahit l'Éthiopie (1935), puis l'Albanie (1939).

Hitler, après être sorti de la SDN (1933), rétablit le service militaire, remilitarisa la Rhénanie (1936), puis procéda à l'Anschluss (annexion de l'Autriche en mars 1938) et annexa les Sudètes (Tchécoslovaquie) après la conférence de Munich (septembre 1938), signant la faillite de la sécurité collective et la politique d'apaisement.

Le rapprochement germano-italien (Axe Rome-Berlin en 1936) et le pacte anti-Komintern (1936) furent les prémices d'alliances agressives.

Le pacte germano-soviétique (23 août 1939), entre les « jumeaux ennemis », stupéfia le monde, prévoyant le partage de la Pologne et l'annexion des pays baltes par l'URSS.

Chapitre 3. La Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale fut un conflit mondial d'une ampleur sans précédent par ses protagonistes, ses phases d'opérations et la violence des crimes commis.

Fiche 7. Un conflit mondial : protagonistes, phases de la guerre et théâtres d'opérations

Le conflit débuta avec l'invasion allemande de la Pologne le 1er septembre 1939 et s'acheva par la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, après les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

L'Axe Domine (1939-1941)

Après la « drôle de guerre » sur le front ouest, l'Allemagne lança une offensive fulgurante en mai 1940, envahissant les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France (qui signe l'armistice en juin). La « Blitzkrieg », bien que partiellement improvisée, fut efficace.

La Méditerranée fut menacée par l'Italie (attaque de l'Égypte en 1940 échoue) et l'Allemagne (envoi de Rommel et l'Afrikakorps). Les Balkans furent envahis en 1941.

Mondialisation et Tournant (1941-1943)

L'opération Barbarossa (22 juin 1941), invasion de l'URSS par Hitler, ouvrit un front idéologique et territorial. La guerre d'anéantissement entraîna des massacres massifs (5 millions de morts au second semestre 1941). La défaite allemande à Stalingrad (1942-1943) marqua un tournant, consacrant l'échec de la Blitzkrieg et le passage à la « guerre totale ».

L'entrée en guerre des États-Unis (suite à l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 par le Japon) transforma Washington en « arsenal de la démocratie » (loi prêt-bail). Dans le Pacifique, après des victoires initiales, le Japon subit le revers de Midway (1942), marquant le début d'une reconquête américaine.

En Afrique du Nord, la défaite allemande à El Alamein (1942) et le débarquement allié (opération Torch) ouvrirent un flanc sud en Europe. L'Italie capitula en septembre 1943.

Vers la Victoire des Alliés (1943-1945)

Les Alliés coordonnèrent leurs actions (conférence de Téhéran). L'opération Overlord (débarquement de Normandie) le 6 juin 1944 et l'opération Bagration (offensive soviétique à l'Est) en juin-août 1944 furent les deux pinces de la tenaille.

La reconquête du Pacifique fut inexorable, malgré la résistance acharnée des Japonais (kamikazes). Les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki (août 1945) précipitèrent leur capitulation, également influencée par l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon.

Fiche 8. Crimes de guerre, violences et crimes de masse, Shoah, génocide des Tsiganes

La Seconde Guerre mondiale fut le théâtre d'une guerre idéologique et d'anéantissement sans précédent, conduisant à des crimes de masse et des génocides.

Guerre Idéologique, Guerre d'Anéantissement

Les idéologies totalitaires exaltaient la guerre comme une « apocalypse de la modernité », visant l'anéantissement de l'ennemi (« ennemi de classe », « races inférieures »). Les Japonais commirent des atrocités en Chine (massacres de Nankin).

Les Alliés aussi, déshumanisant l'adversaire (Allemands qualifiés de « Huns », Japonais de « rats »), pratiquèrent des représailles massives (bombardements des villes allemandes et japonaises).

Le front est fut le théâtre d'une guerre d'anéantissement (Timothy Snyder : « terres de sang »), avec des projets génocidaires (Hungerplan nazi, massacres de Katyn par les Soviétiques).

Les Génocides

Le projet nazi de purification raciale s'intensifia avec la guerre. Au départ, des programmes d'« euthanasie » des handicapés (Aktion T4) et des massacres des élites polonaises. L'invasion de l'URSS en 1941 mit la majeure partie de la population juive européenne aux mains du régime.

Les Einsatzgruppen massacrèrent environ un million de Juifs (Shoah par balles, Babi Yar). La population juive fut regroupée dans des ghettos, volontairement affamés.

La conférence de Wannsee (janvier 1942) décida la liquidation des ghettos et l'extermination des Juifs d'Europe occidentale dans des « centres de mise à mort » (comme Auschwitz-Birkenau), équipés de chambres à gaz. Raoul Hillberg a qualifié 1942 de « deuxième vague du génocide ».

Le génocide des Tsiganes (« Samudaripen » ou « Porajmos ») fut recommandé par Heinrich Himmler (décret d'Auschwitz 1942), conduisant à l'extermination de 250 000 à 500 000 Tsiganes.

THÈME 2. LA MULTIPLICATION DES ACTEURS INTERNATIONAUX DANS UN MONDE BIPOLAIRE (DE 1945 AU DÉBUT DES ANNÉES 1970)

Chapitre 4. La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d'un nouvel ordre mondial

La Seconde Guerre mondiale laissa un bilan effroyable et redéfinit un nouvel ordre mondial.

Fiche 9. Le bilan matériel, humain et moral du conflit

Le bilan humain fut colossal : plus de 75 millions de morts (3,5% de la population mondiale de 1940), dont deux tiers de civils. L'URSS perdit près de 28 millions d'habitants.

Les pertes militaires s'élevèrent à environ 26 millions. L'Allemagne perdit 5,3 millions de soldats, le Japon 2,6 millions.

Les pertes civiles (49,37 millions) furent dues aux bombardements massifs (Dresde, Tokyo), et à la composante idéologique (10 millions de morts "raciaux" par les nazis). La découverte des camps de concentration (Auschwitz) révéla l'« effondrement moral du continent européen ».

Le bilan économique fut une « immense champ de ruines », avec des destructions massives d'infrastructures et de logements. Le PIB de 1945 chuta de presque moitié en France, Italie, RFA.

Une Nouvelle Europe

L'Europe fut déclassée moralement (« continent de ténèbres ») et géopolitiquement. Les empires coloniaux furent fragilisés.

Les conférences de Yalta (février 1945) et Potsdam (juillet-août 1945) redessinèrent le continent, avec la division de l'Allemagne en zones d'occupation et le partage d'influence en Europe, renforçant les grandes puissances (URSS et États-Unis). La ligne Oder-Neisse devint la nouvelle frontière germano-polonaise.

Ces changements entraînèrent de grands déplacements de population (plus de 8 millions d'Allemands).

Fiche 10. Les bases de l'État-providence

Après 1945, un large consensus émergea sur le rôle accru de l'État dans l'économie et la nécessité d'un État-providence pour organiser la justice sociale et prévenir les crises.

Contexte Favorable

La Grande Dépression avait popularisé le « planisme ». Le modèle du Welfare State anglais, dessiné par le « rapport Beveridge » (1942), visait à organiser la redistribution pour maintenir la demande.

Politiquement, l'État-providence devait consolider la démocratie face aux partis communistes puissants en Europe de l'Ouest (doctrine Truman, plan Marshall).

Modalités Différentes (États-Unis, Europe, France)

Aux États-Unis, le Fair Deal de Harry Truman (1949) visait à étendre la sécurité sociale.

En Europe, des systèmes d'assurance publique couvrant maladie, vieillesse, accidents du travail et chômage furent mis en place ou renforcés. L'Allemagne (économie sociale de marché) et le Royaume-Uni (nationalisations, National Insurance Act 1946) furent des précurseurs. Le financement se fit par impôt ou cotisations.

En France, le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) de 1944 guida la mise en place d'un État-providence. Les ordonnances d'octobre 1945 réorganisèrent la Sécurité sociale, généralisant les allocations familiales, retraite, assurance maladie/accident du travail. Le financement par cotisations des professionnels fut privilégié. La loi Croizat de 1946 rendit l'affiliation obligatoire.

Fiche 11. Les bases d'un nouvel ordre international

Le nouveau désordre mondial post-1945 nécessita la fondation d'une justice pénale internationale et la création d'institutions pour maintenir la paix.

La Fondation d'une Justice Pénale Internationale

Le procès de Nuremberg (1945-1946) fut le premier procès international. 22 dignitaires nazis furent jugés pour complot contre la paix, crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l'humanité (défini rétroactivement et imprescriptible). Ce fut un premier pas vers une justice pénale internationale, complété par le procès de Tokyo (1946-1948).

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH) de 1948 réaffirma les droits fondamentaux, suivie par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Création des Nations Unies

L'Organisation des Nations Unies (ONU), fondée à San Francisco le 26 juin 1945, remplaça la SDN, avec pour mission de maintenir la paix et la sécurité internationales. Elle réaffirma les principes de non-recours à la force et de coopération internationale.

L'ONU se structura avec une Assemblée générale (égalité juridique des États) et un Conseil de sécurité (5 membres permanents avec droit de veto). Des actions militaires sont prévues en cas de menace à la paix (chapitre VII).

Institutions pour Faciliter les Échanges Économiques

La conférence de Bretton Woods (juillet 1944) établit un nouveau Système Monétaire International (SMI) basé sur le dollar-or.

Le Fonds Monétaire International (FMI) aida les États en difficulté. La Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD, Banque mondiale) prêta pour des investissements. Le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) dès 1947 visait à réduire les obstacles douaniers.

Fiche 12. Les nouvelles tensions : début de la guerre froide et conflits au Proche-Orient

Dès 1945, la « guerre froide », décrite par George Orwell puis Walter Lippmann, opposa deux blocs idéologiques sans conflit direct mais avec de nombreux conflits périphériques.

Le « Grand Schisme »

Après le sommet de la « Grande Alliance » sur l'Elbe (avril 1945), Churchill s'inquiéta de l'apparition d'un « rideau de fer » en Europe, marquant une division idéologique et politique.

La doctrine Truman (mars 1947) visait à « contenir » le communisme (containment) en Europe, avec une aide économique (plan Marshall, juin 1947) et des alliances militaires.

La réplique soviétique fut le refus du plan Marshall et la création du Kominform (septembre 1947) pour coordonner les partis communistes, affirmant un monde bipolaire (doctrine Jdanov).

Prague, Berlin : les Vrais Débuts de la Guerre Froide

La satellisation de l'Europe de l'Est se poursuivit (Roumanie, Bulgarie), et la Tchécoslovaquie fut soumise au « coup de Prague » (février 1948), confirmant la mainmise soviétique (glacis soviétique).

Le blocus de Berlin (juin 1948 – mai 1949), imposé par Moscou après l'introduction du Deutsch Mark, fut la première confrontation militaire. Il fut contré par un pont aérien occidental, confirmant la division de l'Allemagne (RFA en 1949, RDA en 1949) et accélérant la création de l'OTAN (avril 1949).

Un Moyen-Orient Bouleversé

La fin de la guerre affaiblit le prestige européen, favorisant l'affirmation des pays arabes (Ligue arabe en 1945). L'Arabie Saoudite gagna en puissance grâce au pétrole (pacte du Quincy avec les États-Unis en 1945).

L'Azerbaïdjan iranien fut la première crise de la guerre froide (1945-1946).

La création de l'État d'Israël (mai 1948) entraîna la première guerre israélo-arabe (1948-1949) et la « Nakba » (exode des Palestiniens).

Chapitre 5. Une nouvelle donne géopolitique : bipolarisation et émergence du tiers-monde

Le monde post-1945 fut structuré par la bipolarisation et l'émergence du tiers-monde.

Fiche 13. Les modèles des deux superpuissances et la bipolarisation

Les États-Unis et l'URSS incarnèrent des modèles idéologiques que les autres États furent amenés à suivre.

L'Affrontement de Deux Modèles Sûrs d'Eux

Le modèle américain se basa sur la démocratie libérale, la croissance économique (American Way of Life) et la libre entreprise. Cependant, il fut marqué par le raidissement intérieur (« chasse aux sorcières », maccarthysme).

Le modèle soviétique, stalinien, triomphant après la guerre, fut caractérisé par le culte de Staline, le contrôle brutal de la société (kolkhozes, « Jdanovchina », camps du Goulag).

Les limites à l'influence des modèles furent l'antiaméricanisme culturel (« coca-colonisation ») et, côté russe, la rupture avec la Yougoslavie de Tito (1948).

De la « Coexistence Pacifique » à la « Détente »

Après la mort de Staline (1953), Nikita Khrouchtchev adopta une politique de « coexistence pacifique », permettant le dénouement de crises (Corée, Indochine, Autriche). Les blocs se consolidèrent malgré tout (répression en RDA en 1953, Pacte de Varsovie en 1955).

La déstalinisation (rapport secret de Khrouchtchev en 1956) eut des limites (répression de Budapest en 1956).

L'année 1961 fut marquée par la construction du mur de Berlin. La crise de Cuba (1962), avec le déploiement de fusées nucléaires soviétiques, faillit déboucher sur un conflit nucléaire. Elle conduisit à la mise en place de la « riposte graduée » et marqua l'entrée de la guerre froide en « Détente ».

Fiche 14. Les nouveaux États : des indépendances à leur affirmation sur la scène internationale

La décolonisation des empires fut un phénomène majeur, avec l'acquisition de l'indépendance par de nombreux États en Asie et en Afrique.

La Décolonisation de l'Asie

En Inde, la lutte de Gandhi et de Nehru aboutit à l'indépendance en 1947, mais aussi à la partition (Inde et Pakistan) et au massacre de centaines de milliers de civils.

L'Indochine française connut une guerre de 1946 à 1954. La défaite française à Diên Biên Phu (1954) entraîna les accords de Genève (1954) et l'indépendance du Laos, du Cambodge et le partage du Vietnam.

L'Indonésie hollandaise obtint son indépendance en 1949 après une guerre de 1945 à 1949.

La Décolonisation de l'Afrique

L'Afrique connut une décolonisation rapide (4 États souverains en 1955, 38 en 1965). L'Afrique noire anglaise (Ghana 1957, Kenya 1963) et l'Afrique française (Maroc 1956, Tunisie 1956, indépendances africaines en 1960) accédèrent à l'indépendance. La guerre d'Algérie (1954-1962) fut un conflit majeur.

La Difficile Affirmation du Tiers-Monde

Les nouveaux États furent confrontés à de nombreux défis (croissance démographique, urbanisation, lack d'industrie) et à des problèmes de cohérence ethnique (guerre du Biafra au Nigeria).

Le tiers-monde (terme d'Alfred Sauvy en 1952) tenta de s'affirmer sur la scène internationale :

  • La conférence de Bandung (1955) regroupa 29 pays, affirmant les principes de coexistence pacifique et d'autodétermination.
  • Le Mouvement des non-alignés fut fondé à Belgrade en 1961 (Nehru, Nasser, Tito).
  • L'encyclique Populorum progressio (1967) du pape Paul VI soutint les aspirations au développement des peuples.

La guerre du Vietnam (1955-1975) illustra les difficultés du tiers-monde face aux superpuissances. L'engagement américain massif fut confronté à la guérilla communiste.

Fiche 15. La Chine de Mao, l'affirmation d'un nouvel acteur international

La Chine, humiliée depuis le XIXe siècle, retrouva son statut de puissance à partir de la Seconde Guerre mondiale et sous l'impulsion de Mao Zedong.

Le Choix du Modèle Soviétique

Après la victoire des communistes dans la guerre civile, Mao proclama la République Populaire de Chine le 1er octobre 1949. Taïwan devint le bastion occidental.

La Chine adopta le modèle soviétique : plans quinquennaux, collectivisation des terres, laogai (camps de rééducation par le travail). Un traité d'amitié fut signé avec Staline en 1950.

La guerre de Corée (1950-1953) affirma la Chine comme acteur majeur en Asie, avec l'intervention de « volontaires » chinois.

Une Chine qui se Pose en Modèle

Les divergences avec l'URSS (critique de la déstalinisation, de la coexistence pacifique) menèrent au « schisme sino-soviétique ». Mao lança le « Grand Bond en avant » (1958-1961), tentative de développement par la mobilisation des masses paysannes, qui fut un désastre humain (36 millions de morts par famine et épuisement).

La Chine s'affirma sur la scène internationale, concurrençant l'URSS auprès du tiers-monde (conférence de Bandung en 1955) et développant son propre programme nucléaire (première bombe en 1964).

La Révolution culturelle (1966-1976), lancée par Mao pour éliminer ses opposants, provoqua un chaos interne mais permit, sous l'impulsion de Zhou Enlai, un rapprochement tactique avec les États-Unis (visite de Nixon en 1972) et l'admission à l'ONU (1971).

Fiche 16. Les conflits du Proche et Moyen-Orient

Le Moyen-Orient fut un théâtre d'affrontements bipolaires, mêlant enjeux régionaux et guerre froide.

Un Lieu d'Affrontement Bipolaire

L'Iran, après la crise de l'Azerbaïdjan, devint un bastion anticommuniste soutenu par les États-Unis (coup d'État de la CIA en 1953 contre Mossadegh).

Le Moyen-Orient fut inclus dans les pactes occidentaux (pacte de Bagdad 1955, doctrine Eisenhower 1957).

L'Égypte de Nasser (raïs en 1956) fut au cœur des rivalités (panarabisme nationalisations, rapprochement avec l'URSS). La nationalisation du canal de Suez (1956) entraîna l'intervention franco-britannique et israélienne, un échec qui renforça Nasser et montra les limites des anciennes puissances coloniales.

Israël et la Question Palestinienne

La naissance d'Israël (mai 1948) engendra la première guerre israélo-arabe (1948-1949), suivie par la « Nakba » palestinienne.

La guerre des Six Jours (juin 1967) vit Israël attaquer ses voisins, occupant le plateau du Golan, la Cisjordanie, Gaza et le Sinaï, et réunifiant Jérusalem. Elle marqua le début du soutien inconditionnel américain à Israël.

La guerre du Kippour (octobre 1973) fut une attaque surprise de l'Égypte et de la Syrie, repoussée par Israël. Elle entraîna un embargo pétrolier et favorisa le processus de paix (accords de Camp David 1978).

La question palestinienne (OLP fondée en 1964, Fatah de Yasser Arafat en 1969) devint un enjeu international, avec l'utilisation du terrorisme (détournements d'avions, attentats de Munich 1972) puis de la diplomatie.

THÈME 3. LES REMISES EN CAUSE ÉCONOMIQUES, POLITIQUES ET SOCIALES DES ANNÉES 1970 À 1991

Chapitre 6. La modification des grands équilibres économiques et politiques mondiaux

Les années 1970-1991 furent marquées par des remises en cause profondes.

Fiche 17. Les chocs pétroliers : la crise économique occidentale et la nouvelle donne économique internationale

La décennie 1970 fut celle des difficultés économiques, exacerbées par les chocs pétroliers.

Un Système Monétaire International en Difficulté

Le SMI de Bretton Woods fut dérégulé par les déséquilibres américains (déficits jumeaux dus à la guerre du Vietnam), l'accumulation d'eurodollars, et le paradoxe de Triffin.

La fin de Bretton Woods intervint le 15 août 1971 avec la suspension de la convertibilité du dollar en or par Richard Nixon. Les accords de la Jamaïque (1976) entérinèrent le flottement des monnaies.

Les Chocs Pétroliers : Catalyseurs d'une Nouvelle Donne

La création de cartels pétroliers (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, OPEP en 1960) permit aux pays producteurs de contrôler les prix. La « décolonisation pétrolière » (nationalisations) renforça leur pouvoir.

Le premier choc pétrolier (octobre 1973) fut le résultat de deux logiques : l'augmentation des prix par l'OPEP et le boycott contre les soutiens d'Israël, après la guerre du Kippour. Le prix quadrupla en quelques mois.

Le choc de 1979, lié à la révolution iranienne et à la guerre Iran-Irak, doubla à nouveau les prix, entraînant une stagflation (inflation + stagnation) inédite dans les économies occidentales.

Une Nouvelle Donne Économique Internationale

Les échanges commerciaux internationaux résistèrent, avec une croissance continue bien que ralentie. La mondialisation s'accéléra, soutenue par les multinationales et les négociations du GATT (Tokyo Round 1979).

Une nouvelle donne énergétique vit le déclin du « tout pétrole » et le développement d'énergies alternatives (nucléaire, charbon, gaz). L'AIE fut créée en 1974.

La nouvelle donne monétaire favorisa le yen et le Deutsche Mark. La stagflation marqua les économies occidentales (chômage et inflation record).

Fiche 18. Libéralisation et dérégulation

Les années 1970-1980 virent le triomphe du néolibéralisme, marquant la mondialisation post-guerre froide.

Un Modèle Américain

De nouvelles analyses économiques, inspirées par l'école de Chicago autour de Milton Friedman (Prix Nobel 1976), contestèrent le néokeynésianisme. Elles critiquèrent l'intervention étatique et la croissance de la masse monétaire, prônant la réduction des dépenses publiques et de l'inflation. La courbe de Laffer servit à justifier les baisses d'impôts.

Ces théories furent mises en pratique au Chili (coup d'État de Pinochet en 1973, "Chicago boys"). Aux États-Unis, la dérégulation du transport aérien (1978) et la politique monétariste de Paul Volcker à la Fed (1979) marquèrent le changement.

L'élection de Ronald Reagan (1980) marqua le début d'une « révolution conservatrice » (reaganomics) : réduction des dépenses de l'État (sauf militaire), baisse des impôts, dérégulations, soutien à la lutte contre l'inflation. L'économie devint une arme de guerre froide contre l'URSS.

D'Autres Pays Prennent Exemple sur les États-Unis

Le thatchérisme au Royaume-Uni (1979-1990) appliqua la libéralisation et dérégulation sous Margaret Thatcher : lutte contre les syndicats, privatisations, réduction de l'inflation.

Le néolibéralisme imprima sa marque sur la construction européenne, avec la mise en place du Système Monétaire Européen (SME) en avril 1979 et l'Acte Unique Européen en 1986.

Le poids grandissant de l'Asie-Pacifique (Japon, NPI comme Singapour) montra le succès du modèle alliant libéralisme économique et dirigisme étatique (toyotisme).

« M. Deng » Ouvre la Chine

Après la mort de Mao (1976), Deng Xiaoping lança de profondes réformes : politique de l'enfant unique, réhabilitation du profit et de l'entreprise privée, création de zones économiques spéciales (ZES) en 1979. Cette « économie socialiste de marché » permit à la Chine de s'insérer dans le marché mondial.

Cependant, le grand refus politique fut illustré par la répression des manifestations de la place Tiananmen en juin 1989, rejetant toute démocratisation.

Fiche 19. La révolution islamique d'Iran et le rejet du modèle occidental

La révolution iranienne (1979) fut une remise en cause du modèle occidental, mais aussi un produit de l'occidentalisation.

Une Révolution contre l'Occidentalisation ?

L'Iran impérial du shah Muhammad Reza Pahlavi fut un bastion occidental, soutenu par les États-Unis, et mena une politique d'occidentalisation (« révolution blanche » en 1962) qui suscita l'opposition du clergé chiite et des grands propriétaires.

La révolution de 1978-1979 vit la mobilisation des masses contre le régime. Le shah partit en exil en janvier 1979, et l'ayatollah Khomeiny revint en février, proclamant la République islamique. La prise d'otages à l'ambassade américaine en novembre 1979 symbolisa le rejet de l'Occident.

L'occidentalisation fut une des causes de cette révolution, car elle engendra des groupes sociaux pénalisés et des intellectuels critiques.

L'Iran, État Islamique ?

L'Iran est le seul État chiite officiel depuis 1501. Le chiisme, avec ses traditions de persécution et de résistance, fut un terreau favorable à l'idéologie révolutionnaire.

Le concept de Velâyat-e faqīh (« souveraineté du docte ») de Khomeiny plaça le Guide suprême au sommet de l'État. Le régime est une « théocratie constitutionnelle », mêlant éléments religieux et nationaux.

Le « Grand Perturbateur »

L'Iran de Khomeiny devint un « grand perturbateur » des relations internationales. La guerre Iran-Irak (1980-1988), initiée par Saddam Hussein, renforça l'isolement de l'Iran.

L'Iran exerça une puissance régionale en soutenant des minorités chiites (Hezbollah au Liban), rivalisant avec l'Arabie Saoudite, et luttant contre Israël.

Le discours révolutionnaire, anti-impérialiste et anti-américain, eut un impact significatif, mais l'Iran échoua à fédérer l'islamisme.

Fiche 20. La démocratisation de l'Europe méridionale et les élargissements de la CEE

La démocratisation de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce marqua une « 3e vague démocratique » et ouvrit la voie à l'élargissement de la construction européenne.

Une « Europe du Sud » en Marge de la CEE

Le Portugal connut la plus longue dictature (Estado Novo d'Antonio Salazar, 1933-1974). L'Espagne fut sous la dictature de Francisco Franco (1939-1975). La Grèce fut marquée par la guerre civile (1946-1949) et le « régime des colonels » (1967-1974).

Ces pays eurent une participation inégale aux relations internationales (Grèce membre fondateur de l'ONU et de l'OTAN, Espagne isolée).

La « 3e Vague Démocratique » de l'Europe

La fin des dictatures fut déclenchée par des tensions intérieures et la crise de 1973. La Révolution des Œillets au Portugal (avril 1974) entraîna la fin de l'Estado Novo et la décolonisation des possessions africaines. La mort de Franco (1975) ouvrit la transition démocratique en Espagne, avec le roi Juan Carlos Ier. L'échec du régime des colonels à Chypre (1974) conduisit à son effondrement en Grèce.

Ces transitions démocratiques, bien que complexes, furent sources d'espoir et de renouvellement politique.

Le Projet Européen Conforté

La Communauté Économique Européenne (CEE) connut un approfondissement (ressources propres en 1970, Parlement européen élu au suffrage universel en 1979, Système Monétaire Européen en 1979) et des élargissements (Royaume-Uni, Irlande, Danemark en 1973 ; Grèce en 1981 ; Espagne, Portugal en 1986).

L'opposition de Margaret Thatcher (« je veux mon argent en retour ») et l'euroscepticisme furent des défis. Mais le couple franco-allemand relança la construction européenne (Accords de Schengen 1985, Acte Unique Européen 1986).

Fiche 21. L'effondrement du bloc soviétique et de l'URSS

La période finale de la guerre froide fut marquée par la mise en doute du système soviétique et son effondrement.

Les Signes d'une Crise Générale

Le système soviétique fut miné par des raisons idéologiques et politiques (« société immobile » de l'ère Léonid Brejnev), économiques (stagnation, poids des dépenses militaires), sociales (corruption, baisse de la natalité) et internationales (échec en Afghanistan, crise des euromissiles).

Des ouvrages comme La Chute finale d'Emmanuel Todd (1976) ou L'Empire éclaté d'Hélène Carrère d'Encausse (1978) prédirent la dislocation.

Gorbatchev et l'Impossible « Restructuration »

Après Brejnev, Mikhaïl Gorbatchev (secrétaire général du PCUS en 1985) lança la Perestroïka (restructuration de l'économie, de la vie politique) et la Glasnost (transparence) pour réformer le système.

La catastrophe de Tchernobyl (1986) révéla les dysfonctionnements du système.

La nouvelle pensée sur les relations internationales conduisit à la reprise des négociations de désarmement avec les États-Unis (Reagan). Le Traité de Washington (1987) et le Traité Start (1991) réduisirent les arsenaux nucléaires.

Cependant, les réformes désorganisèrent le pays, les mouvements nationalistes s'intensifièrent (pays baltes, Arménie, Azerbaïdjan).

La Chute du Mur et la Fin de l'URSS

La chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) symbolisa l'effondrement du bloc soviétique. Il fut suivi par les « révolutions de velours » en Europe de l'Est (Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne).

Le 1er juillet 1991, le Pacte de Varsovie fut dissous. En août 1991, un putsch conservateur échoua, renforçant Boris Eltsine.

Le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionna, et l'URSS fut dissoute, remplacée par la Communauté des États Indépendants (CEI).

THÈME 4. LE MONDE ET L'EUROPE DEPUIS LES ANNÉES 1990, ENTRE COOPÉRATIONS ET CONFLITS

Chapitre 7. Nouveaux rapports de puissance et enjeux mondiaux

Après la guerre froide, les relations internationales furent marquées par de nouvelles formes de conflits et le renouvellement des puissances.

Fiche 22. Les nouvelles formes de conflit

La fin de l'antagonisme américano-soviétique libérala l'éclatement de nombreux conflits multiformes.

La Prolifération de Conflits dans la Décennie 1990

La guerre du Koweït (1990-1991), suite à l'invasion irakienne, vit une coalition internationale sous l'égide de l'ONU déloger Saddam Hussein, annonçant un « nouvel ordre mondial ».

Le retour de la guerre en Europe fut marqué par l'éclatement de la Yougoslavie (guerres de Croatie 1991, Bosnie-Herzégovine 1992-1995, Kosovo 1999) et par des conflits dans le Caucase (guerres de Tchétchénie 1994-1996, 1999-2004). Des « zones grises » et « conflits gelés » émergèrent (Haut-Karabakh, Abkhazie, Ossétie du Sud).

Le chaos en Afrique fut le théâtre de guerres civiles (Algérie 1992-2000, Liberia, Sierra Leone) et de massacres ethniques (Burundi 1993, génocide des Tutsis au Rwanda 1994). Des « failed States » comme la Somalie apparurent.

La Mondialisation et le Terrorisme Planétaire

Le terrorisme international s'amplifia (concept d'ensauvagement de Thérèse Delpech). La passion égalitaire, nourrie par les inégalités de développement et la comparaison mondiale (chaînes d'information, Internet), alimenta le discours de haine contre l'Occident.

Les attentats du 11 septembre 2001 par al-Qaida aux États-Unis (hyperterrorisme) lancèrent la « guerre globale contre la terreur » (GWOT). Afghanistan (2001) et Irak (2003) furent envahis.

L'émergence de Daech (État islamique du Levant, 2013) marqua une surenchère de l'horreur, proclamant un « califat » et utilisant des méthodes brutales. Le djihadisme se territorialisa.

Des Conflits Multiformes

Le conflit asymétrique israélo-palestinien fut marqué par le « processus de paix » (accords d'Oslo 1993, Autorité palestinienne) puis par la seconde Intifada (2000-2003) et la construction de la « barrière de sécurité ». Le Hamas et le Hezbollah devinrent des acteurs clés. La violence perdura (Guerre des Trente-Trois Jours 2006, Opération Plomb durci 2008, Déluge Al-Aqsa 2023).

Le Moyen-Orient connut une « nouvelle guerre de Trente Ans », marquée par le clivage confessionnel chiite-sunnite (rivalité Iran-Arabie Saoudite) et l'intervention de puissances régionales et extérieures (guerre au Yémen, guerre en Syrie). L'arc chiite devint un enjeu géopolitique.

La Russie, sous Vladimir Poutine (président en 2000), connut un renouveau de puissance, utilisant les cyberattaques (Estonie 2007, Ukraine 2015-2017), la force (guerre russo-géorgienne 2008, annexion de la Crimée 2014) pour affirmer son influence sur « l'étranger proche ». L'invasion massive de l'Ukraine en 2022 marqua un retour à la guerre de haute intensité.

Fiche 23. Le renouvellement de l'affrontement des puissances

Après la guerre froide, les États-Unis furent une « hyperpuissance », mais le monde devint progressivement multipolaire.

Les États-Unis Face au Défi de l'Hyperpuissance

Au lendemain de l'URSS, les États-Unis furent une « hyperpuissance » par leurs moyens (budget militaire, « révolution des affaires militaires ») et leur influence (hard power, soft power, smart power). Ils agirent comme « gendarme du monde » (guerre du Koweït), mais rencontrèrent des échecs (Somalie).

Le 11 septembre 2001 révéla la fragilité de l'hyperpuissance. La guerre globale contre le terrorisme (GWOT) fut lancée (Afghanistan 2001, Irak 2003). La montée du néoconservatisme et le Patriot Act (2001) furent des réponses.

L'hyperpuissance montra des faiblesses économiques (déficits jumeaux, bulles spéculatives, crise des subprimes 2007).

Face à ces défis, les États-Unis oscillèrent entre multilatéralisme (Obama) et unilatéralisme (Trump : protectionnisme, retrait d'accords internationaux) ou friendshoring (Biden). La « puissance stochastique » (Henry Farrell et Abraham Newman) des États-Unis utilisa les interdépendances pour exercer un pouvoir coercitif.

Des Puissances en Profond Renouvellement

La Russie connut une décennie 1990 douloureuse (dislocation de l'URSS, guerres de Tchétchénie, crise économique). Sous Vladimir Poutine, une « énergique restauration de l'État » (« verticale du pouvoir ») permit le remboursement de la dette. La Russie redevint une puissance influente sur « l'étranger proche » (révolutions colorées) et au Moyen-Orient.

L'Union Européenne (UE) fut un nouveau type de puissance. Construite par des États auparavant rivaux, elle se voulut plus une « puissance normative » (soft power) qu'une puissance militaire (hard power). Cependant, l'invasion de l'Ukraine (2022) la contraint à repenser son rôle en tant que puissance classique.

La Chine Change de Paradigme de Puissance

La Chine, pays émergent, devint la deuxième économie mondiale, avec une croissance forte et une montée en gamme. Elle se positionna comme leader des BRICS.

L'impact géopolitique de sa croissance fut majeur (premier importateur de pétrole, pression sur les matières premières, « collier de perles », contrôle de la mer de Chine). Elle acquit des entreprises stratégiques en Occident (Grèce).

La Chine adopta un modèle westphalien traditionnel de puissance, avec une armée forte et un budget militaire croissant. Elle développa une capacité informatique offensive (hackers, Great Firewall) et s'affirma dans l'espace.

Le « rêve chinois » de Xi Jinping (2013) et les « nouvelles routes de la soie » (OBOR) montrèrent l'ambition mondiale de Beijing. La « Chinafrique » illustra son influence sur le continent africain.

Fiche 24. Crimes de masse, génocides et justice pénale internationale

La fin de la guerre froide révéla une recrudescence des crimes de masse et génocides, relançant la justice pénale internationale.

« Des crimes qu'on ne peut ni juger ni pardonner »

Les définitions de crime de guerre (violations graves du droit international humanitaire), crime contre l'humanité (actes inhumains contre population civile) et génocide (intention de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux) furent affinées par le Statut de Rome de la CPI (1998).

L'URSS insista pour exclure les groupes politiques ou économiques du génocide. L'ONU reconnaît cinq génocides (Arméniens, Juifs, Tutsis, Bosniaques, Khmers rouges).

Le crime de masse (Massenverbrechen) regroupe les tueries massives organisées par les gouvernements.

Des tribunaux ad hoc furent créés pour la Yougoslavie (TPIY 1993) et le Rwanda (TPIR 1994). La Cour pénale internationale (CPI), instituée en 2002, est permanente et juge les individus.

En ex-Yougoslavie, Crime de Masse et « Entreprise Criminelle Commune »

La dislocation de la Yougoslavie fut marquée par des guerres (Croatie 1991, Bosnie-Herzégovine 1992-1995, Kosovo 1999) et des massacres (Sarajevo assiégée, massacres de Srebrenica 1995 : 8 172 Bosniaques musulmans tués). Le TPIY jugea des responsables comme Slobodan Milošević, Ratko Mladić et Radovan Karadžić pour génocide et crimes contre l'humanité.

Rwanda, le « Génocide au Village »

Le génocide des Tutsis au Rwanda (1994), qualifié de « génocide au village », fut le fruit d'un demi-siècle de racisme officiel (colonisation belge, idéologie raciale). L'assassinat du président Habyarimana déclencha les massacres (800 000 à 1 million de morts en 100 jours). Les gacaca (tribunaux populaires) et le TPIR jugèrent les crimes.

La Voie Originale de l'Afrique du Sud

L'apartheid (ségrégation raciale) fut aboli en 1991. Nelson Mandela, libéré en 1990, devint président en 1994 et œuvra à la réconciliation via la Commission Vérité et Réconciliation.

Fiche 25. La mise en place d'une gouvernance mondiale face aux défis contemporains

La mondialisation posa la question d'une gouvernance mondiale, avec des remises en cause régulières.

Le Renouveau de l'ONU et du Multilatéralisme

La fin de la guerre froide permit le renouveau de l'ONU (déblocage du Conseil de sécurité, multiplication des « opérations de maintien de la paix »). Des objectifs du Millénaire furent fixés en 2000.

L'ONU s'adapta aux nouveaux défis (résolution 1373 contre le terrorisme 2001, piraterie). Elle rencontra des succès dans la non-prolifération nucléaire (Brésil, Libye, Afrique du Sud).

Le droit d'ingérence émergea, définissant le droit international d'intervenir pour des raisons humanitaires (résolution 688 du CSNU 1991, « responsabilité de protéger » 2005).

Gouvernance et Mondialisation

La globalisation financière entraîna une explosion des investissements directs à l'étranger (IDE). La crise de 2008 (subprimes) révéla les faiblesses du système et nécessita une coordination internationale (G20 de Londres 2009). La lutte contre les paradis fiscaux fut intensifiée.

La question de l'environnement devint centrale : Sommet de la Terre de Rio (1992), Protocole de Kyoto (1997), COP (Conférences des Parties). Le développement durable devint un objectif.

Les migrants et réfugiés firent l'objet de nouvelles préoccupations (Pacte mondial sur les migrations 2018), face à des flux croissants dus à l'insécurité physique et économique, et aux raisons climatiques.

Chapitre 8. La construction européenne entre élargissement, approfondissement et remises en question

La construction européenne, après la guerre froide, connut un changement de dimension, de nom (CEE à UE) et de structure.

Fiche 26. L'Union européenne depuis le traité de Maastricht

Le traité de Maastricht (1992, en vigueur 1993) créa l'Union Européenne sur trois piliers (communautaire, PESC, JAI). Il institua la citoyenneté européenne et ouvrit la voie à la monnaie unique.

La Fin de la Guerre Froide et l'Inévitable Élargissement

Le « retour en Europe » des pays d'Europe centre-orientale (PECO) conduisit à leur adhésion au Conseil de l'Europe et à l'élargissement de l'OTAN.

Les élargissements (Autriche, Finlande, Suède en 1995 ; dix nouveaux membres dont 8 PECO en 2004 ; Roumanie, Bulgarie en 2007 ; Croatie en 2013) firent passer l'UE à 28 membres.

Ces élargissements s'accompagnèrent d'euroscepticisme et de divisions (guerre d'Irak 2003).

L'Évolution du Projet Européen

Le traité de Maastricht consolida l'intégration (citoyenneté européenne, UEM, principe de subsidiarité) sous l'impulsion du couple franco-allemand (Mitterrand-Kohl).

Le traité constitutionnel de 2004 fut rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas. Le traité de Lisbonne (en vigueur 2009) reprit l'essentiel du projet.

L'euro fut mis en circulation le 1er janvier 2002. Il masqua les écarts de compétitivité, révélés par la crise de 2008.

Le débat politique français fut fortement influencé par le fonctionnement de l'Europe (tournant de la rigueur 1983, alternance politique, euroscepticisme).

De Nouveaux Défis

La crise migratoire (2014-2015) mit à l'épreuve l'espace Schengen et la solidarité entre États membres.

Le Brexit (référendum 2016, sortie effective 2020) fut une remise en question majeure de la construction européenne.

Les crises du coronavirus (2020) et de la guerre en Ukraine (2022) poussèrent l'UE à agir comme une puissance classique, repensant son autonomie stratégique et sa défense.

THÈME 5. HISTOIRE POLITIQUE, SOCIALE ET CULTURELLE DE LA FRANCE DEPUIS LES ANNÉES 1930

Chapitre 9. Années 1930 et Seconde Guerre mondiale

La France des années 1930 fut marquée par une crise politique et sociale, avant de sombrer dans la défaite et l'occupation.

Fiche 27. La vie politique dans la France des années 1930

La décennie 1930 fut marquée par l'instabilité gouvernementale (29 ministères en 11 ans) et l'antiparlementarisme.

Sclérose et Renouveau de la Vie Politique

La droite parlementaire fut divisée (Fédération républicaine, Alliance démocratique) et sa faiblesse face à la crise favorisa le développement des ligues d'extrême droite (Action Française, Croix-de-Feu, Jeunesses Patriotes), aux discours populistes et antiparlementaires.

La gauche fut tiraillée : le parti radical entre idéologie et libéralisme, la SFIO entre marxisme et réformisme, le PCF sous l'influence de Moscou (tactique « classe contre classe »). Le Front populaire (1936) unit les gauches.

L'« esprit des années trente » vit des intellectuels (non-conformistes, Jean Touchard) explorer de nouvelles solutions face à la « crise de civilisation » (planisme, groupes X-Crise).

Crise et Agonie de la IIIe République

Le 6 février 1934 fut une émeute antiparlementaire à Paris, organisée par les ligues, qui déstabilisa le régime et révéla les divisions (« fièvre hexagonale »).

Le Front populaire (1936-1937), présidé par Léon Blum, apporta des réformes sociales (accords Matignon, congés payés, 40 heures), mais échoua économiquement et fut confronté à une opposition virulente (campagne antisémite contre Blum, développement de partis fascistes comme le PPF de Doriot).

L'échec du Front populaire et les rivalités politiques conduisirent au gouvernement d'Édouard Daladier (1938-1940), qui procéda à une remise au travail et prépara le pays à la guerre.

Fiche 28. Société et culture dans une France en crise (1930-1944)

La France des années 1930-1944 fut confrontée à une population affaiblie et à des mutations culturelles.

Une Population Usée, qui Doute

La démographie fut affaiblie par le malthusianisme et la persistance des « classes creuses » (bilan de la Première Guerre mondiale). Des politiques natalistes furent mises en place (allocations familiales 1932, Code de la famille 1939).

Le doute alimenta la xénophobie (remontée du sentiment anti-étrangers, lois d'exclusion, manifestations contre les « métèques »).

Innovation Culturelle et Temps de l'Engagement

La culture connut un grand foisonnement (littérature d'évasion, roman policier, renouveau philosophique, cinéma).

L'engagement des intellectuels fut marqué par les événements (6 février 1934 : Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, guerre d'Espagne : engagement de Malraux et Bernanos). La soumission à la ligne du parti (communiste) ou le romantisme fasciste (Pierre Drieu la Rochelle) furent des dynamiques.

Les débuts de la massification de la culture furent visibles (gratuité de l'enseignement secondaire, cinéma, radio, presse, chanson populaire, sport). Le Front populaire, sous l'impulsion de Jean Zay et Léo Lagrange, promut les « loisirs dirigés ».

Fiche 29. La France dans la guerre : occupation, collaboration, régime de Vichy et Résistance

La Seconde Guerre mondiale fut une période de défaite, d'occupation et de division pour la France.

Vers la Débâcle (1939-1940)

La « drôle de guerre » (septembre 1939 – mai 1940) fut une période d'inaction. L'invasion allemande en mai 1940 mena à la déroute de l'armée. Le maréchal Pétain prit le pouvoir et signa l'armistice (22 juin 1940).

Le Régime de Vichy : Révolution Nationale et Collaboration

Le régime de Vichy (juillet 1940) fut d'abord un État français (« révolution nationale », valeurs traditionnelles, antisémitisme).

La collaboration fut une politique d'État avec l'Allemagne (entrevue de Montoire octobre 1940, politique des otages).

Construire la Résistance

L'Appel du 18 juin 1940 de Charles de Gaulle à Londres fut le point de départ de la Résistance extérieure.

La Résistance intérieure (réseaux, mouvements, presse clandestine, maquis) se développa à partir de 1941. De Gaulle unifia les forces (Jean Moulin, CNR 1943).

La France fut libérée après le débarquement de Normandie (juin 1944), et la capitulation allemande (mai 1945).

Chapitre 10. La nouvelle place de la France dans le monde

Après la guerre, la France chercha à retrouver son rang sur la scène internationale.

Fiche 30. La IVe République entre décolonisation, guerre froide et construction européenne

La IVe République (1946-1958), régime parlementaire, fut fragilisée par la décolonisation et la guerre froide.

Guerre Froide et Décolonisation, Carcan de la IVe République

La création de la IVe République fut difficile (deux assemblées constituantes, quatre référendums). Le préambule de la Constitution de 1946 proclama une République sociale.

L'année 1947 fut une épreuve : début de la guerre d'Indochine, répression à Madagascar, alignement sur les États-Unis. Le renvoi des ministres communistes (mai 1947) et la contestation du RPF de De Gaulle fragilisèrent le « tripartisme ».

La République Efficace ?

La France posa les bases de l'Europe (plan Monnet, CECA 1950) et connut une période de prospérité (« mythe Pinay »).

Le gouvernement de Pierre Mendès France (1954-1955) tenta un renouveau : accords de Genève sur l'Indochine, transfert de souveraineté en Tunisie.

Les tensions et la modernisation furent marquées par le poujadisme (révolte des commerçants 1953) et la politique du Front républicain (Guy Mollet).

Les Défis du Moment Divisent les Forces Politiques

La guerre froide divisa la gauche (PCF exclu du gouvernement).

Les recompositions à droite virent le MRP, la droite modérée ou conservatrice se réorganiser après le discrédit de Vichy.

Les débuts de la construction européenne (débats sur la CED) secouèrent les forces politiques.

Fiche 31. La crise algérienne de la République française et la naissance d'un nouveau régime

La guerre d'Algérie fut un facteur déterminant de la chute de la IVe République et de la naissance de la Ve République.

La Crise Algérienne de la IVe République

La guerre d'Algérie (1954-1962, « Toussaint rouge ») fut un conflit majeur pour la France (slogans comme « l'Algérie, c'est la France »).

L'escalade de la violence (massacres de Philippeville 1955, envoi du contingent) et l'impasse politique (insurrection du FLN, « journée des tomates » à Alger, bataille d'Alger avec la torture) achevèrent la IVe République.

La révolte d'Alger (13 mai 1958) entraîna la chute du régime et le retour de De Gaulle au pouvoir.

La Guerre d'Algérie Cisèle la Vᵉ République

La question algérienne fut traitée par De Gaulle comme un « domaine réservé ». Son verbe présidentiel (« je vous ai compris », « paix des braves », « Algérie algérienne ») devint un outil d'action.

La guerre renforça le poids du président (légitimité par référendum, article 16).

La réforme constitutionnelle de 1962 (élection présidentielle au suffrage universel direct) fut une conséquence directe de la crise algérienne.

La Mémoire de la Guerre Hante la Vᵉ République

La mémoire de la guerre d'Algérie fut longtemps refoulée (lois d'amnistie, accueil des harkis et pieds-noirs).

Elle ressurgit dans les années 1980 (ascension du Front national, entrée dans les programmes scolaires).

La mémoire française resta plurielle (hommages aux différents groupes, loi sur le rôle positif de la colonisation, débats sur le 17 octobre 1961 et la torture).

Fiche 32. Les débuts de la Ve République : un projet liant volonté d'indépendance nationale et modernisation du pays

La Ve République, fondée en 1958, fut l'instrument d'une « certaine idée de la France » sur la scène internationale et à l'intérieur.

La Constitution de 1958 pour le Sursaut

La Constitution, rédigée sous la direction de Michel Debré, s'inspira du discours de Bayeux de De Gaulle. Elle instaura un exécutif fort (président de la République arbitre, élu pour 7 ans au suffrage universel indirect, Premier ministre dirigeant l'action du gouvernement, parlement bicaméral). Les législatives de 1958 donnèrent une majorité gaulliste.

L'élection présidentielle de 1965 au suffrage universel direct (première depuis 1848) consolida les institutions et popularisa le président.

Une Constitution Taillée pour « l'Indépendance Nationale »

De Gaulle mena une politique d'« indépendance nationale » (« grand dessein ») : décolonisation (Communauté française), force de dissuasion nucléaire (1960), sortie du commandement intégré de l'OTAN (1966), diplomatie indépendante (reconnaissance de la Chine 1964, critique de l'engagement américain au Vietnam).

L'Europe fut conçue comme un moyen pour la France d'exercer sa puissance (mise en place du Marché commun, PAC), mais De Gaulle s'opposa à la supranationalité (crise de la chaise vide 1965) et rejeta la candidature britannique.

La Modernisation du Pays

L'État volontariste s'appuya sur la haute fonction publique (ENA). La planification (Commissariat au plan) devint une « ardente obligation ». Des grands programmes industriels (Concorde, plan Calcul) et de recherche furent lancés.

L'aménagement du territoire (Datar 1963) mena à la décentralisation industrielle, la construction de logements (ZUP, grands ensembles) et la création de « métropoles d'équilibre » (1964) et « villes nouvelles ».

La gouvernance gaullienne, bien que contestée (Mai 68), fut adaptable (réforme de l'université, régionalisation).

Fiche 33. Renouveau et transformations de la société et de la culture françaises (1944-1974)

Les « Trente Glorieuses » (1944-1974) furent une période de profondes mutations sociales et culturelles.

Une Population Rajeunie et en Croissance

La France connut un dynamisme démographique sans précédent (baby-boom après 1942, avec une natalité à 867 000 en 1947). L'immigration augmenta.

La société se transforma : niveau de vie triplé, consommation de masse, féminisation de la population active, accession à l'électroménager (Darty 1957) et aux hypermarchés (Carrefour 1963). La voiture (« bataille de la 4CV ») symbolisa cette évolution.

Des inégalités persistèrent malgré les mutations (déséquilibre Paris-province, manque de logements, persistance de bidonvilles). L'accès aux vacances se démocratisa, mais les agriculteurs et ouvriers en bénéficiaient moins.

Les Mutations Culturelles

La culture de consommation de masse se développa (Mythologies de Roland Barthes, société de consommation de Jean Baudrillard). Le « Livre de Poche » (1953) et la bande dessinée devinrent populaires. La radio (Europe 1) et la télévision (ORTF) se développèrent.

La culture fut marquée par les clivages idéologiques (duel Aron-Sartre) et l'américanisation (jazz, rock, yé-yé). Les « maisons de la culture » de Malraux (dès 1961) visèrent à démocratiser l'accès à la culture.

Chapitre 11. Un tournant social, politique et culturel, la France de 1974 à 1988

Les années 1974-1988 furent celles d'une société en mutations profondes, confrontée aux enjeux de l'alternance politique.

Fiche 34. L'alternance politique avec l'élection de François Mitterrand

L'élection de Valéry Giscard d'Estaing (1974) et de François Mitterrand (1981) marqua des alternances politiques.

Bipolarisation ou Recentrage Politique ?

Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) prétendit gouverner au Centre (« société libérale avancée ») mais fut confronté à l'opposition des gaullistes (Jacques Chirac) et aux critiques sur ses réformes (loi Veil sur l'IVG 1975, majorité à 18 ans).

La recomposition de la droite vit la création du RPR (Chirac 1976) et de l'UDF (Giscard 1978).

La gauche s'unit sous l'impulsion de François Mitterrand (secrétaire général du PS en 1971, programme commun de gouvernement en 1972). Le « quadrille bipolaire » décrivit la vie politique.

Mitterrand, l'Alternance Politique

L'élection présidentielle de 1981 fut une victoire historique de François Mitterrand (premier président de gauche, « force tranquille »), avec la participation de ministres communistes.

Le gouvernement de Pierre Mauroy (1981-1984) mena des réformes importantes (abolition de la peine de mort, retraite à 60 ans, 39 heures, nationalisations, décentralisation). La réforme Savary sur l'enseignement privé provoqua de grandes manifestations.

La cohabitation (1986-1988) fut une expérience inédite, avec Jacques Chirac Premier ministre. Elle montra les tensions entre le président et le chef du gouvernement.

Une Politique Étrangère Adaptée mais en Continuité

La politique étrangère de VGE chercha une « synthèse difficile » entre amitié américaine et un certain neutralisme (« finlandisation »).

Le premier mandat de Mitterrand (1981-1988) fut marqué par la continuité de la politique étrangère (soutien au déploiement des euromissiles, « armée de la paix »). La « rigueur » de 1983 permit de poursuivre la construction européenne.

Fiche 35. Une société en mutations

Les années 1974-1988 furent celles d'une société en profondes mutations, notamment pour les femmes et les jeunes.

Femmes et Jeunes : des Mutations Profondes

L'évolution de la place et des droits des femmes fut significative : légalisation de la contraception (lois Neuwirth 1967, 1974), droit à l'avortement (loi Veil 1975). Leur autonomie économique s'accrut.

La place des jeunes (génération du baby-boom) s'affirma : abaissement de la majorité à 18 ans (1974), nouvelles aspirations (liberté sexuelle, consommation). Le chômage de masse les toucha.

Une Société Ébranlée

L'insécurité sociale et économique fut marquée par la stagflation (inflation et chômage élevés), la désindustrialisation et la montée du chômage (franchissement du million de chômeurs en 1978). Les politiques économiques ne modifièrent guère cette tendance.

La question de la peine de mort (abolie en 1981 par Robert Badinter) fut un débat majeur.

Le sida apparu en France en 1982-1983 (découverte par Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier) devint un défi sanitaire et social, entraînant des actions de prévention et de lutte contre la discrimination.

Immigration et Intégration

L'immigration, organisée par l'ONI, fut relancée par le regroupement familial (1976). Elle devint un flux continu, principalement maghrébine.

La « préférence française » (Jean-Marie Le Pen) et le mouvement « Touche pas à mon pote » (SOS Racisme 1984) illustrèrent les débats sur l'intégration et la montée de la xénophobie, entraînant un durcissement de la politique migratoire.

Fiche 36. Enseignement, audiovisuel et culture

Les décennies 1970-1980 furent marquées par des défis dans l'enseignement, l'audiovisuel et la culture.

La Volonté de Démocratiser l'Enseignement

Le collège unique (loi Haby 1975) visa à massifier l'enseignement secondaire.

Le projet d'un « grand service public, unifié et laïque » (Savary 1981) pour l'enseignement échoua face à la mobilisation de l'enseignement privé.

Le défi universitaire fut marqué par l'explosion du nombre d'étudiants (loi Faure 1968) et la contestation (réforme Devaquet 1986).

Un Paysage Audiovisuel en Évolution

La libéralisation de l'audiovisuel commença avec Giscard d'Estaing (éclatement de l'ORTF 1974, création de TF1, Antenne 2, FR3), puis s'accéléra avec Mitterrand (loi sur les radios privées 1981, création de chaînes privées comme Canal+ 1984, privatisation de TF1 1987).

Politique Culturelle et Nouvelles Formes de Culture

Le volontarisme (Malraux, Pompidou, Giscard d'Estaing) et l'effacement caractérisèrent la politique culturelle. Les « chantiers du président » (Musée d'Orsay) marquant les années Giscard.

L'« impératif culturel » sous Jack Lang (ministre de la Culture à partir de 1981) doubla le budget de la culture, avec des initiatives comme le prix unique du livre et la « Fête de la musique » (1982).

De nouvelles formes de culture se développèrent (massification, diversification des pratiques, popularisation du Walkman, des jeux vidéo, des tags).

Chapitre 12. Une République qui s'adapte

La Vᵉ République, stable, se reforma face aux défis.

Fiche 37. La Ve République, un régime stable qui se réforme

Les institutions de la Vᵉ République, solides, furent confrontées aux défis posés par les cohabitations et la modernisation.

La République des Cohabitations

Le second septennat de François Mitterrand (réélu en 1988) fut marqué par l'« ouverture » et des difficultés politiques (succession de Premiers ministres, affaires).

Les deux mandats de Jacques Chirac (1995-2007) furent d'abord marqués par une cohabitation (avec Lionel Jospin 1997-2002), puis par des réformes (passage au quinquennat).

La politique étrangère de Chirac continua les orientations gaulliennes (soutien au développement durable, multilatéralisme, opposition à l'intervention en Irak 2003).

Le Renouveau de la Vie Politique

L'élection présidentielle de 2007 (Nicolas Sarkozy) marqua le retour du combat politique (« rupture », « travailler plus pour gagner plus »). La crise de 2008 modifia les politiques économiques.

La présidence de François Hollande (2012-2017) fut celle du « président normal », avec des réformes sociétales (« mariage pour tous ») et la lutte contre le terrorisme.

L'élection d'Emmanuel Macron (2017) bouleversa le paysage politique (« décomposition et recomposition » des partis traditionnels, mouvement des « gilets jaunes »). Sa réélection en 2022 fut marquée par un fort vote contestataire.

Une Gouvernance Renouvelée

La décentralisation (loi de 1982, Acte II en 2002) transforma la gouvernance française en transférant des compétences aux collectivités territoriales (régions, départements, EPCI). Le principe de subsidiarité fut adopté.

L'influence de l'Europe (traité de Maastricht) sur la gouvernance française fut majeure (indépendance de la Banque de France, euro, harmonisation des législations).

Fiche 38. La République face aux défis sociétaux

La Vᵉ République s'adapta aux défis sociétaux (laïcité, parité, droits nouveaux).

Quelle Laïcité ?

La laïcité, principe fondamental de la République, fut remise en cause par l'affirmation de l'islam. L'« affaire des foulards de Creil » (1989) et la loi sur la laïcité à l'école (2004) mirent en lumière les tensions.

Le port du voile intégral (burqa, burkini) souleva des débats sur l'ordre public et l'intégration. Olivier Roy analysa la confusion entre laïcité et sécularisation.

La Parité

Le principe de parité (représentation égale des sexes) s'imposa dans la sphère politique (modification de la Constitution en 1999, loi sur la parité 2000).

L'égalité professionnelle (loi Roudy 1983, loi Génisson 2001, loi Copé-Zimmermann 2011) fut un autre chantier majeur.

Toujours Plus de Droits ?

Le pacs (pacte civil de solidarité), créé en 1999, reconnut le concubinage et les unions homosexuelles.

Le « mariage pour tous » (loi de 2013) ouvrit le mariage aux personnes de même sexe, suscitant de vifs débats (mouvement de la « Manif pour tous »).

D'autres revendications émergèrent (accès à la PMA pour les couples homosexuels, légalisation de la GPA, euthanasie), confrontant les avancées de la médecine et la législation (lois Leonetti 2005, Claeys-Leonetti 2016).

Conclusion

Ce document exhaustif a exploré les dynamiques complexes de l'histoire contemporaine, des crises des démocraties des années 1930 à l'émergence d'un monde multipolaire. Chaque thème, qu'il s'agisse des totalitarismes, des guerres mondiales, de la guerre froide, de la décolonisation, ou des mutations de la France, révèle des enjeux profonds et des transformations sociopolitiques majeures.

L'analyse des documents et des fiches thématiques a mis en lumière l'interdépendance des événements et la complexité des réponses apportées par les acteurs internationaux et nationaux. Les notions de fragilité démocratique, de brutalité totalitaire, de quête d'indépendance nationale, de construction européenne, de défis migratoires et sociétaux se recoupent et soulignent l'évolution constante de notre monde.

En définitive, cette étude offre un cadre solide pour comprendre les racines des problématiques actuelles et pour aborder avec discernement les défis à venir, en France et à l'échelle mondiale.

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