Sources et politiques du chômage
27 cartesAnalyse des causes conjoncturelles et structurelles du chômage, des institutions influençant le marché du travail, ainsi que des politiques macroéconomiques, d'allègement du coût du travail, de formation et de flexibilisation visant à réduire le chômage.
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Le Chômage : Définitions, Sources et Politiques de Lutte
Définitions et Indicateurs Clés
Le chômage, selon le Bureau International du Travail (BIT), désigne une situation où une personne : i) n'a pas d'emploi, ii) est disponible pour en prendre un sous 15 jours, iii) cherche activement un emploi. La population active regroupe l'ensemble des personnes occupant un emploi ET les chômeurs.
Deux indicateurs permettent de mesurer la situation de l'emploi :
- Taux de chômage = (en France : 7,3 % en 2022)
- Taux d'emploi = (en France : 70 % en 2022)
Le sous-emploi regroupe les individus occupant un emploi mais ne travaillant pas à temps plein alors qu'ils le souhaiteraient (exemple : temps partiel subi).
Les Sources du Chômage
A. Chômage Conjoncturel
Selon John Maynard Keynes, les entreprises anticipent la demande de leurs clients avant de lancer la production. Lors d'une bonne conjoncture économique, elles anticipent une demande élevée, augmentent leur production et embauchent. Inversement, en période de crise, elles réduisent leur production et licencient.
Les fluctuations conjoncturelles désignent les variations à court terme de la situation économique (PIB, prix, chômage). Le chômage conjoncturel est la part du taux de chômage liée à ces variations de l'activité économique. Ce type de chômage est particulièrement sensible aux crises et aux cycles économiques.
B. Chômage Structurel
Le chômage structurel est la part du taux de chômage dépendant de la structure du marché du travail, indépendamment de la conjoncture. Même en période de bonne santé économique, ce chômage persiste en raison de plusieurs facteurs.
1. Les Institutions du Marché du Travail
Les institutions — règles écrites ou non orientant les comportements — influencent le chômage. Deux institutions majeures affectent l'emploi :
- Salaire minimum (SMIC) : En France, le SMIC est de 1400 € par mois. Pour certaines activités peu profitables (agriculture, par exemple), les entreprises seraient prêtes à embaucher à bas salaire, mais c'est interdit. Elles renoncent donc à embaucher, créant du chômage structurel.
- Règles de protection de l'emploi : Délai de préavis de licenciement (2 mois en France), indemnités de licenciement, et possibilité de recours juridique rendent l'embauche plus risquée et coûteuse. Les entreprises deviennent plus prudentes et embauchent moins.
Nuance importante : Ces institutions peuvent aussi avoir des effets positifs. En cas de monopsone (un seul employeur majeur dans une région), l'instauration d'un salaire minimum peut relever les salaires trop bas et augmenter l'emploi en convaincant davantage de chômeurs à travailler.
2. Problèmes d'Appariement
Un problème d'appariement est une inadéquation entre les emplois proposés par les entreprises et les demandes des chômeurs. Trois formes d'inadéquation existent :
- Inadéquation spatiale : Les candidats potentiels ne se trouvent pas au lieu des emplois disponibles (exemple : chômage élevé dans le Nord, emplois disponibles dans le Sud durant les vendanges).
- Inadéquation de qualifications : Les emplois disponibles exigent des compétences différentes de celles des chômeurs (exemple : offres en informatique, mais chômeurs sans qualification en informatique).
- Frictions : Délai nécessaire pour retrouver un emploi après une perte d'emploi, dû au temps passé à rédiger des candidatures, passer des entretiens, etc.
3. Asymétries d'Information
L'employeur dispose de moins d'informations que le travailleur sur sa productivité réelle, créant deux problèmes :
- Sélection adverse (avant l'embauche) : L'entreprise, incertaine sur la productivité du candidat, propose un salaire moyen. Les candidats efficaces refusent (ils savent valoir mieux), tandis que les moins efficaces acceptent. Résultat : l'entreprise n'embauchera que des travailleurs peu efficaces, limitant ses recrutements.
- Aléa moral (après l'embauche) : L'employeur ne peut pas facilement détecter si le salarié se « tire au flanc ». Le salarié, conscient de cette difficulté, peut réduire son effort sachant qu'il risque peu d'être découvert.
Une solution unique résout ces deux problèmes : le salaire d'efficience, un salaire élevé versé par l'entreprise pour augmenter la productivité. D'une part, il attire les candidats productifs. D'autre part, il incite les salariés à ne pas se désengager (peur de perdre un emploi bien rémunéré). Cependant, le recours au salaire d'efficience augmente le coût du travail, réduisant les embauches et augmentant le chômage structurel.
Politiques de Lutte Contre le Chômage
A. Politiques Macroéconomiques de Soutien de la Demande Globale
Ces politiques visent à relancer la demande globale — la quantité totale de biens et services demandés par les ménages, les entreprises et l'État — pour combattre le chômage conjoncturel :
- Politique monétaire expansionniste : La banque centrale baisse les taux d'intérêt directeurs. Les banques commerciales, pouvant emprunter à bas coût, accordent davantage de crédits aux ménages et aux entreprises. Ceux-ci consomment et investissent davantage (achat de voitures, construction de locaux, achat de machines), augmentant la demande. Les entreprises réagissent en augmentant leur production et leurs embauches, réduisant le chômage conjoncturel.
- Politique budgétaire expansionniste (relance) : L'État augmente ses dépenses (routes, embauches d'enseignants, subventions aux petites entreprises, programmes de formation) et diminue ses recettes (baisse des impôts sur le revenu, les sociétés, ou TVA). Cette augmentation des dépenses relance la demande, poussant les entreprises à augmenter leur production et à embaucher, réduisant ainsi le chômage conjoncturel.
B. Politiques d'Allègement du Coût du Travail
Le coût du travail pour une entreprise = salaire net du travailleur + cotisations sociales. (Exemple : un salarié touchant 2000 € net coûte environ 3300 € à l'entreprise).
Quand le coût du travail augmente, les entreprises : i) réduisent les embauches et investissent dans des machines, ii) se délocalisent vers des pays où les salaires sont plus bas. Les politiques d'allègement du coût du travail consistent principalement à réduire les cotisations sociales, rendant l'embauche plus attractive.
C. Politiques de Formation
Ces politiques visent à améliorer l'adéquation entre les compétences des travailleurs et les besoins des entreprises, réduisant les problèmes d'appariement et le chômage structurel :
- Créer ou supprimer des filières universitaires selon les besoins des entreprises
- Favoriser les stages et l'alternance (étude à mi-temps, emploi à mi-temps en entreprise)
- Encourager la formation continue tout au long de la carrière (exemple : Compte Professionnel de Formation — CPF — permettant aux travailleurs d'accumuler des droits de formation)
D. Politiques de Flexibilisation du Marché du Travail
Un marché du travail est flexible si les entreprises peuvent facilement adapter le volume total d'heures de travail en fonction de la demande. Deux types de flexibilité existent :
- Flexibilité externe : Capacité à embaucher ou licencier facilement (contrats à durée déterminée — CDD —, intérim, auto-entrepreneurs, réduction du délai de préavis, réduction des indemnités de licenciement).
- Flexibilité interne : Capacité à modifier le nombre d'heures travaillées (heures supplémentaires, réduction du temps de travail).
Les politiques de flexibilisation modifient ou suppriment les règles de protection de l'emploi, permettant aux entreprises d'adapter plus facilement leurs effectifs. Cela réduit le chômage structurel mais augmente la précarité des emplois : contrats moins stables, salaires plus variables, incertitude accrue pour les travailleurs face à l'avenir.
Résumé des Points Clés
- Le chômage se compose du chômage conjoncturel (lié aux fluctuations économiques) et du chômage structurel (lié à la structure du marché du travail).
- Les institutions, les problèmes d'appariement et les asymétries d'information sont les trois piliers du chômage structurel.
- Les politiques macroéconomiques combattent le chômage conjoncturel en stimulant la demande globale.
- Les politiques d'allègement du coût du travail, de formation et de flexibilisation visent à réduire le chômage structurel.
- Depuis les années 1980, le chômage augmente, justifiant la diversité des approches politiques pour le combattre.
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