Sociologie de la Déviance
10 cartesCe cours explore la sociologie de la déviance, examinant ses définitions, la construction sociale des normes et des problèmes sociaux. Il analyse également des recherches clés sur la déviance, l'apprentissage des conduites déviantes et la stigmatisation.
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Voici un résumé du cours de sociologie de la déviance, axé sur une présentation du contenu avec des highlights, comme une anti-sèche.
Qu'est-ce que la Déviance en Sociologie ?
La déviance est un comportement qui s'écarte des normes généralement admises dans une société donnée. Elle intéresse la sociologie car elle révèle les règles, les transgressions et les réactions sociales.
Conditions d'Existence de la Déviance (pour la sociologie) :
Existence d'une norme.
Comportement de transgression.
Stigmatisation ou réaction sociale.
1) L'Existence d'une Norme
Déviance : Le comportement qui s'écarte des normes admises. Définie par rapport à la norme qu'elle transgressive (Howard Becker, "Outsiders").
Normes sociales : Principes, modèles de conduite propres à un groupe social donné.
La socialisation est l'apprentissage diffus, implicite de ces normes, infra-conscient mais aux effets puissants.
Les normes varient selon les groupes sociaux (famille, milieu social, nation).
L'intériorisation desnormes peut provoquer des réactions incontrôlables (honte, dégoût).
2) Les Catégories "Norme" et "Déviance" : Hétérogènes
Différents types de normes sociales (règles formelles ou accordsinformels).
Toutes les normes sociales ne sont pas juridiques (ex: tromperie). Certaines le sont (ex: vol).
La déviance est hétérogène : formes variées d'écarts de conduite.
Un point commun : l'existence d'une sanction (punition légale, désapprobation sociale). La sanction est un bon moyen de repérer la norme.
3) La "Norme" et la "Déviance" : desConstructions Sociales
Ce qui est déviant dépend de la société et de l'époque. Non universelles, non naturelles.
Variations : selon le lieu (manière de manger), dans le temps (cigarette, avortement).
Norbert Elias, "La Civilisation des mœurs" : "Abaissement des seuils de tolérance".
L'avortement : d'une déviance sanctionnée à une "déviance légale" mais encore socialement réprouvée.
Les normes ne sont pas toujours unanimement partagées, mais il existe des normes dominantes.
Howard Becker : l'individu peut ne pas accepter la norme ou la légitimité de ceux qui le jugent.
4) Implication pour la Sociologie : la Construction Sociale des "Problèmes Sociaux"
Rémi Lenoir : Un problème social est un phénomène qui pose un problème à une société à un moment donné (présent dans l'actualité et le discours politique).
Écart possible entre l'ampleur réelle et la perception du problème (ex: délinquance juvénile - Marwan Mohammed).
La prostitution : d'abord tolérée, puis "à abolir" (Lilian Mathieu) viaune re-définition comme atteinte à la dignité, renforcée par l'arrivée de prostituées étrangères.
Le travail sociologique doit prendre de la distance et rompre avec l'évidence que le phénomène est un "problème en soi".
Les problèmes sociaux sont des "constructions sociales" qu'il faut déconstruire.
Un Comportement de Transgression de la Norme
Pourquoi, à tel moment, dans telles conditions, un individu transgresse-t-il une norme ?
Approches sociologiques de la transgression :
L'approche culturaliste
L'approche inégalitariste
1) L'Approche Culturaliste (École de Chicago, années 1930-40)
La déviance est le produit d'un milieu, une sous-culture propre à un milieu particulier.
Les actes délinquants sont des réactions normales d'individus qui obéissent à des normes déviantes.
A) La déviance est une réponse à la "Désorganisation Sociale"
W.I. Thomas et F. Znaniecki, "Le paysan polonais" : l'immigration aux US perturbe l'organisation sociale et affaiblit les groupes "primaires" (famille, communauté).
Ce contexte est propice aux pratiques délinquantes en raison de l'affaiblissement du contrôle social et de la "incertitude morale".
Clifford Shaw et Henry McKay : Étude des "zones délinquantes" où la délinquance devient un comportement "normal".
B) Une Sous-Culture qui s'acquiert par l'Éducation Déviante
On devient délinquant par familiarisation aux normes du groupe déviant (Edwin Sutherland).
Apprentissage dans l'interaction :
Des techniques (savoir-faire pour voler).
Des motifs, justifications, "idéologie" qui légitime la déviance.
Marwan Mohammed : la bande est un "pôle normatif" avec un pouvoir de socialisation.
La "Seconde École de Chicago" approfonditl'étude des groupes déviants et de leurs normes.
Howard Becker souligne que les délinquants s'organisent et répondent à leurs propres normes.
Concept de "carrière déviante" : processus par lequel un individu apprend à être "pleinement déviant".
C) Le Conflit de Cultures
Albert Cohen, "Delinquent Boys" : La sous-culture délinquante se définit par le conflit avec la société "normale".
La bande confère un sentiment d'appartenance qui entre en conflit avec les institutions de la "normalité" (famille, école).
Les jeunes des milieux populaires trouvent un "refuge symbolique" dans les bandes face aux désillusions scolaires età la perte de légitimité familiale.
2) L'Approche Inégalitariste (Robert Merton, "Social Structure and Anomie")
Merton étudie le comportement dans une perspective sociologique, s'éloignant des explications biologiques ou psychologiques.
La déviance est une réponse normale à une situation sociale, un mode d'adaptation.
Les deux éléments de la structure sociale selon Merton :
Buts, objectifs légitimés et valorisés par la société (ex: succès financier).
Moyens légitimes d'atteindre ces objectifs (ex: travail, études).
La déviance est le résultat d'un décalage entre ces buts et ces moyens.
Dans la société américaine "moderne", l'accent est mis sur les objectifs plutôt que sur les moyens.
La société valorise tellement l'accès aux objectifs qu'elle récompense implicitement l'usagede moyens interdits.
Cinq modes d'adaptation à ce décalage :
Mode d'Adaptation | Acceptation des Buts | Acceptation des Moyens | Description / Exemple |
Conformisme | Oui | Oui | Le plus courant, la personne suit les règles. |
Innovation | Oui | Non | Déviance. Objectifs acceptés, mais moyens légitimes refusés (ex: délinquance, fraude). |
Ritualisme | Non | Oui | Déviance. Objectifs abandonnés, mais les moyens sont respectés (ex: routine bureaucratique). |
Évasion | Non | Non | Déviance. Refus desobjectifs et des moyens (ex: SDF, marginaux). |
Rébellion | Nouveaux buts | Nouveaux moyens | Déviance. Volonté de changer l'ordre social (ex: révolutionnaires). |
Lien fort entre délinquance et pauvreté, surtout quand les objectifs de succès financier sont très forts mais les moyens légitimes inaccessibles.
3) Implication pour la Sociologie : l'Individu comme ÊtreSocial
Émile Durkheim : les actes qui paraissent individuels (suicide, crime) sont en réalité influencés par la société.
Le taux de suicide varie selon les pays et reste stable dans le temps, prouvant une "empreinte sociale".
La perspective sociologique rompt avec les interprétations:
biologiques (Lombroso, "gène de la délinquance").
psychologiques (défauts de personnalité).
La Stigmatisation de la Transgression
Pour qu'une personne soit déviante, il faut une "réaction sociale", un "étiquetage", une "désignation", une "stigmatisation".
Déviance Primaire et Secondaire (Edwin Lemert)
Primaire : Comportement déviant initial sans conséquence durable sur l'identité.
Secondaire : Réaction à la transgression qui conduit à l'étiquetage et à l'intégration de l'identité déviante.
Erving Goffman ("Asiles", "Stigmate") et Howard Becker ("Outsiders") soulignent que le stigmate est construit et renforcé dans l'interaction.
A) Être Désigné commeDéviant (Howard Becker)
La déviance n'est pas une propriété du comportement, mais un produit de l'interaction entre la personne et celles qui réagissent à son acte.
"Le déviant est celuiauquel l'étiquette a été appliquée avec succès."
L'écart est possible entre la transgression et l'étiquetage. (ex: inceste).
Typologie de Becker :
Obéit à la règle | Transgresse la règle | |
Perçu comme ayant obéi | Conformiste | Secrètement déviant |
Perçu comme ayant transgressé | Faux accusé | Purement déviant |
Les groupes sociaux (classe, genre, âge) sont inégalementface à l'étiquetage. (ex: délinquance des jeunes des milieux populaires vs. homme d'affaires).
Les filles sont moins désignées comme déviantes que les garçons, souvent excusées ou leur déviance attribuée à des fragilités.
Les Effets de l'Étiquetage :
L'étiquetage a des effets durables, renforçant l'interprétation des actes selon l'étiquette (Everett Hughes).
Il est difficile de se défaire d'une étiquette une fois posée.
L'adhésion à l'étiquette peut transformer la personnalité : la déviance comme "rôle" endossé.
Le Rôle des Entrepreneurs de Morale
Les entrepreneurs de morale sont les acteurs à l'origine des normes sociales qui définissent un acte comme déviant.
Ils créent de nouvelles normes et de nouvelles formes de déviance (Howard Becker).
Edwin Lemert : lesinstances de contrôle social créent l'infraction.
Deux types d'entrepreneurs de morale :
Ceux qui créent les normes (souvent des personnes en position dominante).
Ceux qui les font appliquer (identifient et désignent les déviants).
Exemple de Delphine Serre sur les professionnels de la petite enfance comme entrepreneurs de morale définissant la déviance éducative ou corporelle (enfant roi, replié, délaissé).
A) La Questiondes Relations de Pouvoir et de Domination
Les normes sont imposées par des groupes dominants via les institutions (État, Justice, École).
Michel Foucault ("Surveiller et Punir") : contrôleet "domestication" des corps par les institutions formellement mandatées.
Connaissances scientifiques (diététique, santé) génèrent de nouvelles catégories de déviance (manger mal, surpoids) et de nouveaux entrepreneurs de morale.
B) La Question de la Neutralité du Regard Sociologique
Le sociologue n'est pas un entrepreneur de morale. (Max Weber, Durkheim sur le crime).
La neutralité sociologique étudie les phénomènes de déviance en dehors des catégories et définitions officielles.
Howard Becker utilise une terminologie neutre (ex: "fumeurs de marijuana" au lieu de "drogués") pour prendre de la distance.
La sociologie est une science amorale (non normative), elle explique et comprend, mais n'excuse pas ou ne justifie pas (Bernard Lahire).
Elle désindividualise (replace les intentions dans les conditions sociales) mais ne déresponsabilise pas lesindividus.
Exemples Détaillés de Recherches en Sociologie de la Déviance
Erving Goffman, "Asiles" (1961)
Enquête ethnographique (immersion 1 an dans un hôpital psychiatrique).
Étudie les effets des "institutions totales" sur les individus.
I.1 Les Institutions "Totales"
Lieu de résidence et de travail où un grand nombre d'individus, coupés du monde extérieur, mènent une vie recluse et minutieusement réglée.
Cinq types d'institutions totales (orphelinats, hôpitaux psy, prisons, bases militaires, couvents).
Cinq points communs : isolement, indistinction des domaines de vie, règlement bureaucratique, promiscuité, surveillance.
I.2 Les Transformations du "Moi" par l'Institution Sociale
Imposition d'une identité de malade mental par l'institution (théorie de l'étiquetage).
L'entrée dans l'institution et l'interprétation des antécédents comme des symptômes renforcent cette étiquette.
Techniques de mortification de la personnalité : isolement, cérémonies d'admission (fouille, photos), dépouillement,dégradation de l'image de soi, contamination physique/morale, perte d'autonomie.
I.3 Les Adaptations Primaires et Secondaires
Adaptations primaires : Conformes aux attentes de l'institution ("se tenir peinard").Souvent encouragées par des "privilèges".
Adaptations secondaires : Techniques clandestines pour modifier les conditions de vie et prouver une autonomie résiduelle. (ex: expédients, exploitation du système, utilisation de zones franches, dérivatifs, accumulations d'objets).
Ces échappatoires ont des profits matériels et surtout symboliques pour le "moi".
Conclusion : Étude du processus d'étiquetage et ses effets, ruptures avec les points de vue officiels.
Howard Becker, "Comment devient-on fumeur de Marijuana ?" (dans "Outsiders")
II.1 La Carrière ou l'Apprentissage de l'Activité Déviante
Critique des approches génétiques/psychologiques.
"Ce ne sont pas les motivations déviantes qui conduisent au comportement déviant, mais, à l'inverse, c'est le comportement déviant qui produit, au fil du temps, la motivation déviante."
La motivation déviante est lerésultat de l'apprentissage de l'activité déviante.
Concept de "carrière déviante" : processus par étapes (avec "sorties" possibles).
II.2 Apprendre à Pratiquer l'Activité Déviante
Apprentissage en interaction dans un groupe de fumeurs :
Technique (dosage, rejet de fumée).
Perception des effets (reconnaître les symptômes).
Goût pour les effets (plaisir, socialement acquis).
II.3 Apprendre à Gérer le Contrôle Social
Résister aux contrôles sociaux (police, famille).
Apprendre à s'approvisionner, garder le secret (masquer odeurs, comportements).
Moralité : Rationaliser sa pratique, récuser l'image négative du drogué, penser que les critiques "n'y connaissent rien". C'est une "carrière morale".
Conclusion : Exemplarité de l'apprentissage au sein d'une sous-culture déviante, sociologie interactionniste.
Muriel Darmon, "Devenir Anorexique" (2003)
Lien avec Goffman et Becker (méthodologie : observation, entretiens, dossiers).
III.1 Objectifs et Positionnements de la Recherche
Étudier l'anorexie comme une pratique socialement construite, noncomme une maladie intrinsèque.
L'anorexie est une maladie institutionnalisée, il faut faire l'histoire de son diagnostic.
III.2 Les Conditions Sociales d'Émergence du Diagnostic
Historiquement, se priver de nourriture était perçu religieusement (Moyen Âge).
Au XIXe siècle, médicalisation du phénomène : déclin de l'autorité religieuse, essor de la médecine et de la pesée.
III.3 LaCarrière Anorexique
Un "travail de transformation de soi" (corporel, scolaire, culturel).
Phase 1 : "Commencer"
Engagement volontariste et radical demodification, pas un simple régime.
Peut être encouragé par des entrepreneurs de morale (médecins, famille).
La carrière ne commence pas par un acte déviant.
Absence de groupe déviant.
Phase 2 : "Continuer"
Intensification et rationalisation du "régime de vie", scientifisation de la perte de poids.
Apprentissage du goût pour la maigreur,la justification par l'héroïsme.
Travail scolaire intense et planifié.
Incorporation d'habitudes rendant l'engagement irréversible.
Phase 3 : "Continuer" (malgré les alertes)
Intervention d'un réseau de surveillance, l'étiquetage intervient.
Travail de "discrétion" et de "leurre" pour maintenir l'engagement.
L'étiquetage peut multiplier les pratiques déviantes.
Phase 4 : "Être prise en charge" ou "S'en remettre à l'institution"
Phase d'arrêt des pratiques anorexiques.
Processus de contre-socialisation, d'imposition identitaire (cf. Goffman).
Les jeunes filles doivent reconnaître leur anorexie.
Modification du corps et des pratiques ("lâcher prise").
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