Sociologie de la Déviance

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Ce cours explore la sociologie de la déviance, examinant ses définitions, la construction sociale des normes et des problèmes sociaux. Il analyse également des recherches clés sur la déviance, l'apprentissage des conduites déviantes et la stigmatisation.

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Question
Qu'est-ce que la déviance en sociologie ?
Réponse
Un comportement qui s’écarte des normes sociales admises dans une société donnée et qui se définit par rapport à la norme qu'il transgresse.
Question
Quels sont les trois éléments nécessaires pour définir une situation de déviance ?
Réponse
Pour la sociologie, une situation de déviance existe s’il y a : une norme, un comportement de transgression et une réaction sociale (stigmatisation).
Question
Que désigne le concept de "carrière déviante" ?
Réponse
Selon Howard Becker, c'est un processus par étapes par lequel un individu apprend à devenir "pleinement déviant" et gère le contrôle social.
Question
Qu'est-ce qu'une "institution totale" ?
Réponse
Selon Erving Goffman, c'est un lieu (prison, asile) où des individus sont coupés du monde extérieur et mènent une vie recluse et réglementée.
Question
En quoi consiste le mode d'adaptation de l'innovation ?
Réponse
Selon Robert Merton, c'est un mode d'adaptation déviant qui consiste à accepter les buts valorisés par la société mais à refuser les moyens légitimes pour les atteindre.
Question
Qui sont les "entrepreneurs de morale" selon Howard Becker ?
Réponse
Ce sont des acteurs qui créent de nouvelles normes sociales (et donc de nouvelles formes de déviance) et ceux qui les font appliquer.
Question
Quelles sont les 3 étapes pour devenir fumeur de marijuana selon Becker ?
Réponse
1. L'apprentissage de la technique pour fumer. 2. L'apprentissage de la perception des effets. 3. L'apprentissage du goût pour les effets.
Question
Que postule l'approche culturaliste de la déviance (École de Chicago) ?
Réponse
C'est une approche qui voit la déviance comme le produit d’une sous-culture propre à un milieu, où les actes délinquants sont des réactions normales.
Question
Que sont les "adaptations secondaires" en institution totale ?
Réponse
Selon Goffman, ce sont des pratiques clandestines qui permettent aux reclus d'obtenir des satisfactions interdites et de prouver leur autonomie.
Question
Qu'illustre la construction sociale des problèmes sociaux ?
Réponse
Le fait qu'un phénomène devient un "problème public" par le traitement médiatique et politique, indépendamment de son ampleur réelle.

Voici un résumé du cours de sociologie de la déviance, axé sur une présentation du contenu avec des highlights, comme une anti-sèche.

Qu'est-ce que la Déviance en Sociologie ?

La déviance est un comportement qui s'écarte des normes généralement admises dans une société donnée. Elle intéresse la sociologie car elle révèle les règles, les transgressions et les réactions sociales.

Conditions d'Existence de la Déviance (pour la sociologie) :

  • Existence d'une norme.

  • Comportement de transgression.

  • Stigmatisation ou réaction sociale.

1) L'Existence d'une Norme

  • Déviance : Le comportement qui s'écarte des normes admises. Définie par rapport à la norme qu'elle transgressive (Howard Becker, "Outsiders").

  • Normes sociales : Principes, modèles de conduite propres à un groupe social donné.

  • La socialisation est l'apprentissage diffus, implicite de ces normes, infra-conscient mais aux effets puissants.

  • Les normes varient selon les groupes sociaux (famille, milieu social, nation).

  • L'intériorisation desnormes peut provoquer des réactions incontrôlables (honte, dégoût).

2) Les Catégories "Norme" et "Déviance" : Hétérogènes

  • Différents types de normes sociales (règles formelles ou accordsinformels).

  • Toutes les normes sociales ne sont pas juridiques (ex: tromperie). Certaines le sont (ex: vol).

  • La déviance est hétérogène : formes variées d'écarts de conduite.

  • Un point commun : l'existence d'une sanction (punition légale, désapprobation sociale). La sanction est un bon moyen de repérer la norme.

3) La "Norme" et la "Déviance" : desConstructions Sociales

  • Ce qui est déviant dépend de la société et de l'époque. Non universelles, non naturelles.

  • Variations : selon le lieu (manière de manger), dans le temps (cigarette, avortement).

  • Norbert Elias, "La Civilisation des mœurs" : "Abaissement des seuils de tolérance".

  • L'avortement : d'une déviance sanctionnée à une "déviance légale" mais encore socialement réprouvée.

  • Les normes ne sont pas toujours unanimement partagées, mais il existe des normes dominantes.

  • Howard Becker : l'individu peut ne pas accepter la norme ou la légitimité de ceux qui le jugent.

4) Implication pour la Sociologie : la Construction Sociale des "Problèmes Sociaux"

  • Rémi Lenoir : Un problème social est un phénomène qui pose un problème à une société à un moment donné (présent dans l'actualité et le discours politique).

  • Écart possible entre l'ampleur réelle et la perception du problème (ex: délinquance juvénile - Marwan Mohammed).

  • La prostitution : d'abord tolérée, puis "à abolir" (Lilian Mathieu) viaune re-définition comme atteinte à la dignité, renforcée par l'arrivée de prostituées étrangères.

  • Le travail sociologique doit prendre de la distance et rompre avec l'évidence que le phénomène est un "problème en soi".

  • Les problèmes sociaux sont des "constructions sociales" qu'il faut déconstruire.

Un Comportement de Transgression de la Norme

Pourquoi, à tel moment, dans telles conditions, un individu transgresse-t-il une norme ?

Approches sociologiques de la transgression :

  1. L'approche culturaliste

  2. L'approche inégalitariste

1) L'Approche Culturaliste (École de Chicago, années 1930-40)

  • La déviance est le produit d'un milieu, une sous-culture propre à un milieu particulier.

  • Les actes délinquants sont des réactions normales d'individus qui obéissent à des normes déviantes.

A) La déviance est une réponse à la "Désorganisation Sociale"

  • W.I. Thomas et F. Znaniecki, "Le paysan polonais" : l'immigration aux US perturbe l'organisation sociale et affaiblit les groupes "primaires" (famille, communauté).

  • Ce contexte est propice aux pratiques délinquantes en raison de l'affaiblissement du contrôle social et de la "incertitude morale".

  • Clifford Shaw et Henry McKay : Étude des "zones délinquantes" où la délinquance devient un comportement "normal".

B) Une Sous-Culture qui s'acquiert par l'Éducation Déviante

  • On devient délinquant par familiarisation aux normes du groupe déviant (Edwin Sutherland).

  • Apprentissage dans l'interaction :

    • Des techniques (savoir-faire pour voler).

    • Des motifs, justifications, "idéologie" qui légitime la déviance.

  • Marwan Mohammed : la bande est un "pôle normatif" avec un pouvoir de socialisation.

  • La "Seconde École de Chicago" approfonditl'étude des groupes déviants et de leurs normes.

  • Howard Becker souligne que les délinquants s'organisent et répondent à leurs propres normes.

  • Concept de "carrière déviante" : processus par lequel un individu apprend à être "pleinement déviant".

C) Le Conflit de Cultures

  • Albert Cohen, "Delinquent Boys" : La sous-culture délinquante se définit par le conflit avec la société "normale".

  • La bande confère un sentiment d'appartenance qui entre en conflit avec les institutions de la "normalité" (famille, école).

  • Les jeunes des milieux populaires trouvent un "refuge symbolique" dans les bandes face aux désillusions scolaires età la perte de légitimité familiale.

2) L'Approche Inégalitariste (Robert Merton, "Social Structure and Anomie")

  • Merton étudie le comportement dans une perspective sociologique, s'éloignant des explications biologiques ou psychologiques.

  • La déviance est une réponse normale à une situation sociale, un mode d'adaptation.

Les deux éléments de la structure sociale selon Merton :

  1. Buts, objectifs légitimés et valorisés par la société (ex: succès financier).

  2. Moyens légitimes d'atteindre ces objectifs (ex: travail, études).

  • La déviance est le résultat d'un décalage entre ces buts et ces moyens.

  • Dans la société américaine "moderne", l'accent est mis sur les objectifs plutôt que sur les moyens.

  • La société valorise tellement l'accès aux objectifs qu'elle récompense implicitement l'usagede moyens interdits.

Cinq modes d'adaptation à ce décalage :

Mode d'Adaptation

Acceptation des Buts

Acceptation des Moyens

Description / Exemple

Conformisme

Oui

Oui

Le plus courant, la personne suit les règles.

Innovation

Oui

Non

Déviance. Objectifs acceptés, mais moyens légitimes refusés (ex: délinquance, fraude).

Ritualisme

Non

Oui

Déviance. Objectifs abandonnés, mais les moyens sont respectés (ex: routine bureaucratique).

Évasion

Non

Non

Déviance. Refus desobjectifs et des moyens (ex: SDF, marginaux).

Rébellion

Nouveaux buts

Nouveaux moyens

Déviance. Volonté de changer l'ordre social (ex: révolutionnaires).

Lien fort entre délinquance et pauvreté, surtout quand les objectifs de succès financier sont très forts mais les moyens légitimes inaccessibles.

3) Implication pour la Sociologie : l'Individu comme ÊtreSocial

  • Émile Durkheim : les actes qui paraissent individuels (suicide, crime) sont en réalité influencés par la société.

  • Le taux de suicide varie selon les pays et reste stable dans le temps, prouvant une "empreinte sociale".

  • La perspective sociologique rompt avec les interprétations:

    • biologiques (Lombroso, "gène de la délinquance").

    • psychologiques (défauts de personnalité).

La Stigmatisation de la Transgression

Pour qu'une personne soit déviante, il faut une "réaction sociale", un "étiquetage", une "désignation", une "stigmatisation".

Déviance Primaire et Secondaire (Edwin Lemert)

  • Primaire : Comportement déviant initial sans conséquence durable sur l'identité.

  • Secondaire : Réaction à la transgression qui conduit à l'étiquetage et à l'intégration de l'identité déviante.

  • Erving Goffman ("Asiles", "Stigmate") et Howard Becker ("Outsiders") soulignent que le stigmate est construit et renforcé dans l'interaction.

A) Être Désigné commeDéviant (Howard Becker)

  • La déviance n'est pas une propriété du comportement, mais un produit de l'interaction entre la personne et celles qui réagissent à son acte.

  • "Le déviant est celuiauquel l'étiquette a été appliquée avec succès."

  • L'écart est possible entre la transgression et l'étiquetage. (ex: inceste).

Typologie de Becker :

Obéit à la règle

Transgresse la règle

Perçu comme ayant obéi

Conformiste

Secrètement déviant

Perçu comme ayant transgressé

Faux accusé

Purement déviant

  • Les groupes sociaux (classe, genre, âge) sont inégalementface à l'étiquetage. (ex: délinquance des jeunes des milieux populaires vs. homme d'affaires).

  • Les filles sont moins désignées comme déviantes que les garçons, souvent excusées ou leur déviance attribuée à des fragilités.

Les Effets de l'Étiquetage :

  • L'étiquetage a des effets durables, renforçant l'interprétation des actes selon l'étiquette (Everett Hughes).

  • Il est difficile de se défaire d'une étiquette une fois posée.

  • L'adhésion à l'étiquette peut transformer la personnalité : la déviance comme "rôle" endossé.

Le Rôle des Entrepreneurs de Morale

  • Les entrepreneurs de morale sont les acteurs à l'origine des normes sociales qui définissent un acte comme déviant.

  • Ils créent de nouvelles normes et de nouvelles formes de déviance (Howard Becker).

  • Edwin Lemert : lesinstances de contrôle social créent l'infraction.

Deux types d'entrepreneurs de morale :

  1. Ceux qui créent les normes (souvent des personnes en position dominante).

  2. Ceux qui les font appliquer (identifient et désignent les déviants).

Exemple de Delphine Serre sur les professionnels de la petite enfance comme entrepreneurs de morale définissant la déviance éducative ou corporelle (enfant roi, replié, délaissé).

A) La Questiondes Relations de Pouvoir et de Domination

  • Les normes sont imposées par des groupes dominants via les institutions (État, Justice, École).

  • Michel Foucault ("Surveiller et Punir") : contrôleet "domestication" des corps par les institutions formellement mandatées.

  • Connaissances scientifiques (diététique, santé) génèrent de nouvelles catégories de déviance (manger mal, surpoids) et de nouveaux entrepreneurs de morale.

B) La Question de la Neutralité du Regard Sociologique

  • Le sociologue n'est pas un entrepreneur de morale. (Max Weber, Durkheim sur le crime).

  • La neutralité sociologique étudie les phénomènes de déviance en dehors des catégories et définitions officielles.

  • Howard Becker utilise une terminologie neutre (ex: "fumeurs de marijuana" au lieu de "drogués") pour prendre de la distance.

  • La sociologie est une science amorale (non normative), elle explique et comprend, mais n'excuse pas ou ne justifie pas (Bernard Lahire).

  • Elle désindividualise (replace les intentions dans les conditions sociales) mais ne déresponsabilise pas lesindividus.

Exemples Détaillés de Recherches en Sociologie de la Déviance

Erving Goffman, "Asiles" (1961)

  • Enquête ethnographique (immersion 1 an dans un hôpital psychiatrique).

  • Étudie les effets des "institutions totales" sur les individus.

I.1 Les Institutions "Totales"

  • Lieu de résidence et de travail où un grand nombre d'individus, coupés du monde extérieur, mènent une vie recluse et minutieusement réglée.

  • Cinq types d'institutions totales (orphelinats, hôpitaux psy, prisons, bases militaires, couvents).

  • Cinq points communs : isolement, indistinction des domaines de vie, règlement bureaucratique, promiscuité, surveillance.

I.2 Les Transformations du "Moi" par l'Institution Sociale

  • Imposition d'une identité de malade mental par l'institution (théorie de l'étiquetage).

  • L'entrée dans l'institution et l'interprétation des antécédents comme des symptômes renforcent cette étiquette.

  • Techniques de mortification de la personnalité : isolement, cérémonies d'admission (fouille, photos), dépouillement,dégradation de l'image de soi, contamination physique/morale, perte d'autonomie.

I.3 Les Adaptations Primaires et Secondaires

  • Adaptations primaires : Conformes aux attentes de l'institution ("se tenir peinard").Souvent encouragées par des "privilèges".

  • Adaptations secondaires : Techniques clandestines pour modifier les conditions de vie et prouver une autonomie résiduelle. (ex: expédients, exploitation du système, utilisation de zones franches, dérivatifs, accumulations d'objets).

  • Ces échappatoires ont des profits matériels et surtout symboliques pour le "moi".

Conclusion : Étude du processus d'étiquetage et ses effets, ruptures avec les points de vue officiels.

Howard Becker, "Comment devient-on fumeur de Marijuana ?" (dans "Outsiders")

II.1 La Carrière ou l'Apprentissage de l'Activité Déviante

  • Critique des approches génétiques/psychologiques.

  • "Ce ne sont pas les motivations déviantes qui conduisent au comportement déviant, mais, à l'inverse, c'est le comportement déviant qui produit, au fil du temps, la motivation déviante."

  • La motivation déviante est lerésultat de l'apprentissage de l'activité déviante.

  • Concept de "carrière déviante" : processus par étapes (avec "sorties" possibles).

II.2 Apprendre à Pratiquer l'Activité Déviante

  • Apprentissage en interaction dans un groupe de fumeurs :

    • Technique (dosage, rejet de fumée).

    • Perception des effets (reconnaître les symptômes).

    • Goût pour les effets (plaisir, socialement acquis).

II.3 Apprendre à Gérer le Contrôle Social

  • Résister aux contrôles sociaux (police, famille).

  • Apprendre à s'approvisionner, garder le secret (masquer odeurs, comportements).

  • Moralité : Rationaliser sa pratique, récuser l'image négative du drogué, penser que les critiques "n'y connaissent rien". C'est une "carrière morale".

Conclusion : Exemplarité de l'apprentissage au sein d'une sous-culture déviante, sociologie interactionniste.

Muriel Darmon, "Devenir Anorexique" (2003)

  • Lien avec Goffman et Becker (méthodologie : observation, entretiens, dossiers).

III.1 Objectifs et Positionnements de la Recherche

  • Étudier l'anorexie comme une pratique socialement construite, noncomme une maladie intrinsèque.

  • L'anorexie est une maladie institutionnalisée, il faut faire l'histoire de son diagnostic.

III.2 Les Conditions Sociales d'Émergence du Diagnostic

  • Historiquement, se priver de nourriture était perçu religieusement (Moyen Âge).

  • Au XIXe siècle, médicalisation du phénomène : déclin de l'autorité religieuse, essor de la médecine et de la pesée.

III.3 LaCarrière Anorexique

  • Un "travail de transformation de soi" (corporel, scolaire, culturel).

  1. Phase 1 : "Commencer"

    • Engagement volontariste et radical demodification, pas un simple régime.

    • Peut être encouragé par des entrepreneurs de morale (médecins, famille).

    • La carrière ne commence pas par un acte déviant.

    • Absence de groupe déviant.

  2. Phase 2 : "Continuer"

    • Intensification et rationalisation du "régime de vie", scientifisation de la perte de poids.

    • Apprentissage du goût pour la maigreur,la justification par l'héroïsme.

    • Travail scolaire intense et planifié.

    • Incorporation d'habitudes rendant l'engagement irréversible.

  3. Phase 3 : "Continuer" (malgré les alertes)

    • Intervention d'un réseau de surveillance, l'étiquetage intervient.

    • Travail de "discrétion" et de "leurre" pour maintenir l'engagement.

    • L'étiquetage peut multiplier les pratiques déviantes.

  4. Phase 4 : "Être prise en charge" ou "S'en remettre à l'institution"

    • Phase d'arrêt des pratiques anorexiques.

    • Processus de contre-socialisation, d'imposition identitaire (cf. Goffman).

    • Les jeunes filles doivent reconnaître leur anorexie.

    • Modification du corps et des pratiques ("lâcher prise").

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