Sociologie Contemporaine : Concepts Majeurs

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Exploration des théories et figures centrales de la sociologie contemporaine : Boudon, Bourdieu, Touraine, Crozier, les mondes sociaux, la société des individus et la réflexivité.

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Question
Comment la famille hypermoderne se différencie-t-elle de la famille classique ?
Réponse
Basée sur l'autonomie et le choix libre (modèle électif), elle privilégie une logique de négociation et de contrat plutôt que l'autorité statutaire.
Question
Quel est le rôle du risque dans la société selon Ulrich Beck ?
Réponse
Le risque (environnemental, social...) devient un principe central qui définit les rapports sociaux, les politiques publiques et les positionnements individuels des acteurs.
Question
Qu'est-ce que la réflexivité dans la sociologie de l'hypermodernité (Giddens, Beck) ?
Réponse
Le regard et l'interprétation que la société et les individus portent sur eux-mêmes, devenant un principe de contrôle social et d'auto-évaluation permanente.
Question
Qu'est-ce que le phénomène de la 'fatigue d'être soi' selon A. Ehrenberg ?
Réponse
C'est un effet pervers de l'hypermodernité, où l'injonction à être performant, responsable et autonome mène à l'épuisement psychologique et à la dépression.
Question
Comment François Dubet définit-il la sociologie de l'expérience ?
Réponse
C'est une approche qui analyse la tension et la discordance entre les logiques d'action des individus et les logiques du système social (le 'programme' institutionnel).
Question
Qu'est-ce que l'expérience de la 'galère' chez les jeunes étudiés par Dubet ?
Réponse
Une combinatoire de trois régimes d'action (violence, combines, demande de protection) face à une expérience éclatée du monde (rage, exclusion, désorganisation).
Question
Quelle distinction est faite entre équité et égalité dans la théorie des cités ?
Réponse
L'équité concerne un accès équivalent aux ressources pour l'action (ex: arbitrage juste), tandis que l'égalité concerne un patrimoine (économique, culturel) équivalent.
Question
Qu'implique la société des individus théorisée par Norbert Elias ?
Réponse
L'individu doit sans cesse redéfinir sa position, faisant de l'existence sociale une épreuve permanente. Il est porteur d'une valeur suprême.
Question
Quelle est la différence entre une notion et un concept en sociologie ?
Réponse
La notion a une fonction politique et est souvent dichotomique, tandis que le concept est un outil scientifique, défini et intégré dans une théorie.
Question
Quelle est la thèse centrale de l'individualisme méthodologique de Raymond Boudon ?
Réponse
Les phénomènes sociaux s'expliquent par l'agrégation des actions et des choix rationnels des individus. Le tout s'explique par les parties.
Question
Comment Boudon distingue-t-il l'action du simple comportement ?
Réponse
L'action est un comportement doté d'une intention, d'une motivation, et d'un sens donné par l'agent, suivant la tradition de Weber.
Question
Qu'est-ce que l'habitus selon Pierre Bourdieu ?
Réponse
Un ensemble de dispositions durables, acquises par l'expérience sociale, qui orientent nos perceptions, nos goûts et nos actions de manière non déterministe.
Question
Définissez le constructivisme structuraliste de Bourdieu.
Réponse
Il combine l'existence de structures sociales objectives (structuralisme) avec la genèse sociale de ces structures et des schèmes de perception des agents (constructivisme).
Question
Quelles sont les quatre formes de capital chez Bourdieu ?
Réponse
Le capital économique, le capital culturel, le capital social et le capital symbolique. Ils sont convertibles et leur distribution crée les hiérarchies sociales.
Question
Comment l'école reproduit-elle les inégalités selon Bourdieu et Passeron ?
Réponse
Elle transforme les différences de capital culturel, hérité de la famille, en inégalités de réussite scolaire, légitimant ainsi la reproduction sociale.
Question
Qu'est-ce qu'un mouvement social selon Alain Touraine ?
Réponse
L'action collective organisée par laquelle un acteur social lutte pour la direction de la société et la maîtrise de l'historicité.
Question
Quels sont les trois principes de la conscience ouvrière chez Touraine ?
Réponse
Le principe d'identité (se définir comme producteur), d'opposition (contre le patron), et de totalité (la société comme système d'action global).
Question
Que signifie le concept d'historicité chez Touraine ?
Réponse
La capacité d'une société à agir sur elle-même et à se transformer par ses propres moyens, par opposition aux sociétés traditionnelles figées.
Question
Qu'est-ce que l'intervention sociologique d'Alain Touraine ?
Réponse
Une méthode où le sociologue dialogue avec les acteurs pour co-produire la connaissance et les aider à comprendre le sens de leur propre action.
Question
Quelle est la source du pouvoir dans une organisation selon Michel Crozier ?
Réponse
Le pouvoir naît de la maîtrise d'une marge de manœuvre ou d'une zone d'incertitude dans une relation d'échange déséquilibrée et réciproque.
Question
De quoi dépend la marge de manœuvre d'un acteur organisationnel ?
Réponse
Elle dépend de sa place statutaire, de sa place réelle (concrète) dans l'organisation, et de la situation précise.
Question
Qu'est-ce que la praxéologie en sociologie ?
Réponse
Un discours sur les pratiques sociales qui inclut une réflexion sur la pratique même du discours sociologique. Bourdieu l'utilise pour dépasser l'objectivisme.
Question
À quoi sert le concept de champ chez Bourdieu ?
Réponse
C'est un espace social de lutte (artistique, politique...) où les acteurs cherchent à accumuler du capital spécifique et à imposer leur vision légitime.
Question
Qu'est-ce qui caractérise un monde social (H.S. Becker) ?
Réponse
Le partage par les acteurs de valeurs et de références autour d'une activité. Il n'est pas forcément hiérarchique, contrairement au champ de Bourdieu.
Question
À quoi servent les cités de justice dans la théorie de Boltanski et Thévenot ?
Réponse
Ces registres de jugement (civique, marchand...) sont mobilisés par les acteurs pour qualifier des situations, justifier leurs actions et régler des controverses.

Introduction : Le mot, la notion, le concept

  • Le mot est une médiation, porteur de sens etde valeurs implicites. Il a une fonction identitaire.
  • La notion est plus précise, avec une fonction politique (intervenirdans le débat public). Elles sont souvent dichotomiques (ex: tradition/progrès).
  • Le concept est un outil scientifique, délimité, défini et intégré dans une théorie.
    Durkheim : "il ne faut pas se contenter de mots ou de notions, mais utiliser des concepts rigoureux pour faire de la science".
  • Objectiver la réalité sociale nécessitede dépasser les mots et les notions pour des concepts rigoureux.

1) Les grandes figures de la sociologie contemporaine

Plusieurs auteurs peuvent être regroupés autour de figures types de l'être humain dans lasociété, construites autour de différentes logiques d'action :

  • Raymond Boudon - Homo œconomicus : L'individu agit selon une logique de rationalité instrumentale, optimisant ses intérêts (l'individu > la société).
  • Pierre Bourdieu - Homosociologicus : L'individu agit en fonction de sa socialisation, de son habitus, et de sa position dans les structures sociales (déterminisme social : la société > l'individu).
  • Alain Touraine - Homo politicus : L'individu est acteur de l'histoire, capable d'agir sur la transformation sociale à travers l'engagement collectif.
  • Michel Crozier - Homo strategicus : L'individu agit stratégiquement dans des systèmes organisationnels où le pouvoir est en jeu (co-action système/individu).

Ces auteursont des divergences, mais partagent l'ambition de théoriser les faits sociaux à partir de concepts. Edgar Morin propose également "Homocomplexius" pour synthétiser.

2) Qu'est-ce que la sociologie ?

La sociologie est une méthoded'écriture scientifique, cherchant précision et rigueur. C'est une science critique, construite sur des théories et des concepts rigoureux.

  • Elle se fonde sur un langage scientifique appliqué à l'objet particulier qu'est le fait social.

1. La théorie en sociologie

Une bonne théorie sociologique dévoile ou éclaire la réalité sociale. Elle permet le débat scientifique, chaque théorie étant contestable uniquement par une autre théorie sociologique.

Ceci distingue la sociologie du journalisme, qui se contente souvent derelayer le discours des acteurs sans le remettre en question, tandis que le sociologue analyse, objective et explique.

2. La praxéologie

La sociologie est une praxéologie : un discours sur les pratiques sociales et sur le discours lui-même.

  • Ce que l'on pense faire est aussi réel que ce que l'on fait. Il y a une interaction permanente entre subjectivité et objectivité.
  • Les individus sont socialisés (ils intériorisent les normes sociales), et les sociétés sont individualisées (elles se construisent à partir des actions des individus).

3) Le concept sociologique selon Durkheim

Le concept est le substitut légitime de la réalité sociale. Il ne la reflète jamais dans son intégralité, mais permet de la penser en sélectionnant ce qui est pertinentpour l'analyse.

Un bon concept sociologique :

  1. Doit avoir une définition précise.
  2. Doit être clairement délimité.
  3. Doit avoir des indicateurs concrets.

Théoriser :l'articulation des concepts :

  • Les concepts sont liés entre eux. Les théoriciens construisent des systèmes cohérents où chaque concept a une fonction, cherchant la logique qui relie les faits sociaux.

4) L'hypothèse en sociologie

L'hypothèse est le point de départ de toute recherche, une première réponse provisoire à une question de recherche. La méthode sociologique est hypothético-déductive : théorique > test empirique > conclusions sur le réel.

Les faits sociaux sont :

  • Collectifs.
  • Stables.
  • Extérieurs.
  • Contraignants.

I) Raymond Boudon

L'approche de Boudon est l'individualisme méthodologique (les parties expliquent le tout), à l'opposé de la pensée holiste (le tout explique la partie).

  • La société s'explique par les comportements individuels, dont l'agrégation mène aux phénomènes socio.

1) Biographie

  • Formé par des figures comme Lazarsfeld, Stoetzel, Aron.
  • Critique du structuralisme (Foucault, Lévi-Strauss, Bourdieu) au profit de l'analyse empirique des actions.
  • À partir des années 70, sesaxes de travail sont :
    • L'individualisme méthodologique (faits sociaux comme rapports entre acteurs et phénomènes de composition).
    • L'étude de l'efficacité des orientations de l'acteur social face à certains types de croyances.
  • Il opposesciences et idéologies par la rationalité, critiquant les idéologies au profit de la science.
  • Objectif : redonner confiance dans l'utilité de la sociologie et affirmer sa scientificité, comparable aux sciences de la nature (projet d'Auguste Comte).
  • Travauxvariés : sociologie quantitative, inégalités, changement social, éducation, mobilité, connaissance, morale.
  • Ses recommandations :
    1. Se méfier de la verbosité.
    2. Développer une réflexion méthodologique critique.
    3. Rejeter tous les dogmatismes et théories globalisantes (théorie totalisante = théorie totalitaire).
    4. Questionner le réel : passer du problème social à la question sociologique (sociologisation).
    5. Évaluer les théories par leur congruence avec les faits.

2) Passage d'un destin divin à un destin social

  • L'holisme observe la reproduction sociale (le tout au-dessus de l'individu).
  • L'individualisme méthodologique observe l'évolution sociale auniveau de l'individu, de ses choix.
  • Pensée évolutionniste : une marge de liberté individuelle permet de changer les choses et d'agir sur le système.
  • Analyse de l'éducation : Boudon interprète les inégalités des chances comme résultant des comportements rationnelsdes élèves, parents et familles. Les phénomènes sociaux résultent d'actions individuelles.
  • Les individus mènent des stratégies, privilégiant le point de vue de l'acteur.

3) Le concept d'action dans la sociologie de R. Boudon

  • Axé sur la rationalité et la motivation des actions des acteurs.
  • Distinction entre comportement et action : l'action est un comportement intentionnel et motivé.
  • Des entités collectives comme le gouvernement ou des associations peuvent aussi êtredes "acteurs sociaux" si elles sont légitimement associées à des institutions.

Typification des actions individuelles :

  • Les types sont abstraits, contrairement aux classifications qui sont concrètes.

Conclusion :

  • Quatre concepts essentiels : l'action, l'agrégation, les modèles théoriques, la rationalité.
  • Boudon a introduit une approche singulière en France, remettant en question la domination intellectuelle du structuralisme et du marxisme des années 60-70.
  • Il n'y a pas lieu d'opposer comprendre (partir de l'extérieur pour ramener à soi) et expliquer (déplier un phénomène).

II) Pierre Bourdieu

La théorie du constructivisme structuraliste

  • Bourdieu a combiné l'analyse marxiste des rapports de domination, l'idée wébérienne de pluralité des formes de capital et la recherche durkheimienne de structures collectives.
  • Connu pour ses travaux sur la reproduction sociale, notamment dans lesystème scolaire (Les Héritiers, La Reproduction), montrant que l'école reproduit les inégalités sociales.
  • Sa théorie est toujours liée à la recherche empirique. Le sociologue doit confronter la théorie au terrain.

1) La sociétécomme ensemble de champs (politique, art, université...)

  • La société est en transformation permanente, mais les changements conservent souvent la logique de domination.
  • Dans chaque champ, les acteurs luttent pour accumuler des formes de capital (économique, culturel,social, symbolique) et imposer leur définition légitime de la réalité.
  • Ces champs sont traversés par des rapports de force, mais aussi par des marges de liberté et d'innovation.
  • Son approche est le constructivisme structuraliste :
    • Structuralisme : il existe dans le monde social des structures indépendantes de la conscience et de la volonté des agents qui orientent et contraignent leurs pratiques.
    • Constructivisme : il existe une genèse sociale des structures sociales et des schèmes de perception, de pensée et d'action.
  • Il cherche à dépasser l'opposition classique entre structure et individu, considérant les individus comme ni de simples produits ni totalement libres.

2) Les concepts clés

  • L'habitus : ensemble de dispositions durables acquisespar les expériences sociales, orientant goûts, manières de parler, de juger, de percevoir et d'agir. Il se construit principalement dans l'enfance et évolue tout au long de la vie.
  • Le champ : espace social structuré avec ses propres règles, où lesindividus et institutions luttent pour la reconnaissance et la légitimité. Chaque champ a son capital spécifique.
  • Le capital : plusieurs formes (économique, culturel, social, symbolique) pouvant se convertir les unes dans les autres. Leur distribution produit les hiérarchies sociales.
  • Les structures sociales se reproduisent sans déterminisme absolu, par des logiques incorporées et intériorisées.

3) La praxéologie et la réflexivité

  • Sa méthode d'analyse est la praxéologie, visant à dépasser l'objectivisme (structures) et le subjectivisme (expériences vécues).
  • Le sociologue doit être conscient de sa propre position sociale, de son regard sur le monde, et des effets de ce regard sur sa recherche. Il doit être réflexif.

4) Un engagement sociologique

  • Défend une sociologie engagée, au service de la compréhension du monde social.
  • Dans La Misère du monde (1993), il met en lumière les effets invisibles de la domination : perte d'estime de soi, sentiment d'injustice, honte, désespoir.
  • La misère matérielle est inséparable d'une misère symbolique, produite par le mépris social et les discours de dévalorisation.

III) Alain Touraine

La carrière de Touraine estparallèle à celle de Bourdieu, bien que leurs thèses divergent sur plusieurs points. Touraine complète l'analyse de Bourdieu en intégrant plus fortement la subjectivité de l'acteur.

  • Il est une figure majeure de la sociologie contemporaine, ayant écrit de nombreux ouvrages sur la sociologie de l'action et les mouvements sociaux (action collective organisée luttant pour la direction de la société).
  • La société avance par des luttes constantes pour la maîtrise de la politique, de l'économie et de la culture.

1) Sociologieactionnaliste

  • Son expérience dans les mines du Nord a profondément marqué son grand objet de recherche : la conscience ouvrière.
  • En 1965, il pose les bases d'une sociologie actionnaliste, puis privilégiel'étude des mouvements sociaux dans les années 1970.
  • Il adopte une approche compréhensive, cherchant à comprendre le sens des conduites et comment les individus donnent du sens à leurs pratiques, qualifiant sa sociologie d'herméneutique.
  • Il développe le concept de système d'action historique pour analyser la société comme une construction dynamique traversée par des conflits et des rapports de pouvoir.
  • Les sociétés n'obéissent à aucune loi transcendante ; les agents sociaux vivent selon ce qu'ils pensent,pas selon ce qu'ils vivent.

2) Le travail, activité porteuse de sens et de normes

  • Le travail n'est pas une simple activité professionnelle mais une action.
  • Il étudie le travail dans le cadre de la civilisation industrielle, et la notionde conscience ouvrière devient centrale, les travailleurs se définissant par une identité collective et un rapport au travail spécifique.

Grands principes de la conscience ouvrière :

  1. Principe d'identité : l'individu se définit comme producteur ; le travail est le lieu principalde la construction identitaire.
  2. Principe d'opposition : l'ouvrier se situe par rapport à son adversaire, le patron, identifiant les obstacles à son émancipation. C'est la première dimension de tout mouvement social.
  3. Principe de totalité : la société estun système d'action global où s'affrontent mouvements et contre-mouvements sociaux pour la maîtrise du changement historique.

Dimension marxiste :

  • Touraine conserve de Marx l'idée de conflit social et de lutte pour la domination, mais il déplace l'analyse vers les sociétés modernes et post-industrielles, où les conflits sont aussi culturels, symboliques et identitaires.
  • Chez Marx, les classes sociales sont les acteurs principaux ; chez Touraine, ce sont les mouvements sociaux ; chez Bourdieu, ce sont les groupes sociaux.

3)La notion d'historicité

  • L'historicité désigne la capacité d'une société à agir sur elle-même et à se transformer par ses propres moyens.
  • Touraine distingue les sociétés sans historicité (traditionnelles, figées) des sociétés à forte historicité(modernes, réflexives, capables de se transformer).
  • Il analyse le passage de la société industrielle à la société post-industrielle (ou programmée), où l'information, la culture et la connaissance deviennent les ressources principales.
  • Ce triptyque conceptuel (historicité, système d'action historique, rapports de classes) forme le cœur de sa théorie.

4) L'intervention sociologique

  • Méthode originale qui consiste à ne pas seulement observer les acteurs, mais à intervenir auprès d'eux, à dialoguer pourles aider à comprendre le sens de leur propre action.
  • Cette démarche vise à coproduire la connaissance avec les acteurs sociaux.

IV) Michel Crozier

Les sociologies de l'action

  • Formé aux États-Unis, il est considérécomme le père de la sociologie de l'entreprise.

1) Organisation et stratégie

  • Considéré comme le père de la sociologie de l'action organisée.
  • Le comportement des membres dans une organisation est stratégique :actes individuels sont intentionnels.
  • La société est une grande organisation composée d'organisations. Les acteurs ont des relations (compétition, solidarité, conflits) et leur autonomie est relative.
  • Les stratégies individuelles ne doivent pas dépasser certaines limites, et leur succès dépend del'accès aux ressources.
  • C'est une approche constructiviste : les acteurs créent le système et ce dernier influence les individus.
  • L'organisation = lieu de coexistence de stratégies diverses et interdépendantes.
  • Le pouvoirest un rapport d'échange déséquilibré et réciproque, où la capacité d'une personne A d'obtenir d'une personne B d'exécuter une demande dépend de la marge de manœuvre de chacun.

2) Le concept de « marge de manœuvre » :

  • Friedberg (1972) : une organisation est un ensemble de relations où les acteurs cherchent à tirer avantage de leurs dépendances.
  • Ces dépendances génèrent des situations de pouvoir conflictuelles.
  • La marge de manœuvre dépend de :
    1. La place statutaire occupée (ex: professeur, proviseur).
    2. La place réelle occupée dans le fonctionnement concret de l'organisation.
    3. La situation précise.

3) Le concept de « régime bureaucratique » :

  • La France est caractérisée par une combinaison de règles impersonnelles et d'une absence de promotion liée aux compétences (règle d'ancienneté).
  • Il différencie les relations de pouvoir entre:
    • Ouvriers de production et ouvriers d'entretien (relation d'ambivalence, parfois d'hostilité ou d'alliance contre la direction).
    • Directeur et contrôleur (le directeur évite les conflits car le contrôleur applique la règle).
  • Deux stratégies d'acteurs :
    1. Stratégies offensives : contraindre les autres pour satisfaire ses propres exigences.
    2. Stratégies défensives : échapper à la contrainte en protégeant sa liberté et sa marge de manœuvre.

Partie 2 : CM Auteurs de la sociologie contemporaine :

I) Introduction :

  • La sociologie contemporaine aborde les enjeux du 21e siècle, marqués par de grandes transformations économiques,sociales, culturelles et politiques.
  • Nécessité d'adapter les schémas d'interprétation sociologiques aux nouvelles réalités.

II) Les "mondes sociaux" :

  • Ce concept répond à l'insuffisance d'une sociologie exclusivede la classe et de la domination pour rendre compte des rapports sociaux contemporains.
  • Les inégalités subsistent, mais le système de référence des acteurs (profession, urbain/rural, origine ethnique, culture, loisirs) se diversifie.
  • Un monde social (MS) est un partage de valeurs, de références symboliques et d'expériences entre acteurs.

1) Le concept de « monde social » :

  • Exemples :
    • Les mondes de l'art (H.S.Becker) : partage de symboles entre artistes, amateurs, intermédiaires. Analyse du centre vers la périphérie (compositeurs, musiciens, techniciens, journalistes, mélomanes).
    • Les mondes professionnels : hôpital, entreprise, bâtiment, justice, sport, culture, enseignement.
    • Les mondes sociaux de la drogue (Kokoreff et Duprez) : consommateurs, vendeurs, police, intervenants socio-médicaux.
  • Caractéristiques des MS :
    1. Pas de hiérarchie entre mondes ni à l'intérieur. Différent des "champs" de Bourdieu.
    2. Ils ne structurent pas la société globalement, mais définissent les valeurs et pratiques pour ceux qui y adhèrent.
    3. Clôture variable selon l'activité (prison, hôpital, etc.).
    4. Les acteurs traversent les mondes, mais s'ancrent dans l'un ou l'autre pour y faire carrière (accumulation de savoir et de positions).

2) Les mondes sociaux et les cités de justice :

1. Les cités de justice (théories des années 1980) :

  • Différents des MS, les cités sont des registres de jugement sous-jacents qui stabilisent le système social par la mise en œuvre concrète de micro-décisions.
  • Théorie principale en France : L. Boltanski et L. Thévenot : Les Économies de la grandeur, inspirée de Rawls et Walzer.

2. Principe sociologique de « justice » :

  • L'actionet l'organisation sociales reposent sur une logique d'équilibre autour du principe du «juste» ou de l'équitable, établi par les acteurs.
  • Équité \neq Égalité : l'équité est l'accès équivalent aux ressources pourl'action, l'égalité est un patrimoine équivalent. Ex : au football, l'équité est l'arbitrage, l'égalité est le niveau des joueurs.

3. Du jugement à la controverse :

  • Des déclinaisons du sentiment de justice/injusticeapparaissent dans les controverses (→) : médiatisées ou non, elles (re)stabilisent le système social.
  • Une situation sans controverse est réputée juste, l'équité étant implicitement partagée (état de justesse).
  • Unecontroverse peut aller de la dispute interpersonnelle au mouvement politique, en passant par les débats médiatiques.

4. "Économies de la grandeur" et "cités de justice" :

  • La théorie de B. & Th. considère que lajustice est un régime de «grandeur» (de valeur) décliné sur six registres ou "cités", constituées au fil de l'histoire de la démocratie moderne.
Cités Régimes d'action Exemples Objet Échelle
1. Civique Collectif/ politique Payer des impôts État In/civique
2. Industrielle Production / efficacité Aller travailler Usine In/compétent
3. Domestique Relations de proximité Amitié, soutien moral, dons Famille Sympa/salaud
4. Opinion Reconnaissance, renommée Statut, identité personnelle Médaille In/connu
5. Marchande Échange économique Être rémunéré Marché Pas/cher
6. Inspirée Créativité, mystique, génie Être doué, avoir du talent Œuvre Beau/laid
  • Illustration : la controverse sur l'élevage et les droits des animaux, qui mène à des compromis.
Cités Régimes d'action
1. Civique Droit des animaux, antispécisme, environnement, santé
2. IndustrielleConditions de production et d'élevage
3. Domestique Souveraineté alimentaire nationale, circuits courts, etc.
4. Opinion Visibilité des élevages et des abattoirs
5. Marchande Rentabilité, concurrence, consommation (demande), prix, etc.
6. Inspirée Conscience animale, «sentience », véganisme

III) La société des individus : logiques de la nouvelle modernité

1) Individualisation et nouvelle modernité :

  • Cette période marque une rupture :
    • Avant : l'individu était soumis à des rôles sociaux (famille, métier, parti), partie d'un collectif dont les choix étaient objectivés par son statut.
    • Après (hypermodernité) : l'individu doit sans cesse redéfinir sa position dans les espaces sociaux (famille, travail, public, loisirs). Exister socialement est une épreuve permanente.

1. Le statut de l'individu vu par la sociologie classique :

  • L'individu n'a pas de fonction sociale majeure, il est un support des rapports sociaux.
  • Durkheim : la conscience collectiveinduit le statut, les rôles, les actions et la culture. L'individu est un vecteur du système social (via la socialisation et l'habitus).

2. Au-delà de «l'individualisme» :

  • La théorie de l'individualisme méthodologique (R. Boudon) stipule que le système social résulte de la coordination des choix individuels.
  • L'Homo œconomicus est doté d'une rationalité de l'action qui optimise ses intérêts.
  • La société des individus \neq unesociété "individualiste" ou égoïste ; l'Autre existe comme individu doté de réalité sociale.

3. La société des individus :

  • Théorisée principalement par Norbert Elias et Louis Dumont.
  • C'est une idéologie qui prête toutes les qualités à l'individu, porteur des logiques du collectif et sujet isolé.
  • L'individu est porteur d'une valeur suprême : il faut «être quelqu'un», avoir une identité personnelle distincte. (→) Émancipation ou contrainte ?Liberté ou responsabilité ?
  • C'est un processus historique d'évolution des rapports sociaux : démocratie et émancipation des contraintes (processus de civilisation selon N. Elias).

2) Nouvelles logiques

1. La famille hypermoderne :

  • La famille est une forme collective minimale et un socle.
    • Famille classique : lien fort et statutaire, peu de divorces, mariages imposés, éducation par l'autorité.
    • Famille hypermoderne : autonomie des conjoints (choixlibre, indépendance des revenus), divorce commun. (\rightarrow) Individualisation des membres du couple et autonomisation précoce des enfants.
  • Logique de négociation et de contrat dans la parentalité (modèle électif de F. de Singly).

2. L'autonomie au travail :

  • Avant : travail standardisé, répétitif, peu de décisions (travail à la chaîne).
  • Après (destandardisation du travail, U. Beck) : autonomie des agents, micro-décisions même dans des fonctions peu qualifiées. Travail collectif par équipes auto-organisées, logique de mission et de projet.
  • (&rightarrow) Responsabilisation des postes, évaluation individuelle, compétition, bonus/sanctions.
  • L'individualisation et la compétition s'étendent aussi aux loisirs.

3. Une société de la réflexivité :

  • U. Beck et A. Giddens.
  • La réflexivité est le regard et l'interprétation portés sur soi-même (actions, biographie, situations).
  • Auto-évaluation et célébration de soi (hypersujet individuel). Pratiques symptomatiques : selfie, réseaux sociaux, téléréalité.
  • Le débat public (médias) est une auto-interprétation de la société par elle-même, induisant le système social.
  • La réflexivité est aussi un mode de contrôle social : évaluation des performances individuelles en entreprise.
  • La réflexivité est un principe majeur de l'hypermodernité.

4. La société du risque :

  • U. Beck : la notion de risque définitles rapports sociaux.
  • Le risque est présent à tous les niveaux : environnement, sécurité, santé, emploi, alimentation.
  • Les rapports individuels au risque sont un mode de positionnement social, un moteur économique et une politique publique. Ex : chômage.
  • Approche actuarielle : mesure des risques individuels pour définir les logiques sociales et économiques. (\rightarrow) Difficulté à développer des résistances collectives face au risque individualisé.

3) Effets pervers de la société des individus et de l'hypermodernité

  • Fondée sur une injonction normative : exercer sa subjectivité, sa responsabilité, projeter son identité, être performant et compétitif.
  • La difficulté à respecter ces normes est un facteur d'exclusion, sans collectifs de soutien alternatifs (ex: chômage > processus de chute).
  • (&rightarrow) Grande exclusion individuelle (et non économique) selon R. Castel.
  • Les échecs de la réflexivité et de la performance mènent à la dépression, aux palliatifs (drogues), à la psychologisation de la société.On parle de la «fatigue d'être soi » (A. Ehrenberg).

1. L'expérience : entre action sociale et système social

  • F. Dubet et la sociologie de l'expérience (héritier de Touraine).
  • Constatde l'épuisement des mouvements sociaux et de la perte des lectures globales du monde (idéologies).
  • Apparition d'émeutes de jeunes des cités dans les années 1980 (La Galère, jeunes en survie) : phénomène ni politique ni purement délinquant.

1. La « galère » comme expérience

  • Méthode : rencontre de jeunes et confrontation jeunes/adultes.
  • Constat d'une action éclatée et incohérente chez les jeunes, apparaissant contradictoire.
  • Trois types d'expérience du monde : rage, exclusion, désorganisation.
  • Trois régimes d'action : violence, combines, demande de protection.
  • La «galère» est une combinatoire de ces éléments.

2. Généralisation du concept d'expérience

  • F. Dubet considère l'expérience comme un élément crucial de l'interface entre l'action sociale et le système social.
  • Si cohérence, l'expérience n'apparaît pas comme telle, elle «va de soi».
  • Si discordance, une tension apparaît entre l'interface, générant un malaise dans l'interaction sociale ou une tension générale dans le système social.
  • Cette tension se manifeste dans divers domaines :
    • Enseignants : discordance entre formation/identité professionnelle et réalité de la pratique (&rightarrow) entre mission et

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