Psychologies préscientifiques : origines et évolutions

Aucune carte

Exploration des réflexions sur l'âme, la pensée et le comportement avant la psychologie scientifique, incluant les contributions des philosophes grecs, des présocratiques, et l'évolution vers la psychologie moderne.

Les psychologies Pré-scientifiques et les fondements de la pensée psychologique

Avant que la psychologie ne devienne une discipline scientifique structurée par Wilhelm Wundt en 1879, les réflexions sur l'âme, la pensée et le comportement humain étaient déjà présentes depuis l'Antiquité. Ces réflexions, menées par des philosophes, des théologiens et des naturalistes, sont qualifiées de préscientifiques car elles n'utilisaient pas encore la méthode scientifique (mesures, expériences, statistiques).

Le XIXe siècle marque un tournant, avec la structuration des sciences humaines (histoire, sociologie, linguistique, psychologie). L'apparition des statistiques et l'invention de nouvelles méthodes de mesure (temps de réaction, seuils sensoriels) ont permis de poser de nouvelles questions sur la mémoire, la perception et la conscience, préparant ainsi le terrain à la psychologie moderne.

L'Antiquité grecque : le berceau de la pensée rationnelle

Le « miracle grec » du Ve siècle av. J.-C., avec des figures telles que Socrate, Platon et Aristote, représente le passage crucial d'une pensée mythique (explications religieuses, mythes) à une pensée rationnelle (raison, observation, débat). C'est la naissance de la philosophie et de la science occidentales..

  • Philosophie : Nouvelle approche visan_t à comprendre le monde et l'homme par la raison, en cherchant des causes logiques et naturelles plutôt que divines.

    • Pensée critique : Remise en question des évidences, doute et argumentation.

    • Dialogue et dialectique : Discussion et confrontation des idées, comme chez Socrate et Platon.

  • Le logos (raison, discours logique) remplace progressivement le mythos (récit mythique).

La représentation du monde

Les Grecs concevaient un univers géocentrique, où la Terre était au centre. Ce découpage influençait la perception de l'homme et de son âme :

  • Le monde terrestre (celui des hommes) était considéré comme imparfait, soumis au changement et à la corruption.

  • Le monde supralunaire (au-delà de la Lune) était perçu comme parfait, éternel et immobile.

  • L'âme était souvent vue comme une partie divine prisonnière d'un corps matériel et imparfait, une première représentation de l'étude de l'esprit.

Les penseurs présocratiques : les premiers « philosophes de la nature »

Avant Socrate, les penseurs présocratiques furent les premiers à chercher des explications naturelles au monde, sans recourir aux dieux. Ils sont considérés comme les fondateurs de la pensée scientifique.

  • Apport : Formulation des bases théoriques du passage du mythe à la raison (logos).

  • Naturalistes : Ils croyaient que la nature et l'homme pouvaient être compris par des lois naturelles.

  • Explication psychologique de la religion : La religion serait née de la peur de l'inconnu, une réaction émotionnelle.

Quelques penseurs clés :

  • Héraclite d'Éphèse (vers 540-480 av. J.-C.) :

    • Affirmait que tout change sans cesse ("

      Tout s'écoule

      ").

    • Le monde est fait de contraires en mouvement (chaud/froid, vie/mort).

    • Parlait de la multiplicité : chaque être est différent et unique, inspirant l'idée que chaque individu a une psychologie propre.

  • Parménide (vers 515-450 av. J.-C.) :

    • Considérait le monde comme une unité immobile ; le changement est une illusion.

    • Tout est semblable, stable, permanent, représentant la pensée de l'unité en opposition à la multiplicité d'Héraclite.

    • Représentait une vision plus autoritaire : il n'y a qu'une seule vérité.

Les Sophistes : le relativisme de la connaissance

Les Sophistes, comme Gorgias (485-380 av. J.-C.), prônaient le relativisme de la connaissance :

  • Toutes les opinions se valent ; il n'y a pas de vérité absolue.

  • L'importance est donnée au discours et à la rhétorique plutôt qu'à la vérité ("bien s'exprimer est plus important que la vérité").

  • Protagoras : « L'homme est la mesure de toutes choses », centrant les valeurs et les connaissances sur l'être humain plutôt que sur les dieux.

  • Ils ont contribué à la création de l'opinion publique.

Socrate, Platon et Aristote : piliers de la pensée psychologique

Socrate (469-399 av. J.-C.)

  • A introduit l'étude de l'homme avec son célèbre précepte : « Connais-toi toi-même ».

  • Il a ainsi détourné la philosophie du naturalisme pour se concentrer sur l'éthique et la connaissance de soi.

Platon (428-348 av. J.-C.)

Élève de Socrate et fondateur de l'Académie en 387, Platon a développé une vision idéaliste et dualiste.

  • Théorie de la connaissance : Existence de deux mondes :

    • Le monde sensible (la Terre) : caractérisé par la diversité, la multiplicité et l'imperfection.

    • Le monde des Idées (le ciel) : caractérisé par l'unité, l'unicité et la perfection (où réside « l'idée » de l'homme).

  • Connaître : Atteindre les idées est la vraie connaissance. Cela implique d'abandonner les "passions" et les plaisirs de l'expérience sensible, car connaître c'est se souvenir du temps où l'âme était libre et des idées en nous (idéalisme : la connaissance est innée).

  • Théorie de l'âme (psyché) : L'âme est immatérielle, en exil dans le corps, et renferme les souvenirs de son séjour au ciel.

Aristote (384-322 av. J.-C.)

Disciple de Platon et précepteur d'Alexandre le Grand, Aristote fonde le Lycée. Sa psychologie s'oppose à Platon sur plusieurs points :

  • Connaissance : Elle vient des sens (approche empirique), et non des idées innées.

  • Nature de l'âme : L'âme est l'union des deux substances (âme et corps) et n'est pas séparable du corps. L'âme est le principe de vie, une potentialité d'action.

  • Fonctions des âmes :

    • Âme végétative : croissance, nutrition, reproduction.

    • Âme sensitive : sensation, motricité.

    • Âme intellective : raison.

  • Opérations de l'âme :

    • Sensibilité : réception des impressions des sens.

    • Entendement : identification des différences et similarités, classification.

    • Imagination : création de représentations (risquée car peut confondre l'image avec la réalité).

    • Mémoire :

      • Retour spontané d'un souvenir.

      • Réminiscence : recherche volontaire d'un souvenir.

  • Influence : La psychologie aristotélicienne a profondément influencé la philosophie et la psychologie, étant reprise et enrichie par la chrétienté (ex. Saint Thomas d'Aquin).

Aspect

Présocratiques / Antiquité grecque

Type de pensée

Rationnelle, critique, dialogue (logos)

Opposée à

Pensée mythologique et religieuse (mythos)

But

Comprendre le monde et l'homme par des causes naturelles

Vision du monde

Géocentrique, hiérarchie entre monde terrestre et supralunaire

Figures importantes

Héraclite (changement, diversité), Parménide (immobilité, unité)

Héritage pour la psychologie

Premières réflexions sur la nature humaine, la perception, la raison, les émotions, etc.

La Renaissance : apparition du terme « psychologie » et renouveau des idées

La Renaissance (XVe-XVIe siècle) est une période de profonds changements politiques (colonisations, Réforme), scientifiques (Copernic, Colomb) et techniques (imprimerie en 1454). Ce contexte d'effervescence intellectuelle favorise l'humanisme et l'encyclopédisme.

Le terme « psychologie »

  • Le terme psychologie est employé pour la première fois par Marco Marulic (fin XVe - début XVIe) et repris par Rudolph Goclenius à la fin du XVIe siècle.

  • Cette adoption s'inscrit dans la reprise des anciens (humanisme), la diffusion du savoir (imprimerie) et l'accord avec la pensée chrétienne, qui voyait l'âme comme une substance.

Rupture avec la théorie aristotélicienne

Le christianisme conçoit l'âme comme une substance immortelle, immatérielle et dotée de facultés, l'âme humaine étant la principale. Cela contraste avec Aristote qui la voyait comme un principe de vie et une potentialité d'action, avec plusieurs types d'âmes.

Trois courants de pensée psychologique

Durant cette période, la « psychologie » est multiforme et souvent étudiée sans « psychologues » au sens moderne.

  1. Courant critique/sociétal/humaniste : Représenté par Érasme et son « Éloge de la Folie » (1515).

    • Attaque indirectement le fanatisme et le dogmatisme par l'ironie.

    • Inverse les situations pour penser la folie en dehors du cadre religieux.

    • Prône la tolérance et l'humanisme.

  2. Courant doctrinaire : Représenté par Rudolph Goclenius.

    • Découpage des facultés de l'âme, structuration de l'esprit.

    • Savoir psychologique = savoir théorique, non expérimental, transmis dans les facultés de philosophie et de théologie.

  3. Courant mystico-magique : Représenté par Giambattista della Porta (1535-1615).

    • Publie « Humana Physiognomonia » (1586), inspiré d'Aristote.

    • Combine la théorie des âmes, la théorie des humeurs et la théorie du tempérament.

    • Sa physiognomonie établit une équivalence entre l'extérieur et l'intérieur, la morphologie externe traduisant le caractère interne.

Théorie des humeurs/facultés (Galien)

Issue de la médecine antique, cette théorie est une base pour la médecine différentielle :

  • La santé est un équilibre des humeurs.

  • Quatre humeurs (= liquides) correspondent à quatre éléments et à quatre tempéraments.

Humeur

Élément

Qualité

Tempérament

Sang

Air

Humide + chaud

Sanguin (joyeux)

Flegme

Eau

Froide + humide

Flegmatique (lent)

Bile jaune

Feu

Chaud + sec

Bilieux (colérique)

Bile noire

Terre

Sec + froid

Atrabilaire (mélancolique)

L'Époque des Lumières et la naturalisation de l'esprit

Le XVIIIe siècle est marqué par la Révolution scientifique (1580-1660) : mathématisation de la nature (Galilée), expérimentation et doute systématique (Descartes). Cela entraîne un « désenchantement du monde » et une naturalisation de l'esprit.

La psychologie philosophique de l'Ancien Régime

  • Rationalisme/Innéisme (Descartes 1596-1650, Leibniz 1646-1716) :

    • La raison est l'origine de la connaissance, les idées sont innées (temps, espace, nombre).

    • Les sens sont trompeurs, l'expérience est secondaire.

    • Intérêt pour les fonctions et la structure de l'esprit, éliminant progressivement le divin.

  • Empirisme (John Locke 1632-1704) :

    • Critique les idées innées.

    • Deux sources d'expérience : idées de sensation (action du milieu sur les sens) et idées de réflexion (retour de l'âme sur ses opérations).

    • L'esprit est une tabula rasa (table rase) à la naissance.

    • Développé en France par Voltaire, Rousseau, Diderot, Helvétius, qui contestent l'autorité politique et religieuse.

Le sensualisme : Condillac (1754)

Condillac, avec son « Traité des sensations » (1754), est une figure majeure du sensualisme.

  • Hypothèse de la statue : Imagine une statue organisée comme un être humain mais privée de toute idée, dont on activerait un sens après l'autre.

  • But : Étudier les origines, la formation des idées, des habitudes et des facultés.

  • Thèse : Les sensations sont à l'origine de toutes les connaissances (notions, concepts, idées) et de toutes les facultés (mémoire, entendement, imagination).

Le XVIIIe siècle voit la convergence du rationalisme et de l'empirisme vers la naturalisation de l'esprit.

Fin XVIIIe - début XIXe : Vers les sciences de l'homme

  • Contexte : Révolution française, Université impériale, passage à l'époque contemporaine.

  • Sciences : Apparition de nouvelles disciplines, notamment les sciences de l'homme (1800-1850).

  • Auguste Comte (1798-1857) :

    • Considère le fait social comme irréductible et s'intéresse aux différences de classe, aux instincts sociaux, etc.

    • Développe la loi des trois états (religieux, métaphysique, scientifique ou positif).

    • Fonde la physique sociale ou sociologie (1820-1830), étendant la rationalité au fait social pour unifier la vision de l'humanité.

    • Prône le positivisme : la science comme guide du destin de la société.

    • Définit une hiérarchie des sciences selon leur complexité : Maths, astronomie, physique, biologie, chimie, sociologie.

  • La psychologie, une « fausse science » selon Comte :

    • Comte rejette l'introspection et bannit la psychologie des sciences positives.

    • La psychologie est alors perçue comme une science de l'âme, philosophique et théologique.

    • Elle manque d'institutions spécifiques, de communautés de recherche, de lieux d'expérimentation et de méthodes empiriques systématiques.

Module 2 : La psychologie en quête d'objectivité

Comment construire une psychologie objective ? Deux stratégies émergent : l'utilisation des mathématiques et la construction d'une psychologie expérimentale empirique.

A. L'approche empirique contrôlée et son origine

1) L'approche « neuropsychologique » : La méthode anatomo-clinique (1741)

  • Contexte de débat sur la relation âme-corps (matérialisme vs. spiritualisme).

  • La méthode anatomo-clinique consiste à relever les symptômes, puis à effectuer une autopsie pour identifier les lésions cérébrales spécifiques.

  • François Gigot de la Peyronie (1678-1747), chirurgien du Roi, cherche à déterminer le point de jonction entre l'âme et le corps (siège de l'âme) dans le cerveau.

  • Son approche localisationniste utilise des séries de cas et la méthode d'exclusion progressive de régions pour trouver des correspondances. Il a notamment localisé le siège de l'âme dans le corps calleux.

2) Expérimentation (essais)

  • Mouvement né au XVIIe siècle, avec un besoin croissant de réponses et l'importance du « fait », de la reproductibilité de l'expérience.

  • Le laboratoire devient un lieu de savoir.

  • Définition : Processus théorico-empirique en 4 phases :

    1. Hypothèse à tester/réfuter.

    2. Intervention sélective sur des objets (modification, sélection de variables, confinement).

    3. Mesure des effets de l'intervention.

    4. Retour sur l'hypothèse.

3) Observation

  • L'observation naturaliste ne fait pas d'intervention ni de modification de l'objet, mais une sélection de traits orientée par des hypothèses.

  • Hanson : L'observation n'est jamais neutre, elle est « chargée de théorie ».

  • Journaux d'enfants (dès 1600) :

    • Jean Héroard (1551-1628) : Premier journal sur la jeunesse de Louis XIII.

    • Au XVIIIe siècle, un intérêt sociétal pour l'éducation et l'enfance se développe (Rousseau), conduisant à l'établissement de faits par l'observation.

    • Développement de méthodes (questionnaires), cumul de savoirs et publications.

    • Diversification des thèmes : langage, mémoire, sensori-motricité, affectivité, émotions, âges d'acquisition, pédagogie.

  • William Thierry Preyer (1842-1897) : pose les bases de la psychologie de l'enfant.

    • Méthode : observation naturaliste systématique (journal 3x/jour, longitudinale, nombreux observables, intérêt neurologique).

    • Recherche des âges d'apparition des aptitudes (physiques, motrices, sensorielles, mentales).

    • Introduction de la notion de développement psychique.

B. L'apparition de la pensée statistique dans les sciences de l'homme : XIXe siècle

  • Adolphe Quetelet (1835) : applique les statistiques à la société humaine (« Essai de physique sociale »), provoquant le scandale en soumettant le comportement humain à une loi quantitative.

    • Utilise la moyenne comme outil statistique.

    • Développe une approche populationnelle, s'intéressant à la population plutôt qu'à l'individu seul.

  • Francis Galton (1860-1910) : développe les statistiques pour mesurer et quantifier les traits (biologiques ou humains).

    • Recherche sur l'hérédité et la transmission des caractères.

    • Développe des notions statistiques comme la loi normale (planche de Galton).

    • Idéologie de l'Eugénisme (amélioration de l'espèce humaine par sélection), qui sera séparée des méthodes de la biométrie par ses élèves (Fischer et Pearson) pour fonder les statistiques modernes.

C. La genèse des temps de réaction au XIXe siècle : croisement de méthodes et champs scientifiques

Auparavant, la pensée était considérée comme n'ayant pas de vitesse. Les travaux sur les temps de réaction prouveront le contraire.

Lignée expérimentale

  • Luigi Galvani (1791) : Met en évidence l'électricité animale (contraction des muscles par l'électricité), suggérant l'existence de l'électricité humaine.

  • Hermann von Helmholtz (1850) : Invente le myographe et mesure la vitesse de l'influx nerveux chez l'animal (environ 26 m/s).

Lignée d'observation

  • Nevil Maskelyne (1796) à Greenwich :

    • Observe des étoiles et note des irrégularités dans les mesures du temps de passage au méridien.

    • Découvre l'équation personnelle : une variation individuelle du temps d'observation.

  • Adolph Hirsch (1862) :

    • Mesure l'influx nerveux chez l'homme (34 m/s).

    • Utilise un système instrumental (chronoscope, appareil de chute).

    • Définit le temps physiologique (transmission) en trois étapes : sensation au cerveau, action du cerveau (volonté/décision), volonté à l'action.

  • Franciscus Donders (1818-1889) :

    • Mesure la vitesse de la pensée en calculant la fraction du temps physiologique qui appartient à l'acte psychique.

    • Utilise la stimulation électrique du pied dans deux modalités (connu vs. inconnu) pour isoler le temps de détermination de la volonté (le temps de réaction). Ce travail marque une rupture avec la pensée précédente.

D. La fondation de l'approche empirique

1) La psychophysique

La psychophysique explore la relation quantitative entre un stimulus physique et la perception qui en résulte (corps et âme).

  • Charles Bonnet (1754) : Dans son « Essai de psychologie », il tente de quantifier la relation esprit-âme, supposant un lien entre le mouvement des nerfs et les idées. Il établit que la vivacité des sensations est proportionnelle à l'intensité des mouvements qui les excitent, accentuée par l'attention. Mais, il utilise l'introspection et manque d'expérimentation et d'échelles de mesure mathématiques.

  • Ernst Heinrich Weber (1834) :

    • Aborde la sensibilité tactile, qu'il tente de quantifier avec un compas.

    • Développe les notions de différence sensorielle, de seuil et de variation différentielle.

  • Gustav Theodor Fechner (1860) :

    • Précise la psychophysique et la problématique de la mesure de la relation corps-âme.

    • Formule le concept de seuil absolu (différence entre absence et présence de stimulus).

    • Énonce la loi de Weber-Fechner : la sensation varie comme le logarithme de l'excitation.

2) Wilhelm Wundt (1832-1920)

  • Assistant de Helmholtz, Wundt positionne la psychologie entre la science naturelle et la science humaine.

  • Il utilise des instruments pour légitimer la psychologie, fondant la psychologie de laboratoire et critiquant les théories des facultés et de l'âme.

  • Méthodes : Psychologie basée sur l'observation de soi (introspection) et psychologie expérimentale.

  • Objectifs : Établir les lois des relations corps-esprit, définir les éléments de base du psychisme (sensations) et comprendre la construction des fonctions supérieures.

  • Classification : Sensation générales (pression, température), gustatives-olfactives, sonores et lumineuses.

E. La dimension institutionnelle : institutionnaliser une discipline scientifique – la psychologie

L'institutionnalisation de la psychologie vise à assurer sa pérennité et à établir une tradition scientifique.

En 1886-1887, le programme de philosophie à Leipzig intègre la psychologie physiologique ou expérimentale de Wundt aux côtés de la psychologie « classique ». Bien qu'il n'y ait pas encore d'institut de psychologie, Wundt va progressivement en créer un. La psychologie naît donc de la philosophie, par l'expérimentation.

Le laboratoire de Wundt

  • En 1875, Wundt arrive à l'Université de Leipzig.

  • Entre 1879 et 1880, le séminaire de psychologie expérimentale est créé, avec 3 étudiants effectuant des expériences avec des instruments (financés par Wundt).

  • En 1882, le titre d'« institut » est créé pour le laboratoire de Wundt, avec un budget et des locaux.

  • L'institut se développe rapidement, avec une augmentation des budgets, des salles et des étudiants, et l'apparition d'un assistant en 1887.

  • Le laboratoire se dote d'une chambre noire dès 1884.

  • Le premier congrès de psychologie physiologique en 1889 à Paris contribue à la communication et à la diffusion des idées.

  • En 1910, le laboratoire compte 600 étudiants, signe d'un succès énorme de la discipline.

Les étudiants de Wundt

  • Majoritairement des hommes, avec une licence en philosophie, maths ou sciences physiques.

  • Ils ont peu de bases expérimentales, ce qui suscite leur curiosité pour le travail en laboratoire.

  • Les étudiants étudient un problème expérimental spécifique dans des groupes hiérarchisés.

  • Ils proviennent de l'étranger et diffuseront le modèle de Leipzig dans leurs pays d'origine (Oswald Külpe, James McKeen Cattell, Stanley Hall, Théodore Flournoy).

Le modèle de Leipzig

  • Un modèle théorique, instrumental (utilisation d'instruments) et clinique (interchangeabilité entre sujet et expérimentateur, chacun étant les deux).

  • Sa diffusion est progressive en Europe (dès 1889) et explosive aux États-Unis (dès 1890).

Un nouveau lieu de savoir : le laboratoire de psychologie

  • Le laboratoire est le lieu où les instruments sont utilisés par les savants, reflétant la croyance que l'expérimentation est nécessaire.

  • Le laboratoire de Genève (1892) est précurseur, avec des centaines d'instruments et de tests, et est intégré à la faculté des sciences.

Pourquoi des instruments ?

  • Les instruments permettent la production de faits scientifiques qui sont ensuite validés par la communauté.

  • Ils assurent une légitimation scientifique du travail de mesure.

  • Le XIXe siècle voit un transfert des modèles de mesure des sciences de la nature vers les sciences de l'homme (physiologie, statistiques, anthropométrie, psychologie).

  • L'obstacle de la mesure de l'âme est progressivement surmonté par le mouvement de Wundt.

  • La croyance dans les nombres se développe, associée au progrès technique et à l'administration systématique.

F. Acteurs et tendances de la psychologie 1885-1940

1. Hermann Ebbinghaus (1850-1909) : la mémoire

Philosophe de formation, Ebbinghaus étudie l'inconscient et fonde l'étude expérimentale de la mémoire, marquant une rupture avec l'« art de la mémoire » ancien.

L'art de la mémoire

  • Anciennement, la mémoire était un art, une faculté pouvant être améliorée par des mnémotechniques.

  • La méthode des Loci spatialise les souvenirs dans un trajet imaginaire, servant de base à l'art oratoire.

  • Avec l'invention de l'imprimerie et l'accroissement de la production de textes, les arts de la mémoire tombent en désuétude au XIXe siècle.

  • Le modèle d'apprentissage devient le par cœur des textes.

La rupture d'Ebbinghaus

  • Ebbinghaus fait du texte une variable, cherchant à isoler la capacité de rétention de la compréhension.

  • Il utilise l'élimination de la compréhension en passant de la phrase à la liste, puis en créant des syllabes sans signification (paralogues, souvent de type CVC : consonne-voyelle-consonne).

Méthode

  • Trois phases : apprentissage (encodage) - rétention (stockage) - restitution (réponse).

  • Variation de facteurs : intervalle de rétention, nombre de répétitions, temps d'apprentissage, nature du matériel.

Résultats

  • Établit la courbe de l'oubli, montrant une forte diminution du rappel après 2 jours, puis une stabilisation.

  • Met en évidence les effets de primauté et de récence et la capacité de la mémoire (environ 7 items).

  • Montre que la mémoire n'est pas un enregistrement passif, mais une forme d'activation.

  • Distingue des « régions » dans la mémoire : explicite (volontaire, accessible) et implicite (automatique, procédurale).

Apport d'Ebbinghaus

  • Étude expérimentale d'une fonction supérieure.

  • Concevoir un paradigme d'étude classique (3 phases, variation de facteurs).

  • Premiers modèles de la structure et des lois de la mémoire, marquant une rupture avec la vision ancienne des facultés.

2. Edward Thorndike (1874-1949) : L'apprentissage

Thorndike, travaillant sur l'apprentissage animal et humain, s'oriente vers la psychologie de l'éducation. Son approche fonctionnaliste, influencée par Darwin, est un précurseur du béhaviorisme.

Cadre épistémologique et influences

  • Darwinisme : Continuité homme-animal (ce qui est observé chez l'animal peut être généralisé à l'humain) et sélection du plus adapté.

  • Fonctionnalisme (William James) : Étude des fonctions de la conscience et de leur rôle adaptatif.

  • Associationnisme : Explication des comportements par l'association entre stimuli et réponses.

L'apprentissage chez le chat

  • Utilisation de la boîte de Thorndike : l'animal affamé est enfermé et doit manipuler un loquet par hasard pour sortir et obtenir une récompense (nourriture).

  • Mesure du temps mis pour sortir.

  • Courbe d'apprentissage : Le temps de sortie diminue avec le nombre d'essais répétés.

  • La loi d'apprentissage est stable, quelle que soit la variation du matériel expérimental.

Lois de l'apprentissage

  • Loi de l'exercice : L'association entre une situation et une réponse est renforcée par l'exercice et affaiblie par son arrêt.

  • Loi de l'effet : L'association est renforcée ou affaiblie selon les conséquences du comportement (une récompense renforce le comportement). Le renforcement est nécessaire, l'exercice seul ne suffit pas à améliorer la réponse.

Définir l'apprentissage

Le meilleur apprentissage combine les deux lois : l'exercice répété et le renforcement.

Modèle des phases d'apprentissage : apprentissage par essai et erreur

Dans une situation donnée, l'apprentissage se déroule en 4 phases :

  1. Exploration (essais).

  2. Élimination des comportements inutiles (erreurs).

  3. Sélection des comportements adéquats.

  4. Grâce aux renforcements du milieu.

Le labyrinthe à fil de Thorndike illustre ces lois en matérialisant les interactions avec des notions spatiales et d'ordre.

Apport et limites du modèle

  • Pouvoir heuristique : Explique l'acquisition des connaissances et des comportements (habitudes, aptitudes), et a été généralisé à l'éducation (rôle fondamental de la récompense).

  • Limites :

    • Manque la prise en compte du facteur cognitif (la compréhension du sujet).

    • La spécificité du matériel n'est pas toujours généralisable.

Le modèle de Thorndike, bien que limité, est un précurseur et sera repris et développé par d'autres

Lancer un quiz

Teste tes connaissances avec des questions interactives