Psycho sociale : Wagner, Le Harcèlement : Définitions, Mécanismes et Conséquences
Aucune carteCe document traite des différentes facettes du harcèlement, incluant ses définitions, ses types, ses causes, ses conséquences, ainsi que les facteurs de protection et de risque associés. Il aborde également le cyberharcèlement et les mécanismes psychologiques tels que le désengagement moral et la distance psychologique qui influencent les comportements liés au harcèlement. Enfin, il explore les aspects liés à la moralité, tels que les dilemmes moraux et les théories du développement moral, et leur impact sur les comportements agressifs et pro-sociaux.
Le terme de harcèlement se réfère à des actions négatives répétées dans le temps, de la part d'un ou plusieurs individus, envers une victime. Ces actions sont caractérisées par une intention malveillante, un déséquilibre de pouvoir entre l'agresseur et la victime, et une nature récurrente.
Définitions et Typologie
Définitions Générales du Harcèlement
Selon Olweus (1994), « un élève a été harcelé lorsqu'il ou elle est exposé(e), de façon répétée dans le temps, à des actions négatives de la part d'un ou plusieurs autres élèves ». Les critères clés sont :
Intention de faire du mal à la victime.
Pouvoir asymétrique entre l'agresseur et la victime.
Répétition des actions négatives.
Typologie des Formes de Harcèlement
Physique : Coups, bousculades, dégradations matérielles.
Verbale : Insultes, moqueries, menaces.
Relationnelle : Exclusion sociale, propagation de rumeurs.
Matérielle : Vol ou destruction d'objets.
Cyber : Harcèlement à travers les outils numériques.
Il est important de distinguer si le cyberharcèlement (cyberbullying) est le même phénomène avec de nouveaux outils ou un processus distinct (Source 7).
Mobbing
Le mobbing est un harcèlement psychologique systématique et prolongé, généralement en milieu professionnel, caractérisé par des comportements hostiles répétés sur une longue période (au moins six mois, au moins une fois par semaine) (Leymann, 1996). Ces comportements incluent humiliations, attaques verbales, isolement social ou atteintes à la réputation.
Bullying | Mobbing | |
|---|---|---|
Acteurs | 1 agresseur et des témoins | Groupe |
Nature | Direct | Indirect / insidieux |
Contexte | Scolaire ou au travail | Plutôt en milieu professionnel |
Objectif | Domination / statut | Exclure la victime / l'empêcher d'accéder à des ressources |
Facteurs Contribuants au Mobbing
Désaccord professionnel, ressources limitées, menace perçue, réorganisation, dénonciation de dysfonctionnements.
Erreur fondamentale d'attribution et effet d'étiquetage menant à une prophétie autoréalisatrice.
Augmentation du nombre d'agresseurs et inversion de la responsabilité.
Intensification des comportements hostiles, stress de la victime, altération des performances, justification rétroactive des agressions (Source 152).
Facteurs Organisationnels Facilitant le Mobbing
Silence organisationnel, leadership défaillant, compétition pour les ressources, absence de soutien social pour la victime (Source 153).
Climat éthique déficient, absence de sanctions, normalisation et banalisation du harcèlement (Source 165).
Structure et surveillance insuffisantes, culture individualiste/compétitive (Source 166).
Asymétrie de pouvoir structurelle, leadership abusif (Source 167).
Mobbing institutionnel : placardisation, évaluations biaisées, pressions jusqu'à la démission, institutionnalisation de la violence, normalisation des pratiques hostiles (Source 168, 169).
Conséquences pour la victime de Mobbing
Santé mentale : stress post-traumatique, dépression, anxiété, idées et conduites suicidaires.
Santé physique : troubles cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques (TMS), autres manifestations somatiques.
Conséquences sociales : isolement, dégradation des relations (Source 172).
Trajectoire professionnelle : départ de l'organisation, difficultés de retour à l'emploi (Source 173).
Conséquences pour l'organisation du Mobbing
Coûts directs : absentéisme, turnover, litiges et procédures juridiques.
Coûts indirects : présentéisme, dégradation du climat social, baisse des performances, contagion émotionnelle, perte de confiance (Source 173).
Problèmes des Définitions Classiques
Le cyberbullying pose la question de savoir s'il s'agit du même phénomène avec de nouveaux outils ou des processus distincts (Source 7).
L'intentionnalité : Certains l'incluent dans la définition, d'autres comme Einarsen et al. (2011) considèrent que « peu importe l'intention, c'est l'effet qui compte ».
Le pouvoir : L'asymétrie de pouvoir distingue le mobbing du conflit, mais elle peut aussi se construire après l'incident (Source 146).
Perception vs critères objectifs : La perception de la victime peut différer des critères objectifs.
Prévalence du Harcèlement
Environ 10-12% des élèves sont confrontés à une forme de violence ou de harcèlement scolaire selon l'éducation nationale en France (Source 9).
Près de 30% dans le monde (Source 9).
La prévalence varie en fonction des mesures utilisées et des groupes d'appartenance : origine ethnique (Wang, 2013), sexe (Olweus, 1993), genre (Toomey, Card et Casper, 2014), orientation sexuelle (Birkett et al., 2009), religion (Eslea et Mukhtar, 2000) et handicap (Blake, Lund, Zho, Kwok et Benz, 2012) (Source 9).
Acteurs du Harcèlement
Quatre rôles principaux sont identifiés dans un épisode de harcèlement (Salmivalli et al., 1996) :
L'agresseur (bully)
La victime
Les assistants et renforceurs (ceux qui aident ou encouragent l'agresseur)
Les défenseurs, les outsiders (témoins passifs) (Source 8).
L'agresseur
Caractéristiques de l'agresseur
Profil hétérogène, mais souvent avec une popularité élevée et de bonnes compétences sociales (Source 18).
Recherche de statut et de pouvoir.
Tolérance à l'injustice (Source 18).
Motivation accrue par le besoin d'admiration sociale et de statut ; recherche davantage la dominance que le prestige (Source 13).
Un haut niveau de dominance sociale (SDO) peut en faire des agresseurs potentiels, cherchant à maintenir les hiérarchies existantes (Source 14).
Types d'Agresseurs et Mécanismes Psychologiques
Description | Mécanismes psychologiques | |
|---|---|---|
Réactif | Impulsif, frustré, hypervigilant face aux menaces | Biais d'attribution, déficit exécutif |
Instrumental / proactif | Stratégique / planification | Motivation de domination, faible empathie cognitive |
Idéologique | Agit selon des normes | Forte ODS (=L’orientation vers la dominance sociale), désengagement moral |
(Crick & Dodge, 1994 ; Hawley, 1999 ; Sidanius & Pratto, 1999 ; Bandura, 2015) (Source 19).
Conséquences pour l'agresseur
Troubles externalisés, faible empathie.
Difficultés relationnelles, professionnelles et conjugales menant à l'isolement (Source 23).
Problèmes psychosomatiques (Gini et Pozzoli, 2009).
Délinquance (Card et Little, 2006), abus d'alcool et usage d'armes (Nansel et al., 2004).
Idées et tentatives de suicide (Holt et al., 2015 ; Van Geel et al., 2014).
Effets à l'âge adulte (Bender et Losel, 2011 ; Copelande et al., 2014 ; Sigurdson et al., 2015) (Source 24).
La victime
Facteurs de Vulnérabilité
Faible estime de soi (Source 30).
Comportements non conformes aux normes, introversion.
Présence de stigmates (physique, culturelle, ethnique ou religieuse, orientation sexuelle et identité de genre, situation familiale et sociale).
Vulnérabilité émotionnelle.
Performances scolaires ou activités atypiques (Source 30).
Les personnes avec des besoins éducatifs particuliers sont plus touchées, notamment celles avec des déficiences intellectuelles, considérées comme « plus faibles » ; également les personnes ayant des troubles neurodéveloppementaux (TND) en raison du caractère invisible de certains troubles (Source 29).
Les personnes LGB (Lesbiennes, Gays, Bisexuels) sont 2 à 3 fois plus à risque d'être victimes (Source 27).
Conséquences pour la victime
Anxiété et dépression (à long terme), faible estime de soi.
Stress post-traumatique, pensées suicidaires / tentatives de suicide.
Symptômes somatiques, troubles alimentaires.
Isolement social, difficultés relationnelles.
Difficultés scolaires, phobie scolaire / déscolarisation.
Plus tard, difficultés professionnelles et comportements à risque (Source 45).
Cyberharcèlement amplifie : stress, anxiété, vigilance constante, troubles du sommeil, détresse émotionnelle, perception d'insécurité même à domicile (Source 124).
Diffusion et permanence des contenus intensifient la détresse, la honte, la colère et les risques de dépression/anxiété, ainsi que l'impact sur l'estime de soi (Source 126, 127).
Sentiment de solitude, réduction de l'efficacité perçue, comportements antisociaux (Source 132).
Les témoins
Les témoins jouent un rôle crucial dans le harcèlement. Leur inaction est un facteur clé de maintien du harcèlement.
Typologie des Témoins
Tableau adapté des travaux de Salmivalli (1999) et Twemlow, Fonagy et Sacco (2004) (Source 48).
Label | Description |
|---|---|
Agitateur | Crée la situation ou influence les actions de l'intimidateur. |
Collaborateur | Assiste activement l'intimidateur. |
Facilitateur | Fournit une audience, renforce l'intimidateur, parfois involontairement. |
Abdicataire | Permet silencieusement l'intimidation en ne faisant rien malgré sa position. |
Évitant | Évite la situation. |
Intervenant | Prend des mesures pour arrêter l'intimidation ou prévenir les représailles. |
Désactivateur | S'implique pour prévenir l'escalade de la situation. |
Défenseur | Prend la défense de la victime. |
Empathique | S'identifie à la victime, mais reste passif. |
Sympathisant | S'identifie à la victime, offre un soutien en privé. |
Succombant | Devient une victime collatérale. |
Soumis | Victime de substitution. |
Facteurs influençant l'intervention des Témoins
Le processus d'intervention implique : remarquer l'événement, l'identifier comme une situation nécessitant une intervention, prendre la responsabilité, décider comment aider (auto-efficacité perçue) et agir (Source 49).
Le fait d'avoir été soi-même victime peut entraîner des comportements plus positifs (défense) (Chapin et Brayack, 2015) (Source 50, 133).
L'empathie affective, la popularité et la réputation (Pöyhonen et al., 2010), ainsi que les résultats escomptés et le sentiment d'auto-efficacité jouent un rôle (Source 50).
Le sentiment d'invulnérabilité et l'optimisme comparatif peuvent réduire l'intervention (Source 50).
La précarité économique et les cognitions morales/représentations morales du harcèlement peuvent influencer (Source 52).
Une faible empathie peut mener à ignorer ou soutenir implicitement l'agression (Source 133).
Les jeunes sont plus enclins à défendre les victimes (Gonzalez-Cabrera et al.), et la pression des normes sociales est un facteur (Source 133).
L'effet spectateur
Coûts sociaux d'une intervention (professionnels, psychologiques) peuvent inhiber l'action des témoins (Source 160).
Explications des Comportements de Harcèlement
Explications Cognitives
Cadre de résolution de problèmes (Zelazo, et al., 1997) : Les comportements agressifs sont liés à un déficit des fonctions exécutives.
Déficit du fonctionnement du lobe frontal (Grisgsby et Stevens, 2000) (Source 11).
Explications Cognitives et Sociales
Différences interindividuelles dans le traitement de l'information sociale.
Fonctionnement inadapté, différences de buts sociaux (Source 12).
Explications Évolutives
Le bullying permet d'obtenir des ressources sociales comme la popularité (Source 13).
Recherche de dominance plutôt que de prestige (Source 13).
Contexte de groupes hiérarchisés, applicable au harcèlement basé sur un stigmate (Source 14).
Facteurs Protecteurs contre le Harcèlement
Les facteurs protecteurs incluent (Zych, Farrington & Ttofi, 2019) (Source 21, 51) :
Soutien social (pairs, famille).
Estime de soi et bon concept de soi.
Caractéristiques positives de l'environnement (normes, climat scolaire positif, sécurité à l'école).
Compétences sociales et émotionnelles (gestion des émotions, prosocialité, cognition liée aux autres).
Capacité d'assertion / à se défendre verbalement.
Confiance envers les adultes.
Activités parascolaires.
Connaissance des outils / dispositifs d'aide (Source 31).
Faible fréquence d'utilisation de la technologie.
Facteurs familiaux : statut socio-économique élevé, environnement familial positif, interaction parentale, médiation dans l'utilisation technologique, supervision et surveillance parentales, autorité parentale, implication, soutien, communication et chaleur (Source 43).
Intelligence et résolution de problèmes, cognitions liées à soi, réussite scolaire (pour le bullying mais pas le cyberharcèlement).
Synthèse des méta-analyses sur les facteurs protecteurs (Zych et al., 2019) (Source 32-42) :
Facteur | Victimisation Fac-à-face (OR) | Cyber-victimisation (OR) | Perpétuation Fac-à-face (OR) | Cyber-perpétuation (OR) |
|---|---|---|---|---|
Communauté et école | 1.77 | 1.73 | 2.10 | 1.58 |
Famille | 1.38 | 1.29 | 1.50 | 1.42 |
Pairs | 1.65 | 1.80 | 1.47 | 1.67 |
Individuel | ||||
Compétences personnelles | 2.18 | 2.13 | 1.40 | 1.44 |
Compétences sociales | 1.20 | 1.02 | 1.66 | 1.58 |
Réussite scolaire | 1.20 | 1.24 | 1.78 | 1.39 |
Utilisation TIC | - | 2.02 | - | 2.10 |
Le Cyberharcèlement
Le cyberharcèlement (ou cyberbullying) est défini comme un acte agressif, intentionnel, perpétré par un individu ou un groupe au moyen de formes électroniques de contact, de manière répétée au cours du temps, contre une victime qui ne peut pas facilement se défendre (Smith et al., 2008). Il est caractérisé par une asymétrie de pouvoir entre le harceleur et la victime et une capacité à atteindre un large public (Slonje, Smith et Frisén, 2013) (Source 122).
Différences avec le Harcèlement Traditionnel
Accessibilité continue : La victime est constamment exposée, augmentant son stress et son anxiété (Völink et al., 2013), la vigilance permanente (Tokunaga, 2010), les troubles du sommeil et la faible estime de soi (Source 124).
Désinhibition : Les agresseurs peuvent se comporter de manière plus agressive en ligne (Barlett, Gentile, et Chew, 2016), avec une dissociation entre l'individu et son comportement (Christopherson, 2007) (Source 125).
Incertitude : Accentue l'anxiété et la peur (Vandebosch et Van Cleemput, 2009) car les rapports de force sont moins visibles et plus complexes à identifier.
Diffusion rapide et publique : Intensifie la détresse, la honte, la colère et le risque de réactions émotionnelles durables (Pieschl et al., 2013), avec des effets prolongés et amplifiés (Schenk et Fremouw, 2012) (Source 126).
Permanence des contenus : Rend le harcèlement plus envahissant (Tokunaga, 2010) et amplifie l'impact et la perception de gravité (Fox et Tang, 2017) (Source 127).
Absence de signes non verbaux : Mini-mise les conséquences perçues par l'agresseur, favorisant la désinhibition (Source 128).
Dynamiques de pouvoir différentes : Liées à la maîtrise de la technologie et la capacité à manipuler l'information (raid numérique) (Source 131).
Conséquences du Cyberharcèlement
Les conséquences peuvent inclure des sentiments négatifs de solitude, une réduction de l'efficacité perçue, la dépression, une faible estime de soi, des comportements antisociaux, et des pensées/tentatives suicidaires.
Législation en France (Exemple)
L'article 222-33-2-2 du code pénal sanctionne le cyberharcèlement (preuve de récurrence ou caractère collectif depuis 2018).
Peines : 2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende, aggravées dans certains cas.
Loi Avia (2020) / règlement européen.
Numéros spéciaux pour les mineurs : 3018 et 3020 (Source 130).
Moralité et Harcèlement
Théories de la Moralité
Théorie cognitivo-développementale de la moralité (Kohlberg, 1969) : Les principes moraux déterminent l'action morale ; le raisonnement moral se développe et l'usage de principes moraux dépend de l'importance des cognitions (Source 64, 65).
Théorie du domaine social (Turiel, 1978) : Distingue les domaines de raisonnement social (moral, conventionnel social, personnel) (Source 65).
Contenu | Dépendance à l'autorité | Contexte | |
|---|---|---|---|
Moral | Bien-être, droits, justice | Indépendant | Universel |
Conventionnel Social | Étiquette sociale, règles sociales | Dépendant | Spécifique |
Personnel | Choix personnels | Juridiction personnelle |
(Source 66).
Jugement Moral et Dilemmes
Les jugements moraux impliquent une interaction entre processus automatiques et formes explicites de dimensions morales.
Les dilemmes moraux (ex: problème du tramway) sont utilisés pour tester les principes d'action, d'intention et de contact (Cushman, Young et Hauser, 2006) (Source 68, 69).
Certains principes moraux sont accessibles à la conscience, d'autres sont davantage guidés par l'intuition, notamment le principe d'intention (Source 72).
Désengagement Moral (Bandura, 2015)
Le désengagement moral est un ensemble de mécanismes psychologiques qui permettent aux individus de commettre des actes répréhensibles sans ressentir de culpabilité, en se convainquant qu'ils sont toujours de bonnes personnes (Source 74, 82).
Justification morale : L'acte est rendu acceptable en se référant à des finalités socialement ou moralement louables (ex : "La fin justifie les moyens") (Source 77).
Étiquetage euphémiste : Utilisation d'un langage anodin pour minimiser la nature préjudiciable des conduites (Source 77).
Comparaison avantageuse : Comparaison de l'acte répréhensible à un autre perçu comme plus grave (Source 78).
Minimisation, déni ou distorsion des conséquences : Échapper ou minimiser cognitivement les conséquences de son action (Source 79).
Déplacement des responsabilités : Attribuer les actes à une pression sociale plutôt qu'à sa propre responsabilité (Source 80).
Diffusion des responsabilités : Atténuer sa responsabilité en invoquant des décisions prises en groupe (Source 81).
Attribution du blâme : Considérer que les victimes sont responsables des conséquences qu'elles subissent (Source 81).
Déshumanisation : Désinvestir les victimes de leur humanité (Source 81).
Le désengagement moral est un prédicteur du risque d'adopter un rôle d'agresseur (von Grundherr et al., 2017) (Source 85).
Émotions Morales
Les émotions morales diffèrent des émotions classiques par leur valence liée aux actes (bien/mal) et aux personnes (agent/patient) (Gray & Wegner, 2011) (Source 57, 58).
Certaines émotions (culpabilité, sympathie) favorisent les comportements prosociaux (aide, réparation), tandis que fierté ou joie peuvent renforcer la transgression chez les agresseurs (Arsenio, 2014) (Source 59, 107).
Les défenseurs ressentent colère, tristesse et peur face au harcèlement (Price et al., 2014) (Source 59).
Les agresseurs ont souvent une déficience de la compassion morale (Gini et al., 2011) (Source 59).
Les attributions morales (honte, culpabilité, indifférence, fierté) varient selon l'implication et le type d'harcèlement (Source 60, 61, 62).
Sensibilité Morale
C'est la « capacité à reconnaître les questions morales dans des situations complexes » (Jordan, 2007) (Source 63).
Elle est un prédicteur du raisonnement moral (Yoder et Decety, 2014) et est plus élevée chez les filles (You, Maeda et Bebeau, 2011).
Des niveaux plus élevés sont liés à une meilleure capacité à distinguer les transgressions morales des règles sociales conventionnelles (Thornberg et Jungter, 2013) (Source 63).
Distance Psychologique et Harcèlement
La distance psychologique affecte la façon dont les individus traitent l'information et leurs choix moraux (Liberman & Trope, 2008) (Source 121).
Types de Distances Psychologiques
Distance spatiale/géographique : de l'ici au lointain (pays, région, ville, quartier, pièce d'à côté) (Source 88, 90).
Distance sociale : de soi aux proches, connaissances, inconnus (Source 96, 97).
Distance temporelle : perception du présent, passé, futur (Source 97, 99).
Alternatives hypothétiques : ce qui a pu ou pourrait se passer (réalité vs imaginaire) (Source 100).
Effets de la Distance Psychologique
La distance augmente les choix conséquentialistes (Gong, Iliev & Schdeva, 2012) (Source 110).
Le niveau d'abstraction augmente l'hypocrisie et les jugements moraux (Lammers, 2012) (Source 110).
Les individus jugent les actes moraux comme plus vertueux et les actes immoraux comme plus offensifs lorsqu'ils sont distants (Eyal & Liberman, 2012) (Source 110).
La présence d'une forme de distance réduit la sensibilité à d'autres formes de distances (Maglio, Trope & Liberman, 2013) (Source 121).
Contexte du Cyberharcèlement
Les interactions en ligne, caractérisées par des distances physiques et sociales accrues, ont des effets spécifiques sur les émotions et réactions :
Désinhibition : L'absence de contact visuel et de signaux non verbaux peut entraîner des comportements plus agressifs (Source 125, 128).
Minimisation des conséquences : La distance facilite le désengagement moral, car les agresseurs perçoivent moins directement le mal causé (Source 125, 128).
Réduction de l'empathie : La distance psychologique diminue l'empathie, ce qui peut rendre les individus moins enclins à intervenir ou à ressentir de la culpabilité.
Différence entre Bullying et Discrimination
Bien que les deux puissent impliquer des comportements négatifs répétés et avoir des conséquences délétères, des distinctions importantes existent (Source 112, 113) :
Caractéristique | Bullying | Discrimination |
|---|---|---|
Cible | Peut concerner des individus sans stigmate. | Basée sur un stigmate (ex: origine ethnique, sexe, religion, handicap). |
Intentionnalité | Précise et systématique. | Non systématique. |
Période de vie | Plus fréquent durant l'enfance et l'adolescence. | Fréquente à tous les âges. |
Nature | Peut impliquer agression physique, verbale ou sociale. | Peut aussi inclure exclusion, traitement injuste. |
La discrimination est souvent sous-jacente et peut être moins directement observable que le harcèlement manifeste.
Facteurs Influencing le Cyberharcèlement par les Témoins
(Macaulay et al., 2022) (Source 134, 135)
Sévérité perçue de l'agression : Plus la gravité est perçue comme élevée, plus la probabilité d'intervention est grande.
Type de cyberharcèlement : Visuel (photo/vidéo embarrassante) vs textuel insultant.
Publicité : Public (visible par tous), semi-public (visible par les amis), privé (visible par la victime seulement).
Anonymat : Agresseur connu vs inconnu.
Réactions de la victime : La victime est-elle bouleversée/contrariée ou non ?
Réponses Possibles des Témoins
Ignorer la situation.
Encourager l'agresseur.
Rechercher l'aide d'un adulte (enseignant, parent) ou d'un ami.
Apporter un support émotionnel à la victime.
Intervenir directement pour confronter l'agresseur (Challenge the bully) (Source 138).
Résultats Clés
La sévérité perçue est significativement influencée par la réaction de la victime et la publicité de l'acte (Source 139).
L'anonymat et la réaction de la victime ont un impact significatif sur la propension à chercher l'aide d'un adulte, à offrir un soutien émotionnel ou à intervenir (Source 143, 144).
La publicité et la réaction de la victime influencent la tendance à ignorer la situation (Source 143, 144).
Synthèse
Le harcèlement, qu'il soit traditionnel ou numérique, est un phénomène complexe avec des définitions claires mais parfois soumises à débat. Il implique une dynamique de pouvoir asymétrique, une répétition des actes négatifs et une intentionnalité de nuire. Les explications du comportement des agresseurs incluent des facteurs cognitifs, sociaux et évolutifs. Les victimes présentent des vulnérabilités diverses et subissent des conséquences graves sur leur santé physique, mentale et sociale. Les témoins, bien que souvent passifs, jouent un rôle crucial et leur intervention est modulée par des facteurs tels que le désengagement moral, la distance psychologique, l'empathie et les caractéristiques de la situation et des acteurs. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour développer des stratégies de prévention et d'intervention efficaces.
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