Principes fondamentaux du droit pénal

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Étude des principes cardinaux du droit pénal français : légalité criminelle, présomption d'innocence, non-rétroactivité, et évolution historique du système pénal de l'Ancien Régime aux enjeux contemporains.

59 cartes

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Question

Qu'est-ce que le « populisme pénal » ?

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Réponse

Tendance du législateur à créer de nouvelles lois en réaction à des faits divers médiatisés, souvent pour un affichage politique sans changement de fond.

Question

Quelle est la doctrine qui, au XXe siècle, a réaffirmé le libre arbitre et une peine axée sur la resocialisation ?

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Réponse

La défense sociale nouvelle, portée par Marc Ancel.

Question

Comment le système de justice pénale était-il caractérisé sous l'Ancien Régime ?

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Réponse

Par l'arbitraire royal, l'inégalité devant la peine, une grande sévérité (torture) et les lettres de cachet.

Question

Quelle théorie vise à priver certains criminels de leurs garanties procédurales ?

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Réponse

Le droit pénal de l'ennemi (théorie de Jakobs).

Question

Quel principe signifie que la personne poursuivie n'a pas à prouver son innocence, mais le procureur sa culpabilité ?

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Réponse

Présomption d'innocence — la charge de la preuve incombe au procureur et le doute profite à l'accusé.

Question

Quel événement législatif majeur a eu lieu en 1981 concernant la peine de mort en France ?

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Réponse

L'abolition de la peine de mort sous l'impulsion du ministre de la Justice Robert Badinter.

Question

Combien d'infractions compte-t-on environ en France et quelle proportion se trouve dans le Code pénal ?

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Réponse

Environ 10 000 infractions ; moins de 5 % se trouvent dans le Code pénal.

Question

Quel est le principe qui stipule que chacun est responsable de son propre fait en droit pénal ?

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Réponse

Principe de personnalité des peines.

Question

Quel philosophe a introduit le concept du panoptique pour décrire un système de surveillance dans les prisons ?

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Réponse

Jeremy Bentham (repris par Michel Foucault dans Surveiller et punir).

Question

Qui est le principal théoricien du positivisme en droit pénal au XIXe siècle ?

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Réponse

Cesare Lombroso

Question

Comment la jurisprudence pénale définit-elle le domicile pour la violation de domicile ?

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Réponse

Le lieu à l'intérieur duquel l'individu a droit que son intimité soit protégée (englobe chambre d'hôtel, d'hôpital, caravane, cave).

Question

Quelles sont les trois catégories d'infractions classées par ordre de gravité dans le Code pénal ?

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Réponse

Crimes (cour d'assises), délits (tribunal correctionnel) et contraventions (tribunal de police).

Question

Qu'est-ce que le droit pénal ?

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Réponse

Branche du droit qui définit les comportements contraires aux valeurs sociales, les érige en infractions et leur associe des peines.

Question

Quel philosophe des Lumières a posé les bases du droit pénal moderne et de la légalité ?

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Réponse

Cesare Beccaria, dans son traité Des délits et des peines (1764).

Question

Quel principe cardinal garantit qu'on ne peut être puni pour un comportement non défini comme infraction par la loi ?

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Réponse

Le principe de légalité criminelle (ou principe de légalité des délits et des peines).

Question

Quel arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme est cité pour la définition de la matière pénale ?

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Réponse

Arrêt Boyer contre France du 13 octobre 1993.

Question

Quelle ordonnance du XVIe siècle a instauré un droit pénal arbitraire et rigoureux en France ?

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Réponse

L'ordonnance de 1670, sous Louis XIV.

Question

Quel est le fondement du droit pénal selon le modèle franco-suisse ?

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Réponse

L'idée d'un contrat social visant à passer de l'état de nature belliqueux à une forme de paix sociale.

Question

Quelle est la principale caractéristique du droit pénal en tant que droit expressif ?

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Réponse

Il exprime les valeurs sociales protégées à un moment donné dans une société donnée.

Question

Cour compétente pour juger les crimes.

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Réponse

Cour d'assises (ou cour criminelle départementale).

Question

Tribunal compétent pour juger les délits.

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Réponse

Le tribunal correctionnel

Question

Garantie constitutionnelle selon laquelle une loi nouvelle ne s'applique pas rétroactivement (sauf si plus douce).

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Réponse

Principe de non-rétroactivité de la loi pénale.

Question

Branche du droit définissant les comportements contraires aux valeurs sociales protégées et entraînant des peines.

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Réponse

Le droit pénal

Question

Tribunal compétent pour juger les contraventions.

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Réponse

Le tribunal de police

Question

Crimes, délits, contraventions.

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Réponse

Les trois catégories d'infractions par ordre de gravité

Question

État belliqueux dont les hommes s'échappent en adhérant à un contrat social établissant des règles communes.

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Réponse

L'état de nature

Question

Principe exigeant que la peine soit nécessairement associée à une infraction.

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Réponse

Principe de culpabilité.

Question

Théorie selon laquelle certains criminels, ayant gravement violé le contrat social, ne bénéficient pas des garanties procédurales.

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Réponse

Droit pénal de l'ennemi (Jakobs).

Question

Marquis italien du XVIIIe siècle ayant posé les bases du droit pénal moderne avec son traité Des délits et des peines (1764).

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Réponse

Cesare Beccaria.

Question

Principe selon lequel le juge ne peut étendre la loi pénale à des cas non prévus.

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Réponse

Principe de l'interprétation stricte de la loi pénale.

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Édits royaux scellés du sceau du roi permettant l'arrestation et l'emprisonnement arbitraires sans infraction commise.

Lettres de cachet.

Médecin criminaliste italien ayant développé la théorie du « criminel-né » reposant sur le déterminisme individuel.

Cesare Lombroso, auteur de L'Homme criminel.

Idée positiviste selon laquelle le groupe social influence négativement une personne et peut être éliminé en l'extrayant de son milieu.

Déterminisme social.

Doctrine du XXe siècle réaffirmant le libre arbitre et prônant une peine tenant compte de la personnalité pour resocialiser.

Doctrine de la défense sociale nouvelle (Marc Ancel).

Philosophe ayant fondé le concept de séparation des pouvoirs pour lutter contre l'arbitraire et garantir l'indépendance judiciaire.

Montesquieu, dans L'Esprit des lois.

Mode d'exécution unique adopté en 1791 par souci d'égalité, remplaçant les exécutions différenciées selon la classe sociale.

Guillotine.

Notion philosophique fondamentale selon laquelle l'individu dispose de la capacité à choisir son comportement.

Libre arbitre.

Ministre de la Justice (1981) ayant aboli la peine de mort en France.

Robert Badinter.

Caractère du droit pénal d'être défini et sanctionné par des principes propres, indépendamment des autres branches du droit.

Autonomie.

Quel comportement ne peut jamais être incriminé au sens du droit pénal ?

Un comportement simplement immoral ou choquant qui n'est pas défini par un texte légal comme une infraction.

En quoi consistait la vengeance privée comme forme de justice pénale ?

La victime se vengeait elle-même sans intervention de l'État ; c'est la forme la plus primitive de justice pénale.

Quelle ordonnance royale de 1670 a réformé le droit pénal en instaurant un système très dur incluant la torture ?

L'ordonnance de 1670, sous Louis XIV.

Quel était le principal objectif des lettres de cachet sous l'Ancien Régime ?

Faire arrêter et enfermer une personne sans qu'elle ait commis d'infraction, souvent à la demande de sa famille.

Quel philosophe du XVIIIe siècle a théorisé que la personne violant le contrat social s'exclut elle-même de la société ?

Jean-Jacques Rousseau, dans Le Contrat social (1762).

Quelle théorie positiviste soutient que certains individus sont prédéterminés au crime par leurs caractéristiques biologiques ?

Celle de l'Italien Lombroso, qui décrit un « criminel-né » prédéterminé par ses caractéristiques biologiques.

Quel déterminisme positiviste considère que c'est le groupe social qui influence négativement une personne ?

Le déterminisme social : l'idée que le groupe social influence négativement la personne.

Comment la doctrine de défense sociale nouvelle envisage-t-elle la sanction pénale ?

Elle doit tenir compte de la personnalité de l'auteur, avoir une visée réparatrice et viser à socialiser ou resocialiser la personne.

Quel ouvrage majeur Michel Foucault a-t-il publié en 1975 sur la surveillance et la punition ?

Surveiller et punir.

Quelles nations utilisent des systèmes juridiques différents du modèle français pour gouverner la vie quotidienne ?

Les États-Unis, où le droit gouverne la vie quotidienne avec une abondance d'avocats et de procès.

Quel problème majeur pose la dispersion de plus de 95 % des infractions en France en dehors du Code pénal ?

Une atteinte directe à l'accessibilité du texte et à la légalité criminelle : même les professionnels ne peuvent plus connaître tous les textes.

Que signifie l'autonomie du droit pénal ?

Le droit pénal est défini et sanctionné par des principes qui lui sont propres, sans que les règles et conceptions des autres matières aient d'incidence sur lui.

Quelle est la différence fondamentale entre morale individuelle et loi pénale en droit français ?

La morale est individuelle, privée et peut être religieuse, tandis que la loi pénale est générale et s'adresse à tous dans une société donnée.

Quels sont les trois exemples cités de dépénalisation en France au cours du XXe siècle ?

Blasphème, adultère et avortement.

Comment le Code pénal français qualifie-t-il le domicile pour les infractions de violation de domicile ?

Tout lieu où l'individu a droit que son intimité soit protégée (chambre d'hôtel, d'hôpital, caravane, cave).

Quel tribunal était compétent pour prononcer la peine de mort avant sa suppression en 1981 ?

Les cours d'assises.

Quel était le contenu de l'article 14 du Code pénal napoléonien de 1810 relatif aux condamnés à mort ?

Les familles n'avaient pas le droit d'organiser des obsèques ni de faire une sépulture où serait inscrit le nom du défunt.

Comment la peine de mort était-elle exécutée après 1939 en France ?

Par décret-loi du président Daladier, la guillotine était dressée de nuit dans les cours des prisons, et les exécutions avaient lieu de nuit.

Quel recours une personne condamnée à mort pouvait-elle exercer devant les juridictions en dernier lieu ?

Un recours devant la Cour de cassation, puis, en cas de rejet, un recours en grâce auprès du président de la République.

Quel protocole international ratifié par la France en 2016 interdit la peine de mort en toutes circonstances ?

Le protocole additionnel à la CEDH (2002) qui interdit la peine de mort en toutes circonstances, ratifié par la France en 2016.

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Droit pénal général

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Fiche de révision

Définition, Nature et Principes Fondamentaux du Droit Pénal

Le droit pénal est une branche fondamentale du droit qui organise la réponse de la société face aux comportements jugés inacceptables. Il établit les règles qui définissent ces comportements comme des infractions et prévoit les sanctions qui leur sont associées, tout en garantissant les libertés individuelles par des principes stricts.

Le fondement du droit pénal repose sur l'idée du contrat social, particulièrement le modèle franco-suisse. Selon cette théorie, les individus acceptent des règles communes pour passer d'un état de nature conflictuel à une société pacifiée. Celui qui enfreint ces règles s'exclut de fait du contrat social et doit en subir les conséquences.

Bien que traditionnellement rattaché au droit privé dans les facultés, le droit pénal présente une forte dimension de droit public. En effet, il met en scène l'État, représenté par le ministère public, face à un particulier. La justice pénale est rendue au nom du peuple français et non au nom des victimes, soulignant son caractère d'intérêt général.

Le droit pénal est caractérisé par sa triple nature : il est expressif car il reflète les valeurs sociales d'une époque donnée (ex: le respect de la vie ou de la propriété). Il est également normatif, formulant des normes de conduite obligatoires sous forme d'interdits (ne pas tuer) ou, plus rarement, d'obligations (porter secours à personne en danger). Enfin, c'est un droit répressif ou sanctionnateur, car il prévoit des peines pour la violation de ces normes.

Plusieurs principes cardinaux garantissent la protection des libertés individuelles face au pouvoir de punir de l'État et encadrent l'application de la loi pénale. Le premier d'entre eux est le principe de légalité criminelle (ou principe de légalité des délits et des peines), selon lequel nul ne peut être puni pour un comportement qui n'a pas été préalablement défini par la loi comme une infraction, et aucune peine ne peut être prononcée si elle n'a pas été également prévue par un texte antérieur.

Ce principe emporte deux corollaires majeurs : l'interprétation stricte de la loi pénale, qui signifie que le juge ne peut étendre le sens des textes au-delà de ce qu'ils prévoient expressément, et la non-rétroactivité de la loi pénale, sauf si la nouvelle loi est plus douce pour l'accusé. Ces règles visent à éviter l'arbitraire judiciaire et à garantir la sécurité juridique des citoyens.

La présomption d'innocence est un autre pilier du droit pénal, affirmant que toute personne poursuivie est considérée comme innocente tant que sa culpabilité n'a pas été légalement établie. La charge de la preuve incombe donc à l'accusation (le procureur), et le doute doit toujours profiter à l'accusé, ce qui inclut le droit de se taire dès la garde à vue, sans qu'un silence puisse à lui seul fonder une condamnation. Enfin, le principe de personnalité des peines stipule que chacun est responsable de son propre fait, signifiant qu'une personne ne peut être punie pour l'acte d'autrui (ex: un parent ne peut aller en prison à la place de son enfant mineur).

Le principe de culpabilité veut que la peine soit toujours associée à une infraction constatée.

Classification des Infractions et Évolution Historique du Droit Pénal

Classification des Infractions

Le Code pénal classe les infractions en trois catégories par ordre de gravité décroissante. Cette hiérarchie détermine à la fois la nature de l'infraction et la juridiction compétente pour la juger. Cette classification structure l'ensemble du système pénal français et guide les procédures judiciaires.

Les Crimes

Les crimes constituent l'infraction la plus grave et sont jugés par la cour d'assises ou, depuis une réforme récente, par les cours criminelles départementales. Ce sont des atteintes graves aux valeurs fondamentales de la société, comme l'homicide volontaire, le viol ou le braquage à main armée. Seule une cour d'assises ou une cour criminelle départementale détient la compétence pour prononcer une peine pour crime.

Les Délits

Les délits constituent une catégorie intermédiaire d'infractions, jugées par le tribunal correctionnel. Ils incluent des infractions telles que le vol simple, l'escroquerie, les coups et blessures volontaires sans incapacité totale de travail, ou la conduite sous l'empire de l'alcool. Le tribunal correctionnel est le lieu où se déroule la majorité des affaires pénales et représente ce qu'on pourrait appeler la « justice du quotidien ».

Les Contraventions

Les contraventions sont les infractions les moins graves et relèvent du tribunal de police. Elles englobent les infractions mineures telles que les infractions au code de la route, le non-respect des règlements locaux ou les petits troubles à l'ordre public. Le tribunal de police traite les affaires rapidement, sans la lourdeur procédurale des tribunaux correctionnels.

Évolution Historique du Droit Pénal

L'Ancien Régime : Arbitraire et Inégalité

Sous l'Ancien Régime, le droit pénal était caractérisé par l'arbitraire royal, l'inégalité devant la peine et une rigueur extrême. Le roi disposait d'un pouvoir discrétionnaire absolu et pouvait édicter n'importe quel comportement comme infraction sans préavis aux citoyens. Les lettres de cachets, scellées du sceau royal, permettaient à une famille d'obtenir du roi l'emprisonnement de son fils, sans procès ni motif légal. (Les filles étaient mises au couvent). Ce système créait une profonde insécurité juridique et violait les libertés individuelles.

Les sanctions étaient également extrêmement différenciées selon la classe sociale : les nobles bénéficiaient de privilèges — notamment être décapités à la hache plutôt que pendus — tandis que les roturiers subissaient des châtiments spectaculaires et publics. La torture était pratiquée quasi systématiquement pour extorquer des aveux, et l'exposition des corps aux gibets servait de spectacle dissuasif (sans effet démontré). Cet ordre archaïque a suscité une profonde révolte parmi les penseurs du siècle des Lumières.

Les Lumières : Penseurs Fondateurs

Face aux abus de l'Ancien Régime, les philosophes des Lumières ont posé les fondements du droit pénal moderne. Beccaria, jeune marquis italien qui écrivit « Des délits et des peines » en 1764 à l'âge de 26 ans, est l'auteur révolutionnaire du principe de légalité criminelle : nul ne peut être puni pour un comportement que la loi n'a pas préalablement défini comme infraction. Son ouvrage, interdit en Europe car il remettait en cause le pouvoir royal, circule sous le manteau mais influence profondément les révolutionnaires français.

Montesquieu pose les fondements de l'État moderne en prônant la séparation des pouvoirs : un exécutif, un législatif et un judiciaire distincts et indépendants. Cette séparation constitue la seule véritable garantie contre l'arbitraire et l'absolutisme. Bien que le système français conserve un lien hiérarchique entre les procureurs et le ministère de la Justice (menaçant cette indépendance), le principe demeure une protection majeure.

Rousseau, dans son ouvrage « Le Contrat social » (1762), théorise le vivre-ensemble : les citoyens adhèrent à un système fondé sur des valeurs sociales partagées. Quiconque viole ce contrat social s'en exclut lui-même et encourt une sanction. Ce modèle introduit révolutionnairement le principe d'égalité entre tous les citoyens devant la loi et la peine — une idée en germe en 1762 mais qui transforme le droit pénal.

Doctrines Positivistes : Déterminisme et Danger

À la fin du XIXe siècle, une doctrine positiviste émerge, fondée sur le déterminisme et la notion d'« état dangereux ». Elle prétend que l'homme est prédéterminé par ses caractéristiques biologiques, mentales et morales, et que certains individus sont intrinsèquement dangereux. Lombroso, médecin militaire italien, popularise cette vision en décrivant le « criminel-né » : un individu physiologiquement tarés, dont la dangerosité est irrévocable. Cette pseudo-science classe les populations par degrés d'évolution supposée, les urbaines étant jugées « évoluées » et les rurales « arriérées » — une classification dangereuse.

Le positivisme reconnaît deux formes de déterminisme : le déterminisme individuel (le criminel-né dont on ne peut rien attendre) et le déterminisme social (l'influence du milieu criminel sur la personne). Si le premier mène à l'exclusion définitive — voire à l'élimination — le second laisse entrevoir une rédemption par extraction du milieu. Bien que discréditée, cette doctrine perdure : les interdictions territoriales imposées aux condamnés s'inscrivent dans l'idée que l'éloignement du milieu permet l'amendement. Cette doctrine a aussi alimenté les régimes nazis et fascistes avec la notion de « sous-ordres » à éliminer.

La Défense Sociale Nouvelle : Libre Arbitre et Resocialisation

Au XXe siècle, Marc Ancel prolonge et inverse la critique du positivisme avec la doctrine de la défense sociale nouvelle (1954). Elle réaffirme que chaque personne est libre, dotée de libre arbitre, et adopte ses comportements en conscience : la responsabilité individuelle existe donc et la peine a un sens. Contrairement au déterminisme, cette doctrine place l'être humain au centre et reconnaît sa capacité à changer.

Selon la défense sociale nouvelle, la peine doit respecter trois exigences :

  • elle doit tenir compte de la personnalité de l'auteur de l'infraction,
  • avoir une visée réparatrice, et viser à socialiser ou
  • resocialiser la personne.

Cette doctrine imprègne profondément le droit pénal contemporain français et justifie les alternatives à l'emprisonnement, les programmes de réinsertion et l'attention portée aux circonstances personnelles dans la détermination de la peine. Elle marque un virage humaniste et constructif dans la pensée pénale.

Dans les années 1970, Foucault (« Surveiller et punir », 1975) et le modèle du panoptique de Bentham symbolisent ce virage humaniste, qui débouche sur l'abolition de 1981.

Connexions et Continuités

La classification tripartite des infractions (crimes, délits, contraventions) repose sur les principes des Lumières : la gradation de gravité reflète la proportionnalité entre l'atteinte aux valeurs sociales et la sévérité de la réponse. Les juridictions spécialisées (cour d'assises, tribunal correctionnel, tribunal de police) incarnent la séparation des pouvoirs en distribuant le jugement selon la nature de l'infraction. Le rejet du déterminisme au profit du libre arbitre fonde la responsabilité pénale moderne : chacun est responsable de son propre fait et peut être amendé. Ces éléments constituent un système cohérent dont l'objectif est de concilier justice, égalité et humanité.

La Peine de Mort en France : Histoire, Abolition et Enjeux Contemporains

L'évolution de la peine de mort en France

Sous l'Ancien Régime, la peine de mort était appliquée de manière inégale selon la classe sociale, souvent associée à des peines infamantes et des exécutions publiques spectaculaires. En 1791, la guillotine est adoptée pour garantir une exécution plus humaine et égalitaire. Cependant, le Code pénal napoléonien de 1810 maintient la peine capitale et ses dispositions restent en vigueur jusqu'en 1981.

L'abolition et ses garants

Malgré les tentatives d'abolition au fil des siècles, c'est finalement en 1981, sous l'impulsion de Robert Badinter, alors Garde des Sceaux, que la peine de mort est définitivement abolie en France. Cette décision a fait de la France l'un des derniers pays occidentaux à renoncer à cette pratique. Par la suite, l'interdiction de la peine de mort a été renforcée par des textes internationaux, notamment les protocoles additionnels à la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) interdisant la peine de mort en toutes circonstances, ratifiés par la France.

Un protocole de l'ONU imposant une révision constitutionnelle pour réintroduire la peine de mort a conduit Chirac à graver cette interdiction dans la Constitution.

Les enjeux contemporains du droit pénal

Le droit pénal moderne est confronté à plusieurs défis. On observe une inflation législative notable, avec environ 10 000 infractions existantes en France, dont la grande majorité ne figure pas dans le Code pénal actuel (entré en vigueur en 1994). Cette profusion nuit à l'accessibilité de la loi et peut générer une insécurité juridique. La cybercriminalité est un exemple d'évolution de la délinquance, qui nécessite de nouvelles incriminations et adaptations législatives.

Une autre tendance est le populisme pénal, où le législateur crée de nouvelles lois en réaction à des faits divers médiatisés (comme la loi sur l'homicide routier en 2025 ). Ces lois sont parfois plus symboliques que réellement novatrices sur le fond.

La loi sur l'homicide routier ne change que la terminologie, le délit routier restant une infraction non intentionnelle malgré la disparition du mot « involontaire ».

Parallèlement, des débats doctrinaux émergent, tels que la notion de droit pénal de l'ennemi, théorisée par le professeur allemand Jakobs. Cette approche suggère de priver certains criminels (notamment les terroristes) de leurs garanties procédurales en raison de la gravité de leurs actes, remettant en cause les principes d'égalité et de justice hérités des Lumières.

**L’autonomie du droit pénal**

Le droit pénal est un droit autonome : il est défini et sanctionné par des règles qui lui sont propres, indépendamment des qualifications retenues par les autres branches du droit. Cette autonomie joue dans les deux sens — elle peut protéger davantage les personnes, ou au contraire étendre la responsabilité pénale.

Elle se traduit par des définitions propres (ex : la notion de domicile est plus large en droit pénal qu'en droit civil, art. 226-4) et par une indifférence aux qualifications civiles (la nullité d'un titre ou d'un contrat n'empêche pas l'infraction d'exister — extorsion, art. 312-1 ; abus de confiance, art. 314-1).

Le droit pénal s'auto-limite aussi : il répond à des exigences de nécessité et de proportionnalité, et obéit au principe de subsidiarité — c'est un droit discontinu (Portalis), qui ne doit intervenir qu'en dernier recours.

Enfin, les compétences sont réparties par la Constitution : la loi définit crimes et délits (art. 34), le règlement définit les contraventions (art. 37), sous le contrôle mesuré du Conseil constitutionnel (déc. du 20 janvier 1994). La CEDH conserve toutefois sa propre autonomie pour qualifier la « matière pénale » au sens de l'article 6 (arrêt Boyer c. France, 1993).

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Pourquoi la théorie du criminel-né de Lombroso est-elle devenue dangereuse lorsqu'elle a été détournée par les régimes nazis et fascistes ?

Texte à trous

  • En France, les trois catégories d'infractions sont les crimes, les délits et les contraventions.
  • Le principe de la légalité criminelle dispose que nul ne peut être puni pour un comportement que la loi n'a pas préalablement défini comme une infraction.
  • Le système des lettres de cachet, permettant l'arrestation et l'emprisonnement sans infraction, a perduré jusqu'à la Révolution française.
  • Le droit pénal est considéré comme un droit expressif car il exprime les valeurs sociales protégées à un moment donné dans une société donnée.
  • L'affaire du chevalier de La Barre est un exemple d'injustice sous l'Ancien Régime, liée notamment au concept de impiété.
  • Le droit pénal est une branche du droit qui définit des comportements contraires aux valeurs sociales qu'il faut protéger dans une société.
  • Sous l'Ancien Régime, la forme la plus primitive de justice pénale était la vengeance privée.
  • Les idées de Montesquieu sur la séparation des pouvoirs ont posé les fondements de l'État législatif actuel.
  • L'ordonnance de Villers-Cotterêts a instauré un droit pénal totalement arbitraire en France.
  • La doctrine de la défense sociale nouvelle, portée par Marc Ancel, réaffirme le libre arbitre de chaque personne.
  • Le système du panoptique, décrit par Michel Foucault, est une idée de Jeremy Bentham pour la surveillance des détenus.
  • Le traité révolutionnaire de Beccaria, *Des délits et des peines*, a ouvert la voie au droit pénal moderne.
  • La doctrine positiviste, avec Lombroso, prétend que l'homme est déterminé par des caractéristiques personnelles, physiques, mentales et morales.
  • Le principe de personnalité des peines exprime le fait que chacun est responsable de son propre fait.
  • Le droit pénal de l'ennemi, introduit par le professeur Jakobs, est jugé régressive par rapport à l'esprit des Lumières.
  • L'abolition de la peine de mort en France est devenue définitive en 1981 sous l'impulsion de Robert Badinter.
  • La non-rétroactivité de la loi pénale est un principe constitutionnellement garanti, notamment inscrite dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789.
  • Le Code pénal napoléonien de 1810 contenait un article 12 qui disposait que tout condamné à mort aurait la tête tranchée.
  • Le phénomène du populisme pénal pénal décrit la tendance du législateur à créer de nouvelles lois en réaction à des faits divers médiatisés.
  • Le principe de présomption d'innocence implique que la personne poursuivie n'a pas la charge de la preuve.

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