Platon : Hippias majeur - La Nature de la Beauté
1 carteLe dialogue de Platon, Hippias majeur, explore la nature de la beauté à travers une conversation entre Socrate et Hippias. La discussion aborde diverses définitions de la beauté, notamment une jeune fille, l'or, la convenance, l'utilité, le pouvoir et le plaisir, les examinant toutes pour leur validité. L'œuvre met en évidence la difficulté de définir la beauté de manière concise et universelle, soulignant l'approche socratique de l'interrogation philosophique.
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Résumé : Platon - Hippias Majeur (Sur le Beau)
Ce dialogue met en scène Socrate et le sophiste Hippias. Socrate cherche à définir l'essence du Beau, c'est-à-dire ce qui est universellement beau, tandis qu'Hippias, prétentieux, ne propose que des exemples ou des définitions superficielles qui sont systématiquement réfutées.La Question Centrale : Qu'est-ce que le Beau en soi ?
Socrate ne cherche pas des exemples de choses belles (une femme, un cheval), mais la qualité même qui, lorsqu'elle est présente dans une chose, la rend belle.Première Définition (Hippias) : Le Beau est une belle vierge
- Réponse d'Hippias : "Ce qui est beau, Socrate, sache-le bien, à parler en toute vérité, c'est une belle vierge."
- Réfutation de Socrate :
- Une belle jument, une belle lyre, ou même une "belle marmite" sont aussi belles, mais ne sont pas des vierges.
- Ceci est un exemple d'une chose belle, et non le Beau lui-même.
- De plus, la beauté d'une vierge est relative : elle paraîtrait laide en comparaison d'une déesse. Le Beau, lui, doit être absolu.
Deuxième Définition (Hippias) : Le Beau est l'or
- Réponse d'Hippias : Le Beau, c'est ce qui embellit tout ce à quoi il s'ajoute : c'est donc l'or.
- Réfutation de Socrate :
- La célèbre statue d'Athéna de Phidias est magnifique, mais elle est faite d'ivoire et de marbre, pas seulement d'or.
- L'or n'est pas toujours beau. Il doit être "convenable" (τὸ πρέπον). Par exemple, pour remuer une soupe dans une marmite, une cuillère en bois de figuier est plus convenable (et donc plus belle dans cet usage) qu'une cuillère en or.
Troisième Définition (Hippias) : Le Beau est une vie réussie
- Réponse d'Hippias : Le plus beau pour un mortel, c'est d'être riche, en bonne santé, honoré, de vivre vieux et de recevoir de belles funérailles de ses enfants.
- Réfutation de Socrate :
- Cette définition ne s'applique ni aux dieux, ni aux héros comme Achille, qui est mort jeune mais dont la vie est célébrée comme belle.
- La définition n'est donc pas universelle, car elle ne s'applique qu'à certains mortels.
Quatrième Définition (Suggestion de Socrate) : Le Beau est l'utile
- Hypothèse de Socrate : On appelle beaux les yeux qui voient bien, un corps apte à la course, etc. Le Beau serait donc l'utile ou la puissance (δύναμις).
- Réfutation de Socrate :
- La puissance et l'utilité peuvent être utilisées pour faire le mal.
- Or, une puissance qui mène au mal ne peut être qualifiée de "belle".
- On précise donc : Le Beau est l'utile en vue du Bien.
Cinquième Définition (Suggestion de Socrate) : Le Beau est l'avantageux (la cause du Bien)
- Hypothèse affinée : Si le Beau est l'avantageux qui produit le bien (ὠφέλιμον), alors le Beau est la cause du Bien.
- Réfutation de Socrate :
- La cause est toujours distincte de son effet. Le père n'est pas le fils.
- Si le Beau est la cause du Bien, alors le Beau n'est pas le Bien, et le Bien n'est pas le Beau.
- Cette conclusion est paradoxale et jugée insatisfaisante par les deux interlocuteurs.
Sixième Définition (Suggestion de Socrate) : Le Beau est le plaisir par la vue et l'ouïe
- Hypothèse : Le Beau, c'est ce qui procure du plaisir par les sens de la vue et de l'ouïe.
- Réfutation de Socrate :
- Pourquoi seulement ces deux sens ? Parce qu'ils sont considérés comme "les plus innocents et les meilleurs".
- Mais quelle est la qualité commune à ces deux plaisirs qui les rend "beaux" ?
- Le raisonnement logique complexe échoue à trouver une essence commune qui s'appliquerait à la fois à chaque plaisir pris séparément et aux deux plaisirs réunis. La définition mène à une contradiction logique.
Conclusion : L'Aporie (l'impasse)
| La colère d'Hippias | Frustré par ces questions qu'il juge futiles ("des épluchures et des rognures de discours"), Hippias abandonne la discussion. Pour lui, le vrai "beau" est l'éloquence pratique : savoir persuader un tribunal pour sauver sa fortune et ses amis. |
| La conclusion de Socrate | Socrate avoue qu'il erre dans l'incertitude. Le dialogue se termine sans réponse définitive (c'est une aporie). Il conclut humblement en citant un proverbe, tiré de cette difficile recherche. |
Leçon finale du dialogue : "Je crois avoir tiré de mon entretien avec vous deux [Hippias et l'interlocuteur imaginaire de Socrate] : c'est de mieux comprendre le proverbe qui dit que « les belles choses sont difficiles »."
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