Photosynthèse et métabolites végétaux
12 cartesCe cours décrit la photosynthèse chloroplastique, les phases photochimique et chimique, le cycle de Calvin, la distribution des sucres, la synthèse de la paroi, la lignine, les métabolites secondaires, ainsi que leurs rôles défensifs et attractifs pour les pollinisateurs.
La Photosynthèse et le Devenir de la Matière Organique chez les Plantes
La photosynthèse est un processus biochimique fondamental par lequel les organismes autotrophes, principalement les plantes, les algues et certaines bactéries, convertissent l'énergie lumineuse en énergie chimique, produisant ainsi de la matière organique à partir de substances inorganiques. Ce processus est essentiel à la vie sur Terre, car il est la base de la plupart des chaînes alimentaires et libère le dioxygène nécessaire à la respiration des êtres vivants.
I. La Photosynthèse : Un Processus Complexe de Conversion Énergétique
La photosynthèse est le mécanisme par lequel les plantes fabriquent des glucides, comme l'amidon, à partir du dioxyde de carbone () et de l'eau (), en utilisant l'énergie lumineuse. Ce processus se déroule dans des organites spécialisés appelés chloroplastes, présents dans les cellules chlorophylliennes, principalement au niveau du parenchyme des feuilles. La couleur verte des chloroplastes est due à la présence de pigments comme la chlorophylle.
A. Structure du Chloroplaste
Les chloroplastes sont des usines biochimiques hautement organisées. Ils contiennent un vaste réseau de membranes internes appelées thylakoïdes. Ces thylakoïdes forment des sacs clos et aplatis. C'est dans la membrane de ces thylakoïdes que se trouvent les pigments chlorophylliens essentiels à la capture de la lumière. Parmi ces pigments, on distingue :
- Les chlorophylles (chlorophylle et ) : pigments verts principaux.
- Les carotènes : pigments jaune-orangé.
- Les xanthophylles : pigments jaunes.
B. Les Deux Phases de la Photosynthèse
La photosynthèse est divisée en deux phases distinctes mais interconnectées : la phase photochimique (ou phase claire) et la phase chimique (ou cycle de Calvin).
1. La Phase Photochimique (ou Phase Claire)
Cette phase est rapide et dépend directement de la lumière. Elle se déroule dans l'épaisseur des membranes des thylakoïdes. Son rôle principal est de convertir l'énergie lumineuse en énergie chimique sous forme d'ATP (adénosine triphosphate) et de NADPH (nicotinamide adénine dinucléotide phosphate réduit).
Un événement clé de cette phase est la photolyse de l'eau (oxydation de l'eau), où les molécules d'eau sont décomposées en présence de lumière :
Cette réaction libère :
- Du dioxygène (), qui est rejeté dans l'atmosphère.
- Des protons (), qui contribuent à la formation d'ATP.
- Des électrons (), qui sont captés par d'autres molécules pour être utilisés dans la phase chimique.
L'oxydation est définie comme la perte d'électrons.
2. La Phase Chimique (ou Cycle de Calvin)
Cette phase est plus lente et se déroule dans le stroma du chloroplaste, la matrice fluide entourant les thylakoïdes. Elle ne dépend pas directement de la lumière, mais utilise l'ATP et le NADPH produits lors de la phase photochimique.
Le processus central de cette phase est la réduction du dioxyde de carbone () et son incorporation à la matière organique. L'enzyme clé de cette réaction est la Rubisco (ribulose-1,5-bisphosphate carboxylase/oxygénase).
La réaction globale de réduction du peut être simplifiée comme suit :
La réduction est définie comme le gain d'électrons. Le représente une unité de glucide. Le bilan global de la photosynthèse est :
Où représente le glucose, un sucre simple.
Le Cycle de Calvin-Benson en Détail
Pour comprendre l'efficacité du cycle de Calvin-Benson, il faut considérer le sort de 3 molécules de ribulose diphosphate (RuBP), un accepteur de à 5 atomes de carbone, soit un total de atomes de carbone. Ces 3 molécules fixent 3 molécules de .
Fixation du : La Rubisco catalyse la fixation du sur le RuBP, formant des intermédiaires instables qui se décomposent rapidement en 6 molécules de 3-phosphoglycérate (APG), un composé à 3 atomes de carbone ( atomes de carbone au total).
Réduction : Les 6 molécules d'APG sont ensuite réduites en 6 molécules de triose-phosphate (un sucre à 3 atomes de carbone), grâce à l'ATP et au NADPH produits lors de la phase photochimique.
Régénération du RuBP et Production Nette : Sur les 6 molécules de triose-phosphate, 5 sont utilisées pour régénérer les 3 molécules de RuBP, permettant au cycle de continuer. La dernière molécule de triose-phosphate représente le gain net du cycle.
Il faut faire tourner le cycle deux fois pour obtenir 2 molécules de triose-phosphate nettes. Ces trioses-phosphate peuvent ensuite être convertis en sucres à 6 atomes de carbone (comme le glucose), en amidon, en acides aminés, et autres composés organiques. Le cycle de Calvin est donc la voie principale de production de la matière organique primaire.
II. Le Devenir des Produits de la Photosynthèse
La matière organique (principalement des glucides) produite lors de la photosynthèse a plusieurs devenirs au sein de la plante, essentiels à sa survie, sa croissance, son développement et ses interactions avec l'environnement.
A. Exportation et Transformation des Métabolites Primaires
Les molécules organiques produites, appelées métabolites primaires, sont utilisées de diverses manières :
Utilisation locale : Une partie est consommée directement par les tissus chlorophylliens eux-mêmes pour leur propre métabolisme (par exemple, le glucose est utilisé dans la respiration cellulaire pour produire de l'énergie).
Synthèse de constituants cellulaires : Le glucose peut être converti en cellulose, un polymère qui imprègne la paroi pecto-cellulosique des cellules végétales.
Exportation : Le reste est exporté sous forme soluble (sucres comme le saccharose et acides aminés) vers tous les autres organes de la plante, en particulier les organes non chlorophylliens (racines, bourgeons, fruits, etc.) via la sève élaborée.
Ces sucres et acides aminés exportés sont ensuite transformés pour produire une grande diversité de composés organiques, y compris des métabolites secondaires tels que la cellulose, la lignine, les anthocyanes, les tanins et l'amidon.
B. Rôle dans la Croissance et le Port de la Plante : La Paroi Cellulaire
Les matières organiques sont cruciales pour la croissance et la structure des plantes. Les cellules végétales sont caractérisées par une paroi cellulaire, une structure externe rigide et protectrice composée de divers polymères organiques (pectines, hémicellulose et cellulose) assemblés en couches.
1. Rôle de la Paroi Cellulaire dans l'Élongation Cellulaire
Dans les jeunes cellules, les parois sont minces et extensibles, permettant l'élongation cellulaire, un processus clé de la croissance. L'allongement cellulaire est rendu possible par trois mécanismes principaux :
Relâchement de la structure de la paroi : Des liaisons entre les molécules de la paroi se rompent, la rendant plus lâche.
Pression de turgescence : La vacuole interne de la cellule, riche en eau et solutés (ions minéraux, acides aminés, saccharose), crée un appel d'eau (osmose) de l'extérieur vers l'intérieur. Cette accumulation d'eau génère une pression interne, la pression de turgescence, qui s'exerce sur la paroi. Cette pression est la force motrice du gonflement et de l'allongement cellulaire.
Synthèse de nouvelle paroi : Au fur et à mesure de l'extension, de nouvelles molécules sont incorporées pour renforcer et étendre la paroi.
Ces étapes sont régulées par des hormones végétales, notamment l'auxine.
L'état physiologique normal d'une cellule en croissance est la turgescence. Si la cellule perd de l'eau, elle devient plasmolysée, et la plante flétrit.
2. La Cellulose et la Lignine : Rigidité et Soutien
La cellulose : C'est un polymère de glucose synthétisé par l'enzyme cellulose synthase dans les jeunes cellules. Exportée du cytoplasme vers la paroi, la cellulose en devient le constituant principal, rendant la paroi progressivement plus épaisse et rigide, ce qui finit par limiter la croissance en longueur.
La lignine : Certaines cellules imprègnent leurs parois de lignines, des composés organiques complexes. L'accumulation de lignines confère une rigidité et une imperméabilité supplémentaires.
- Dans les cellules du xylème, la lignine imperméabilise les parois, facilitant la circulation de la sève brute (eau et minéraux) et empêchant l'affaissement des vaisseaux conducteurs.
- Dans les cellules du sclérenchyme (tissu de soutien), la lignine permet aux plantes herbacées de maintenir un port dressé.
- Chez les plantes ligneuses, le xylème secondaire se lignifie année après année, formant le bois. Ce matériau léger et rigide est responsable du port dressé des arbres et leur permet d'atteindre de grandes tailles. La lignine peut également imprégner des structures vulnérantes comme les épines (ex: Ronce, Prunellier) pour une défense mécanique.
C. Stockage de la Matière Organique
La matière organique est également stockée pour permettre aux plantes de survivre aux périodes défavorables (hiver, sécheresse) ou pour soutenir la germination. Ces réserves sont cruciales pour la pérennité des espèces.
Plantes herbacées pérennes : Elles stockent des réserves dans des organes souterrains protégés, tels que les bulbes (ex: oignon), les tubercules (ex: pomme de terre) et les rhizomes (ex: iris). Ces réserves sont le plus souvent glucidiques (amidon, saccharose).
Plantes annuelles : La pérennité est assurée par les graines, qui contiennent des matières organiques destinées à nourrir l'embryon et la jeune plantule lors de la germination. La nature de ces réserves varie :
Glucidiques : Blé, riz.
Lipidiques : Noix, amande.
Protéiques : Pois, lentille.
D. Interactions avec l'Environnement : Les Métabolites Secondaires
Les plantes vivent dans un environnement dynamique et interagissent constamment avec d'autres espèces. Les métabolites secondaires, produits à partir des métabolites primaires de la photosynthèse, jouent un rôle crucial dans ces interactions, qui peuvent être mutualistes ou antagonistes.
1. Interactions Antagonistes : Défense contre les Prédateurs
Pour se protéger des animaux herbivores, les plantes ont développé des systèmes de défense chimiques basés sur la production de molécules répulsives ou toxiques. Ces molécules découragent la consommation excessive de leurs tissus, préservant ainsi la matière organique fabriquée par photosynthèse.
Exemple : Le Système de Défense du Laurier-Cerise (Prunus laurocerasus)
Le laurier-cerise produit une molécule toxique, le tanin, ainsi qu'un mélange complexe d'enzymes (émulsine) et d'hétérosides cyanogénétiques (amygdaloside, prulaurasine, prunasoside). Bien que toute la plante soit toxique (à l'exception de la pulpe du fruit), la libération de la substance réellement dangereuse, l'acide cyanhydrique (), ne se produit que lorsque les hétérosides entrent en contact avec l'émulsine, typiquement lors de la mastication ou du froissement des feuilles. L'acide cyanhydrique est un poison violent qui peut provoquer des symptômes variés (vertiges, difficultés respiratoires, crampes, paralysies) et, dans les cas extrêmes, la mort.
La proportion d'acide cyanhydrique varie selon les parties de la plante : de 1,2 à 1,8 % dans les jeunes feuilles, 0,25 % dans la tige, 0,65 % dans les racines, 0,5 % dans le fruit vert et 0,4 % dans le fruit mûr. Il est à noter que d'autres plantes de la famille des Rosacées (amandes d'abricot, de pêche, de prune) et même les pépins de pomme contiennent également des hétérosides cyanogénétiques.
Autres Exemples de Défense :
Les réserves des plantes sont souvent protégées par des molécules répulsives. Par exemple, l'oxyde de propanethial est libéré lorsque les cellules d'oignon sont blessées. L'enzyme alliinase réagit avec des composés sulfurés pour former cette molécule volatile, qui se transforme en acide propanesulfonique au contact de l'eau, provoquant l'irritation oculaire caractéristique.
2. Interactions Mutualistes : Attraction des Pollinisateurs
Les plantes utilisent également des métabolites secondaires pour attirer les animaux, notamment les pollinisateurs, dans le cadre de relations mutualistes () où les deux espèces tirent bénéfice.
Exemple : Pigments Floraux
Les couleurs vives des fleurs sont souvent dues à des pigments dérivés du glucose. Les anthocyanes, produits par des transformations enzymatiques complexes à partir du glucose, sont des pigments rouges, bleus ou pourpres présents dans de nombreuses fleurs et fruits. Ils jouent un rôle majeur dans l'attraction visuelle des pollinisateurs.
D'autres pigments, tels que les caroténoïdes (carotène et xanthophylles, déjà mentionnés comme pigments photosynthétiques), contribuent également à la coloration des pétales, les rendant attrayants pour les insectes et autres animaux pollinisateurs.
III. Conclusion et Perspectives
La photosynthèse est le processus fondamental qui convertit l'énergie lumineuse en matière organique, fournissant non seulement l'énergie et les matériaux de base pour la croissance de la plante elle-même, mais aussi pour l'ensemble des écosystèmes. Les produits de la photosynthèse sont ensuite transformés et diversifiés, permettant à la plante d'accomplir des fonctions vitales telles que la construction de ses structures (paroi cellulaire, bois), le stockage d'énergie pour les périodes défavorables et la médiation de ses interactions complexes avec l'environnement.
Comprendre ces mécanismes est crucial pour des applications en agriculture, notamment pour améliorer la productivité des cultures et développer des stratégies de défense des plantes contre les maladies et les ravageurs, en misant par exemple sur leurs défenses immunitaires naturelles.
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