Notes de Cours de Santé Publique et Communautaire
58 cartesLe document contient des notes de cours sur la santé publique, couvrant divers aspects tels que la démographie, l'épidémiologie, la nutrition, l'hygiène, la lutte contre les maladies, l'organisation des systèmes de santé et le rôle des organisations internationales et des ONG.
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Introduction à la Santé Publique et Communautaire par le Groupe d’études CABOSSE HARVARD PRIME
Sous la gouvernance du coordonnateur Bienvenu Tusikila et ses collaborateurs : John Nzombo, Elsimie Makanzu, Benji Mandondo, Emmanuel Makuma, Moïse Bombanda, Daniel Makina, Aristote Mosamete et Jaïl Ntumba.
La santé publique vise à améliorer l'état de santé des populations par des actions collectives. Ce cours prépare les professionnels de santé à lutter contre les maladies endémiques, chroniques et émergentes, en intégrant des notions de politique sanitaire, épidémiologie, démographie, nutrition, hygiène et santé maternelle et infantile.
La formation du médecin en RDC vise la production d'un médecin à 5 étoiles : compétences médicales, leadership, manager, communicateur, collaborateur. Il ne se limite pas au soin curatif, mais intègre aussi les dimensions préventives, promotionnelles et réadaptatives.
Chapitre 1 : Concepts Fondamentaux et Problèmes de Santé Publique
1.1. Définitions Clés
Santé (OMS) : un état de complet bien-être physique, mental et social, et non pas seulement l'absence de maladie ou d'infirmité.
Maladie : une souffrance résultant d'une perturbation de l'état de santé, entraînant une détérioration anatomique et physiologique.
Problème de Santé Publique : une difficulté de santé nécessitant des interventions collectives, caractérisée par :
Sa fréquence élevée dans la population.
Ses conséquences graves (altération de la qualité de vie, invalidité, décès), ses implications pour le système de soins et son coût socio-économique élevé.
La possibilité de le corriger par des interventions collectives.
Santé Publique : la science et l'art d'étudier, planifier, mettre en œuvre et évaluer les actions pour améliorer la santé de la population.
Santé Communautaire : préférée à "santé publique" car elle insiste sur la participation active de la population dans la gestion de sa propre santé.
1.2. Grands Problèmes de Santé Publique en RDC
Maladies transmissibles :
Virales : Fièvre hémorragique à virus Ebola, SARS, Monkeypox, VIH/SIDA, COVID-19.
Bactériennes : Choléra, Tuberculose.
Parasitaires : Paludisme, Trypanosomiase, Onchocercose, Schistosomiase.
Troubles nutritionnels : Malnutrition protéino-énergétique (Kwashiorkor, Marasme), anémies, goitre.
Problèmes liés aux conditions de vie : Pauvreté, insalubrité, manque d'eau potable, mauvaise qualité de l'habitat, inaccessibilité aux soins.
Problèmes sociaux : Enfants de la rue, délinquance juvénile.
Chapitre 2 : Politique Sanitaire en RDC
2.1. Évolution du Système de Santé
Avant l'indépendance : Modèle belge axé sur les soins curatifs (dispensaires, hôpitaux) et lutte contre les grandes endémies par équipes mobiles. Hôpitaux pour entreprises, militaires, colons.
1960-1965 : Dégradation du système due aux guerres civiles, exode du personnel expatrié, et mauvaise gestion.
1965-1980 : Tentatives de réorganisation avec le concept "Santé pour tous d'ici l'an 2000" et stratégie des Soins de Santé Primaires (SSP).
1980 à nos jours : Adhésion aux SSP (1981), élaboration de plans quinquennaux, création de la Direction des SSP et de l'ESP (Kin), mise en place de zones de santé (ZS). La ZS est l'unité opérationnelle.
2.2. Soins de Santé Primaires (SSP)
Définition (Alma-Ata) : Soins essentiels, pratiques, scientifiques, socialement acceptables, universellement accessibles avec pleine participation de la communauté et à un coût abordable.
Accessibilité : géographique, économique, culturelle.
Composantes (8 à Alma-Ata, +3 en RDC) :
Éducation pour la santé
Promotion nutritionnelle
Eau saine et assainissement
Protection maternelle et infantile (PCI), y compris PF
Vaccination (PEV)
Prévention et contrôle des endémies
Traitement des maladies courantes
Fourniture de médicaments essentiels
Management des SSP (RDC)
Formation continue du personnel (RDC)
Gestion des problèmes de santé mentale (RDC)
Principes des SSP :
Globalisation des soins : toutes dimensions humaines.
Intégration des soins : curatifs, préventifs, promotionnels, réadaptatifs par la même équipe.
Continuité des soins : suivi ininterrompu, système de référence/contre-référence.
Rationalisation des services : déploiement équitable, liste minimale de médicaments, guides standardisés.
Déconcentration : services proches de la population ( km pour 1er échelon).
Décentralisation : autonomie de gestion des ZS.
Participation communautaire : implication active dans les décisions, gestion des ressources.
Pérennisation des services : capacité à maintenir les actions après cessation de l'aide extérieure.
2.3. Organisation du Ministère de la Santé (RDC)
Niveau central : politique, décision, coordination, financement. Organes : Ministre, Secrétaire Général, Inspection Générale, Directions (DGOGSS, DSSP, DGLM, DHSP, etc.), Programmes Nationaux Spécialisés (PNLS, PNLP, etc.), Services Annexes (INRB, CNTS).
Niveau intermédiaire : Inspection Provinciale de Santé (le niveau District a disparu).
Niveau périphérique (Zone de Santé - ZS) :
Unité opérationnelle : 75 000 - 100 000 habitants, délimitée géographiquement.
Deux échelons : Centre de Santé (CS) et Hôpital Général de Référence (HGR).
Aires de santé : subdivisions de ZS, couvertes par un CS (environ 10 000 habitants).
Structures obligatoires : CS, HGR. Structures facultatives : CSR, Poste de Santé (PS).
Organes de gestion :
Équipe Cadre de la Zone de Santé (ECZS) : Leadership intégré (Médecin Chef de Zone, Directeur de Nursing, etc.).
Comité de Gestion de la ZS : Gère les ressources, prépare les dossiers pour le Conseil d'Administration.
Conseil d'Administration : Approuve les plans, administre les ressources, harmonise la collaboration des partenaires.
Renforcement du Système de Santé (SRSS) : Réorganiser le système pour couvrir toute la population avec des soins de base de qualité. Axes : Développement/revitalisation de la ZS, réorganisation des niveaux central/intermédiaire, rationalisation du financement, renforcement du partenariat, recherche.
Chapitre 3 : Éléments d'Épidémiologie
3.1. Définition et Objectifs
Épidémiologie : science qui étudie la fréquence et la distribution des problèmes de santé dans les populations, dans le temps et l'espace, ainsi que leurs déterminants, afin de les maîtriser.
Trois éléments fondamentaux :
La fréquence (incidence et prévalence).
La distribution (qui ? quand ? où ?).
Les déterminants (facteurs de risque).
Objectifs :
Décrire l'état de santé.
Analyser la causalité et les facteurs de risque.
Évaluer les interventions de santé.
3.2. Types de Variations des Phénomènes de Santé
Épidémie : Augmentation subite et rapide du nombre de cas, limité dans le temps et l'espace (Ex : Ébola à Kikwit).
Endémie : Présence habituelle et constante d'une maladie, illimitée dans le temps mais limitée dans l'espace (Ex : Paludisme en RDC).
Pandémie : Apparition de cas limitée dans le temps mais illimitée dans l'espace (plusieurs continents) (Ex : COVID-19, VIH/SIDA).
3.3. Sources de Données Épidémiologiques
Données de routine : Statistiques d'état civil (naissances, décès, mariages), recensements, statistiques médico-sanitaires (hospitalières, assurances, déclarations obligatoires), données de police, d'écoles.
Enquêtes épidémiologiques : Récoltées spécifiquement pour des objectifs précis (ampleur d'un problème, recherche étiologique, évaluation).
3.4. Mesures de Fréquence des Maladies
Prévalence : Mesure de la fréquence d'un état ou phénomène à un moment donné (mesure transversale).
Incidence : Mesure de la fréquence de l'apparition de nouveaux cas ou d'un changement d'état pendant une période donnée (mesure longitudinale).
Chapitre 4 : Éléments de Démographie
4.1. Définition et Caractéristiques
Démographie : Étude quantitative et qualitative des populations humaines (état, mouvements, évolution).
Population : Ensemble d'habitants occupant un espace donné.
Science quantitative : Utilisation d'outils mathématiques et statistiques pour décrire.
Science qualitative : Recherche des conséquences et facteurs déterminants.
4.2. Sources de Données Démographiques
Recensement : Dénombrement exhaustif et à jour fixe de la population.
État civil : Enregistrement continu des naissances, décès, mariages, divorces.
Enquêtes démographiques : Collecte sur un échantillon pour des thèmes spécifiques.
4.3. Physionomie d'une Population
Taille de la population : Indispensable pour la planification (militaire, politique, économique, sociale, médicale).
Composition par sexe :
Rapport de masculinité : Nombre d'hommes pour 100 femmes.
Important pour la répartition des tâches, garantie de la nuptialité et reproduction.
Répartition par état matrimonial : Influence sur l'économie et la reproduction.
Répartition par âge :
Groupes d'âge standards : 0-14 ans (enfants), 15-64 ans (actifs), 65 ans et plus (vieillards).
Population jeune si de moins de 15 ans.
Population vieille si de 65 ans et plus.
Rapport de dépendance selon l'âge : .
4.4. Accroissement Démographique
Mouvement, croissance ou évolution d'une population.
Population fermée : influencée uniquement par naissances et décès.
Population ouverte : influencée par naissances, décès et migrations (immigrations et émigrations).
Composantes : natalité, mortalité, migrations.
4.5. Natalité et Fécondité
Natalité : fréquence des naissances dans une population (sans distinction de sexe/âge).
Fécondité : fréquence des naissances par rapport aux femmes en âge de procréer (15-49 ans).
Taux Brut de Natalité (TBN) : .
Taux Global de Fécondité (TGFG) : .
4.6. Mortalité et Morbidité
Mortalité : Fréquence statistique des décès dans une population.
Taux Brut de Mortalité (TBM) : .
Mortalité infantile : indicateur de développement sanitaire.
Mortalité néonatale : décès jours de vie. Précoces ( jours), tardives (7-28 jours).
Mortalité postnéonatale : décès entre 28 jours et 1er anniversaire.
Mortalité périnatale : mortalité intra-utérine + néonatale.
Mortalité juvénile : décès entre 1-4 ans.
Mortalité maternelle : décès de femmes de 15-49 ans liés à la maternité (pour 100 000 NV).
Morbidité : Fréquence des cas de maladie. Importante pour l'impact socio-économique (coûts de soins, absentéisme). Mesurée par prévalence et incidence.
Chapitre 5 : Éléments d'Information et d'Éducation pour la Santé (EPS)
L'EPS est la 1ère des 8 composantes des SSP et soutient les 7 autres.
5.1. Concepts
Information Santé : Connaissance ou fait visant un changement de comportement.
Communication Santé : Processus de transmission d'informations pour changer des comportements nuisibles en comportements favorables.
Éducation pour la Santé (EPS) : Processus dynamique et complexe de changement de comportement, visant le bien-être physique, mental et social. Elle commence à la maison et se poursuit tout au long de la vie.
Mobilisation Sociale : Sensibilisation communautaire pour atteindre un objectif, impliquant la responsabilité collective.
Marketing Social : Étude de marché pour l'acceptation d'une idée ou pratique bénéfique pour l'individu et la communauté.
5.2. Buts et Phases de l'EPS
Buts : Renforcer les comportements favorables, faire prendre conscience de la responsabilité, aider à surmonter les obstacles à la santé.
5 Phases pour un changement volontaire :
Prise de conscience du problème.
Sensibilisation (implication).
Motivation (recherche de solution).
Orientation (vers solutions efficaces).
Action (mise en pratique).
5.3. Principes de l'EPS
Connaissance de la population cible.
Participation active de la population.
Changement volontaire pour être durable.
Agir sur les connaissances, croyances, attitudes, sentiments, compétences.
Prendre en compte les facteurs non sanitaires (culture, beauté, économie).
5.4. Rôle de l'EPS dans les SSP
Intégrée aux autres composantes (nutrition, eau, PCI, vaccination, etc.).
Aide la population à identifier et comprendre les problèmes, et à prendre des décisions.
Cible EPS : Ceux qui influencent la santé par leurs actions/comportements (ex: mères pour la lutte contre le paludisme chez l'enfant).
Cible Programme de Santé : Groupe directement touché par le problème de santé (ex: enfants pour le paludisme).
5.5. Étapes de Développement d'un Programme d'EPS
Préalables :
Identification des problèmes de santé/comportements défavorables.
Identification des comportements souhaités.
Formulation des objectifs.
Facteurs favorables et obstacles.
Détermination de la population cible (primaire = décideurs, secondaire = influenceurs).
Élaboration du message éducatif (avec participation communautaire).
Choix du canal de transmission.
Mise en place : Choisir le bon moment, lieu, et favoriser la participation.
Essai préalable : Tester le matériel/méthode avec un petit groupe.
Médias : Utiliser les médias de masse (radio, TV, journaux) pour atteindre un grand nombre, crédibilité, rappel constant. Travailler avec les médias locaux.
Techniques et Moyens de Communication :
Exposés (courts, avec auxiliaires visuels).
Proverbes, Fables, Histoires (pour transmettre sagesse, valeurs, informations).
Démonstrations Pratiques (agréables, vivants).
Affiches : Informations, directives, annonces. Simples, peu de mots, symboles, couleur, une idée par affiche. Placer en lieux de passage, changer régulièrement.
Radio : Vaste public, crédible, rappel constant.
Télévision : Fort impact, élargit les connaissances.
Expositions : Objets réels, images pour enseigner.
Blocs-notes géants : Séquences d'affiches, noter les idées.
Photographies : Montrent la réalité, nouvelles idées.
Matériel à projeter : Films, diapositives (nécessite maintenance).
Journaux : Diffusion rapide, nouvelles, reportages, éditoriaux santé.
Moyens locaux/traditionnels : Crieur public, tam-tam, chants, théâtre.
Communication Interpersonnelle : Échange face-à-face, puissante pour le changement de comportement (gestion, supervision, évaluation).
Communication de Masse : Vaste public, plaidoyer, mobilisation sociale.
Chapitre 6 : Éléments de Santé de la Mère et de l'Enfant (SME)
6.1. Groupes Cibles
Femmes en âge de procréer (FAP) : 15-49 ans.
Enfants.
Adolescents.
Ces groupes sont particulièrement vulnérables (démographie, violences, morbidité/mortalité élevée) et sont au cœur des OMD (mortalité maternelle et infantile).
6.2. Santé de la Reproduction (SR)
Définition : Bien-être physique, mental et social lié à l'appareil génital et ses fonctions. Permet une vie sexuelle satisfaisante et la liberté de procréer.
Services de SR essentiels :
Maternité sans risque : CPN, accouchement sans risque, soins obstétricaux d'urgence, soins néonatals, post-partum.
Planification familiale : Information et services.
Prévention et prise en charge de la stérilité et dysfonctions sexuelles.
Prise en charge des complications d'avortements.
Implication des hommes dans la SR.
Prévention et prise en charge des IST/VIH/SIDA.
Promotion du développement sexuel responsable (adolescence).
Élimination des pratiques néfastes (MGF, mariage précoce, violences).
Gestion des affections non infectieuses (fistule, cancer col utérin).
Chronologie : Bucarest (74 - sensibilisation), Alma-Ata (78 - SMI/PF en SSP), Mexico (84 - PF), Niamey (89 - Maternité à Moindre Risque), Le Caire (94 - SR globale).
En RDC : Ordonnance-loi sur Naissances Désirables (72), PSND (82), PND (92), PNSR (2001).
6.3. État de Santé en RDC (indicateurs)
Mortalité maternelle : 564/100 000 NV (MICS 2013), variait de 870 à 1837/100 000 NV selon les études.
Mortalité infantile/moins de 5 ans : Élevée (127 % et 213 % selon EDS 1998).
Prévalence contraceptive faible, taux de fécondité élevé, écart intergénésique court.
6.4. Problèmes de Santé et Stratégies de Lutte
Chez les enfants :
Maladies infectieuses et parasitaires :
MEV (rougeole, tétanos, diphtérie, etc.) : Vaccination (PEV).
IRA : PNRA, signes de gravité, prise en charge précoce.
MD : PCME, réhydratation orale (SRO), promotion hygiène.
Paludisme : MII (Moustiquaires Imprégnées d'Insecticide), assainissement, TPI, TTT.
Troubles nutritionnels et de croissance : MPE, carences (Vit A, iode, fer). Détection précoce (CPS), supplémentation.
Interventions : CPS (suivi croissance, dépistage, conseils), vaccination, référence urgences, services pédiatriques.
Chez les femmes en âge de procréer :
Grossesse et accouchement : Risques maternels.
Sexualité : IST/SIDA, contrôle des naissances.
Nutrition : Anémies, malnutrition.
Paludisme et grossesse.
Interventions : CPN (vaccination, éducation, fer/folate, TPI), Maternité sans risque, PF, référence urgences.
Chez les adolescents :
Précocité des relations sexuelles et mariages.
Grossesses non désirées, avortements clandestins.
IST/SIDA.
Délinquance, drogue, tabac.
Interventions : Accessibilité aux services et informations, interventions familiales, éducation sexuelle scolaire, traitement IST.
6.5. Vaccins utilisés en RDC (PEV)
Cibles : Enfants < 1 an, femmes en âge de procréer (15-45 ans dont femmes enceintes), adolescents et personnes âgées (pour nouveaux vaccins).
Calendrier vaccinal enfants :
Naissance : BCG, OPV0.
6 semaines : VPO1, Penta1, Pneumo1, Rota1, Hépatite B.
10 semaines : VPO2, Penta2, Pneumo2, Rota2.
14 semaines : VPO3, Penta3, Pneumo3, Rota3, VPI.
9 mois : VAR, VAA (Fièvre Jaune).
15/18 mois : VAR2/RR2.
10-13 ans : Méningite à méningocoques, VPH.
Chapitre 7 : Éléments de Nutrition
L'alimentation est essentielle pour la vie. La malnutrition est un problème majeur de santé publique dans les pays en développement, affectant surtout les enfants.
7.1. Malnutrition Protéino-Énergétique (MPE)
Formes principales :
MPE légère : Retard de croissance, risque de formes graves.
MPE grave : Différenciée clinicement.
Kwashiorkor : Carence protéique > énergétique. Œdèmes, apathie, ventre ballonné, cheveux roux (1-3 ans).
Marasme : Sous-alimentation globale. Perte de poids, fonte musculaire, enfant vif et affamé (< 1 an).
MPE aiguë : Poids par rapport à la taille affecté.
MPE chronique : Taille par rapport à l'âge affecté.
Causes :
Apports insuffisants en protéines et calories.
Infections répétées (cercle vicieux malnutrition-infection).
Ignorance des bonnes pratiques alimentaires.
Conséquences : Handicap physique/mental, risque de diabète à l'âge adulte.
Prévention et Traitement :
Traitement médicamenteux (infections, déshydratation, anémie) et diététique.
Dépistage précoce (CPS) : suivi croissance, conseils nutritionnels.
Vaccination (PEV).
Allaitement exclusif jusqu'à 6 mois, puis complémentaire jusqu'à 2 ans.
Éducation des mères.
7.2. Évaluation de l'État Nutritionnel
Mesures anthropométriques : Poids, taille, périmètre brachial.
Indicateurs :
Poids à la naissance (< 2,5 kg = malnutrition).
Poids/âge (P/A), Taille/âge (T/A), Poids/taille (P/T).
Circonférence brachiale (PB) : Mesure chez les 1-5 ans.
< 11 cm : MPE sévère.
11-12 cm : MPE modérée.
12-13,5 cm : Risque de malnutrition.
cm : Normal.
IMC (BMI) chez l'adulte : .
< 16 : MPE sévère.
18,5-24,99 : Normal.
: Surpoids/obésité.
Courbes de croissance, présence d'œdèmes.
Classification OMS : utilise le Z-Score et la présence d'œdèmes.
7.3. Anémies Nutritionnelles (Carence en Fer)
Définition : Taux d'hémoglobine inférieur à la normale dû à une carence en nutriments (fer, folates, B12, C).
Prévalence : Très répandue, surtout chez les enfants (6-24 mois) et FAP.
Facteurs de risque : Prématurité, faible poids naissance, croissance rapide, intolérance lait de vache, faible consommation viande, menstruations, helminthiases.
Apports recommandés : 10-15 mg/jour adulte, 45 mg/jour femme enceinte (nécessite supplémentation).
Sources de fer : Foie, viandes, légumes verts (moins biodisponible), certains fruits.
Causes principales : Apport insuffisant, troubles d'absorption, besoins accrus (grossesse, croissance), hémorragies (ankylostomiase).
Conséquences : Diminution performance physique et scolaire, altération défenses immunitaires, risques grossesse (prématurité, morbidité/mortalité).
Prévention au niveau populationnel :
Supplémentation (court terme).
Fortification alimentaire (moyen terme).
Déparasitage systématique (court, moyen, long terme).
Éducation nutritionnelle et diversification (long terme).
7.4. Troubles dus à Carence en Iode (TDCI)
L'iode est essentiel pour les hormones thyroïdiennes.
Conséquences de la carence : Avortements, mortalité périnatale/infantile, crétinisme, retard développement, goitre, hypothyroïdie.
Sources d'iode : Poissons marins, lait, viandes, céréales, eau.
Apports journaliers recommandés : 50-200 mcg/jour selon l'âge et état physiologique (grossesse/allaitement).
Prévention : Supplémentation, sel iodé, détoxication des aliments goitrogènes (manioc).
Prévalence en RDC : Avant le sel iodé, moyenne de 42% de goitre.
7.5. Avitaminose A (Carence en Vitamine A)
La Vit. A est indispensable pour la vision, croissance, immunité, reproduction, peau.
Apports journaliers recommandés : Enfants 400-500 mcg/j, adultes 500-850 mcg/j.
Sources : Huile de foie de poissons, margarine fortifiée, foie, jaune d'œuf, lait, huile de palme rouge, carottes, papayes, légumes verts.
Prévalence en RDC : Étude 1998 a montré que > 50% des enfants de 6-36 mois avaient une carence.
Facteurs de risque : Âge, sexe (M>F), prématurité, MPE, infections répétées, grossesses rapprochées, multiparité.
Conséquences : Troubles de la vision (cécité nocturne), troubles respiratoires, anémie, retard de croissance, diminution des défenses immunitaires.
Chapitre 8 : Éléments d'Hygiène du Milieu
Plus de 75% des problèmes de santé en RDC sont liés à l'environnement (malaria, maladies diarrhéiques, IRA).
8.1. Eau de Boisson
Besoins : Essentiel (70% du poids corporel). 3 L/j/personne pour la boisson.
Rôle pathogène : Véhicule pour maladies virales, bactériennes, parasitaires (choléra, typhoïde, amibiase) et refuge pour vecteurs (paludisme).
Sources d'eau :
Eau de pluie : Potable si bien collectée.
Eaux de surface (rivières, lacs) : Impropres, polluées.
Eaux souterraines (nappes aquifères) : Potables si non contaminées.
Captage :
Vertical : Puits (ordinaires, foncés, forés). Exigent aménagement hygiénique (aval latrines, parois cimentées, couvercle).
Horizontal : Galeries d'infiltration, sources. Aménagement nécessaire.
Qualités de l'eau potable :
Physiques : Incolore, inodore, insipide, limpide.
Chimiques : Pas de substances toxiques au-delà des limites (plomb, arsenic).
Bactériologiques : Absence de germes pathogènes (E. coli) et saprophytes pour eau traitée.
Traitement pour rendre l'eau potable :
À grande échelle : Captage, Aération, Flocculation (sulfate d'alumine), Sédimentation, Filtration, Désinfection (chlore, UV, ozone).
À domicile : Filtration, Ébullition (30 min), désinfection chimique (teinture d'iode, eau de Javel, chlore en poudre).
8.2. Déchets Solides
Définitions : Déchet (non utilisable), Ordures (putrescibles), Débris (non putrescibles), Cendres, Fumier, Balayures.
Importance de l'évacuation : Raisons hygiéniques (attire vecteurs, maladies) et esthétiques (odeurs, répugnant).
Quantité : Varie avec le niveau socio-économique (plus en ville).
Évacuation (3 phases) :
Conditionnement à domicile : Poubelles imperméables, résistantes, faciles à nettoyer, couvercle.
Collecte : Organisée par services publics.
Traitement final :
Décharge contrôlée : Tasser, recouvrir de terre (méthode recommandée).
Compostage : Transformation en fumier.
Incinération : Combustion à haute température (méthode de choix pour déchets infectieux).
Enfouissement : Pour domestique, trier les non putrescibles.
Déconseillé : décharge ordinaire, dans les cours d'eau/mers.
8.3. Déchets Liquides (Eaux usées)
Composantes : Eaux de ruissellement, eaux de ménage, eaux excrémentielles (urines, matières fécales).
Nuisances : Matières organiques putrescibles (odeurs, culture germes), microbes pathogènes, substances toxiques.
Évacuation finale :
Déversement dans la nature (lacs, mers, rivières) : profite de l'autoépuration.
Bassins de stabilisation : Détruit les germes avant déversement.
Épuration artificielle (3 étapes) : Sédimentation, fermentation anaérobie, épuration (+ désinfection).
8.4. Déchets Infectieux
Définition : Déchets contenant une quantité suffisante d'agents pathogènes virulents.
Types : Laboratoires, sang/sécrétions humaines, objets tranchants/contondants, déchets de patients contagieux, salles d'opération, carcasses animales contaminées.
Gestion :
Collecte, manipulation, transport : Containers fermés, étanches, perforés résistants. Véhicules fermés. Réfrigération si stockage long.
Traitement :
Incinération : Méthode de choix (haute température). Coûteux, formation qualifiée, risque de pollution aérienne.
Stérilisation à vapeur (autoclave).
Stérilisation à gaz (oxyde d'éthylène - toxique).
Désinfection (eau de Javel) : Pour matériel hospitalier, déchets liquides.
8.5. Hygiène de l'Habitat
Définition : Abri et son environnement, assurant la santé physique, mentale et sociale.
Besoins humains pour un habitat salubre :
Physiques : Température, humidité, aération, éclairage, protection bruits.
Mentaux et sociaux : Intimité, commodité, hygiène, esthétique.
De protection : Eau potable, évacuation déchets, exclusion nuisibles, protection aliments, espace suffisant (réduction infections).
De sécurité : Constructions solides, protection contre accidents et intrusions.
Rôle du personnel de santé : Aider à élaborer des plans, faire respecter les normes, s'assurer du bon entretien, recueillir des données. Mener une action d'information et d'éducation.
8.6. Lutte Anti-Vectorielle
Vecteur : Agent qui transmet une maladie (mécanique ou biologique).
Transmission mécanique : Transport germes sur le corps (mouches, trachome).
Transmission biologique : Cycle de développement du pathogène dans le vecteur (trypanosomiase, paludisme).
Principaux vecteurs : Mouches, moustiques, simulies, poux, puces, punaises, blattes, tiques.
Réservoir d'infection : Lieu où l'agent infectieux vit et se multiplie (homme, animal, plante, sol, rats/souris).
Hôtes intermédiaires : Abritent stades larvaires (escargots, douves).
Objectif de la lutte : Réduire le nombre de vecteurs pour casser la transmission, pas éradiquer. Nécessite étude de l'écosystème et comportement.
Mesures de lutte :
Prévention de la reproduction : Assainissement (déchets liquides/solides), déboisement, urbanisation.
Prévention de la contamination : Hygiène alimentaire, eau, corporelle.
Destruction des larves et adultes :
Méthodes chimiques : Insecticides (larvicides, imagocides/adulticides), rodenticides.
Méthodes biologiques : Ennemis naturels (tilapia vs larves de moustiques, chats vs rats, bactéries (BTi)).
Méthodes mécaniques/physiques : Piégeage, destruction directe.
Méthodes environnementales : Destruction des habitats.
Méthodes intégrées : Combinaison de plusieurs.
Protection individuelle : Vêtements, répulsifs, moustiquaires.
Désinsectisation : Chaleur, fumigation (gaz toxiques - HCN, SO2), insecticides (organochlorés, organophosphorés, carbamates).
Attention à la résistance (tester avant usage).
Attention à la rémanence (biodégradabilité).
Spécificité de lutte :
Blattes : Propreté, insecticides.
Mouches : Contre reproduction, insecticides.
Moustiques : Larvicides (mazout), imagocides (pulvérisation), protection individuelle (moustiquaires).
Poux (Pédiculose, Fièvre récurrente, Typhus) : Propreté, pommades insecticides.
Puces (Peste, Tungose, Rickettsioses) : Propreté, insecticides.
Punaises (Maladie de Chagas) : Nettoyage.
Tiques (Arboviroses, Fièvres récurrentes) : Insecticides.
Acariens (Gâle) : Hygiène, benzoate de benzyle.
Chapitre 9 : Lutte contre les Maladies (Principes)
La lutte contre les maladies s'appuie sur des principes fondamentaux de santé publique.
Ciblage communautaire : L'action vise l'ensemble de la communauté ou les groupes spécifiques à risque. L'identification des besoins et l'évaluation se font au niveau communautaire.
Holisticité : Aborder les problèmes de santé en intégrant prévention, traitement (soins) et réadaptation. Ces volets sont interdépendants.
Éthique et équité : Services offerts de manière égale, les plus à risque étant ciblés sans discrimination (sociale, économique). Consentement des bénéficiaires.
Prévoyance : Basée sur données actuelles et projections futures. Gérer selon le cycle de projet : besoins, planification, mise en œuvre, évaluation.
Adaptation et correction : Suivi et évaluation réguliers pour ajuster les actions et améliorer l'efficacité.
Participation des bénéficiaires : Communautés associées à toutes les étapes, de la planification à l'évaluation.
Globalité : Approche multidisciplinaire, prenant en compte les facteurs socio-économiques et culturels.
Intégration des soins : Les actions curatives et préventives se complètent. Tâches et fonctions des acteurs bien définies (SSP et 2ème ligne).
Continuité des soins : Suivi des patients dans le temps, coordination des activités, prise en compte de l'historique et des besoins futurs. Nécessite une bonne gestion de l'information.
Assurance de qualité : Évaluation permanente et standardisée pour juger de la qualité des soins et des actions.
Démarche Scientifique : Utilisation de preuves scientifiques (evidence-based medicine/policy) pour maximiser l'efficacité.
Chapitre 10 : Règlement Sanitaire International et ONG du Secteur de la Santé
10.1. Institutions Spécialisées des Nations Unies
OMS (Organisation Mondiale de la Santé) :
Créée le 07 avril 1948 (Journée Mondiale de la Santé). Siège à Genève.
Mission : Promouvoir le développement des services, recueillir et diffuser des informations, stimuler la recherche, assister techniquement et former le personnel.
Interventions à la demande des gouvernements, financement biennal.
Domaines d'intervention : Renforcement des services, informations sanitaires, recherche, assistance technique, formation, lutte contre maladies épidémiques/endémiques, prévention.
UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'Enfance) :
Protège les enfants, met l'accent sur la vaccination, allaitement, contrôle de croissance, réhydratation orale.
Intervient dans les urgences humanitaires.
FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) :
Élever le niveau de nutrition, améliorer la production et la répartition alimentaire, éliminer la famine.
FNUAP (Fonds des Nations Unies pour les Populations) :
Collecte données population, distribution spatiale, migration.
Planification familiale, lutte contre les violences sexuelles.
Banque Mondiale (BIRD) :
Aide à la reconstruction et au développement économique.
Investit dans la santé pour accroître la contribution de la population au développement (réduction morbidité/mortalité).
10.2. Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Comprend : CICR, Fédération Internationale, Sociétés Nationales.
CICR (Comité International de la Croix-Rouge) :
Indépendant. Intervient pendant les conflits armés et catastrophes naturelles.
Assure le respect de la personne humaine et protection des victimes (Conventions de Genève).
Fédération Internationale :
Créée en 1919 (Ligue), devenue Fédération en 1986.
Soutient l'action humanitaire, facilite le développement des sociétés nationales, coordonne les secours, soutient le CICR et CR-RDC.
CR-RDC (Croix-Rouge de la République Démocratique du Congo) : Auxiliaire du pouvoir, vise à prévenir et atténuer les souffrances humaines (assistance médicale et sociale).
10.3. Coopérations Bilatérales
En RDC : Belgique, France, USA (USAID), Allemagne, Canada, Chine, Italie.
Actuellement en léthargie due à la situation politique.
Apports historiques (exemple) :
Belgique : Traitement des maladies (Clinique Ngaliema), prévention (BCT), dépistage (CDT), enseignement médical, appui zones de santé.
France : Appuis à l'INRB, Clinique Kinoise, enseignement.
USA : Programmes verticaux (PEV, PSND, CEPLANUT).
10.4. Organisations Non Gouvernementales (ONG) du Secteur de la Santé
Internationales : OXFAM, MSF, Fondation Père Damien.
Nationales : BDOM, ECC, Œuvres Kimbanguistes, Horizon Santé, CR-RDC, OPSAR, AEMS, SANRU, etc.
OXFAM : Aide aux enfants (1942), puis réhabilitation et développement. Influence le développement pour les plus pauvres (soins médicaux, agriculture, formation).
MSF (Médecins Sans Frontières) : Organisations belges et françaises indépendantes d'aide humanitaire.
CNOS (Conseil National des ONG de Santé) : Structure nationale de coordination des ONG de santé en RDC (près de 1000 ONG).
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