Neurosciences cognitives: neurones et cellules gliales
Aucune carteCe cours explore les bases des neurosciences cognitives, en se concentrant sur la structure et la fonction des neurones et des cellules gliales. Il aborde la communication neuronale, la transmission synaptique, les potentiels de repos et d'action, ainsi que le rôle des différentes cellules gliales dans le fonctionnement du système nerveux. Les mécanismes hormonaux liés au comportement alimentaire et sexuel, ainsi que la réponse au stress, sont également étudiés.
Neurosciences Cognitives : Communication Neuronale, Hormonale et Régulation des Comportements
Les neurosciences cognitives étudient les mécanismes biologiques qui sous-tendent la cognition. Cela implique la compréhension de la communication neuronale et hormonale, ainsi que de leur rôle dans la régulation de comportements fondamentaux tels que l'alimentation, la reproduction et la réponse au stress.I. Communication Neuronale : Histologie et Physiologie du Système Nerveux
Le système nerveux (SN) est l'élément fondamental de notre capacité à interagir avec l'environnement, à penser et à ressentir. Il est composé de milliards de cellules interconnectées.A. Histologie du SN
Le cerveau humain contient environ 170 milliards de cellules, dont la moitié sont des neurones et l'autre moitié des cellules gliales.1. Les Neurones : Caractéristiques et Structure
Les neurones sont les unités fonctionnelles de base du système nerveux, présentes dans tout le corps.- Caractéristiques principales :
- Se reproduisent très peu, sauf à partir de cellules souches (ce qui ne permet pas de résoudre les AVC ou traumatismes crâniens).
- Grande longévité.
- Cellules excitables : elles génèrent une réponse suite à une stimulation.
- Métabolisme très élevé : bien que le cerveau ne représente que 2% du poids corporel, il consomme 20% de l'énergie de l'organisme.
- Structure :
- Corps cellulaire (soma) : Partie la plus volumineuse et vitale du neurone.
- Dendrites : Prolongements qui reçoivent les informations (afférences) et les conduisent vers le corps cellulaire.
- Axone : Prolongement qui part du corps cellulaire et transmet les informations (efférences) vers d'autres neurones ou cellules effectrices.
- La substance grise est principalement composée des corps cellulaires et des dendrites.
- La substance blanche est composée des axones myélinisés.
- Classification structurale : Basée sur le nombre de prolongements partant du corps cellulaire.
- Neurone multipolaire : Un axone et de nombreux dendrites. C'est le type le plus courant.
- Neurone unipolaire : Un seul prolongement qui se divise en deux, agissant à la fois comme dendrite et axone (fonctionnellement, deux axones).
- Neurone bipolaire : Un axone et un dendrite partant du corps cellulaire.
- Classification fonctionnelle :
- Neurones sensitifs : Captent les stimuli sensoriels et transmettent l'information vers le système nerveux central (SNC). Le corps cellulaire capte directement le stimulus.
- Neurones moteurs (multipolaires) : Transmettent les commandes motrices du SNC aux muscles ou aux glandes (motricité volontaire).
- Interneurones (bipolaires) : Régulent les informations entre les neurones sensitifs et moteurs au sein du SNC. Ils sont très nombreux.
- Arc réflexe : Un circuit simple de trois neurones (un neurone sensitif, un interneurone et un neurone moteur) sous-tend une activité réflexe. Un seul arc réflexe ne produit pas un réflexe visible ; c'est l'expression de plusieurs arcs réflexes qui génère un réflexe. Une lésion de la moelle épinière peut abolir les réflexes.
- Maladies neurodégénératives :
- Maladie d'Alzheimer : Affecte 8% des personnes de plus de 65 ans. Caractérisée par une mort neuronale progressive (plaques neurales et neurofibrilles) dans certaines zones du cerveau, entraînant une perte graduelle de la mémoire.
- Maladie de Parkinson : 1 à 2 cas pour 1000, autour de 50 ans. Caractérisée par une mort neuronale progressive dans la substance noire (liée au thalamus), entraînant des troubles de la motricité volontaire, des tremblements et des troubles cognitifs. Les traitements visent à limiter les symptômes.
2. Les Cellules Gliales : Types et Fonctions
Les cellules gliales sont aussi nombreuses que les neurones et jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement du système nerveux. Contrairement aux neurones, elles peuvent se reproduire activement.- Cellules macrogliales (grandes cellules) :
- Dans le SNC :
- Astrocytes : Cellules étoilées avec de nombreux prolongements. Elles entourent les vaisseaux sanguins (pieds astrocytaires) et les neurones, jouant un rôle crucial dans la régulation de la composition chimique du milieu cérébral, le transport des nutriments vers les neurones, la recapture des neurotransmetteurs, et la signalisation intercellulaire (rôle dans l'apprentissage et la mémoire).
- Oligodendrocytes : Possèdent des prolongements fins qui s'enroulent autour des axones des neurones du SNC pour former la gaine de myéline. Un oligodendrocyte peut myéliniser plusieurs axones.
- Dans le SNP :
- Cellules de Schwann : Forment la gaine de myéline autour d'un seul axone dans le SNP.
- Dans le SNC :
- Cellules microgliales (petites cellules) :
- Elles sont les macrophages du SNC, responsables de l'élimination des cellules mortes et des corps étrangers. Elles jouent un rôle immunitaire dans le cerveau.
- Leur reproduction est active, et elles sont rapidement remplacées.
- Fonctions de la gaine de myéline :
- Soutien des axones et facilitation de leur allongement.
- Isolation de l'axone du milieu extracellulaire.
- Accélération de la conduction de l'influx nerveux par conduction saltatoire, grâce aux nœuds de Ranvier (espaces non myélinisés le long de l'axone).
- Pathologies liées aux cellules gliales :
- Tumeurs cérébrales : Elles peuvent être gliales (gliomes). Leur gravité varie, et le traitement peut inclure la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie.
- Sclérose en plaques : Maladie auto-immune (affecte 1/500 personnes entre 20 et 40 ans) caractérisée par la destruction progressive de la gaine de myéline dans le SNC, entraînant des troubles neurologiques.
3. Les Nerfs
Les nerfs sont des regroupements d'axones (fibres nerveuses) dans le système nerveux périphérique.- Composition : Un nerf est entouré d'une gaine externe appelée épinèvre. À l'intérieur, des faisceaux de fibres nerveuses sont entourés par le périnèvre. Chaque fibre nerveuse (axone) est elle-même entourée par l'endonèvre, la gaine de myéline et l'axone.
- Types :
- Nerfs sensitifs : Transmettent uniquement des informations sensorielles (ex: nerf auditif, olfactif, optique).
- Nerfs mixtes : Contiennent à la fois des fibres sensitives et motrices (ex: nerfs rachidiens).
- Lésions nerveuses : En cas de lésion, seul l'épinèvre peut être suturé. La repousse des fibres nerveuses est limitée et peut ne pas se faire au bon endroit, compromettant la récupération fonctionnelle.
- Thérapies cellulaires :
Des recherches explorent l'injection de cellules gliales (obtenues à partir de cellules souches embryonnaires) pour réparer les lésions nerveuses.
- Chez les rongeurs, des réflexes de marche ont été observés, mais pas de déplacement normal.
- Chez les primates, une amélioration des lésions secondaires a été constatée.
- Un essai clinique aux USA (2010) a testé cette approche chez une femme ayant subi une lésion de la moelle épinière, visant à réduire les lésions secondaires et vérifier que les cellules gliales restent fonctionnelles et ne développent pas de tumeurs.
B. Physiologie du Neurone
La capacité du neurone à transmettre l'information repose sur des phénomènes électriques.1. Le Potentiel de Repos (PR)
La membrane neuronale présente une différence de potentiel électrique entre l'intérieur et l'extérieur, appelée potentiel de repos, généralement de . L'intérieur est plus négatif que l'extérieur.- Principes physico-chimiques :
- Force électrostatique : Les charges opposées s'attirent.
- Diffusion : Les molécules tendent à se répandre uniformément d'une zone de haute concentration vers une zone de basse concentration.
- Répartition ionique :
- Le milieu extracellulaire est riche en ions sodium () et chlorure ().
- Le milieu intracellulaire est riche en ions potassium () et en grosses protéines chargées négativement.
- Perméabilité sélective : Au repos, la membrane est principalement perméable aux ions grâce à des canaux ioniques sélectifs.
- La diffusion tend à faire sortir les hors de la cellule.
- Ceci crée un gradient électrique qui attire les vers l'intérieur, établissant un équilibre dynamique et la polarité de la membrane.
- Ce processus ne consomme pas d'énergie.
2. Les Courants Locaux
La stimulation d'un neurone peut créer un courant local, dont l'amplitude diminue avec la distance du point de stimulation.- Un courant positif entraîne une dépolarisation (diminution du potentiel de membrane, devient moins négatif).
- Un courant négatif entraîne une hyperpolarisation (augmentation du potentiel de membrane, devient plus négatif).
3. Le Potentiel d'Action (PA)
Les neurones sont excitables grâce à la présence de canaux ioniques voltage-dépendants, notamment les canaux . Un PA est une inversion rapide et transitoire de la polarité membranaire.- Dépolarisation :
- Si la stimulation atteint un seuil (), les canaux voltage-dépendants s'ouvrent massivement.
- Il y a une entrée massive de , provoquant une dépolarisation rapide et l'inversion de la polarité (l'intérieur devient positif, ).
- Repolarisation :
- Les canaux se ferment rapidement.
- Les canaux voltage-dépendants (qui étaient fermés) s'ouvrent, augmentant la perméabilité au .
- Une sortie massive de rétablit la polarité négative de la membrane.
- Hyperpolarisation :
- Une légère hyperpolarisation transitoire peut survenir avant le retour au potentiel de repos, due à la fermeture lente des canaux .
- La pompe restaure les gradients ioniques en faisant sortir 3 et entrer 2 . Ce processus nécessite de l'énergie (ATP).
Séquence des événements :
- Potentiel de repos : Canaux ouverts.
- Seuil de déclenchement du PA : Ouverture des canaux .
- Dépolarisation : Ouverture massive des canaux , fermeture des canaux .
- Repolarisation : Fermeture des canaux , ouverture des canaux .
- Hyperpolarisation : Activation de la pompe .
4. Propagation du Potentiel d'Action
Le PA se propage de manière unidirectionnelle le long de l'axone.- Période réfractaire : Après la repolarisation, la membrane est inerte pendant un certain temps. Les canaux ne peuvent pas s'ouvrir, ce qui empêche le PA de revenir en arrière et assure sa propagation unidirectionnelle. La pompe travaille activement pour restaurer l'équilibre ionique.
- Vitesse de l'influx : Varie de 8 à . Elle est augmentée par :
- Le diamètre de la fibre nerveuse (plus la fibre est grosse, plus elle est rapide).
- La présence de myéline.
- Conduction saltatoire : Dans les axones myélinisés, la gaine de myéline est isolante et empêche les échanges ioniques. Le PA "saute" d'un nœud de Ranvier à l'autre, accélérant considérablement la vitesse de conduction.
5. Loi du Tout ou Rien
Un PA est déclenché si la dépolarisation atteint le seuil (). Si le seuil est atteint, le PA se produit toujours avec la même amplitude maximale (), quel que soit l'intensité du stimulus. En dessous du seuil, il n'y a pas de PA.- Codage de l'intensité du stimulus :
- Un stimulus fort excite plus de neurones.
- Un stimulus fort génère un train de potentiels d'action avec une fréquence plus élevée.
- Applications médicales :
- Anesthésiques locaux (Novocaïne, Xylocaïne) : Bloquent les canaux voltage-dépendants, empêchant ainsi le déclenchement et la propagation des PA. Cela réduit localement la douleur sans la soigner.
- Tétrodotoxine (Fugu) : Bloque tous les canaux , empêchant toute activité neuronale et pouvant entraîner la mort.
II. La Transmission Synaptique
Les synapses sont les points de connexion entre deux neurones (ou entre un neurone et une cellule effectrice) où l'information est transmise. Le cerveau contient des milliards de synapses.A. Types de Synapses
1. Synapses Électriques
- L'influx nerveux se transmet directement sans neurotransmetteur.
- Elles se caractérisent par des jonctions communicantes (gap junctions) qui permettent le passage direct d'ions d'une cellule à l'autre, entraînant une dépolarisation membranaire.
- Elles sont rares chez l'adulte mais jouent un rôle important dans le développement du système nerveux. La transmission est très rapide ().
2. Synapses Chimiques
- Plus fréquentes dans le SN (environ 3000 par neurone).
- L'influx nerveux est transmis par l'intermédiaire de messagers chimiques, les neurotransmetteurs (NT). La transmission est plus lente ( à ).
- Fonctionnement :
- Un potentiel d'action arrive au bouton terminal présynaptique.
- Cela entraîne l'ouverture de canaux calciques voltage-dépendants et l'entrée de .
- L'augmentation du intracellulaire provoque la fusion des vésicules synaptiques, contenant les NT, avec la membrane présynaptique (exocytose).
- Les NT sont libérés dans la fente synaptique.
- Les NT se lient à des récepteurs postsynaptiques spécifiques sur la membrane du neurone postsynaptique.
- Effets des NT sur le neurone postsynaptique :
- Effet excitateur (Potentiel Post-Synaptique Excitateur - PPSE) :
- Les NT ouvrent des canaux sur la membrane postsynaptique, provoquant une dépolarisation.
- Le neurone postsynaptique devient plus excitable.
- Si la dépolarisation (somme des PPSE) atteint le seuil, un PA est déclenché.
- Exemple : le glutamate, qui ne rentre jamais dans la cellule mais se fixe sur ses récepteurs.
- Effet inhibiteur (Potentiel Post-Synaptique Inhibiteur - PPSI) :
- Les NT ouvrent des canaux chlorure () ou , provoquant une hyperpolarisation de la membrane.
- Le neurone postsynaptique devient moins excitable.
- Exemple : le GABA, impliqué dans les fonctions motrices et émotionnelles. Un déficit en GABA est observé dans la chorée de Huntington.
- Effet excitateur (Potentiel Post-Synaptique Excitateur - PPSE) :
- Le type d'effet dépend :
- Du type de neurotransmetteur.
- Du type de récepteur postsynaptique sur lequel il se fixe.
B. Intégration Synaptique et Sommation
Chaque neurone reçoit de multiples terminaisons excitatrices et inhibitrices. La décision de déclencher un PA dépend de l'intégration de tous ces signaux.- Règle de déclenchement d'un PA :
- Si le nombre de PPSE est supérieur au nombre de PPSI, la dépolarisation peut atteindre le seuil et déclencher un influx nerveux.
- Si le nombre de PPSI est supérieur au nombre de PPSE, l'hyperpolarisation empêche le déclenchement d'un influx.
- Sommation spatiale : Un neurone intègre des informations provenant de différentes synapses situées à différents endroits de son corps cellulaire ou de ses dendrites.
- Sommation temporelle : Un neurone intègre des informations qui arrivent à différents moments d'une même synapse ou de synapses différentes.
- Ces deux processus se combinent dans la sommation spatio-temporelle.
C. Neurotransmetteurs
1. Caractéristiques des Neurotransmetteurs
- Produits à l'intérieur du neurone et retrouvés dans ses boutons terminaux.
- Largués dans la fente synaptique à l'arrivée d'un PA.
- Produisent un effet sur le neurone postsynaptique.
- Doivent être désactivés rapidement après leur émission.
2. Élimination des Neurotransmetteurs
Pour mettre fin à l'action des NT et permettre de nouvelles transmissions, ils sont éliminés de la fente synaptique par plusieurs mécanismes :- Diffusion : Le NT se diffuse hors de la fente synaptique vers le milieu extracellulaire.
- Exemple : La dopamine, un NT inhibiteur. Une hyperactivité accompagnée de troubles de l'attention (ADHD) peut être traitée par des psychostimulants (ex: Ritaline) qui augmentent la présence de dopamine extracellulaire, améliorant l'attention.
- Dégradation enzymatique : Des enzymes spécifiques dégradent le NT dans la fente synaptique.
- Exemple : L'acétylcholine (ACh), un NT excitateur très présent, est dégradée par l'acétylcholinestérase.
- Dans la myasthénie (faiblesse musculaire), il y a une diminution d'ACh aux jonctions neuromusculaires. Les traitements incluent des inhibiteurs de l'acétylcholinestérase.
- Dans la maladie d'Alzheimer, une diminution d'ACh dans le SN est observée, et des inhibiteurs de l'acétylcholinestérase sont utilisés comme traitement.
- Exemple : L'acétylcholine (ACh), un NT excitateur très présent, est dégradée par l'acétylcholinestérase.
- Recaptage : Les NT sont réabsorbés par le bouton présynaptique ou par les astrocytes.
- Exemple : Dans la dépression (diminution de sérotonine, un NT inhibiteur), les antidépresseurs tricycliques agissent comme inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.
- Dans la maladie d'Alzheimer, une recapture trop importante de glutamate (un NT excitateur) peut entraîner un phénomène d'excitotoxicité. Certains traitements visent à inhiber cette recapture.
3. Mode d'Action des Drogues
Les drogues sont des composés qui altèrent l'activité neuronale et/ou perturbent la communication neuronale.- Agonistes : Molécules qui miment ou renforcent l'action d'un NT.
- Remplacement du NT : Se fixent sur les récepteurs postsynaptiques et les activent.
- Exemple : Les opiacés (morphine, codéine, héroïne) se fixent sur les récepteurs des endorphines (NT inhibiteurs), produisant une sensation de bien-être.
- La L-DOPA, structurellement similaire à la dopamine, est utilisée pour traiter la maladie de Parkinson en augmentant la disponibilité de dopamine.
- Renforcement de l'action du NT : Se fixent sur les récepteurs postsynaptiques mais ne les activent pas seuls ; ils augmentent l'efficacité de la neurotransmission lorsque le NT naturel est présent.
- Exemple : Les benzodiazépines (Valium, Rivotril) augmentent l'efficacité du GABA (NT inhibiteur) en augmentant la fréquence d'ouverture des canaux . L'alcool agit de manière similaire.
- Inhibition de la recapture : Bloquent la recapture du NT, prolongeant son action dans la fente synaptique.
- Exemple : La cocaïne et les amphétamines sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine (DA), de la noradrénaline (NA) et de la sérotonine. Cela entraîne une hyperactivation des neurones postsynaptiques, provoquant euphorie (DA), sentiment de confiance (sérotonine) et énergie (NA). L'usage chronique peut entraîner une habituation et une dépendance.
- Remplacement du NT : Se fixent sur les récepteurs postsynaptiques et les activent.
- Antagonistes : Molécules qui bloquent ou diminuent l'effet physiologique d'une autre molécule en interagissant avec son récepteur.
- Blocage des récepteurs postsynaptiques : Empêchent la fixation du NT et donc le déclenchement d'un PPS.
- Exemple : Le curare est un antagoniste de l'acétylcholine au niveau des jonctions neuromusculaires. En bloquant les récepteurs nicotiniques, il empêche l'ouverture des canaux , entraînant une paralysie musculaire et potentiellement la mort par blocage respiratoire. Il est utilisé médicalement pour bloquer certains muscles lors d'opérations.
- Blocage du relargage du NT : Empêchent la libération du NT dans la fente synaptique.
- Exemple : La toxine tétanique bloque le relargage de NT inhibiteurs, entraînant des contractions musculaires violentes et prolongées.
- Blocage des récepteurs postsynaptiques : Empêchent la fixation du NT et donc le déclenchement d'un PPS.
III. Communication Hormonale et Régulation des Comportements
La communication hormonale, plus lente mais plus diffuse que la communication neuronale, est essentielle pour la régulation de nombreux comportements, y compris l'alimentation et la reproduction.A. Comportement Alimentaire
Le comportement alimentaire est régulé par des signaux physiologiques, hormonaux et environnementaux.1. États Physiologiques et Hormones de Gestion des Réserves
- Le pancréas produit les hormones clés :
- L'insuline : Hormone hypoglycémiante, favorise le stockage des nutriments (glucose, lipides, acides aminés) dans le foie et le tissu adipeux pendant la phase d'absorption. Elle permet l'entrée du glucose dans la plupart des cellules (sauf les neurones).
- Le glucagon : Hormone hyperglycémiante, libère les réserves (glucose du foie, acides gras du tissu adipeux) pendant la phase de jeûne.
- Diabète :
- Type 1 : Défaut de synthèse d'insuline (génétique, se déclare jeune). Les cellules ne peuvent pas capter le glucose, entraînant une faim permanente et une hyperglycémie.
- Type 2 : Excès de sécrétion d'insuline dû à des apports énergétiques excessifs, entraînant une désensibilisation des récepteurs à l'insuline (autour de 50 ans).
2. Contrôle de la Sécrétion d'Insuline/Glucagon
La glycémie est finement régulée () par un mécanisme de boucle de régulation physiologique et des mécanismes anticipateurs.- Niveau sanguin : Le glucose sanguin stimule directement la sécrétion d'insuline.
- Niveau gastro-intestinal (effet anticipateur) : La sécrétine, une hormone de la paroi intestinale, stimule le pancréas à sécréter de l'insuline avant l'absorption complète des nutriments.
- Niveau SN (effet anticipateur) : Le nerf vague (système nerveux parasympathique) stimule le pancréas à sécréter de l'insuline dès le début de la mastication, préparant l'organisme à l'arrivée des nutriments.
3. Mécanismes Cérébraux du Comportement Alimentaire
Plusieurs structures cérébrales sont impliquées dans la régulation de l'alimentation.- Aire latérale de l'hypothalamus (HL) :
- Impliquée dans la motivation à manger (neuromédiateur : orexine).
- Une lésion de l'HL entraîne aphagie (absence d'alimentation), perte de poids et désintérêt pour la nourriture.
- Une stimulation de l'HL déclenche l'alimentation et la recherche de nourriture (comportements appétitifs).
- Cibles de l'HL : tronc cérébral (comportements consommatoires : mastication, déglutition), système nerveux périphérique végétatif parasympathique, et le noyau accumbens (comportements appétitifs de sélection et initiation de stratégies).
- Amygdale :
- Attribution d'une valeur hédonique (plaisir) aux stimuli alimentaires.
- Une lésion de l'amygdale peut entraîner une hyperphagie avec consommation d'aliments inappropriés.
- Cortex orbito-frontal (COF) :
- Module l'activité de l'amygdale et de l'hypothalamus en fonction du contexte (règles sociales, culturelles).
- Une lésion du COF peut entraîner une désinhibition comportementale (ex: Phineas Gage).
- Noyau accumbens : Impliqué dans la motivation et l'action liées à la recherche de nourriture.
4. Signaux Modulant le Comportement Alimentaire
- Signaux internes (contrôle homéostatique) :
- Action quasi immédiate : Glucose, insuline.
- La distension gastrique (détectée par des mécanorécepteurs) et l'hormone ghréline (sécrétée par l'estomac vide) sont des signaux anticipateurs de rassasiement ou de faim envoyés au SNC via le nerf vague.
- Long terme : Leptine.
- Hormone modératrice de l'appétit, sécrétée par les cellules adipeuses en proportion des réserves de graisse.
- La mutation du gène de la leptine entraîne une faim permanente et une surconsommation alimentaire (observée chez l'homme et l'animal). L'injection de leptine peut être un traitement.
- Intégration des signaux internes : Le noyau arqué de l'hypothalamus possède des récepteurs aux hormones et intègre ces signaux, étant plus perméable à la barrière hémato-encéphalique.
- Action quasi immédiate : Glucose, insuline.
- Signaux externes (sensoriels et hédoniques) :
- Les qualités sensorielles de la nourriture influencent fortement le comportement alimentaire.
- Les aliments attractifs (sucres, graisses) ont une haute valeur énergétique. Ce biais est biologiquement ancré (ex: fruits sauvages, rares mais vitaux).
- L'origine de la valeur hédonique est en partie innée (goûts fondamentaux) et en partie acquise (préférences par exposition, mémoire des expériences gustatives dès la vie fœtale et la petite enfance).
B. Comportement Sexuel et d'Attachement
Les hormones sexuelles et des structures cérébrales spécifiques régulent les comportements reproducteurs.1. Rappel de Physiologie Sexuelle Féminine
- Puberté : Période de maturation des organes reproducteurs, de croissance rapide, de développement des caractères sexuels primaires et secondaires, et d'augmentation du besoin de sommeil.
- Période de fécondité : Environ 40 ans de cycles menstruels (environ 500 cycles de 28 jours).
- Ménopause : Arrêt des menstruations dû à l'insuffisance des follicules ovariens et à la diminution des hormones sexuelles.
- Cycle menstruel : Régulé par l'axe hypothalamo-hypophysaire-ovarien.
- Phase folliculaire (14 jours) : Croissance du follicule ovarien et augmentation des œstrogènes.
- Ovulation (quelques heures) : Éjection de l'ovule (durée de vie 24h), précédée d'un pic d'œstrogènes et de LH.
- Phase lutéinique (14 jours) : Formation du corps jaune qui sécrète de la progestérone et un peu d'œstrogènes.
- Hormones impliquées :
- FSH (Hormone Follico-Stimulante) : Stimule la croissance des follicules.
- LH (Hormone Lutéinisante) : Déclenche l'ovulation et la formation du corps jaune.
- GnRH (Hormone de Relargage des Gonadotrophines) : Libérée par l'hypothalamus, contrôle la libération de FSH et LH par l'antéhypophyse.
- Œstrogènes : Préparent l'utérus à la fécondation, développent et maintiennent les caractères sexuels secondaires (ex: hydratation de la peau, réserves lipidiques). Leur pic à l'ovulation augmente l'attractivité sexuelle chez l'animal.
- Progestérone : Prépare l'utérus à la nidation, épaissit la glaire cervicale (principe des pilules microdosées), prépare les glandes mammaires à la lactation.
2. Rappel de Physiologie Sexuelle Masculine
- Les testicules produisent en continu des spermatozoïdes et de la testostérone (hormone sexuelle mâle) à partir de la puberté.
- FSH stimule la production de spermatozoïdes, et LH stimule la production de testostérone.
- Testostérone :
- Développement et entretien des caractères sexuels secondaires masculins (pilosisé, épaississement des cordes vocales, augmentation masse musculaire et globules rouges).
- Bloque le complexe hypothalamo-hypophysaire par rétrocontrôle négatif.
- Stimule la production de spermatozoïdes (n'est pas une bonne cible pour une pilule contraceptive).
3. Structures Cérébrales Impliquées
- Hypothalamus (Aire Préoptique Médiane - APO) :
- Rôle central dans la motivation sexuelle et les comportements appétitifs.
- Lésion de l'APO : suppression de la motivation sexuelle.
- Stimulation de l'APO : augmentation de la motivation sexuelle.
- Prépare le corps au rapport sexuel (transformations physiologiques, stratégies appétitives).
- L'APO interagit avec les gonades (production d'hormones), le système végétatif (réponse génitale), le tronc cérébral (éveil) et le noyau accumbens (recherche de partenaire).
- Amygdales :
- Attribuent une valeur hédonique aux stimuli sexuels.
- Une lésion peut entraîner une hypersexualité avec des choix inadéquats.
- Cortex orbito-frontal (COF) :
- Module l'activité de l'amygdale et de l'hypothalamus en fonction du contexte social et moral.
- Une lésion du COF peut entraîner une désinhibition sexuelle.
4. Signaux Internes de Modulation (Hormones Sexuelles)
Des récepteurs aux hormones sexuelles sont présents dans l'hypothalamus antérieur.- Effet organisationnel (irréversible) :
- Se produit pendant une période critique périnatale.
- Exemple chez le rat : la testostérone pendant cette période critique induit le développement d'un noyau sexuellement dimorphe (NSD) masculin dans l'hypothalamus et le comportement de monte. En l'absence de testostérone, le NSD est de type féminin, et le comportement de lordose apparaît.
- Effet activateur (réversible et temporaire) :
- En dehors de la période critique.
- La castration d'un mâle adulte entraîne une diminution progressive de la motivation sexuelle, qui peut être restaurée par l'injection de testostérone.
- Chez la femelle, l'activité sexuelle est liée au cycle œstral et au taux d'œstrogènes, bien que chez certains primates, l'activité sexuelle puisse exister en dehors de l'œstrus.
IV. Le Stress
Le stress est un concept multidimensionnel impliquant des stimulus stressants (stressors), des processus d'évaluation cognitive et des réactions physiologiques, comportementales et subjectives.A. Rôle de la Réponse Physiologique au Stress
La réponse au stress est adaptative à court terme mais inadaptée à long terme.- Réponse adaptative (court terme) : Mobilisation des ressources énergétiques (phases d'alarme et de résistance) pour faire face à la menace.
- Réponse inadaptée (long terme) : La phase d'épuisement entraîne des conséquences physiologiques néfastes : épuisement, hypertension, insensibilité à l'insuline, diminution du système immunitaire, et réduction des capacités d'apprentissage.
- Le coping (stratégies d'ajustement) est la manière dont un individu perçoit et gère le stress, influençant les réactions physiologiques.
B. Boucle de Régulation Hormonale du Stress
L'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) est central dans la réponse au stress.- L'hypothalamus libère la CRH (Hormone de Relargage de la Corticotrophine).
- La CRH stimule l'antéhypophyse (qui n'est pas la neurohypophyse) à libérer l'ACTH (Hormone Adrénocorticotrophique).
- L'ACTH agit sur le cortex surrénal, qui libère le cortisol (hormone du stress). Le cortisol agit sur le foie en libérant du sucre.
- En parallèle, le système nerveux périphérique végétatif sympathique stimule la médullosurrénale à libérer la noradrénaline et l'adrénaline.
- Ces catécholamines augmentent la fréquence cardiaque et la pression sanguine, le rythme respiratoire, la température corporelle, dilatent les pupilles, et induisent la pilo-érection et la sudation (réponse électrodermale). Le reste du tube digestif est ralenti.
- La réponse physiologique est augmentée en situation de stress (ex: plus d'adrénaline dans les transports bondés).
- L'entraînement physique et la position hiérarchique (chez l'animal) peuvent moduler cette réponse. L'environnement social interagit également avec la réponse au stress.
- Les expériences de vie précoces (ex: qualité des soins parentaux) influencent la résistance au stress à l'âge adulte (régulation épigénétique des récepteurs au cortisol).
C. Mécanismes Cérébraux du Stress
- Les amygdales sont fondamentales dans la réponse au stress et l'encodage des souvenirs émotionnels passés.
- L'hippocampe, impliqué dans la mémoire à long terme, peut être affecté par le stress chronique (volume réduit dans le syndrome de stress post-traumatique).
- Le cortex cingulaire antérieur, impliqué dans la prise de décision, est moins activé en situation de stress.
- Des facteurs génétiques (ex: mutation sur un gène) peuvent influencer la capacité d'habituation au stress, comme l'atténuation de la réponse amygdalienne par le cortex orbitofrontal.
D. Stress et Cognition
L'impact du stress sur la cognition varie selon la phase et l'intensité.- Juste avant l'encodage et la consolidation, le stress peut être bénéfique.
- Pendant la phase de rappel et de rafraîchissement, le stress a généralement un effet négatif sur la performance cognitive.
Synthèse et Points Clés
- La communication neuronale est rapide et spécifique, utilisant des potentiels électriques et des neurotransmetteurs pour transmettre l'information à travers les synapses.
- La communication hormonale est plus lente et diffuse, régulant des fonctions physiologiques et comportementales à long terme.
- Les neurones et les cellules gliales travaillent de concert pour assurer le fonctionnement du système nerveux. Les neurones transmettent l'information, tandis que les cellules gliales fournissent soutien, nutrition, isolation (myéline) et protection.
- Le potentiel d'action est le signal électrique fondamental du neurone, propagé selon la loi du tout ou rien et modulé par le diamètre de l'axone et la myéline.
- La transmission synaptique, principalement chimique, implique la libération et la fixation de neurotransmetteurs, qui peuvent avoir des effets excitateurs ou inhibiteurs sur le neurone postsynaptique.
- Les comportements complexes comme l'alimentation et la reproduction sont finement régulés par une interaction entre l'hypothalamus, l'amygdale, le cortex orbito-frontal et des signaux hormonaux (insuline, glucagon, leptine, hormones sexuelles).
- Le stress, bien qu'adaptatif à court terme, peut devenir délétère à long terme, affectant les fonctions physiologiques et cognitives à travers l'activation de l'axe HHS et des structures cérébrales comme l'amygdale et l'hippocampe.
- La compréhension de ces mécanismes est cruciale pour aborder les maladies neurologiques, les troubles comportementaux et les impacts du stress sur la santé.
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