Moyen-Orient: Guerres, Paix et Instabilités
20 cartesAnalyse des conflits majeurs au Moyen-Orient depuis 1990, incluant les guerres du Golfe, les printemps arabes, la montée de l'islamisme politique, et l'incapacité des institutions internationales comme l'ONU à imposer une paix durable, soulignant les rivalités régionales et la complexité des acteurs non étatiques.
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Le Moyen-Orient : Conflits Régionaux et Tentatives de Paix
Le Moyen-Orient est une région caractérisée par une histoire complexe de conflits régionaux et de tentatives de paix, souvent influencée par des dynamiques internes et des ingérences extérieures. L'analyse de cette région révèle une succession d'événements, des guerres interétatiques aux conflits asymétriques, qui ont façonné son paysage géopolitique actuel.
I. Les Deux Guerres du Golfe (1990-1991 et 2003) et leurs Prolongements
A. La Première Guerre du Golfe (1990-1991) : Une Guerre Interétatique et le Multilatéralisme
La première guerre du Golfe a éclaté suite à l'invasion du Koweït par l'Irak le 1er et 2 août 1990. L'Irak, lourdement endetté après la guerre Iran-Irak (1980-1988), cherchait à s'emparer des ressources pétrolières du Koweït pour alléger sa dette et affirmer son hégémonie régionale. Cette invasion fut perçue comme une violation flagrante du droit international.
- Intervention internationale : Face à cette agression, une coalition internationale de 30 pays, dirigée par les États-Unis et bénéficiant du soutien de l'ONU et de plusieurs pays arabes, a été formée. Cette mobilisation illustre le concept de multilatéralisme, où plusieurs nations agissent de concert pour faire respecter le droit international et maintenir la paix. L'opération, nommée « Tempête du désert », visait à libérer le Koweït.
- Déroulement : Les forces de la coalition ont lancé une offensive aérienne massive suivie d'une offensive terrestre. Le Koweït fut rapidement libéré. Saddam Hussein, bien que vaincu, fut maintenu au pouvoir en Irak afin d'éviter une déstabilisation encore plus grande de la région.
- Conséquences :
- Cette guerre a renforcé la position des États-Unis en tant que « gendarmes » de la région, consolidant leur influence et la notion de Pax Americana, une hégémonie basée sur le droit international et la diffusion de l'économie de marché.
- Elle a également suscité l'espoir d'un nouvel ordre mondial fondé sur la coopération et les valeurs occidentales, comme en témoigne le diagramme sur la 1ère Guerre du Golfe.
B. La Deuxième Guerre du Golfe (2003-2011) : De l'Unilatéralisme au Conflit Asymétrique
Contrairement à la première, la seconde guerre du Golfe, initiée en 2003, fut marquée par l'unilatéralisme américain et des idées néo-conservatrices.
- Contexte et motifs :
- Le président américain G. W. Bush Junior, élu en 2000, prônait l'usage de la force militaire pour préserver le leadership mondial des États-Unis, perçus comme menacés par des concurrents comme la Chine et la Russie.
- Le contrôle du Moyen-Orient et de ses ressources pétrolières était considéré comme stratégique. Les États-Unis jugeaient nécessaire de renverser les régimes hostiles (tels que l'Irak et l'Iran, qualifiés d'« États voyous » ou « Axe du Mal ») pour les remplacer par des régimes alliés.
- L'administration Bush a instrumentalisé la « guerre contre le terrorisme » après les attentats du 11 septembre 2001. Saddam Hussein fut accusé de soutenir le terrorisme (notamment Al-Qaïda) et de détenir des armes de destruction massive (ADM). Ces accusations se sont révélées fausses, comme le rapport du groupe d'inspection en Irak l'a confirmé le 2 octobre 2003.
- Absence de mandat de l'ONU : L'intervention en Irak fut menée sans l'aval de l'ONU, la France et l'Allemagne, ainsi que l'ONU elle-même, s'y étant opposées. Cela marqua une rupture avec la doctrine de la Pax Americana, fondée sur le droit international et le multilatéralisme.
- Chronologie et faits marquants :
- 5 février 2003 : Les États-Unis tentent de convaincre le Conseil de sécurité de l'ONU de la présence d'ADM en Irak avec de fausses preuves.
- 20 mars 2003 : Invasion de l'Irak par une coalition dirigée par les États-Unis (avec le Royaume-Uni, l'Espagne, la Pologne, etc.) sans l'accord de l'ONU.
- 1er mai 2003 : Fin officielle des combats, suivie d'une épuration de l'armée et de l'administration irakiennes.
- 2 octobre 2003 : Absence confirmée d'ADM.
- 13 décembre 2003 : Arrestation de Saddam Hussein.
- 28 avril 2004 : Révélation d'actes de torture dans la prison d'Abou Ghraib.
- 30 décembre 2006 : Exécution de Saddam Hussein après un jugement par un tribunal irakien.
- 18 décembre 2011 : Retrait des troupes américaines.
- Bilan et conséquences :
- L'intervention et l'occupation américaine ont engendré une longue et complexe guerre civile. Le pouvoir des Sunnites (associé à Saddam Hussein) fut renversé, favorisant l'arrivée d'un président chiite et renforçant l'influence de l'Iran sur l'Irak.
- Les Sunnites, se sentant dépossédés et menacés, se sont tournés vers des groupes djihadistes comme Al-Qaïda, solidifiant leur enracinement en Irak.
- Le conflit a évolué en une guerre asymétrique et irrégulière, caractérisée par des guérillas, des embuscades, des attentats contre des civils chiites et des troupes régulières, et une multiplication des violences intra-communautaires entre Sunnites et Chiites (ex: 10 000 morts en 2014).
- La guerre de 2003 a profondément déstabilisé le pays et le Moyen-Orient, contribuant à la montée en puissance du djihadisme, à l'exacerbation des tensions interconfessionnelles, et à la compétition entre l'Iran et l'Arabie saoudite.
- Situation des Kurdes : Dans le nord de l'Irak, les milices kurdes ont profité de cette instabilité pour renforcer leur autonomie et viser la création d'un État indépendant (Kurdistan). Les Kurdes, malgré la répression qu'ils subissent dans plusieurs pays (notamment en Turquie et en Irak, avec le bombardement chimique de Halabja en 1988), sont devenus un acteur clé dans la région.
II. L'Extension de la Logique du Chaos après 2011
A. Les « Printemps Arabes » : Une Tentative Démocratique (2011)
Fin 2010 et début 2011, une vague de soulèvements populaires, connue sous le nom de « Printemps arabes », a secoué les pays d'Afrique du Nord et du Proche et Moyen-Orient. Ces mouvements contestaient les régimes autoritaires et revendiquaient des améliorations des conditions de vie et plus de démocratie. Les manifestants, issus de divers milieux, ont largement utilisé internet et les réseaux sociaux pour s'organiser et contourner la censure.
- Conséquences :
- Régimes renversés : Égypte (démission de Moubarak), Tunisie (fuite de Ben Ali), Libye (renversement et mort de Kadhafi avec intervention militaire occidentale), Yémen (départ du dirigeant).
- Régimes maintenus avec réformes : Jordanie, Maroc, Oman, Arabie Saoudite.
- Régimes maintenus avec répression violente : Syrie (Bachar el-Assad a réprimé brutalement le soulèvement, transformant la contestation en guerre civile).
- Bilan : À l'exception de la Tunisie, la démocratie ne s'est pas imposée durablement. Ces révolutions ont plutôt favorisé la montée de l'islamisme politique comme composante essentielle de la vie politique régionale (Irak, Yémen, Liban avec le Hezbollah, Gaza avec le Hamas, Syrie, Turquie).
B. Le Conflit en Syrie : Internationalisation et Crise Humanitaire
Après 2011, la Syrie est devenue le théâtre d'une extension des guerres asymétriques et irrégulières.
- Déclenchement : Bachar el-Assad a réprimé les manifestants réclamant la démocratisation, entraînant une guerre civile entre le régime (soutenu par ses forces armées) et divers groupes rebelles, milices et Kurdes.
- Crise humanitaire : Le conflit a engendré une crise humanitaire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, malheureusement peu médiatisée.
- Complications géopolitiques :
- Ingérences régionales : L'Arabie Saoudite et les États pétroliers du Golfe ont armé et soutenu les milices djihadistes sunnites pour affaiblir le régime chiite d'Assad. En retour, l'Iran et le Hezbollah (Liban) ont apporté leur aide à Bachar el-Assad.
- Ingérences mondiales : La Russie a défendu le régime syrien, tandis que les États-Unis cherchaient à le renverser.
- Concurrence Iran/Arabie Saoudite : Ces deux puissances régionales, l'une chiite (Iran) et l'autre sunnite (Arabie Saoudite), sont en concurrence pour l'influence et la domination sur le Moyen-Orient. Elles s'affrontent souvent par l'intermédiaire de leurs alliés, dans une sorte de « guerre froide » régionale :
- L'Iran soutient : le régime syrien, le Hezbollah au Liban, les Chiites d'Irak, et les Houthis au Yémen.
- L'Arabie Saoudite soutient : les rebelles en Syrie, certains membres du gouvernement de Bagdad, et le Premier ministre libanais.
C. Montée de l'Islamisme Politique
L'islamisme politique est une idéologie moderne apparue au XXe siècle, prônant un retour aux premiers temps de l'Islam (la « Salafiya ») et cherchant à établir un État islamique fondé sur la Charia.
- Origines et Développement :
- Les Frères Musulmans, fondés en Égypte en 1928 par Hassan Al-Banna, se sont développés en opposition à l'influence occidentale et visaient un califat unifié.
- Le concept de Djihad (effort sur soi et pour la communauté), souvent mal interprété comme une simple « guerre sainte », a pris une dimension plus conflictuelle.
- À partir des années 1970, ces mouvements se sont focalisés sur la lutte contre l'Occident et ses alliés, remplaçant le panarabisme comme force motrice.
- Événements fondateurs de l'islamisme combattant :
- La révolution iranienne (1979) : Elle a démontré la possibilité d'une théocratie, inspirant de nombreux mouvements islamistes (bien que la plupart soient sunnites et rejettent le chiisme iranien).
- La guerre d'Afghanistan (1979-1989) : La lutte armée contre les Soviétiques a vu l'émergence des Talibans et le financement par la CIA de groupes comme Al-Qaïda dans le cadre de la guerre froide.
- La guerre civile en Algérie (1992-2000) : Le GIA (Groupe Islamique Armé) a semé la terreur en Algérie et en France, internationalisant le conflit et créant un « terrain d'entraînement » pour les terroristes.
- Soutien populaire : L'islamisme politique bénéficie de soutiens en apportant aide et services aux populations face aux crises économiques, en s'opposant à l'Occident et en apparaissant moins répressif que certaines dictatures.
D. De Al-Qaïda à l'État Islamique (DAESH)
1. Al-Qaïda
Les attentats du 11 septembre 2001 ont révélé au monde l'existence d'un réseau terroriste international puissant : Al-Qaïda (« la base » en arabe), dirigé par Oussama Ben Laden.
- Caractéristiques : Al-Qaïda est une nébuleuse organisée et moderne, utilisant internet et la vidéo pour sa propagande, avec de nombreuses ramifications internationales.
- Objectifs : Semer la terreur en Occident pour qu'il se retire du Proche et Moyen-Orient, et déstabiliser les pouvoirs locaux. Les attentats sont majoritairement concentrés au Proche et Moyen-Orient.
- Financement : Provenant d'États (comme l'Iran ou la Syrie, indirectement) et d'activités illégales (trafic de drogue, cigarettes, otages, œuvres d'art).
- Répression : Après le 11 septembre, Al-Qaïda est devenue la cible principale des pays occidentaux. Des troupes américaines et occidentales ont été envoyées en Afghanistan pour déstabiliser les Talibans et Al-Qaïda. Ben Laden fut exécuté au Pakistan en 2011.
- Branches :
- AQAP (Al-Qaïda pour la péninsule arabique), fondée en 2003 en Arabie Saoudite, repliée au Yémen.
- AQI (Al-Qaïda en Irak), intégrée au groupe Zarkaoui.
- AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), formée en 2007 par l'intégration du GSPC.
2. L'État Islamique (DAESH)
DAESH (ou État Islamique) a pris corps en Irak dès 2006, mais s'est considérablement développé à partir de 2011, profitant de la faiblesse des États en Syrie et en Irak. C'est une branche dissidente d'Al-Qaïda, ayant éclipsé son autorité.
- Objectif : L'unification de tous les musulmans sous un « califat » dirigé par un « calife » auto-proclamé, Abou Bakr Al-Baghdadi.
- Composition : Composé de militaires des anciennes armées irakiennes, de combattants d'Al-Qaïda et de jeunes occidentaux.
- Tactiques : Les combattants de DAESH sont souvent liés à des réseaux dans leurs pays d'origine, où des attentats sont organisés (ex : France en janvier et novembre 2015, Belgique). Le groupe s'est fait connaître par des exécutions sommaires médiatisées pour semer la peur. DAESH s'est présenté comme le défenseur des Sunnites face aux Chiites, ce qui lui a valu un certain soutien en Irak majoritairement sunnite.
- Combattre DAESH : Le groupe est combattu par une coalition de pays arabes et occidentaux (États-Unis, France, Russie), par l'ONU et par les armées kurdes (YPG).
III. Une Paix Impossible au Proche et Moyen-Orient ?
A. Des Puissances Empêtrées et la Montée aux Extrêmes
Les conflits au Proche et Moyen-Orient impliquent régulièrement des combattants irréguliers et des acteurs non étatiques. Ces derniers, par définition, n'étant pas affiliés à un État et ne disposant pas de structures diplomatiques officielles, compliquent grandement la négociation et la résolution des conflits.
- Complexité des acteurs : Bien que les milices soient souvent financées par des États (ce qui ouvre la possibilité de négocier par leur intermédiaire, comme les accords de Taïf en 1989 pour le Liban), leur nature rend les conflits imprévisibles.
- Impasse militaire et diplomatique : L'usage de la violence ne procure plus d'avantage décisif, conduisant à une impasse militaire (comme le retrait américain d'Irak en 2011 sous B. Obama) et à un discrédit de la voie diplomatique.
- Diabolisation mutuelle : Les acteurs des conflits se diabolisent, se percevant mutuellement comme des menaces existentielles. Cela favorise la montée aux extrêmes et réduit la place des modérés.
B. Une ONU Marginalisée
Le rôle de l'ONU, conçu pour réguler la violence entre États, est mis à rude épreuve par la nature des conflits actuels et les dynamiques de pouvoir des États membres permanents.
- L'ONU et la question palestinienne :
- Plan de partage de 1947 : L'ONU avait proposé un plan de partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe, rejeté par les Arabes, menant à une longue série de guerres et à l'exode massif des Palestiniens (Nakba).
- UNRWA : L'Office de secours et travaux des Nations Unies a été créé en 1949 pour aider les réfugiés palestiniens.
- Résolution 242 : Après la guerre des Six Jours en 1967, l'ONU a adopté la résolution 242 exigeant le retrait israélien des territoires occupés. Cependant, l'ONU s'est avérée incapable de faire appliquer ses résolutions en raison des divisions au sein de son Conseil de sécurité, notamment le veto américain qui protège Israël.
- L'ONU et la question irakienne :
- Première Guerre du Golfe (1991) : A symbolisé une renaissance de l'ONU, qui avait été paralysée durant la Guerre Froide par les vetos. La fin de la bipolarité a permis une intervention sous commandement américain avec le soutien de la Russie.
- Deuxième Guerre du Golfe (2003) : A mis en évidence les limites de l'ONU. L'intervention américaine n'a pas été autorisée (veto russe et français), mais les États-Unis et le Royaume-Uni n'ont pas été sanctionnés grâce à leur propre droit de veto, violant ainsi le droit international.
- Paralysie actuelle : La rivalité persistante entre les États-Unis et la Russie au Moyen-Orient continue de paralyser toute médiation de l'ONU, notamment dans le conflit syrien.
IV. Conclusion et Perspectives
Le Proche et Moyen-Orient demeure une zone de tensions et de conflits importants, alimentée par une multitude de facteurs : les ambitions des puissances occidentales, le contrôle des ressources naturelles, les tensions ethniques et religieuses, et la prolifération des acteurs non étatiques. La montée de l'islamisme accroît encore les rivalités et l'instabilité.
A. Échec des Médiations Actuelles
Aucune puissance régionale ou internationale ne parvient à garantir seule une paix juste et durable dans la région :
- Les médiations américaines dans le conflit israélo-palestinien sont inefficaces en raison du parti pris de Washington.
- Les négociations parrainées par Moscou en Syrie et en Libye pérennisent les crises plutôt que de les résoudre.
- Les trêves sous médiation égyptienne entre Israël et le Hamas restent précaires.
- L'ONU est marginalisée et peine à s'imposer comme un acteur décisif dans la résolution des conflits.
B. Vers un Nouvel Ordre ?
Les principes du XVIIIe siècle pour construire la paix (souveraineté des États, non-ingérence, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sécurité collective) semblent dépassés face à des acteurs qui se considèrent en ennemis absolus (comme l'analyse de Hobbes ou Clausewitz). Il est nécessaire de rétablir une culture des relations internationales fondée sur la coopération et la reconnaissance mutuelle (approche de Locke), plutôt que sur des rapports de puissance et d'hostilité.
Cela pourrait passer par :
- Une réforme de l'ONU, incluant la limitation ou la suppression du droit de veto.
- Une application effective du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
- La création d'un État kurde et d'un État palestinien.
- Le respect strict du principe de non-ingérence et du droit international.
Cependant, la multiplication des conflits dans la région et au-delà (Afrique du Nord, Afrique subsaharienne) suggère qu'une paix durable et rapide reste un objectif lointain et difficile à atteindre.
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