Mobilité sociale intergénérationnelle en France

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Ce cours explique comment les sociologues mesurent la mobilité sociale entre générations à l'aide des tables de mobilité, en distinguant mobilité ascendante, déclassement et reproduction, en présentant les tables de recrutement et de destinée, en détaillant les spécificités de la mobilité des femmes et en soulignant les limites méthodologiques des tables (petites mobilités intra‑PCS, hiérarchies ambiguës, aspect subjectif et sous‑représentation des femmes).

La Mobilité Sociale et ses Facteurs

La mobilité sociale désigne le mouvement des individus d'une position sociale à une autre au fil du temps ou des générations, reflétant le modèle méritocratique des sociétés démocratiques où le talent et les efforts devraient déterminer le succès social, indépendamment de l'origine familiale.

Types de Mobilité Sociale

  • Mobilité sociale intergénérationnelle : Changement de (Profession et Catégorie Socioprofessionnelle) d'un individu par rapport à ses parents. C'est le principal focus de l'étude sociologique.

  • Mobilité géographique : Changement de lieu de résidence.

  • Mobilité professionnelle : Changement de position sociale au cours de la carrière d'un individu (au sein d'une même génération).

Analyse de la Mobilité Sociale Intergénérationnelle

Les sociologues utilisent des tables de mobilité, construites à partir d'enquêtes (comme celles de l'INSEE tous les 5 à 10 ans), pour étudier la mobilité sociale. Ces enquêtes posent des questions sur la profession de l'enquêté (position sociale) et celle de son père (origine sociale).

Lecture des Tables de Mobilité

Il existe deux types de tables, généralement présentées en pourcentages :

  • Table de recrutement (ou des origines) : Répond à la question "De quelle viennent les individus ?". Elle indique l'origine sociale des individus selon leur actuelle.

  • Table de destinée : Répond à la question "Que deviennent les fils de telle ?". Elle montre la position sociale des individus en fonction de la de leur père.

Catégories de Mobilité

À partir des tables de mobilité, on identifie trois cas principaux :

  • Reproduction sociale : L'individu occupe la même position sociale que ses parents. Dans les tables, ces cas se situent sur la diagonale. Par exemple, 25% des fils d'agriculteurs deviennent agriculteurs.

  • Mobilité sociale ascendante : L'individu occupe une position sociale plus élevée que celle de ses parents. Par exemple, un fils d'ouvrier qui devient cadre.

  • Déclassement (ou mobilité sociale descendante) : L'individu occupe une position sociale plus basse que celle de ses parents. Par exemple, un fils de cadre qui devient employé.

Spécificités de la Mobilité Sociale des Femmes

La mobilité sociale des femmes est complexe et présente des particularités :

  • Comparaison avec le père : Les femmes sont souvent plus souvent déclassées par rapport à leur père et connaissent moins de mobilité ascendante. Ceci s'explique par les inégalités de genre qui se reflètent dans la structure des emplois (les hommes occupant plus souvent des postes de cadre). Ainsi, 25% des femmes connaissent un déclassement par rapport à leur père, contre seulement 15% des hommes.

  • Comparaison avec la mère : À l'inverse, un grand nombre de femmes connaissent une mobilité sociale ascendante par rapport à leur mère et très peu sont déclassées. Cette tendance est due à l'évolution de la structure des emplois féminins. Si dans les années 1980, les mères étaient majoritairement employées, la réduction des inégalités de genre a permis aux femmes d'aujourd'hui d'accéder plus fréquemment à des postes de cadre ou de profession intermédiaire (40% des femmes connaissent une mobilité sociale ascendante par rapport à leur mère).

Limites des Tables de Mobilité (Chapitre 443e9166)

Bien qu'utiles, les tables de mobilité ont plusieurs limites :

  1. Petites mobilités intra- : Elles ne mesurent pas les "petites" mobilités entre professions regroupées dans une même . Un gardien de la paix, dont le père est agent de sécurité, est considéré comme n'ayant pas de mobilité car les deux professions sont dans la des employés, malgré une position légèrement meilleure.

  2. Hiérarchisation des non-salariées : La hiérarchie n'est pas claire entre toutes les , en particulier celles regroupant les professions non-salariées (agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d'entreprise). Il est difficile de déterminer si passer d'une salariée à une non-salariée (ou inversement) constitue une mobilité ascendante ou un déclassement. Le même problème se pose entre les ouvriers et les employés, qui ne sont pas hiérarchisés.

  3. Mobilité sociale subjective : Les tables ne rendent compte que de la mobilité sociale objective, et non du ressenti des individus. Une personne en situation de reproduction sociale objective peut avoir le sentiment d'être déclassée, et vice-versa. Des sondages montrent que 25% des personnes en reproduction sociale subjectivement se sentent déclassées.

  4. Sous-représentation de la mobilité des femmes : La complexité de la mobilité féminine (du fait des inégalités de genre et des évolutions des structures d'emploi) fait que les tables délaissent souvent cette dimension cruciale.

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