Louis XIV : Gloire et Grandeur du Roi

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Le règne de Louis XIV, ses institutions, sa politique et sa société.

Navarre

La couverture du livret de la thèse du fils de Colbert illustre la gloire militaire et artistique de Louis XIV. Elle le représente en empereur romain, descendant d'un char conduit par Hercule, tandis que Minerve désigne des thèses et des ouvriers tendent les armoiries des villes nouvellement conquises (Tournay, Courtrai, Rocroi, Douai, Lille). Deux amours sur une tapisserie tiennent une tête et une palette, symboles des arts. Cette iconographie compare Louis XIV à Josué, successeur de Moïse, soulignant sa mission de conduire le peuple vers la terre promise et sa capacité à conquérir.

Louis XIV était souvent surnommé "le plus grand roi du monde", un titre que Lucien Bély a relativisé dans son ouvrage de 2005, citant une rencontre entre Louis XIV et Le Nôtre rapportée par Saint-Simon.

Présentation générale du règne

Le règne de Louis XIV est caractérisé par la notion de roi absolu. Le terme absolutus signifie "délié des lois". L'idée d'un roi absolu remonte à François Ier. L'absolutisme est justifié par la raison d'État, où le roi, oint de Dieu et lieutenant sur terre, est le garant de la stabilité et le seul à pouvoir interpréter ce qui est bon pour l'État. Ses sujets doivent lui obéir car il est censé prendre les bonnes décisions.

Cependant, le pouvoir du roi n'était pas sans limites. Il existait des révoltes et des lois fondamentales du royaume, bien qu'il n'y ait pas de constitution :

  • Le roi est le père de ses sujets et doit écouter leurs doléances.

  • Le roi doit défendre l'Église et être catholique.

  • La loi salique assure la primogéniture stricte.

Le terme "absolutisme" est né pendant la Révolution française, avec une connotation hostile au pouvoir royal. Les contemporains parlaient de "roi absolu". Des historiens comme Cosandey et Descimon considèrent ce terme comme dépassé, bien qu'il puisse être utilisé en précisant qu'il n'était pas contemporain. L'absolutisme est parfois perçu comme un mythe, compte tenu des privilèges et des nombreux corps intermédiaires, ainsi que d'une administration limitée.

Contexte

Le règne de Louis XIV peut être divisé en trois étapes :

  1. 1643-1661 : Régence d'Anne d'Autriche (1643-1651), marquée par la Fronde, la guerre avec l'Espagne et la figure centrale de Mazarin.

  2. 1661-1680s : Début du règne personnel de Louis XIV. Le roi gouverne seul, assisté de ministres comme Colbert. Cette période est caractérisée par des réformes et des guerres.

  3. 1690s-1715 : La France devient la première nation d'Europe. Cette période est marquée par des querelles religieuses et la guerre de succession d'Espagne.

La centralité du roi est plus prononcée sous Louis XIV que sous les règnes précédents. Le roi intervient dans un plus grand nombre de domaines (art, administration), ce qui entraîne une complexification de l'appareil d'État et de l'exercice du pouvoir, parfois qualifiée de "monarchie administrative" ou de "début de bureaucratisation". M. Stoll, dans son ouvrage Servir le roi, mentionne 300 commis, dont un tiers pour le contrôle général des finances sous Colbert, dont le rôle était de s'informer et de contrôler le territoire pour collecter l'impôt et financer la guerre.

Historiographie

Sous Louis XIV, il s'agit de régner (être présent et laisser les autres administrer) et de gouverner (agir soi-même). Louis XIV a affirmé un retour à la tradition. L'historienne Katia Béguin, dans son article "Louis XIV et l'aristocratie : coup de majesté ou retour à la tradition ?", soutient que le roi n'a pas domestiqué la noblesse, mais a restauré son autorité personnelle pour distribuer les gouvernements et offices de la couronne à la haute noblesse, répondant ainsi à son besoin de participer au gouvernement. Louis XIV s'entourait de personnalités de second rang, donnant aux grands nobles des gouvernements et des offices de la couronne.

Problématique : Dans quelle mesure le principe du gouvernement de Louis XIV est fondé sur le principe d'une autorité absolue ?

I - L'appareil d'État en mutation sous Louis XIV

A - La centration de la monarchie française

Le XVIIe siècle est marqué par la centralisation des institutions. En 1661, le roi décide d'organiser le gouvernement de manière plus stricte, en créant des conseils de gouvernement. Certains sont tenus par le roi lui-même :

  • Le Conseil d'en Haut (ou étroit/secret)

  • Le Conseil des Dépêches (le roi y est parfois présent)

  • Le Conseil des Finances (le roi y est plus rarement présent)

  • Le Conseil de la Religion Prétendue Réformée

La grande évolution est la présence du roi et la hiérarchisation des conseils, notamment le Conseil des Finances, comme le décrit B. Barbiche dans Les institutions de la France.

B - Les corps intermédiaires affaiblis

Les parlements, qui rendent la justice au nom du roi, ont pour fonction d'enregistrer les lois royales. L'enregistrement signifie considérer une loi comme valide, ce qui nécessite l'approbation d'une assemblée parlementaire. Le Parlement de Paris, le plus influent, avait le pouvoir de faire des remontrances (proposer des modifications) avant l'enregistrement des lois. Au début de la Fronde, les parlementaires ont utilisé ce droit de plus en plus fréquemment, affirmant leur participation au gouvernement. En Angleterre, la Glorieuse Révolution (1688-1689) a renforcé le pouvoir du parlement.

En France, Louis XIV, au début de son règne personnel, impose aux parlementaires, le 24 février 1673, d'enregistrer les lois avant toute remontrance, via un lit de justice. Un édit pouvait toujours être adopté si le roi se déplaçait personnellement au parlement, reprenant ainsi le pouvoir judiciaire qu'il avait délégué. Cette mesure a marqué une résolution temporaire du conflit. À sa mort, la possibilité de remontrance a été rendue aux parlementaires.

C - L'État et la société d'ordres

Le Clergé

Le clergé était un "État dans l'État", jouissant de privilèges et pouvant se réunir en assemblée tous les cinq ans, en échange du versement du don gratuit. L'Église connaissait des contestations internes :

  • Les protestants

  • Le jansénisme : hostile à l'Église et à son rapport à l'État, prônant une religion plus intellectuelle et individualiste. Cette doctrine, issue de Jansen (1585-1638), insistait sur la nécessité de la grâce pour le salut, à l'instar des protestants. Les jansénistes contestaient l'Église telle qu'elle était et constituaient une source d'opposition au pouvoir royal, avec des adeptes parmi l'aristocratie (ex: Fénelon) et les parlementaires.

L'Église constituait un fondement du pouvoir royal. Le Concordat de Bologne (1516) permettait au roi de nommer les évêques, assurant ainsi l'absence d'opposition au sein de l'Église et le financement du roi par le droit de régale (possibilité pour le roi de percevoir les revenus des évêchés vacants).

La Noblesse

La noblesse, frondeuse au début de la période, cherchait à participer au gouvernement. Le débat historiographique, notamment avec Norbert Elias (La civilisation des mœurs, La société de cour), a longtemps soutenu que Louis XIV avait domestiqué la noblesse en créant un système de dépendance. Cependant, J. Duindam a montré que les nobles avaient intérêt à se rapprocher du roi pour obtenir des faveurs royales (titres, pensions) afin de maintenir leur rang et leur clientèle. Il s'agissait davantage d'un accord mutuel que d'une domestication.

Le Tiers État

Le Tiers État était une source de revenus pour le roi, soumis à l'impôt direct, la taille. Cet impôt était collecté différemment selon les territoires, parfois par des assemblées provinciales (ex: Languedoc). L'étude de W. Beik sur le Languedoc montre qu'entre 1646 et 1677, 58,2% de l'impôt était redistribué localement, et 41,2% à des financiers et notables (pas nécessairement nobles).

II - Le plus grand roi du monde

A - La guerre, hauts faits de la monarchie

Louis XIV a mené quatre guerres majeures :

  • 1667-1668 : Guerre des droits de la reine / de Dévolution

  • 1672-1678 : Guerre de Hollande, conclue par le traité de Nimègue

  • 1689-1697 : Guerre de la Ligue d'Augsbourg, alliance entre l'Angleterre et l'Empire pour limiter l'expansionnisme français.

  • 1702-1714 : Guerre de succession d'Espagne

Ces guerres ont entraîné des acquisitions territoriales, défendues par les fortifications de Vauban. La question d'une "révolution militaire" et de transformations techniques expliquant l'essor des guerres est débattue. André Corvisier (1964) a étudié le soldat dans les guerres de Louis XIV, cherchant à comprendre son expérience. Louvois a instauré un grand service public de la guerre, rationalisant les carrières militaires et la logistique des armées. Le nombre de soldats a considérablement augmenté, atteignant 400 000 lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1,75% des sujets mobilisés, contre 1,3% sous Napoléon).

B - Gouverner

Des figures comme Colbert (secrétaire général des finances, 1665-1683), Louvois (secrétaire d'État à la guerre, 1677-1691) et Vauban (fortifications) ont joué un rôle clé. Leur objectif n'était pas de moderniser l'État, mais de résoudre des problèmes et de rendre le gouvernement plus efficace.

Les politiques menées visaient à :

  • Encourager le commerce outre-mer : Création de compagnies à monopoles (ex: Compagnie des Indes) pour concurrencer la suprématie hollandaise (V.O.C.) et s'intégrer dans l'"économie-monde" (Braudel). Le port de Lorient a été créé en 1666 à cet effet.

  • Encourager le commerce au sein du royaume : En 1666, Colbert et le roi ont autorisé Pierre-Paul Riquet à construire le Canal du Midi (1666-1681), reliant la Méditerranée à l'Atlantique.

  • Encourager l'artisanat et la production : Création de manufactures royales (ex: Gobelins en 1662) pour contrôler la production de qualité et favoriser l'exportation. Des artisans étrangers, comme les 50 Hollandais accompagnant Josse Van Robais en 1665, ont été attirés et naturalisés pour développer l'artisanat du drap.

C - La mise en scène du pouvoir

La mise en scène du pouvoir se faisait à Versailles, lieu de démonstration de la puissance absolutiste de Louis XIV. Le palais était construit autour du roi, et les courtisans recherchaient sa présence. Les arts étaient utilisés pour le représenter comme un souverain puissant et victorieux.

III - Le roi et ses sujets

A - Le peuple français

L'ouvrage de Pierre Goubert, Louis XIV et les 20 millions de Français, explore la vie quotidienne des Français. La société était très hiérarchisée, même dans les villages, où les notables pouvaient parler aux nobles. Cette hiérarchisation était perçue comme voulue par Dieu. Michel Perrot a étudié la souffrance du peuple, notamment lors des disettes (surtout pendant la guerre de succession d'Espagne).

B - Les ministres

Les principaux interlocuteurs de Louis XIV étaient ses ministres, comme Mazarin et Colbert. Le colbertisme, souvent perçu comme une doctrine politique particulière, soutenait que les richesses étaient stables à l'échelle mondiale, d'où la nécessité de vendre et de ne pas acheter (mercantilisme). Cependant, cette doctrine était nuancée et ne constituait pas une théorie rigide.

C - Le roi et les arts : l'étatisation de la culture

Richelieu, en 1635, avait déjà encouragé les réunions sous l'égide du roi. Louis XIV, bien que n'étant pas un grand intellectuel, s'est entouré d'artistes comme Jean Racine (historiographe du roi). L'art et le rayonnement de la culture française étaient assimilés au rayonnement de Louis XIV. Le théâtre et la langue française contribuaient à la gloire du roi.

Conclusion

La qualification de "roi absolu" et de "plus grand roi du monde" a trouvé un écho, mais a aussi laissé une image sombre, comme le souligne l'historienne Isaure Boitel. L'éloge du règne de Louis XIII, avec ses références bibliques et romaines, mettait en avant sa gloire militaire et artistique.

Correction de l'exercice : Bilan positif du règne de Louis XIII

  1. Un règne d'autorité et de réforme : Répression de la Fronde, politique religieuse, colonialisme/mercantilisme, construction de ports et canaux.

  2. Un règne de mécénat : Versailles, financement d'artistes, création de compagnies (Gobelins).

  3. Un règne de guerre : Renforcement de la marine, expansionnisme, Ligue d'Augsbourg.

Louis XIV était peint en Josué (roi conquérant) et les jésuites prônaient un rigorisme religieux.

TD#2 - La régence : période d'instabilité ?

Article : Fanny Cosandey, « Puissance maternelle et pouvoir politique. La régence des reines mères » (Clio, 1996, p. 69-90)

Dissertation : Anne d'Autriche, mère de Louis XIV

Commentaire : La mise en place de la Régence d'Anne d'Autriche d'après Madame de Motteville (1643)

Introduction

Fanny Cosandey, qui a écrit un bilan sur la notion d'absolutisme en 2002, a également rédigé un article sur la régence.

Les portraits d'Anne d'Autriche sont nombreux. Un tableau anonyme, Anne d'Autriche en reine de France et ses enfants (1641-1650), la représente en mère. Son statut maternel légitime son pouvoir. Ses deux fils sont à ses côtés, Louis XIV en tenue d'or, proche de la couronne. Anne d'Autriche a un geste maternel envers le duc d'Anjou et un geste de contrôle envers Louis XIV, car elle doit éduquer le roi. Ce tableau illustre le concept de régence : la souveraineté d'Anne est incontestable car elle émane du roi. B. Stollberg-Rilinger a étudié cette communication symbolique.

Madame de Motteville

Madame de Motteville (1615 ou 1621 - 1689) est connue pour ses mémoires. Elle était dame de compagnie d'Anne d'Autriche, son père étant espagnol. Chassée par Richelieu, elle part en Normandie, épouse le président de la Chambre des Comptes de Rouen, mais devient veuve rapidement. En 1643, la reine la rappelle, et elle lui reste fidèle. Ses mémoires, publiées en 1723 à Amsterdam, portent largement sur Anne d'Autriche, avec une affection notable.

Nature : Mémoires

Destinataire : Les contemporains lettrés de l'époque.

Contexte d'écriture

Les mémoires ont été écrites peu après ou pendant les événements de la mort de Louis XIII (14 mai 1643) et de Richelieu (4 décembre 1642). La puissance de la monarchie s'était consolidée sous Louis XIII et Richelieu. La politique extérieure visait à assurer la victoire sur la Maison d'Autriche, avec l'annexion de l'Artois et du Roussillon, et l'expansion du royaume. La France prenait l'ascendant sur l'Empereur et le roi d'Espagne en 1641, avec des congrès de paix prévus à Münster et Osnabrück, mais reportés en raison des opérations militaires continues.

À l'intérieur, le roi, dans ses derniers mois, avait conservé les mêmes collaborateurs que sous Richelieu (ex: Jules Mazarin). La succession du roi était marquée par des difficultés : le roi se méfiait de la reine et de ses amis espagnols, ainsi que de son frère Gaston d'Orléans (qui avait participé à des complots contre Richelieu). Les ambitions des grands (notamment Henri II de Condé) et l'opposition des parlementaires, désireux de jouer un rôle politique plus important, étaient également présentes.

Le 21 avril 1643, une déclaration solennelle du roi, contresignée par les princes, les pairs et les ministres, et enregistrée par le parlement, prévoyait un conseil de régence de sept membres (la reine, le duc d'Orléans, le prince de Condé, Mazarin, le chancelier Séguier, Bouthillier, Chavigny). Toute décision devait être prise à la majorité, sans rôle prépondérant de la reine.

Analyse/Résumé du document

Le contenu est chronologique : entrée de la reine, présentation du parlement et des parties évincées, testament cassé, lit de justice, remaniement du gouvernement. Le point de vue est favorable à la reine, avec une empathie sensible. Le document est une justification d'Anne d'Autriche en tant que régente, donc un texte partisan.

I - Un statut qui la légitime. Reine et mère, une régence en puissance et en acte

A - Mère du roi

L'autrice insiste sur le rôle maternel d'Anne, avec un portrait plein de compassion. Elle évoque la "grande persécution" subie par Anne, son mariage précoce (1615, à 14 ans) pour des raisons dynastiques, et ses 22 ans sans enfant, malgré des actions religieuses. Elle mentionne le "peu d'amitié" du roi pour elle, leur relation tumultueuse.

Louis XIII la nomme régente par tradition. Des exemples de régences féminines incluent Louise de Savoie, Catherine de Médicis (pour Charles IX), Marie de Médicis, et Anne d'Autriche elle-même (jusqu'en 1651, quand Louis XIV a 13 ans). Louis XIV, une fois majeur, a conservé sa mère au conseil.

Les lois fondamentales ne mentionnent pas une femme pour la régence. La justification réside dans la qualité maternelle, qui donne un atout fort. Une mère est censée conserver le pouvoir pour son fils et non l'usurper, contrairement à un homme. Cette idée était logique pour les contemporains de l'Ancien Régime, y compris pour les seigneuries où la mère gérait les affaires tant que le fils était mineur.

B - Reine de France

Le royaume était régi par la loi salique, qui excluait les femmes de la succession mais leur permettait d'exercer un vrai pouvoir en veillant au pouvoir de leur fils. Ce n'est pas une contradiction. Anne d'Autriche avait un pouvoir politique avant la régence. Elle était un signe de paix, venant d'une maison adverse à la monarchie française. Contrairement au roi, elle conservait une dimension privée et pouvait hériter. En tant que régente, elle perdait cette dimension privée pour gagner une dimension royale. En tant que reine de France, elle était inférieure au roi. À partir d'Anne d'Autriche, les reines ne sont plus sacrées et ne font plus d'entrées seules, pour ne pas dédoubler la fonction royale. Elle était sujette du roi, donc non dangereuse pour lui, car elle ne pourrait jamais prendre sa place. Elle était censée être la mère de ses sujets, établissant une relation de confiance entre le roi et le peuple.

C - Les qualités personnelles d'Anne d'Autriche

Elle était qualifiée de pieuse, avec une bonté naturelle, évoquant la paix pour les contemporains. Cela résonnait dans un contexte social où les populations souffraient des guerres contre l'Espagne. Elle apparaissait comme une potentielle créatrice de paix, ce qui est paradoxal car on attendait du roi d'être un roi de guerre, défenseur de son peuple. Les reines, en arrivant au pouvoir, insistaient davantage sur leur caractère de mère nourricière. La fin des années 1630 fut une période de crise, avec un XVIIe siècle sombre, le retour de la peste, la guerre et un "petit âge glaciaire" (Emmanuel Le Roy Ladurie). Les guerres intérieures et la paix avec les protestants complétaient ce tableau.

II - Comment le choix est validé : le choix d'une femme confirmé

A - Par le roi

Le roi s'inscrit dans la tradition, mais son pouvoir est borné par le conseil.

B - Par les aristocrates

  • Gaston d'Orléans (1608-1660) : Oncle de Louis XIV, opposant important à Richelieu, il se rapproche du roi après la défaite de 1632. En 1642, il participe au complot du 5 mars. Il négocie une amnistie générale avec la reine en échange de la régence, comme le montre l'historien Dethan dans Gaston d'Orléans, conspirateur et prince charmant.

  • Condé : Branche cousine du roi, premier prince du sang. Henri II de Condé (1588-1646), gouverneur de Guyenne, premier pair de France et grand maître de France, était en rivalité avec la maison de Vendôme.

  • César de Vendôme : Fils bâtard d'Henri IV, duc de Vendôme en 1598, il deviendra plus tard un fidèle de Mazarin.

  • Duc de Beaufort : Plus tard frondeur.

En acceptant, ces aristocrates acceptent que leur pouvoir soit limité.

C - Le parlement

Les magistrats du parlement achetaient leurs fonctions (offices). Le Parlement de Paris était le plus important, avec des fonctions judiciaires, politiques et administratives. Il enregistrait les édits et ordonnances royales et pouvait faire des remontrances. Le pouvoir du parlement s'efface lorsque le roi est présent, car il reprend le pouvoir qu'il a délégué. Le lit de justice a cassé la déclaration de Louis XIII, et Anne d'Autriche est parvenue à devenir régente absolue. Le texte affirme que "tout le peuple était enthousiaste et favorable à cette décision".

III - Assurer le pouvoir de la régence par des actes politiques forts

A - La cérémonie du lit de justice

Dès le lendemain de la mort du roi, la reine se rend à Paris avec le jeune roi, vêtu de violet et porté par le duc de Chevreuse. Le roi, élevé sur trois marches, bredouille une formule apprise et demande que la déclaration solennelle de son père soit cassée. Anne d'Autriche affirme aux magistrats qu'elle a besoin de leurs conseils pour sa régence. Le duc d'Orléans et le prince de Condé rendent hommage aux qualités de la reine. Le chancelier prononce l'annulation pure et simple de toute déclaration solennelle. À l'unanimité, le testament est cassé, et la reine est régente. Cet événement a été étudié par Hanley sur les lits de justice (thèse constitutionnaliste sur un pouvoir absolu) et Ralph Giesey, qui met en avant la figure royale et l'idéologie de l'absolutisme, soulignant l'absence de débat sur la nécessité du caractère absolu du pouvoir.

B - Le testament de Louis XIII cassé

Le parlement va dans le même sens que la reine.

C - La mise au pas des puissances du règne précédent

Dès son arrivée au pouvoir, Anne d'Autriche prend des mesures :

  • Chasse Chavigny et le chancelier Séguier (qui reviendra au conseil en 1656, proche de Mazarin, mais ne participera pas au Conseil d'en Haut, seulement aux affaires judiciaires).

  • Bouthillier, conseiller d'État puis surintendant des finances, est renvoyé car hostile à la reine.

  • Mazarin, créature de Richelieu, est confirmé par la reine et reste au pouvoir.

Conclusion

Le statut de reine et de mère fait d'Anne d'Autriche la candidate parfaite, sans risque d'usurpation, et supérieure aux princes de sang. Tous lui accordent cette légitimité et autorité. Anne d'Autriche joue sur son statut pour assurer la passation du pouvoir et maintenir le royaume. Le testament cassé de Louis XIII n'est pas une contestation du pouvoir absolu, mais assure sa continuité. Anne d'Autriche parvient à agréger les appuis nécessaires à l'installation de sa pleine souveraineté, notamment en s'appuyant sur les opposants de Richelieu et en leur donnant des gages, ainsi qu'au parlement et aux grands du royaume. Le document est particulier car il prétend que son point de vue est celui du peuple, et la régence apparaît prometteuse, comme une période de renouveau.

TD#3 - Un début de règne par une crise intérieure : la Fronde

Article : Robert Descimon

Dissertation : La Grande Mademoiselle : l'incarnation de la Frondeuse ?

Commentaire : Mazarin et les Mazarinades

Introduction

La Fronde se divise en trois phases :

  1. 1648-1649 : Fronde parlementaire, où les parlements affirment leur rôle politique.

  2. 1650-1652 : Fronde princière.

  3. Jusqu'à fin 1650 : Fronde des curés parisiens, suite à l'interdiction du cardinal de Retz.

L'ouvrage majeur d'Arlette Jouanna, Le devoir de révolte, montre que les oppositions nobiliaires étaient un devoir, une nécessité de se révolter. Elle recense 12 révoltes nobiliaires entre 1610 et 1661. Ces révoltes avaient en commun le sentiment que le "ministère des grâces" (capacité de l'État royal à distribuer des faveurs) était injustement accaparé par un favori, empêchant les grands de tenir leurs obligations envers leur lignage et leur clientèle.

Chronologie de la Fronde

Première phase

Commence en 1649, lorsque le prince de Conti (frère de Condé), lié au duc de Longueville et associé à Turenne, se range du côté des parlementaires frondeurs, rompant l'entente avec Anne d'Autriche. En janvier 1650, Condé et d'autres sont emprisonnés pour prévenir la révolte. Cette action est perçue comme tyrannique et accélère la révolte. Des princes comme le cardinal de Retz et Gaston d'Orléans (oncle de Louis XIV) prennent les armes. En février 1651, Mazarin et Anne d'Autriche, sous la pression de la milice de Monsieur, sont obligés de libérer les prisonniers. Mazarin s'exile et Condé s'impose.

Deuxième phase

Chaque partie lève son armée : celle de Condé, celle de Monsieur, et celle de la reine et de Mazarin. À la mi-décembre, Mazarin revient d'exil avec une armée de mercenaires recrutés en Allemagne. Monsieur se range du côté du roi, opposant l'armée royale à celle de Condé. En juillet 1652, lors de l'épisode de la Fronde au faubourg Saint-Antoine, près de la porte Saint-Antoine, Turenne affronte Condé. Condé, dans un acte de bravoure, parvient à entrer sain et sauf dans Paris. Le tableau de l'époque montre un combat au corps à corps, un duel de cavalerie, soulignant la violence et la personnalisation de l'affrontement. La Fronde se termine par la victoire militaire de l'armée royale. Le roi, présent sur les hauteurs, a assisté à la bataille. La bravoure de Condé est retenue, malgré la victoire royale. Paris n'était pas entièrement acquise à sa cause, et Condé ne trouve pas les soutiens escomptés. Le 14 octobre, Condé quitte la ville, et le 21 octobre, le roi fait son entrée dans la capitale.

Exposé - La Grande Mademoiselle : l'incarnation de la Frondeuse

La Grande Mademoiselle (Anne Marie Louise d'Orléans, 1627-1693) est la petite-fille d'Henri IV et l'unique héritière de Gaston d'Orléans (frère de Louis XIII). Par sa mère, elle hérite de nombreuses terres (comme Dombes). Elle est consciente de sa naissance et cherche un parti élevé, espérant épouser Louis XIV, mais s'oppose aux projets de Mazarin. Pendant la Fronde, elle est l'alliée de Condé. En mars 1652, elle prend Orléans et cherche à négocier la paix avec le pouvoir royal. Le 2 juillet 1652, alors que Condé est bloqué à la porte Saint-Antoine, elle fait ouvrir la porte de Paris. En octobre 1652, elle se retire lors de l'entrée royale, est exilée et rédige ses mémoires pour justifier son rôle politique. Elle utilise un discours acceptable pour l'époque, se présentant comme une femme sous la filiation des hommes, contrainte entre la filiation paternelle et la fidélité au roi. Sophie Vergnes, dans Les Frondeuses : une révolte au féminin, étudie l'outillage mental et la culture politique de ces femmes, soulignant leur action politique et leur utilisation de leurs réseaux et de leur naissance, inspirées par des lectures comme L'Astrée. Elle parle d'un "féminisme" pour désigner cette forme d'action, bien que différente du féminisme contemporain. La Grande Mademoiselle s'inscrit dans la filiation masculine, mais sa figure politique est de premier rang pendant la Fronde.

I - Une princesse cousine du roi de France

Elle bénéficie d'une haute naissance et d'une éducation politique, capable de réunir des coalitions. Son alliance avec Condé et la défaite de la Fronde marquent son parcours.

II - Une femme forte

Elle incarne le modèle de la femme forte, résultant des écrits des clercs et auteurs laïcs. Elle est dépeinte comme une femme de haute vertu, gouvernante et guerrière, alliant piété, patriotisme et indépendance d'esprit, douceur, modestie et clémence. La figure de Jeanne d'Arc est souvent mobilisée en comparaison, surtout dans les mazarinades après son entrée à Orléans. Elle est comparée aux Amazones, désignant l'ensemble des frondeuses (militaires ou diplomates). La crainte d'un monde inversé, tyrannique et matriarcal, est présente. Les trois étapes des Amazones sont l'entrée en rébellion, l'action militaire active et la valorisation politique. Dans ses mémoires, elle exprime le désir de se marier avec Louis XIV ou Condé. Certains textes contestent implicitement la loi salique. Cependant, elle voit la guerre comme un jeu, un sentiment comique d'obéissance imprévue, transportée dans un monde imaginaire. Cela montre que la notion de femme forte est souvent associée à la fiction, une inversion ponctuelle et provisoire, sans peur d'un changement de l'ordre établi. Son entrée à Orléans est perçue comme une plaisanterie, non un événement sérieux.

III - Une princesse royale jamais reine

Ses mariages sont avortés, et elle termine sa vie sans être reine. La Fronde révèle l'ampleur d'un fort courant culturel et philogyne, un vecteur d'émancipation pour les femmes. Cependant, son public est limité à quelques princesses défendant leur statut d'aristocrate, un féminisme élitiste. La Fronde est un temps d'exception, avec un retour inéluctable à la norme. La régence d'Anne d'Autriche est perçue comme un affaiblissement du pouvoir royal, alimentant la théorie de l'incapacité des femmes à gouverner, malgré un courant intellectuel philogyne célébrant les figures féminines.

Reprise du professeur

Le portrait de la Grande Mademoiselle par Pierre Bourguignon la représente avec Gaston d'Orléans. Anne Marie Louise d'Orléans, née à Paris en 1627 et morte en 1693, est la petite-fille d'Henri IV et l'unique héritière de Gaston d'Orléans. Elle est consciente de sa naissance et cherche un parti élevé, espérant épouser Louis XIV, mais s'oppose aux projets de Mazarin. Pendant la Fronde, elle est l'alliée de Condé. En mars 1652, elle prend Orléans et cherche à négocier la paix avec le pouvoir royal. Le 2 juillet 1652, elle fait ouvrir la porte de Paris alors que Condé est bloqué à la porte Saint-Antoine. En octobre 1652, elle se retire lors de l'entrée royale, est exilée et rédige ses mémoires pour justifier son rôle politique. Elle utilise un discours acceptable pour l'époque, se présentant comme une femme sous la filiation des hommes, contrainte entre la filiation paternelle et la fidélité au roi. Sophie Vergnes, dans Les Frondeuses : une révolte au féminin, étudie l'outillage mental et la culture politique de ces femmes, soulignant leur action politique et leur utilisation de leurs réseaux et de leur naissance, inspirées par des lectures comme L'Astrée. Elle parle d'un "féminisme" pour désigner cette forme d'action, bien que différente du féminisme contemporain. La Grande Mademoiselle s'inscrit dans la filiation masculine, mais sa figure politique est de premier rang pendant la Fronde.

Exposé commentaire de texte

Problématique : Comment le document rapporte-t-il le rapport de force de l'été 1652 entre prince et gouvernement ?

La Fronde touche toutes les strates de la population et toute la France (urbaine et rurale). Les Mazarinades, à l'origine un poème de Scarron, désignent les 5 000 textes satiriques (libellés, pamphlets) pour ou contre Mazarin entre 1648 et 1653. Ces textes, polémiques et souvent amusants, raillent les décisions politiques des grands. Mazarin est attaqué pour sa richesse (30 millions de livres estimés), sa fortune (administrée par Colbert en 1651) et ses appartements au Louvre. Son œuvre politique est marquée par le succès du traité de Westphalie en 1648. Olivier Poncet, dans Mazarin, l'art de Gouverner, utilise les carnets de Mazarin pour montrer qu'il n'était pas une simple copie de Richelieu, parvenant à faire la guerre pour assurer la paix et à administrer un pays souffrant du tour de vis fiscal de Richelieu. Il s'entoure de conseillers italiens et s'appuie sur l'art. Hélène Duccini, dans Les Mazarinades : la Fronde des mots (1985), les décrit comme des "armes politiques" utilisées par différents acteurs (parlementaires, princes). La limitation de la diffusion des textes empêche de parler d'opinion publique, terme réservé au XVIIIe siècle.

Problématique : Dans quelle mesure Mazarin cristallise-t-il les tensions au moment de la Fronde ?

I - Mazarin est présenté comme l'ennemi commun (avec des lieux communs de l'ennemi)

Il est étranger et malin.

II - Mazarin est opposé aux frondeurs (opposition aux frondeurs et Mazarin)

III - Les conditions de la paix (parmi elles, le départ de Mazarin)

La réorganisation du pouvoir avec une place plus grande donnée aux princes et aux bourgeois de l'Hôtel de Ville est envisagée. Les trois points du texte sont : Mazarin est la cause des troubles, les princes sont les protecteurs naturels du royaume, et la paix pourrait se construire avec de nouveaux acteurs (notamment l'alliance avec les gens de l'Hôtel de Ville).

Reprise du professeur

Le texte "L'avis des bourgeois de Paris" est une mazarinade, un libellé ou pamphlet satirique. Mazarin, intendant du connétable du royaume de Naples, est remarqué par Richelieu en 1639 et devient son principal ministre. Il est attaqué pour sa richesse et sa fortune. Son œuvre politique est marquée par le succès du traité de Westphalie en 1648. Olivier Poncet, dans Mazarin, l'art de Gouverner, utilise les carnets de Mazarin pour montrer qu'il n'était pas une simple copie de Richelieu, parvenant à faire la guerre pour assurer la paix et à administrer un pays souffrant du tour de vis fiscal de Richelieu. Il s'entoure de conseillers italiens et s'appuie sur l'art. Hélène Duccini, dans Les Mazarinades : la Fronde des mots (1985), les décrit comme des "armes politiques" utilisées par différents acteurs (parlementaires, princes). La limitation de la diffusion des textes empêche de parler d'opinion publique, terme réservé au XVIIIe siècle.

En juin 1652, les tensions et révoltes sont palpables. Le prince de Condé, un prince guerrier, n'hésite pas à prendre les armes (ex: massacre de l'Hôtel de Ville), où des centaines de Parisiens manifestent contre les princes. L'opinion publique, telle qu'on la conçoit au XVIIIe siècle, n'existe pas encore.

TD#4 - Régner et gouverner : les débuts du règne personnel de Louis XIV

Article : Katia Béguin

Dissertation : Le procès Fouquet : expression de l'arbitraire royal ?

Commentaire : Les enquêtes de noblesse sous Louis XIV

Introduction

Le 11 mars 1661, l'historiographie a longtemps parlé d'un "coup de majesté" ou d'une "révolution" avec l'instauration du gouvernement direct, l'exclusion des grands du conseil (notamment le Conseil d'en Haut) et la distribution des charges par le roi. Norbert Elias, dans La civilisation des mœurs, et Daniel Dessert, dans Fouquet, ont abordé ces aspects. Katia Béguin, dans son article "Louis XIV et l'aristocratie : coup de majesté ou retour à la tradition ?", soutient qu'il n'y a pas de rupture franche, mais plutôt un retour à la tradition.

I - Un coup de majesté pour certains aspects

La fin du système ministériel

Il n'y a plus de premier ministre. Le roi assiste quotidiennement au conseil et rencontre personnellement les secrétaires d'État : Le Tellier (guerre), Fouquet (finances, remplacé par Colbert), Lionne (affaires étrangères). Le roi impose au chancelier de ne sceller aucun document sans son aval. La toile "Louis XIV tenant le Sceau" (peintre anonyme, probablement 1662) illustre cette affirmation du pouvoir personnel. La scène, avec le roi pointant le doigt sur la table, entouré de conseillers d'État et de grands seigneurs en arrière-plan, symbolise son autorité. Le sceau, trempé dans la cire, identifie un acte royal. Plus tard, le roi confie le poste de garde des sceaux à Étienne Aligre en 1674. Le roi contrôle les alliances matrimoniales, favorisant les mariages entre ministres et vieille noblesse, où les secrétaires d'État apportent la fortune et la noblesse le prestige (ex: Colbert marie ses filles à de grands nobles). Cela marque un refus de l'hypergamie masculine et une acceptation de l'hypergamie féminine.

II - Un retour significatif à la tradition

L'exclusion des grands du conseil remonte à Henri III pendant les guerres de religion. Louis XIV s'inscrit dans cette tradition en choisissant des favoris pour leurs compétences. L'idée d'une rotation des charges, mentionnée dans les mémoires pour l'instruction du dauphin, n'est pas nouvelle et n'a pas abouti davantage que les précédentes. Sur 12 gouverneurs en poste dans les circonscriptions les plus anciennes, seulement 3 étaient en poste à la mort de Richelieu, et 7 familles se sont maintenues, voire plus que sous les règnes précédents. En mars 1661, il y a un bouleversement qui s'appuie sur l'héritage de la monarchie française (Henri III, Henri IV, Richelieu, Mazarin). Louis XIV met en place une manière de gouverner plus stable, avec une administration stable, la disparition du ministériat et des grands qui ne se révoltent plus, mais profitent des charges.

Exposé dissertation : Fouquet - Expression de l'arbitraire royal ?

Accroche : Estampe de Fouquet entouré de figures allégoriques : l'abondance (sa richesse), la prudence (orientée vers lui, mais Fouquet regarde ailleurs), et la souveraineté française. Cela est ambigu : un homme de justice, mais victime d'injustice royale.

Qui est Fouquet ? Famille de magistrats parlementaires, protégé de Mazarin. En 1653, il devient intendant des finances et fait construire le château de Vaux-le-Vicomte. Il suscite la jalousie de Colbert et la méfiance de Louis XIV. Il meurt en 1680 dans sa cellule.

Contexte : Mars 1661, mort de Mazarin. Mai 1661, le roi décide secrètement l'arrestation de Fouquet. Août 1661, fête somptueuse à Vaux-le-Vicomte.

Historiographie : Fouquet de Daniel Dessert, Le procès Fouquet de Simone Bertière.

Problématique : Dans le contexte du début du règne personnel, l'arrestation de Fouquet est-elle l'expression de l'arbitraire royal ?

I - "Coup de majesté" contre un surintendant trop puissant

A - Sa fortune

Elle rivalise avec celle du roi. Daniel Dessert compare la fortune de Fouquet à celle de Mazarin, montrant que Fouquet avait la plus importante fortune personnelle, concentrée en région parisienne et en Bretagne. Il était un gestionnaire et un créancier incontournable de la couronne. Fouquet est un bouc émissaire, alors que Mazarin était largement impliqué dans les détournements.

B - Ses fastes

La fête de Vaux-le-Vicomte est célèbre. Voltaire a dit : "roi de France pendant la fête, le lendemain plus rien".

C - Recommandation du cardinal

"Sire, je vous dois tout, mais je m'acquitte envers votre majesté en lui donnant Colbert." Colbert force Fouquet à vendre sa charge d'intendant général.

D - La rivalité avec Colbert

Colbert utilise la métaphore de l'écureuil : "jusqu'où ne montera-t-il pas ?"

E - Arrestation mise en scène

Le roi assiste aux États de Bretagne. Fouquet est isolé de Paris. D'Artagnan arrête Fouquet en lui remettant une lettre de cachet.

II - Un procès mené sous des formes judiciaires mais révélant, derrière son apparente légalité, une justice d'exception

A - L'instruction biaisée

Une juridiction extraordinaire est mise en place. La cassette de Saint-Mandé est considérée comme une preuve irréfutable. Les témoins favorables sont exclus.

B - Les interrogatoires et la défense

Le procès est écrit, empêchant Fouquet de plaider oralement. Il a des avocats et le soutien de personnalités littéraires comme La Fontaine. La phase d'instruction dure de mars à octobre 1662.

C - Les faits reprochés

Le péculat (détournement de fonds publics) et la lèse-majesté (crime d'État) sont les accusations. La fortification de Belle-Île sans autorisation du roi est également reprochée, Fouquet rétorquant que c'était pour se défendre des Anglais.

D - Le verdict des juges

Le procès est long et falsifié. Fouquet est isolé, mais récuse avec force les accusations, mettant en avant les difficultés de sa charge de surintendant des finances et accusant Mazarin. La sentence est un bannissement.

III - Une décision des magistrats qui ne plaît pas à Louis XIV

A - La tension entre justice déléguée et arbitraire royal

Le roi peut transformer le bannissement en peine de prison perpétuelle, montrant que la justice est un instrument de la volonté du roi. Les juges qui ont appliqué la peine sont disgraciés. Cela révèle la manière dont l'arbitraire royal se manifeste.

B - Portée politique immédiate

Le scandale est grand, mais la décision est aussi perçue comme mesurée (pas de peine de mort). Fouquet est emprisonné pendant 20 ans. Ses proches ne sont pas inquiétés.

C - L'héritage du procès

Le procès marque l'ascension de Colbert et un tournant dans la construction de l'absolutisme.

D - Historiographie

Le procès crée un mythe, révélateur de l'arbitraire monarchique.

Conclusion

Le procès est une décision politique visant à écarter un personnage trop puissant, révélant le caractère absolu du pouvoir royal ou son arbitraire (légende noire).

Reprise du professeur

La justice retenue et la justice déléguée sont en jeu. Fouquet (1615-1680), surintendant en 1653, est réhabilité par l'historiographie, malgré une légende noire. Issu d'un milieu de marchands et financiers, il fait carrière dans la magistrature. Sa chute est liée à sa rivalité avec Colbert, qui dénonce ses pratiques. La fête du 17 août 1661, rapportée par la Gazette de France, est un acte du pouvoir absolu du roi ou un acte arbitraire ?

I - L'arrestation et les motifs d'accusation

A - Une arrestation organisée

Le conseil se tient à Nantes en 1661. Le roi retient Fouquet en attendant l'arrivée de D'Artagnan. Au même moment, les agents du roi organisent l'inventaire des biens de Fouquet.

B - L'accusation

Péculat et lèse-majesté sont les accusations. La fortification de Belle-Île est reprochée, Fouquet rétorquant que c'était pour se défendre des Anglais.

II - Un procès politique

A - Une chambre de justice choisie

Le roi exerce sa justice retenue. Il nomme un conseil, une chambre de justice, composée d'opposants, pour juger Fouquet.

B - Les suppliques et les défenses

Fouquet n'est pas toujours en mesure de répondre à ses accusations.

III - Colbert à la manœuvre

A - Deux hommes opposés

B - La mort civile de Fouquet

Colbert remporte une victoire complète. Fouquet est enfermé à Pignerol et perd son influence.

Conclusion

Le procès révèle le caractère absolu du pouvoir royal ou son arbitraire (légende noire).

Exposé - Commentaire : Les enquêtes de noblesse sous Louis XIV

Introduction : Avril 1664, Louis XIV annonce à la noblesse de Bourgogne qu'elle doit prouver sa noblesse. Juin 1664, le document. Mars 1661, mort de Mazarin. 1661, affaire Fouquet. 1662, Versailles devient une résidence royale.

Problématique : Volonté de Louis XIV de contrôler et hiérarchiser la noblesse ?

I - Affirmation de l'autorité royale et centralisation du pouvoir

II - L'encadrement juridique strict et la nationalisation des procédures

III - Une mesure à la fois sociale, politique et fiscale

B - Les enquêtes : instruments au service de l'absolutisme monarchique

Reprise du professeur

La gravure de Gustave Doré du Chat Botté illustre l'usurpation. En 1697, la ligne de fracture entre nobles et roturiers est forte, avec des avantages fiscaux et sociaux (la taille). Être noble est une dignité. Aux XVIe et XVIIe siècles, on peut devenir noble ou perdre ce titre. Les nobles doivent vivre de leurs rentes et dignités, souvent au service du roi. Louis XIV veut rationaliser le royaume et multiplie les enquêtes sur les nobles. Deux ouvrages de référence sont La noblesse dans la France moderne de Laurent Bourquin et Épreuves de noblesse.

I - Pourquoi ces enquêtes ?

A - La noblesse au XVIIe siècle

Le XVIIe siècle voit de nombreux anoblissements en raison du besoin de nobles, suite aux extinctions de familles dues aux guerres de Cent Ans et de religion. On devient noble en vivant noblement et en obtenant une charge auprès du roi.

B - Les peurs de la noblesse

Cette situation est perçue comme une usurpation. La recrudescence de personnes vivant noblement efface la particularité des nobles. Les nobles récents sont souvent méprisés.

C - Les intérêts du roi

Les amendes (2 000 livres) pour les faux nobles sont intéressantes pour le roi.

II - Comment fonctionnent ces enquêtes ?

A - Les trois enquêtes

  1. 1661-1664 : Première enquête, la plus importante.

  2. 1693-1703 : Deuxième enquête.

  3. 1714-1723 : Troisième enquête.

Colbert demande à Condé de prouver sa noblesse, mais le roi l'arrête, estimant cela déshonorant.

B - Procédure et réalités

Thomas Rousseau est chargé de percevoir les amendes. L'enquête est menée par un intendant. On passe d'un ordre ouvert à un ordre qui se rigidifie et se ferme, notamment autour des vieilles familles. Les résultats des enquêtes montrent 38% d'usurpateurs en Bretagne et 15% en Beauce.

III - Les critères et les conséquences de la recherche

A - Un bouleversement pour la noblesse

Le texte de Voltaire, Candide, montre la difficulté de prouver sa noblesse, même après longtemps.

B - Un esprit nouveau

TD#5 - Une société française sous le règne de Louis XIV

Article : Christophe Blanquie, « Une communauté de l’Agenais face à l’État ? La vérification des dettes de Caudecoste sous Colbert »

Dissertation : La vie quotidienne dans les campagnes en France au temps de Louis XIV

Commentaire : Les malheurs de la guerre vus par l'abbé Dubois

Introduction

Le règne de Louis XIV est marqué par des crises de subsistance. La Bruyère, dans Les Caractères (1688-1696), aborde la question des disettes (manque) et des famines (manque entraînant la mort). Des disettes ont eu lieu en 1643, 1648-1649, 1652. Des famines ont frappé en 1693-1694 et 1709-1710. Ces crises frumentaires (approvisionnement en blé) entraînent des difficultés à se nourrir et une surmortalité, mais ne se confondent pas avec les épidémies (ex: Boulonnais et Picardie en 1668, rares et localisées). Les jeunes enfants et les personnes âgées meurent de carences. Les pouvoirs publics cherchent à faire baisser les prix en achetant des grains localement ou à l'étranger (Sicile, Pays-Bas), d'où le "pain du roy". Une gravure de 1693 montre des femmes achetant du pain. Les boulangers sont souvent accusés de spéculation. Des hôpitaux généraux sont créés (Paris, 1656, 6 000 places, puis dans d'autres villes) pour accueillir les nécessiteux, mais ils sont aussi des lieux d'enfermement pour les mendiants. La majeure partie du soutien vient des particuliers et des institutions charitables. Ces crises sont aggravées par les guerres et la pression fiscale (ex: capitation en 1695, rétablie en 1701). Une gravure sur la contribution fiscale montre des femmes au premier rang, soulignant l'impact sur la structure domestique.

Pierre Goubert, dans La vie quotidienne des paysans français au XVIIe siècle, a été critiqué pour ne voir que les difficultés. Son ouvrage de 1982 est important. La France, pays riche et peuplé, voit sa population augmenter sous Louis XIV (21 à 23 millions), malgré les guerres et les crises.

Exposé - La vie quotidienne

Accroche : Texte de Jean de La Bruyère, Les Caractères. Il oppose la vision dorée de Louis XIV à la vision sombre et oubliée des campagnes. "Et en effet ils sont des hommes" souligne leur humanité. Leur mauvaise réputation (tanière, pain noir, eau et racines) est due aux sources. Les registres des communautés villageoises et l'archéologie du climat sont des sources pour étudier la vie quotidienne. Les campagnes sont très diverses (montagne, plaine, élevage, céréaliculture).

Problématique : Comment les campagnes françaises parviennent-elles à offrir aux ruraux des cadres de vie autonomes malgré les crises fréquentes sous le règne de Louis XIV ?

I - La survie quotidienne : travailler pour subsister

A - Des métiers divers

Notables (seigneur, prêtre, notaire), artisans, petits métiers ambulants. Les paysans, 80% de la population, ont des statuts variés : tenanciers (tiennent la terre d'un seigneur contre une rente), manœuvriers (cultivateurs, mais exercent plusieurs métiers). La taille des exploitations varie (100 hectares dans le nord, ou de petites propriétés pour survivre).

B - Faire vivre son feu

Le "feu" est l'unité fiscale de base, une famille nucléaire. Les femmes travaillent (manœuvrières, tissage). Les enfants aident aux tâches domestiques. Les familles nucléaires ont souvent deux enfants, avec deux ans d'écart entre les naissances. La vie quotidienne est aussi la mort, avec une forte mortalité infantile. Il est fréquent qu'un enfant voie ses parents mourir.

C - Une instabilité chronique

La mort d'un membre de la famille, une mauvaise récolte, l'augmentation des taxes sont des causes d'instabilité. Les disettes sont fréquentes. Le royaume est endémique.

II - Les structures de la vie quotidienne

A - La famille

Unité de base, importance des mariages. La famille est souvent solitaire (veuvage fréquent). Les familles nucléaires sont plus présentes dans le nord, les familles nombreuses dans les Pyrénées et les Alpes.

B - Le village

L'appartenance au village est importante. Les tavernes sont des lieux de refuge et de rencontre.

C - La paroisse

Seigneurie, communauté villageoise et paroisse. L'église est au centre du village. Le curé sanctionne toutes les étapes importantes (messe, sacrements, calendrier liturgique). La culture est laïque et religieuse. L'école se développe (une par paroisse).

III - Un grand siècle ? Les campagnes face aux crises

A - Les crises du petit âge glaciaire

Le froid, les mauvaises récoltes et les épidémies touchent particulièrement les régions de monoculture céréalière.

B - Une pression constante sur les campagnes

En 1709, le royaume est en faillite. Le sentiment d'injustice est fort. Les impôts sont stables, mais collectés par des étrangers. Une minorité s'enrichit, une autre vit précairement. L'Aquitaine développe le maïs, la Bretagne le sarrasin.

Conclusion

La vie est dure, avec beaucoup de morts et de déclassement social. Des améliorations sont visibles dans l'éducation et l'agriculture, avec un meilleur niveau de vie pour certains.

Reprise du professeur

La gravure du début du XVIIIe siècle de Guérard, "Née pour la peine, l'homme de village", montre la permanence de la représentation de la paysannerie. Le poème en bas dénonce le paysan qui travaille dur pour payer le collecteur. La paysannerie est marquée par la pression. Les travaux des champs (semence, entretien des haies, culture du blé avec une araire) sont représentés. Les animaux (poules, vaches) montrent une gradation sociale. Le paysan, avec ses sabots et sa chemise blanche déchirée, est un personnage pauvre. L'élément manquant est la pression due à la guerre.

L'article de Christophe Blanquie, "Une communauté de l’Agenais face à l’État ? La vérification des dettes de Caudecoste sous Colbert", et le commentaire de l'abbé Dubois sur les malheurs de la guerre, illustrent la vulnérabilité d'une société majoritairement rurale exposée aux crises au XVIIe siècle, entraînant vulnérabilité, affaiblissement et appauvrissement global.

Reprise du professeur sur la guerre

La citation de Louis XIV, "la guerre, c'est la ruine des peuples", n'est pas improbable. Il ne s'agit pas d'un problème moral, mais d'un constat. La guerre est perçue par les étrangers comme offensive et belliqueuse. Louis XIV est vu comme dangereux pour l'équilibre européen. L'invasion des Pays-Bas espagnols en 1667, puis des Provinces-Unies en 1672, sont vues comme des guerres d'agression. Les Français, au début, perçoivent ces guerres comme juridiquement fondées, pour tenir leur rang et faire valoir leurs droits. Il y a un certain enthousiasme et une grande popularité des chefs comme Condé et Turenne, entretenue par le roi lui-même, qui se met en scène comme un chef de guerre (ex: passage du Rhin en 1672). Dans les années 1680, plusieurs éléments font évoluer le rapport des Français. En 1683, Louis XIV décide de faire le siège de Luxembourg alors que la paix règne, ce qui est reproché par les Autrichiens. En 1685, la persécution des protestants (édit de Fontainebleau) et la politique de ravage systématique des territoires (ex: Palatinat en 1688) créent une légende noire. Des gazettes et pamphlets se multiplient contre le roi, l'accusant de vouloir établir une monarchie universelle. Cela mène à la création de la Ligue d'Augsbourg. La guerre est difficile, avec des disettes aggravées. Le conflit se termine par le traité de Ryswick, où les négociateurs français sauvegardent les principales conquêtes. La guerre de succession d'Espagne, la dernière et la plus terrible du règne, est perçue comme inévitable. Elle entraîne des innovations fiscales (capitation, dixième en 1708). Le traité de Rastatt est une paix peu glorieuse, avec la rupture de toute possibilité d'union des couronnes.

TD#6 - Le fonctionnement de l'État et du gouvernement

Auteur : Ézéchiel Spanheim. En février 1680, il est envoyé par l'électeur de Brandebourg à la cour de France. Il quitte la cour de France au moment de la guerre de la Ligue d'Augsbourg et se rend à Berlin, où il rédige son texte. Son analyse est un rapport consciencieux sur la réalité du gouvernement en France, prenant pour modèle les relations avec les ambassadeurs de Venise. Il énumère les principales charges à la cour de France et dresse un organigramme du gouvernement, son texte étant élogieux.

Problématique : En quoi le gouvernement de la France représente-t-il le bon gouvernement par défaut pour cet ambassadeur ?

En 1661, le pouvoir personnel de Louis XIV est marqué par six départements principaux.

1. La Chancellerie

Le chancelier est le principal officier de la couronne, inamovible. Il est lié à la couronne et est le seul à ne pas marquer le deuil du roi mort, symbolisant la pérennité de la justice. Pour le contourner, on lui donne un suppléant, le garde des sceaux. Son administration compte 200 à 350 personnes. Il est en charge de la production des actes intéressant l'État et le roi, car sans les sceaux, les actes n'ont pas de valeur juridique. C'est un personnage important, appelé "Monseigneur", venant après les princes de sang et avant les ducs. Sous Louis XIV, il devient un personnage d'apparat, éloigné des affaires, sans dignité de ministre d'État, et ne participant plus au Conseil d'en Haut. Cela est contrebalancé par la montée en puissance du contrôleur général des finances. La liste des chanceliers inclut Pierre Séguier (jusqu'en 1672), Étienne II d'Aligre (1674-1677), Michel Le Tellier (jusqu'en 1685), et Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain (1699-1714). Le garde des sceaux occupe effectivement le rôle de sceller les sceaux.

2. Le Surintendant / Contrôleur général des finances

Au début, Fouquet est surintendant. Après son arrestation en 1661, le roi exerce la charge, puis un intendant des finances est progressivement créé. Colbert joue un rôle prépondérant au conseil, prenant progressivement des prérogatives du chancelier (ex: eaux et forêts en 1661). Colbert nomme les intendants. En 1664, il est surintendant des bâtiments. En décembre 1665, il devient contrôleur général des finances. Le contrôleur général des finances s'affirme comme le plus important, avec une grande partie de l'administration du royaume à sa charge. Le roi suit ses conseils pour ses dépenses. Après la mort de Colbert, Le Pelletier lui succède (jusqu'en 1689), puis le comte de Pontchartrain (1689-1699), Michel Chamillart (1708), et Nicolas Desmarets (jusqu'à la mort du roi).

3. Les Secrétaires d'État

3.1. La Guerre

Louvois (Michel Le Tellier) est en charge quand Louis XIV règne, puis son fils François Michel Le Tellier (1677-1791). C'est une charge cruciale avec l'expansion de l'armée. Ils uniformisent les structures de l'armée et adoptent des dispositions générales sur les congés de semestre en 1665 pour rationaliser l'administration.

3.2. Les Affaires étrangères

Il y a une succession de titulaires, dont Hugues de Lionne (1663-...).

3.3. La Marine

Le dernier créé en 1669 pour mettre en œuvre la politique de Colbert (ambitieuse et d'expansion). Il s'agit de créer une flotte militaire et commerciale pour encourager les compagnies créées par Colbert. Son fils Jean-Baptiste Colbert est secrétaire d'État à la marine en 1690, puis le comte de Pontchartrain jusqu'en 1699.

D'autres secrétaires d'État sont en charge de la religion prétendue réformée (RPR) et de la Maison du roi.

II - Comment le gouvernement s'organise

Le gouvernement s'organise en conseils. Le roi s'entoure de grands personnages qu'il choisit pour traiter les affaires du royaume. Louis XIV innove en ayant une grande liberté de choix. Il clarifie et réorganise les conseils. Le Conseil d'en Haut (réuni au premier étage) traite des affaires étrangères et des questions majeures. Le roi décide qu'on n'y entre plus de droit, mais qu'il réunit les personnes. Les ministres d'État, qui participent à ce conseil, n'ont pas une office mais une dignité. Louis XIV les recrute dans la noblesse de robe, excluant une partie de la noblesse royale (sauf exception comme le Grand Dauphin en 1691 ou le duc de Bourgogne en 1700). Le conseil compte trois à cinq membres (trois au début: Fouquet, Le Tellier, Lionne). Il se réunit trois fois par semaine, de 10h à 12h, les dimanches, mardis et jeudis. Le Conseil royal des finances se réunit plusieurs fois par semaine, avec une place prépondérante donnée à Colbert et au contrôleur général des finances. Le Conseil des dépêches est souvent présidé par le roi, mais pas toujours, et traite des échanges épistolaires avec les provinces. Il se réunit de moins en moins (une fois par mois en 1715). Le Conseil de conscience, qui comptait plusieurs membres au départ, n'est plus composé que du confesseur de Louis XIV à la fin. Il n'y a pas de procès-verbaux des conseils, seulement les arrêts du roi en son conseil.

Conclusion

Le gouvernement est réglé, rodé et fonctionne aux yeux du diplomate étranger. Pendant longtemps, on a parlé d'absolutisme monarchique et de centralisation, qui n'est pas une innovation mais s'inscrit dans la logique des règnes précédents. L'ambassadeur ne parle que de cette administration centrale à laquelle le roi participe, ignorant les commissions des cours souveraines, les parlements et les intendants. Gouverner ne renvoie pas uniquement à ce que fait le roi. Il est important de s'intéresser aux acteurs et aux actions, et de réfléchir à la perception de ce qu'est gouverner.

TD#7 - Louis XIV et l'unité religieuse du royaume

Article : Pierre Blet, « Louis XIV et le Saint-Siège »

Dissertation : 1685-1715 - Louis XIV et les protestants

Commentaire : Lettre de l'Assemblée générale du clergé de France au pape Innocent XI

Reprise sur l'exercice de la semaine dernière

Le mot "gouvernance" est un anglicisme. Il faut pousser la réflexion sur le terme plutôt que de restituer les connaissances. L'introduction doit inclure une réflexion sur le mot "gouvernement" et "gouverner", développer l'exemple, et revenir sur le sens du mot "gouverner" en conclusion. Le bilan et la transition soulignent que le roi gouverne par conseil, et que gouverner signifie déléguer le pouvoir.

Introduction du professeur : Louis XIV et l'unité religieuse du royaume

Un tableau, "Allégorie à la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV en 1685" de Guy-Louis, représente trois groupes : à droite, Louis XIV cuirassé, entouré de la piété et de la justice ; à gauche, la vérité portant le texte de la révocation de l'édit de Nantes ; au centre, la religion portant un calice et une hostie, rappelant le miracle de l'eucharistie (dogme distinguant catholiques et protestants). En bas à gauche, les vaincus (l'hypocrisie et la discorde) symbolisent les hérétiques. La politique d'hostilité de Louis XIV envers les protestants, appelés "religion prétendue réformée", conduit à leur exil (peut-être 200 000 "huguenots").

La politique religieuse de Louis XIV est marquée par la relation de l'État avec la religion. L'unité religieuse est une recherche d'homogénéité. Le Concordat de Bologne (1516) confère au roi de France le pouvoir de nommer les titulaires des bénéfices ecclésiastiques majeurs (haut clergé), le pape accordant l'investiture spirituelle. La réforme protestante et l'édit de Nantes (1598) ont permis la cohabitation de plusieurs confessions. L'entourage du roi perçoit cela comme une difficulté pour le pouvoir du roi très chrétien, lieutenant de Dieu sur terre, qui a juré de défendre la vraie foi. L'objectif est l'union religieuse. Louis XIV est convaincu qu'il y a de moins en moins de protestants et que la plupart se convertissent. Le jansénisme, doctrine austère et pessimiste inspirée de Saint Augustin, est opposé aux jésuites et à l'absolutisme monarchique. Il est perçu par Louis XIV comme une source de tension et d'hétérogénéité, une opposition religieuse à son autorité.

Problématique : De quelle manière les actes politico-religieux menés par Louis XIV, roi très chrétien et catholique, traduisent-ils l'expression d'un pouvoir royal dans le domaine religieux en vue d'une unité catholique autour du monarque ?

I - Réformer l'Église catholique pour la contrôler

A - L'Église de France et la Réforme catholique

La politique du roi vise à transformer le clergé, suivant la Réforme catholique du Concile de Trente (1545-1563). Ce concile a répondu aux protestants de manière doctrinale (réaffirmation du culte des saints, des sacrements) et disciplinaire (volonté de mieux former le clergé). La réforme du haut clergé impose l'obligation de résidence aux évêques. Pour le bas clergé, la formation des clercs via des séminaires est obligatoire à partir de 1698 (quelques semaines à un an), avec des enseignants comme les Oratoriens et les Lazaristes. On cherche à diffuser la figure d'un bon prêtre sans abus (ex: concubinage). Le clergé régulier voit une réduction des fondations de monastères, à l'exception des Frères des Écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de La Salle. L'encadrement des fidèles est renforcé par une pastorale transformée (méthodes d'encadrement par les curés), la généralisation du catéchisme paroissial (enseignement aux enfants dès 7 ans, avec des manuels en français et en patois), l'apparition des retraites spirituelles (première en 1664 à Vannes), et la valorisation de l'assiduité à la messe et du respect des fêtes.

B - L'Église gallicane : une autonomie vis-à-vis de la papauté

Le gallicanisme affirme que le roi est le supérieur de l'Église en France, ayant autorité sur son clergé et pouvant traiter des affaires religieuses à égalité avec le pape. Il ne s'agit pas d'une hiérarchie ecclésiastique dépendant uniquement du pape.

C - Les conflits avec le pape / Saint-Siège

Exposé élève - Commentaire : Lettre de l'Assemblée générale du clergé de France au pape Innocent XI

Introduction : Pierre Blet, dans "Louis XIV, rapport avec le Saint-Siège, voies de la mesure et de la modération". L'auteur est François de Harlay, qui marie le roi à Madame de Maintenon. Innocent XI est investi malgré les oppositions de Louis XIV. Le contexte est l'extension du droit de régale, source de tensions. Louis XIV convoque une assemblée, dont la déclaration est condamnée par le gallicanisme. La lettre témoigne de la montée des tensions.

Problématique : Comment le texte illustre-t-il les relations compliquées entre Louis XIV et le Saint-Siège à la fin du XVIIIe siècle, entre volonté de conserver l'indépendance de la monarchie et de l'Église d'un côté, et velléités d'étendre l'autorité pontificale de l'autre ?

I - Louis XIV, un roi "très chrétien"

A - Un roi pieux, en accord avec la papauté sur les questions de foi

B - Un roi luttant contre "l'hérésie" protestante

II - Une volonté d'émancipation de l'autorité pontificale : gallicanisme et indépendance de la monarchie française

A - Les bases du gallicanisme pour une indépendance de l'Église française

B - L'indépendance de la monarchie française et la conservation du pouvoir temporel par le souverain

III - La querelle entre Louis XIV et le Saint-Siège

A - La cristallisation des tensions : l'extension de la régale

B - La Déclaration des Quatre Articles et ses conséquences

Reprise du professeur sur les conflits avec le Saint-Siège

La régale, un problème temporel, est une vieille querelle entre gallicanisme et ultramontanisme. La régale est le droit de percevoir les revenus épiscopaux des diocèses vacants. Louis XIV cherche à unifier le royaume et à étendre ce droit (plus de 52 nouveaux évêchés dans le Midi). Les intéressés se soumettent, sauf les évêques d'Alet et de Pamiers, qui avertissent le pape. Le pape prend sous son aile l'évêque de Pamiers, nommant un vicaire général provisoire, mais il est excommunié par le pape et l'archevêque de Toulon. Cette affaire réveille les vieilles doctrines gallicanes. En 1681, une assemblée extraordinaire de l'Église de France est convoquée, sous l'influence de Bossuet. Bossuet, fils d'un avocat du parlement de Dijon, élevé chez les jésuites, protégé par la famille Condé, étudie la théologie et devient docteur en Sorbonne. Archidiacre de Metz, il se fait connaître par ses talents de prédicateur et de controversiste contre les juifs et les protestants. Il devient proche de la reine et précepteur du dauphin en 1671, puis évêque de Meaux en 1681 ("l'aigle de Meaux"). Il est le chef officieux de l'Église et exprime les idées de la monarchie de droit divin. En 1682, sous son autorité, la Déclaration des Quatre Articles est adoptée. Sans aller jusqu'au schisme, elle revendique les libertés de l'Église gallicane : indépendance du roi et des princes à l'égard de tout pouvoir ecclésiastique/temporel, mais reconnaît l'autorité spirituelle du pape, permettant au roi une primauté temporelle. Cette déclaration est enregistrée par le parlement et devient loi. Le pape refuse de confirmer l'investiture des évêques, cherchant à paralyser l'Église de France. En 1689, à la mort du pape, 35 évêchés sont sans titulaire. En 1693, pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, Louis XIV cherche l'appui du pape Innocent XII. Des négociations ont lieu : la régale est étendue à toute la France, mais Louis XIV doit renoncer à la déclaration de 1682. C'est un semi-échec pour Louis XIV, qui a dû revenir en arrière.

II - Lutter contre le jansénisme

A - Une monarchie hostile au jansénisme

Les jansénistes sont peu nombreux et n'ont pas quitté l'Église catholique. Ils sont attaqués par le pouvoir en raison de questions doctrinales (salut, influence de l'homme sur la volonté divine), ce qui les fait apparaître comme un "calvinisme rebouilli". Pascal, avec son concept de libre arbitre et de prédestination, est lié à ce mouvement. La Fronde voit une grande vigueur des jansénistes contre Mazarin. Le jansénisme est assimilé à une opposition à l'autorité royale (Fénelon est proche des jansénistes).

B - La répression louis-quatorzienne

Les publications jansénistes (ex: Les Provinciales de Pascal) sont brûlées. Les autorités ecclésiastiques sont invitées à condamner les propositions jansénistes. Les religieuses de l'abbaye de Port-Royal, menées par la mère Angélique Arnauld, refusent. En 1664, elles sont contraintes de quitter l'abbaye et sont dispersées par la police. La famille Arnauld et les jansénistes se soumettent. Le parti s'affaiblit, les soutiens se dispersent, et la sœur Arnauld est exilée en 1694. En 1713, la bulle Unigenitus condamne des propositions jansénistes. Au début du XVIIIe siècle, les parlementaires s'emparent du jansénisme et adoptent de plus en plus sa rhétorique.

C - Le jansénisme parlementaire

III - La lutte contre la religion prétendue réformée : l'unité catholique au détriment de la raison d'État

A - Les raisons d'État

B - Brimades et dragonnades

C - L'édit de Fontainebleau et ses conséquences

Exposé d'élève - Dissertation : 1685-1715 - Louis XIV et les protestants

Accroche : Trois tableaux : l'édit de Nantes (Henri IV s'appuie sur la religion pour la paix), Le Brûlement des Cévennes de Samuel Bastide, et Exactions des dragons dans un village.

Définition : Louis XIV, roi sacré, chrétien, lieutenant de Dieu. Les protestants français sont majoritairement calvinistes (L'Institution de la religion chrétienne). Les calvinistes ont cinq grands principes : prédestination, sola scriptura, salut par la grâce seule, vie disciplinée. Ils sont une minorité surreprésentée parmi les marchands et intellectuels, protégés par le relief et les ports pour le commerce de bibles traduites.

Contexte : 1562-1598, guerres de religion. L'édit de Nantes instaure une tolérance civile. Les protestants sont protégés par la paix royale. La paix d'Augsbourg établit le principe "cujus regio, ejus religio".

Problématique : Comment la gestion louis-quatorzienne de la question protestante matérialise-t-elle le principe absolutiste de "telle région, telle religion" ?

I - 1643-1685 : L'édit de la rigueur : de l'élusion de la question protestante au prélude à la révocation

A - 1643-1656 : La mise en sourdine de la question protestante par une royauté fragilisée

B - 1656-1683 : L'édit à la rigueur : la mise en place d'un "étouffement à petites goulées" des protestants

C - 1683 : L'été haut des huguenots : le déclencheur ?

II - 1685-1702 : La révocation de l'édit de Nantes : une mise au pas des protestants

A - 1685 : L'édit de Fontainebleau : l'édit de Nantes révoqué

B - Une obéissance protestante majoritaire : une victoire politique de Louis XIV ?

C - Une forte résistance protestante malgré tout : les limites de la politique royale

III - 1702-1715 : En finir avec le protestantisme : de l'arsenal législatif à l'arsenal militaire

A - 1702-1704 : Réprimer la geste camisarde

B - 1704-1710 : Détruire la geste camisarde

C - 1710-1715 : Le retour du nicodémisme : une unité religieuse illusoire

Conclusion

L'évolution de la violence et la logique absolutiste sont notables. Après 1710, la persécution active systémique est délaissée. Les Camisards inspirent une forme de résistance populaire pour la Révolution.

Reprise du professeur

200 000 protestants sont partis sur un million. L'élaboration de l'édit de Fontainebleau est menée par le secrétariat d'État à la RPR. Le roi est perçu à l'étranger comme tyrannique, avec une iconographie abondante. L'article de Pierre Blet, "Louis XIV et le Saint-Siège", est pertinent.

TD#8 - DST

TD#9 - Révolte et résistance

Dissertation : La guerre des Camisards

Commentaire : 1675 - Le code paysan

Exposé élève - Commentaire : 1675 - Le code paysan

La Révolte des Bonnets Rouges vise un allègement fiscal pour les paysans. Le Code, rédigé en français, a une vocation juridique à l'échelle du royaume. Louis XIV impose des édits. Au XVIe siècle, l'annexion de la Bretagne à la France via le mariage. La peur des impôts (gabelle, dont ils étaient exemptés) est à l'origine de la révolte. La colère contre la noblesse locale est limitée. La recherche d'une évolution politique et non seulement fiscale est présente (ex: droit des femmes, juges non payés excessivement). L'article 1 souhaite une représentation efficace des paysans aux États de Bretagne. En 1673, les parlements ne peuvent enregistrer leurs remontrances qu'après enregistrement, ce qui attaque les libertés bretonnes. La répression entraîne l'expulsion du parlement de Rennes, une augmentation de 15% des impôts, et le dédommagement des nobles pillés.

Reprise du professeur

La gravure du Chat Botté de Gustave Doré illustre l'usurpation. En 1697, la ligne de fracture entre nobles et roturiers est forte, avec des avantages fiscaux et sociaux (la taille). Être noble est une dignité. Aux XVIe et XVIIe siècles, on peut devenir noble ou perdre ce titre. Les nobles doivent vivre de leurs rentes et dignités, souvent au service du roi. Louis XIV veut rationaliser le royaume et multiplie les enquêtes sur les nobles. Deux ouvrages de référence sont La noblesse dans la France moderne de Laurent Bourquin et Épreuves de noblesse.

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