Les principes fondamentaux budgétaires
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Section 1 : Le principe d’annualité
Le principe d’annualité, inspiré de l'article 14 de la DDHC sur le consentement à l'impôt, impose que l'autorisation de percevoir les impôts et d'engager les dépenses soit votée chaque année par le Parlement. La loi de finances est ainsi valable pour une seule année civile.
Ce principe a deux facettes :
- L'antériorité : La loi de finances doit être votée avant le début de l'exercice budgétaire, soit avant le 31 décembre.
- L'exécution : La loi s'applique du 1er janvier au 31 décembre de l'année N.
La Constitution, via son article 47, encadre ce principe en fixant un délai de 70 jours pour le vote du budget. En cas de non-respect, une procédure exceptionnelle (jamais utilisée) permet au gouvernement de légiférer par ordonnances, sanctionnant ainsi le Parlement. La Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF) de 2001 réaffirme que l'exercice budgétaire correspond à l'année civile.
Historiquement (IIIe et IVe Républiques), les retards de vote étaient courants, menant à l'utilisation des douzièmes provisoires, où chaque mois, un douzième du budget de l'année précédente était reconduit pour assurer la continuité des services.
La programmation pluriannuelle
L'intégration européenne a nécessité une vision à plus long terme. Des lois de programmation pluriannuelle, fixant des objectifs budgétaires sur plusieurs années (généralement 3 ans), encadrent désormais les lois de finances annuelles pour assurer l'assainissement des finances publiques.
Les aménagements du principe d’annualité
- Les autorisations d’engagement (AE) et crédits de paiement (CP) : Pour les grands projets s'étalant sur plusieurs années, les AE permettent d'engager la totalité du coût, tandis que les CP correspondent à la part de la dépense payée chaque année.
- La période complémentaire : Une période de 20 jours en janvier permet de rattacher comptablement à l'année N-1 des opérations engagées en fin d'année mais achevées au début de l'année N.
- Les reports de crédits : Les crédits non consommés en fin d'année peuvent être reportés sur l'année suivante, dans une limite de 3% et sous conditions, pour éviter le gaspillage de fin de gestion.
Section 2 : Le principe d’unité budgétaire
Le principe d’unité exige que toutes les recettes et dépenses de l'État figurent dans un document unique : la loi de finances. L'objectif est de fournir une vision claire et consolidée du budget et de lutter contre le morcellement qui échapperait au contrôle parlementaire. La loi de finances englobe le budget général, les budgets annexes et les comptes spéciaux.
Le principe d’universalité
Proche de l'unité, le principe d’universalité impose une présentation intégrale des recettes et des dépenses et se décline en deux règles :
- La règle de la non-contraction (ou non-compensation) : Il est interdit de compenser une recette avec une dépense. Chaque opération doit être inscrite pour son montant brut. Cela garantit la transparence et évite la création de "caisses noires".
- La règle de la non-affectation : L'ensemble des recettes est versé dans une caisse unique (le Trésor public) pour financer l'ensemble des dépenses, sans qu'une recette spécifique soit affectée à une dépense particulière. Ce principe repose sur une logique de solidarité nationale.
Exceptions à la non-affectation
- Les budgets annexes : Les ressources générées par l'activité de certains services de l'État (ex: publications officielles) leur sont directement affectées.
- Les fonds de concours : Dons et legs faits à l'État pour un usage déterminé. La volonté du donateur doit être respectée.
- Les comptes spéciaux du Trésor : Catégories de comptes (affectation spéciale, commerce, etc.) qui, par nature, lient certaines recettes à certaines dépenses.
- Le rétablissement de crédits : Permet de restituer à un service des sommes qu'il a indûment versées (ex: remboursement d'une allocation par un administré).
La débudgétisation
La débudgétisation est une pratique consistant à sortir certaines dépenses du budget de l'État pour les confier à des entités externes (agences, associations subventionnées). Bien que permettant une gestion plus souple, cette technique peut réduire la visibilité et le contrôle parlementaire sur ces dépenses.
Le principe de spécialisation des crédits
Le principe de spécialisation signifie que les crédits ouverts par la loi de finances le sont pour un objet déterminé et ne peuvent être utilisés pour autre chose. Le Parlement n'accorde pas une enveloppe globale mais autorise des dépenses pour des politiques publiques précises.
La LOLF de 2001 a modernisé cette approche. Le vote du budget ne se fait plus par chapitres, mais par missions (grandes politiques publiques, interministérielles), qui sont elles-mêmes décomposées en programmes (unité de spécialité des crédits).
Aménagements au principe de spécialité
Pour donner de la souplesse à la gestion, des modifications sont possibles en cours d'année :
- Les transferts de crédits : Permettent de modifier la répartition des crédits entre programmes de ministères distincts, sans changer la nature de la dépense.
- Les virements de crédits : Permettent de modifier la répartition entre programmes d'un même ministère, y compris en changeant la nature de la dépense (plafonnés à 2% des crédits du programme).
- Les fonds spéciaux (ou fonds secrets) : Crédits alloués pour des missions liées à la sécurité nationale (ex: DGSE), dont l'affectation précise n'est pas détaillée pour des raisons de secret-défense. Leur usage est contrôlé par une commission de vérification.
Section 4 : Le principe d’équilibre budgétaire
Aussi appelé la règle d'or, ce principe, dominant au XIXe siècle, voulait que les dépenses de l'État ne dépassent pas ses recettes. Un budget équilibré était un signe de bonne gestion, le déficit n'étant toléré qu'en temps de guerre.
Le XXe siècle, avec la montée de l'État-providence et les chocs économiques, a vu ce principe s'effacer. L'économiste John Maynard Keynes a théorisé l'utilité du déficit budgétaire en période de crise pour soutenir l'activité économique. Depuis, les budgets sont structurellement en déficit, financés par l'emprunt.
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