Langage et communication humaine

Aucune carte

Ce document explore l'origine du langage, ses distinguant des communications animales, et ses liens profonds avec la pensée et la société, en adoptant des perspectives linguistiques et pragmatiques.

APPROCHES DE LA COMMUNICATION

I. AUX ORIGINES DU LANGAGE

A. Introduction

Le langage humain est une aptituded'une grande complexité, nécessitant une multitude de compétences. Qu'elle que soit la civilisation, toutes les sociétés répertoriées ont développé le langage, même sitoutes ne possèdent pas l'écriture.

B. Quelques repères historiques

  • 3,8 milliards d'années : Apparitionde la vie sur Terre.

  • 250 millions d'années : Mammifères.

  • 60 millions d'années : Primates.

  • 6-8 millionsd'années : Hominidés (Hominines).

  • 1 million d'années avant notre ère : Apparition du protolangage chez Homo Erectus.

    • Était un système rudimentaire de mots sans syntaxe ni grammaire, probablement basé sur une origine iconique des mots.

  • 30 000 ans avant notre ère : Premières traces d'art pariétal, témoignant de l'usage du symbolique.

  • 150 000 ans avant notre ère : Émergence d'Homo Sapiens Sapiens, avec des propriétés bio-comportementales nouvelles et un accroissement du cortex.

Distinctions physiques entre humainset primates liées au langage :

  1. Dents : Petites et droites chez l'humain, grosses et obliques chez les primates.

  2. Lèvres : Moins proéminentes chez l'humain, avec une musculature développée pourla parole.

  3. Langue : Plus courte et fine chez l'humain, contrôlée par le cerveau pour la parole, tandis que chez les primates, elle sert principalement à se nourrir.

  4. Mains : Libération des mains permettant le développement des capacités intellectuelles etla fabrication d'outils.

  5. Redressement du tronc : Création d'un espace (pharynx) au-dessus de la colonne vertébrale, permettant le développement des cordes vocales. Le larynx est plus bas chez l'humain adulte que chez le primateou le bébé humain.

Le langage a évolué pour organiser les activités collectives et interagir. Charles Darwin suggérait que l'humain chantait avant de parler. L'habileté à produire des sons se situe dans la partie la plus ancienne de notre cerveau.Les humains ont utilisé les propriétés synesthésiques des sons, associant naturellement des connotations aux sensations. Le langage verbal s'est diversifié en de multiples langues naturelles.

Zones cérébrales impliquées dans le langage :

L'activité cérébrale varie selon l'action (lire, prononcer, écouter, penser un mot) mais toutes les zones activées se trouvent dans l'hémisphère gauche du cerveau.

  • La progression du langage est une succession d'événements :

    • Évolution qualitative du cerveau.

    • Adaptation du corps et vie sociale plus complexe (domestication du feu, sédentarisation).

    • Organisation sociale.

    • Communication langagière.

Apparition de l'écriture:

L'écriture, une reproduction visuelle du langage oral, est apparue bien plus tard, il y a environ 5 000 ans. Les systèmes d'écriture ont évolué de l'idéographie (transcrire des idées) vers la phonographie (transcrire des sons).

  • L'Égypte ancienne : Systèmes initialement idéographiques, puis mixtes.

  • Les Phéniciens (XIIIe siècle av. J.-C.) : Écriture quasi exclusivement phonographique (consonantique).

  • Les Grecs (XIe siècle av. J.-C.) : Complètent le système avec les voyelles, créant l'écriture alphabétique.

  • Le Mandarin : Écriture logographique (un symbole =une unité de sens).

L'élaboration des écritures phonographiques a nécessité une analyse fine de la sonorité du langage, permettant de distinguer le niveau du "sens représenté" de celui des "sons représentants".

II. LANGAGE ET LANGAGES

A. Lanotion de langage

Dans le sens commun, le langage est considéré comme une série de paires ordonnées d'enchaînements et de significations, capables d'utiliser n'importe quel système de signes pour communiquer (animaux, machines, etc.).

B. Le langage et la communication

En linguistique, le langage se réfère spécifiquement à la communication entre les humains. C'est une activité verbale rationnelle où l'émetteur a une intention et le récepteur est capable de déduire l'état d'esprit duproducteur.

  • Mécanisme de Grice : X cherche à provoquer une réaction chez Y en faisant reconnaître à Y que X a l'intention de provoquer cette réaction. Y reconnaît cette intention et réagit en conséquence.

  • Les conventions linguistiques sont des régularitésarbitraires mais perpétuées par un intérêt commun à communiquer et à contrôler les croyances et actions.

C. Le langage : un concept à deux acceptions

  • Faculté propre à l'espèce humaine : Unité biologique et cognitive (substrat anatomique commun: système nerveux central, organes phonatoires).

  • Concept unificateur : Unité formelle et fonctionnelle, avec des règles et traits d'organisation généraux dans toutes les langues naturelles.

Le langage est une activité entre l'esprit et la contrainte matérielle, avec deux fonctionsprincipales :

  1. Expression : Manifester des idées et des sentiments.

  2. Communication : Agir sur l'autre au moyen du langage pour communiquer des idées.

La communication nécessite un ou plusieurs interlocuteurs, contrairement à l'expression. Pour communiquer efficacement, il faut intégrer l'existence de filtres de perception, de processus d'interprétation et d'erreurs de formulation. Le langage est central pour la socialisation, où les langues façonnent les cultures.

III. LANGAGE HUMAIN, LANGAGE ANIMAL

A. Caractéristiques du langage animal

Les langages animaux ont une finalité élémentaire de réponse à un stimulus (signaux de territoire, d'alarme, etc.). La complexité du langage humain est unique.

  • Les tentatives d'enseigner le langage oral aux primates ont échoué en raison de leur appareil vocal différent.

  • L'enseignement du langage des signes aux chimpanzés a montré des capacités limitées (environ une centaine de signes). Leur communication est centrée sur les demandes immédiates, incapable de produire de l'imaginaire oude comprendre la syntaxe (différence entre le présent/futur, actif/passif).

Comparaison entre communication humaine et animale :

Différences

Communication humaine

Communication animale

Déplacement

Peut évoquer le passé, le futur, l'absent, l'hypothétique et l'impossible.

Énonce ce qui est lié au présent temporel et spatial (sauf abeilles).

Apprentissage

Nécessaire.

Non nécessaire.

Base

Unités arbitraires (pas de lien entre le mot et l'objet à décrire).

Unités iconiques (lien entre le signifié et le signifiant).

Unités

Discrètes (divisibles et combinables).

Graduées (messages indivisibles et non combinables).

Mutualité

Fréquente.

Relativement rare.

Mensonges, divagations

Fréquents.

Cas sporadiques de mensongeset pas de divagation.

Métacommunication

Métacommunication (les gens expliquent ce qu'ils veulent dire ou corrigent les autres).

Pas de métacommunication.

Polysémie

Prévalente (les mots peuvent avoir plusieurs sens).

Monosémie.

B. Caractéristiques du langage humain

Le développement du langage humain est lié à des conditions physiologiques (organes phonatoires, station debout) et à un cerveau volumineux. La néoténie humaine (dépendance, manque d'instincts innés) a favorisé la transmission culturelle et la plasticité cérébrale, permettant un apprentissage linguistique rapide et complexe.

L'appropriation d'une langue procure une identité linguistique. La "néoténie linguistique" explore les liens cognitifs différents entretenus avec les langues.

Variations de réalisations du langage humain :

  • Langage verbal, gestuel, paralinguistique,proxémique, artefacts, signalétique routière, morse, mathématiques, langages artistiques, jargon technique.

Toutes les langues humaines ont une modalité (audio-orale, scripto-visuelle, gestuo-visuelle) qui impose des contraintes sur la combinaison et l'interprétation des signes.

Communication verbale vs. non verbale :

  • Communication verbale : Articulée, combine des unités linguistiques pour former un message porteur de sens. Elle est digitale car elle utilise des signes abstraits et arbitraires,sans imiter les référents.

  • Communication non verbale : Sans recours à l'articulation (gestes, expressions faciales). Elle est analogique, le sens étant directement associé au signe.

Système cognitif du langage :

  • Compétence linguistique : Aptitude inconsciente à former des phrases grâce aux règles et au lexique mental.

  • Lexique mental : Ensemble des mots connus, réseau d'associations entre concepts.

  • Connaissance du monde : Savoirs généraux d'un individu.

  • Compétence communicative : Capacité d'adapter le langage au contexte.

  • Autres aptitudes cognitives : Mémoire, attention, catégorisation.

Le processus de communication verbale implique :

  1. Encodage linguistique : Intention de parole et prise en compte de l'auditeur. Phase pré-verbale.

  2. Encodage grammatical : Sélection des termes et articulation de l'énoncé. Le verbe est primordial.

  3. Encodage phonologique: L'énoncé reçoit une forme sonore, coordination des plans phonétiques.

  4. Articulation et planification.

Le processus de compréhension implique :

  1. Découpage du signal sonore continu en unités distinctives.

  2. Catégorisation : Relie le phonème perçu à un prototype.

  3. Contexte et connaissance du monde : Aident à reconstruire les mots.

  4. Décodage : Le cerveau retient les mots par leur apparence globale.

  5. Point d'unicité : L'endroit où un mot diffère des autres.

  6. Effet de priming : Le lexique mental est un réseau d'associations, facilitant la reconnaissance de mots liés.

  7. Interprétation syntaxique etsémantique.

Arbitrarité du signe linguistique (Saussure) :

  • L'association entre signifiant (forme sonore ou graphique) et signifié (concept) est arbitraire, produit d'une convention collective.

  • Exemple : Aucun lien naturel entre /arbr/ et le concept d'"arbre".

  • L'arbitrarité assure l'intercompréhension mais n'est pas modifiable individuellement.

Exceptions à l'arbitrarité :

  • Onomatopées : Signifiant motivé par les propriétés sonores du référent (ex: /boum/).

  • Mots composés ou dérivés : Motivation relative (ex: poirier est plus motivé que poire).

Double articulation du langage (Martinet) :

Le langage s'organise sur deux niveaux pour optimiser le système :

  1. Première articulation : Les morphèmes, unités minimales de signification (noms, verbes, adjectifs, affixes grammaticaux). Ils ont à la fois un signifiant et un signifié.

  2. Deuxième articulation : Les phonèmes, unités minimales distinctives (sons qui changent le sens d'un mot mais n'ont pas de sens en eux-mêmes). Ils n'ont qu'un signifiant.

Cette double articulation est fondamentale à la productivité des langues humaines. Les langues des signes sont également doublement articulées (forme des mains, localisation, mouvement, orientation, articulateurs non manuels).

Linéarité du signifiant (Saussure) :

Les sons du langage se déploient dans une durée, impliquant une succession linéaire des unités. Ceci oriente l'analyse linguistique vers la segmentation et la description des rapports de succession.

  • Discrétion : Les unités sont distinctes, non quantitatives, non relatives et segmentables (ex: mots en phonèmes).

  • Linéarité : Propre au signe linguistique, un mot à la fois, l'ordre des mots est pertinent.

Axe syntagmatique et paradigmatique :

La double propriété est liée à ces deux axes.

  • Les positions des unités sur l'axe syntagmatique (combinaison d'éléments en séquence, ex: sujet-verbe-complément) sont déterminantes pour le sens.

  • L'axe paradigmatique (choix d'éléments dans une catégorie, ex: différents adjectifs pour un nom) offre une latitude de choix pour compléter le sens.

Productivité et récursivité :

La langue permetd'appliquer des procédés grammaticaux de manière répétée pour produire une variété infinie de phrases de longueur indéfinie (enchâssement). Il suffit d'apprendre les règles et de les appliquer. La récursivité permet aussi la création de nouveaux mots et concepts.

  • La néologie de forme (composition, préfixation, suffixation, troncation, siglaison) et la néologie de sens (dérivation sémantique) sont des phénomènes courants.

  • L'autonymie est la capacité d'une langue à servirde métalangage (ex: "cheval" au pluriel se dit "chevaux").

Ambigüité et redondance :

  • L'ambiguïté est inhérente à toutes les langues (lexicale ou syntaxique). Le contexte aideà la lever.

  • La redondance (excès d'informations) est également présente, plus à l'écrit qu'à l'oral, pour prévenir les ambiguïtés et assurer la qualité de l'information.

Dissymétries et irrégularités:

Les langues comportent des liens logiques (probable/improbable) mais aussi des irrégularités (coq/poule vs taureau/vache) et des changements de catégorie grammaticale non systématiques (position → positionner).

Caractère évolutif et mutabilité des langues :

Les langues évoluent constamment sans cassure, sur de longues durées, sous l'influence de multiples facteurs.

  • Facteurs internes (économie linguistique : meilleur rapport qualité/prix, moins d'efforts).

  • Facteurs externes (guerres, catastrophes, évolution technologique, contact entre cultures).

Types de variation linguistique (Labov) :

  • Diachronique (dans le temps).

  • Diatopique (dans l'espace, variations régionales).

  • Diastratique (dans la société, selon le milieu social ou le métier).

IV. LANGAGE, PENSÉE ET DISCOURS

A. Henri Bergson

Pour Bergson, la pensée est antérieure au langage et indépendante de la langue. Le langage est un instrument imparfait qui fige la pensée et la rend impersonnelle. Il est utile pour la vie sociale mais incapable de retranscrire fidèlement la singularité des sentiments personnels. Le langage est un outil degénéralisation.

La pensée

Le langage

Singularité

Généralité

Changement

Fixité

Individu

Société

B. Edward Sapir et Benjamin Whorf

L'hypothèse Sapir-Whorf postule que la langue façonne la pensée et la perception du monde. Si différentes langues ont des répertoires distincts, leurs locuteurs pensent le monde différemment.

  • Hypothèse de relativisme linguistique (version faible) : La pensée peut être affectée par le langage.

  • Hypothèse du déterminisme linguistique (version forte) : La pensée est entièrement déterminée par le langage. La communication interculturelle serait complexe, voire impossible.

Ces hypothèses sont nuancées : certains aspects de la pensée sont indépendants du langage ("mot sur le bout de la langue"). La pensée peut visualiser un concept sans le nommer. Le système conceptuel peut influencer le langage, et des concepts inexistants dans la langue maternelle peuvent être appris.

C. Chomsky

Contrairement à Sapir-Whorf, Chomskysoutient que langage et pensée sont indépendants. Il existe des universaux linguistiques, prouvant une grammaire universelle innée (grammaire générative). L'apprentissage rapide du langage n'est pas explicable par la seule expérience (contre la tabula rasa). Lesuniversaux sont :

  • Cosmogoniques : Froid/chaud, terre/ciel, jour/nuit.

  • Biologiques : Nourriture, boisson, sommeil, respiration, excrétion, sexe.

  • Psychologiques : Peur, amour, haine.

  • Culturels : Technologie, éducation, pouvoir, religion.

  • Linguistiques : Caractère vocal (linéarité) et discret (unités limitées) du langage.

La grammaire universelle est utilisée partiellement, dépendant du contexte, permettant de créer de nouvelles "étiquettes".

D. Wolff et Holmes

Ils proposent une synthèse des liens entre pensée et langage, avec différents niveaux d'influence du langage sur la pensée.

  • La pensée est le langage : La pensée est une parole anté-vocale.

    • Critique : N'explique pas l'apprentissage de nouveaux concepts.

  • La pensée est séparée du langage :

    • Structurellement identiques : La langue détermine les concepts.

      • Critique : La pauvreté linguistique n'implique pas la pauvreté conceptuelle.

    • Structurellement différents (le langage interfère avec la pensée à différents moments) :

      • Pensée avant le langage : L'attention communicative est influencée par la langue maternelle.

      • Pensée avec le langage : Le langage aide à penser, mais n'est pasle seul facteur.

      • Le langage interfère avec la pensée : Codes linguistiques et non linguistiques se mélangent dans la prise de décision.

      • Le langage amplifie la pensée : Augmente les outils conceptuels.

      • Pensée après le langage (langagecomme projecteur ou inducteur) :

        • Projecteur : La langue attribut des caractéristiques de mots à la pensée non-linguistique.

        • Inducteur : Le langage provoque la pensée en induisant une visualisation schématique.

Wolff et Holmes concluent à un lien faible mais réel entre langage et pensée, et un lien fort entre pensée et monde (le monde affecte nos pensées indépendamment du langage).

E. Langue et discours

Le discours est le langage mis en action et assumé par le sujet parlant. La parole est une forme d'action (approche pragmatique).

  • Le langage en acte est le langage en situation, actualisé lors d'un acte d'énonciation. Ilinclut la "subjectivité langagière" et les "actes de langage" (speech acts).

Les trois composantes du langage (Pragmatique, Forme, Utilisation) :

  • Pragmatique : Le "pourquoi" de lacommunication (intentions, habiletés conversationnelles, règles du discours). La conscience pragmatique permet de s'adapter au contexte et à l'interlocuteur.

  • Forme : Production des sons (phonétique) et grammaire (syntaxe, morphologie).

  • Utilisation : Raisons de communiquer et conventions sociales.

V. LES SCIENCES DU LANGAGE

Les Sciences du langage étudient le langage humain d'une perspective scientifique, non littéraire. Elles ont des liens étroits avec les autres sciences humaines.

  • Ferdinand de Saussure (1857-1913) est souvent considéré comme le fondateur.

Domaines des sciences du langage :

  1. Phonétique/Phonologie : Étude des sons d'une langue.

  2. Morphologie : Étude de la structure des mots.

  3. Lexicologie : Étude des mots et du lexique.

  4. Syntaxe : Étude de la combinaison des mots dans une phrase.

  5. Sémantique: Étude du sens des mots et des phrases.

  6. Énonciation/Pragmatique : Étude du sens des phrases dans des contextes précis.

La linguistique étudie les éléments constitutifs des langues, les règles de formation du sens, la transmission, lespratiques de communication, l'histoire des langues, la différenciation interne et les bases cognitives. Elle utilise diverses méthodes empiriques, y compris celles des sciences sociales.

VI. SCIENCES DU LANGAGE, LINGUISTIQUE ET GRAMMAIRE

La linguistique est la science du langage et des languesen tant que systèmes (phonologiques, syntaxiques, lexicaux, sémantiques). Linguistique et Sciences du langage partagent des objets d'étude.

Structure du système linguistique :

Unités →

Phonèmes / sons

Morphèmes

Mots

Syntagmes

Phrases / énoncés

Exemples

[a][E], [5], [d][3], [J]

(tabl), [fəzabl], [Efəzabl]

chaise, chemin de fer

Le frère de Pierre qui est encore aux études ...

Le frère de Pierre qui est encore aux études aime beaucoup la lecture.

Domaines

phonologie, phonétique

morphologie

morphologie, sémantique

syntaxe

syntaxe, sémantique

La linguistique s'articule autour de trois axes : synchronie et diachronie, études théoriques et appliquées, études contextuelles et indépendantes. Les linguistes contribuent à la synthèse vocale, la création de dictionnaires, l'interface homme/machine et l'apprentissage des langues.

Lelinguiste décrit la connaissance que les sujets parlants ont des langues, tandis que la grammaire, ensemble abstrait de règles, explicite cette connaissance implicite (grammaire de la compétence). Le prescriptivisme linguistique établit des règles du "bon usage", souvent en contradiction avec l'usage courant.

Il existe une distinction entre le linguiste "des langues" (description des langues particulières) et le linguiste "du langage" (modélisation théorique des principes universels).

La linguistique est une science :

  • Empirique: Basée sur des données observables et mesurables.

  • Descriptive : Observe et décrit la langue telle qu'elle est utilisée, sans jugement de valeur.

  • Objective : S'abstient de préjugés sociaux ou culturels.

VII. LEMETALANGAGE

Un métalangage est un langage qui parle d'un langage-objet. Il y a deux niveaux : le langage-objet et le métalangage dont les objets sont les constituants du premier. Le métalangage est un outil scientifique et quotidien.

Il remplit une fonction métalinguistique (ou de glose) lorsque locuteur et auditeur vérifient la bonne utilisation du code.

Trois activités fondatrices du métalangage :

  1. Convoquer des éléments du langage-objet dans le métalangage (la mention).

  2. Classer ces éléments en catégories (nom, verbe, morphologie, syntaxe).

  3. Nommer les opérations (identifier, déplacer, accorder).

Le métalangage aide à conceptualiser la langue, à expliquer et évaluer les pratiques langagières, à assurer l'intercompréhension et à planifier le discours.

Les activités épilinguistiques sont une connaissance intuitive et un contrôle fonctionnel des traitements linguistiques (parexemple, corrections grammaticales). Les savoirs épilinguistiques sont spontanés, tandis que les savoirs métalinguistiques sont structurés par un métalangage scientifique.

Les discours métalinguistiques non savants se manifestent par :

  • Idéalisation/valorisation (ex: le français est une "belle langue").

  • Folklorisation (ex: le breton est la "langue de la superstition").

  • Stigmatisation (ex: une langue est jugée laide ou incorrecte).

VIII. LA COMMUNICATION : ACCEPTIONS

L'expression est la mise en évidence de pensées et émotions, tandis que la communication est le partage de ces expressions. La communication est une intercompréhension intentionnelle dans le cadre d'une interaction. "Intentionnel" signifie agirpour se faire comprendre dans une activité commune.

  • Communiquer, c'est agir avec et sur l'autre (interaction sociale).

  • Les messages sont des comportements expressifs, manifestant une disposition affective et pratique pour provoquer une réaction.

    • Action directe : Tenter explicitement d'obtenir une réaction (menace, ordre).

    • Action indirecte : Influencer les dispositions cognitives et affectives pour augmenter les chances d'une action future (récit d'un drame).

  • Un comportement devient un message lorsque le partenaire le reconnaît comme tel.

  • La réaction typique de l'autre est anticipée et motive le comportement expressif (rétroaction).

  • Communiquer, c'est aussi montrer, exprimer et représenter la réalité.

Deuxapproches de la communication :

Approche mécaniste de la communication

Approche globaliste de la communication

Modèle linéaire (émetteur →récepteur)

Modèle circulaire et complexe (pas de début ni de fin)

Modèle séquentiel (opérations analysables successivement)

Modèle interactif (une action entraîne une action réciproque)

Modèle atomistique (éléments extérieurs et séparés)

Modèle holistique (contexte inclus, modification d'un élément modifie le système entier)

L'approche analytique/mécaniste voit la communication comme latransmission d'un contenu, avec la métaphore de la machine isolant les éléments pour l'analyse. L'approche globaliste (ou systémique) voit la communication comme une mise en relation, avec la métaphore de l'organisme, où les éléments sont liés dynamiquement.

IX.ENJEUX DE LA COMMUNICATION

  1. Les enjeux pratiques :

    • Établir et maintenir le contact, préserver des liens sociaux.

    • Organiser des activités.

  2. Les enjeux de reconnaissance (Axel Honneth) :

    • Sphère de l'amour : Confiance en soi par les liens affectifs.

    • Reconnaissance juridique : Respect de soi par les droits et devoirs.

    • Estime de soi : Reconnaissance des qualités personnelles.

    • Statut social et appartenance à un groupe.

    La reconnaissance est un enjeu fondamental de nombreux échanges.

  3. Les enjeux de légitimation :

    • Légitimer des contraintessociales (ex: justifier un ordre).

  4. L'enjeu ontologique :

    • Préserver le sens de la réalité, confirmer les convictions profondes (ex: discours sur la séparation homme/animal).

X. QUATRE GRANDES CONFUSIONS

A. Introduction

Communiquer, c'est adopter des comportements expressifs dans une interaction. Des confusions peuvent survenir lorsque l'agent perçoit une communication qui n'existe pas (destinataire absent/imaginaire, récepteur d'un message absent/imaginaire).

Ces situations reposent sur la croyance en la présence d'un autrui capable d'intentions manifestes. L'être humain est un être de communication même seul, et une partie de nospensées sont des intentions de paroles pour des absents.

La communication suppose une intercompréhension intentionnelle, ce qui s'oppose à des approches qui étendent la communication à toute transmission d'information. Cette inflation du concept conduit à quatre confusions :

B. Communication >< Information

  • L'information est ce que l'émetteur apprend au récepteur et que ce dernier ignorait (réduit l'incertitude).

  • L'usage élargi de l'information inclut toute connaissance acquise parperception de l'environnement (ex: le soleil fait grand soleil). Dans ce cas, il n'y a pas de communication ni de transmission active.

L'information relève de la connaissance, non de l'interaction.

  • Il est difficile de communiquer sans informer.

  • Une information n'est pas nécessairement le fruit d'une communication (ex: découverte de documents compromettants).

  • Un ordinateur n'a pas de conscience ni d'intention, donc il n'y a pas communication.

C. Communication >< Perception

  • Confondre la communication avec la perception, c'est confondre l'usage actif et passif.

  • L'extension du concept de "message" à la perception du monde ou aux échanges machine-machine suggère un sens hors des humains, dispersé dans l'univers.

D. Communication >< Compréhension

  • La communication suppose que le destinataire comprenne le message, mais toutes les actions ne sont pas des messages.

  • Comprendre une action n'est pas comprendre un message.

  • La communication ne présuppose niréflexion ni réflexivité constantes.

  • La condition première de toute communication est la conscience d'autrui et d'une interaction potentielle. Les ressources d'attention et de réflexion étant limitées, on ne peut pas attribuer une valeur de message à toutes les conduites humaines.

E. Communication>< Interaction

  • Toute communication s'inscrit dans une interaction, mais toute interaction n'entraîne pas nécessairement une communication. L'interaction est l'exercice d'influence sans intention de message.

E.1. Interaction matérielle

  • L'action d'un agent contraint l'action d'un autre agent sans médiation de la compréhension (ex: places de parking occupées).

  • Les interactions matérielles n'impliquent aucune compréhension mutuelle, les ajustements se font en fonction de la matérialité.

E.2. Interaction compréhensive

  • Les agents cherchent à reconnaître les intentions des autres pour anticiper leurs actions et s'y ajuster (ex: aider une personne âgée qui tombe).

  • Il s'agit d'inférence, non de communicationactive.

  • La compréhension mutuelle est un mécanisme important de coordination sociale, même sans expression intentionnelle.

E.3. Interaction expressive non verbale

  • Un agent adopte un comportement expressif afin de susciter une action chez un autre agent. C'est de la communication.

  • Les partenaires apprennent à manifester leurs intentions (ex: un bandit qui braque un revolver).

  • Une action de communication s'insère dans les activités communes pour assurer la coordination.

E.4. Interaction verbale

  • Un agent utilise un comportement expressif verbal pour susciter une action. C'est de la communication.

  • Elle s'enrichit du langage articulé, multipliant les possibilités de coordination sociale.

  • Le langage articulé ouvre la voie à une complexification extraordinaire des interactions.

XI. L'INTERSUBJECTIVITÉ PRATIQUE

A. Introduction

Avant toute communication, les humains s'observent et donnent un sens aux actions des autres. L'intersubjectivité pratique est la reconnaissance spontanée des actions des autres dans les contextes de la viesociale. C'est le vécu partagé des corps agissant dans les formes de vie sociales.

Comprendre est différent d'expliquer. Le point de départ de la communication n'est pas individuel mais l'immersion dans les interactions humaines.

B. Le concept d'action

L'action est toute intervention intentionnelle dans un système qui comporte des régularités. Elle vise un but et s'inscrit dans une situation, combinant des opérations de perception, d'anticipation et motrices.

L'action est toujours uneréaction à une situation vécue. La plupart des actions sont de la routine. L'intervention intentionnelle n'implique ni décision, ni rationalité, ni intention préalable, ni volonté.

B.1. L'intention en action

  • L'intentionnalité d'une actionn'implique aucune représentation du futur, seulement une intention en action : l'expérience vécue de l'action et l'anticipation de son effet immédiat.

  • L'intention préalable (futur éloigné, objet absent, projet) supposele langage et l'imagination.

  • L'intention en action est circonscrite au champ perceptif (objets présents).

C. Comprendre une action

Comprendre une action, c'est reconnaître l'intention en action qui l'anime (situationvécue, effet anticipé). Une action est une réaction à une situation vécue, orientée vers un résultat.

D. La situation : cognitive et affective

L'action construit une situation à laquelle elle réagit. La situation est l'espace circonscrit par l'agent autour d'un objet central d'attention (focale et subsidiaire). C'est une construction cognitive et affective.

E. L'immersion de la conscience dans le monde

L'intention n'est pas un contenu subjectif interne mais une manière de disposition face à un fragment du monde vécu. Une situation est vécue et l'agent y réagit.

F. Comprendre une action

F.1. Comprendre l'action comme réaction intentionnelle à une situation

Comprendre une action, c'est reconnaître le sens/la situation dont elle est une réaction typique, l'inscrire dans un usage ou comme trace d'une action. La compréhension ne s'applique qu'aux actions. On peut comprendre une action et expliquer un phénomène.

F.2. Quatre conséquences

  1. La compréhension est une question de degré : Elle varie selon le niveau de généralité.

  2. Comprendre l'action implique l'intention en action, et non seulement l'intention préalable.

  3. La compréhension explicite et objective est une contradiction :Elle passe par l'empathie, un mouvement qui lie la situation vécue à l'action. On comprend sans effort d'interprétation la plupart du temps.

  4. La compréhension devient une tâche exigeante quand notre action dépend de celle d'autrui et que l'action d'autruiest imprévisible.

F.3. Le sens d'une action est ce que l'autre en comprend

Le sens d'une action est sa reconnaissance en tant que réaction intentionnelle à une situation vécue. Il est tacite et ne concerneque le spectateur de l'action d'autrui. Il y a autant de niveaux de sens qu'il y a de degrés de compréhension.

F.4. La compréhension est inhérente à notre rapport à l'autre conscient

Le sens imprègne lerapport à l'autre conscient (ex: femme nue parmi les statues).

F.5. La compréhension est une participation

Comprendre une action suppose de reconnaître la situation de l'autre et d'y réagir mentalement. C'est une forme d'empathie,une capacité à se mettre "dans la peau d'autrui" cognitivement et affectivement.

G. L'empathie spontanée

L'agent social est capable de se placer dans la situation des autres sans réflexion. La sympathie (chez les Grecs)désignait la participation à la douleur d'autrui. Pour Hume, c'est un principe de communication naturelle des passions.

Aujourd'hui, l'empathie désigne la capacité plus générale à reconnaître affectivement et cognitivement la situation d'autrui et àanticiper sa réaction. C'est la capacité de se mettre à la place de l'autre pour une situation donnée.

H. Conclusion

Partir de l'intersubjectivité pratique reconnaît qu'il y a du sens avant la communication et avantle langage. La compréhension est la reconnaissance chronique des intentions d'autrui et une participation cognitive et affective à la vie des autres. L'empathie primaire est cette participation continue. Les compétences pour comprendre les autres permettent aussi de se faire comprendre.

XII. FONDEMENTS EXPRESSIFSDE LA COMMUNICATION

A. Introduction

L'échange non-verbal a précédé l'échange verbal. Comment concevoir la communication tacite (irréfléchie, non langagière) ? L'interaction compréhensive ne constitue pas en elle-même de la communication.Elle est le terreau de la communication lorsque l'agent réoriente son action pour s'adresser à son interprète dans l'intention de susciter une réaction.

Une action de communication est l'usage intentionnel d'un comportement expressif dans une interaction. Elle émerge commeune réorientation de l'action ordinaire.

B. La naissance du message

La communication commence lorsqu'un agent, qui dépend d'un autre dans la poursuite de ses fins, adopte un comportement expressif pour provoquer une réaction.

B.1. Unepure expression affective

Le passage de simples réactions à leur manifestation ostensible mène à la communication (ex: les pleurs d'un nourrisson deviennent un appel). Le message se réduit à une expression affective, sans description. La communication est fondée sur une règle sociale liant une conduite ostensible àune réaction typique de l'autre.

B.2. Un geste ostensif accompagné d'une expression affective

Des messages non verbaux combinent un geste ostensif (objet) et une expression affective (destinataire). Un enfant qui ne peut atteindre desbiscuits (impossibilité individuelle) va attirer l'attention de sa mère (possibilité sociale). Il inhibe son action, se tourne vers sa mère, et esquisse le geste pour manifester son intention.

L'action initiale perd sa fonction instrumentale et acquiert une fonction expressive. Le biscuit devient un objet d'attention commun et social. La mère opère une compréhension de l'action.

C. La compréhension du message

La compréhension d'un message découle de la capacité à comprendre l'action en général, mobilisant des ressources de sens déjà présentes et une participation à des formes de vie communes. La communication exige une double compréhension :

  • La signification du message : "Que cherche-t-il à me faire comprendre ?"

  • Le sens de l'action de communication : "Qu'est-ce qu'il attend de moi ?"

Une action expressive réagit à une situation vécue, mais elle est orientée spécifiquement vers une réaction d'autrui.

D. Deux types de rapport à l'objet

L'humain a une propension à intégrer des objets dans ses échanges sociaux. Tout message oriente l'attention du récepteur, d'abord sur l'émetteur, puis sur un objet tiers.

  • Objet montré : Présent dans le champ perceptif,pas besoin de l'évoquer.

  • Objet évoqué : Absent, doit être représenté par une énonciation (linguistique).

E. L'action de communication en tant qu'intention manifestée

Le message est un comportement expressif,non un signe neutre. La communication se fonde sur la dépendance du dire au montrer. L'expressivité spontanée (le corps révèle des intentions à son insu) est la source de l'expressivité intentionnelle. Pour devenir un message, un comportement doit être réalisé ostensiblement (s'adresser à l'autre pour être reconnu).

  • Paul Grice : L'émetteur veut provoquer une réaction et que son comportement soit reconnu comme adressé au récepteur.

  • Une action de communication est une intention manifestée, non unesimple inférence de l'attitude de l'émetteur.

F. Trois propriétés de l'action de communication

  1. Une action sociale : Se rapporte au comportement d'autrui et s'oriente par rapport à lui. Anticiper la réaction de l'autre est essentiel. Communiquer, c'est participer à une activité commune.

  2. Une action intentionnelle : Vise autrui et anticipe sa réaction. L'autre est présent dans la construction du message par :

    • La captation de l'attentionde l'autre.

    • La reconnaissance de l'intention.

    • La provocation d'une réaction chez l'autre.

    L'action de communication fait partie d'un flux, répondant à une action et anticipant une réaction.

  3. Une action expressive : Inclus l'intention de rendre manifeste l'intention. Elle est à la fois pratique (désigner un objet) et affective (exprimer un désir).

G. Expressivité spontanée vs. Expressivité intentionnelle

  • L'expressivité spontanée est immanente à toute action humaine non communicationnelle, sans viser autrui. C'est la source de l'expressivité intentionnelle.

  • L'expressivité intentionnelle vise à exprimer des dispositions et susciter une réaction du partenaire.

La pensée peut être comprise comme un dialogue intérieur avec un partenaire potentiel. L'expressivité n'exige ni conscience de soi, ni langage, ni représentation, seulement l'expérience d'une situation et la réaction (spontanée), puis le fait de montrer cette réaction à autrui (intentionnelle).

  • La différence réside dans l'intention : agir sur le monde matériel (spontanée) ou se faire comprendre (intentionnelle).

  • Le langage est d'abord expression avant d'être représentation.

H. La nature du message

H.1. Autrui comme médiation obligée

La résistance du monde et le pouvoir d'autrui engendrent une dépendance envers l'autre. La réaction d'autrui conditionne la poursuite de nos fins, et la communication vise à susciter cette réaction. Communiquer,c'est reconnaître le pouvoir de l'autre.

H.2. La situation de communication

L'émetteur doit attirer et retenir l'attention du récepteur et lui faire comprendre ce qui est attendu. La captation de l'attention se fait par des "décalages" (gestes ostensifs, micro-ruptures). Toute communication instaure une norme de coopération.

H.3. L'ostension et la signification

La manière dont l'émetteur fait découvrir son intention repose sur les ressources de la compréhension ordinaire.L'esprit humain poursuit mentalement le geste d'autrui. La signification naît des pratiques sociales quand un agent suspend une action ordinaire et utilise une phase antérieure pour signifier la phase ultérieure (ex: tendre la main vers une scie).

L'intention en action (possibilité de conditionner sonaction à la réaction du monde) est la source du message.

I. La communication suppose l'intentionnalité

La signification résulte de la faculté de suspendre une action après l'avoir esquissée. Un comportement acquiert une fonction expressive s'il peut être inhibéet conditionné à la réaction de l'autre (ex: une expression de colère est l'inhibition d'une agression). La communication contribue à la coordination sociale et à la régulation de la violence.

Seules les actions intentionnelles, celles qu'on peut déclencher et réprimer à dessein, peuvent servir à communiquer (ex: courir, manger, siffler). Les réactions physiologiques (rougir, bâiller, aimer) ne sont pas des comportements expressifs intentionnels, même si leur gestion peut l'être.

J. Entre expressivitéspontanée et expressivité intentionnelle

J.1. Expressivité intentionnelle

L'action sert à exprimer des dispositions et à susciter une réaction lorsque c'est son but.

J.2. Expressivité spontanée

L'action informesur les dispositions affectives et pratiques de son auteur (ex: la tristesse d'un collègue remarquée sans intention de sa part). Cette compréhension influence l'interprétation des messages.

J.3. L'influence détournée

Un comportement ne manifeste pas l'intention d'exprimer quelque chose mais se contente de "laisser voir" (ex: la "victime professionnelle" ou des ouvrages savants "négligemment" exposés). Pas des messages, mais une influence agissant en dehors du champ de la communication explicite.

J.4. Les verbes informatifs

Les verbes informatifs ont un usage passif (interprétation d'un observateur, ex: la fièvre "témoigne" d'une maladie) et un usage actif (proprement communicationnel, ex: "indiquer" le chemin).

Trois types de processus :

  1. Usage actif et intentionnel : Le champ de la communication.

  2. Usage passif et non intentionnel : Perception et inférence par un observateur.

  3. Usagepassif et intentionnel : Influence détournée (indices volontaires sans intention de communication explicite).

Ces distinctions sont cruciales pour l'interprétation des actions et la gestion des interactions (ex: différence entre tristesse spontanée, influence détournée et expression intentionnelle).

K. Sens et signification

Une action est une réaction à une situation vécue. Un message est la manifestation d'une réaction orientée vers autrui.

  • Signification : Compréhension du message (intention manifestée au travers d'uncomportement expressif).

  • Sens : Compréhension de l'action de communication (motivation du message, réaction sociale attendue - intention interactive).

La signification et le sens ne doivent pas être confondus. Le message s'inscrit dans une interaction, et sonusage social est crucial. La signification et le sens sont perçus par le récepteur, ils ne sont pas intrinsèques à l'action de l'émetteur.

L. Le message non verbal comme réaction à la situation

On peut reconnaître la signification d'un message sans comprendre sonsens (ex: employée et son chef). Pour comprendre le sens, il faut se demander ce qui a poussé l'agent à réagir ainsi et ce qu'il attendait des autres. Le message expressif est une réaction à une situation vécue et orientée vers autrui.

XIII. MODALITÉ ORALE ET ÉCRITE

L'écrit et l'oral sont deux codes distincts, mobilisant des compétences différentes. L'oral est caractérisé par le paralinguistique (gestes, intonations) et des ruptures/rattrapages, favorisant la connivence. L'écrit demande une économie différente, une structuration pour sa stabilité et compréhension en l'absence de l'auteur. La transcription de l'oral n'est pas de l'écrit.

L'oral « premier » est spontané, l'oral «second » s'appuie sur un écrit (ex: discours d'un conférencier).

La théorie linguistique insiste sur le fait que la langue est fondamentalement un système oral. L'écrit a une forte valorisation sociale (loi, contrats, culture). Lamaîtrise de l'écrit est associée à un haut niveau d'instruction. Cependant, les usages du téléphone portable montrent une évolution des pratiques écrites et orales, brouillant les frontières (SMS, messages vocaux).

Différences entre oral et écrit :

Oral

Écrit

Canal auditif

Canal visuel

Monde de la connivence et de l'expérience partagée

Favorise la mise à distance et la réflexivité

Compréhension facilitée par gestes, mimiques, intonation, redondances

Le paralinguistique disparaît → remaniements: lexique plus précis, connecteurs, formesverbales

Fluidité et volatilité → ruptures, rattrapages continuels

Lenteur → élaboration et abstraction

Périodes séparées par des pauses plutôt brèves

Organisation (récente),pauses longues, cognitives

Structure qui s'organise autour du sens

Stabilité → possibilité de retours, vue d'ensemble, cohérence textuelle

Oral de la spontanéité vsOral secondaire (s'appuie sur un écrit de référence)

Identifier des éléments significatifs dans le flux continu de paroles est une difficulté pour l'apprentissage des langues, nécessitant la maîtrise du système phonétique. L'intégration de nouvelles technologies rend confuse ladistinction oral/écrit, soulignant la nécessité de réflexions sur la langue comme objet variable et la relation entre apprentissage et usages.

L'écrit est stable, la parole est instable. Les nouvelles formes de communication (tchat, messages vocaux) montrent que la dichotomie est dépassée. Le statut du téléphone, par exemple, brouille la distinction.

APPROCHES DE LA COMMUNICATION

I. AUX ORIGINES DU LANGAGE

A. Introduction

Le langage humain, bien que quotidien, est une aptitude complexe qui requiert une multitude de compétences. Toutes les civilisations répertoriées aujourd'hui ont acquis le langage, même si certaines ne connaissent pas l'écriture.

B. Quelques repères historiques

  • Il y a 3,8 milliards d'années : apparition de la vie sur Terre.

  • Il y a 250 millions d'années : mammifères.

  • Il y a 60 millions d'années : primates.

  • Il y a6-8 millions d'années : hominidés (hominines).

  • Le protolangage est apparu à l'époque d'Homo Erectus (environ un million d'années avantnotre ère). Il s'agissait d'un système rudimentaire de mots sans repérage syntaxique ou grammatical, probablement basé sur une origine iconique des mots.

  • L'apparition du langage a précédé les traces manifestes d'usage du symbolique (art pariétal, bijoux, rites funéraires), qui témoignent de la capacité d'abstraction.

  • Notre espèce, Homo Sapiens Sapiens, a émergé il y a environ 150 000 ans, coexistant avec Homo Neanderthalensis.

Le développement du langage est lié à des distinctions physiques clefs entre humains et primates :

  1. Dents : Petites et droites chez l'humain, grosses et obliques chez les primates.

  2. Lèvres : Moins proéminentes etplus mobiles chez l'humain.

  3. Langue : Plus courte et fine chez l'humain, permettant un contrôle cérébral accru pour la parole.

  4. Libération des mains : A favorisé le développement des capacités intellectuelles (fabrication d'outils). Plusieurs aires cérébrales impliquées dans le langage sont aussi présentes chez les grands singes.

  5. Redressement du tronc : A créé un espace (pharynx) pour les cordes vocales. Chez les grands singes, le larynx est plus haut. La descente du larynx, coïncidant avec lamarche bipède, permet au bébé humain de s'exprimer (vers 16-18 mois).

Darwin suggérait que l'humain chantait avant de parler. L'habileté à produire des sons se situe dans la partie la plus ancienne denotre cerveau. Les humains ont exploité les propriétés synesthésiques des sons, associant spontanément des connotations à des sensations.

Le langage verbal/oral a émergé et s'est diversifié en de multiples langues naturelles, processus dont les détails précis restent inconnus.

Zones du cortex activées pendant la lectureZones du cortex activées pendant la lecture
Zones du cortex activées pendant la prononciation d'un motZones du cortex activées pendant l'écoute
Zones du cortex activéespendant la pensée d'un mot

L'activité de communication active différentes zones du cerveau selon l'action (lecture, écoute, prononciation, pensée), mais toutes ces zones se situent dans l'hémisphère gauche.

Le langage ne se réduit pas à une évolution biologique/physiologique. Son développement est une succession d'événements :

  • Évolution qualitative du cerveau.

  • Adaptation du corps et vie sociale plus complexe (domestication du feu, sédentarisation, construction d'habitat).

  • Organisation sociale.

  • Communication langagière : un protolangage d'Homo Erectus, sans syntaxe, servait à organiser des activités concrètes. Le langage avec une syntaxe complexe est apparu avec Homo Sapiens.

C. L'écriture

  • L'écriture est apparue bien plus tardivement, il y a environ 5 000 ans, comme reproduction visuelle de la pratique orale.

  • Les systèmes d'écriture ont évolué de l'idéographie (reproduire le sens ou les idées) à la phonographie (transcrire les sons). De nombreux systèmes mixtes existent encore (chinois, japonais).

  • L'écriture était longtemps restreinte à quelques spécialistes et les supports étaient incommode (pierres) ou fragiles/chers (papyrus).

  • Exemples d'évolution des systèmes d'écriture :

    • Égypte ancienne : systèmes idéographiques, puis mixtes (pictogrammes traduisant sens et sons).

    • Phéniciens (XIIIe siècle av. J.-C.) : écriture quasiment phonographique, maisuniquement consonantique.

    • Grecs (XIe siècle av. J.-C.) : ont complété le système en ajoutant les voyelles, créant l'écriture alphabétique.

    • Mandarin : écriture logographique (un symbole = une unité de sens).

  • L'élaboration des écritures phonographiques a nécessité une analyse fine de la sonorité de la langue orale, où les sons sont produits en continu. Cette analyse a permis de distinguer le niveau du "sens représenté" de celui des "sons représentants".

II. LANGAGE ET LANGAGES

A. La notion de langage

  • Dans le sens commun : le langage est une série de paires ordonnées d'enchaînements et de significations, utilisant des séquences finies de sons ou de signes.

  • Il désigne la capacitéd'utiliser n'importe quel système de signes pour communiquer, indépendamment de la structure du langage humain (animaux, machines, programmation, etc.).

B. Le langage et la communication (en linguistique)

  • En linguistique, le terme langage seréfère spécifiquement à la communication entre les humains.

  • Il s'agit d'une activité verbale essentielle, rationnelle, motivée par une intention de provoquer une croyance ou une action chez autrui.

  • Le mécanisme de Grice : X provoque une réaction deY en montrant son intention, et Y reconnaît cette intention pour réagir comme X l'attend.

  • Les conventions de langage sont des régularités arbitraires mais auto-perpétuantes qui servent un intérêt commun de coordination, permettant de contrôler les croyances et actions des autres.

C. Le langage : un concept à deux acceptions

  1. Faculté propre à l'espèce humaine : Son unité est biologique (substrat anatomique commun : système nerveux central, hémisphères cérébraux, organes phonatoires) et cognitive.

  2. Concept unificateur des langues particulières : Son unité est formelle et fonctionnelle, car il remplit les mêmes fonctions et s'organise selon les mêmes principes généraux dans toutes les langues naturelles.

Le langage est conçu comme une activité entre l'esprit et lacontrainte matérielle, avec deux fonctions principales :

  • Expression : Manifester des idées et des sentiments (ex. : s'exprimer devant un miroir).

  • Communication : Agir sur autrui au moyen du langage, impliquant un ou plusieurs interlocuteurs.

Pour communiquer efficacement, il faut intégrer l'existence de nos filtres de perception, processus d'interprétation et erreurs de formulation. Le langage est central pour la socialisation, modelant nos cultures. Bien qu'universel, les langues diffèrent par leurs sons, leurlexique et leurs règles.

III. LANGAGE HUMAIN, LANGAGE ANIMAL

A. Caractéristique du langage animal

  • Les langages animaux ont une finalité élémentaire de réponse à un stimulus (signaux de territoire, alarme, etc.).

  • Malgré les études sur la communication animale, la complexité du langage humain reste spécifique et unique.

  • Les tentatives d'enseigner le langage oral aux chimpanzés ont échoué en raison de leur appareil vocal différent.

  • L'enseignement du langage des signes ou de codes plastiques à des chimpanzés a euun succès limité :

    • Quelques chimpanzés ont appris plus d'une centaine de signes.

    • Leur capacité à produire des "phrases" originales est restreinte, souvent des juxtapositions de deux mots (ex. : "oiseau-eau" pour canard).

    • Communication centrée sur des demandes concrètes, incapable de produire de l'imaginaire, de l'humour, ou de parler d'événements passés/futurs.

    • Incapacité d'accéder à la syntaxe (distinguer actif/passif, présent/futur) ou au caractère abstrait des signes (polysémie, synonymie).

  • L'enfant humain montre un intérêt inné pour le langage et une facilité d'apprentissage remarquable :

    • Dès les premières semaines,il établit des conversations non verbales et vocales.

    • Il acquiert les bases de sa langue maternelle en 2-3 ans, un processus rapide comparé à l'apprentissage d'une langue seconde adulte.

Différences

Communication humaine

Communication animale

Déplacement

Peut évoquer le passé, le futur, l'absent, l'hypothétique et l'impossible.

Énonce ce qui est lié au présent temporel et spatial (sauf abeilles).

Apprentissage

Nécessaire.

Non nécessaire.

Base

Unités arbitraires (pas de lien direct entre mot et objet).

Unités iconiques (lien entre signifié et signifiant).

Unités

Discrètes (divisibles et combinables).

Graduées (messages indivisibles et non combinables).

Mutualité

Fréquente (les gens se répondent).

Relativement rare.

Mensonges, divagations

Fréquents.

Cas sporadiques de mensonges et pas de divagation.

Métacommunication

Existe (expliquer ce qu'on veut dire, corriger les autres).

Pas de métacommunication.

Polysémie

Prévalente (les mots peuvent avoir plusieurs sens).

Monosémie.

B. Caractéristiques du langage humain

Le développement du langage humain est permis par des conditions physiologiques (organes phonatoires, cerveau volumineux) et la néoténie.

  • Néoténie : Caractéristique des hominidés d'être dépendants à la naissance, conservant des traits infantiles à l'âge adulte. Cela implique :

    • Dépendance vis-à-vis d'une communauté pour la survie (capacités imitatives et relationnelles).

    • Transmissionde génération en génération par sélection naturelle.

    • Absence de programme inné complet (développement achevé par contact humain et culture).

    • Plasticité cérébrale significative, permettant une grande capacité d'apprentissage.

  • Conscience de l'Être et du Parler :

    • 1) Je suis biologiquement.

    • 2) Je parle, m'appropriant une langue et une identité linguistique.

  • La néoténie linguistique étudie les faits de langue et l'appropriation des langues, reconnaissant que les conditions d'appropriation varient pour chaque locuteur et que nous entretenons des liens cognitifs différents avec les langues.

L'espèce humaine est liée au langage par la variation incomparablement plus large de ses réalisations :

  • Langageverbal (oral, écrit, signé).

  • Gestuelle et comportements kinétiques.

  • Signes paralinguistiques.

  • Proxémique (usage de l'espace).

  • Artefacts, signalétique routière, Morse, mathématiques, langages artistiques (peinture), jargon technique.

Toutes les langues humaines ont une modalité : audio-orale, scripto-visuelle ou gestuo-visuelle. Chaque modalité impose ses contraintes.

Communication verbale:

  • Articulée, combinant des unités langagières pour former un message.

  • Réalisée en symbolique écrite, signée ou orale, avec des normes communes.

  • Comprend une chaîne de segments (phonèmes, morphèmes) et des unités paraverbales (prosodie, intonation).

  • Non imitative des référents, donc digitale (signes abstraits et arbitraires).

Communication non verbale :

  • Sans recours à l'articulation (gestes, expressions faciales, postures, art).

  • Sens plein associé directement au signe, non décomposable.

  • Utilise des signes directement liés aux référents, donc analogique.

Le système cognitif comprend les compétences linguistiques et les connaissances nécessaires pour interpréter et produire des énoncés :

  • Compétence linguistique : Aptitude inconsciente à composer des phrases grâce à des règles et au lexique mental.

  • Lexique mental : Ensemble des mots connus, réseau d'associations.

  • Connaissancedu monde : Savoirs spécifiques.

  • Compétence communicative : Capacité d'adapter le langage au contexte.

  • Autres aptitudes cognitives : mémoire, attention, catégorisation.

Le caractère dialogique de la chaîne parlée implique :

  1. Encodage linguistique : Intention de parole, prise en compte de l'auditeur. Phase pré-verbale.

  2. Encodage grammatical : Articulation de l'énoncé, sélection des termes. Le verbe est primordial.

  3. Encodage phonologique : L'énoncé reçoit une forme sonore, coordination des plans phonétiques.

  4. Processus de compréhension : Le cerveau découpe le signal sonore continu en unités significatives malgré le flux continu et la variabilité du signal.

    • La catégorisation relie le phonème perçu à un prototype.

    • Le contexte et la connaissance du monde aident à reconstruire les mots.

  5. Décodage : Le cerveau retient les mots par leur apparence globale.

    • Pointd'unicité : où le mot diffère des autres.

    • Effet de priming : Le cerveau structure le lexique en réseau d'associations, facilitant la reconnaissance des mots liés.

  6. Interprétation syntaxique et sémantique : Reconstructionde l'architecture du message pour lui donner du sens.

Selon Saussure, le signe linguistique est régi par le principe d'arbitraire :

  • L'association d'un signifiant (forme) et d'un signifié (concept) est une convention collective, non naturelle (ex. : "loup" /lu/).

  • L'arbitraire n'implique pas la modification libre ; il impose une convention pour l'intercompréhension.

  • Exceptions :

    • Onomatopées : Signifiant motivé par les propriétés des objets du monde (ex. : /bum/, /splach/).

    • Mots composés/dérivés : Motivation relative (ex. : "dix-neuf" plus motivé que "vingt", "poirier" plus que "poire").

Signifiant

Signifié

ARBRE (le mot)

(imaginé / conceptualisé)

ce qui est dit

ce que l'on pense que ça désigne

Image / Parole / Mot / Geste

Concept

forme exprimée

signification perçue

(l'icône)

Justice (le concept)

BALANCE (le mot)

(la constellation)

Signe

Interprétation

La référence découplée ou déplacement est la propriété de communiquer en dehors de tout contexte, référant à des situations passées, futures, hypothétiques ou impossibles.

La double articulation du langage (selon André Martinet) :Le langage s'organise sur deux niveaux distincts :

  1. Première articulation : les morphèmes (unités minimales de signification). Ce sont des noms, verbes, adjectifs, ou des parties de mots ayant une valeur grammaticale et un sens (ex. :"-ons" dans "mangerons" indique la 1ère personne du pluriel). Ils sont constitués d'un signifiant et d'un signifié.

  2. Deuxième articulation : les phonèmes (unités minimales distinctives). Ce sont des sons distinctifs qui changent le sens d'un mot (ex. : "pont" vs "bon") sans être porteurs de sens eux-mêmes. Ils sont constitués uniquement d'un signifiant.

La double articulation est fondamentale et propre au langage humain ; elle permet de créer un nombre infini de mots à partir d'unnombre limité d'unités sans sens. Cela n'existe pas dans la communication animale. Les langues des signes sont également doublement articulées par des paramètres distinctifs (forme des mains, localisation, mouvement, orientation, articulateurs non manuels).

Principe de linéarité du signifiant(Saussure) :

  • Le signifiant linguistique se déploie dans une durée, impliquant une succession d'unités.

  • Les unités se succèdent dans le temps.

  • Implique une segmentation de la chaîne des signifiants et la description des rapports d'antécédence/consécution.

Discrétion :

  • Différence absolue, non quantitative ni relative, entre les unités.

  • Segmentable : les mots sont segmentables en phonèmes.

Linéarité:

  • Uniquement pour le signe linguistique.

  • Prononcer un mot à la fois, avec un ordre de la phrase pertinent (ex. : "Jean appelle Marie" vs "Marie appelle Jean").

  • La compréhension intervient après l'actualisation de tous les éléments.

La double propriété est liée aux axes paradigmatiques et syntagmatiques. L'axe syntagmatique correspond à la combinaison des unités en séquences (ex. : un déterminant + un nom = un syntagme). Les collocations sont des termes qui s'associent ous'excluent.

Principes de productivité et de récursivité :

  • Permettent d'appliquer des procédés grammaticaux de manière répétée pour produire une variété infinie de phrases.

  • L'enrichissement est un exemple.

  • Il ne faut pas mémoriser tous les énoncés, mais les règles.

  • Chomsky fonde sa grammaire universelle sur cette règle.

  • Les langues permettent une créativité en ajoutant des éléments récursivement (ex. : "Une voiture rouge", "Unevieille voiture rouge"). Notre capacité mémorielle et les choix stylistiques limitent cette récursivité.

Réflexions analogiques et néologismes :

  • Toutes les langues connaissent la réfection analogique (corriger et créer de nouvelles régularités).

  • Néologie de forme : composition, préfixation, suffixation, troncation, siglaison (ex. : monokini, franglais).

  • Néologie de sens : dérivation sémantique.

Autonymie: Toute langue peut servir de métalangage, où le signe linguistique renvoie à lui-même (ex. : "Au pluriel, chaise est écrit avec un -s").

Ambigüité / Équivocité :

  • Toutes les langues comportent de l'ambiguïté.

  • Ambigüité lexicale : Un mot a plusieurs significations (homonymie, ex. : "secrétaire").

  • Ambigüité syntaxique : Une phrase a plusieurs sens en raison de sa structure.

  • Le contexte aide à résoudre l'ambiguïté.

Redondance :

  • Excès d'informations présentes dans toutes les langues.

  • Plus présente à l'écrit qu'à l'oral.

  • Système pré-correcteur pour éviter les ambiguïtés (ex. : marque du pluriel : déterminant + "s" à l'écrit pour "les enfants").

  • La redondance est liée à l'ambiguïté.

Dissymétries et irrégularités :

  • Lien logique entre certains mots (probable/improbable) mais pas d'autres (imbattable/?).

  • Changements de catégorie grammaticale (position -> positionner) mais pas toujours de symétrie (coq/poule).

Caractère évolutif et mutabilité des langues :

  • Multiples facteurs de changement.

  • Évolution continue et sur la durée (Labov : théorie de la variation linguistique).

  • Trois types de variation :

    • Diachronique : dans le temps (ex. : le français de nos grands-parents).

    • Diatopique : dans l'espace (ex. : français de Liège vs Marseille).

    • Diastratique : dans la société(selon le statut social, le métier).

  • Facteurs internes : Économie linguistique (communiquer avec le moins d'efforts).

  • Facteurs externes : Guerres, catastrophes, contexte social.

Spécificités

Systèmes de communication

Langues naturelles

a. La transmission du sens

Nombreux systèmes transmettent le sens voulu (code de la route).

La langue sert à transmettre du sens.Tout sens transmis n'est pas voulu (accents).

b. L'arbitraire

Nombreux systèmes utilisent des signes arbitraires (Morse).

La langue utilise aussi des signes arbitraires ("chat"). Elle utilise aussi des signes moins arbitraires mais interprétables ("Je suis intelligent").

c. Linéarité du message

Simultanéité permise (linéarité utilisée mais non requise, ex. : codes visuels).

Linéarité obligée :les sons doivent se succéder.

d. Le caractère discret du signe

Les systèmes utilisent habituellement des unités discrètes, en nombre fini.

La langue utilise des unités discrètes (sons limités). Elle utilise également des unités qui présentent un nombrethéoriquement infini de variations.

e. L'organisation interne du système

Les systèmes sont encodés à un seul niveau (simple articulation).

Les langues sont encodées à deux niveaux (double articulation) : unités significatives (monèmes) et distinctives (phonèmes).

IV. LANGAGE, PENSÉE ET DISCOURS

A. Henri Bergson

  • La pensée est antérieure et indépendante du langage. Une même pensée peut être exprimée dans différentes langues.

  • Le langage est uninstrument imparfait, utile pour la société, mais incapable de retranscrire fidèlement la pensée.

  • Les mots, étant généraux, ne peuvent exprimer la singularité des sentiments personnels. Le langage fige la pensée et la rend impersonnelle.

  • Pour Bergson, le langage est un outil quidéforme la pensée singulière.

La pensée

Le langage

Singularité

Généralité

Changement

Fixité

Individu

Société

B. Edward Sapir et Benjamin Whorf (Hypothèse Sapir-Whorf)

  • A l'encontre de la thèse naturaliste, chaque culture a un découpage du monde propre, organiséen concepts spécifiques à sa réalité.

  • La langue conditionne la perception et la pensée des locuteurs.

  • Différentes langues n'ont pas les mêmes répertoires pour désigner le monde, impliquant que les locuteurs de langues différentes pensent le monde différemment.

  • Hypothèse de relativisme linguistique (version faible) : La pensée peut être affectée par le langage.

  • Hypothèse du déterminisme linguistique (version forte) : La pensée est entièrement déterminée par le langage, rendant la communication interculturelle très difficile.

  • Nuances :

    • Certains aspects de la pensée sont indépendants du langage (ex. : "mot sur le bout de la langue").

    • La signification linguistique sous-détermine le sens du message.

    • Il est possible d'accéder au langage sans la pensée.

    • Le système conceptuel influence le langage, et non l'inverse.

C. Chomsky

  • S'oppose aux thèses de Sapir et Whorf : langage et pensée seraient indépendants.

  • Existence d'universaux linguistiques, invalidant le concept de tabula rasa.

  • L'humain hériterait d'un bagage linguistique inné (grammaire universelle générative) expliquant la rapidité d'apprentissage.

  • Le langage est universel,mais il existe une multitude de langues. La culture (universelle ou spécifique) est représentée dans la langue.

  • Universaux du langage :

    • Cosmogoniques : froid/chaud, terre/ciel, jour/nuit.

    • Biologiques : nourriture, boisson, sommeil, respiration, excrétion, sexe.

    • Psychologiques : peur, amour, haine.

    • Culturels : technologie, éducation, pouvoir, religion.

    • Linguistiques : communsà toutes les langues.

      • Caractère vocal (linéaire, sons non simultanés).

      • Caractère discret (unités limitées, s'opposant).

  • La grammaire universelle seraitutilisée partiellement, évoluant en grammaires indépendantes qui génèrent des énoncés à l'infini.

D. Wolff et Holmes

  • Synthétisent la littérature sur les liens entre pensée et langage, postulant que le langage affecte la pensée à différents niveaux.

  • La pensée est le langage (parole anté-vocale) : Cette hypothèse n'explique pas l'apprentissage de nouveaux concepts et mots.

  • La pensée est séparée du langage (déclinaisons) :

    • Structurellement identiques (déterminisme linguistique fort) : Si la langue n'a pas de mots pour des concepts, les concepts n'existent pas. Nuancé par le fait que la pauvreté linguistique n'implique pas la pauvreté conceptuelle.

    • Structurellement différents : L'effet du langage sur lapensée peut intervenir à différents moments :

      • Pensée avant le langage : l'attention communicationnelle est influencée par la langue maternelle.

      • Pensée avec le langage : le langage aide à penser, mais ne la détermine pas entièrement.

      • Lelangage interfère avec la pensée : codes linguistiques se mêlent à des codes non-linguistiques.

      • Le langage amplifie la pensée : augmente les outils conceptuels.

      • Pensée après le langage :

        • Langage comme projecteur :attribut certaines caractéristiques d'un mot à la pensée non-linguistique.

        • Langage comme inducteur : provoque la pensée, facilitant la stimulation mentale.

  • Conclusion de Wolff et Holmes: Le lien entre langage et pensée est faible mais réel, tandis que le lien entre pensée et monde est fort (le monde affecte nos pensées indépendamment du langage).

E. Langue et discours

Le discours est le langage mis en action et assumépar le sujet parlant. La parole est considérée comme une forme d'action.

  • Langage en situation : phénomènes observables lors d'un acte d'énonciation, fonctionnement de la "subjectivité langagière".

  • Langage comme moyen d'agir(speech acts) : accomplir des actes de langage.

Pragmatique
(le Pourquoi)

Forme
(Comment)

Utilisation
(Pourquoi)

Intentions de communication

Production des sons

Raisons pour lesquelles on communique

Habiletés conversationnelles

Grammaire (accord, ordre des mots)

Conventions sociales

Types de discours

Règles du discours

La conscience pragmatique implique de réfléchir à l'utilisation du langage en contexte (ex. : s'adapter à l'interlocuteur, respecter les intentions).

V. LES SCIENCES DU LANGAGE

Les Sciences du langage regroupent les domaines étudiant le langage humain de manière scientifique, en se distinguant de l'approche littéraire.

  • Elles ont des liens étroits avec les autres sciences humaines (psychologie, sciences cognitives, philosophie, sociologie).

  • Ferdinand de Saussure est considéré comme le fondateur des Sciences du langage.

  • Domaines d'étude :

    1. Phonétique/Phonologie : étude des sons (accents, zozotement).

    2. Morphologie : étude de la structure des mots.

    3. Lexicologie : étude des mots, du lexique.

    4. Syntaxe : étude de la combinaison des mots entre eux.

    5. Sémantique :étude du sens des mots et des phrases.

    6. Énonciation/Pragmatique : étude du sens des phrases en contextes précis.

  • La linguistique étudie la langue comme fondement de la pensée et de la connaissance, incluant l'oral, l'écrit, et les langages gestuels.

  • Elle analyse les éléments constitutifs des langues, les règles, la transmission, les pratiques, la formation historique et la différenciation interne.

  • Utilisation de méthodes variées : analyse textuelle, enquêtes empiriques (quantitatives et qualitatives),méthodes informatiques.

VI. SCIENCES DU LANGAGE, LINGUISTIQUE ET GRAMMAIRE

La linguistique est la science qui étudie le langage et les langues comme systèmes (phonologique, syntaxique, lexical, sémantique). Elle partagedes objets d'étude avec les Sciences du langage (langues particulières et faculté de langage).

La structure du système linguistique en synthèse :

Unités

phonèmes / sons

morphèmes

mots

syntagmes

phrases / énoncés

Exemples

[a][E] [5] [d][ʒ] [J]

(tabl) [fəzabl] [Efəzabl]

chaise chemin de fer

Le frère de Pierre qui est encore aux études ...

Le frère de Pierre qui est encore aux études aime beaucoup la lecture.

Domaines

phonologie
phonétique

morphologie

morphologie
sémantique

syntaxe

syntaxe
sémantique

La linguistique s'oriente selon trois axes d'étude :

  • Synchronie et diachronie : étudeà un moment donné ou son évolution.

  • Études théoriques et appliquées : création de structures, théories.

  • Études contextuelles et indépendantes : interactions du langage ou le langage pour lui-même.

Les linguistes jouent unrôle sociétal important : synthèse/reconnaissance de parole, création de dictionnaires, interfaces homme/machine, apprentissage des langues.

Le but des linguistes est de décrire l'utilisation de la langue, ainsi que la connaissance implicite que les locuteurs en ont. Le prescriptivismelinguistique (grammaire prescriptive/normative) établit des règles pour un usage correct, souvent lié au purisme. Les linguistes ne sont pas les prescripteurs, cette responsabilité revient aux linguistes des politiques et aux professeurs.

  • Le linguiste "des langues" décritles langues particulières.

  • Le linguiste "du langage" travaille sur la modélisation théorique de principes universels.

Ces deux disciplines sont complémentaires. Le postulat de base est que n'importe quelle langue est un sujet d'étude valable pour comprendre lelangage en général. La linguistique est une science :

  • Empirique : basée sur des données observables et vérifiables.

  • Descriptive : observe et décrit la langue telle quelle, sans jugement.

  • Objective : s'abstient de préjugés sociaux ou culturels.

VII. LE MÉTALANGAGE

Un métalangage est un langage qui parle d'un langage objet. Il y a deux niveaux : celui du langage objet et celui du métalangage, dont les objets sont les constituants du premier. Il joue un rôle scientifique et quotidien (fonction métalinguistique ou de glose).

Trois activités fondatrices de l'activité métalangagière :

  1. La mention : Convoquer des éléments du langageobjet dans le métalangage.

  2. La classification : Classer ces éléments en catégories (nom, verbe) ou domaines (morphologie, syntaxe).

  3. La nomination des opérations : Conceptualiser des opérations (déplacer, accorder).

Un terme technique doit être immédiat, intuitif et conventionnel pour être partagé par une communauté. Le métalangage permet de se représenter l'emploi grammatical, d'expliquer les pratiques langagières, d'assurer l'intercompréhension, et de planifier le discours.

Les activités épilinguistiques sont une "connaissance intuitive et un contrôle fonctionnel des traitements linguistiques". Elles sont spontanées et s'observent dans l'autocorrection. Les savoirs métalinguistiques sont formés par un métalangage.

Les discours épilinguistiques sont variés (non savants, mythes, stéréotypes), avec trois types d'effets :

  • Idéalisation/valorisation : Arguments sur la beauté, richesse d'une langue.

  • Folklorisation : Arguments surles aspects pittoresques.

  • Stigmatisation : Arguments sur la laideur, difficulté d'une langue ou d'un usage.

VIII. LA COMMUNICATION : ACCEPTIONS

L'expression est l'acte de manifester nos pensées et émotions. La communication est le processus de partager ces expressions avec d'autres.

Communiquer, c'est :

  • Une interaction : s'inscrit dans une théorie de l'interaction sociale.

  • Une intercompréhension intentionnelle : les agents sociaux agissent pour se faire comprendre mutuellement.

  • Les messages sont des comportements expressifs : manifestation d'une disposition affective et pratique pour provoquer une réaction.

    • Action directe : obtenir une réaction déterminée (menace).

    • Action indirecte : influencer les dispositions cognitives/affectives pour accroître les chances d'une action future (récit d'un drame).

  • Le comportement prend valeur de message quand il est perçu comme adressé et porteur desens.

  • Le destinateur (A) anticipe la réaction du récepteur (B), ce qui motive le comportement expressif. B reconnaît l'intention de A.

  • Montrer/exprimer quelque chose (ex. : pleurs d'un bébé).

  • Représenter la réalité (évoquer des objets ou événements absents).

Deux grandes approches, deux métaphores :

Approche mécaniste de la communication

Approche globaliste de la communication

Modèle linéaire : sens unique (émetteur à récepteur).

Modèle circulaire et complexe : pas de début, ni de fin. "Dans la communication comme un poisson dans l'eau".

Modèle séquentiel : suite d'opérations analysables successivement.

Modèleinteractif : une action entraîne une action réciproque.

Modèle atomistique : éléments considérés comme extérieurs, analysés séparément.

Modèle holistique : prend en compte la totalité, les éléments sont liés.

L'approche mécaniste conçoit la communication comme une transmission de contenu, où l'étude décompose les éléments (émetteur, message, récepteur). La métaphore de la machine illustre cette vision instrumentale.

L'approche globaliste conçoit la communication comme une mise en relation, un système dynamique. La métaphore de l'organisme souligne que les éléments sont connectés et s'influencent mutuellement. Le communicant participe à la construction de la situation et évolue avec le contexte.

IX. ENJEUX DE LA COMMUNICATION

  1. Lesenjeux relationnels (pratiques) : Établir, garder contact, préserver la relation (ex. : « Cette soirée était très agréable mais il commence à se faire tard... »).

  2. Les enjeux d'organisation (pratiques) : Susciter des actions de l'autre pour lacoordination sociale (ex. : organiser le travail).

  3. Les enjeux de reconnaissance (selon Axel Honneth, étendus) :

    • Être reconnu en tant qu'être aimé.

    • Être reconnu en tant que titulaire d'un statut.

    • Être reconnu en tant que membre d'un groupe.

    • Être reconnu en tant qu'être digne de respect.

    • Être reconnu en tant qu'être unique et estimable.

  4. Les enjeux de légitimation : Justifier descontraintes sociales (ex. : « c'est pour ton bien »).

  5. Enjeu ontologique : Préserver notre sens de la réalité, conforter nos convictions profondes sur l'ordre du monde (ex. : discours sur la séparation homme/animal).

X. QUATRE GRANDES CONFUSIONS

A. Introduction

La communication implique des comportements expressifs dans une interaction. Des confusions peuvent survenir quand une personne se figure une communication qui n'existe pas :

  • Message adressé à un absent.

  • Message adressé à un imaginaire.

  • Réception d'un message d'un absent.

  • Réception d'un message d'un imaginaire.

Ces situations reposent sur la croyance en la présence d'autrui.La communication suppose une intercompréhension intentionnelle. L'extension du concept de communication à tout phénomène de transmission d'information mène à quatre confusions.

B. Communication >< Information

  • L'information est ce que l'émetteur apprend au récepteur et quece dernier ignorait (sens classique).

  • L'information peut aussi être acquise par perception de l'environnement, sans transmission active ni communication (ex. : "il fait grand soleil").

  • L'information relève de la connaissance, pas de l'interaction.

  • Il est difficile de communiquer sans informer, mais une information n'est pas nécessairement le fruit d'une communication (ex. : documents compromettants).

  • Un ordinateur ne communique pas car il n'a pas de conscience ni d'intention.

C. Communication >< Perception

  • Confondre la communication avec laperception, c'est confondre l'usage actif et passif.

  • La théorie de la communication risquerait de devenir une théorie de tout rapport au monde si l'on étendait les notions de "message", "transmission d'information", "signe", "symbole" à la perception du mondeou aux échanges entre machines.

D. Communication >< Compréhension

  • La communication suppose la compréhension du message, mais la compréhension d'une action quelconque n'équivaut pas à la compréhension d'un message.

  • La frontière entre action de communication et autresactions est parfois floue, mais la communication ne présuppose ni réflexion ni réflexivité constantes.

  • Il est impossible de rester constamment en communication en raison des ressources d'attention limitées.

  • La condition première de toute communication est la conscience d'autrui et d'une interaction potentielle.

E. Communication >< Interaction

  • Toute communication s'inscrit dans une interaction, mais toute interaction n'entraîne pas nécessairement une communication.

  • L'interaction peut être une influence sans message explicite (ex. : faire fuir un visiteur indirectement).

E. 1. Interaction matérielle

  • L'action d'un agent ou sa trace matérielle contraint l'action d'un autre agent sans médiation de la compréhension (ex. : une maison déjà vendue).

  • Les ajustements se font en fonction de la matérialité, non du sens.

E. 2. Interaction compréhensive

  • Les agents cherchent à reconnaître les intentions des autres pour anticiper leurs actions et s'y ajuster.

  • Il s'agit d'inférer des désirs etémotions (ex. : aider une personne âgée qui tombe).

  • Ce n'est pas de la communication, mais une influence.

  • Elle constitue un mécanisme important de coordination sociale, même sans expression intentionnelle.

  • L'influence inconsciente des parents sur les enfants relève de cette interaction.

E. 3. Interaction expressive non verbale

  • Un agent adopte un comportement expressif pour susciter une action chez l'autre (ex. : un bandit qui braque un revolver). C'est de la communication.

  • La coordination sociale est activement produite par l'expressiond'intentions.

E. 4. Interaction verbale

  • Un agent adopte un comportement expressif VERBAL pour susciter une action. C'est de la communication.

  • Elle enrichit l'interaction expressive grâce au langage articulé, augmentant les possibilités de coordination sociale.

  • Les mots, puis les chaînes structurées, apparaissent par la conventionnalisation des émissions sonores.

XI. L'INTERSUBJECTIVITÉ PRATIQUE

A. Introduction

  • Avant toute communication, les humains s'observent et attribuent un sens aux actions d'autrui.

  • L'intersubjectivité pratique est la reconnaissance spontanée des actions d'autrui dans les contextes sociaux.

  • Le point de départ de la communication n'est pas les sentiments individuels, mais l'immersion de la conscience dans lesinteractions humaines.

B. Le concept d'action

  • Une action est toute intervention intentionnelle dans un système. Elle suppose des régularités et vise un but dans une situation donnée (ex. : jouer au tennis).

  • Elle combine des opérations de perception,anticipation et motrices.

  • Parler d'intervention intentionnelle n'implique pas toujours décision, rationalité ou volonté consciente (ex. : gestes d'un joueur, intuitifs plutôt que rationnels).

B. 1. L'intention en action

  • L'intentionnalité de l'action n'implique pas de représentation future, mais une intention en action : l'expérience vécue de l'action et l'anticipation de son effet.

  • La capacité d'inhiber l'action et d'agir autrement est inhérente à l'intentionnalité.

  • Intention préalable : futur éloigné, externe à l'action, vise un objet absent (projet, imagination, suppose le langage).

  • Intention en action : futur immédiat, interne à l'action, vise un objet présent (anticipation, perception, circonscrite au champ perceptif).

C. Comprendre une action

  • Comprendre une action, c'est reconnaître l'intention en action qui l'anime (la situation vécue dont elle est une réaction et l'effet anticipé).

D. La situation : cognitive et affective

  • L'action implique de reconnaître une partie de l'environnement, sélectionnant, liant et excluant des informations.

  • L'action construit une situation à laquelle la prochaine action réagit.

  • Attention focale : s'applique à l'objet visé.

  • Attention subsidiaire : environnement pertinent de l'action.

  • Une situation est une construction cognitive et affective, un espace centré sur un objet d'attention et d'incertitude.

E. L'immersion de la conscience dans le monde

  • L'intention n'est pas un contenu subjectif isolé du monde extérieur ; une situation est vécue et l'agent y réagit.

F. Comprendre une action

F. 1. Comprendre l'action comme réaction intentionnelle à une situation

  • Comprendre une action, c'est en reconnaître le sens/la situation typique, l'inscrire dans un usage.

  • On peut comprendre une action et expliquer un phénomène.

F. 2. Quatre conséquences

  1. La compréhension est une question de degré, non de tout ou rien. Plurielles interprétations possibles.

  2. Supposent de reconnaître l'intention en action, non seulement l'intention préalable.

  3. Une compréhension explicite et objective, indépendante de la situation vécue, estune contradiction. C'est un mouvement d'empathie face à une situation vécue.

  4. La compréhension d'autrui devient une tâche exigeant attention et réflexion lorsque notre propre action dépend de celle d'autrui et que l'action d'autrui n'est pas prévisible.

F. 3. Le sens d'une action est ce que l'autre en comprend

  • Le sens est inhérent à la reconnaissance d'une action comme réaction intentionnelle à une situation vécue.

  • Le sens est nécessairement tacite, car l'expliquer nécessiterait une autre action à comprendre.

  • La question du sens ne se pose que pour le spectateur de l'action d'autrui.

F. 4. La compréhension est inhérente à notre rapport à l'autre conscient

  • Le sens imprègne profondémentnotre rapport à l'autre conscient (ex. : réaction face à une femme vivante parmi des statues).

F. 5. La compréhension est une participation

  • Comprendre une action, c'est reconnaître la situation de l'autre et y réagir mentalement.C'est une forme de participation (cognitive et affective).

G. L'empathie spontanée

  • L'agent social est capable de se placer, sans y réfléchir, dans la situation des autres pour adapter ses conduites et discours.

  • La sympathie (chez les Grecs, Hume) désignait la participation à la douleur d'autrui, la communication naturelle des passions.

  • L'empathie est la faculté plus générale de reconnaître affectivement et cognitivement la situation d'autrui et d'anticiper sa dispositionà réagir. C'est se mettre "dans la peau d'autrui" pour une situation précise.

H. Conclusion sur l'intersubjectivité pratique

  • Il y a de la compréhension et du sens avant la communication et le langage.

  • La compréhension est la reconnaissance chroniquedes intentions et des situations typiques.

  • La vie psychique est fortement déterminée par les autres. L'empathie primaire désigne cette participation chronique.

  • Les compétences pour comprendre les autres permettent aussi de se faire comprendre des autres.

XII. FONDEMENTSEXPRESSIFS DE LA COMMUNICATION

A. Introduction

  • Comment concevoir une communication tacite, irréfléchie, non langagière et préalable à toute représentation ?

  • L'interaction compréhensive, fondée sur l'expressivité spontanée, n'implique pasde communication.

  • Cependant, elle est le terreau de la communication quand l'agent réoriente son action pour l'adresser à un interprète afin de susciter une réaction.

  • Une action de communication est l'usage intentionnel d'un comportement expressif dans une interaction.

B. La naissance du message

  • La communication commence lorsqu'un agent dépend d'un autre et adopte un comportement expressif pour provoquer une réaction. Ce comportement prend deux formes.

B. 1. Une pure expression affective

  • Le passage dela simple réaction à la manifestation ostensible marque le début de la communication (ex. : les pleurs d'un nourrisson deviennent des appels).

  • Le message se réduit à une pure expression affective, où l'enfant montre sa souffrance pour obtenir une réaction.

  • La communication est fondée sur l'émergence d'une règle sociale liant une conduite ostensible à une réaction typique de l'autre. L'enfant découvre autrui comme une médiation.

B. 2. Un geste ostensif accompagné d'une expression affective

  • Combinaison d'un gestevers un objet et d'une expression affective vers le destinataire.

  • Ex. : Un enfant qui veut des biscuits, il comprend qu'il a besoin de l'aide de sa mère :

    • Il inhibe son action, attire l'attention de sa mère.

    • Ilesquisse le geste d'atteindre les biscuits pour manifester son intention.

  • L'action initiale (tendre la main) perd sa fonction instrumentale et acquiert une fonction expressive.

C. La compréhension du message

  • L'aptitude àcomprendre un message découle de l'aptitude plus générale à comprendre l'action.

  • Toute communication exige une double compréhension du destinataire :

    1. La signification du message : "Que cherche-t-il à me faire comprendre ?"

    2. Lesens de l'action de communication : "Qu'est-ce qu'il attend de moi ?"

  • Une action de communication réagit à une situation vécue, mais son action est expressive et anticipe spécifiquement une réaction d'autrui.

D. Deux types de rapport à l'objet

  • L'interaction peut inclure un objet tiers. Le message sert à orienter l'attention : d'abord sur l'émetteur, puis sur l'objet.

  • Objet montré : présent dans le champperceptif.

  • Objet évoqué : absent, doit être représenté linguistiquement.

E. L'action de communication en tant qu'intention manifestée

  • Le message est un comportement expressif, pas seulement un signe. La communication est fondée sur la dépendance du direau montrer.

  • L'expressivité spontanée (non communicationnelle) révèle des intentions à l'insu de l'agent.

  • Pour devenir un message, un comportement doit être ostensible, reconnu comme adressé avec une intention (raisonnement de Paul Grice).

  • Une action de communication est une intention manifestée, pas simplement inférée.

F. Trois propriétés de l'action de communication

  1. Action sociale : Comportement qui se rapporte et s'oriente par rapport au comportement d'autrui. Communiquer, c'est participerà une activité commune.

  2. Action intentionnelle : Vise autrui et anticipe sa réaction.

    • Implique une triple anticipation du partenaire : attention au comportement expressif, compréhension du message, réaction au message.

    • S'inscrit dans un fluxd'activité, répondant et anticipant.

  3. Action expressive : Inclut l'intention de rendre manifeste l'intention, de la montrer ostensiblement.

    • Pratique (désigner un objet) et affective (exprimer un désir).

    • Exprimer une intention, c'est manifester une disposition pratique et affective.

G. Expressivité spontanée vs. Expressivité intentionnelle

  • L'expression "incarne" ce qui est exprimé. Une expression affective est une manifestation,pas un signe.

  • L'expressivité spontanée est immanente à toute action humaine non communicationnelle, sans viser autrui. C'est la source de l'expressivité intentionnelle.

  • La pensée peut être vue comme un dialogue interne avec un partenaire potentiel.

  • L'expressivité n'exige ni conscience de soi, ni langage, ni représentation, seulement l'expérience et la réaction à une situation.

  • La différence entre les deux réside dans l'intention de l'agent : agir sur le monde (spontanée) ou se faire comprendre (intentionnelle).

  • Distinguer les deux permet d'analyser les décalages et de comprendre l'émergence de l'expressivité intentionnelle.

  • Le langage est d'abord expression, avant d'être représentation.

H. La nature du message

H. 1. Autrui comme médiation obligée

  • La dépendance à autrui (résistance du monde et pouvoir d'autrui) fait que sa réaction conditionne la satisfaction de nos besoins.

  • Passer à la communication, c'est reconnaître le pouvoir d'autrui surnotre existence.

H. 2. La situation de communication

  • L'émetteur doit attirer et retenir l'attention du récepteur (par des décalages avec la routine) et lui faire comprendre ce qui est attendu.

  • Toute communication suppose unenorme élémentaire de coopération.

H. 3. L'ostension et la signification

  • Le fait de réaliser ostensiblement le début d'une action sert à indiquer au récepteur les éléments sur lesquels il doit se fonder pour son inférence (ex. : tendrela main vers une scie).

  • La signification naît lorsque l'agent utilise une phase antérieure d'une action pour signifier la phase ultérieure.

  • L'intention en action est à la source du message.

I. La communication suppose l'intentionnalité

  • La signification résulte de la faculté de "surprendre" une action esquissée. L'intentionnalité est la condition de la signification du message.

  • Un comportement n'acquiert une fonction expressive que s'il peut être inhibé et conditionné par la réaction d'autrui (ex. :une expression de colère est une inhibition d'agression, signifiant une menace).

  • Les actions intentionnelles (que l'on peut déclencher et réprimer) peuvent servir à communiquer.

  • Les réactions physiologiques (rougir, bâiller) ne sont pas des comportements expressifs intentionnels, mais la réaction sociale à ces phénomènes peut l'être.

J. Entre expressivité spontanée et expressivité intentionnelle

J. 1. Expressivité intentionnelle

  • L'action sert à exprimer des dispositions et à susciter une réaction.

J. 2. Expressivité spontanée

  • L'action nous informe sur les dispositions affectives et pratiques de son auteur, sans intention communicative (ex. : la tristesse involontaire d'un collègue).

  • Cette compréhension peut influencer la communication ultérieure.

J. 3. L'influence détournée

  • Le comportement ne manifeste pas une intention explicite d'exprimer, mais "laisse voir" (ex. : la "victime professionnelle" qui feint de réprimer sa douleur, ou des livres savants posés "négligemment").

  • La conduite exprime quelque chose, mais n'est pas une expression sociale inscrite dans l'interaction.

J. 4. Les verbes informatifs

  • Distinction entre deux usages des verbes informatifs :

    • Usage passif (interprétation d'un observateur) : une fièvre "témoigne" d'une maladie.

    • Usage actif (communicationnel) : "indiquer" le chemin.

  • Trois types de processus :

    • Usage actif et intentionnel : Communication.

    • Usage passif et non intentionnel : Perception et inférence.

    • Usage passif et intentionnel : Influence détournée (proposer volontairement un indice sans intention de communication).

  • Ex. : "Son visage exprimant la tristesse" peut être interprété comme expressivité spontanée, influence détournée ou expressivité intentionnelle, avec des conséquences différentes sur la réaction du partenaire.

  • Il est crucial de distinguer les actions qui ont valeur de message de celles qui n'en ont pas, maisfaçonnent le contexte d'interprétation.

K. Sens et signification

  • Une action est une réaction à une situation vécue, visant un résultat. Un message verbal est une réaction manifestée à autrui.

  • Signification : Compréhension du message(intention manifestée par un comportement expressif).

  • Sens : Compréhension de l'action de communication (ce qui motive le message, la réaction sociale cherchée par l'émetteur – l'intention interactive).

  • Ces deux ne doivent pas être confondus : un message s'inscrit dansune interaction, et son sens social est crucial.

  • La signification et le sens sont étrangers à l'action de l'émetteur ; il n'a pas besoin de les conférer. Le récepteur les reconnaît ou non.

L. Le message non verbal comme réaction à la situation

  • On peut reconnaître la signification sans comprendre le sens (ex. : une employée montre son mépris pour son chef à ses collègues).

  • Pour reconstruire le sens, il faut comprendre pourquoi l'employée a réagi ainsi et ce qu'elle attendait des autres. L'action expressive est une réaction à une situation vécue et orientée vers autrui.

XIII. MODALITÉ ORALE ET ÉCRITE

L'écrit n'est pas une simple transposition graphique de l'oral ; les deux font appel à des canaux différents (auditif, visuel) et mobilisent des compétences distinctes.

  • À l'oral : Le paraverbal et le non-verbal (gestes, mimiques, intonations, redondances) sont essentiels pour la compréhension. L'oral implique tout le corps.

  • À l'écrit : Les moyens verbaux sont développés. L'écrit exige une réorganisation de la pensée, pas un simple transcodage.

La transcription d'une conversation ne constitue pas un texte écrit, car l'oral est caractérisé par des ruptures et des rattrapages. L'écrit exige une structuration et une cohérence textuelle pour sa stabilité et sa compréhension, car l'auteur est absent.

À l'oral, les approximations sont compensées par les répétitions ou l'intervention de l'interlocuteur. À l'écrit, une "économie différente" est requise, plus explicite, permettant retours en arrière et vérification.

  • Oral premier : Spontanéité des échanges ordinaires.

  • Oral dit second : Prend appui sur un écrit (ex. : conférencier), intègre les caractéristiques de l'écrit (économie, structuration).

L'accès à l'écrit peut passer par une phase de lecture idéo-visuelle (reconnaissance des mots sans déchiffrage), une lecture de type logographique facilitant l'accès au sens. Cela permet de s'approprier l'écrit en réception avant de le produire.

Les linguistes insistent : une langue est fondamentalement un système oral. Beaucoup de langues ne sont pas écrites. L'apprentissage de la langue écrite devrait s'appuyersur la langue parlée. L'oral reste souvent dévalorisé et peu étudié, l'école se concentrant sur les aspects techniques de l'écrit (orthographe, grammaire).

Canal auditif (Oral)

Canal visuel (Écrit)

Monde de la connivence, de l'expérience partagée.

Favorise la mise à distance et la réflexivité.

Compréhension facilitée par : gestes, mimiques, intonation, redondances.

Le paralinguistique disparaît remaniements : lexique plus précis, connecteurs, formes verbales.

Fluidité et volatilité ruptures, rattrapages continuels.

Lenteur élaboration et abstraction.

Périodes séparées par des pauses brèves.

Organisation (récente, auparavant scriptio continua).

Structure qui s'organise autour du sens.

Pauses longues, cognitives (structure plus réflexive de l'écrit).

Oral de la spontanéité.

Stabilité possibilité de retour, de vue d'ensemble. Cohérence textuelle.

Oral secondaire (qui s'appuie sur un écrit de référence).

Les difficultés d'apprentissage des langues étrangères incluent l'identification d'éléments significatifs dans un flux continu de paroles, nécessitant la maîtrise du système phonétique et de la grammaire orale. La chaîne parlée n'est pas segmentée par des espaces.

Les nouvelles formes d'écrit et d'oral brouillent la distinction traditionnelle, rendant la langue plus variable. Les messages vocaux peuvent persister, les écrits disparaître. L'écrit des SMS ne respecte pas toujours les normes grammaticales, tandis que le vocal peut être préparé. L'écrit a une forte valorisation sociale (lois, contrats) et est associé à l'instruction élevée. Cependant, l'usage des SMS par des personnes analphabètes et l'utilisation des dictionnaires en ligne montrent que l'écrit n'est plus le domaine réservé des"maîtres" de l'orthographe

Lancer un quiz

Teste tes connaissances avec des questions interactives