Introduction à la science politique
20 cartesCe document présente une introduction à la science politique, couvrant des sujets tels que le pouvoir, l'autorité, la légitimité, les régimes politiques, les partis politiques, les comportements électoraux et les mouvements sociaux.
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La science politique est une discipline des sciences sociales qui étudie les phénomènes politiques sous différents angles. Elle vise à comprendre l'organisation, l'exercice et la légitimité du pouvoir, l'évolution des régimes politiques, le rôle des acteurs politiques tels que les partis, les citoyens et les mouvements sociaux, ainsi que l'élaboration des politiques publiques.
La Science Politique : Définitions et Concepts Clés
Comprendre le Politique : Approches Essentialiste et Pragmaticiste
- Approche Essentialiste : Le politique est perçu comme une sphère spécifique de la société, distincte et restrictive. Elle cherche à identifier l'essence universelle du politique.
- Approche Pragmaticiste : Vision plus large où le politique est transversal à la société. Tout fait social peut devenir politique et cette définition évolue avec le temps.
Les Trois Dimensions du Politique en Anglais (et leurs équivalents en Français)
Alors que le français n'utilise qu'un seul mot ("Politique"), l'anglais distingue trois dimensions :
- Polity (le politique) : Fait référence à la forme d'organisation politique ou au système de gouvernement dans une zone géographique donnée.
- Politics (la politique) : Concerne les activités, processus et discussions liés à la gouvernance, aux affaires publiques et à l'exercice du pouvoir.
- Policy (les politiques) : Désigne l'ensemble des principes, règles ou lignes directrices qui régissent la prise de décision et les actions au sein d'une organisation, d'un gouvernement ou d'une institution.
Ces trois dimensions sont liées mais distinctes. Leur compréhension permet de saisir plus précisément l'objet d'étude de la science politique.
Caractéristiques de la Science Politique en tant que Science Sociale
La science politique, en tant que science sociale, partage trois caractéristiques fondamentales :
- Neutralité Axiologique (Max Weber) : Séparation de l'analyse et du jugement de valeur. L'objectivité dans l'analyse est primordiale, les opinions personnelles ne doivent pas influencer.
- Ambition de Systématisation : Identification de tendances, de modèles et de régularités. Elle s'appuie sur des théories et des concepts pour créer des modèles comparatifs.
- Utilisation de Méthodes Scientifiques : Emploie des méthodes qualitatives et quantitatives rigoureuses (statistiques, enquêtes, entretiens, observation, archives).
Émergence et Évolution de la Science Politique
Origines Philosophiques et Institutionnelles
- Antiquité : Aristote est considéré comme l'un des fondateurs pour son approche systématique des formes de gouvernement. Des philosophes comme Platon, Cicéron, Machiavel, Hobbes, Locke, Montesquieu et Madison ont posé les bases de la réflexion politique.
- Émergence Discipline Académique : La science politique moderne est apparue au milieu du XIXe siècle, notamment à l'Université de Columbia (1857). Cette émergence est liée à l'autonomisation du politique vis-à-vis d'autres sphères (économie, moral, religion).
Phases de Développement de la Science Politique Moderne
- Première Phase (Fin XIXe - Début XXe) : Axée sur la compréhension et l'explication des institutions politiques (parlements, partis politiques). Les chercheurs étaient "institutionnalistes".
- Deuxième Phase (Milieu XXe) : Changement de l'approche vers le comportement politique, notamment après l'effondrement des démocraties. Utilisation de nouvelles méthodes (sondages d'opinion) pour étudier les citoyens et leurs comportements électoraux.
- Troisième Phase (Fin XXe - Aujourd'hui) : Intégration de l'école du choix rationnel (comportement politique influencé par des calculs coûts-bénéfices) et de l'école sociologique (influence de l'environnement social). Émergence du néo-institutionnalisme.
La Science Politique comme Discipline Carrefour
La science politique se divise en plusieurs branches :
- Théorie politique et institutions politiques (Polity)
- Sociologie politique (Politics)
- Analyse des politiques publiques (Policies)
- Relations internationales
Perspective de Genre en Science Politique
Traditionnellement, la science politique a été réticente aux études de genre, souvent perçue comme une "science de l'État" privilégiant la classe sociale au détriment du genre. Cependant, la "féminisation tardive" de la discipline et la problématique du "plafond de verre" ont conduit à de nouvelles perspectives :
- La production politique du genre : Comment le politique influence-t-il les constructions de genre ?
- Déplacement des frontières du politique : L'idée que "le personnel est politique" remet en question la séparation entre sphères publique et privée, intégrant la famille, la sexualité et le patriarcat dans l'analyse politique.
Pouvoir, Autorité et Légitimité
L'activité gouvernementale repose sur des relations de pouvoir. Ces notions sont fondamentales pour comprendre pourquoi les individus obéissent et reconnaissent le droit de gouverner.
Définition du Pouvoir en Science Politique
Le pouvoir, notion "sociologiquement amorphe" selon Max Weber, est au cœur de l'analyse politique.
Approches Plurielles du Pouvoir
- Approche Substantialiste : Le pouvoir est une entité que l'on possède ou que l'on perd (ex: "quelqu'un a perdu son pouvoir").
- Approche Institutionnaliste : Le pouvoir est identifié à l'État et aux institutions. Cependant, cette vision est critiquée car ceux qui détiennent le pouvoir ne l'exercent pas toujours directement.
- Approche Relationnelle (Interactionniste) : Le pouvoir est une relation entre individus ou groupes.
- Robert Dahl (1961) : Le pouvoir de A sur B est la capacité de A à faire faire à B quelque chose qu'il n'aurait pas fait sans l'intervention de A.
- Peter Bachrach et Morton Baratz (1962) : Le pouvoir de A sur B peut aussi se manifester par le fait que B n'agit pas ou n'adopte pas un comportement donné. Cette approche met en lumière le "non-dit" dans l'agenda politique.
- Steven Lukes (1974) : Va plus loin en évoquant un "pouvoir invisible" qui façonne les préférences des individus, y compris par l'internalisation des contraintes (ex: pouvoir totalitaire). C'est la forme la plus insidieuse, où la population ne conteste ni ne s'oppose.
Pouvoir et Autorité selon Max Weber
Max Weber distingue deux concepts fondamentaux :
- Macht : Le pouvoir entendu comme force ou contrainte (basée sur la coercition). C'est un pouvoir instable.
- Herrschaft : La domination ou l'autorité. Une relation de pouvoir stabilisée et légitimée. L'autorité repose sur la reconnaissance par les gouvernés du droit des gouvernants d'exercer le pouvoir.
Autorité = pouvoir légitimé et stabilisé. La légitimité est la reconnaissance accordée à celui qui exerce le pouvoir. La contrainte est la garantie d'atteindre sa volonté en l'absence ou l'insuffisance de légitimité.
Pourquoi les individus obéissent-ils ?
L'obéissance peut découler de diverses raisons :
- Habitude (naturalisation du pouvoir).
- Raisons émotionnelles (adhésion à un leader).
- Intérêts matériels.
- Idéal (atteindre un objectif supérieur).
La stabilité du pouvoir repose sur la croyance des individus en sa légitimité. Une autorité réussie est avant tout une entreprise de légitimation réussie.
Les Trois Types Idéaux de Domination Légitime de Weber
Weber a conceptualisé des "types idéaux" pour analyser la légitimité du pouvoir :
- Domination Traditionnelle :
- Légitimité basée sur les coutumes et l'habitude.
- Naturalisation du pouvoir (le pouvoir est "naturel").
- Nécessite d'agir en conformité avec la tradition pour maintenir la légitimité.
- Domination Légale-Rationnelle :
- Exercice du pouvoir organisé par des règles écrites (lois) définissant droits et devoirs.
- Dépersonnalisation de la domination.
- Juridiciation des relations de pouvoir.
- Domination Charismatique :
- Découle d'une croyance en les qualités exceptionnelles d'un individu.
- Situation exceptionnelle et/ou transitoire, "intrinsèquement instable" selon Weber.
Ces types idéaux se combinent différemment selon les contextes historiques.
Spécificité du Pouvoir Politique
- Le pouvoir politique s'exerce sur l'ensemble de la société et définit les prérogatives des autres pouvoirs sociaux.
- Il revendique le monopole de la violence physique légitime (Weber), c'est-à-dire la capacité d'imposer des sanctions par la contrainte physique.
- Dans les sociétés modernes, ce pouvoir s'institutionnalise au sein des structures étatiques. Les sanctions de l'État sont décidées par des institutions politiques et appliquées par des institutions judiciaires et administratives, les rendant légitimes (État de droit).
Perspective de Genre sur le Pouvoir : Le "Personnel est Politique"
L'adage "le personnel est politique" a des implications importantes :
- Le pouvoir et les formes de domination s'étendent aussi à la sphère privée.
- Il révèle le caractère politique (relations de pouvoir et de domination) de comportements et de faits perçus comme personnels, les transformant en problèmes politiques (ex: conceptualisation du patriarcat).
- Elle remet en question la ligne de démarcation traditionnelle entre sphère publique (politique) et sphère privée (liberté individuelle), en montrant que les inégalités de pouvoir privées ont des conséquences dans la sphère publique.
Un Portrait de l'État
L'État est la forme dominante d'organisation politique moderne et un concept fondamental de la science politique.
Définition de l'État : La Théorie des Trois Critères
Au début du XXe siècle, des juristes ont défini l'État par trois critères :
- Un Pouvoir d'Injonction Légalement Organisé :
- Capacité d'imposer des actes unilatéraux et de garantir l'efficacité des règles juridiques par la coercition.
- Aujourd'hui, l'État n'est plus le seul à détenir ce pouvoir (organisations internationales, acteurs non étatiques).
- Un Territoire :
- Espace tridimensionnel (terre, mer, air) où s'appliquent les règles juridiques.
- Importance des frontières pour délimiter les zones d'application des normes.
- La notion de frontière s'est affaiblie à l'époque contemporaine, la rendant moins adaptée aux réalités socioculturelles.
- Une Population :
- Les individus soumis à la juridiction de l'État (nationaux et étrangers).
- La citoyenneté transcende les disparités pour créer un sentiment d'appartenance.
- Cette caractéristique est également érodée aujourd'hui (citoyenneté européenne, double nationalité).
À ces trois critères, la Convention de Montevideo sur les droits et devoirs des États (1933) a ajouté la capacité d'entrer en relation avec les autres États.
La reconnaissance d'un État est souvent plus une question politique que légale, comme en témoignent les cas de la Palestine, du Kosovo ou de la République turque de Chypre du Nord.
La Définition de Max Weber : Monopole de la Violence Physique Légitime
Selon Weber, un État est :
"une communauté humaine qui revendique (avec succès) le monopole de l'usage légitime de la force physique sur un territoire donné."
- C'est le monopole le plus essentiel et le plus distinctif de l'État.
- Bien que la violence physique ne soit pas le seul ou le plus usuel des moyens d'action dans les démocraties, elle reste une prérogative exclusive de l'État.
- Pour être légitime, la contrainte physique doit être exercée dans le respect de l'État de droit.
Les Monopoles qui Fondent l'État Moderne
L'État moderne occidental s'est construit par l'établissement d'une série de monopoles interdépendants :
- Monopole de la Production des Lois et des Règles : L'État crée les normes auxquelles tous doivent se soumettre.
- Monopole Fiscal : L'État finance ses activités par la perception d'impôts.
- Monopole Économique : L'État émet la monnaie.
- Monopole Judiciaire : Seul l'État a le pouvoir de juger et de punir.
- Monopole de la Représentation Collective : Seul l'État peut prendre des décisions engageant la communauté entière (ex: traités, déclaration de guerre).
- Monopole de la Violence Physique Légitime : Le plus important et le seul qui n'a pas été remis en question par la globalisation.
Genèse de l'État Moderne : Facteurs Historiques
L'émergence de l'État moderne est un processus historique long et complexe, favorisé par :
- Facteurs Économiques : Développement du capitalisme de marché, rôle de la bourgeoisie.
- Facteurs Religieux et Culturels : Séparation progressive du pouvoir politique et religieux, rôle de la Réforme.
- Facteurs Politiques et Militaires (Norbert Elias) : La dynamique concurrentielle entre les unités politiques (guerres) a conduit à la bureaucratisation, à la taxation et à l'institutionnalisation de l'État.
L'État-Nation
L'État-nation, forme dominante au XIXe siècle, est un système où l'institutionnel coïncide avec la nation (communauté d'adhésion). C'est une construction continue impliquant :
- Un ensemble d'institutions.
- Un sentiment d'appartenance à un groupe commun (homogénéisation culturelle).
- Une réalité territoriale.
Le rôle de l'État dans la construction de la nation est crucial (institutions éducatives, armée, politiques symboliques). La nation est une "communauté imaginée" (Benedict Anderson).
Transformation et Déclin Contemporain de l'État ?
L'État n'est pas une réalité statique. Des transformations politiques, économiques et sociales récentes ont conduit à s'interroger sur un éventuel "déclin" de son pouvoir et de sa souveraineté ("hollowing out" de Bob Jessop).
- Déterritorialisation du Pouvoir : Réduction de l'importance des frontières, perte de centralité de l'État dans la socialisation politique.
- Décentralisation du Pouvoir : L'État doit composer avec d'autres niveaux de pouvoir :
- Supranational : Organisations internationales, régionalisation (UE), entreprises multinationales.
- Infranational : Décentralisation, mouvements sécessionnistes, droits de l'homme.
Cependant, des auteurs contestent ce "déclin", soulignant la réaffirmation du rôle central de l'État face au terrorisme, aux crises économiques ou sanitaires. La notion de "gouvernance" illustre cette réalité où l'État collabore avec d'autres acteurs à différents niveaux.
Perspective de Genre sur l'État
- Dans les années 1970-1980, les féministes ont souvent eu une vision négative de l'État, le percevant comme un instrument patriarcal (Carol Pateman et le "Contrat sexuel").
- À partir des années 1990, on observe une "renaissance" de l'intérêt pour l'État en études de genre, avec une vision plus positive, reconnaissant l'importance de l'État-providence et le rôle des "femmes cadres" ("femocrats").
Régimes Autoritaire et Totalitaire
Le régime politique est l'ensemble des règles et pratiques qui organisent le pouvoir dans un État. Il définit "l'ensemble des éléments idéologiques, institutionnels et sociologiques qui concourent à former le gouvernement d'un pays donné pendant une période donnée" (Jean-Louis Quermonne).
Classifications Historiques et Typologies Modernes
Classifications Classiques (Aristote, Rousseau)
Ces typologies avaient une double ambition :
- Descriptive : Nombre de personnes exerçant le pouvoir (Monarchie, Aristocratie, Démocratie).
- Normative : Distinction entre formes "justes" et "corrompues" (ex: Démocratie et Ochlocratie, Monarchie et Tyrannie).
Critiques : caractère normatif, diversité des catégories, focalisation sur l'institutionnel au détriment des structures économiques (théories marxistes) ou des réalités informelles (sociologie des institutions).
Typologie Contemporaine
Basée sur deux critères : le degré de participation citoyenne et le degré de pluralisme politique.
- Régimes Totalitaires
- Régimes Autoritaires
- Démocraties Pluralistes
Les dictatures (autoritaires et totalitaires) se définissent par l'absence de compétition politique ouverte, pluraliste et organisée. Juan Linz propose quatre critères pour les classifier.
Le Totalitarisme
Le totalitarisme est la forme la plus répressive de régime politique (ex: URSS, Corée du Nord, Allemagne nazie).
Caractéristiques Principales (selon Juan Linz)
- Monisme du Pouvoir : Un seul groupe exerce l'intégralité du pouvoir politique.
- Mobilisation Totale de la Population : Participation active et contrôlée de la société.
- Idéologie Officielle et Centrale : Une "religion politique" qui cherche à façonner un "nouvel individu" et soumet toutes les sphères d'activité (idéocratie).
- Leadership Arbitraire ou Discrétionnaire : Un leader charismatique qui incarne le régime.
Autres caractéristiques essentielles :
- Contrôle Social Fort et Diffus : Permet d'identifier et punir toute résistance.
- Atomisation de la Société Civile (Hannah Arendt) : Destruction des groupes d'appartenance, rupture des solidarités, sentiment d'isolement et d'insécurité.
- Terreur : Selon Arendt, c'est l'essence du totalitarisme. Linz nuance cette idée, considérant qu'un totalitarisme sans terreur est possible, et insiste sur le mécanisme de contrôle politique et social basé sur le soutien volontaire mêlé de récompenses et de peurs.
Outils de Fonctionnement du Régime Totalitaire
- Parti Unique et Organisations Collatérales : Permet un contrôle étendu sur la société (surveillance, éducation, culte du leader, sélection des élites).
- Leader Totalitaire et Culte de la Personnalité : Le leader incarne le régime et évite l'émergence de centres de pouvoir autonomes.
- Idéologie Centrale : Monopole sur toutes les formes d'expression publique, destruction des institutions existantes, désignation d'un "ennemi objectif".
- Développement Exagéré de l'Appareil Répression : Dominations totale par l'arbitraire des incriminations criminelles, camps de concentration.
Critiques et Nuances
La catégorie de totalitarisme, bien que clé pour comprendre le XXe siècle, a été critiquée pour son homogénéisation (ex: Nazisme et Stalinisme) et pour négliger la capacité de "résistance" de la société civile (Ian Kershaw).
L'Autoritarisme
L'autoritarisme est un régime "intermédiaire", ni pleinement démocratique, ni totalitaire.
Caractéristiques Principales (selon Juan Linz)
- Pluralisme Limité Toléré : Plus d'un groupe peut participer au pouvoir, mais de manière strictement contrôlée (pas de contestation des fondements du régime).
- Dépolitisation et Apathie de la Population : Faible mobilisation, l'activité politique est restreinte aux élites.
- Absence de Projet Idéologique Structuré : Pas d'idéologie officielle, mais un discours se basant sur des valeurs générales (nationalisme, tradition).
- Leadership Arbitraire Limité : Un petit groupe ou un individu exerce un pouvoir arbitraire, mais moins absolu que dans un régime totalitaire.
L'autoritarisme est un concept résiduel, englobant une grande diversité de régimes (monarchies, régimes militaires, etc.). Ces régimes utilisent souvent la coercition et la répression pour maintenir l'ordre.
La Question de la Démocratisation
Comprendre pourquoi certains pays sont démocratiques et d'autres non implique d'analyser :
- L'établissement de la démocratie (transition démocratique).
- La survie de la démocratie (éviter le basculement vers l'autoritarisme).
Aucune explication unique, mais une combinaison de variables :
- Explications Structurelles : Développement économique (théorie de la modernisation), niveau d'inégalité sociale.
- Explications Institutionnelles : Effets des systèmes présidentiels/parlementaires, résilience des dictatures avec partis/législatures.
- Rôle des Acteurs : Les leaders engagés, les mouvements sociaux non-violents.
- Facteurs Externes : Les "vagues" de démocratisation, le rôle des organisations internationales et de l'aide étrangère.
Démocratie
La démocratie, née en Grèce antique (Athènes), est un système où le pouvoir émane du peuple.
Démocratie Antique vs. Démocratie Moderne
Moses Finley (1973) souligne les différences cruciales :
| Démocratie Antique | Démocratie Moderne | |
|---|---|---|
| Citoyenneté | Restrictive (exclut femmes, mineurs, esclaves, étrangers) | Inclusive (sauf mineurs, détenus, non-nationaux dans certains cas) |
| Désignation des Représentants | Démocratie directe (tirage au sort par le klèrôtèrion) | Démocratie représentative (délégation de pouvoir aux élus) |
| Délégation | Tirage au sort (jugé plus égalitaire) | Élection (favorise la distinction gouvernants/gouvernés) |
Citoyenneté Politique et Genre
Historiquement, la citoyenneté politique a été construite par les hommes, excluant les femmes :
- Subordination dans les théories du contrat social (Locke, Rousseau).
- Séparation sphère publique/privée confinant les femmes au privé.
- Résistance dès la fin du XVIIIe (Condorcet, Olympe de Gouges, Mary Wollstonecraft).
- Mouvements suffragistes au XIXe siècle, mais souvent tiraillés par le "dilemme de Wollstonecraft" (égalité vs. qualités spécifiques des femmes).
Le suffrage féminin a des trajectoires diverses selon les pays (WW1 pour les pays nordiques/anglo-saxons vs. après WW2 pour les pays sous Code Napoléonien), influencées par le poids des mouvements féministes, les événements historiques et le type de régime.
Quatre Conditions Générales de la Démocratie Moderne
Bien que diverses, les démocraties partagent ces caractéristiques (Larry Diamond) :
- Élections Libres et Équitables : Legislature et exécutif élus par le peuple, processus électoral récurrent et juste.
- Participation Universelle : Droit de vote et d'éligibilité pour la population adulte, sans exclusion basée sur revenu, éducation, genre, etc.
- Libertés Civiles : Respect des droits de l'homme, absence de censure, protection des droits par une justice indépendante et une constitution.
- Gouvernement Responsable : Autorités civiles élues, non contraintes par des pouvoirs non élus, responsables devant les représentants élus et les électeurs.
La démocratie est un continuum, avec des étapes intermédiaires (démocratie restrictive, délégative, illibérale).
État de Droit et Démocratie
L'État de droit est une condition de la démocratie, combinant :
- Principe de légalité et hiérarchie des normes.
- Sécurité juridique.
- Égalité devant la loi.
- Protection judiciaire effective.
- Séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire).
Deux Conceptions de la Démocratie
- Conceptions Minimalistes :
- Méfiance envers les masses, valorisation d'une faible participation pour la stabilité.
- Délégation du pouvoir à des institutions non élues (ex: vision de Schumpeter, démocratie basée sur la compétition).
- Conceptions Maximalistes :
- Idéal participatif : chaque individu prend part aux décisions.
- Idéal délibératif : échange d'arguments pour atteindre un consensus sur l'intérêt général.
Ces deux conceptions coexistent entre "gouvernement d'experts" et tendance à la démocratie directe.
Types de Démocraties : Parlementaire et Présidentielle
Ces idéaux-types peuvent être combinés (régimes semi-présidentiels) :
| Démocratie Parlementaire | Démocratie Présidentielle | |
|---|---|---|
| Élection | Même processus pour législatif et chef de gouvernement | Processus séparés pour législatif et chef de gouvernement |
| Séparation des pouvoirs | Séparation des fonctions, pas de séparation explicite des pouvoirs entre exécutif et législatif | Stricte séparation des pouvoirs |
| Chef de gouvernement/État | Séparation entre chef de gouvernement et chef d'État | Pas de séparation |
| Nouvelles élections | Possibilité avant la fin du mandat (dissolution, motion de censure) | Rarement possible avant la fin du mandat |
Typologie de Lijphart : Majoritaire vs. Consensuelle
Lijphart distingue les démocraties selon leur façon de gérer le pouvoir :
- Démocraties Majoritaires (ex: Royaume-Uni, modèle de Westminster) :
- Système électoral dispropotionnel (influence les électeurs).
- Système bipartite.
- Gouvernement mono-partisan.
- Dominance de l'exécutif.
- Gouvernement local unitaire et décentralisé.
- Législature unicamérale.
- Constitution flexible.
- Judiciaire faible ou sans contrôle juridictionnel.
- Optimal pour les sociétés homogènes.
- Démocraties Consensuelles (ex: Belgique, Suisse) :
- Système électoral proportionnel (représente le % des votes).
- Système multi-partite.
- Gouvernements de coalition.
- Équilibre des pouvoirs entre exécutif et législatif.
- Gouvernement local fédéral.
- Législature bicamérale.
- Constitution rigide (protège les minorités).
- Fort contrôle juridictionnel.
- Optimal pour les sociétés plurielles.
La plupart des pays combinent des éléments des deux modèles.
Dynamiques Politiques Contemporaines
La démocratie fait face à des défis :
- Montée populismes, méfiance publique, abstention croissante (Raffaele Simone).
- Questionnement de la démocratie représentative au profit de la "directisation" (référendums, initiatives locales, démocratie délibérative).
- Expansion continue de la citoyenneté (jeunes, migrants, populations non-humaines).
Partis Politiques
Les partis politiques sont des organisations essentielles aux systèmes démocratiques, caractérisées par certains critères.
Définition d'un Parti Politique
Selon La Palombara et Weiner (1966), un parti politique est une organisation :
- Durable, visant à survivre à ses leaders.
- Dotée de niveaux locaux en contact avec le centre national.
- Avec un désir explicite d'accéder au pouvoir politique (présentation aux élections).
- Affichant une volonté délibérée de trouver un soutien populaire.
Un parti politique est une organisation durable, établie sur tout le territoire, dont le but est d'accéder au pouvoir politique grâce au soutien populaire.
Fonctions des Partis Politiques
Les partis remplissent diverses fonctions, distinguées par Robert K. Merton en fonctions manifestes et latentes.
Fonctions Manifestes (visibles, explicites)
- Fonction Programmatique : Présentent des programmes concurrents, structurent le débat politique.
- Fonction de Sélection : Recrutent et désignent les candidats aux élections.
- Fonction de Supervision : Contrôlent l'action des représentants élus (ex: au parlement).
Fonctions Latentes (non revendiquées)
- Intégration Sociale : Lieux de sociabilité, partage de valeurs, ascension sociale.
- Fonction "Tribunicienne" (Georges Lavau) : Portent la voix des insatisfaits et des exclus.
- Légitimation et Stabilisation du Système Politique : Contribuent à la légitimité de l'ordre politique en acceptant ses règles et en socialisant les citoyens au comportement démocratique.
Ces fonctions sont aujourd'hui en déclin (affaiblissement programmatique, diversification du recrutement, baisse des adhésions dues aux transformations socio-économiques et au financement public).
Typologies des Partis Politiques
Typologie Classique (Maurice Duverger, 1951)
- Partis de Cadres (ou d'Élites) :
- Composés majoritairement de notables.
- Action centrée sur les élections, s'appuyant sur la fortune ou la notoriété des membres.
- Faiblement développés, peu centralisés, peu disciplinés, peu de membres.
- Partis de Masse :
- Recherchent le plus grand nombre de membres, qui sont leur principale ressource.
- Émergés avec le suffrage universel, permettent la participation d'acteurs sans ressources personnelles.
- Les cotisations financent activités et campagnes.
La "prophétie" de Duverger sur la disparition des partis de cadres ne s'est pas réalisée. Les partis de masse ont également décliné en raison de : transformations sociales (déclin classe ouvrière), financement public réduisant l'importance des cotisations, crise de l'activisme traditionnel ("engagement à la carte"), image négative des partis.
Typologies Ultérieures
- Partis "Catch-all" (Kirchheimer, 1966) :
- Peu de membres, activités réalisées par des spécialistes rémunérés.
- Dépendance des leaders envers le parti pour être élus.
- Machine électorale cherchant à diversifier son offre idéologique pour maximiser le suffrage.
- Partis Cartels (Katz et Mair, 1995) :
- Professionnalisation croissante, liés aux structures étatiques par le financement public.
- Quelques partis dominants créent un cartel pour se partager les ressources, limitant la compétition électorale.
- Partis Anti-Cartels (ou partis anti-système) :
- Défient les partis cartels, s'organisent autour d'une idée plutôt que d'un groupe social.
- Recherchent un engagement plus profond des membres, articulent la frustration face au cartel et la défense des intérêts des citoyens.
Ces typologies sont des "types idéaux", des représentations simplifiées. La réalité est plus nuancée, et leur applicabilité hors contexte euro-américain est débattue.
Systèmes Partisans et Clivages
L'analyse des systèmes partisans s'intéresse aux interactions entre les partis. Giovanni Sartori définit un système partisan par 3 éléments :
- Il voit les partis dans une connexion à un système spécifique.
- Ils sont un tout plus important que leurs parties.
- Le système est le résultat de l'interaction compétitive pour le pouvoir.
Origines des Partis : La Théorie des Clivages (Lipset et Rokkan, 1967)
Les partis politiques se développent en lien avec des divisions sociales et idéologiques (clivages) issues de deux révolutions :
- Révolution Nationale (début XIXe) :
- Clivage Centre-Périphérie : Libéraux (centralisateurs) vs. Régionalistes (résistance à la centralisation).
- Clivage État-Église : Partis conservateurs (cléricaux) vs. Partis anti-religieux (libéraux, laïcs).
- Révolution Industrielle (fin XIXe) :
- Clivage Rural-Urbain : Partis agraires (protectionnistes) vs. Partis productivistes (libre-échange).
- Clivage Travailleurs-Employeurs : Partis de travailleurs (socialistes, communistes) vs. Partis patronaux (défense du capital).
Pourquoi tous les clivages n'existent pas partout ? Cela dépend des facteurs objectifs (diversité culturelle) et de la politisation par les élites. La coexistence de certains clivages peut en empêcher d'autres.
L'Hypothèse du "Gel" et son "Dégel"
Lipset et Rokkan postulent l'hypothèse du "gel" : les systèmes partisans seraient restés stables depuis les années 1920-1960, reflétant les conflits d'origine. Cependant, des changements récents (montée des populismes, déclin des partis établis) suggèrent un "dégel" des clivages.
Morphologie des Systèmes Partisans (nombre et taille des partis)
| Type de Système Partisan | Caractéristiques | Exemples |
|---|---|---|
| Parti Dominant | Un grand parti avec majorité absolue, pas d'alternance. | Inde (jusqu'en 1975), Japon (1955-1993), Mexique (jusqu'en 2000), Afrique du Sud (depuis 1994), Suède (1945-1998) |
| Bipartisme | Deux grands partis partageant environ 80% des voix et sièges, alternance. | Autriche, Israël, R-U (jusqu'en 2000), États-Unis |
| Multipartisme (modéré ou polarisé) | Plusieurs partis, pas de majorité, gouvernements de coalition. | Belgique, Canada, Danemark, Finlande, Hongrie, Italie (avant 1994), Pays-Bas, Suisse |
| Bipolaire | Deux grandes coalitions de plusieurs partis, stables et alternant. | France (Ve République), Allemagne (depuis 1990), Italie (depuis 1994), Portugal |
Transformations Contemporaines des Partis Politiques
- Déclin de l'identification partisane, fragmentation électorale.
- Montée du populisme : contestation de l'establishment, leadership personnalisé.
- Transformation digitale : campagnes sur les réseaux sociaux, ciblage de données, désintermédiation.
- Cartellisation et déficit démocratique : dépendance au financement étatique, barrières à l'entrée pour les nouveaux partis.
Perspective de Genre sur les Partis Politiques
- Les partis restent des "bastions masculins" (sous-représentation des femmes dans les instances dirigeantes).
- Le rôle des systèmes électoraux est crucial : les systèmes proportionnels favorisent une meilleure représentation des femmes que les systèmes majoritaires.
- Les stratégies de résistance des femmes incluent l'organisation pour introduire des quotas de genre (législatifs ou volontaires des partis), démontrant un "effet de contagion" et leur efficacité pour la représentation féminine.
Comportement Électoral
Le vote est une caractéristique centrale de la participation politique en démocratie, mais il n'est pas l'unique expression de celle-ci.
Le Vote comme Acte Politique Contemporain
Le vote ne se réduit pas à la seule désignation d'un gouvernement et revêt plusieurs dimensions :
- Acte fondateur du pacte démocratique : Renouvellement régulier des dirigeants.
- Activité politique la plus courante et la plus étudiée.
- Paradoxe du votant (Downs) : Rationnellement, le coût du vote dépasse le bénéfice individuel, pourtant les gens votent.
- Expression d'un choix politique et sélection des représentants : Donne de la légitimité aux autorités.
- Rituel : Transformer la complexité politique en un acte simple, contribue à la pacification (l'allégorie du travailleur troquant son fusil contre l'urne).
- Rôle des émotions et de l'identité : Le vote n'est pas purement rationnel, il exprime des identifications, des frustrations, des sentiments d'appartenance à la communauté civique.
L'Abstention
L'abstention, longtemps négligée, est en augmentation dans la plupart des démocraties.
Phénomènes Liés au Non-Vote
- Non-inscription : Refus délibéré ou indifférence aux élections.
- Mal-inscription : Problèmes administratifs ou éloignement du domicile.
- Abstention : Ne pas voter malgré l'inscription.
Trois groupes parmi les inscrits : non-votants constants (10%), votants systématiques (45-55%), votants intermittents (35-40%).
Explication de l'Abstention
- Explications Sociales : Forte corrélation avec le statut socio-économique (plus forte aux extrêmes d'âge).
- Explications Contextuelles : Système électoral (proportionnel encourage la participation), caractère obligatoire ou non du vote (l'obligation est l'exception), récurrence des élections.
- Explications Politiques : Utilisation stratégique du non-vote comme forme de protestation.
Catégories de Non-Votants
- Non-votants "hors-jeu" : Protestataires extrêmes, indifférents ou retirés de la politique.
- Non-votants "dans le jeu" : Abstention intermittente, souvent jeunes, peuvent revenir au vote.
La notion de suppression des électeurs (voter suppression) désigne les techniques visant à limiter la participation pour influencer le résultat (ex: rendre l'inscription ou le vote plus difficile).
Le Vote Blanc ou Nul
Distinguer de l'abstention car l'électeur se déplace. C'est un acte politique signifiant l'impossibilité ou le refus de choisir face à une offre insatisfaisante. Certains pays le comptent comme un suffrage exprimé.
Modèles Analytiques du Vote
Trois grandes périodes dans l'étude électorale :
- Début XXe : Géographie Électorale ("approche écologique") :
- Analyse des résultats officiels agrégés et cartographiés.
- Influence décisive du contexte local (politique, social, culturel) sur le comportement électoral collectif (ex: le granit vote à droite, le calcaire à gauche).
- Après 1945 : Sociologie Électorale ("variables lourdes") :
- Développement des sondages d'opinion.
- Modèle de Columbia : "Indice de prédisposition politique" (statut social + religion + lieu de résidence) → "Les gens pensent politiquement comme ils sont socialement."
- Modèle de Michigan : "Entonnoir de causalité" et rôle de l'identification partisane (loyauté de groupe, influence des amis et des médias).
- Après 1970 : Approches Individualistes et Rationnelles :
- Le comportement électoral est moins déterminé, plus autonome ("nouveau votant").
- Approche Économique du Vote (Anthony Downs) : L'électeur est un acteur rationnel cherchant à maximiser ses gains et minimiser ses coûts.
- Modèle du "Issue Voting" : Le vote est déterminé par des enjeux spécifiques, si certaines conditions sont remplies (importance de l'enjeu, positions distinctes des candidats, électeurs réactifs).
L'Évolution des "Variables Lourdes"
La détermination sociologique du vote est en crise :
- Déclin du vote de classe : La distinction ouvriers/non-ouvriers est moins pertinente dans les sociétés post-industrielles. Le vote se déplace de la classe à l'éducation (la gauche étant davantage le domaine des plus diplômés socio-culturels, la droite et l'extrême-droite attirant les moins diplômés de la classe ouvrière).
- Du religieux aux pratiques religieuses : La sécularisation fait que le vote religieux résiste, mais c'est la pratique religieuse (fréquentation de l'Église) qui devient un indicateur plus pertinent.
- Nouveaux clivages sociologiques :
- Indépendants / salariés (les indépendants votent plus à droite).
- Secteur public / secteur privé (ceux du public votent plus à gauche).
- Effet du patrimoine (les non-propriétaires votent à gauche, les propriétaires à droite).
- "Gagnants" / "perdants" de la globalisation (Hanspeter Kriesi).
Le "Gender Gap" (Écart de Genre)
Le comportement électoral des femmes a évolué en quatre étapes :
- "Gender Gap Tradionnel" (1945-1970s) : Les femmes s'abstiennent davantage, votent conservateur et chrétien-démocrate.
- "Deuxième Âge du Gender Gap" (années 1980) : Les taux de participation des femmes se rapprochent de ceux des hommes, glissement progressif vers la gauche.
- "Gender Gap Moderne" (années 1990) : Les femmes votent autant ou plus que les hommes, en faveur des partis socialistes et écologistes, et sont moins susceptibles de voter pour l'extrême droite.
- Aujourd'hui : Le genre n'est plus un marqueur décisif de l'orientation gauche/droite ou de l'abstention, mais des différences persistent dans l'inscription sur les listes électorales et d'autres comportements politiques (rôle de la socialisation et des inégalités économiques persistantes).
Citoyens et Mouvements Sociaux
La citoyenneté et les mouvements sociaux sont deux aspects fondamentaux de la relation entre les individus, les institutions et l'État.
La Citoyenneté
La citoyenneté est un "membre d'une communauté politique, doté des prérogatives et investi des responsabilités qui sont attachées à cette appartenance" (Michael Walzer).
Origines et Définition
- Comprend des droits et des devoirs.
- Est une condition légale, mais aussi une réalité sociologique et historique.
- Émergence liée aux révolutions américaine et française (XVIIIe siècle).
Les Étapes de la Citoyenneté (T.H. Marshall, 1950)
Ce modèle chronologique, basé sur le cas anglo-saxon, identifie trois types de droits :
- Droits Civils (XVIIIe siècle) : Liberté individuelle, propriété, justice (ex: État de droit).
- Droits Politiques (XIXe siècle) : Droit de vote et d'éligibilité (ex: Parlements).
- Droits Sociaux (XXe siècle) : Droit à un niveau de vie décent, à l'éducation, à la santé (ex: État-providence).
La citoyenneté est une construction historique et progressive, combinant civils, politiques et sociaux.
Remarques sur la Citoyenneté
- Dimension morale : Le "bon citoyen" vertueux et civique.
- Citoyenneté et nationalité : Pas systématiquement associées (mineurs, citoyens européens).
- "Formelle" vs. "réelle" : L'accès réel aux droits peut être limité par des conditions socio-économiques.
Genre et Citoyenneté
Les études de genre critiquent le caractère universel de la citoyenneté, soulignant que les femmes ont eu un parcours différent de celui des hommes. Le modèle de Marshall est biaisé par une perspective masculine.
La Socialisation Politique
Processus de formation et transformation des systèmes individuels de représentations, opinions et attitudes politiques (Annick Percheron).
Rôle Central de la Famille
- Construction de l'identité politique : Transmission des opinions, des préférences électorales ("affiliation politique" d'Anne Muxel : affiliés vs. désaffiliés).
- Facteurs favorisant l'héritage : Intérêt des parents, force des préférences parentales, homogénéité des choix parentaux, visibilité des choix.
Autres Agents de Socialisation
- L'école : Contenus d'apprentissage, apprentissage des relations sociales.
- Les médias.
- Les pairs.
La socialisation politique est un processus dynamique : une réappropriation sélective de l'héritage, avec une période de "moratoire politique" chez les jeunes adolescents caractérisée par l'expérimentation et l'instabilité.
La Participation Politique
L'ensemble des activités par lesquelles les citoyens cherchent à influencer le gouvernement et la politique (Lester Milbrath, 1965).
Premiers Travaux et Leurs Limites
- Milbrath (1965) : Activités hiérarchisées et cumulatives, du vote à la candidature.
- Almond et Verba (1963) : Le "mythe démocratique" où un activisme minoritaire et une indifférence majoritaire assurent la stabilité démocratique.
- Verba et Nye (1972) : Modèle SES (statut socio-économique) → la participation est inégalement répartie, les plus avantagés sont surreprésentés.
Critiques : ne tiennent pas compte du contexte, des multiples dimensions de la participation (long terme, locale), des raisons de la non-participation (ressources, engagement, recrutement), et des formes de participation non conventionnelles (manifestations).
Évolution de la Participation
- À partir des années 1970, diversification des modes de protestation (jeunes, minorités).
- Intégration progressive des comportements "non conventionnels" dans la participation politique légitime (Alan Marsh).
- Augmentation des modes d'action (manifestations, pétitions, boycott, grèves non officielles, actions illégales).
- Au niveau local (budgets participatifs) et régional (commissions délibératives).
Les Mouvements Sociaux
Longtemps négligés par la science politique, les mouvements sociaux sont des activités collectives, orientées vers un changement social et impliquant une dimension conflictuelle. Ils nécessitent une organisation minimale et un projet volontaire.
Expliquer l'émergence des Mouvements Sociaux
- Approche des Comportements Collectifs (Tarde, Le Bon, fin XIXe) : Irrationalité, contagion, rôle des leaders. Critiquée pour sa simplification psychologique.
- Approche de la Frustration Relative (Gurr, Davies, 1970s) : Les mouvements naissent de la frustration entre aspirations et biens accessibles (frustration décroissante, croissante, progressive).
- Théorie du Choix Rationnel (Mancur Olson, 1965) : L'individu est rationnel, le "passager clandestin" choisit de ne pas participer. Le "paradoxe de l'action collective" est résolu par la taille du groupe et les "incitations sélectives".
- Paradisme de la Mobilisation des Ressources : Accumulation de ressources par les organisateurs pour réduire le coût de la participation individuelle, professionnalisation des mouvements.
- Approche Politique des Mouvements Sociaux : L'émergence des mobilisations est influencée par la "structure des opportunités politiques" (POS) – type d'État, degré d'ouverture du système, système électoral, etc.
- La Question de l'Identité (Mac Adam, 1990s) : Les valeurs, les récompenses symboliques, le contexte social expliquent la participation même en l'absence de gains matériels.
Comment les gens se Mobilisent ? Les Modes d'Action
- Répertoires d'Action Collective (Charles Tilly) : Moyens d'action limités et contextuels (politique, social, historique, institutionnel). Passage du répertoire "ancien" (local, patronné, rituels détournés) au répertoire "moderne" (national, organisations autonomes, actions spécifiques comme les grèves et manifestations).
- Répertoires Contemporains (Michel Offerlé) : Nombre (manifestations), expertise (rapports), scandale (couverture médiatique).
Les mouvements sociaux récents sont caractérisés par une implication plus occasionnelle des participants, l'importance des médias, des "protestations indisciplinées" (désobéissance civile), et une dimension transnationale (rôle d'Internet).
Perspective de Genre sur les Mouvements Sociaux
Les mouvements sociaux sont des "organisations genrées" : les femmes y sont sous-représentées ou ségréguées. Les explications se trouvent à la fois à l'intérieur et à l'extérieur des organisations.
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