Infertilité féminine: causes et prise en charge
21 cartesCe cours couvre les causes de l'infertilité féminine, incluant l'âge, les facteurs mécaniques (tubaires, utérins, endométriose), dysovulatoires (SOPK, axe HH, IOP), ainsi que les facteurs environnementaux et liés au mode de vie. Il aborde également la prise en charge de l'infertilité, notamment l'assistance médicale à la procréation (AMP) et le soutien psychologique.
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Infertilité féminine : étiologies et prise en charge
Définitions et épidémiologie
L'infertilité est définie par l'incapacité d'obtenir une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés. Elle affecte 3,3 millions de femmes et d'hommes en France et entraîne une détresse majeure, de la stigmatisation et des difficultés financières.
La fécondabilité (capacité à concevoir par cycle) diminue significativement avec l'âge :
- 20-30 ans : 25% par cycle
- 35 ans : 12%
- 40 ans : 6%
Le taux d'accouchement par ponction ovarienne en fécondation in vitro chute drastiquement : 13% à 38-39 ans, 6% à 40-42 ans, et seulement 2,5% après 43 ans. L'âge maternel est un facteur largement sous-estimé par le grand public.
Impact de l'âge et des aneuploïdies
L'âge moyen pour le premier enfant a augmenté de 5 ans entre 1974 et 2023 (passant de 24 à 29,1 ans), reflétant des facteurs sociétaux tels que l'allongement des études. Cette tendance s'accompagne d'une augmentation du risque d'aneuploïdies :
- Monosomie : généralement incompatible avec la vie (exception du syndrome de Turner)
- Trisomie 13 (syndrome de Patau) : 1/5 000 naissances, survie de quelques mois
- Trisomie 18 (syndrome d'Edwards) : 1/3 000 naissances, survie de quelques semaines
- Trisomie 21 et Triple X
Causes féminines de l'infertilité
Infertilité mécanique tubaire
Les anomalies tubaires représentent une cause importante d'infertilité. La salpingite, infection à Chlamydia trachomatis, est pauci ou asymptomatique dans 2/3 des cas et entraîne une infertilité chez 15-21% des patientes atteintes. Les complications incluent :
- Hydrosalpinx (dilatation tubaire remplie de liquide)
- Obstruction tubaire
- Besoin potentiel de salpingectomie en cas de GEU ou séquelles infectieuses
Infertilité mécanique utérine (4-7% des cas)
Les anomalies utérines incluent plusieurs catégories :
Lésions intra-utérines
- Polypes : extensions bénignes de l'endomètre
- Synéchies : adhérences intra-utérines
- Endométrite : inflammation de l'endomètre
- Hypertrophie endométriale
- Fibromes/myomes : tumeurs bénignes du myomètre, classés en trois types (sous-muqueux, interstitiel, sous-séreux). Seul le type sous-muqueux justifie une intervention chirurgicale avant assistance médicale à la procréation (AMP)
Malformations utérines
Les quatre types d'anomalies incluent les aplasies utérines, les hémimatrices (anomalies de fusion des canaux de Müller), les utérus cloisonnés et les utérus communicants. Les manifestations cliniques varient selon le type de malformation :
| Signes d'appel | Malformations causales |
| Aménorrhée primaire normohormonale non douloureuse | Syndrome de Rokitansky, agénésie cervico-isthmique |
| Aménorrhée primaire normohormonale douloureuse | Imperforation hyménéale, aplasie vaginale |
| Dysménorrhée | Malformation cervicale pure |
| Dyspareunie | Utérus bicorne bicervical, cloison vaginale, hypoplasie utérine |
| Fausse couche spontanée ou accouchement prématuré | Utérus cloisonné, utérus uni-bicorne |
Les cloisons utérines sont les malformations les plus fréquentes et justifient une hysteroscopie opératoire pour résection de cloison avant AMP, avec amélioration des taux de grossesse et réduction des fausses couches. L'utérus bicorne, unicorne ou bicorne avec corne rudimentaire ne sont pas accessibles à un traitement chirurgical efficace, mais présentent un meilleur pronostic obstétrical que les cloisons. L'utérus Distilbène peut bénéficier d'une plastie d'agrandissement.
| Malformation | Taux de grossesse clinique | Taux de fausse couche T1 | Taux de fausse couche T2 | Risque accouchement prématuré | Risque dystocie de présentation |
| Arqué | NS | NS | NS | Augmenté | NS |
| Cloisonné | Diminué | Augmenté | NS | Augmenté | Augmenté |
| Unicorne | NS | NS | NS | Augmenté | Augmenté |
| Bicorne | NS | NS | NS | Augmenté | Augmenté |
Endométriose
L'endométriose affecte 10% des femmes en âge de procréer et explique 4-7% des infertilités. Elle résulte de l'implantation de matériel utérin (fragments d'endomètre ou cellules pluripotentes) en dehors de la cavité utérine, principalement via les menstruations rétrogrades. Les symptômes dépendent de la localisation des lésions et leur sévérité n'est pas corrélée à l'étendue des foyers. Le traitement repose sur la suppression des cycles via traitement hormonal et/ou chirurgie.
Adénomyose
L'adénomyose est la présence anormale de tissu endométrial dans le myomètre, pouvant être focale ou diffuse. Elle est le plus souvent asymptomatique, mais peut provoquer métrorragie, ménorragie, dysménorrhée et dyspareunie lorsqu'elle est symptomatique.
Infertilité dysovulatoire
Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)
Le SOPK représente 5-10% des infertilités féminines et se diagnostique selon les critères de Rotterdam (2 des 3 critères suivants) :
- Hyperandrogénie clinique (hirsutisme, acné, alopécie androgénique) ou biologique
- Oligo-anovulation
- Augmentation du volume ovarien (volume > 10 cm³ ou surface > 5,5 cm²) avec aspect polykystique à l'échographie
La physiopathologie repose sur un blocage de la maturation folliculaire par l'excès d'androgènes, particulièrement la testostérone. Les follicules immatures s'accumulent sans follicule dominant. Les critères échographiques secondaires incluent la distribution périphérique des follicules et l'hyperéchogénicité du stroma.
Le SOPK s'accompagne de complications métaboliques et vasculaires, notamment une insulinorésistance (50-70% des cas). Pendant la grossesse, les risques augmentés comprennent diabète gestationnel, hypertension gravidique, prééclampsie et prématurité.
En cas de surpoids, une perte d'environ 10% du poids initial réduit l'hyperandrogénie et améliore l'aménorrhée, avec potentiel bénéfice sur la fertilité. Si le poids est normal, il n'y a pas de bénéfice à en perdre. À plus long terme, cette perte pondérale réduit le risque de complications métaboliques.
Diminution de la réserve ovarienne
La diminution de la réserve ovarienne est définie par l'association de cycles réguliers chez une femme infertile avec :
- Hormon anti-müllérienne (AMH) basse
- Compte des follicules antraux (CFA) bas
- Mauvaise réponse potentielle à la stimulation ovarienne
Insuffisance ovarienne prématurée
L'insuffisance ovarienne prématurée (IOP) a une origine génétique dans 20-25% des cas (80 gènes identifiés). Elle se définit par l'association de :
- Critère clinique : aménorrhée primaire ou secondaire ou spanioménorrhée > 4 mois avant l'âge de 40 ans
- Critère biologique : FSH > 25 UI/L (contrôlé deux fois à plus de 4 semaines d'intervalle) avec oestradiol bas
À l'échographie pelvienne, on observe un volume ovarien normal ou réduit (< 3 cm³), un CFA abaissé (< 5) et une hypovascularisation médullo-stromale au doppler.
Dysfonction de l'axe hypothalamo-hypophysaire
Les anomalies de l'axe HH incluent :
- Hyperprolactinémie secondaire : causes tumorales (adénome à prolactine, 50%) ou non tumorales, notamment iatrogènes
- Aménorrhée fonctionnelle : anorexie mentale, stress intense, activité sportive excessive
Plusieurs classes de médicaments induisent une hyperprolactinémie : neuroleptiques (phénothiazines, butyrophénones, benzamides, risperidone), antidépresseurs (tricycliques, inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), anti-émétiques (domperidone, benzamides) et anti-hypertenseurs (dérivés des phénothiazines, vérapamil, méthyldopa, réserpine).
Facteurs communs aux deux sexes
Facteurs environnementaux et perturbateurs endocriniens
Un perturbateur endocrinien est une substance ou mélange qui altère les fonctions du système endocrinien et induit des effets néfastes. Ces perturbateurs sont omniprésents : pesticides, aliments, emballages plastiques, conservateurs, parabènes, produits ménagers et de bricolage, insecticides, cosmétiques et parfums.
Leurs demi-vies courtes rendent difficile le dosage et créent des « effets cocktails » où les effets pourraient s'additionner, se renforcer ou s'inhiber. Les conséquences incluent une diminution de 1,9% par an des paramètres spermatiques chez l'homme et une puberté précoce chez la femme.
Habitudes de vie : Tabac
Le tabagisme altère la concentration et la mobilité des spermatozoïdes ainsi que l'ensemble des paramètres de qualité spermatique et l'ADN spermatique.
Obésité
L'obésité (IMC > 30 kg/m²) affecte négativement la fertilité en augmentant :
- Le délai naturel pour concevoir
- L'anovulation
- La dose de gonadotrophines requise
- Le taux d'annulation en fécondation in vitro classique
- Le risque de fausse couche
Elle réduit simultanément le nombre d'ovocytes recueillis et le nombre de naissances vivantes.
Traitements médicamenteux
Certains traitements compromettent la fertilité :
- Chimiothérapie
- Méthotrexate
La préservation de la fertilité est une priorité clinique avant ces traitements.
Troubles sexuels (4% des cas)
Les causes d'infertilité d'origine sexologique incluent :
- Chez l'homme : malformations congénitales (micro-pénis, courbure de verge, épi-/hypospadias), troubles acquis (trouble de l'érection, trouble de l'éjaculation)
- Chez la femme : dyspareunies, endométriose
- Couples : habitudes sexuelles inadéquates, absence d'éjaculation intra-vaginale
Accompagnement et prise en charge
Versant psychologique
La prise en charge de l'infertilité intègre un soutien psychologique essentiel :
- Réassurance : rappel des statistiques de fertilité naturelle
- Accompagnement adapté : proposer un suivi individuel, en couple ou les deux selon les besoins du patient/couple
La reconnaissance de la charge émotionnelle et psychosociale liée à l'infertilité est fondamentale pour optimiser les résultats des traitements et le bien-être global des personnes concernées.
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