Histoire des institutions publiques

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Ce cours explore l'histoire des institutions publiques, en se concentrant sur le déploiement institutionnel d'une royauté active et l'esprit des institutions à travers les siècles.

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Question

Qui a affirmé que "Roi et justice sont frères et ont métier l’un de l’autre et ne peuvent rien l’un sans l’autre" ?

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Réponse

Pierre Salmon (dans Les Demandes faites par le roi Charles VI).

Question

Qui représente le roi dans les provinces, assurant la justice, la réglementation et la fiscalité ?

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Réponse

Les prévôts, baillis, sénéchaux, gouverneurs et lieutenants du roi.

Question

Quand le Parlement de Toulouse a-t-il été créé ?

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Réponse

En 1420, puis de manière définitive en 1443.

Question

Quelles sont les trois manifestations de l'esprit de justice en royauté ?

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Réponse

Le roi est source de justice ; il institue des juges et prévoit des châtiments ; la justice intègre la police (réglementation).

Question

Quelles sont les fonctions régaliennes du royaume à partir du XIIIe siècle ?

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Réponse

Rendre justice, ordonner et réglementer, assurer la sécurité commune, battre monnaie, mener la guerre et lever les impôts.

Question

Qui est cité comme un exemple de roi recevant directement les plaideurs mécontents lors de la séance des placets ?

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Réponse

Saint Louis (sous le chêne de Vincennes).

Question

Quel est le principe de l'esprit de gouvernement par grand conseil ?

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Réponse

Gouvernement où le roi consulte assemblées et corps du royaume (avis, doléances), sans être tenu de suivre leurs conseils.

Question

Qu'est-ce que l'esprit de réformation ?

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Réponse

Principe d'amélioration permanente des institutions : écouter les doléances, réformer les abus et corriger les mauvais agents.

Question

Quelles institutions royales se détachent peu à peu de la curia regiscuria\ regis au niveau central ?

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Réponse

L'Hôtel-le-roi, le conseil du roi, le Parlement de Paris et la Chambre des comptes.

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Fiche de révision

Le déploiement institutionnel et les fonctions régaliennes (XIIIe-XVe siècles)

Entre le XIIIe et le XVe siècle, la monarchie française, sous l'impulsion des Capétiens, a progressivement construit un système institutionnel robuste. Ce déploiement visait à affirmer l'autorité royale et à exercer des missions fondamentales, dites régaliennes, sur l'ensemble du royaume.

Les fonctions régaliennes du roi

Le rôle du roi s'articule autour de missions essentielles pour l'ordre et la sécurité du royaume. Ces fonctions régaliennes incluent la justice, l'ordonnancement et la réglementation, la sécurité collective, le droit de battre monnaie, la conduite de la guerre, et la levée des impôts pour financer ces activités. C'est l'essence même de l'exercice du pouvoir royal.

Le schéma institutionnel des XIIIe-XVe siècles

L'architecture institutionnelle de cette période est complexe et se structure autour d'organes centraux et d'agents locaux. Au niveau central, la Curia Regis (cour du roi) est l'institution originelle d'où émergent progressivement d'autres entités. De celle-ci se détachent notamment le Conseil du Roi, chargé des affaires politiques, le Parlement de Paris, et la Chambre des comptes, responsable des finances. L'Hôtel-le-roi, quant à lui, s'occupe de l'intendance et des services nourriciers du souverain.

En parallèle, le roi s'appuie sur des représentants locaux pour étendre son autorité. Les prévôts, baillis et sénéchaux sont ses agents dans les provinces, y exerçant la justice, la réglementation et la fiscalité. Au XVe siècle apparaissent aussi les gouverneurs et lieutenants du roi. Pour la gestion des finances, les trésoriers généraux sont spécifiquement chargés de la fiscalité.

L'incorporation des territoires et la spécialisation

L'extension du royaume se fait par l'incorporation de nouveaux territoires. Plutôt que de supprimer les institutions locales, le roi les maintient souvent, parfois en les adaptant. Cette intégration se manifeste aussi par la création de parlements locaux, comme ceux de Toulouse (1420/1443), Bordeaux (1451) ou Grenoble (1453), reproduisant l'organisation centrale dans ces nouvelles provinces. Par ailleurs, des institutions chargées de contentieux spécialisés émergent, telles que les juges des eaux et forêts, les chambres des monnaies pour les impôts directs, les juges et consuls pour le commerce, ou les amirautés pour la justice maritime.

L'esprit de justice et l'affermissement du système royal

L'esprit de justice

Dans la pensée médiévale, la justice est le premier attribut de la royauté, marquant la souveraineté du roi. Cette idée, héritée des traditions chrétienne et carolingienne, établit une équation fondamentale : souveraineté équivaut à loi, et royauté équivaut à justice. Le roi est perçu comme la source et le débiteur de toute justice, une mission divine reçue lors du sacre et par serment. Un adage clé à retenir est que « Roi et justice sont frères et ont métier l’un de l’autre et ne peuvent rien l’un sans l’autre » (Pierre Salmon).

Le roi, source de justice : trois manifestations

Le rôle du roi comme source de justice se manifeste de trois manières concrètes. Premièrement, le roi doit connaître lui-même certaines affaires, notamment lors de la séance des placets, une cérémonie judiciaire où les plaideurs mécontents remettent directement au roi une requête écrite résumant leur affaire. L'image de Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes illustre parfaitement cette proximité avec ses sujets.

Deuxièmement, le roi est chargé d'organiser des juridictions et d'instituer des juges pour déléguer sa mission de justice. Ces institutions comprennent les parlements et diverses juridictions spécialisées (comme les juges des eaux et forêts ou les amirautés). Le roi doit s'assurer que toute injustice est empêchée, car sinon, « Toute injustice qu’il n’a pu empêcher devient la sienne ».

Troisièmement, la justice intègre la police, entendue au sens large comme l'art de réglementer et d'administrer les affaires de la cité (polis). Chaque juridiction peut émettre des règlements dans son ressort. Les parlements, par exemple, avaient le pouvoir d'édicter des arrêts de règlement pour encadrer divers aspects de la vie quotidienne comme les mœurs, les fêtes, l'urbanisme, ou la lutte contre la prostitution et les épidémies. Ainsi, tout magistrat était à la fois juge et organe de police.

L'affermissement du système royal

L'exercice de ces fonctions judiciaires et réglementaires contribue de manière significative à l'affermissement du système royal. En centralisant la justice et en déléguant des pouvoirs aux agents royaux (prévôts, baillis, sénéchaux, etc.), le roi étend son autorité sur l'ensemble du royaume et renforce le maillage institutionnel. Ce déploiement permet de consolider la présence et l'influence de la couronne dans les territoires nouvellement incorporés ou déjà sous son contrôle.

Les principes du gouvernement royal : conseil, réformation et privilèges

1. L'esprit de gouvernement par grand conseil

Le gouvernement royal s'appuie sur la tradition féodo-vassalique, où l'auxilium (aide militaire ou financière) et le consilium (conseil) sont un devoir pour les vassaux envers le roi. Tous les sujets, via leurs communautés (villes, corporations, universités, états provinciaux, États généraux), sont ainsi amenés à s'assembler, à rendre des avis et à présenter des doléances (plaintes ou requêtes sur les affaires de l'État). Charles V soulignait l'importance de prendre des décisions « sans bonne et mûre délibération », et Gerson comparait un roi sans conseil à une tête sans yeux ni oreilles. Cependant, le roi reste souverain et n'est pas tenu de suivre ces avis.

L'évolution des États généraux illustre cette dynamique. Entre 1302 et 1350, leur rôle était d'assister le roi. Cependant, lors des assemblées de 1355-1358, des exigences plus importantes émergent, comme la régularité des sessions, la nomination des conseillers royaux, le contrôle des officiers et le consentement aux impôts. Des idées, comme celle d'Oresme sur la souveraineté de la multitude, montraient une volonté de transition vers un système plus révolutionnaire, proche du parlementarisme anglais.

2. L'esprit de réformation

Dès le XIIe siècle, les rois manifestent un souci constant d'améliorer l'activité institutionnelle, incarné par l'esprit de réformation. Il s'agit d'entendre les doléances des sujets, de corriger les abus, d'adapter les structures et de sanctionner les mauvais agents. Pour ce faire, des agents temporaires sont envoyés en province pour informer le gouvernement et contrôler les agents locaux. Les baillis et sénéchaux (fin XIIe-XIIIe siècle) sont mandatés pour contrôler les prévôts. Saint Louis envoie des enquêteurs pour superviser les baillis et sénéchaux. Au début du XIVe siècle, les réformateurs généraux du royaume sont institués.

3. L'esprit de privilèges

Le système royal est caractérisé par un esprit de privilèges. Lorsqu'une nouvelle institution est créée, elle ne remplace pas toujours l'ancienne, mais se superpose à elle. En effet, les officiers des anciennes institutions bénéficient de privatae leges (droits particuliers) ou privilèges, rendant leur suppression difficile, d'autant plus que les offices étaient souvent achetés. Cette superposition est également visible lors de l'incorporation de nouveaux territoires. Le roi tend à maintenir leurs institutions existantes, parfois en les modifiant, comme l'a fait Louis XI après la mort de Charles le Téméraire en maintenant les états de Bourgogne et en instituant le parlement des Bourgognes à Dijon en 1477.

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