Guerre, paix et mémoire historique

Aucune carte

Ce thème explore les formes de conflits armés, leurs évolutions et les tentatives de résolution, ainsi que la construction de la paix à travers les traités, les organisations internationales et les processus mémoriels, en analysant les enjeux politiques, juridiques et sociétaux qui façonnent l’histoire et la justice des guerres.

Thème 2 : Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution

Ce thème vise à comprendre les dynamiques des affrontements armés et les méthodes de construction de la paix. Il explore l'évolution de la guerre, de ses formes classiques aux conflits contemporains, ainsi que la complexité des processus de paix, des traités historiques aux organisations internationales.

I- Du conflit à la guerre, une question d'intensité

La notion de guerre, bien que le mot lui-même soit relativement récent (issu du francique *werra* remplaçant le latin *bellum* et le grec *polemos*), est une réalité ancienne. L'étude de son origine divise les historiens et préhistoriens. Certains la voient comme une invention propre à l'Homo sapiens, d'autres comme apparue avec la sédentarisation et la formation des États il y a 10 000 à 13 000 ans, liée aux rivalités pour les ressources et le pouvoir. Par exemple, la découverte d'un massacre à Achenheim datant de 6 000 ans témoigne d'une violence organisée. La définition classique de la guerre, telle qu'héritée des conflits des XVIIIe, XIXe et XXe siècles (guerres napoléoniennes, Première et Seconde Guerres mondiales), la présente comme un conflit armé interétatique, soumis à des règles (droit international, conventions de Genève). Elle est généralement précédée d'un *casus belli* et d'une déclaration, puis suspendue par des trêves ou un armistice, et conclue par un traité de paix. Les prisonniers de guerre sont traités selon des conventions établies. Cependant, cette vision ne s'applique qu'à partir de l'existence des États modernes, rendant cette définition anachronique pour de nombreux conflits passés (guerre de Cent Ans, guerres tribales). Historiquement, les guerres ont concerné divers acteurs :
  • Des tribus (comme le massacre d'Achenheim).
  • Des cités (Ur contre Babylone, bataille de Qadesh entre Égyptiens et Hittites).
  • Des empires (Alexandre le Grand contre Darius III).
  • Des alliances (Ligue de Délos contre Ligue du Péloponnèse, OTAN contre Pacte de Varsovie).
Ces guerres anciennes étaient souvent limitées dans le temps et l'espace, et leurs conséquences humaines, bien que parfois atroces (comme la "guerre fleurie" des Aztèques), restaient contenues par des moyens logistiques et militaires rudimentaires. Les déplacements se faisaient à pied, l'armement était basique (couteaux, flèches, épées, puis premières armes à feu), et l'approvisionnement difficile, limitant les campagnes aux mois d'été. L'uniforme, par exemple, ne se généralise qu'au XVIIIe siècle. Illustration d'une scène de bataille historique. Aujourd'hui, les méthodes de qualification des guerres ont évolué, se basant sur des critères quantitatifs (nombre de morts par an) et qualitatifs (extension spatiale, durée, modalités). Des institutions comme l'Université d'Uppsala, le SIPRI de Stockholm ou l'Institut international des conflits d'Heidelberg classent les conflits selon leur intensité :
  • Conflit majeur / guerre : plus de 1 000 morts par an.
  • Conflit mineur : de 25 à 1 000 morts par an.
  • Crise violente, limitée ou non violente, et "disputes".
Ces classifications prennent en compte des formes de guerre plus récentes, comme la guérilla (combats de harcèlement sans ligne de front, ex. Vietnam) et les actions dans le cyberespace ou via des drones et forces spéciales.

II- Évolution des guerres et de la paix depuis 1990

Depuis 1990, on observe une perception de "retour de la guerre" dans les sociétés occidentales. Paradoxalement, si le nombre de conflits a diminué après la Guerre Froide (suite à la décolonisation et la fin de la bipolarisation), le nombre de morts par conflit a augmenté depuis les années 2010. Cela s'explique par la prédominance des guerres intraétatiques, où des groupes internes s'affrontent pour le pouvoir (guerres civiles, séparatismes, conflits ethniques comme au Rwanda) ou pour des raisons idéologiques (Printemps arabes). Ces conflits modernes utilisent souvent des moyens non conventionnels :
  • Le terrorisme (attentats de Paris 2015, OLP).
  • Les armes chimiques (Saddam Hussein, Bachar el-Assad).
  • Les cyberattaques.
  • Des mercenaires et la privatisation des guerres (Groupe Wagner).
Les guerres peuvent être "autochtones" (acteurs locaux) ou "d'intervention" (un belligérant externe intervient pour ses intérêts géopolitiques ou des traités, comme les guerres du Golfe). Le conflit en Ukraine (2022) marque un retour à une guerre interétatique classique en Europe. La résolution des conflits a également évolué. Les États, jadis principaux architectes de la paix (traités de Versailles), sont de plus en plus épaulés par des organisations internationales visant la sécurité collective (système interétatique de maintien de la paix). Cette idée, récente (1919 avec la SDN, 1945 avec l'ONU), a profondément modifié la diplomatie mondiale.

Axe 1 - La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux

Jalon 1 - La guerre, « continuation de la politique par d'autres moyens » (Clausewitz)

La "guerre classique" ou "guerre régulière" émerge à l'époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècles). Fréquentes et destructrices, ces guerres sont le fait d'États dotés d'un arsenal militaire sophistiqué (armes à feu améliorées) et d'armées de grande taille. Elles sont menées par des souverains pour le contrôle territorial, les ressources ou pour des raisons dynastiques, après une déclaration formelle et s'achèvent par un traité de paix. La guerre de Sept Ans (1756-1763) est un exemple paradigmatique :
  • Elle oppose des puissances européennes (France, Autriche, Russie vs Grande-Bretagne, Prusse).
  • Les motivations sont dynastiques, territoriales, économiques (rivalités coloniales en Inde et Amérique du Nord), et politico-religieuses.
  • Les moyens restent limités : batailles courtes et localisées, épargnant en partie les populations locales. Les stratégies sont élaborées par des officiers aristocratiques.
  • Les armées sont composées d'un nombre restreint d'hommes (volontaires, mercenaires, milices), et la logistique est complexe.
  • Les buts sont minimes : il ne s'agit pas d'annexer totalement l'adversaire, mais de manœuvrer pour obtenir des avantages territoriaux ou politiques, souvent rendus après la paix. La paix est négociée lorsque les forces s'affaiblissent.
Ces guerres limitées contrastent avec les conflits ultérieurs, mais leur étude par des penseurs comme Clausewitz a fondé la théorie de la guerre moderne. Les guerres de la Révolution française et de l'Empire (1792-1815) marquent une rupture majeure :
  • Les motivations changent : la France se bat pour diffuser les idées révolutionnaires, puis pour les ambitions de Napoléon.
  • Les acteurs sont différents : côté français, des citoyens-soldats enthousiastes (Volontaires nationaux, levée en masse) ou contraints (conscription) forment une "armée nationale" se battant pour la "patrie".
  • Les moyens sont démultipliés : les armées de masse (150 000 hommes en 1792 à 700 000 en 1794) sont plus mobiles et audacieuses (manœuvre d'Ulm). L'artillerie est plus puissante.
  • Les officiers sont souvent issus de la méritocratie (Napoléon Bonaparte, Murat, Jourdan) et moins respectueux des anciennes valeurs aristocratiques, plus audacieux et proches de leurs soldats.
  • Ces guerres sont plus débridées et n'hésitent plus à détruire l'adversaire (poursuite de l'armée prussienne après Iéna). Les atrocités envers les civils se multiplient (Vendée, "guérilla" en Espagne).
Ces guerres "totales" ont une nouvelle ampleur, mobilisant toute la nation. Carl von Clausewitz (1780-1831), officier prussien, analyse ces transformations dans son œuvre *De la guerre* (publiée en 1832). Sa célèbre formule, « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens », souligne l'instrumentalisation de la guerre au service d'objectifs politiques, non comme une fin en soi. Il théorise la guerre classique (désormais "moderne") comme interétatique, régulière, mais capable d'une "montée aux extrêmes" jusqu'à l'anéantissement de l'adversaire. Pour Clausewitz, les autorités militaires doivent se soumettre aux objectifs politiques. Clausewitz s'inscrit dans le courant réaliste avec des penseurs comme Nicolas Machiavel et Thomas Hobbes, qui considèrent la guerre comme un acte politique, indépendant de la morale. Ce courant n'affirme pas la justice de toute guerre, mais l'injustice d'aucune. Il s'oppose au courant moraliste de la "guerre juste" (Augustin d'Hippone, Thomas d'Aquin, Hugo Grotius), qui établit des conditions de légitimité (Jus ad bellum) et de conduite (Jus in bello) des conflits.

Jalon 2 - Le modèle de Clausewitz à l'épreuve des « guerres irrégulières » : d'Al-Qaïda à Daech

Après la Seconde Guerre mondiale, le modèle de la guerre classique se raréfie au profit de nouvelles formes de "conflictualité". La guerre irrégulière se caractérise par :
  • Des combats asymétriques, opposant des groupes non étatiques à des États.
  • L'utilisation d'armes non conventionnelles et de cibles civiles.
  • Des motivations complexes (nationalisme, idéologies politiques ou religieuses).
  • Une absence de distinction entre populations civiles et militaires, les civils étant souvent utilisés comme boucliers ou victimes.
  • L'emploi de méthodes de "guerre perpétuelle" et de "génocides" pour asservir ou éliminer des populations (Arméniens, Juifs, Tutsis, Serbes/Croates).
Des exemples historiques incluent les guérillas (Madrid contre Napoléon, Russie bolchévique, Chine maoïste, Vietnam contre France et États-Unis). Le terrorisme islamique, apparu dans les années 1970-1980, est une forme majeure de guerre irrégulière. Il est porté par des groupes comme les Talibans, Al-Qaïda et Daech.
  • L'islamisme est un courant politique qui vise à appliquer la charia comme unique source de droit et à instaurer un État musulman théocratique. Ses principes sont souvent incompatibles avec les droits de l'Homme.
  • Le terrorisme est "l'arme du faible" (Mathieu Guidère), visant à obtenir par la violence aveugle ce qui est inaccessible autrement. Il a été utilisé par des États (Libye, Iran) et des groupes non étatiques.
Al-Qaïda, fondé en 1987 par Abdallah Azzam, Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri, se réclame du salafisme djihadiste panislamiste. Son idéologie s'inspire de Sayyid Qutb, prônant la lutte contre l'Occident "impie" et les pouvoirs arabes "proches de lui", légitimant la violence, y compris contre d'autres musulmans (takfirisme). Ses moyens d'action sont les attentats-suicides et les meurtres de masse, visant à terroriser les populations civiles (attaques contre les ambassades américaines en 1998, USS Cole en 2000, et surtout le 11 septembre 2001 aux États-Unis). Daech (État islamique en Irak et au Levant - ISIS), issu d'Al-Qaïda en 2006 (sous Al-Zarkaoui) et dirigé ensuite par Al-Baghdadi puis Al-Quraishi, proclame un califat en 2014 en Irak et en Syrie. Il instaure un proto-État totalitaire et utilise des exécutions publiques et une police des mœurs pour terroriser les populations. Ses combattants viennent du monde entier, y compris d'Europe, et incluent des femmes et des enfants embrigadés. Daech mène des attentats au Moyen-Orient et, après les frappes de la coalition (2014), en Europe (Paris 2015, Nice 2016) et aux États-Unis. Face à ces guerres irrégulières, les États peinent à répondre. La rhétorique "être en guerre" et "faire la guerre au terrorisme" est souvent employée pour mobiliser, mais la qualification de ces actes comme des "guerres" au sens classique est difficile en l'absence de déclaration, d'armes conventionnelles et de règles de traitement des prisonniers (Guantanamo, corps de Ben Laden). Ces défis ont relancé les réflexions sur la "guerre juste", notamment après le 11 septembre 2001, avec des mesures comme le "Patriot Act" aux États-Unis, qui contredisent parfois les principes démocratiques. Les débats idéologiques se poursuivent via les réseaux sociaux, avec des théoriciens comme Al-Souri appelant à frapper l'Europe pour déstabiliser l'Occident. Des groupes comme les Frères Musulmans continuent d'œuvrer globalement, y compris en France.

Axe 2 - Le défi de la construction de la paix

La construction de la paix est un processus complexe, jadis dominé par les États à travers les traités, aujourd'hui de plus en plus géré par des organisations internationales et la notion de sécurité collective.

Jalon 1 - Faire la paix par les traités : la paix de Westphalie (1648)

Les traités de Westphalie (1648), signés après la Guerre de Trente Ans, marquent un tournant majeur dans les relations internationales. Ils sont le résultat de négociations complexes, menées pendant cinq ans à Osnabrück et Münster par des ambassades (16 États, 140 principautés, 38 observateurs) sous la médiation de la papauté et de Venise. Ces négociations constituent les premiers "congrès" internationaux. Les traités ont des conséquences multiples :
  • Échanges territoriaux : la France gagne des territoires (Trois-Évêchés, Haute-Alsace), la Suède et le Brandebourg acquièrent des terres.
  • Reconnaissance d'États : la Confédération suisse et les Provinces-Unies (Pays-Bas) deviennent indépendantes.
  • Réorganisation du Saint Empire romain germanique (SERG) et établissement de la paix religieuse.
La paix de Westphalie instaure un nouvel ordre géopolitique, le système westphalien, reposant sur plusieurs principes :
  • L'affirmation de la souveraineté interne et externe des États, interdisant l'ingérence dans leurs affaires intérieures.
  • La garantie de la sécurité des populations par les États, dépassant les seuls intérêts des princes.
  • La promotion de l'équilibre des puissances : chaque État veille à maintenir un équilibre face aux autres, préparant le prochain conflit et évitant la domination d'une seule puissance.
  • La codification de la diplomatie par congrès (le français devient la langue diplomatique à partir de Nimègue en 1679).
Ce système perdure pendant trois siècles (jusqu'au Congrès de Vienne en 1815 et les traités de Paris en 1919), mais est aujourd'hui perçu comme anachronique ou dangereux, notamment avec l'émergence de la sécurité collective. Raymond Aron théorise la "paix armée" où la diplomatie et le soldat structurent les relations interétatiques.

Jalon 2 - Faire la paix par la sécurité collective

L'idée de paix par la sécurité collective est ancienne (Richelieu, Kant, Abbé de Saint-Pierre), mais sa mise en œuvre institutionnelle est récente. La Société des Nations (SDN), créée en 1919 après la Première Guerre mondiale (Traité de Versailles), est la première tentative multilatérale de maintien de la paix. Son objectif est de régler les différends entre États par la diplomatie et l'arbitrage. Cependant, elle souffre de faiblesses majeures : l'absence de pays vaincus et des États-Unis, ainsi que l'absence d'une force armée. Elle échoue face à la montée des totalitarismes et l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie (1935). Néanmoins, elle jette les bases d'une culture de résolution multilatérale des conflits. L'Organisation des Nations Unies (ONU), fondée en 1945 à San Francisco par 50 pays (aujourd'hui 193 membres), est une version plus robuste de la SDN. Ses structures comprennent :
  • L'Assemblée générale (1 État = 1 voix).
  • Le Secrétariat général, dirigé par un Secrétaire général (mandat de 5 ans renouvelable).
  • Le Conseil de sécurité, avec 5 membres permanents dotés d'un droit de veto (Chine, France, Russie, Royaume-Uni, États-Unis) et 10 membres non permanents.
  • De nombreux organismes spécialisés (UNICEF, UNESCO, Banque Mondiale, FMI, OMS).
Pendant la Guerre Froide, le Conseil de sécurité est souvent paralysé par les vetos des États-Unis et de l'URSS. Mais après la fin de la Guerre Froide (1990-2001), l'ONU déploie davantage d'opérations de maintien, de rétablissement et de consolidation de la paix (Koweït 1991, ex-Yougoslavie, Afrique). Les missions de l'ONU sont diverses :
  • Maintien de la paix (interposition).
  • Rétablissement de la paix (médiation).
  • Imposition de la paix (usage de la force).
  • Consolidation de la paix (reconstruction post-conflit).
Ces opérations sont souvent menées en collaboration avec des organisations régionales (Union africaine, UE). Les résultats sont parfois mitigés en raison de la souveraineté des États ou de leurs intérêts divergents (Syrie). L'ONU est également critiquée pour son influence américaine ou ses institutions financières (FMI, Banque Mondiale) jugées trop "libérales". Kofi Annan, Secrétaire général de 1997 à 2007, a été un ardent défenseur de l'ONU et du multilatéralisme. Il a augmenté le nombre de Casques bleus (73 500 en 2007), élargi les missions (paix et développement économique), et tenté de réformer l'institution, notamment en démocratisant le Conseil de sécurité et en créant une "commission intergouvernementale de consolidation de la paix" pour prévenir la reprise des conflits. Bien qu'il ait échoué à réformer le Conseil de sécurité, son action est saluée par un Prix Nobel de la Paix en 2001. L'ONU intervient dans divers foyers de conflit (Balkans, Moyen-Orient, Afrique, Timor oriental) et contribue à la reconstruction post-conflit (Haïti, Kosovo), la surveillance électorale et la restauration du patrimoine. Cependant, l'impuissance de la communauté internationale face à certains conflits persistants (Kosovo, Palestine) et l'incapacité à dialoguer avec des organisations terroristes soulignent les limites de la sécurité collective.

Objet de travail conclusif - Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix

Le Moyen-Orient est une région stratégique, riche en événements historiques, en ressources (pétrole) et berceau des trois religions monothéistes. Son histoire moderne est marquée par la disparition de l'Empire ottoman en 1918, le partage de ses territoires par les puissances européennes (accords Sykes-Picot 1916, mandats de la SDN) et l'émergence de nationalismes (arabe, perse, kurde). La découverte du pétrole et la Guerre Froide ont intensifié les ingérences étrangères.

A- Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinien

Après la Seconde Guerre mondiale, le Moyen-Orient devient un enjeu géopolitique majeur pour l'Empire britannique, pour ses ressources pétrolières et sa position stratégique (canal de Suez), et pour les deux blocs de la Guerre Froide. Le pacte du Quincy (1945) scelle l'alliance entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite. Le plan de partage de la Palestine par l'ONU en 1947 prévoit trois zones juives, trois zones arabes, et Jérusalem comme ville internationale. Le 14 mai 1948, les zones juives proclament l'État d'Israël (projet sioniste de Theodor Herzl). Les populations arabo-musulmanes et les pays arabes voisins refusent ce nouvel État, déclenchant une série de conflits. Les guerres israélo-arabes (interétatiques classiques) :
  • 1948-1949 : Première guerre israélo-arabe (ou Guerre d'Indépendance). Israël sort victorieux, entraînant l'exode de 350 000 à 400 000 Palestiniens (la Nakba).
  • 1956 : Crise du canal de Suez. Israël s'allie à la France et au Royaume-Uni contre l'Égypte de Nasser qui a nationalisé le canal. Les coalisés doivent se retirer sous la pression des États-Unis et de l'URSS.
  • 1967 : Guerre des Six Jours. Attaque préventive d'Israël contre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie. Israël remporte une victoire écrasante, occupant le Sinaï, la bande de Gaza, le Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Ces annexions territoriales ont des conséquences géopolitiques durables.
  • 1973 : Guerre du Kippour (ou du Ramadan). L'Égypte et la Syrie attaquent par surprise. Israël reprend le dessus. Les accords de Camp David (1978) signés par Anouar el-Sadate (Égypte) et Menahem Begin (Israël) sous médiation de Jimmy Carter, conduisent à la restitution du Sinaï à l'Égypte et à la reconnaissance d'Israël par l'Égypte. La Jordanie suivra en 1994.
Ces guerres interétatiques cèdent la place au conflit israélo-palestinien, qui prend une dimension asymétrique et irrégulière. Les Palestiniens, un "peuple sans État", sont dispersés après les exodes de 1948 et 1967. Les camps de réfugiés persistent depuis 80 ans. La conscience nationale palestinienne s'affirme progressivement. L'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) est créée en 1961 par la Ligue arabe, puis dirigée par Yasser Arafat à partir de 1968. Elle regroupe divers groupes (Fatah, Septembre Noir, FDLP, FPLP) et utilise la guérilla et le terrorisme pour faire connaître la cause palestinienne (détournements d'avions, prises d'otages aux JO de Munich 1972). Progressivement, l'OLP se tourne vers la négociation, avec une reconnaissance internationale croissante (ONU 1974). En échange de la reconnaissance d'Israël, l'OLP réclame un État palestinien selon le plan de 1947. Cette orientation est contestée par le Hamas (fondé en 1985), qui poursuit la lutte armée. La première Intifada (1987-1993), une "guerre des pierres", éclate en Palestine, reflétant le désespoir des populations face à l'occupation. Elle conduit aux accords d'Oslo (1993) sous l'égide de Bill Clinton. Ces accords prévoient :
  • La reconnaissance mutuelle de l'OLP et d'Israël.
  • L'abandon de la violence par l'OLP.
  • La création d'une Autorité Nationale Palestinienne (ANP), avec un gouvernement élu (Yasser Arafat, puis Mahmoud Abbas), un parlement à Ramallah. L'ANP obtient un statut d'observateur à l'ONU en 2011.
Cependant, le processus est rapidement bloqué par la violence (massacres, attentats suicides du Hamas, assassinat d'Yitzhak Rabin en 1995) et des divisions internes (Israéliens : Ashkénazes/Séfarades, partis politiques ; Palestiniens : Fatah/Hamas). Le Hamas remporte les élections législatives en 2006, mais le Fatah maintient son pouvoir en Cisjordanie, tandis que le Hamas se retranche dans la bande de Gaza. Les violences continuent (deuxième Intifada 2000-2006, guerres de Gaza 2008-2009, 2014) et Israël durcit ses mesures de protection (mur de séparation, colonisation de la Cisjordanie). L'attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas conduit à une riposte israélienne brutale. La communauté internationale reste impuissante, l'ONU adoptant de nombreuses résolutions sans effet, et les États arabes étant divisés. Les États-Unis, sous Donald Trump, ont pris des décisions unilatérales (reconnaissance de Jérusalem comme capitale, "accords d'Abraham" normalisant les relations entre Israël et certains pays arabes).

B- Les guerres du Golfe et leurs suites

La région du Golfe est également marquée par des conflits, notamment en Irak. La Première guerre du Golfe (1991) éclate après l'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein (août 1990). L'ONU met en place une coalition internationale (34 pays, dirigée par les États-Unis) qui vainc rapidement l'armée irakienne (janvier-février 1991). Saddam Hussein est maintenu au pouvoir mais un embargo est imposé à l'Irak. Cette guerre est emblématique d'un nouvel ordre mondial multilatéral et d'une guerre "régulière". La Deuxième guerre du Golfe (2003) est lancée par les États-Unis (sous George W. Bush) et une coalition, sans l'aval de l'ONU, sous prétexte que l'Irak détiendrait des armes de destruction massive et soutiendrait Al-Qaïda. Cette guerre d'intervention unilatérale est un échec pour l'ONU et la communauté internationale, suscitant des tensions diplomatiques (par ex. entre France et États-Unis). La dissolution du parti Baas et de l'armée irakienne après l'invasion conduit au chaos, à l'émergence de groupes comme Daech, et à un conflit asymétrique sunnites-chiites.

Thème 3 – Histoire et mémoires

Ce thème explore les liens complexes entre l'histoire, les mémoires des conflits, et le rôle de la connaissance historique et de la justice dans la reconstruction des sociétés après des traumatismes majeurs.

I- Les liens complexes entre histoire et mémoire

L'histoire est une démarche scientifique et critique visant à comprendre le passé à travers des sources diverses (traces, écrits, témoignages). L'historien doit être neutre et impartial, croiser les informations, et son travail peut faire évoluer la compréhension collective des événements. L'accès aux archives est crucial, mais peut être entravé par leur confidentialité ou, à l'inverse, par une surabondance. Parfois, l'histoire lève des tabous (torture en Algérie, viols de guerre). La mémoire est la faculté individuelle ou collective de se rappeler des faits, souvent avec un lien affectif et une dimension subjective. Les témoignages, bien que précieux, doivent être confrontés aux faits historiques. Les "lois mémorielles" ou la "mémoire officielle" d'un État peuvent influencer la perception du passé (ex. qualification de "guerre d'Algérie", mythe "résistancialiste" après la Seconde Guerre mondiale). Ces mémoires peuvent être conflictuelles, surtout après des événements traumatiques (Première Guerre mondiale, Shoah, guerre d'Algérie, guerres de Yougoslavie). Cependant, le "travail de mémoire" peut apaiser les souffrances, comme le rapprochement franco-allemand après 1945 (CECA, Willy Brandt à Varsovie).

II- De nouvelles catégories de crimes

Après la Seconde Guerre mondiale et les atrocités de masse, de nouvelles notions juridiques sont créées pour juger ces crimes :
  • Les crimes contre l'humanité, définis au procès de Nuremberg (1945) comme l'assassinat, l'extermination, l'esclavage, la déportation, la persécution dans un contexte de guerre. La notion s'est étendue pour inclure la torture, le viol, l'emprisonnement, et n'exige plus nécessairement un conflit armé. Ces crimes sont imprescriptibles.
  • Le génocide (terme inventé par Raphaël Lemkin en 1944 et adopté par l'ONU en 1948) désigne l'extermination systématique d'une partie de la population en raison de ses origines.
Les historiens sont souvent sollicités pour éclairer la justice dans ces procès, comme lors de ceux de Maurice Papon ou Klaus Barbie.

Axe 1 - Histoire et mémoires des conflits

Jalon 1 - Un débat historique et politique : les causes de la Première Guerre mondiale
L'été 1914 est souvent décrit comme le "suicide de l'Europe". Le conflit, déclenché après l'attentat de Sarajevo et l'engrenage des alliances (Triple Entente vs Triple Alliance), dure plus de quatre ans. Dès le début, la question de la culpabilité se pose. Le Traité de Versailles (1919) impute la responsabilité principale à l'Allemagne (article 231), justifiant de lourdes réparations. Le débat historique se poursuit dans l'entre-deux-guerres. En France, la thèse de la culpabilité allemande est défendue (Pierre Renouvin). Aux États-Unis (Harry Elmer Barnes) et en URSS (Mikhail Pokrovsky), d'autres analyses apparaissent. Un consensus relatif s'établit sur une responsabilité partagée des puissances européennes, l'Allemagne portant une "responsabilité particulière, mais supérieure". En Allemagne, cette attribution est contestée comme le "mensonge de la culpabilité allemande" (Kriegsschuldlüge), alimentant le nationalisme et le nazisme. Après 1945, des historiens comme Fritz Fisher confirment le caractère impérialiste du IIe Reich. Plus récemment (Christopher Clark, *Les Somnambules*, 2013), la responsabilité des autres puissances est davantage soulignée.
Jalon 2 - Mémoires et histoire d'un conflit : la guerre d'Algérie
La guerre d'Algérie (1954-1962) est un conflit complexe, à la fois guerre de décolonisation, guerre civile algérienne et déchirement franco-français. Pendant longtemps, elle est une "guerre sans nom" pour les autorités françaises, qualifiée d'"opérations de pacification". Le silence officiel, les lois d'amnistie (1962) occultent les débats sur la torture (général Aussaresses) ou les répressions. Ce silence laisse des blessures vives :
  • Les pieds-noirs (colons) doivent quitter l'Algérie, souvent traumatisés et mal accueillis en France.
  • Les harkis (Algériens ayant combattu côté français) sont massacrés ou marginalisés en France.
  • Les appelés du contingent reviennent traumatisés, peinant à témoigner des horreurs vécues.
Ces mémoires éclatées persistent faute de consensus sur les dates ou les chiffres. Le cinéma, les romans et les militants (René Vautier, Bertrand Tavernier) ont progressivement donné voix à ces mémoires. Des historiens comme Pierre Vidal-Naquet et Benjamin Stora ont mené un travail difficile pour documenter le conflit. Une politique mémorielle commence à émerger au début des années 2000 :
  • La loi de 1999 reconnaît le terme de "guerre d'Algérie".
  • Jacques Chirac inaugure un mémorial national (2002) et s'engage à libérer les mémoires.
  • François Hollande reconnaît la responsabilité de l'État dans la répression du 17 octobre 1961.
  • Emmanuel Macron qualifie la colonisation de "crime contre l'humanité" (2016), reconnaît l'assassinat de Maurice Audin (2018) et d'Ali Boumendjel (2021). Le rapport Stora (2021) propose des mesures concrètes pour apaiser les mémoires, bien qu'il ait eu peu d'écho en Algérie.
Malgré ces avancées, la "guerre des mémoires" persiste, avec des revendications identitaires, religieuses et raciales.

Axe 2 - Histoire, mémoire et justice

Jalon 1 - La justice face au génocide des Tutsi (TPIR et gacacas)
Le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 est un événement majeur. Une guerre civile oppose le FPR (Front patriotique rwandais, majoritairement Tutsis) dirigé par Paul Kagame, aux forces du président hutu Juvénal Habyarimana. L'attentat contre l'avion d'Habyarimana (avril 1994) déclenche le massacre systématique des Tutsis et des Hutus modérés par des milices hutu. En 100 jours (avril-juin 1994), 800 000 personnes sont tuées, souvent à la machette, avec le soutien des autorités et des médias (Radio des mille collines). L'ONU est impuissante. Après la prise de pouvoir du FPR (juillet 1994), des millions de Hutus fuient, déstabilisant les pays voisins (notamment la RDC). Pour reconstruire une histoire collective et juger les criminels, l'ONU crée le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) à Arusha (Tanzanie) en novembre 1994. Le TPIR mène 85 condamnations en 20 ans (1994-2014), mais face au nombre colossal de génocidaires (estimé à 1 à 2 millions), le président Kagame réactive les tribunaux populaires traditionnels, les gacacas ("assis sur le gazon"). Les gacacas (2005-2012) jugent les différends au sein de la communauté villageoise :
  • Elles encouragent les aveux et la réconciliation.
  • Elles reconstituent les événements et les circonstances de la mort des victimes.
  • Elles ont une double vocation, judiciaire et réconciliatrice, visant à construire une mémoire collective.
Ces 12 000 gacacas ont jugé 1 à 1,5 million de personnes. Cette justice d'urgence, bien que critiquée pour son respect limité du droit (absence d'avocat), a permis une gestion massive des cas. Paul Kagame a instrumentalisé cette justice pour réunifier le pays (interdiction des termes Hutu et Tutsi) et asseoir son pouvoir. À l'international, le rôle de la France en 1994 est critiqué (rapport Mucyo 2007, rapport Duclert 2021 soulignant les "responsabilités accablantes" de la France sans complicité génocidaire directe). Photographie en noir et blanc d'un homme avec des cicatrices sur le visage, évoquant la souffrance post-génocide. Photographie d'une assemblée de gacaca au Rwanda.
Jalon 2 - La construction d'une justice pénale internationale : le TPIY
Les guerres de Yougoslavie (1991-1999), au cœur de l'Europe, éclatent après la fin de la Guerre Froide et la dislocation de la Fédération yougoslave. Les idées nationalistes, longtemps étouffées par le maréchal Tito, sont ravivées, notamment en Serbie sous Slobodan Milošević. La Serbie attaque la Croatie, la Slovénie (1991), puis la Bosnie (1992), prétextant la protection des minorités serbes. Les méthodes de guerre sont brutales : "nettoyage ethnique" (déplacements forcés), viols de masse, assassinats de civils, camps de concentration, sièges de villes (Sarajevo, Srebrenica, Vukovar). L'ONU (FORPRONU) est impuissante. L'intervention de l'OTAN (bombardements) et des États-Unis (Accords de Dayton 1995) met fin aux conflits. Face à ces crimes de masse, l'ONU crée le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye en mai 1993, avant la fin des hostilités. Il est le premier tribunal international de ce type depuis Nuremberg et Tokyo. Sa mission est de poursuivre et juger les auteurs de violations graves du droit international humanitaire (génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre). Le viol est intégré dès 1993 à la définition des crimes contre l'humanité. Les débuts du TPIY sont difficiles (guerre en cours, fuite des accusés, lenteur des enquêtes). Il mène 111 procès et inculpe 161 personnes. Des figures comme Slobodan Milošević (décédé avant la fin de son procès), Radovan Karadžić et Ratko Mladić sont jugées et condamnées. Cependant, le TPIY est parfois contesté par la Serbie comme une "justice des vainqueurs". Photographie composite d'un camp de détention et d'une scène de fuite à Sarajevo. Photographie de Radovan Karadžić et Ratko Mladić durant la guerre et de Karadžić devant le TPIY. Vers une nouvelle justice internationale : Le TPIY et le TPIR ont ouvert la voie à une Cour Pénale Internationale (CPI) permanente, créée en 2002 sous l'impulsion de l'ONU. Siégeant à La Haye, elle juge les génocides, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et le crime d'agression, et intervient lorsque les juridictions nationales sont défaillantes. Bien que 123 États soient parties prenantes, 42 pays (États-Unis, Chine, Inde) refusent de reconnaître sa légitimité. L'objectif de cette justice est multiple : pacifier les sociétés (remplaçant les amnisties), construire une mémoire (rendre intelligibles les atrocités, redonner dignité aux victimes) et construire l'histoire (recueillir témoignages, recoupement d'archives). Bâtiment de la Cour Pénale Internationale à La Haye. Juges de la Cour Pénale Internationale.

Objet de travail conclusif - L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes

L'extermination des "indésirables" par le Troisième Reich (Juifs, Tsiganes, handicapés, opposants) commence dès 1933. La "Shoah par balles" (1,5 million de Juifs tués à l'Est) précède la "Solution finale" (Conférence de Wannsee 1942), l'extermination industrielle dans les camps d'extermination (Auschwitz-Birkenau). Le génocide fait 5,5 à 6 millions de victimes juives et 300 000 à 500 000 Tsiganes.
1- L'amnésie ou l'occultation (1945-1960's)
Après la Seconde Guerre mondiale, le génocide est peu évoqué : destruction des preuves par les nazis, priorité à la libération des camps par les Alliés, choc de la découverte, volonté politique d'occulter la collaboration (Vichy, De Gaulle et le mythe résistancialiste). Aux procès de Nuremberg, le massacre des Juifs est dilué dans l'ensemble des crimes nazis. La mémoire reste largement privée au sein des communautés juives.
2- Le retour du refoulé (1960-1970's)
Le génocide commence à être évoqué dans les années 1960 :
  • L'installation d'une nouvelle société juive en Israël et l'arrivée massive de Juifs d'Afrique du Nord renforcent la solidarité avec l'État d'Israël et la mémoire de la Shoah.
  • La capture et le procès d'Adolf Eichmann (1961) en Israël permettent à des témoins de parler, ouvrant la voie à des réflexions (Hannah Arendt et la "banalité du mal").
  • La parution d'ouvrages (Hannah Arendt, Raul Hilberg) et l'action de "chasseurs de nazis" (Serge et Beate Klarsfeld) contribuent à la prise de conscience.
  • Des films comme *Nuit et Brouillard* (Alain Resnais, 1956) sont des premières tentatives, mais souvent censurées.
  • La guerre des Six Jours (1967) est un tournant pour la communauté juive.
Ce réveil s'accompagne d'une montée du négationnisme (Faurisson), qui conteste la réalité du génocide. Photographie composite du procès Eichmann, des époux Klarsfeld, et de Willy Brandt à Varsovie.
3- De la reconnaissance à l'institutionnalisation (1975-1990's)
Dans les années 1980, la mémoire du génocide s'affirme :
  • Les déportés vieillissants témoignent, s'organisent en associations.
  • La littérature (Primo Levi, Anne Frank, Imre Kertész, Jorge Semprun, Simone Veil, Art Spiegelman avec *Maus*) et le cinéma (téléfilm *Holocaust*, *La liste de Schindler* de Spielberg, *Shoah* de Lanzmann, *Le fils de Saül*) abordent le sujet de plus en plus ouvertement, malgré les débats sur la représentation de l'indicible.
  • Les États reconnaissent leur responsabilité (Jacques Chirac sur la Rafle du Vel d'Hiv en 1995), adoptent des cadres juridiques (loi Gayssot 1990, imprescriptibilité des crimes contre l'humanité), jugent des responsables (Klaus Barbie, Maurice Papon), et mettent en place des lieux de mémoire et des commémorations.
Des institutions internationales (Conseil de l'Europe, ONU) et privées (Yad Vashem, Fondation pour la Mémoire de la Shoah) contribuent à l'institutionnalisation de cette mémoire, qui devient un "devoir de mémoire", souvent un modèle pour d'autres génocides. Hall principal de Yad Vashem à Jérusalem. Portail d'entrée d'Auschwitz-Birkenau avec l'inscription 'ARBEIT MACHT FREI'. Personne nettoyant un pavé de laiton Stolpersteine.

Thème 5 – L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire

Ce thème analyse l'évolution des rapports entre les sociétés humaines et leurs milieux, les changements environnementaux induits, et leurs enjeux géopolitiques. La notion d'environnement est une construction historique, sociale et politique.

Introduction : Qu'est-ce que l'environnement ?

Le mot "environnement" est polysémique. Il englobe à la fois le milieu naturel (climats, écosystèmes, ressources, faune, flore) et les interactions complexes entre l'homme, les sociétés et ces composantes naturelles, qui sont souvent anthropisées (transformées par l'homme). Il est à la fois une ressource et une contrainte. Au XVIIIe siècle, la catastrophe de Lisbonne (1755) marque un tournant dans la perception de la nature. Au XIXe siècle, les théories de Darwin et la révolution industrielle incitent les savants à étudier l'influence des éléments physiques sur l'homme. La notion d'environnement prend une dimension sociale et politique dans les années 1970, avec la prise de conscience des dégradations (pollution, marées noires). Cela se traduit par la création de ministères de l'Environnement, de mouvements écologistes (WWF, Greenpeace) et de conférences internationales (Stockholm 1972). Aujourd'hui, l'environnement est compris comme un ensemble d'interactions entre l'homme et la nature, désormais indissociables. C'est une notion évolutive, source de coopérations et de tensions, avec une influence croissante de la société civile mondialisée et des réseaux sociaux.

II – Un regard sur l'histoire de l'environnement

L'histoire environnementale, née dans les années 1970 aux États-Unis, étudie l'impact de l'homme sur les milieux (exploitation des ressources, aménagements, gestion des risques) et les mouvements qui s'y intéressent. Elle utilise des sources variées (archives, récits, carottes de glace, cernes d'arbres) pour analyser les paysages (anthropisés), les phénomènes naturels (inondations exacerbées par l'imperméabilisation des sols) et les espèces sauvages (ours polaires). L'homme est devenu une force déréglant les équilibres locaux et globaux. Le sociologue Bruno Latour parle d'Anthropocène, une nouvelle ère géologique où les activités humaines ont des répercussions planétaires. Ces impacts (réchauffement climatique, incendies de forêt) suscitent des mobilisations, des débats et des conflits d'acteurs à toutes les échelles, faisant de la préservation de l'environnement un enjeu géopolitique majeur. Photographie de véhicules et de personnes en uniforme dans un cadre forestier, suggérant la gestion environnementale.

Axe 1 - Exploiter, préserver et protéger

Jalon 1 - Exploiter et protéger la forêt française
La forêt est une ressource essentielle depuis longtemps. Au Moyen Âge, la forêt française est surexploitée (défrichages, augmentation de la population) et mal gérée, source de conflits d'usage (chasse vs pâturage). Colbert, ministre de Louis XIV, édicte l'Ordonnance des Eaux et Forêts en 1669. L'objectif est double : protéger la ressource en bois (nécessaire à la marine et aux forges) et renforcer le contrôle royal. Cette politique de gestion durable vise à concilier exploitation et préservation, mais son application est difficile. Cartes comparatives de la couverture forestière en France aux XVIIe siècle et en 2020. Navire historique avec le drapeau français. Le renouveau forestier au XIXe siècle est favorisé par la révolution industrielle (exode rural, charbon remplaçant le bois comme combustible). Des lois de reboisement (1830) et la valorisation de terres pauvres (plantations de pins dans les Landes) augmentent la superficie forestière. Des questions sur la pollution des forêts émergent (romantisme) et des parcs nationaux sont créés. Aujourd'hui, la forêt française a doublé de superficie en un siècle. Elle a des fonctions multiples : absorption du CO², réduction de la désertification, économique (bois, tourisme) et sociale. Cependant, des conflits d'usage persistent. L'ONF (Office national des forêts) gère les forêts publiques, mais des débats éclatent sur l'"industrialisation" des forêts (coupes rases, pesticides) et la nécessité d'une "gestion alternative". Agents de l'ONF manifestant contre l'industrialisation de la forêt. Carte des forêts périurbaines en Île-de-France.
Jalon 2 - « Révolution néolithique » et « révolution industrielle », une anthropisation des milieux
L'homme transforme son milieu, et ces transformations modifient en retour l'homme et la nature. Deux ruptures majeures ont marqué cette relation : La révolution néolithique (il y a 12 000 ans) voit l'adoption de l'agriculture et de l'élevage, entraînant la sédentarisation, le défrichage des forêts, l'introduction de nouvelles cultures et la domestication d'espèces animales. Ces changements transforment les paysages et les espèces, mais aussi l'homme lui-même (croissance, nouvelles maladies) et ses sociétés (villages, artisanat, écriture, guerres). L'homme passe d'une soumission aux éléments à une appropriation et domination de son environnement. Infographie sur l'augmentation de la population et les migrations humaines à travers le monde, incluant la révolution néolithique. La révolution industrielle (fin XVIIIe-XIXe siècles) est une seconde rupture majeure. Les progrès technologiques transforment les paysages (mines, usines, villes) et consomment massivement des ressources (charbon, eau). L'urbanisation rapide, le développement des transports, et les pollutions industrielles dégradent les milieux. Bien que la sensibilité environnementale existe timidement, les intérêts économiques prévalent. Cette période est souvent considérée comme le début de l'Anthropocène, où l'homme domine et dérègle les milieux à l'échelle planétaire, provoquant des "dérèglements climatiques" et des "désastres écologiques". Ces angoisses nouvelles alimentent des réflexions (rapport Brundtland sur le développement durable), la littérature (*Mad Max*, *Sur la route*), le cinéma (*An Inconvenient Truth*, *Demain*) et des mouvements écologiques radicaux (collapsologues, survivalistes, Greta Thunberg). Illustration des mines à ciel ouvert de Blanzy, montrant l'impact de l'industrialisation sur l'environnement. Graphique de l'évolution des émissions de GES durant l'industrialisation.

Axe 2 - Le changement climatique : approches historiques et géopolitique

Le changement climatique est un enjeu mondial, avec des racines historiques et des implications géopolitiques profondes.
Jalon 1 - Les fluctuations climatiques et leurs effets : le climat en Europe du Moyen Age au XIXe siècle
L'histoire du climat est une discipline récente. Des pionniers comme Emmanuel Le Roy Ladurie ont utilisé diverses sources (dates des vendanges, prix des denrées, art rupestre, annales) et des techniques modernes (dendrochronologie, carottes glaciaires) pour reconstituer les variations climatiques passées. L'Europe a connu des variations climatiques notables :
  • Le Petit Optimum Climatique Médiéval (POM) (IXe-XIIIe siècles), caractérisé par des hivers doux et des étés chauds, favorisant l'agriculture et l'expansion.
  • Le Petit Âge Glaciaire (PAG) (XVe-XIXe siècles), avec des hivers rigoureux et des étés frais et pluvieux (baisse moyenne de 1°C). Les conséquences sont catastrophiques : famines, épidémies, révoltes (par ex. en 1709, 600 000 morts). Les crises climatiques sont souvent liées aux crises politiques (Guerre de Cent Ans, Fronde, Révolution française).
Ces variations sont d'origine naturelle (activité solaire, volcanisme). Cependant, le réchauffement actuel, depuis les années 1980-1990, est sans précédent par son ampleur et sa rapidité, et est d'origine humaine (combustibles fossiles, GES). Illustration d'un paysage hivernal, évoquant le Petit Âge Glaciaire.
Jalon 2 - Le climat, enjeu des relations internationales
Le dérèglement climatique actuel est principalement d'origine humaine (forçage anthropique) dû aux émissions de gaz à effet de serre (CO², méthane) liées aux activités industrielles, transports, agriculture intensive et déforestation. Les enjeux géopolitiques du dérèglement climatique sont majeurs :
  • Hausse du niveau des mers (submersion du Bangladesh, Maldives).
  • Acidification des océans, événements climatiques extrêmes (cyclones, sécheresses, incendies).
  • Pénuries d'eau et de nourriture (ex. en Syrie, exacerbant la guerre civile).
  • Création de "réfugiés climatiques" (140 millions d'ici 2050 selon la Banque Mondiale), déstabilisant les pays d'accueil.
Ces pressions soulignent les inégalités de développement : les pays riches ont les moyens de s'adapter, tandis que les pays en développement sont tiraillés entre les besoins vitaux et la préservation des ressources. Des régulations internationales sont tentées :
  • Les premiers rapports (Meadows, Brundtland sur le "développement durable") et la création du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat) en 1988 alertent la communauté internationale.
  • La CCNUCC (Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique) est signée en 1992 à Rio, engageant les États à stabiliser les GES.
  • Des protocoles contraignants suivent, comme celui de Kyoto (1997) imposant des réductions aux pays industrialisés, bien que non signé par les États-Unis.
  • Les Accords de Paris (COP21, 2015) visent à limiter le réchauffement mondial à 2°C et à répartir les efforts entre pays, mais leur mise en œuvre est difficile (retrait des États-Unis sous Trump).
Les acteurs sont diversifiés : ONG (Greenpeace, WWF), États, métropoles (C40), entreprises (greenwashing), mais aussi personnalités religieuses (Pape François, Bartholomée Ier). Il n'y a pas encore de "gouvernance mondiale" effective, mais la prise de conscience progresse, notamment chez les jeunes (Greta Thunberg), et dans la société civile (mouvements Colibris, collapsologues).

Objet de travail conclusif : Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes

Les États-Unis ont un rapport ambivalent à l'environnement, oscillant entre mythe de la nature sauvage (wilderness) et exploitation maximale des ressources.
1- De la wilderness à l'agrobusiness
Le mythe de la wilderness, porté par les récits des pionniers (Lewis et Clark) et des penseurs (Henry David Thoreau, John Muir), valorise une nature immense, grandiose et vierge. Cette vision romantique inspire la création des premiers parcs nationaux (Yellowstone 1872, Yosemite 1890) et une politique de protection sous Theodore Roosevelt. Le Wilderness Act de 1964 continue de défendre ces espaces. Cependant, les États-Unis sont aussi un territoire exploité au maximum. Une agriculture capitaliste (agrobusiness) intensive transforme le territoire en "belts" (corn belt). Le pays est autosuffisant énergétiquement grâce à l'exploitation du pétrole et du gaz de schiste (premier producteur mondial depuis 2005). Cette exploitation, bien que coûteuse pour l'environnement (pollution des nappes phréatiques), assure l'indépendance énergétique et a des implications diplomatiques majeures (désengagement du Moyen-Orient). Le prix environnemental est lourd : réduction des forêts, menace sur la biodiversité (disparition des bisons), dégradation des sols, tensions autour de l'eau.
2- Une position en marge des politiques internationales
Les États-Unis polluent massivement (20% de l'énergie mondiale, 15% des GES mondiaux). Malgré une avant-garde dans la protection de l'environnement dans les années 1960-1970 (création de l'EPA en 1970, lois comme le Clean Air Act), le pays a manifesté une réticence croissante aux accords internationaux (refus du Protocole de Kyoto, retrait des Accords de Paris sous Trump). Cette position est due à des facteurs électoralistes, l'influence des lobbies industriels, et le "climatoscepticisme" de certains dirigeants et de la population. Malgré cette position fédérale parfois en retrait, la prise de conscience est réelle à l'échelle locale. Des ONG (Sierra Club, Worldwatch, 350.org), des lanceurs d'alerte (Erin Brockovich), des personnalités (Leonardo DiCaprio, Al Gore) et des mouvements citoyens militent pour la protection de l'environnement. Des actions sont menées à toutes les échelles :
  • Au niveau fédéral, les politiques varient selon les alternances politiques (Obama et Biden favorisant les énergies renouvelables, Trump déréglementant).
  • Au niveau des États fédérés, certains (Californie) adoptent des législations plus strictes, fixant des objectifs ambitieux (zéro carbone d'ici 2045) face aux crises climatiques (incendies, inondations).
  • Au niveau des villes, des initiatives de "villes vertes" (New York, Los Angeles) et des réseaux (C40) promeuvent des aménagements durables et la résilience face aux risques climatiques.
  • Des entreprises (Wal-Mart, Google, Apple, Tesla) investissent dans l'"économie verte", souvent pour des raisons d'image.
Des acteurs mutualisent leurs efforts (United States Climate Alliance regroupant des États, villes et entreprises). La question environnementale aux États-Unis est un paradoxe, avec des tensions constantes entre les acteurs. Le pays reste incontournable dans le dialogue mondial en raison de son poids économique et scientifique. Photographie d'une cascade impressionnante dans un paysage naturel luxuriant.

Lancer un quiz

Teste tes connaissances avec des questions interactives