Fracture de jambe et syndrome des loges

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Le syndrome des loges, ses causes, conséquences et traitements, notamment l'aponévrotomie et les différentes méthodes d'ostéosynthèse.

Fractures de Jambe

Les fractures de jambe sont des lésions traumatiques complexes qui affectent le tibia et/ou la fibula. Elles sont fréquemment rencontrées en traumatologie et leur prise en charge nécessite une attention particulière en raison de la complexité anatomique de la jambe et des risques de complications.

Particularités et Gravité

  • Diagnostic: Le diagnostic est souvent facile grâce à un examen visuel initial ("coup d'œil").

  • Traitement: Le traitement est majoritairement chirurgical.

  • Gravité: La gravité de ces fractures est liée aux complications potentielles:

    • Initiales:

      • Complications cutanées.

      • Syndrome de loge aigu.

    • Secondaires:

      • Pseudarthrose (absence de consolidation).

      • Cal vicieux (consolidation en mauvaise position).

Anatomie de la Jambe et Risques Spécifiques

La jambe présente des caractéristiques anatomiques qui la rendent vulnérable à certaines complications:

  • Cadre osseux: Le tibia et la fibula sont entourés de parties molles.

  • Position sous-cutanée de l'os: Au niveau de la cheville et des faces antérieure et antéro-interne de la jambe, l'os est proche de la peau, ce qui augmente le risque d'ouverture cutanée en cas de fracture.

  • Organisation en loges: La jambe est divisée en plusieurs compartiments musculaires appelés loges, ce qui expose à un risque de syndrome de loge.

Les Loges Musculaires de la Jambe

Une loge est un espace cloisonné par des parois inextensibles (aponévroses) contenant un ensemble de muscles, ainsi que des éléments vasculonerveux.

Le segment jambier comporte quatre loges principales:

  1. Antérieure

  2. Antéro-externe (ou latérale)

  3. Postérieure superficielle

  4. Postérieure profonde

Loges musculaires

Contenu principal

Nerfs principaux pour les tests sensitifs

Loge Antérieure

Muscles extenseurs du pied et des orteils

Nerf fibulaire profond (1er espace interdigital)

Loge Antéro-externe
(Latérale)

Muscles fibulaires (long et court)

Nerf fibulaire superficiel (dos du pied)

Loge Postérieure superficielle

Muscles gastrocnémiens et soléaire (triceps sural)

Nerf cutané sural médial (bords latéral du pied)

Loge Postérieure profonde

Muscles fléchisseurs du pied et des orteils, jambier postérieur

Nerf tibial postérieur (plante du pied)

Prise en Charge Initiale et Traitement

La démarche clinique classique post-traumatisme suit les étapes suivantes:

  • Radio (Radiographie)

  • Antalgie (Gestion de la douleur)

  • Immobilisation

Le traitement est majoritairement chirurgical, adapté au type de fracture et aux complications éventuelles. Des antibiotiques sont systématiquement administrés en cas de fracture ouverte.

"Carte d'identité de la fracture"

Pour une caractérisation complète, les éléments suivants doivent être évalués:

  • Localisation de la fracture.

  • Trait de la fracture (sa géométrie).

  • Comminution (nombre de fragments).

  • Déplacement des fragments osseux.

  • État de la peau environnante.

  • Complications associées:

    • Vasculo-nerveuses.

    • Générales (par exemple, traumatisme crânien, thoracique).

    • Qualité de l'os (par exemple, ostéoporose chez les personnes âgées).

Moyens d'Ostéosynthèse

Divers matériaux sont utilisés pour stabiliser les fractures:

  • Internes:

    • Plaques vissées: Permettent une réduction anatomique sous contrôle visuel et un montage stable. Cependant, elles nécessitent un dépériostage étendu (ralentissant la consolidation) et ne permettent pas l'appui immédiat.

    • Clous (intramédullaires): N'ouvrent pas le foyer de fracture (favorisant la consolidation) et permettent un appui plus précoce. Le risque majeur est celui du cal vicieux (défaut d'axe).

    • Vis (souvent utilisées en complément des plaques).

  • Externes:

    • Fixateurs externes: Limite le risque d'infection et constitue un bon moyen d'attente avant une ostéosynthèse interne. Ils sont cependant peu rigides, encombrants, lourds et parfois mal tolérés.

Principes de Traitement

Bien que chaque cas soit unique, certains "dogmes" guident le traitement:

  • La couverture cutanée est primordiale. En cas de doute sur l'intégrité cutanée, il faut pécher par excès de prudence.

  • Une ouverture cutanée limite, voire contre-indique, l'utilisation de certaines ostéosynthèses internes.

  • Une stratégie séquentielle doit être envisagée en cas de problème de couverture cutanée.

  • En cas de fractures articulaires, la réduction anatomique doit être parfaite, souvent obtenue par plaques et vis.

Syndrome de Loge Aigu

Le syndrome de loge aigu est une complication grave caractérisée par une élévation de la pression à l'intérieur d'une loge musculaire, entraînant une ischémie des nerfs et des muscles. Il engage le pronostic fonctionnel, voire la conservation du membre.

« L'évoquer, c'est l'opérer... »

Mécanisme et Conséquences

L'hyperpression est liée à un hématome fracturaire et/ou au geste chirurgical (notamment le clouage intramédullaire) et/ou à une ischémie initiale. Cela entraîne:

  1. Une augmentation de la pression dans la loge.

  2. Une baisse du flux sanguin capillaire (ischémie) par compression vasculaire.

  3. Une souffrance tissulaire et un œdème, augmentant encore la pression.

Les conséquences de l'ischémie sont sévères:

  • Nerfs: Souffrance précoce (dès les premières heures) se manifestant par des troubles sensitifs (douleur intense) puis une paralysie motrice.

  • Muscles: Rhabdomyolyse, libérant des métabolites toxiques:

    • CPK (créatine phosphokinase) et myoglobine, pouvant causer une insuffisance rénale aiguë.

    • Ions et , entraînant une hyperkaliémie et une acidose métabolique, avec un risque d'arrêt cardiaque.

  • Infection.

Diagnostic du Syndrome de Loge

Le syndrome de loge doit être constamment évoqué lors de la surveillance d'un membre traumatisé ou opéré.

Signes Cliniques

  • Membre tuméfié, augmenté de volume, tendu, avec peau luisante, rouge et chaude. Ces signes peuvent être masqués par une immobilisation (plâtre, attelle) ou un pansement volumineux, d'où une vigilance accrue.

  • Douleur +++, dite "inadaptée" (intense et non soulagée par les antalgiques habituels).

Tests de Sensibilité Spécifiques

Il est crucial de tester la sensibilité des nerfs distaux:

  • Loge antérieure: 1er espace interdigital (nerf fibulaire profond).

  • Loge antéro-externe: dos du pied (nerf fibulaire superficiel).

  • Loge postérieure superficielle: bords latéral du pied (nerf cutané sural médial).

  • Loge postérieure profonde: plante du pied (nerf tibial postérieur).

Les douleurs au stretching test (étirement passif des muscles) sont également évocatrices, mais leur évaluation peut être difficile.

Mesure de la Pression dans les Loges

La mesure directe de la pression intra-loges est un outil diagnostique. Un syndrome de loge est positif si la Pression Artérielle Diastolique (PAD) moins la Pression Intra-Musculaire (PIM) est inférieure à (). La mise en œuvre de cette mesure peut être délicate.

Traitement du Syndrome de Loge

Le traitement est une urgence chirurgicale et consiste en des aponévrotomies des quatre loges de la jambe (ouverture chirurgicale des aponévroses).

Après l'aponévrotomie, l'expansion immédiate du muscle confirme le diagnostic. Un laçage cutané élastique sans tension est mis en place et sera progressivement resserré lors des réfections de pansements sous anesthésie générale.

Pronostic

  • Bon pronostic: Si le syndrome de loge est pris en charge à temps (moins de 6 heures), une fermeture spontanée ou une greffe de peau mince expansée peut être envisagée.

  • Mauvais pronostic: Un traitement tardif (plus de 12 heures) peut entraîner la nécrose des éléments de la loge, avec des séquelles graves:

    • Impotence fonctionnelle (troubles moteurs).

    • Rétractions tendineuses (par exemple, "griffes d'orteils").

    • Troubles trophiques et sensitifs.

Surveillance Postopératoire ou Post-traumatique

La surveillance infirmière est cruciale pour prévenir et détecter les complications:

  • Prévention de la maladie thrombo-embolique: Administration d'HBPM (héparines de bas poids moléculaire) et lever précoce.

  • Appui:

    • Clou: Appui souvent possible.

    • Plaque et fixateur externe: Généralement pas d'appui autorisé dans un premier temps.

  • Drainage (si nécessaire) et glaçage (si accessible).

  • Surveillance du syndrome de loge: Retirer l'immobilisation et les bandes de pansements (après accord médical ou selon protocole) et prévenir immédiatement le chirurgien en cas de suspicion.

  • Surveillance de la peau: Pister toute souffrance cutanée, comme des phlyctènes ou des signes de nécrose.

Complications à Long Terme

  • Pseudarthrose (non-consolidation de la fracture).

  • Infection chronique.

  • Cal vicieux (consolidation en mauvaise position).

  • Raideur articulaire.

  • Douleur chronique (AND: Algoneurodystrophie).

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