Formes de conflits et tentatives de paix
20 cartesAnalyse des différentes formes de conflits armés, des guerres conventionnelles aux guerres irrégulières et hybrides, ainsi que des tentatives de paix par le biais de traités et de conférences internationales.
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Faire la guerre, faire la paix : Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuel
Les conflits sont une constante de l'histoire humaine, mais leurs formes et les tentatives de résolution évoluent. De la guerre classique interétatique aux nouvelles guerres irrégulières et hybrides, la complexité des affrontements ne cesse de croître, mobilisant des acteurs de plus en plus divers. En parallèle, les mécanismes de paix, des traités historiques aux organisations internationales, cherchent à s'adapter pour maintenir la stabilité mondiale.I. Des conflits armés de plus en plus complexes
Un conflit n'est pas nécessairement une guerre. Un conflit est un antagonisme, une opposition entre au moins deux groupes ou États, pouvant avoir des origines variées (économiques, commerciales, idéologiques, etc.). Le terme de guerre, souvent utilisé de manière abusive, se réfère à un conflit armé avec des caractéristiques spécifiques :- Un théâtre défini : un territoire où se déroulent les opérations.
- Des limites temporelles : un début et une fin clairs.
- Des forces armées organisées : armées nationales, institutions, groupes armés structurés.
- Un minimum de victimes : l'Université suédoise d'Uppsala établit des seuils :
- Conflit armé mineur : entre 25 et 1000 morts.
- Guerre : au-delà de 1000 morts.
- Conflit majeur : au-delà de 10 000 morts.
A. Des guerres à toutes les échelles
L'échelle des conflits a considérablement évolué.- Guerres mondiales : apparues dès le XVIIIe siècle avec la Guerre de Sept Ans (1756-1763), considérée comme la première guerre "mondiale" car elle s'est déroulée en Amérique, en Europe, en Afrique et en Asie. Le XXe siècle a ensuite connu la Première (1914-1918) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Au XXIe siècle, la "guerre contre le terrorisme" (Al-Qaïda et Daesh), débutée le 11 septembre 2001 et officiellement terminée en 2019, est une autre forme de conflit à l'échelle mondiale.
- Conflits post-Guerre Froide : depuis 1989, les conflits interétatiques (entre États) sont devenus moins fréquents et souvent limités à des régions (ex: Russie-Ukraine, Éthiopie-Érythrée). La majorité des guerres sont désormais intra-étatiques (à l'intérieur d'un État), souvent des guerres civiles à motif politique (ex: pacification des favelas au Brésil, guerres des cartels de drogue au Mexique).
II. Il existe différents types de guerre
A. Conflits intra-étatiques (1989-2022) : la forme dominante
Ces conflits se manifestent sous diverses formes :- La rébellion : un groupe marginalisé lutte contre le gouvernement (ex: groupe culturel des Four au Soudan, planteurs de cocaïne contre le gouvernement de Bogota en Colombie).
- Le soulèvement identitaire (minoritaire) : un groupe culturellement distinct revendique son autonomie ou son indépendance (ex: Tchétchénie/Russie, Timor oriental/Indonésie, Soudan du Sud/État soudanais).
- Le conflit interethnique : un groupe ethnique cherche à en détruire un autre au sein du même État (ex: Serbes/non-Serbes en Bosnie, Hutus/Tutsis au Rwanda).
- La guerre civile classique : toujours à motif politique (ex: Printemps arabes de 2011). Ces guerres entraînent souvent une internationalisation (intervention de l'ONU, du HCR), un soutien externe à certains camps (ex: Russie en Syrie), et des déplacements massifs de populations vers les pays voisins (ex: Tchad et Liban). Certaines sont des guerres civiles internationales (ex: soutien de la Chine à Khartoum contre le soutien du Tchad aux Fours).
B. Les conflits d'un genre nouveau : les guerres non conventionnelles
Ces guerres défient les schémas traditionnels :- L'ennemi n'a pas de territoire défini (ennemi idéologique).
- Il n'y a pas de zones de front stables, le conflit est dispersé.
C. Les guerres conventionnelles n'ont pas disparu
Malgré l'émergence de nouvelles formes, les guerres classiques entre États persistent :- Exemple : le conflit ukraino-russe, débuté avec la Révolution orange (2013-2014) et l'annexion de la Crimée (2014). L'invasion russe de l'Ukraine en 2022, après l'échec de la prise de Kiev, s'est transformée en une guerre classique avec un front stable.
- Autres exemples : Croatie/Serbie (1991-1995), Érythrée/Éthiopie (1998-2000, puis en 2024). Ces guerres redeviennent un enjeu international (ex: tensions entre Taïwan et la Chine).
III. Les guerres mobilisent des acteurs de plus en plus divers
A. Le développement d'acteurs "hybrides"
Ces acteurs brouillent les frontières entre États et entités non-étatiques :- Le Groupe Wagner : milice russe apparue en 2014 en Crimée et dans le Donbass. Créée par Dmitri Utkin et Evgueni Prigojine, elle n'est pas une armée régulière mais intervient pour le compte de gouvernements (Amérique Latine, Afrique, Ukraine), étendant l'influence russe et accédant à des ressources naturelles. Elle utilise également la désinformation.
- Les mercenaires : leur retour pose des problèmes de non-respect du droit de la guerre et des Conventions de Genève.
- La cyber-guerre : désinformation, fake news.
- Les services de renseignements : FBI, DGSE, MI6, Mossad, FSB jouent un rôle croissant.
B. Les acteurs non-étatiques se sont largement imposés
L'émergence de la communauté internationale dans les conflits (ex: ONU, OTAN en Yougoslavie) et les coalitions internationales (ex: Première Guerre du Golfe en 1990) ont mis en lumière de nouveaux acteurs :- Groupes non-étatiques transnationaux : djihadistes, ethniques, se transformant en combattants.
- Organisations islamiques : Daesh, Al-Qaïda. Elles opèrent sans frontières ni État, affiliant d'autres groupes.
- Groupes paramilitaires : formés dans des régions marginalisées, ils manipulent la misère locale par la propagande.
C. Les nouveaux combattants
Les conflits intra-étatiques du Sud voient l'apparition de profils de combattants atypiques :- Les enfants soldats : recrutés par manque d'hommes, ils sont obéissants et manquent de freins moraux. Très utilisés par les paramilitaires (ex: guerre du Diamant en Sierra Leone et Libéria, Syrie, Yémen).
- Les femmes soldats : unités féminines (ex: YPG contre Daesh en Syrie et Irak), femmes au front (ex: armée israélienne Tsahal, armée espagnole, Ukraine).
- Les civils militants : impliqués dans le renseignement (ex: attentat du Bataclan en 2015), ou comme "taupes" civiles dans les guerres hybrides.
- Les narco-trafiquants : deviennent des armées permanentes dans certains pays (ex: Colombie, Équateur, Mexique).
- Combattants avec motifs idéologiques, identitaires, culturels ou religieux (ex: mouvement naxalite en Inde).
IV. Des tentatives de solution de plus en plus multilatérales
La résolution des conflits passe souvent par des traités de paix, une pratique héritée du XVIIe siècle et encadrée par le droit international de l'ONU.- Les traités de paix sont souvent supervisés par un État Tiers, qui acquiert ainsi un poids politique international (ex: accord Éthiopie-Érythrée en 2018 sous supervision saoudienne). Ces médiations peuvent échouer (ex: Accords d'Oslo de 1993 entre Israël et l'OLP).
- La paix peut être rétablie après une intervention armée (ex: intervention de l'ONU en Bosnie en 1995 menant aux Accords de Dayton).
- L'ONU n'intervient qu'avec le soutien des États membres, ses Casques bleus étant déployés après un accord de paix pour légitimer la présence de soldats.
Axe 1 : La dimension politique de la guerre : des conflits inter-étatiques aux enjeux transnationaux
Introduction
Des guerres classiques aux guerres asymétriques du XXIe siècle, les concepts de Clausewitz, théoricien de la guerre du début du XIXe siècle, peuvent aider à comprendre les enjeux et la brutalité des conflits. Cependant, la guerre a considérablement évolué depuis l'époque moderne, posant la question de la pertinence actuelle de ces théories.Jalons 1 : La guerre "continuation de la politique par d'autres moyens" (Clausewitz) : de la guerre de Sept Ans (1756-1763) aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes (1792-1815)
I. La "guerre" de Carl von Clausewitz : une référence majeure dans l'histoire de la pensée stratégique
Clausewitz a influencé de nombreux décideurs politiques et militaires (Ludendorff, Lénine, Mao, Hitler, Churchill, De Gaulle). Sa théorie, écartée pendant la Guerre Froide, a retrouvé de la pertinence avec les nouvelles formes de guerre. Pour Clausewitz, la guerre est une forme de politique entre États, visant toujours à des objectifs politiques. Il distingue deux types de guerres :- Guerre absolue : usage illimité de la violence avec une escalade progressive.
- Guerre réelle : usage proportionné de la violence pour atteindre des objectifs et obtenir des concessions de l'adversaire.
II. La guerre de Sept Ans (1756-1763), "premier conflit mondial"
La Guerre de Sept Ans est marquée par un commandement aristocratique et l'usage de mercenaires. Les dégâts sur les champs de bataille étaient limités, mais les maladies et les déplacements de troupes causaient de nombreuses pertes.1. Un duel de puissances concurrentes
En 1750, l'Europe est minée par des rivalités commerciales, maritimes et territoriales (colonies) entre des blocs de puissances (GB, Prusse, Portugal d'un côté ; France, Espagne, Autriche, Russie de l'autre). Cette situation, où les puissances cherchent à s'organiser pour répondre aux tensions, correspond bien au modèle clausewitzien.2. La première guerre "mondiale"
Le conflit s'est déroulé à l'échelle continentale, régionale et mondiale, touchant l'Amérique du Nord ("Indian and French War"), les Antilles (pour le contrôle des flottes) et l'Europe. La bataille de Zorndorf, qualifiée de "guerre à outrance", illustre la montée aux extrêmes avec des massacres (un quart des forces russes anéanties). L'artillerie devient une arme destructrice, provoquant des centaines de milliers de victimes militaires et civiles (bombardements, déportations en Amérique). La Prusse est au bord de l'effondrement, mais le retrait inattendu de la Russie (suite à l'accession de Pierre III au trône en 1762) met fin à la guerre.3. Le Traité de Paris (1763)
La France de Louis XV, par le traité de Paris, cède le Canada et l'Inde orientale pour préserver ses Antilles (économiquement vitales pour le sucre). L'Angleterre accepte les conditions, ne considérant plus la France comme une menace maritime suffisante et ayant les mains libres en Amérique du Nord. L'Espagne cède la Floride pour Cuba. Ce règlement s'inscrit pleinement dans le concept de "guerre réelle", où les belligérants négocient des échanges territoriaux pour mettre fin à un conflit coûteux qui n'apporte plus d'avantages. La guerre établit un nouvel équilibre : domination prussienne sur le continent, puissance maritime britannique mondiale. La France et la Russie (en crise de succession) sont les perdantes.III. Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes : des "guerres absolues" au sens de Clausewitz
1. 1789-1792 : un contexte de tensions politiques
Les tensions internes en France (monarchie constitutionnelle vs république) mènent à une guerre préventive en avril 1792 contre les monarchies absolues européennes, qui craignent la diffusion des idées révolutionnaires. La défaite initiale face à l'alliance austro-prussienne conduit à la déclaration de la "Patrie en danger" et à la mobilisation de 200 000 volontaires. La victoire de Valmy (20 sept 1792) est une victoire militaire et symbolique où une armée populaire repousse la Prusse, marquant un tournant historique.2. L'apparition des armées nationales : une révolution pour Clausewitz
L'exécution de Louis XVI en 1793 met la République en danger. Face à l'invasion européenne et aux soulèvements internes (ex: Vendée), la France instaure la conscription obligatoire (levée en masse de 20-25 ans par tirage au sort) et la "loi des suspects". Cela crée une armée colossale (1,2 million d'hommes), mélangeant vétérans et nouvelles recrues. Ces soldats, motivés par la défense de la patrie, de la liberté et de l'égalité, mènent une guerre offensive à partir de 1794. Selon Clausewitz, les oppositions les plus fortes à Napoléon viennent des peuples occupés qui rejettent l'invasion :- Espagne (1808-1813) : guérilla populaire épuisant l'armée française.
- Russie (1812) : politique de la terre brûlée, sacrifice des récoltes par les civils.
- Prusse (1815) : bataille des Nations, organisation de la résistance par les Russes.
3. La "montée aux extrêmes" : l'irruption du peuple dans la guerre
Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes voient une rapide augmentation de la violence due à :- La mobilisation massive de soldats.
- Les représailles contre les civils, qui deviennent acteurs des conflits (ex: 100 000 morts en Vendée, plus de 100 000 en Espagne). Le nombre de victimes ne cesse de croître (1,215 million de morts français sous Napoléon).
| Caractéristiques | Guerres de l'Ancien Régime (XVIIe-XVIIIe siècles) | Guerres Révolutionnaires et Napoléoniennes |
| Acteurs | Armées de mercenaires, aristocrates | Armées nationales (conscription), le peuple acteur |
| Motivation | Objectifs politiques dynastiques, territoriaux | Idéologies (liberté, égalité), nationalisme |
| Violence | Limitée, dégâts concentrés, peu de victimes civiles | Montée aux extrêmes, mobilisation totale, massacres civils |
| Objectifs | Obtenir des concessions, rééquilibrer | Détruire l'ennemi, imposer une idéologie, bouleverser l'ordre européen |
| Bilan | Guerre réelle (Clausewitz) | Guerre absolue (Clausewitz) |
Conclusion de l'Axe 1
La Révolution française a transformé la nature de la guerre en impliquant le peuple et en opposant des idéologies. La guerre absolue du XXe siècle (Deuxième Guerre mondiale, guerre industrielle et totale, guerre d'idéologie) marque une continuité avec les guerres napoléoniennes, tandis que la Guerre Froide peut être vue comme une guerre réelle.Jalons 2 : Le modèle de Clausewitz à l'épreuve des "guerres irrégulières" : d'Al-Qaïda à Daesh
I. Al-Qaïda : causes et formes de la lutte
A. La genèse d'Al-Qaïda
Al-Qaïda émerge dans les années 1990, après la fin de la Guerre Froide et l'ordre bipolaire. Les États-Unis dominent alors un monde unipolaire. C'est dans ce contexte qu'apparaît le djihadisme, un phénomène qui ne semble pas obéir aux règles des relations internationales, imposant des guerres irrégulières et hybrides.1. Le séisme politique de 1979
L'année 1979 marque une rupture géopolitique majeure au Proche-Orient :- La révolution iranienne : l'Ayatollah Khomeini prend le pouvoir, considérant les États-Unis comme le "Grand Satan".
- L'invasion soviétique de l'Afghanistan : l'URSS intervient militairement.
2. La 1ère guerre d'Afghanistan : la matrice d'Al-Qaïda
En 1987, une organisation islamiste internationale du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar) est créée pour apporter une aide financière, technique et militaire aux moudjahidines afghans, au nom de la solidarité musulmane. Oussama Ben Laden en est la figure de proue, opérant via des réseaux humanitaires. En 1988, Al-Qaïda se transforme en organisation de soutien aux musulmans en guerre à travers le monde.B. Al-Qaïda se transforme en ennemi de l'Occident
1. Le défenseur des musulmans opprimés
Dans les années 1990, la Guerre du Golfe (1990-1991), où les États-Unis interviennent majoritairement contre l'Irak, est perçue par Ben Laden comme une "colonisation" de la péninsule arabique et une menace pour La Mecque, lieu saint de l'islam. Al-Qaïda se tourne alors contre les États-Unis.2. Al-Qaïda crée le djihad mondial contre l'Occident
Ben Laden innove avec l'hyperterrorisme, utilisant les médias pour frapper des objectifs symboliques (WTC, Pentagone le 11 septembre 2001) et tuer des milliers de personnes. Il transforme des objets du quotidien en armes. La péninsule Arabique, la ville de Jérusalem (Al-Qods) sont des références constantes. Le projet de Ben Laden est d'expulser physiquement et intellectuellement les non-musulmans des terres d'islam et d'unifier les pays musulmans sous une autorité unique, appliquant rigoureusement la Charia (Wahhabisme).II. Daesh : la tentative de restaurer le califat (2006-2009)
A. L'E-I naît dans le chaos politique de l'Irak
En 2003, la Seconde Guerre d'Irak éclate. Après la chute de Saddam Hussein, les États-Unis décident de détruire complètement l'État irakien, démobilisant l'armée, la police, la justice et l'administration. Cela crée un vide et une résistance des forces irakiennes. Les sunnites sont marginalisés.B. L'E.I invente le "djihadisme national"
1. L'E.I : une branche radicalisée d'Al-Qaïda
Al-Qaïda en Irak (AQI) émerge dans le contexte d'une guerre civile sunnite-chiite. Abou Moussab Al-Zarkaoui radicalise l'idéologie d'Al-Qaïda, ciblant non seulement les Occidentaux mais aussi les chiites, considérés comme hérétiques. En 2006, les partisans de Zarkaoui forment Daesh, qui se distingue d'Al-Qaïda par sa volonté de conquérir et de maîtriser un territoire pour y fonder un califat, et de mener une guerre contre les chiites.2. L'E.I parvient à créer son "califat"
Deux facteurs permettent à Daesh de croître à partir de 2011 :- Les Printemps arabes, notamment en Syrie, où l'échec de la rébellion contre Bachar al-Assad pousse des islamistes radicaux à rejoindre l'État Islamique.
- Le désengagement américain sous Barack Obama, qui réduit la pression et permet à l'EI de se renforcer.
3. L'E.I s'engage dans une expansion territoriale et politique
L'expansion de Daesh est rapide, aidée par les populations sunnites et bédouines. Il s'empare de Mossoul et menace Bagdad et Kirkouk, créant un territoire de la taille du Royaume-Uni. Daesh frappe l'Occident (ex: attentat du Bataclan à Paris en 2015), utilisant la terreur pour protéger son État et affaiblir ses ennemis.C. Daesh échoue à reconstruire l'équilibre politique du Proche-Orient
La stratégie de la coalition internationale contre Daesh est différente de celle contre les Talibans. Il ne s'agit pas d'une opération offensive terrestre massive, mais d'un soutien aux forces locales (Kurdes, milices chiites, armée irakienne) avec des frappes aériennes. Le déploiement du YPG (unités féminines kurdes) est un symbole fort. Bachar al-Assad en Syrie et le Hezbollah libanais participent également. L'État islamique est détruit territorialement en 2019 avec la prise de Mossoul et Raqqa. Cependant, dès 2019, Daesh se transforme en nébuleuse, adoptant un modèle proche d'Al-Qaïda et créant une concurrence (ex: attentats en Afghanistan).III. Des guerres qui s'éloignent du modèle de Clausewitz ?
A. Des guerres non conventionnelles et hybrides
Les guerres impliquant Al-Qaïda et Daesh diffèrent des guerres clausewitziennes :- Utilisation de drones par l'Occident pour des cibles précises et un soutien militaire sans pertes humaines.
- Combattants djihadistes mobiles et fluides, refusant les combats frontaux pour un effet politique.
- Actes terroristes qui ne respectent pas le modèle clausewitzien.
- Lutte contre une idéologie plutôt qu'un État (sauf pour Daesh temporairement).
B. Mais, à certains égards, le modèle clausewitzien reste pertinent
Pour Daesh et Al-Qaïda, il s'agit de "guerres absolues", visant la destruction totale de l'adversaire et entraînant une rapide "montée aux extrêmes". La destruction de monuments culturels, l'esclavage, l'enlèvement d'enfants soldats, les exécutions atroces sont des manifestations de cette violence. Daesh opère dans un système totalitaire complet. La guerre contre l'État Islamique par la coalition internationale peut être vue comme une "guerre réelle", cherchant à détruire le territoire djihadiste par des moyens conventionnels. Cependant, elle échappe aussi à la théorie clausewitzienne par son caractère asymétrique et l'utilisation de nouveaux combattants (enfants, civils, femmes). Le "brouillard de la guerre" et l'épuisement des forces adverses (ex: 700 milliards de dollars dépensés par les USA contre le terrorisme) sont des concepts clausewitziens toujours valides.Conclusion de l'Axe 1
Les mouvements djihadistes comme Daesh et Al-Qaïda ont partiellement remis en cause le modèle clausewitzien. Al-Qaïda, par son action transnationale déconnectée des enjeux territoriaux et son usage du terrorisme et des réseaux sociaux, s'éloigne le plus. Daesh, malgré des objectifs plus radicaux et un usage similaire des réseaux sociaux, se rapproche du modèle clausewitzien lorsqu'il agit comme un État combattant d'autres États. La "montée aux extrêmes" reste un concept pertinent.Axe 2 : Le défi de la construction de la paix
Jalons 1 : Faire la paix par les traités : les traités de Westphalie (1648)
I. L'origine des traités : la guerre de Trente Ans
La Guerre de Trente Ans (1618-1648) est le premier conflit véritablement européen, impliquant 16 États et 140 entités politiques. Ce fut un conflit entre puissances chrétiennes (catholiques et protestants), dont la victime principale fut l'Allemagne, perdant près de 30% de sa population.1. Une Europe divisée
L'Europe du début du XVIIe siècle est dominée par les deux branches de la dynastie des Habsbourg (Autriche et Espagne). Leurs rivaux sont la France (encerclée), les princes protestants allemands (cherchant l'indépendance) et des puissances comme le Danemark et l'Angleterre (visant des gains territoriaux et le contrôle commercial). Les Provinces-Unies (Pays-Bas) luttent pour leur indépendance contre l'Espagne. Ce conflit, marqué par des changements d'alliances constants et une durée de 30 ans, est une guerre réelle. L'épuisement des belligérants mène à des négociations de paix dans deux villes : Münster (catholique) et Osnabrück (protestante).II. Les clauses religieuses et politiques des traités de Westphalie
1. La reconnaissance de la division religieuse de l'Europe
Les traités de Westphalie reconnaissent la division religieuse et instaurent une liberté de culte (essentiellement dans l'espace germanique). La religion cesse d'être un motif de guerre, et la Prusse bénéficie de la sécularisation des biens ecclésiastiques.2. La mise en place d'un équilibre entre puissances
L'autorité impériale des Habsbourg en Allemagne est affaiblie. Les princes deviennent souverains sur leurs territoires, avec des limites. Des États comme la France (gains territoriaux à l'est), la Bavière, la Suisse et les Provinces-Unies sont renforcés. L'Espagne est exclue du commerce triangulaire, au profit d'Amsterdam. La France s'impose et un nouvel acteur émerge en Europe.III. L'élaboration des traités : un tournant dans l'histoire diplomatique mondiale
1. La première expérience d'une conférence internationale
Les traités de Westphalie marquent la première fois qu'une conférence internationale réunit les représentants de toutes les puissances pour régler un conflit. Le rôle du diplomate, en tant que négociateur de paix, devient central.2. Basée sur des diplomates en voie de professionnalisation
Cette négociation repose sur des diplomates professionnels, maîtrisant les langues et ayant des réseaux. L'exemple du comte d'Avaux, négociateur français, illustre cette professionnalisation. La fonction de diplomate requiert désormais une expertise culturelle et politique.IV. Le "système westphalien" se met en place pour plusieurs siècles
1. Le "système westphalien" : qu'est-ce que c'est ?
Les traités de Westphalie sont à l'origine du droit international moderne, avec trois normes essentielles :- L'inviolabilité de la souveraineté d'un État : ses frontières sont reconnues, un seul souverain par État, et l'abandon du système féodal.
- Le principe de non-ingérence d'un État dans les affaires d'un autre (ex: la Russie ne doit pas soutenir les Russes de Moldavie pour leur indépendance).
- L'autorisation du recours à la guerre, mais encadrée et limitée. C'est la naissance de la déclaration de guerre et des négociations par traités.
2. Les traités font naître l'État-moderne, ancêtre de l'État-nation
À l'intérieur de ses frontières, le pouvoir politique est le seul à détenir le monopole de la violence, à appliquer le droit, à maintenir l'ordre et à percevoir les impôts. L'État devient l'acteur politique unique, éliminant les systèmes supranationaux.3. Et un système d'équilibre durable en Europe
Un nouvel équilibre se met en place. Les puissances investissent massivement dans l'outil militaire pour protéger leurs acquis territoriaux (ex: fortifications de Vauban sous Louis XIV en France). L'organisation de l'armée se professionnalise. L'équilibre westphalien n'apporte pas une paix absolue, mais des périodes de paix armée. Il est remis en cause par des guerres (ex: Louis XIV, guerre de succession d'Espagne menant aux traités d'Utrecht). L'ordre westphalien est détruit pendant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, qui tentent de réorganiser l'Europe selon de nouveaux principes (destruction d'États, modification des sociétés). Cependant, l'échec de Napoléon ramène à la logique westphalienne du Congrès de Vienne (1815), plus efficace que les traités de Westphalie et qui perdure jusqu'en 1918.Jalons 2 : Le système de sécurité collective de l'ONU, Kofi Annan (1997-2006)
Introduction : Kofi Annan et l'ONU
Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU de 1997 à 2006, est un diplomate ghanéen et un fervent défenseur des droits de l'homme et du développement. Il croit à la sécurité collective et cherche à renforcer le rôle de l'ONU. Arrivé en poste après la fin de la Guerre Froide et l'ordre bipolaire, il doit faire face à un monde unipolaire dominé par les États-Unis. Le Secrétaire général est l'exécutif de l'ONU, proposant des actions et rendant compte au Conseil de Sécurité. Le Conseil de Sécurité est l'institution centrale, avec 5 membres permanents dotés d'un droit de veto (France, Chine, Russie, États-Unis, Royaume-Uni). Il peut imposer des sanctions et des mandats d'intervention (Opérations de Maintien de la Paix - OMP). L'Assemblée Générale élit et propose des résolutions.I. Les moyens de Kofi Annan pour promouvoir la paix
1. Kofi Annan multiplie les opérations de maintien ou de rétablissement de la paix
Kofi Annan privilégie la voie diplomatique pour désamorcer les conflits. Il augmente l'effectif des Casques bleus, forces militaires d'interposition provenant de différents pays, qui ne peuvent ouvrir le feu qu'avec autorisation. Ces forces interviennent dans les pays en guerre, souvent en Asie et au Moyen-Orient (ex: Sierra Leone, Timor oriental). Les opérations de l'ONU visent à stabiliser les États après les conflits, en désarmant les combattants, les démobilisant, les réintégrant, et en reconstruisant les institutions (gouvernement, élections, police, justice). L'État sierra-léonais, par exemple, a récupéré le contrôle de ses mines de diamants grâce à ce soutien. L'ONU peut intervenir si un État en fait la demande.2. Il relance le combat pour la défense des droits de l'homme
Kofi Annan promeut le droit d'ingérence humanitaire, incitant l'ONU à intervenir lors des crises. Il œuvre pour l'accès des pays du Sud à la trithérapie contre le SIDA et développe des indicateurs de pauvreté (IDH, IPH). Il met en place la justice internationale : en 1998, il contribue à la création de la Cour Pénale Internationale (CPI), pour juger les crimes de guerre (Convention de Rome, 2002).II. Mais Kofi Annan se heurte aux États-Unis et à l'émergence de nouvelles puissances mondiales
1. Les États-Unis contournent l'ONU lors de la Deuxième Guerre d'Irak
En 2003, Kofi Annan considère l'intervention américaine en Irak comme illégale car les États-Unis n'ont pas obtenu de mandat du Conseil de Sécurité de l'ONU (la France et la Russie menaçant d'utiliser leur veto). Kofi Annan s'inquiète des conséquences pour le processus électoral irakien, car son rêve d'un monde de paix s'éloigne si la principale puissance mondiale ne respecte pas les principes de l'ONU.2. Kofi Annan échoue à réformer le fonctionnement de l'ONU
Kofi Annan tente de modifier le fonctionnement du Conseil de Sécurité pour mieux intégrer les puissances émergentes (Japon, Inde, Brésil, Allemagne) sans marginaliser les membres permanents. Cependant, ces propositions n'aboutissent pas en raison des conflits d'intérêts et des enjeux géopolitiques. Le budget de l'ONU reste ridicule, ce qui limite l'efficacité de ses interventions et la rend dépendante des ONG. L'échec de la réforme et le contournement de l'ONU par les États-Unis montrent que le projet initial de sécurité collective, tel que conçu après la Seconde Guerre mondiale, n'a fonctionné que temporairement, notamment durant les années 1990.Thème conclusif : Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix impliquant des acteurs internationaux (étatiques et non-étatiques)
Introduction : Le contexte historique
Le Moyen-Orient est une notion récente, dont le concept date de la fin du XIXe siècle. C'est un espace culturellement homogène (islam dominant, langue arabe) mais sans unité politique, avec des limites floues. Il est le berceau des trois religions monothéistes et de civilisations anciennes. Depuis la Seconde Guerre mondiale, cette zone est devenue stratégique en raison de son importance géostratégique et de ses ressources énergétiques (50% du pétrole mondial).I. Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinien
A. Un contexte géopolitique explosif
1. La Palestine : un enjeu mondial
Jérusalem est une ville multiconfessionnelle, sainte pour les trois monothéismes (Mur des Lamentations, Dôme du Rocher, Saint Sépulcre). Le sionisme, mouvement politique né en réaction à l'antisémitisme de la fin du XIXe siècle (Affaire Dreyfus), vise à créer un État juif en Palestine.2. Le Proche-Orient : un espace aux enjeux géopolitiques mondiaux
La région est stratégique pour le commerce mondial (Canal de Suez) et l'approvisionnement énergétique (hydrocarbures). Elle est également traversée par des fractures culturelles et religieuses (sunnites/chiites, arabophones/iranophones/turcophones).B. La Palestine : un territoire pour deux peuples
1. La défaite ottomane modifie la géopolitique du Levant
La fin de l'Empire ottoman en 1919 redéfinit la région. La France et le Royaume-Uni se partagent la partie arabophone (accords Sykes-Picot). La Palestine devient un mandat britannique. La déclaration de Balfour (1917) promet l'établissement d'un foyer national juif en Palestine, suscitant un mouvement national palestinien.2. L'après Seconde Guerre mondiale et la "question de la Palestine"
Après 1945, la migration européenne juive vers la Palestine s'intensifie. Face à la montée de violence, l'ONU propose un plan de partage en 1947, divisant la Palestine en un État juif et un État arabe, avec Jérusalem sous statut international. Ce plan est rejeté par les populations arabes.C. Le conflit israélo-arabe : 30 ans de conflit
1. Une longue guerre interétatique
Le 14 mai 1948, David Ben Gourion déclare l'indépendance d'Israël. Les pays arabes (Ligue arabe) envahissent, déclenchant la Première Guerre israélo-arabe (1948-1949). Israël, malgré un déséquilibre numérique, remporte la victoire et étend son territoire. Cette guerre provoque la Nakba (exode forcé) de 700 000 Palestiniens, qui deviennent des réfugiés. Suivent deux autres conflits majeurs : la guerre des Six Jours (1967), où Israël frappe préventivement l'Égypte et occupe des territoires (Sinaï, Gaza, Cisjordanie, plateau du Golan), et la guerre du Kippour (1973), lancée par l'Égypte. La Guerre Froide se superpose au conflit régional : l'URSS soutient les républiques arabes (Égypte, Syrie), tandis que les États-Unis deviennent un allié clé d'Israël. L'ONU tente de rétablir la paix par des résolutions (ex: résolution 242 après 1967) appelant au retrait des troupes israéliennes des territoires occupés, au règlement du problème des réfugiés et au respect des frontières.2. Une paix armée au Moyen-Orient
Les accords de Camp David (1978), négociés directement entre Anouar el-Sadate (Égypte) et Menahem Begin (Israël) sous l'égide des États-Unis, rompent la solidarité arabe. L'Égypte reconnaît Israël en échange du Sinaï. Ce traité de paix, de nature westphalienne, établit un équilibre politique et militaire, mais ignore la question palestinienne. Les accords de Camp David ouvrent la voie à une normalisation progressive des relations entre Israël et d'autres États arabes (Jordanie dans les années 1990, accords d'Abraham en 2020 avec les Émirats arabes unis). Cependant, Israël reste sous pression constante du bloc chiite (Iran, Hezbollah, Hamas).D. Le conflit israélo-palestinien : une guerre asymétrique qui débouche sur une paix négative
1. Le face-à-face israélo-palestinien (fin 1960s-fin 1980s)
Le problème palestinien émerge avec la Nakba. L'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), fondée en 1964, se développe sous la direction de Yasser Arafat à partir de 1969. L'OLP mène des actions terroristes (ex: Septembre noir 1970, JO de Munich 1972). En 1982, la Première Guerre du Liban affaiblit l'OLP. Face à l'échec de la violence et à la perte de soutiens (disparition de l'URSS, affaiblissement de Saddam Hussein), Arafat propose en 1993 de reconnaître Israël et d'abandonner le terrorisme, ouvrant la voie aux accords d'Oslo.2. Les espoirs de paix de la décennie 1990
Les accords d'Oslo (1993) reposent sur la reconnaissance mutuelle et le retrait progressif de l'armée israélienne de Gaza et de certaines zones de Cisjordanie, transférées à l'Autorité palestinienne.3. Le retour des tensions depuis le début des années 2000
Les accords d'Oslo ignorent deux forces montantes : les nationalistes religieux israéliens (favorables à la colonisation) et les islamistes palestiniens (Hamas). L'assassinat d'Yitzhak Rabin en 1995 par un radical juif bloque le processus de paix. La Seconde Intifada éclate en 2000, marquée par des attentats suicides et la montée du Hamas. En réponse, Israël renforce sa politique sécuritaire, construisant un mur de séparation qui enferme les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. En 2006, le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza, qui devient un fief islamiste. Israël met en place le "Dôme de fer" pour contrer les roquettes. Le conflit aboutit à une "paix négative", où l'absence de guerre ne signifie pas une résolution du problème palestinien. La guerre israélo-palestinienne est une guerre asymétrique entre une puissance militaire et économique (Israël) et une organisation terroriste (Hamas). Les États-Unis ont joué un rôle clé dans les négociations (ex: sous Clinton dans les années 1990). De nouveaux acteurs régionaux (pays du Golfe) pourraient s'impliquer financièrement et militairement.II. Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) et leurs prolongements
A. La 1ère guerre du Golfe (1990-1991) : un conflit interétatique qui débouche sur un nouvel ordre international
1. Un duel inégal
L'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït en août 1990, motivé par des raisons économiques (dettes post-guerre Iran-Irak), pétrolières (non-respect des quotas de l'OPEP par le Koweït) et territoriales (contestation de l'existence du Koweït, débouché sur le Golfe Persique).2. Le 1er conflit post-Guerre Froide
Le Conseil de Sécurité de l'ONU, en août 1990, met en place une procédure pour faire respecter le droit international : médiation, sanctions (embargo), ultimatum. Une coalition internationale (32 pays dont l'OTAN, le Japon, la Corée du Sud et des pays arabes) se forme. L'opération "Bouclier du désert" est suivie de l'opération "Tempête du désert" (42 jours de bombardements), qui anéantit l'armée et les infrastructures irakiennes. C'est un exemple de multilatéralisme où l'ONU utilise une coalition pour rétablir le droit.3. Le "nouvel ordre mondial"
La guerre transforme l'armée américaine en hyperpuissance. Les frontières sont maintenues. Le "nouvel ordre mondial" se caractérise par un embargo sur l'Irak, l'installation de bases américaines dans le Golfe et une souveraineté irakienne réduite. Cela marque la fin du panarabisme et l'essor de l'islamisme radical.B. La deuxième Guerre du Golfe : une ingérence unilatérale qui déclenche une recomposition géopolitique régionale
1. La fin du "nouvel ordre mondial"
Le contexte régional a changé après le 11 septembre 2001, avec l'imposition du djihadisme. L'Irak, sous embargo et endetté, est un pays sinistré. La population, détestant les États-Unis, considère Saddam Hussein comme un protecteur. En 2003, les États-Unis accusent l'Irak de menacer la sécurité internationale (soutien au djihadisme, armes de destruction massive). La France (Chirac) et l'Allemagne refusent un mandat de l'ONU, mais les États-Unis lancent une intervention unilatérale avec une coalition réduite (USA, Royaume-Uni, Espagne, Pologne). Cette action, perçue comme une "vengeance" après le 11 septembre, met fin à la gestion multilatérale des affaires internationales.2. Les États-Unis s'enfoncent dans le bourbier irakien
Les États-Unis dissolvent toutes les institutions irakiennes (armée, police, administration), créant un vide politique et une rancœur. Le processus de démocratisation aboutit à une fragmentation de la société irakienne (chiites, sunnites). Al-Qaïda profite du chaos, menant des attaques et enlèvements. L'Irak devient un bourbier, ternissant l'image des États-Unis en "libérateurs" et favorisant l'émergence de l'Iran chiite. En 2019, la région est marquée par un face-à-face entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. L'attaque du 7 octobre 2023 contre Israël révèle le soutien de l'Iran à des groupes comme le Hamas.Bilan de l'Axe 2
Les deux guerres du Golfe ont eu des processus différents : la première sous l'égide de l'ONU pour le droit international, mais menant à l'hyperpuissance américaine et à l'essor du djihadisme. La seconde, une opération unilatérale, a bafoué le droit international, déstabilisé la région, et vu l'émergence de Daesh et de l'Iran comme puissance régionale.THÈME 3 : L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire
Thème introductif : Qu'est-ce que l'environnement ?
Introduction
L'Encyclopédie de Diderot (1756) illustre le développement des sciences naturelles au XVIIIe siècle (botanique, physique, chimie). Buffon et Lamarck interrogent l'origine des espèces et la transformation de la nature. Les explorations scientifiques (Cook, La Pérouse) révèlent une immense diversité.I. La notion d'environnement : une notion en évolution
1. La notion d'environnement se développe au XIXe et désigne surtout le milieu naturel
L'ouvrage de Charles Darwin, "L'origine des espèces", développe la théorie de la sélection naturelle, montrant l'influence du milieu sur les espèces. Cela donne naissance à une école géographique "déterministe" (ex: Élisée Reclus), utilisant le milieu naturel pour justifier des dominations (ex: Europe sur l'Afrique).2. Le tournant des années 1970 : la prise de conscience d'un environnement aux ressources limitées
Le rapport Meadows (1972), "Les limites de la croissance", commandité par le Club de Rome (1968), alerte sur la pression exercée par la croissance économique des Trente Glorieuses sur les ressources énergétiques, minières, les terres arables, et les pollutions. Cette prise de conscience a des conséquences sociales (ex: film "Soleil Vert", création de Greenpeace) et politiques (ex: discours de George Pompidou en 1971 sur la pollution, création de ministères de l'environnement).3. Aujourd'hui, l'environnement est devenu un thème social et politique majeur
Les années 1980-1990 voient l'émergence de partis écologistes (ex: Les Verts en France, Die Grünen en Allemagne). La communauté scientifique identifie le changement climatique (ex: rapport Brundtland en 1987, création du GIEC en 1988). Le GIEC identifie les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane) comme la cause principale du réchauffement climatique. Cela conduit à une prise de conscience internationale (Sommets de la Terre à Rio). Le "jour du dépassement" (où l'humanité a consommé plus de ressources que la Terre peut en renouveler en un an) est un indicateur clé.II. Un regard sur l'histoire de l'environnement
1. Le climat devient un thème de l'histoire dans les années 1960-1970
L'histoire environnementale étudie l'impact des changements environnementaux. Des historiens comme Emmanuel Le Roy Ladurie reconstituent les climats anciens grâce à la glaciologie, la palynologie (étude du pollen), la dendrochronologie (étude des cernes d'arbres) et les archives historiques.2. Les sciences de la Terre font émerger une nouvelle notion : l'"anthropocène"
Le terme "Anthropocène", popularisé en 2000 par Paul Crutzen, désigne une nouvelle période géologique où l'influence de l'homme sur l'écosphère est devenue prédominante. Son début est souvent lié à la Révolution industrielle (machine à vapeur en 1784). Les conséquences sont visibles par la présence de plastique, de polluants dans les couches terrestres. Le développement durable (rapport Brundtland) vise un équilibre entre environnement, société et économie. Le concept d'environnement, apparu au XVIIIe siècle, a évolué du milieu physique simple à l'écosystème complexe (biosphère, zones climatiques). Les activités humaines, depuis le Néolithique jusqu'à la Révolution industrielle, ont progressivement modifié et dégradé l'environnement.Jalon 1 : Exploiter et protéger une "ressource naturelle" : la forêt française depuis Colbert
Introduction : La forêt française
La forêt est un écosystème complexe. En France, la plupart des forêts sont anthropisées (exploitées ou plantées par l'homme), il n'y a presque plus de forêts naturelles.I. Protéger pour exploiter (XVIIe s. - XIXe s.)
1. La réforme de Colbert : mettre la forêt au service de la politique économique et étrangère
En 1669, la Grande Ordonnance sur les forêts de Colbert vise à protéger la ressource en bois en réglementant les usages médiévaux (pacage, charbonnage) et en instaurant un cadastre et une rationalisation de l'exploitation. L'objectif est de construire une marine de guerre et marchande pour rivaliser avec l'Angleterre et les Pays-Bas. Une police des forêts est mise en place. Malgré cette politique, des facteurs économiques (développement des forges), sociaux (résistance des populations) et politiques (manque de contrôle après Colbert) ruinent progressivement cette politique.2. Une nouvelle vague de réglementation au XIXe siècle
Après la Révolution française, qui supprime la Grande Ordonnance, la déforestation s'intensifie. Face à ce recul, le Code forestier de 1827 est instauré, relançant la rationalisation de l'exploitation forestière. La pression humaine sur la forêt diminue avec l'exode rural. La Révolution industrielle, paradoxalement, favorise la forêt en utilisant le charbon comme énergie principale et en demandant du bois pour de nouveaux usages (chemins de fer, papier). L'État encourage la plantation de pins dans des régions pauvres (Champagne, Landes). La forêt française retrouve sa surface du XVIIIe siècle.II. Entre protection environnementale et nouveaux usages depuis le milieu du XXe siècle
1. La protection environnementale s'accroît
Les motivations de protection évoluent. Alors qu'au XIXe siècle, la protection de la forêt de Fontainebleau (1861) était esthétique (avec le soutien d'artistes et de bourgeois), après 1950, la protection devient biologique. Les Parcs Nationaux (PNN) sont créés pour protéger les milieux fragiles (recherche uniquement), et les Parcs Naturels Régionaux (PNR) pour valoriser le patrimoine avec une dimension touristique.2. Un équilibre difficile à trouver entre protection et exploitation
La forêt française représente 17 millions d'hectares (un tiers du territoire), dont 75% sont des propriétés privées. L'Office National des Forêts (ONF), créé en 1964, gère les forêts domaniales et privées, visant à préserver les ressources et la biodiversité. Face aux critiques sur la sous-exploitation et l'inadaptation aux besoins du marché (feuillus vs résineux), l'ONF a mécanisé les exploitations et autorisé la coupe à blanc, suscitant des critiques écologistes qui l'accusent d'industrialiser la forêt au détriment de la biodiversité.Jalon 2 : Le rôle des individus et des sociétés dans l'évolution des milieux : "révolution néolithique" et "révolution industrielle" : deux ruptures ?
Introduction
L'histoire humaine est jalonnée de ruptures majeures. La révolution néolithique (passage du nomadisme à la sédentarisation) et la révolution industrielle (passage de la vie rurale à l'urbanisation, de l'artisanat à l'industrie) sont deux transformations systémiques qui ont bouleversé les modes de vie et l'environnement.I. "Révolution néolithique" ou "néolithisation" ?
1. Un impact décisif sur l'environnement : une domestication des milieux par l'homme
Entre 10 000 et 3 000 BP (Before Present), une transformation socio-économique majeure se produit dans le monde, en commençant par le Croissant Fertile. Des populations sédentaires développent l'agriculture et l'élevage, domestiquant animaux et cultures (ex: orge et millet au Moyen-Orient, riz en Chine, maïs au Mexique). Les impacts sur l'environnement sont considérables :- Destruction des forêts primaires : l'homme modifie son écosystème (ex: forêts tempérées européennes remplacées par des champs ou bocages, rizières en Asie). L'anthropisation des paysages est quasi totale.
- Utilisation du feu : pour défricher et fertiliser les sols.
- Modification des reliefs : (ex: rizières en terrasses aux Philippines).
2. La sédentarisation implique de profondes et lentes mutations sociales
La sédentarisation crée des habitats groupés permanents (villages), avec une spécialisation du travail (artisans, poterie, tissus). Elle entraîne une explosion démographique, qui à son tour augmente la pression sur l'environnement (plus de champs, déforestation). C'est une boucle rétroactive : l'homme dépend de l'agriculture, qui dégrade l'environnement, nécessitant plus de terres, et ainsi de suite. La sédentarisation s'accompagne d'une augmentation de la violence (conflits pour le territoire), de l'émergence d'autorités et d'États (cités-États). La "néolithisation" est un processus irréversible mais lent, qui s'est produit dans différents foyers et à différentes périodes, transformant complètement les sociétés humaines et les écosystèmes.II. Une profonde transformation de l'environnement se produit avec la "Révolution industrielle"
1. Les paysages sont totalement modifiés par l'industrialisation et l'urbanisation
La révolution industrielle (milieu du XVIIIe siècle) est une rupture systémique, marquée par :- La mécanisation du travail (machines à tisser, à filer), augmentant la productivité.
- La machine à vapeur (James Watt, 1769), premier moteur indépendant.
- Le chemin de fer (Stephenson Rocket, 1825), permettant le transport massif.
2. La révolution industrielle augmente la consommation des ressources et provoque différentes formes de pollution
L'industrialisation entraîne des pollutions massives :- Pollution atmosphérique (Smog à Londres) due aux fumées d'usines.
- Pollution de l'eau (rejets chimiques dans les cours d'eau).
- Destruction des sols (terrils).
3. La Révolution Industrielle marque-t-elle le début de l'Anthropocène ?
La Révolution industrielle, en particulier au XIXe siècle (charbon, acier), accélère massivement les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, le XXe siècle, avec la diffusion des procédés industriels (pétrole), l'urbanisation et la consommation massive d'énergies fossiles, marque une accélération encore plus forte de l'anthropisation. Les villes géantes et l'artificialisation des sols contribuent à une émission massive de gaz à effet de serre.Axe 2 : Le changement climatique : approche historique et géopolitique
Jalons 1 : Les fluctuations climatiques et leurs effets : l'évolution du climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle
Le climat de la Terre est caractérisé par des zones climatiques et des variations régulières ou imprévisibles, influencées par des facteurs physiques (énergie solaire, mouvements de la Terre, océans). Les climatologues ont montré que les climats ont évolué au cours du temps.I. 2000 ans d'alternance de réchauffements et de refroidissements
L'hémisphère Nord a connu des variations importantes de températures annuelles :- Optimum climatique romain (Ier-IIe siècles) : période de paix et de prospérité.
- Refroidissement (IIIe-IXe siècles).
- Optimum climatique médiéval (IXe-XIe siècles) : expansion économique, construction de cathédrales.
- Petit Âge glaciaire (XVIe-XVIIIe siècles) : hivers rigoureux, étés pourris (ex: Louis XIV).
- Réchauffement spectaculaire (à partir du XVIIIe siècle).
II. Les fluctuations du climat ont eu des conséquences sur les sociétés
1. Au niveau démographique
Le refroidissement du Haut Moyen Âge et le Petit Âge glaciaire ont entraîné des famines (absence totale de nourriture) et des disettes (manque partiel), conduisant à une surmortalité. Les épidémies (ex: Peste noire au XIVe siècle, tuant un tiers de la population européenne) s'ajoutent à l'affaiblissement des populations.2. Et au niveau politique
Les crises climatiques ont des répercussions politiques et sociales. La ville de Metz, par exemple, a dû innover (greniers à grains, moulins à vent) pour faire face aux difficultés de ravitaillement. Les pouvoirs publics tentent de contrôler les prix et d'organiser l'importation de surplus. En France, les mauvaises récoltes de 1787-1788 (hivers rigoureux, orages) entraînent une augmentation du prix du pain, des émeutes urbaines et rurales, et un refus de payer l'impôt. Cela crée un climat contestataire qui, combiné à la crise de l'État et de la société d'ordres, a pu servir de "gâchette" au déclenchement de la Révolution française en 1789. Le climat n'est pas la seule cause, mais il a pu exacerber les tensions.3. Au niveau de nos connaissances
La science météorologique se développe à partir du XVIIe siècle (thermomètre), puis explose au XXe siècle avec les satellites. Les historiens utilisent des sciences expérimentales (glaciologie, palynologie, dendrochronologie, carbone 14) et des sources historiques (écrits, témoignages, tableaux) pour reconstituer les climats passés. Les changements climatiques s'expliquent par des variations astronomiques (cycles solaires), géologiques (méga-éruptions volcaniques) et des modifications de l'axe de la Terre. L'humanité dépend de l'agriculture, qui dépend elle-même du climat.Jalons 2 : Le climat, enjeu des relations internationales : les accords internationaux (Sommets de la Terre, COP...)
Introduction
Les indicateurs montrent une augmentation des températures, des émissions de CO2 et du niveau des océans depuis la Révolution industrielle, avec une accélération au XXe siècle. Ce changement climatique global, sans précédent dans son ampleur et sa rapidité, a conduit à une prise de conscience internationale, relayée par le GIEC à partir de 1988 et les Sommets de la Terre.I. Les conséquences du changement climatique contemporain expliquent une prise de conscience internationale
1. Des effets environnementaux et économiques déjà largement perceptibles
Depuis le début du XXe siècle, on observe une intensification des événements climatiques extrêmes :- Vagues de chaleur/dômes de chaleur (ex: Rio, États-Unis).
- Méga-incendies dus aux sécheresses (ex: Portugal, Californie, Canada, Australie, Grèce).
- Précipitations catastrophiques (inondations en Belgique, Allemagne).
- Cyclones (Golfe du Mexique, Caraïbes).
2. Des perspectives très inquiétantes pour les décennies à venir
Les risques liés au réchauffement climatique sont multiples :- Montée du niveau des océans (estimation du GIEC: 30 cm à 1 m d'ici 2050), menaçant les populations côtières (ex: Bangladesh, Jakarta) et entraînant des réfugiés climatiques.
- Multiplication des incendies et désertification.
- Choc de chaleur intense dans le bassin méditerranéen, avec des difficultés d'accès à l'eau.
- Fonte des glaciers (Himalaya), affectant l'approvisionnement en eau de populations très nombreuses en Asie du Sud.
- Apparition de maladies tropicales (moustique tigre).
- Modification des écosystèmes et des productions agricoles (ex: viticulture en Europe).
3. Des responsabilités très inégales
Les pays du Sud, les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, sont les plus touchés par le réchauffement climatique. Cela crée une injustice profonde et risque d'accentuer les inégalités mondiales. Les États-Unis sont historiquement le principal producteur, suivis par la Chine (29%), l'Inde (7%) et les pays du Golfe.II. Une prise de conscience progressive induit le développement d'une "gouvernance climatique mondiale"
1. Face au défi global s'est mis en place une réponse multilatérale
La gouvernance climatique mondiale s'organise par étapes :- Conférences internationales : le premier Sommet de la Terre à Stockholm (1972) alerte sur l'environnement.
- Protocoles internationaux : le Protocole de Montréal (1987) sur la couche d'ozone est un succès.
- Conventions-cadres : la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) organise des COPs (Conférences des Parties).
- Le Protocole de Kyoto (1997) vise à réduire les émissions de CO2 des pays développés, avec un système de quotas échangeables.
- Les Accords de Paris (COP 21, 2015) sont plus ambitieux, fixant des objectifs de limitation du réchauffement entre et . Ils engagent tous les pays (y compris les États-Unis et la Chine) à des politiques de réduction des gaz à effet de serre et de transition énergétique (énergies renouvelables, capture de CO2). Un fonds de 100 milliards de dollars est promis aux pays du Sud.
2. Des résultats limités qui impliquent la montée en puissance d'autres acteurs
A. Les accords de Paris ne règleront pas le problème
Les mesures décidées à la COP 21 sont jugées insuffisantes par le GIEC pour atteindre les objectifs fixés. La politique de certains dirigeants (ex: Donald Trump) niant le réchauffement climatique et retirant les États-Unis des accords fragilise cette solution. Des pays comme l'Allemagne ont également augmenté leur pollution en recourant au charbon.B. De nouveaux acteurs jouent un rôle croissant mais sera-t-il déterminant ?
De nouveaux acteurs émergent :- Les mouvements citoyens (ex: marches du climat, Greta Thunberg) utilisent les réseaux sociaux pour faire pression sur les dirigeants.
- Les ONG écologistes (ex: Greenpeace, Oxfam) mènent des actions chocs.
- Les collectivités territoriales (ex: Californie) mettent en place des politiques locales ambitieuses (GreenTech, énergies renouvelables).
- Les entreprises : certaines investissent sincèrement dans des solutions décarbonées, d'autres pratiquent le "greenwashing" (communication verte sans réel changement). L'intelligence artificielle, par exemple, consomme énormément d'énergie.
Conclusion du Thème 3
Le réchauffement climatique est un enjeu majeur. La communauté internationale a mis en place une gouvernance climatique mondiale (Sommet de Rio 1992, Protocole de Kyoto 1997, Accords de Paris 2015). Cependant, des changements de contexte (affrontements de puissances, rejet des politiques climatiques par l'opinion publique) limitent les avancées. Des États (Chine), entreprises et mouvements citoyens tentent d'agir, mais la transition est complexe.Thème conclusif : Les USA et la question environnementale : tensions et contrastes
I. L'environnement aux États-Unis : entre protection de la nature, exploitation des ressources et transformation des milieux depuis le XIXe siècle
Introduction
Les États-Unis, ancienne colonie de peuplement, sont devenus un État continent avec une grande diversité climatique et des ressources agricoles gigantesques. Leur croissance démographique rapide s'est toujours appuyée sur l'exploitation intensive des ressources naturelles.A. La conquête du territoire au XIXe siècle s'accompagne de l'exploitation des ressources naturelles mais aussi d'une préoccupation précoce de protection
1. Une fascination pour la "wilderness" mais la volonté de dominer le territoire et de l'exploiter
Les États-Unis se représentent l'Ouest comme des terres vierges ("wilderness"), à la fois généreuses et inquiétantes, à civiliser. La "Destinée Manifeste" (1846) justifie cette expansion et l'appropriation des ressources. Des infrastructures de transport (chemins de fer transcontinentaux) sont construites, et des lois (Homestead Act 1862) encouragent l'occupation agricole. L'exploitation minière (or, pétrole, charbon) et industrielle se développe massivement.2. Une politique précoce de protection de l'environnement menée par l'État fédéral
Dès les années 1890, un mouvement de protection de la nature sauvage émerge (ex: John Muir, Sierra Club). Le président Theodore Roosevelt crée les premiers parcs nationaux (ex: Yellowstone 1872), visant à préserver l'esthétique et les ressources naturelles. Ces politiques fédérales sont complétées par des initiatives locales.B. Un modèle économique qui dégrade les milieux et surexploite les ressources
1. L'agrobusiness a bouleversé les écosystèmes
À partir des années 1950, l'agrobusiness développe des techniques scientifiques pour augmenter les rendements, mais entraîne une exploitation intensive des sols (irrigation massive, pesticides, engrais), conduisant à des désastres écologiques (ex: tempête de poussière dans le Texas en 1935).2. Le développement industriel passe par la surconsommation et provoque des dégâts environnementaux
L'"American way of life" des années 1950 repose sur une forte croissance du niveau de vie et une surconsommation de ressources et d'énergie. L'exploitation massive des énergies fossiles conduit à des marées noires (Exxon Valdez, Deepwater Horizon). Les hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, pétrole de schiste) sont exploités par fracturation hydraulique, une technique destructrice et polluante. L'empreinte écologique des États-Unis est très élevée.II. Les États-Unis et l'environnement à l'échelle internationale
A. Les États-Unis semblent de moins en moins impliqués dans la "gouvernance climatique" mondiale
1. Une prise en compte relativement importante par le gouvernement américain jusqu'aux années 1980
Les États-Unis ont été des pionniers dans la prise de conscience environnementale (ex: création de l'EPA - Environment Protection Agency en 1970, Clean Air Act, Clean Water Act). Ils ont investi dans la recherche d'énergies renouvelables.2. Puis une attitude de plus en plus réticente à partir des années 1990
Les entreprises américaines s'opposent aux contraintes environnementales, craignant une perte de compétitivité. Des présidents (ex: George W. Bush) retirent les États-Unis du Protocole de Kyoto. Cette réticence est renforcée par une partie de l'opinion publique et le Parti Républicain (ex: Donald Trump, climato-sceptique, retrait de l'Accord de Paris en 2017).B. De nombreux acteurs s'engagent pour la préservation de l'environnement dans le monde
Malgré la réticence fédérale, de nombreux acteurs s'engagent :- Les collectivités territoriales (ex: Californie) maintiennent les objectifs de l'Accord de Paris et investissent dans la GreenTech.
- Les citoyens et groupes de citoyens (ONG comme Surfrider Foundation, Greenpeace) se mobilisent.
- Certaines entreprises s'engagent sincèrement, d'autres pratiquent le greenwashing (ex: Total, Amazon, Apple, Tesla). L'augmentation de la consommation d'énergie par l'IA (ex: ChatGPT) pose de nouveaux défis.
Thème 4 : Histoire et mémoires
I. Introduction : Histoire et mémoire, histoire et justice
A. La différence entre histoire et mémoire
1. Qu'est-ce que l'histoire ? Quelle est la démarche de l'historien ?
L'histoire est une science humaine qui cherche à expliquer et comprendre les sociétés passées. Elle s'appuie sur une démarche critique des documents et un croisement des sources, visant l'objectivité (ex: Thucydide, Hérodote dans l'Antiquité grecque). L'histoire n'est pas figée, elle se remet constamment en question.2. L'histoire se distingue des mémoires mais elles sont une source pour l'historien
La mémoire est subjective, liée à une personne, un groupe social ou un contexte. Elle est sélective et évolutive. La mémoire s'appuie sur des objets, lieux, personnages, textes, dates symboliques (commémorations, monuments aux morts). Les "groupes mémoriels" (ex: ouvriers communistes, associations d'anciens combattants, descendants de la Shoah) portent ces mémoires collectives.3. La mémoire a des implications politiques fortes
Les États créent une "mémoire officielle" par des mémoriaux (ex: Mont Valérien, Mémorial de la Shoah à Paris). Cependant, les politiques mémorielles peuvent entrer en conflit, créant des "affrontements mémoriels" (ex: Corée du Sud et Japon sur les "femmes de réconfort" et les bombardements nucléaires). Des "mémoires de combat" émergent, comme celles des victimes de la Répression nazie et de la Résistance en France, qui luttent pour la reconnaissance des crimes (ex: Klaus Barbie, Paul Touvier, Maurice Papon). Face aux théories négationnistes, des lois mémorielles sont adoptées (ex: loi Gayssot en 1990 contre le négationnisme de la Shoah, loi Taubira en 2001 reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité).B. Les notions de crime contre l'humanité et de génocide, et le contexte de leur élaboration
1. Le XXe : le siècle des crimes de masse
Le XXe siècle est marqué par des crimes de masse à grande échelle, planifiés et organisés (ex: génocide arménien, massacre des Nama et Herrero en Namibie). Ces atrocités poussent à la création de nouvelles notions juridiques.2. Les crimes de masse font émerger les notions de génocide et de crime contre l'humanité
A. La notion de génocide est la plus ancienne
Le terme "génocide" (du grec "genos", groupe humain) est forgé par Raphaël Lemkin dans les années 1930 pour désigner l'éradication intentionnelle d'un groupe humain (religieux, historique, ethnique, racial). La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide est adoptée par l'ONU en 1948.B. La notion de crime contre l'humanité
Après la Seconde Guerre mondiale, les Alliés jugent les responsables nazis lors du Procès de Nuremberg (1945). Pour accuser des crimes non encore définis, la notion de crime contre l'humanité est inventée. Elle couvre les assassinats de masse, déportations, esclavage, persécutions contre des civils, même commis dans un pays contre sa propre population. Ces deux notions, génocide (plus spécifique, intention d'exterminer un groupe) et crime contre l'humanité (plus large, crimes graves contre des civils), deviennent imprescriptibles en 1968 et fondent la justice pénale internationale. Des tribunaux internationaux ad hoc sont créés (ex: Rwanda, ex-Yougoslavie), et la Cour Pénale Internationale (CPI) est établie en 2002.Axe 1 : Histoires et mémoires des conflits
Jalon 1 : Un débat historique et ses implications politiques sur les causes de la 1ère Guerre mondiale
Introduction
La Première Guerre mondiale, la "Grande Guerre", a été un traumatisme. La question de la responsabilité de son déclenchement est devenue un enjeu politique et historiographique majeur.I. La question des causes de la guerre se pose dès 1914
1. Les années 1910 : un contexte de profonds changements géopolitiques en Europe
L'Europe, au début du XXe siècle, est au centre de la puissance économique mondiale. Elle est marquée par des rivalités coloniales (France, Royaume-Uni, Allemagne) et des tensions dans les Balkans (Russie vs Autriche-Hongrie). Des systèmes d'alliances se créent (Triple Entente vs Triple Alliance), transformant l'Europe en deux blocs militaires et économiques.2. La crise de Sarajevo débouche-t-elle sur un "engrenage des alliances" ?
L'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 est l'"étincelle" qui déclenche une série de déclarations de guerre. Le concept d'"engrenage des alliances" suggère une inévitabilité, mais les décisions politiques ont joué un rôle majeur. Chaque nation, portée par le nationalisme et la peur de l'encerclement, pensait mener une guerre courte et défensive.II. Le débat empoisonne l'entre-deux-guerres et fait naître une rancœur allemande
1. La fin de la guerre impose une responsabilité unique
Le Traité de Versailles (1919), négocié par les puissances victorieuses sans les vaincus, impose à l'Allemagne l'entière responsabilité du conflit (article 231). L'Allemagne est soumise à des réparations colossales, une démilitarisation et des pertes territoriales. Cela crée une profonde rancœur et le sentiment d'un "Diktat", alimenté par les partis nationalistes allemands.2. En France, le débat ne divise que les historiens
L'analyse marxiste (ex: Lénine) attribue la guerre au système capitaliste et impérialiste. Pour les historiens français comme Pierre Renouvin, la responsabilité est politique, principalement celle des puissances centrales. Jean-Jacques Becker nuance cette vision, reconnaissant la responsabilité allemande mais soulignant le rôle d'autres acteurs.3. Un débat qui devient un enjeu national pour la République de Weimar
En Allemagne, la "Kriegsschuldfrage" (question de la culpabilité de guerre) est un enjeu majeur. Les partis nationalistes utilisent le Traité de Versailles pour alimenter la propagande et le refus de la responsabilité, promettant de "libérer" l'Allemagne des "chaînes de Versailles". Cette révisionnisme historique pave la voie à l'arrivée d'Hitler.III. Un débat qui resurgit périodiquement après 1945
1. La réconciliation franco-allemande (1962)
La rencontre entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer à Reims en 1962 symbolise la réconciliation franco-allemande, s'appuyant sur la mémoire de la Première Guerre mondiale et le souhait de ne plus jamais revivre un tel conflit. Le Traité de l'Élysée (1963) formalise cette coopération.2. La "bombe Fischer" (1961)
L'historien allemand Fritz Fischer, par son ouvrage "Les buts de guerre de l'Allemagne impériale", affirme la responsabilité majeure de l'Allemagne dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Cette thèse, la "controverse Fischer", choque l'Allemagne des années 1960, car elle remet en cause la vision dominante et ajoute une culpabilité historique. Les critiques de Fischer soulignent son usage exclusif des archives allemandes. De nos jours, le débat continue entre ceux qui prônent la responsabilité partagée et ceux qui insistent sur le rôle allemand.Jalon 2 : Mémoire et histoire d'un conflit : la guerre d'Algérie
Introduction
La guerre d'Algérie (1954-1962) est le deuxième conflit colonial majeur de la France après 1945. Elle est un événement essentiel pour la France et l'Algérie, avec des enjeux historiques et mémoriels complexes.I. Une guerre pas comme les autres dans un pays pas comme les autres
A. L'Algérie est un cas spécifique dans l'empire colonial français
L'Algérie, colonie de peuplement depuis 1830, est une société duale avec des Européens (Français d'Algérie, Pieds-noirs) et des Algériens "indigènes" (Musulmans) soumis au code de l'indigénat, sans les mêmes droits. Dès les années 1930, le Parti Communiste Français et des mouvements nationalistes (MNA de Messali Hadj) dénoncent ces inégalités.B. Des événements d'Algérie à la guerre d'Algérie
1. Les débuts du conflit (1954-1958)
Le 1er novembre 1954, le FLN (Front de Libération Nationale) lance des attentats, marquant le début d'une rébellion. La France la considère comme une affaire intérieure ("L'Algérie, c'est la France"). L'ALN (Armée de Libération Nationale), branche militaire du FLN, mène une guérilla face à l'opération de contre-insurrection de l'armée française. La violence s'intensifie, marquée par des massacres, des déplacements forcés de populations et l'usage de la torture (bataille d'Alger, 1957). Le conflit divise la France et provoque un coup d'État en Algérie en 1958, ramenant le Général de Gaulle au pouvoir.2. Le Général de Gaulle met 4 ans pour sortir du bourbier algérien (1958-1962)
De Gaulle met en place une double stratégie : renforcer l'action militaire (plan Challe) tout en préparant les négociations pour l'indépendance. Il propose l'"autodétermination" à l'Algérie. Les "semaines des barricades" (1960) et le putsch des généraux (1961) montrent la résistance des Pieds-noirs et d'une partie de l'armée. L'OAS (Organisation Armée Secrète) mène une guerre civile contre l'indépendance. Les Accords d'Évian (7 mars 1962) mènent à un cessez-le-feu et à un référendum. L'indépendance de l'Algérie est proclamée le 1er juillet 1962. Ses conséquences sont dramatiques : exode de 800 000 Pieds-noirs vers la France, massacres des Harkis par le FLN, démission de militaires français. Le bilan humain est lourd (400 000 morts algériens selon la France, 1 million selon l'Algérie). Le conflit crée des mémoires conflictuelles et des groupes mémoriels.II. La France passe du déni à la reconnaissance de la guerre d'Algérie
A. Les années d'oubli
Après 1962, une "amnésie collective" s'installe en France. Les gouvernements accordent l'amnistie aux membres de l'OAS (1968) et aux crimes de guerre des soldats français. Les archives sont classifiées, empêchant le travail historique.B. L'émergence des mémoires
1. La mémoire des Harkis
Les Harkis, Algériens ayant combattu pour la France, sont considérés comme des traîtres par le FLN et sont massivement massacrés. Ceux qui sont rapatriés en France sont placés dans des camps, subissent une précarité et une discrimination. À partir des années 1970, leurs descendants luttent pour la reconnaissance de leur sacrifice. En 1999, Jacques Chirac leur accorde le statut d'anciens combattants, et en 2006, François Hollande reconnaît les violences subies.2. La mémoire des rapatriés
Les Pieds-noirs (rapatriés) vivent une nostalgie de leur "paradis perdu" en Algérie, mais subissent un accueil difficile en France. Des associations mémorielles se créent pour défendre leur mémoire. L'article 4 de la loi de 2005 reconnaît les "bienfaits de la colonisation", suscitant des polémiques.3. La mémoire des combattants français en Algérie se libère lentement
Les films (ex: "La guerre sans nom") et les témoignages (ex: Général Aussaresses en 2001 sur la torture) brisent le silence. La déclassification des archives permet un accès aux historiens. En 1999, l'État français reconnaît officiellement la guerre d'Algérie, et en 2018, l'assassinat de Maurice Audin.III. L'État algérien a instrumentalisé la mémoire du conflit
1. Le FLN a cherché à légitimer son propre pouvoir
L'État algérien instrumentalise la mémoire du conflit pour légitimer le pouvoir du FLN. La guerre d'Algérie est présentée dans les manuels scolaires comme un martyr du peuple algérien, et le FLN comme le seul sauveur.2. Le FLN a cherché à confisquer la mémoire collective à son profit
L'État algérien contrôle la mémoire officielle, empêchant l'accès aux archives et exerçant une pression sur les historiens (ex: Mohammed Harbi). Le bilan humain du conflit est un sujet de polémique.Axe 2 : Histoire, mémoire et justice
Jalon 1 : La justice à l'échelle locale : les tribunaux gacaca (prononcez gatchatcha) face au génocide des Tutsis
Introduction
Après le génocide rwandais de 1994, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), créé par l'ONU, s'avère insuffisant. Le Rwanda met alors en place les tribunaux gacaca.I. Pourquoi un génocide se déclenche au Rwanda ?
1. La décolonisation crée un contexte social et politique spécifique
Le Rwanda, avec le Burundi, sont des États à forte densité et tradition étatique. Les colonisateurs allemands puis belges ont exacerbé les différences sociales entre Tutsis (éleveurs, minorité privilégiée) et Hutus (agriculteurs, majorité). Ils ont ethnnicisé ces différences, classant les Tutsis comme une "race supérieure". L'indépendance (1959-1962) inverse le pouvoir, les Hutus marginalisant les Tutsis, conduisant à des pogroms et à l'exil de 300 000 Tutsis (création du Front Patriotique Rwandais - FPR).2. La fracture sociale se transforme en guerre civile
À la fin des années 1980, le FPR (dirigé par Paul Kagame) demande le retour des exilés. En 1990, des affrontements éclatent entre les Forces Armées Rwandaises (FAR) et le FPR. L'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Habyarimana déclenche la guerre civile et le génocide.3. La guerre civile se double d'un génocide
Le génocide des Tutsis est une extermination de masse planifiée par l'extrémisme Hutu. Il est caractérisé par la déshumanisation des victimes (Tutsis qualifiés de "cafards") et la participation massive de la population ("génocide de proximité"). L'État rwandais, par sa pyramide administrative, organise les massacres, avec l'aide des milices Interahamwe. La radio des Mille Collines attise la haine. Le bilan est d'environ 800 000 victimes en quelques mois, dont 80% de Tutsis.II. La justice devient l'instrument de la pacification et de l'apaisement des mémoires
1. Une institution centrale : les tribunaux gacaca
Face à l'ampleur du génocide et à la lenteur du TPIR, le gouvernement rwandais crée les tribunaux gacaca en 2005. Ces tribunaux de proximité, basés sur une tradition rwandaise, sont dirigés par des citoyens sages. Ils se déroulent en plein air, sans avocats, et encouragent les aveux pour réduire les peines. Les gacaca, malgré des critiques (équité, amnistie), ont permis de juger un grand nombre d'accusés, de révéler la vérité, de retrouver des corps et d'apaiser les mémoires familiales. Ils ont aussi contribué à la libération de la parole des victimes.2. Un bilan contrasté
Les tribunaux gacaca ont un bilan plutôt positif, mais des critiques subsistent quant à l'équité, la fiabilité des aveux et des témoignages. Ils ont cependant permis de mettre en évidence les mécanismes du génocide (volonté d'éradiquer les Tutsis, complicités massives) et le rôle de "génocide au village".3. Les Gacaca : aide ou danger pour les historiens ?
Pour les historiens, les gacaca sont une source précieuse mais doivent être utilisées avec prudence, car les témoignages sont des mémoires subjectives. Les archives et les témoignages sont incomplets. Le FPR, ayant gagné la guerre, a également instrumentalisé cette justice.Jalon 2 : La construction d'une justice pénale internationale face aux crimes de masse : le TPI pour l'ex-Yougoslavie (TPIY)
Introduction
La Yougoslavie, pays multinational et multiconfessionnel créé en 1918, s'effondre après la mort de Tito (1980) et la fin de la Guerre Froide. Des guerres éclatent de 1992 à 1995.I. Pourquoi une guerre en ex-Yougoslavie ?
1. La fin de la Guerre Froide
La dislocation de la Yougoslavie (déclarations d'indépendance de la Slovénie, Croatie, Bosnie) provoque des conflits identitaires. Des minorités (Serbes en Croatie et Bosnie) cohabitent, alimentant des mouvements nationalistes (Grande Serbie, Grande Croatie).2. Les Serbes s'engagent dans la "purification ethnique"
Les nationalistes serbes, soutenus par Belgrade (Milosevic) et Sarajevo (Karadzic), développent une idéologie xénophobe de "purification ethnique". Ils veulent une homogénéité culturelle et l'expulsion des non-Serbes. Ils utilisent la terreur : camps de concentration (méthodes nazies), viols, massacres (ex: Srebrenica en juillet 1995, 8 000 victimes), tireurs embusqués à Sarajevo. Plus de 100 000 victimes et des exils forcés. Les autres communautés répondent également par des exactions.3. Le "nouvel ordre mondial" s'installe avec difficulté
L'intervention de l'ONU, avec les Casques bleus (FORPRONU), est inefficace. La Pax Americana s'impose avec l'intervention de l'OTAN (1995) sous l'impulsion du président Clinton. Les Accords de Dayton (1995) divisent la Bosnie en deux entités (République serbe de Bosnie et Fédération croato-bosniaque), consacrant le nettoyage ethnique. Sarajevo, ville multiculturelle, devient majoritairement bosniaque.II. Face à l'ampleur des crimes de masse, l'ONU tente de mettre en place une "justice internationale"
1. Le TPIY : une justice longue et mal comprise
Le TPIY (Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie), créé en 1993 par l'ONU, vise à juger les responsables de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Cependant, il rencontre des difficultés :- Arrestation difficile : le TPIY n'a pas de force répressive propre et doit faire face à l'hostilité populaire.
- Réticence des États : les États occidentaux n'apportent pas toujours leur aide, et les nouveaux États issus de l'ex-Yougoslavie refusent de livrer leurs accusés (ex: Milosevic livré en 2001, Karadzic en 2008). La pression de l'Union Européenne (pour l'intégration) est un facteur clé.
- Accusation de partialité : le TPIY est perçu comme "exogène" et partial par les Serbes (plus de condamnés serbes, peines plus lourdes).
- Procès longs : de nombreux accusés meurent avant la sentence (ex: Milosevic).
2. Le TPIY : une étape de la pacification des Balkans
Le TPIY a contribué à la pacification en dissuadant de nouveaux crimes et en établissant des responsabilités.3. Le TPIY : la première étape de la création d'une justice internationale permanente
Le TPIY a marqué une étape fondamentale pour la justice internationale. Son modèle a été repris pour d'autres tribunaux (ex: CETC au Cambodge pour les Khmers Rouges). Il a permis de libérer la parole des victimes et d'obliger les accusés à se défendre. Sa création a conduit à la mise en place de la CPI (Cour Pénale Internationale), permanente et compétente pour juger les génocides, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes d'agression. Cependant, certaines puissances (États-Unis, Chine) refusent de signer la convention.Conclusion du Thème 4
Le conflit en ex-Yougoslavie a choqué l'Europe par le retour des guerres et des crimes de masse (nettoyage ethnique, référence au nazisme). L'impuissance de l'ONU a conduit à l'intervention américaine. Le TPIY, bien qu'imparfait, a permis de créer une justice internationale, mais n'est pas toujours reconnu comme légitime par les populations locales.Thème conclusif : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes
Introduction : La mémoire de la Shoah
Après la libération des camps en 1945, la découverte du système nazi choque le monde. Cependant, la spécificité du génocide des Juifs et des Tziganes est longtemps passée inaperçue, confondue avec la mémoire de la déportation générale.I. Le rôle central de la justice
A. L'Allemagne d'après-guerre subit un processus judiciaire de grande ampleur qui s'étiole avec la Guerre Froide
1. La conférence interalliée de Potsdam (juillet-août 1945) impose la dénazification de l'Allemagne
La dénazification est organisée par les quatre puissances occupantes. Le Procès de Nuremberg juge les grands responsables nazis. Des tribunaux militaires alliés et allemands jugent les criminels, mais des critiques émergent sur le pragmatisme qui conduit à épargner certains nazis pour reconstruire l'Allemagne.2. Après 1949, la Guerre Froide modifie la situation
La Guerre Froide (1949) et la division de l'Allemagne (RFA, RDA) freinent la dénazification. Des nazis réintègrent la vie allemande, et les tribunaux allemands ralentissent les poursuites.B. Le procès Eichmann en Israël (1961), marque un tournant pour les porteurs de mémoire mais aussi pour les historiens
1. En 1961, le procès d'Adolf Eichmann en Israël marque un basculement
Adolf Eichmann, organisateur de la Solution Finale, est capturé par le Mossad en Argentine et jugé en Israël. Ce procès, massivement médiatisé et diffusé à la télévision, permet une prise de conscience mondiale de l'Holocauste, dissociant le génocide des Juifs de la guerre.2. Le procès est une "Première"
Le procès Eichmann est une rupture judiciaire et mémorielle majeure. Il respecte les droits de la défense et met en scène les témoignages des victimes. Hannah Arendt souligne la "banalité du mal". Ce procès permet de reconnaître la spécificité des victimes du génocide (Juifs, Tziganes).C. La justice force les sociétés à entamer un travail de mémoire
1. En Allemagne démocratique
Le procureur Fritz Bauer, un anti-nazi exilé, mène des enquêtes sur les criminels nazis encore impunis (ex: procès de Francfort sur Auschwitz en 1963). Il contribue à la capture d'Eichmann. Ce processus confronte la société allemande à son passé et entraîne une modification des programmes scolaires.2. Le "devoir de mémoire" s'impose en France
Le couple Serge et Beate Klarsfeld, "acteurs mémoriels", traquent les nazis et leurs collaborateurs (ex: Klaus Barbie, Paul Touvier, Maurice Papon) pour qu'ils soient jugés. Leurs actions mènent à des procès historiques qui soulèvent des questions sur la collaboration française pendant la Seconde Guerre mondiale (ex: procès de Papon en 1997 sur la déportation de Juifs par l'État français).II. Lieux de mémoire et mémoriaux du génocide des Juifs et du génocide des Tsiganes
A. Auschwitz : un lieu de mémoire symbolique et conflictuel
1. Une politique d'occultation
Il est difficile d'établir une mémoire de la Shoah car les nazis ont voulu effacer les traces de leurs crimes ("nuit et brouillard"). Les sites des camps sont détruits ou réutilisés. L'archéologie est un outil clé pour lutter contre le négationnisme.2. Un symbole disputé : Auschwitz
Auschwitz devient un lieu de mémoire dès 1947, mais est d'abord un musée polonais, sans mention spécifique des Juifs. La mémoire polonaise des résistants domine. Ce n'est qu'à partir des années 1980 que la spécificité du génocide juif est reconnue. La fréquentation des lieux de mémoire augmente, mais pose des questions sur le tourisme mémoriel.B. Le développement d'une mémorialisation du génocide juif
1. L'exemple du mémorial de Paris
Le Mémorial de la Shoah à Paris, fondé par Isaac Scherson, vise à recenser les victimes et à préserver leur identité. La reconnaissance de la responsabilité de l'État français (Jacques Chirac en 1995) renforce ce travail mémoriel. Le mur des noms et le Panthéon des Justes de France symbolisent cette reconnaissance.2. La mémorialisation d'Israël s'étend en Occident
Le Mémorial Yad Vashem à Jérusalem (1953) est une institution majeure. D'autres mémoriaux sont créés dans le monde (ex: Washington 1993, Berlin 2005).C. Le génocide tsigane a été beaucoup plus tardivement reconnu et sa mémorialisation est moins avancée
Le génocide des Tsiganes, aussi persécutés par les nazis, est longtemps resté invisible. Leur statut de population sans État et dispersée a freiné la recherche historique et la mémorialisation. La RFA ne reconnaît sa responsabilité qu'en 1982.III. Le génocide dans la littérature et le cinéma
A. Le génocide dans la littérature
1. Une diffusion très inégale des témoignages
Des témoignages comme le "Journal d'Anne Frank" ont eu une diffusion massive grâce à l'identification possible à l'héroïne. D'autres, comme Primo Levi ("Si c'est un homme") et Elie Wiesel ("La Nuit"), ont été reconnus plus tardivement. Les procès ont changé la perception de ces œuvres.2. La fiction s'impose dans le récit du génocide
À partir des années 1970, des auteurs (ex: Georges Perec) utilisent la fiction pour aborder le génocide, même sans souvenirs directs. Des bandes dessinées (ex: Art Spiegelman, "Maus") et des romans (ex: Jonathan Littell, "Les Bienveillantes") racontent le génocide du point de vue des victimes ou des bourreaux, mais suscitent des débats sur la légitimité de la fiction.B. Le génocide au cinéma : des débats très vifs
1. Deux formes de cinéma s'opposent avant 1985
Des films comme "Nuit et Brouillard" (Alain Resnais, 1956), un documentaire, et "Kapo" (Gillo Pontecorvo, 1960), une fiction, ont suscité des critiques. Le débat porte sur la représentation du génocide, la distinction entre déportation raciale et politique, et le réalisme.2. 1985 : la rupture Lanzmann
Le film "Shoah" de Claude Lanzmann (1985), un documentaire de 9 heures sans images d'archives ni reconstitution, marque une rupture. Il se base sur des témoignages et des visites des lieux, devenant une référence incontournable. Lanzmann critique les films de fiction (ex: "La liste de Schindler" de Spielberg) qui, selon lui, "trivialisent" l'expérience vécue et ne peuvent pas représenter l'irreprésentable (les chambres à gaz).Thème 1 : De nouveaux espaces de conquête
Thème introductif : Océan et espace ; quelles spécificités ?
Introduction
L'océan et le cosmos sont des milieux extrêmement hostiles pour l'homme (froid intense, absence d'oxygène, perte de repères, absence de gravité). Ils sont aussi des espaces de grandes dimensions et sans limites.I. Une connaissance et une maîtrise des océans en constante évolution
1. La connaissance des profondeurs océaniques commence à partir des années 1950 mais reste très partielle
Le Bathyscaphe (Piccard et Walsh) découvre la fosse des Mariannes (10 500 km) en 1951. Les nouvelles technologies (dorsales océaniques) des années 2000 ouvrent la voie à l'exploitation des fonds marins (molécules, minerais).2. La maîtrise des océans est devenue un enjeu majeur du XXIe siècle
La maîtrise des océans est un enjeu économique et géopolitique (ressources naturelles, commerce international). Les revendications sur les mers fermées (ex: Mer de Chine méridionale, Arctique) sont des sources de tensions. Les océans sont les premiers supports du commerce international et des réseaux numériques (câbles sous-marins).II. Une connaissance du cosmos relativement récente
1. Une exploration d'abord scientifique et géopolitique
L'observation du ciel remonte au XVIIe siècle (lunette astronomique, télescope). La Guerre Froide accélère l'exploration spatiale pour des raisons scientifiques, politiques et symboliques. L'URSS et les États-Unis rivalisent (Spoutnik 1957, Laïka, Youri Gagarine 1961, première femme dans l'espace Valentina Terechkova 1963, première sortie extravéhiculaire d'Alexeï Leonov 1965). Les États-Unis lancent le programme Apollo (1969, Neil Armstrong sur la Lune).2. La course à l'espace se diversifie depuis la fin de la Guerre Froide
Les États-Unis dominent toujours les budgets spatiaux (NASA). La Russie (Roskosmos), l'Europe (ESA, ArianeSpace), la Chine (CNSA), le Japon (JAXA) et l'Inde (ISRO) sont d'autres acteurs publics majeurs. Des acteurs privés émergent (SpaceX d'Elon Musk, Blue Origin de Jeff Bezos) pour le tourisme spatial et l'exploitation des ressources spatiales.III. L'océan et l'espace ; nouvelles "frontières" convoitées à explorer
Introduction : La notion de "frontière"
La "nouvelle frontière" ("new frontier") est un concept américain (John F. Kennedy) qui vise à repousser les limites de la pauvreté et de l'exploration spatiale. L'appropriation du cosmos peut créer des conflits ou des compétitions.1. Les océans : les nouvelles terres vierges
La conquête maritime est un enjeu économique majeur :- Hydrocarbures offshore (jusqu'à 1500 mètres de profondeur).
- Ressources halieutiques (surpêche en Mer de Chine, Golfe du Mexique).
- Minerais (nodules de nickel, sulfures).
2. Aujourd'hui, l'espace est un enjeu stratégique et économique
Le développement des technologies spatiales a permis la télécommunication, l'observation (civile et militaire) et le positionnement (GPS). Les satellites en orbite basse, moyenne et géostationnaire sont essentiels à la mondialisation (ex: Google Maps, météo, navigation maritime).3. Les États sont concurrencés par des nouveaux acteurs
Des entreprises privées (SpaceX, Blue Origin) concurrencent les États dans la conquête spatiale. Le Space Act américain (2015) autorise l'appropriation des ressources lunaires. Cela soulève des questions de droit et d'éthique sur l'exploitation et l'appropriation de l'espace. L'espace peut devenir un lieu de conflits et de tensions entre États et acteurs privés.Axe 1 : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités
Jalon 1 : Les enjeux géopolitiques d'une conquête : la course à l'espace des années 1950 à l'arrivée de nouveaux acteurs
Introduction
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, une compétition technologique s'installe entre les blocs occidental et oriental. L'espace devient un théâtre privilégié de la Guerre Froide, visant la domination scientifique et la propagande.I. L'espace devient l'un des théâtres privilégiés de la Guerre Froide
1. 1957-1965 : succès soviétiques et inquiétudes américaines
Les États-Unis et l'URSS rivalisent pour la maîtrise de l'espace. L'URSS réalise des premières mondiales : Spoutnik 1 (1957, premier satellite), Laïka (1957, premier être vivant), Youri Gagarine (1961, premier homme dans l'espace), Valentina Terechkova (1963, première femme), Alexeï Leonov (1965, première sortie extravéhiculaire). Le président Kennedy lance le programme Apollo (1962), menant au premier homme sur la Lune (Neil Armstrong, 1969). L'exploration spatiale sert la propagande des deux blocs.2. La fin de la Guerre Froide ouvre la voie à la coopération et à la diversification des acteurs
Après la Guerre Froide, la coopération spatiale s'intensifie (ex: programme Freedom, création de l'ISS - International Space Station). Cependant, de nouveaux acteurs émergent : la Chine (CSS), l'Inde, l'Europe (ESA), le Japon, et des entreprises privées (SpaceX).II. La diversification des acteurs de la conquête spatiale
1. Les États-Unis : la puissance spatiale dominante
Les États-Unis (NASA) dominent les budgets spatiaux. Leur puissance spatiale est essentielle à leur puissance militaire (ex: GPS pour les "attaques chirurgicales" pendant la Guerre du Golfe).2. Des puissances traditionnelles qui ne veulent pas s'effacer
L'Europe (ESA, ArianeSpace) tente de rivaliser avec les États-Unis. La Russie (Roskosmos) cherche à moderniser ses lanceurs.3. Malgré la montée de certaines puissances émergentes
Des pays émergents comme l'Inde (ISRO) affichent des ambitions spatiales pour affirmer leur statut et développer leurs technologies. La Chine (CNSA) est un acteur majeur et un concurrent direct des États-Unis.4. ... et des acteurs privés du "new space"
Le Space Act américain (2015) ouvre la voie à l'exploitation commerciale de l'espace par des entreprises privées (SpaceX, Blue Origin) pour le tourisme spatial, les services de lancement et l'exploitation minière des astéroïdes. Ces acteurs posent des problèmes de droit et d'éthique.Jalon 2 : Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : la dissuasion nucléaire et les forces de projections maritimes
Introduction : Thalassocratie et thalassokrator
La maîtrise de la mer est un facteur de puissance depuis l'Antiquité (thalassocratie). Un thalassokrator (ex: Empire britannique au XIXe siècle) domine les mers et les océans.I. La 2e Guerre Mondiale et la Guerre Froide consacrent la suprématie maritime des États-Unis
1. La Guerre Froide fait émerger le "sea power" des États-Unis
Les océans deviennent un espace de rivalité entre les États-Unis et l'URSS. La dissuasion nucléaire est la stratégie visant à empêcher une attaque par la menace de représailles nucléaires massives. Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) sont indétectables et garantissent une "seconde frappe". Les États-Unis développent une flotte de sous-marins d'attaque (SNA) et de porte-avions, affirmant leur sea power.2. Ce qui en fait la 1ère puissance navale mondiale aujourd'hui
La flotte américaine (11 porte-avions, SNA, SNLE) maîtrise tous les océans, avec sept flottes réparties dans le monde, assurant la protection des routes maritimes et l'intervention rapide en cas de crise. Les États-Unis sont un véritable thalassokrator.3. La marine devient un atout essentiel dans la compétition pour le leadership mondial
Les "points de passage obligatoires" (PPO) sont des zones stratégiques contrôlées par les États-Unis (ex: détroits de Gibraltar, Bab el-Mandeb, Ormuz, Malacca). La marine américaine assure la sécurité des mers et mène un pivot asiatique indo-pacifique.II. Les autres puissances maritimes cherchent à préserver leur force de projection ou à la consolider
1. La Russie réinvestit l'océan
La Russie, sous Vladimir Poutine, réinvestit la mer, notamment en Méditerranée orientale (base navale de Tartous en Syrie) et en Mer Noire, pour affirmer son autorité et contrôler ses façades maritimes.2. Les puissances maritimes traditionnelles veulent maintenir leurs capacités maritimes
La France et le Royaume-Uni sont des puissances nucléaires et navales. La France dispose de 4 SNLE, 6 SNA et 1 porte-avions, avec une industrie navale (Naval Group) exportatrice.3. Les pays émergents affichent des ambitions
L'Inde veut s'imposer dans l'océan Indien ("lac indien"), développant des sous-marins nucléaires et des porte-avions. Elle est préoccupée par l'expansion navale chinoise (politique du "collier de perles"). D'autres pays (Brésil, Australie) investissent dans leurs marines pour protéger leurs ZEE.Axe 2 : Enjeux diplomatiques et coopération
Jalon 1 : Coopérer pour développer la recherche la station spatiale internationale
I. Les origines et le lancement du projet
1. C'est un projet né pendant la Guerre Froide
La détente de la Guerre Froide a permis une coopération spatiale entre les États-Unis (programme Apollo) et l'URSS (Soyouz), avec la rencontre des cosmonautes et astronautes en 1975.2. Qui développe dans un contexte politique multilatéral
Après la fin de l'URSS (1991), Bill Clinton relance l'idée d'une coopération pour partager les coûts de l'exploration spatiale, conduisant à la création de l'ISS (International Space Station). Les États-Unis (NASA), la Russie (Roskosmos), le Japon (JAXA) et l'Europe (ESA) coopèrent, mais la Chine est exclue (amendement Wolf). L'ISS est un assemblage de modules, le plus grand objet spatial.II. L'ISS est une coopération scientifique dans l'espace
1. Un laboratoire scientifique en orbite
L'ISS est un laboratoire scientifique où les astronautes (ex: Thomas Pesquet) mènent des expériences sur la réaction du corps humain à l'absence de gravité, en vue de futurs voyages (ex: Mars).2. Mais un avenir incertain
Les retombées financières de l'ISS sont décevantes, et son coût (150 milliards de dollars) est élevé. L'ISS vieillit, et la NASA envisage de la privatiser et de la démanteler après 2024 pour financer le programme Artemis (retour sur la Lune). De nouveaux concurrents émergent : la Chine (CSS) et l'Inde prévoient leurs propres stations spatiales.Jalon 2 : Rivalités et coopérations dans le partage de l'exploitation et de la préservation des ressources des mers et des océans
Introduction
Au XVIIe siècle, Hugo Grotius, avec son concept de "Mare Liberum", défend la liberté des mers, s'opposant au "Mare Clausum" (mer fermée) des puissances coloniales.I. Réguler les conflits par le droit de la mer
1. Les conférences des Nations Unies débouchent sur un droit de la mer
Après la Seconde Guerre mondiale, le président Truman proclame la protection de la mer territoriale. Des pays comme le Pérou et le Chili revendiquent des zones économiques exclusives (ZEE) étendues. L'ONU organise plusieurs conférences sur le droit de la mer, aboutissant à la Convention de Montego Bay (1982), signée par 117 pays.2. Qui crée un instrument juridique pour gérer l'appropriation des océans
La Convention de Montego Bay définit la mer territoriale (12 milles nautiques), la ZEE (200 milles nautiques), et la haute mer (bien commun de l'humanité). L'AIFM (Autorité Internationale des Fonds Marins) gère les fonds marins. Des litiges frontaliers persistent dans les ZEE et les mers fermées.3. En évitant les conflits (mais avec des limites...)
Des institutions comme le TIDM (Tribunal International du Droit de la Mer) et la CPA (Cour Permanente d'Arbitrage) tentent de résoudre les litiges. Cependant, certains États (États-Unis) refusent de signer la Convention. Des conflits éclatent pour le contrôle des ressources (ex: Guerre des Malouines/Falklands). Les tensions en Mer de Chine méridionale (revendications chinoises, conflit Taïwan) illustrent les enjeux géopolitiques maritimes.II. Vers une gestion commune de la haute mer
1. Une pression humaine qui augmente
La pression économique et technologique sur les grands fonds marins s'intensifie (exploitation d'hydrocarbures, mines sous-marines). La surpêche menace 30% des stocks mondiaux.2. Des accords internationaux pour la préservation
L'AIFM et les Nations Unies tentent de mettre en place des aires marines protégées et des traités sur la biodiversité marine (BBNJ, traité de haute mer de 2023). La FAO et l'OMI gèrent l'agriculture et la pollution maritime. Cependant, des défis subsistent, notamment pour la gestion du plastique.Thème conclusif : La Chine à la conquête du cosmos, des mers et des océans
Introduction : L'histoire de la Chine
La Chine se considère comme le centre du monde. Son histoire est marquée par de longues dynasties et un régime bureaucratique. La Révolution de 1911 met fin à la dynastie Qing et ouvre une période de forte ingérence occidentale (traités inégaux, concessions territoriales).I. La Chine au XXe siècle
1. 1911-1937 : 1ère République Chinoise
La République de Chine est proclamée en 1911, mais le pays est divisé entre le gouvernement nationaliste du Kuomintang (Tchang Kaï-chek) et le Parti Communiste Chinois (Mao Zedong).2. La 2e Guerre Civile et la partition (1945-1949)
Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile reprend. Les communistes l'emportent en 1949 et fondent la République Populaire de Chine (RPC) avec Pékin comme capitale. Tchang Kaï-chek se réfugie à Taïwan, créant la "République de Chine". La RPC est reconnue par les pays communistes en 1949, puis par la France en 1964 (De Gaulle), et par les États-Unis en 1978.II. La Chine : une puissance maritime et spatiale majeure au XXIe siècle
La Chine s'affirme comme une grande puissance. Le "rêve chinois" de Xi Jinping (2013) vise à faire de la Chine la première puissance mondiale d'ici 2040. La Chine développe une puissance navale dynamique (porte-avions, sous-marins), s'étendant en mer de Chine méridionale et dans l'océan Indien (politique du "collier de perles"). Son programme spatial (CNSA) est ambitieux, rivalisant avec les États-Unis (station spatiale CSS, exploration lunaire et martienne). La Chine est un acteur majeur dans l'exploitation des ressources maritimes et spatiales.Lancer un quiz
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