Évolution du mandat présidentiel
20 cartesAnalyse de l'élection, du passage du septennat au quinquennat, des réformes constitutionnelles et de la centralité du président de la République dans le régime parlementaire français.
20 cartes
Quel est l'ordre des élections présidentielle et législatives après la réforme de 2000 ?
L'élection présidentielle a lieu en premier, suivie deux mois plus tard par les élections législatives, qui deviennent des élections de confirmation.
Quel Premier ministre, en période de cohabitation, a soutenu la réduction du mandat présidentiel à cinq ans en 2000 ?
Le Premier ministre Lionel Jospin, alors en période de cohabitation, a relayé la proposition de loi constitutionnelle réduisant le mandat à cinq ans.
Quel est l'objectif principal de l'alignement du calendrier électoral en 2000 ?
Assurer la primauté de l'élection présidentielle sur les législatives en faisant de ces dernières de simples élections de confirmation, limitant ainsi le risque de cohabitation.
Combien de mandats consécutifs un président de la République peut-il exercer depuis la révision de 2008 ?
Depuis la révision de 2008, le président ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.
Qu'est-ce qui a remplacé la notion de « haute trahison » en 2007 concernant la responsabilité du président ?
La notion de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat ».
Comment la révision de 2000 a-t-elle renforcé la position du président de la République ?
En alignant son mandat sur celui des députés et en plaçant son élection avant la leur, la révision a fait du président le chef de la majorité parlementaire de manière explicite.
Malgré les évolutions récentes, comment la centralité du président de la République est-elle toujours perçue en France ?
Elle reste avérée : le président demeure la clé de voûte des institutions, même minoritaire à l'Assemblée, comme le montre son maintien du choix discrétionnaire du Premier ministre.
Quel type de responsabilité est abordé concernant le président de la République après 2007 ?
Une responsabilité limitée et davantage politique que pénale, dont la seule sanction est la destitution du chef de l'État.
Quelle révision constitutionnelle a marqué le passage du septennat au quinquennat ?
La révision constitutionnelle du 2 octobre 2000, adoptée par référendum le 24 septembre 2000.
Les immunités présidentielles après 2007 sont-elles permanentes ou temporaires ?
Elles sont temporaires : elles couvrent la durée du mandat présidentiel.
Quel est le but de l'extension des immunités présidentielles après 2007 ?
Préserver la fonction présidentielle en empêchant toute action judiciaire (civile, pénale ou témoignage) qui pourrait gêner ou empêcher l'exercice du pouvoir politique du président.
Avant 2007, quelle était la seule exception à l'irresponsabilité judiciaire du président de la République pour les actes commis dans l'exercice de ses fonctions ?
Le crime de haute trahison, qui relevait de la Haute Cour de justice.
En quelle année le référendum a-t-il institutionnalisé le quinquennat présidentiel ?
En 2000, par le référendum du 24 septembre.
Quel était le mode d'élection du président de la République en 1958, avant la réforme de 1962 ?
Il était élu par un collège électoral composé de parlementaires, de conseillers généraux et de délégués des conseils municipaux.
Qui a dit : « Ma circonscription, c'est la France » pour exprimer la légitimité présidentielle ?
Charles de Gaulle.
Comment la révision de 2000 a-t-elle cherché à limiter le risque de cohabitation ?
En alignant la durée du mandat présidentiel sur celui des députés (5 ans) et en inversant le calendrier électoral pour que la présidentielle précède les législatives.
Que protège l'inviolabilité du président de la République pendant son mandat, la personne ou la fonction ?
Elle protège la fonction, et non la personne : la personne peut être poursuivie un mois après la fin du mandat.
Quelle est la principale conséquence de la décision du Conseil constitutionnel de 1999 et de l'arrêt de la Cour de cassation de 2001 concernant la responsabilité du président en exercice ?
Pendant son mandat, le président ne peut être poursuivi devant les juridictions ordinaires ; le délai de prescription est suspendu jusqu'à la fin du mandat.
Quelle affaire a conduit à une réflexion sur le statut pénal du chef de l'État avant 2007 ?
L'affaire Chirac (emplois fictifs de la mairie de Paris), où le président menaçait d'être mis en examen pour des actes antérieurs à son mandat.
Que se passe-t-il un mois après la cessation des fonctions du président concernant sa responsabilité pénale ?
Le président retrouve une responsabilité de droit commun : il peut être poursuivi comme tout citoyen, car l'immunité était temporaire.
Fiche de révision
L'élection du Président et la fondation de sa légitimité
L'élection du Président de la République au suffrage universel direct est le point de départ de toute compréhension de la Ve République. C'est par cette élection que naît la légitimité singulière du Président, qui le distingue de tous les autres élus de la nation.
La légitimité électorale du Président
Avant 1962, la Constitution de 1958 prévoyait une élection du Président par un collège de notables et d'élus locaux. Le général De Gaulle avait remporté cette première élection avec 78,5 % des suffrages en décembre 1958, mais sa légitimité ne provenait pas de ce mode d'élection. Elle venait de sa stature personnelle, de son charisme et de son incarnation de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est en 1962 qu'une révision constitutionnelle a établi l'élection du Président au suffrage universel direct.
Cette légitimité électorale est unique en France : le Président est le seul élu de la nation tout entière. Valéry Giscard d'Estaing l'exprimait ainsi : « Ma circonscription, c'est la France. » Aucun autre élu, pas même le Premier ministre, ne dispose d'une telle investiture populaire. Cette légitimité propre du Président crée l'asymétrie fondamentale du régime politique.
Le présidentialisme et la primauté de l'élection présidentielle
De cette légitimité électorale découle le présidentialisme : un régime parlementaire à tendance présidentialiste, c'est-à-dire un système où le chef de l'État dispose d'une investiture populaire forte, s'appuie sur une majorité parlementaire de soutien et impose sa vision politique. Depuis 1962, tous les successeurs du général De Gaulle ont tiré leur autorité de cette élection directe du peuple. Cette centralité de l'élection présidentielle façonne l'ensemble de la vie politique : les sondages scrutent les intentions de vote pour la présidentielle, les médias se focalisent sur les candidats potentiels, et les acteurs politiques construisent leurs carrières en visant cette fonction suprême.
Du septennat au quinquennat : la révision de 2000
Jusqu'en 2000, le Président était élu pour sept ans, un mandat sans limite de renouvellement. Entre 1986 et 2002, la France a connu trois périodes de cohabitation : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002. Durant ces périodes, le Président ne disposait plus de majorité à l'Assemblée nationale et voyait son pouvoir diminué face à un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Cette expérience négative a conduit à la révision constitutionnelle de 2000, qui a réduit le mandat présidentiel à cinq ans.
La révision de 2000 visait deux objectifs : d'abord, aligner la durée du mandat du Président (cinq ans) sur celle des députés (cinq ans) pour synchroniser les cycles électoraux ; ensuite, inverser le calendrier électoral en plaçant l'élection présidentielle avant les élections législatives. Cette inversion du calendrier transforme les élections législatives en élections de « lune de miel » : elles se déroulent deux mois après la présidentielle et confirment le résultat du scrutin présidentiel plutôt que de créer un véritable débat politique indépendant. Le mode de scrutin à deux tours des législatives renforce cet effet en dégageant des majorités nettes.
Cette révision, portée par l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing et relayée par le Premier ministre Lionel Jospin en période de cohabitation (1997-2002), a produit ses effets attendus. De 2002 à 2017, les élections législatives ont systématiquement confirmé les résultats présidentiels, dégageant des majorités nettes en faveur du nouveau Président : c'est le cas en 2002 (Chirac), 2007 (Sarkozy), 2012 (Hollande) et 2017 (Macron). Le Président est devenu de facto le véritable chef de la majorité parlementaire, pas seulement constitutionnellement, mais politiquement.
La campagne présidentielle et la centralité médiatique
Juridiquement, la campagne présidentielle dure quinze jours, mais politiquement elle n'a pratiquement jamais de fin. À peine une élection passée, les acteurs politiques, les médias et les sondeurs se tournent vers la prochaine présidentielle. Les taux de popularité des Présidents baissent rapidement, et dès leur moitié de mandat, de potentiels candidats rivaux émergent. Cette acceleration de la vie politique crée une centralité médiatique incontournable de l'élection présidentielle. Tous les leaders politiques rêvent de concourir, tous les sondages parlent du Président, toutes les grandes décisions politiques sont lues à travers le prisme de l'élection présidentielle. Cette obsession collective du scrutin présidentiel renforce la croyance que c'est l'élection la plus importante, la seule vraiment décisive en France.
L'impact des cohabitations et la période 2022-2024
Depuis 2000, il n'y a plus eu de véritable cohabitation au sens classique — jusqu'en 2024. Pendant vingt-deux ans, le système a fonctionné selon le schéma prévu : l'élection présidentielle donnait une majorité stable au Président pour cinq ans. Mais en juin 2024, le Président Emmanuel Macron a choisi de dissoudre l'Assemblée nationale, contrairement aux attentes. Les élections législatives qui ont suivi n'ont pas confirmé sa majorité : elles ont exprimé une défiance envers le Président plutôt qu'une adhésion. L'Assemblée s'est fragmentée en trois tiers distincts, sans majorité claire en faveur du Président.
Cette rupture de 2024 marque un dysfonctionnement du mécanisme prévu par la révision de 2000, mais n'invalide pas la centralité du Président. Malgré l'absence de majorité à l'Assemblée, le Président conserve le pouvoir discrétionnaire de nommer le Premier ministre : les choix successifs de Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu émanent directement du Président, non de la majorité parlementaire comme dans un régime parlementaire classique. De plus, les acteurs politiques n'ont pas contesté la centralité de la fonction présidentielle : au contraire, ils continuent tous de briguer cette charge, respectant sa prééminence institutionnelle. Le Président reste la clé de voûte des institutions, même lorsque sa majorité politique vacille.
La limite du quinquennat : deux mandats consécutifs maximum
La révision constitutionnelle de 2008 a complété le système en instaurant une limite : le Président ne peut plus exercer plus de deux mandats consécutifs. Cette limite n'existait pas dans le texte de 1958, où le Président pouvait théoriquement être réélu indéfiniment. En pratique, elle renforce la structure présidentialiste en fixant des horizons politiques clairs : un Président sait dès son arrivée que son influence sera maximale les cinq premières années, et qu'après une réélection, son second quinquennat sera marqué par la perspective de sa sortie et l'émergence de nouveaux candidats. Cette limite n'affaiblit pas la centralité présidentielle, elle l'encadre simplement dans le temps.
La responsabilité du Président : de l'irresponsabilité à l'immunité temporaire
Le statut juridique du Président de la République a connu des évolutions significatives depuis 1958, notamment concernant sa responsabilité pénale. Avant 2007, un principe d'irresponsabilité judiciaire large prévalait pour les actes de fonction, à l'exception de la haute trahison, tandis qu'après 2007, un régime d'immunité temporaire a été mis en place.
Avant 2007 : Irresponsabilité et Haute Trahison
Initialement, la Constitution de 1958 posait le principe d'une large irresponsabilité judiciaire du Président pour les actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions, tant sur le plan politique que pénal. La seule exception était la haute trahison, pour laquelle la Haute Cour de justice était compétente. Cependant, la notion de "haute trahison" n'était pas clairement définie, rendant la procédure complexe et jamais appliquée.
L'Affaire Chirac et les Précédents Jurisprudentiels
L'"affaire de la mairie de Paris" impliquant Jacques Chirac (menace de mise en examen pour des actes antérieurs à sa présidence) a mis en lumière les ambiguïtés de l'article 68 de la Constitution. Deux décisions clés ont alors précisé le statut du Président.
Une décision du Conseil constitutionnel du 22 janvier 1999 a affirmé que la responsabilité pénale du Président ne pouvait être mise en cause que devant la Haute Cour de justice pendant la durée de son mandat, même pour des actes non liés à ses fonctions. Toutefois, cette décision ne faisait pas autorité de chose jugée sur la question générale, étant spécifique à la ratification d'un traité sur la Cour pénale internationale.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 10 octobre 2001, a confirmé cette doctrine : il était impossible de mettre en examen ou de citer le Président comme témoin durant son mandat. Crucialement, elle a aussi établi que le délai de prescription de l'action publique était suspendu pendant le mandat présidentiel, reprenant son cours à l'issue de celui-ci. Cette suspension protège la fonction plutôt que la personne, permettant de poursuivre l'individu après la fin de ses fonctions.
La Révision de 2007 : Immunité Temporaire et Destitution
La "révision de 2007" a refondu les articles 67 et 68 de la Constitution pour établir un nouveau régime. Le Président bénéficie désormais d'une immunité temporaire : il ne peut être poursuivi, assigné, entendu comme témoin ou mis en examen pendant son mandat. Cette immunité est large, couvrant même les affaires civiles, et vise à préserver la fonction présidentielle de toute entrave judiciaire. Cependant, elle ne concerne pas la personne du Président mais sa fonction, les poursuites pouvant reprendre un mois après la cessation de ses fonctions.
- Destitution (article 68)/dɛstitysjɔ̃/nom féminin
Procédure exceptionnelle permettant au Parlement réuni en Haute Cour de destituer le Président de la République en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat.
- « La procédure de destitution du Président est rarement invoquée en France, nécessitant une majorité qualifiée au Parlement. »
La révision a remplacé la haute trahison par une procédure de "destitution" du Président en cas de "manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat", devant le Parlement réuni en Haute Cour. Les sanctions sont politiques, mais la mise en œuvre de cette procédure est rendue difficile par la nécessité d'une majorité qualifiée des deux tiers.
La Responsabilité Politique Invisible
Au-delà du cadre constitutionnel, la centralité médiatique et politique du Président crée une "responsabilité politique invisible". Un scandale ou une pression médiatique intense peut contraindre le Président à démissionner, même si les textes ne le prévoient pas directement. Cette dimension extra-constitutionnelle reflète la focalisation de l'attention sur le chef de l'État et sa position unique dans la vie politique française, le rendant vulnérable à une pression populaire non encadrée juridiquement.
Les compétences propres du Président : pouvoir de garantie et pouvoirs de crise
Les compétences du Président de la République se divisent en deux catégories principales : les compétences propres et les compétences partagées. Cette distinction est cruciale pour comprendre l'étendue réelle de son pouvoir. Les compétences propres sont celles que le Président peut exercer sans le contre-seing ministériel, ce qui leur confère un caractère discrétionnaire et renforce son rôle central.
La fonction présidentielle et les pouvoirs de garantie
- Article 5 de la Constitutionarticle constitutionnel
Définit la fonction présidentielle comme celle de veiller au respect de la Constitution, d'assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics par son arbitrage et la continuité de l'État. Le Président est également le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
- « Selon l'article 5, le Président de la République est le garant de la Constitution et assure l'indépendance nationale. »
Cette fonction de garantie est complétée par des pouvoirs spécifiques, tels que la nomination du Premier ministre (Article 8). Ce pouvoir est discrétionnaire, le Président mettant fin aux fonctions du Premier ministre sur présentation de sa démission, et nommant les autres membres du gouvernement sur proposition de ce dernier. En période de concordance des majorités, le Président dispose d'une influence considérable sur ces choix.
Parmi les pouvoirs de garantie figurent également des prérogatives liées au Conseil constitutionnel (saisine, nomination d'un membre) et à l'autorité judiciaire. Le Président était auparavant président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), mais la révision de 2008 a rompu ce lien pour renforcer l'indépendance de la justice. Cependant, il continue de veiller à l'indépendance de l'autorité judiciaire.
Le contre-seing ministériel et les compétences propres
- Contre-seing ministériellocution nominale
L'obligation pour un acte du Président de la République d'être également signé par le Premier ministre (et le cas échéant par les ministres responsables) pour être valide, marquant une répartition des responsabilités.
- « La plupart des actes présidentiels requièrent le contre-seing ministériel, sauf pour les compétences propres. »
L'article 19 de la Constitution liste explicitement les actes du Président qui ne sont pas soumis au contre-seing ministériel, définissant ainsi ses compétences propres. Ces actes incluent la nomination du Premier ministre (Article 8), la dissolution de l'Assemblée nationale (Article 12), le recours au référendum (Article 11), la communication au Parlement (Article 18), ainsi que les pouvoirs de crise (Article 16).
Ces compétences, parce qu'elles n'exigent pas l'accord du gouvernement, confèrent au Président une marge de manœuvre considérable, surtout en période de fait majoritaire où il peut imposer une lecture présidentialiste des institutions. En revanche, en période de cohabitation, le Président doit interpréter ses compétences propres de manière plus stricte, en se limitant au texte constitutionnel.
Les pouvoirs de crise : dissolution et pleins pouvoirs
- Dissolution (Article 12)nom féminin
Pouvoir propre du Président de la République de mettre fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, conduisant à de nouvelles élections législatives.
- « En cas de blocage institutionnel, le Président peut décider la dissolution de l'Assemblée nationale en vertu de l'article 12. »
La dissolution de l'Assemblée nationale (Article 12) est un pouvoir politique majeur permettant au Président de trancher un conflit avec le Parlement en soumettant la question aux électeurs. Elle sert également à discipliner la majorité parlementaire. Le Président communique avec le Parlement par des messages (Article 18), qui ne sont pas soumis au contre-seing et peuvent être lus devant les assemblées sans débat.
- Pleins pouvoirs (Article 16)locution nominale
Mesures exceptionnelles que le Président de la République peut prendre en cas de menace grave et immédiate sur les institutions, l'indépendance nationale, l'intégrité du territoire, ou l'exécution des engagements internationaux, et lorsque le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est interrompu.
- « L'article 16, qui confère les pleins pouvoirs au Président, n'a été utilisé qu'une seule fois en 1961 lors du putsch d'Alger. »
L'Article 16 confère au Président des pleins pouvoirs en cas de crise grave. Il n'a été activé qu'une seule fois en avril 1961, lors du putsch des généraux à Alger. Ce pouvoir est strictement encadré par des conditions cumulatives, incluant une menace grave et immédiate et l'interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics. La révision de 2008 a renforcé le contrôle de son utilisation. Malgré leur caractère exceptionnel, ces compétences structurent la position dominante du Président dans le régime.
Les compétences partagées et la présidentialisation du gouvernement
Les compétences partagées du Président de la République sont celles qui nécessitent le contre-seing du Premier ministre et, le cas échéant, des ministres responsables, selon l'article 19 de la Constitution. Elles se distinguent des compétences propres par l'intervention du gouvernement. Leur exercice varie considérablement selon la concordance des majorités présidentielle et parlementaire.
La présidentialisation de l'exécutif
Le Président exerce une influence prépondérante sur la composition du gouvernement et la présidence du Conseil des ministres, conduisant à une présidentialisation de l'exécutif. En période de majorité concordante, c'est le Président qui a la haute main sur le choix des ministres. En revanche, en cohabitation, le Premier ministre, fort de sa majorité parlementaire, choisit les membres de son gouvernement, bien que le Président puisse émettre des vétos sur certaines personnalités, notamment pour les ministères régaliens (Affaires étrangères, Défense).
- Conseil des ministresnom masculin
Réunion hebdomadaire des membres du gouvernement, présidée par le Président de la République, au cours de laquelle sont délibérés les principaux actes et orientations de la politique nationale.
- « Le Président préside le Conseil des ministres, même en période de cohabitation, ce qui lui confère une influence directe sur l'ordre du jour et les décisions. »
La présidence du Conseil des ministres permet au Président d'influencer l'ordre du jour. En majorité concordante, les sujets sont souvent déjà entérinés. En cohabitation, la fixation de l'ordre du jour peut être un point de friction, le Président pouvant refuser d'inscrire certains sujets pour s'opposer à l'action gouvernementale. Les ordonnances, adoptées en Conseil des ministres, illustrent également ce rapport de force, le Président pouvant refuser de les signer.
Le pouvoir de nomination et les ordonnances
Le pouvoir de nomination des emplois civils et militaires est partagé entre le Président (article 13) et le Premier ministre (article 21). En période de fait majoritaire, le Président influence largement ces nominations. En cohabitation, le Premier ministre dispose du dernier mot. La révision de 2008 a introduit l'avis conforme des commissions parlementaires pour les nominations à la tête de quinze Autorités administratives indépendantes (AAI) et au Défenseur des droits, bien que ce mécanisme de contrôle soit rarement bloquant en pratique.
- Ordonnance (article 38)nom féminin
Mesure législative prise par le gouvernement dans des domaines relevant normalement de la loi, après habilitation par le Parlement. Elle est ensuite soumise à ratification parlementaire pour acquérir valeur législative.
- « En 1986, François Mitterrand a refusé à plusieurs reprises de signer des projets d'ordonnances, forçant le gouvernement Chirac à les transformer en projets de loi. »
Diplomatie et Défense : le domaine réservé
Les articles 15 (chef des armées) et 52 (négociation et ratification des traités) confèrent au Président des compétences clés en diplomatie et défense. Bien que l'article 20 attribue au gouvernement la détermination de la politique de la nation et la disposition de la force armée, ces domaines sont considérés comme le «domaine réservé» du chef de l'État en période de majorité concordante. En cohabitation, ils deviennent des compétences partagées, mais la pratique montre que le Président conserve une influence majeure.
Le Président préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale et est l'unique décideur du recours à l'arme atomique. Il conduit la politique étrangère et représente la France sur la scène internationale (Conseil européen, sommets multilatéraux). La révision de 2008 exige l'approbation parlementaire pour la poursuite des opérations militaires au-delà de quatre mois, mais ne remet pas en cause l'initiative présidentielle en la matière.
Le rôle présidentiel dans la procédure législative
Le Président intervient de trois manières dans la procédure législative. Premièrement, il convoque le Parlement en session extraordinaire par décret, à la demande du Premier ministre ou de la majorité des députés. Historiquement, des Présidents comme De Gaulle ou Mitterrand ont affirmé leur prérogative exclusive sur cette décision. Deuxièmement, le Président peut demander, avec le contre-seing du Premier ministre, une nouvelle délibération d'une loi votée avant sa promulgation, invoquant des raisons constitutionnelles ou d'autres motifs, s'apparentant alors à un droit de veto. Enfin, il promulgue les lois par décret contresigné par le Premier ministre, officialisant ainsi leur entrée en vigueur.
La lecture présidentialiste : entre texte constitutionnel et pratique politique
La centralité du Président de la République dans la Ve République est une caractéristique fondamentale. Elle résulte d'une interaction complexe entre le texte constitutionnel et la pratique politique, notamment la "lecture présidentialiste" des institutions. Cette lecture extensive des pouvoirs présidentiels s'impose surtout en période de majorité concordante, où le Président dispose d'un soutien parlementaire.
Influence politique et interprétation constitutionnelle
- Lecture présidentialiste/lɛk.tyʁ pre.zi.dɑ̃.sja.list/nom féminin
Interprétation extensive des pouvoirs du Président de la République, dépassant le cadre strict du texte constitutionnel, et s'imposant grâce à son influence politique et une majorité parlementaire concordante.
- « En période de majorité concordante, la lecture présidentialiste des institutions permet au Président d'exercer une influence prépondérante. »
La légitimité électorale du Président, seul élu au suffrage universel direct, en fait la "clé de voûte des institutions". Cette légitimité, renforcée par l'inversion du calendrier électoral en 2000, alignant élections présidentielles et législatives, vise à assurer une majorité de soutien au chef de l'État. Ainsi, les élections législatives sont devenues des scrutins de confirmation, créant un fait majoritaire quasi systématique.
- Clé de voûte des institutions/kle də vut de.z‿ɛ̃s.ti.ty.sjɔ̃/locution nominale
Expression désignant le rôle central et structurant du Président de la République dans le système institutionnel de la Ve République, où son élection conditionne l'ensemble du fonctionnement politique.
- « Le Président est souvent qualifié de clé de voûte des institutions en raison de sa légitimité et de ses pouvoirs. »
Cette prépondérance se manifeste par le développement constant des services présidentiels, avec un grand nombre de collaborateurs et d'agents rattachés à l'Élysée. Le Président, de fait, participe activement au pouvoir gouvernemental, même pour les compétences partagées, où le contre-seing ministériel devient souvent une formalité en période de majorité concordante. Il est considéré comme le chef de la majorité parlementaire.
Cohabitation et retour au texte
- Cohabitation/ko.a.bi.ta.sjɔ̃/nom féminin
Période politique où le Président de la République et le Premier ministre sont issus de bords politiques opposés, suite à des élections législatives donnant une majorité différente de celle du Président.
- « Les périodes de cohabitation obligent le Président à un retour au texte constitutionnel. »
En revanche, en période de cohabitation, le Président ne dispose plus d'une majorité à l'Assemblée nationale. Cela entraîne un "retour au texte" de la Constitution, où les pouvoirs présidentiels sont interprétés de manière stricte. Les compétences propres du Président sont exercées avec rigueur, tandis que les compétences partagées reviennent largement au Premier ministre, qui détient alors la légitimité parlementaire. Les tensions peuvent apparaître, comme lors des refus de signature d'ordonnances par le Président.
- Retour au texte/ʁə.tuʁ o tɛkst/locution nominale
Expression désignant la situation où, en période de cohabitation, le Président de la République est contraint d'exercer ses pouvoirs en se référant strictement au texte constitutionnel, sans l'influence politique étendue permise par une majorité concordante.
- « Le retour au texte limite l'interprétation extensive des compétences présidentielles. »
Malgré la "lecture parlementariste" que pourrait suggérer une cohabitation, l'alignement des élections voulu par la révision de 2000 a rendu les cohabitations plus rares. Les leaders politiques continuent de concentrer leurs efforts sur l'élection présidentielle, ce qui maintient la centralité de la fonction même en l'absence de majorité absolue, comme on l'a vu après 2022 et 2024. Le Président conserve un pouvoir discrétionnaire sur la nomination du Premier ministre, même minoritaire, ce qui souligne la persistance de cette prééminence.
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