Évolution des institutions judiciaires sénégalaises
83 cartesAnalyse historique de la justice en Afrique de l'Ouest, du droit coutumier précolonial aux réformes modernes du Sénégal, incluant les institutions communautaires, musulmanes, la hiérarchie judiciaire, les cours suprêmes, la médiation, les tribunaux régionaux et les organismes régionaux comme l'OHADA.
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Quel était le rôle du chef dans la justice communautaire africaine précoloniale?
Dans la justice communautaire précoloniale, le chef exerçait une autorité judiciaire, se confondant souvent avec le juge.
Quel était le rôle du roi ou de l'empereur au sommet de la hiérarchie judiciaire africaine?
Le roi ou l'empereur se situait au plus haut niveau de la hiérarchie judiciaire, exerçant une autorité judiciaire.
Quelles sont les deux sources sacrées fondamentales du droit musulman ou fiqh?
Les deux sources sacrées du droit musulman sont le Coran et la Sunna.
En quelle année débute le contact entre l'Afrique au Sud du Sahara et le continent européen?
L'année 1444 marque le début des relations entre l'Afrique subsaharienne et l'Europe.
Quel rôle la coutume a-t-elle joué dans les sociétés africaines précoloniales?
La coutume était la source par excellence du droit, gouvernant les sociétés africaines précoloniales et leurs institutions.
Quelle loi constitutionnelle de 2008 a consacré le retour de la Cour suprême?
La loi constitutionnelle n°2008-34 du 07 août 2008.
Définissez le concept d'institution selon son étymologie latine.
Du latin "institu(e)re", une institution signifie ce qui est établi, destiné à durer dans le temps.
À quel tribunal la chambre africaine extraordinaire d'instruction est-elle intégrée?
Elle est intégrée au tribunal de grande instance hors classe de Dakar.
Selon Amadou Hampaté Ba, quel est un trait fondamental de l'homme africain?
Selon Amadou Hampaté Ba, un trait fondamental de l'homme africain est qu'il est un croyant né.
Quel décret de 1999 a introduit les maisons de justice et de médiation au Sénégal?
Le décret n° 99-1124 du 17 novembre 1999 relatif aux maisons de justice, à la médiation et à la conciliation.
Quel est le siège de la Cour de justice de la CEDEAO?
Le siège de la Cour de justice de la CEDEAO se trouve à Abuja, au Nigéria.
En quelle année la Cour suprême a-t-elle été réhabilitée au Sénégal?
La Cour suprême a été réhabilitée au Sénégal en 2008 par la loi constitutionnelle n°2008-34.
Quel établissement français a été fondé en 1659 sur le fleuve Sénégal?
Le comptoir de Saint-Louis, fondé en 1659, était situé sur l'île de l'embouchure du fleuve Sénégal.
Pourquoi l'étude historique du droit est-elle essentielle pour les juristes contemporains?
Elle permet de saisir l'évolution des règles juridiques, le rôle des acteurs et la place du droit dans les sociétés, reliant passé, présent et futur.
Quelles trois conditions cumulatives permettent la constitution d'une coutume?
La coutume se constitue par la répétition des mêmes actes, le consensus du groupe, et la continuité dans le temps.
En quelle année des tribunaux de commerce ont-ils été créés au Sénégal?
En 2017, avec la loi n°2017-23 du 28 juin, le Sénégal a créé des tribunaux de commerce.
À quel traité l'OHADA a-t-elle été instituée et en quelle année?
L'OHADA a été instituée par le traité du 17 octobre 1993.
Où se trouve le siège de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de l'OHADA?
Le siège de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de l'OHADA se trouve à Abidjan.
Quelle est la différence entre une institution publique et une institution privée?
Les institutions publiques organisent l'État et les relations État-citoyens. Les institutions privées organisent les rapports entre particuliers.
Quel objectif principal visait la création des tribunaux de commerce en 2017?
Renforcer la protection des investisseurs, réduire les délais d'exécution des contrats, désengorger les juridictions, et réduire les délais et coûts.
Comment le pouvoir judiciaire est-il défini dans sa première acception?
Le pouvoir judiciaire est la fonction qui consiste à juger, réprimer les violations du droit et trancher les contestations.
Comment la tradition se distingue-t-elle de la coutume dans les sociétés africaines?
La tradition est une doctrine ou pratique transmise par la parole ou l'exemple, fondée sur mythes et rites. La coutume est une manière d'agir établie par l'usage, visant l'habitude et le consensus.
À partir de quel siècle l'Afrique subsaharienne a-t-elle été en contact avec le monde arabe?
L'Afrique subsaharienne a eu des contacts avec le monde arabe dès le 8ème siècle.
Quel était le contexte économique qui a conduit à la création de l'OHADA?
Crise économique aigüe et chute des investissements, causées par l'insécurité juridique et judiciaire.
Quel acte juridique la réforme de 1992 a-t-elle principalement concerné?
La réforme de 1992 a principalement concerné l'éclatement de la Cour suprême.
En quel an la Cour de répression de l'enrichissement illicite a-t-elle été créée?
La Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI) a été créée en 1981.
Quels tribunaux ont remplacé les Tribunaux de grande instance lors de la réforme de 1984?
Les Tribunaux régionaux ont remplacé les Tribunaux de grande instance en 1984.
En quel an la Cour de répression de l'enrichissement illicite a-t-elle été réactivée au Sénégal?
La Cour de répression de l'enrichissement illicite a été réactivée en 2012.
Comment les sociétés africaines précoloniales étaient-elles organisées socialement?
Les sociétés africaines précoloniales étaient communautaires, collectives et hiérarchiques, basées sur la primauté du groupe sur l'individu. La famille, dirigée par un chef, était la cellule de base, et la justice était régie par la coutume.
Quelles matières du droit de la famille ont été influencées par l'islam en Afrique?
Le mariage, la filiation, et les testaments ont été influencés par l'islam en Afrique subsaharienne.
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Quelle est la première grande réforme judiciaire intervenue après l'indépendance du Sénégal?
La première grande réforme judiciaire intervenue après l'indépendance du Sénégal est celle de 1984, qui a créé des Tribunaux régionaux.
Quel commerce a été à la base des relations culturelles entre l'Afrique et le monde arabe?
Le commerce transsaharien, axé sur l'or, le sel et les esclaves, a initié les échanges culturels entre l'Afrique et le monde arabe.
Sur quel fondement juridique la Cour des comptes a-t-elle été créée au Sénégal?
La Cour des comptes sénégalaise a été créée sur le fondement de la directive n°04/99/CM/UEMOA.
À quel pays européen correspond la première présence atlantique en Afrique de l'Ouest en 1444?
Le Portugal est le pays européen correspondant à la première présence atlantique en Afrique de l'Ouest en 1444.
Qu'est-ce que le sacré dans le contexte des sociétés africaines?
Le sacré, ou sacer, désigne ce qui est séparé, interdit, inviolable. Il s'oppose au profane et inspire le respect religieux.
Quelles chambres extraordinaires africaines ont été créées au tribunal de grande instance de Dakar?
Une chambre africaine extraordinaire d'instruction, une chambre africaine extraordinaire d'accusation, une chambre africaine extraordinaire d'assises, et une chambre africaine extraordinaire d'appel.
En quel an l'île de Gorée a-t-elle été conquise par la France?
Gorée a été conquise par la France en 1677.
Quels étaient les trois organes créés par la réforme de 1992 en Sénégal?
La réforme de 1992 a créé le Conseil constitutionnel, le Conseil d'État et la Cour de cassation.
Quelle maxime les Africains précoloniaux appliquaient-ils au règlement de leurs différends?
Les Africains précoloniaux appliquaient la maxime : « un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès ».
Qu'est-ce qu'une ordalie dans le système judiciaire africain précolonial?
Système de preuves utilisé en cas d'atteintes graves, fondé sur le sacré et l'invisible.
Comment la primauté du groupe sur l'individu influençait-elle la justice africaine?
La primauté du groupe sur l'individu rendait la justice communautaire, familiale, privilégiant la conciliation et l'apaisement, dirigée par des chefs.
Sous la responsabilité de quel officiel les maisons de justice du Sénégal sont-elles placées?
Les maisons de justice sont placées sous la responsabilité du Procureur de la République.
Quelle est la caractéristique principale de la justice communautaire africaine concernant la famille?
La famille est considérée comme la cellule de base de la société et le fondement de la justice communautaire africaine.
Comment la justice dans les sociétés africaines précoloniales était-elle caractérisée?
La justice était communautaire, hiérarchique, basée sur la coutume, privilégiant la conciliation et dirigée par les chefs et le roi.
Selon le texte, quel processus a été lancé en 2024 pour les réformes judiciaires au Sénégal?
Les assises de la justice ont été lancées pour d'autres réformes judiciaires.
Quand l'avènement de l'islam a-t-il conduit à la création de la justice musulmane ou justice cadiale?
L'avènement de l'islam, avec ses règles et ses institutions, a conduit à la justice musulmane ou justice cadiale.
Comment les grands empires de l'Afrique de l'Ouest médiévale ont-ils constitué leur richesse?
Les empires de l'Afrique de l'Ouest médiévale ont bâti leur richesse sur le commerce transsaharien, notamment l'échange d'or, de sel et d'esclaves avec le monde arabe.
En quelle année le Sénégal a-t-il créé la Cour des comptes?
La Cour des comptes a été créée en 1999.
Quel était le fruit du contact entre l'Afrique et le monde arabo-islamique selon le texte?
Le contact a engendré des relations culturelles, un métissage culturel, et l'islamisation influençant le droit et la famille.
Quel événement géopolitique s'est produit en Afrique de l'Ouest entre 1758 et 1779?
L'Angleterre a évincé la France d'Afrique de l'Ouest.
Qu'entendait-on par justice domestique ou justice familiale en Afrique?
Elle désignait la justice communautaire, issue du communutarisme des sociétés africaines, où le conflit était la dernière étape avant l'intervention des institutions familiales.
Quel modèle social déterminait la structure de la justice africaine précoloniale?
Le modèle social de la primauté du groupe sur l'individu, centré sur la famille, déterminait la justice africaine précoloniale.
Quelles trois formes de justice coexistaient dans le système judiciaire africain précolonial?
La justice communautaire, la justice des chefs et la justice royale coexistaient.
Quels types de différends les modes alternatifs de règlement visaient-ils au Sénégal?
Les modes alternatifs visaient les différends civils et la petite délinquance (infractions ou délits mineurs).
Quel lien existait-il entre les droits et les devoirs d'un individu dans les sociétés africaines précoloniales?
Dans les sociétés africaines précoloniales, l'individu n'avait de droits et de devoirs qu'en fonction de son appartenance au groupe social.
Quel élément religieux dominait la vie juridique des sociétés africaines?
Le sacré dominait la vie juridique africaine, influençant la pensée et le droit.
En combien d'organes la Cour suprême a-t-elle éclaté lors de la réforme de 1992?
La Cour suprême a éclaté en trois organes : le Conseil constitutionnel, le Conseil d'État et la Cour de cassation.
Quel était le rôle de l'écrit dans le système judiciaire africain précolonial?
Dans le système judiciaire africain précolonial, l'écrit n'était pas un élément essentiel pour la justice, qui reposait sur la coutume et la parole.
Comment l'absence d'écrit caractérisait-elle le droit communautaire africain?
Le droit communautaire africain était régi par la coutume. Les litiges étaient résolus par la conciliation et l'apaisement, privilégiant un arrangement amiable.
En quel siècle précis le commerce transsaharien a-t-il débuté selon le texte?
Le commerce transsaharien a débuté dès le 8e siècle, avec des contacts établis dès l'an 746.
Quelles transformations l'islam a-t-il apportées aux institutions juridiques africaines?
L'islam a introduit en Afrique subsaharienne un système juridique fondé sur le Coran et la Sunna, influençant le statut personnel, le droit de la famille et la justice.
Quelle est la Cour de justice créée pour l'UEMOA et où se trouve-t-elle?
La Cour de justice de l'UEMOA est située à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Comment la transmission du savoir juridique s'effectuait-elle en Afrique précoloniale?
Le savoir juridique se transmettait par la coutume, la justice communautaire dirigée par les chefs, et la justice musulmane (cadiale) avec l'avènement de l'islam.
Quel décret de 2007 a modifié le cadre des maisons de justice et pourquoi?
Le décret n° 2007-1253 du 23 octobre 2007 a modifié le cadre des maisons de justice pour corriger les lacunes révélées par une évaluation en mars 2006.
Quel décret de 2014 a promu les modes alternatifs de règlement des différends au Sénégal?
Le décret n° 2014-1653 du 24 décembre 2014, relatif à la médiation et à la conciliation.
Quel type de matières les maisons de justice traitaient-elles?
Les maisons de justice traitaient la médiation et la conciliation, intervenant en matière civile et sur la petite délinquance.
Quelles chambres spécialisées peuvent être créées dans les juridictions selon la loi de 2014?
Des chambres spécialisées peuvent être créées en matière civile et pénale au sein des TGI, TI et CA.
Quel organe a le pouvoir de créer des chambres spécialisées dans les juridictions?
L'assemblée générale de la juridiction peut créer des chambres spécialisées en matière civile et pénale.
Quel était le dernier recours en cas de conflit grave dans les sociétés africaines précoloniales?
Le procès de justice, une justice domestique ou familiale, était la dernière étape en cas de conflit.
Pourquoi la notion de métissage culturel s'applique-t-elle au contexte africain?
Le métissage culturel africain résulte des contacts historiques avec le monde arabe dès le 8e siècle et la colonisation occidentale à partir du 15e siècle.
Quel État africain abrite le siège de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage?
La Cour Commune de Justice et d'Arbitrage se trouve à Abidjan, en Côte d'Ivoire.
Quel était le problème d'efficacité judiciaire que les réformes de 2017 cherchaient à résoudre?
Les réformes de 2017 visaient à renforcer la protection des investisseurs et à réduire les délais d'exécution des contrats, afin de désengorger les juridictions.
Quels textes juridiques constitutionnels ont été annoncés en 2025 au Sénégal?
En avril 2025, le Président a annoncé que des projets de textes étaient finalisés et en cours de validation administrative.
Quel était l'objectif principal des maisons de justice créées en 1999 au Sénégal?
Elles visaient à organiser la médiation et la conciliation pour la petite délinquance et le domaine civil, afin de désengorger les tribunaux.
Quel lien existait-il entre l'insécurité juridique et l'investissement en Afrique avant l'OHADA?
L'insécurité juridique et judiciaire était une cause majeure de défiance pour les investisseurs avant l'OHADA.
Quels mécanismes la loi de 2017 encourageait-elle pour faciliter les transactions commerciales?
La loi de 2017 encourageait la médiation et la conciliation pour faciliter les transactions commerciales.
Quelle est la charge démographique que les maisons de justice visaient à réduire?
Les maisons de justice visaient à désengorger les tribunaux étatiques en intervenant sur la petite délinquance.
Quel était le domaine d'application pratique de la parenté à plaisanterie en Afrique?
La parenté à plaisanterie servait à faciliter les relations sociales et à régler les conflits entre différents groupes ou clans.
Quel problème a-t-on identifié après l'évaluation de 2006 des maisons de justice?
L'évaluation de 2006 a révélé certains dysfonctionnements dans le fonctionnement des maisons de justice.
Quels nouveaux comptoirs ont été acquis par la France après la fondation de Saint-Louis?
Après la fondation de Saint-Louis, la France a acquis les comptoirs de Joal et de Rufisque.
Quel était le contexte politique majeur de l'année 2024 au Sénégal?
L'année 2024 au Sénégal a été marquée par l'avènement de la 3º alternance, conduisant à des réformes judiciaires lancées par les nouvelles autorités.
Quels organes composent la nouvelle organisation judiciaire créée par la loi de 2014 au Sénégal?
La nouvelle organisation judiciaire comprend la Cour suprême, les cours d'appel, les TGI, les tribunaux de travail et les tribunaux d'instance.
Quelle relation existait-il entre le chef et le juge dans les sociétés africaines précoloniales?
Le chef, autorité principale de la cellule de base (la famille), se confondait souvent avec le juge dans la justice communautaire.
Fiche de révision
Évolution des Institutions Judiciaires en Afrique, avec un focus sur le Sénégal
Le droit ne se résume pas à un ensemble de règles ; il englobe la formation, l'expression, le sens, la portée et l'évolution des règles juridiques à travers le temps et dans des contextes variés. Comprendre l'histoire du droit est essentiel pour le juriste contemporain afin d'appréhender la place des acteurs juridiques et judiciaires, la diversité des normes et leur évolution. Cela permet de mieux saisir les racines, les enjeux et les solutions adoptées, ainsi que les forces créatrices du droit.
I. Cadre Général et Contexte Historique du Droit Africain
Le cours sur les institutions judiciaires se penche spécifiquement sur celles de l'Afrique, de l'Afrique de l'Ouest et, plus particulièrement, du Sénégal. L'Afrique est un continent immense, caractérisé par une diversité géographique et culturelle. Un trait essentiel de ces sociétés est la référence au sacré, qui domine la vie juridique africaine. Le sacré, digne d'un respect absolu, s'oppose au profane et est souvent perçu comme un domaine interdit et inviolable. Amadou Hampaté Bâ affirmait que « l'homme africain est un croyant né », et L-V. Thomas soulignait que l'Africain « vit en étroite communion avec l'invisible et le sacré ». Ignorer ces aspects métaphysiques et religieux conduirait à une approche superficielle de l'étude du droit négro-africain.La tradition occupe également une place prépondérante. Elle est comprise comme une doctrine, une pratique religieuse ou morale transmise oralement de génération en génération, fondée sur les mythes et les rites. Elle se manifeste également comme une manière de penser, de faire et d'agir héritée du passé, se confondant alors avec la coutume. La coutume, un habitus collectif transmis oralement, devient normative lorsque certaines conditions cumulatives sont réunies : la répétition des mêmes actes, le consensus du groupe et la continuité dans le temps. C'est un droit non écrit, considéré comme indispensable à la reproduction des relations sociales. Les sociétés africaines précoloniales ont longtemps été gouvernées par la coutume, source principale de la règle de droit. Elles ont élaboré leurs propres cadres et institutions, distincts de ceux du monde occidental.
A. Influence Arabo-Islamique
Dès le VIIIe siècle (an 746), certaines parties de l'Afrique subsaharienne ont été en contact avec le monde arabe via le commerce transsaharien (or, sel, esclaves). Ce commerce a enrichi les peuples soudanais médiévaux, donnant naissance à de grands empires comme le Ghana, le Mali et le Sonrai. Ces échanges ont aussi engendré des relations culturelles profondes, menant à l'islamisation. L'islam a introduit en Afrique subsaharienne un système juridique et judiciaire fondé sur le Coran et la Sunna (sources sacrées et fondamentales du fiqh ou droit musulman), complété par des sources dérivées. Cette hybridation culturelle a influencé des domaines comme le mariage, la filiation, les testaments (droit de la famille et statut personnel), la justice et la conception de l'État.B. Contact et Colonisation Occidentale
Le contact avec le monde arabo-islamique a été suivi par la colonisation occidentale. Dès 1444, les relations entre l'Afrique subsaharienne et l'Europe ont débuté. À partir de 1492, les navigateurs portugais ont fréquenté les côtes africaines, s'installant dans des enclaves atlantiques comme Gorée au Sénégal. Les Français, dès 1638, se sont établis sur une île de l'embouchure du fleuve Sénégal, fondant Saint-Louis en 1659. La colonie s'est étendue avec l'acquisition de Joal et Rufisque. Entre 1758 et 1779, puis de 1809 à 1816, la France fut évincée par l'Angleterre. Cette période fut aussi marquée par de violentes guerres entre royaumes africains, dans un contexte de traite négrière.II. Les Institutions Judiciaires Précoloniales
Les institutions judiciaires précoloniales sont présentées en premier lieu pour comprendre les juridictions, leur composition et leurs procédures avant la colonisation.A. La Justice Communautaire
La doctrine historique reconnaît la primauté du groupe sur l'individu en Afrique. La famille, dirigée par son chef, constituait la cellule de base de la société. La justice précoloniale était calquée sur ce modèle social. Elle était d'une grande simplicité, régie par les coutumes, et cherchait avant tout l'apaisement et la conciliation. La maxime « un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès » était privilégiée, même en l'absence d'écrit. La justice communautaire reposait sur la famille et était administrée par des chefs, avec le roi au sommet.1. Typologie de la Justice Communautaire
Les sociétés africaines précoloniales étaient communautaires, collectives et hiérarchiques. L'individu tirait ses droits et devoirs de son groupe social. La justice était dirigée par les chefs, qui incarnaient l'autorité et se confondaient souvent avec la fonction de juge. Au sommet de la hiérarchie judiciaire se trouvait le roi ou l'empereur.- Justice des chefs : Au niveau local, les chefs de famille, de lignage ou de village arbitraient les conflits, privilégiant la conciliation et l'apaisement. Leur légitimité venait de leur statut social, de leur sagesse et de leur connaissance des coutumes.
- Justice royale ou impériale : Dans les grands empires, le roi ou l'empereur était la plus haute autorité judiciaire. Il pouvait trancher les affaires les plus graves ou agir en appel des décisions des chefs locaux.
2. Rôle des Ordalies
Malgré la volonté de conciliation, l'absence de sanctions n'était pas totale. En cas d'atteintes graves au fonctionnement de la société, des ordalies étaient utilisées comme système de preuves. Une ordalie est une épreuve physique ou rituelle dont l'issue était censée révéler la volonté divine ou la vérité, servant ainsi à établir la culpabilité ou l'innocence.B. La Justice Musulmane (Justice Cadiale)
L'avènement de l'islam a introduit un nouveau système juridique et judiciaire. La justice cadiale (ou cadi, juge musulman) s'est développée, basée sur le Coran, la Sunna et les règles islamiques. Elle complétait ou se substituait aux pratiques coutumières, surtout dans les régions fortement islamisées. Cette justice traitait des questions de statut personnel, de propriété et de contrats selon la loi islamique.III. Les Institutions Judiciaires Post-Indépendance au Sénégal
Après son accession à la souveraineté internationale, le Sénégal s'est efforcé de moderniser son organisation judiciaire afin de respecter les libertés individuelles et collectives et de se conformer aux exigences d'une démocratie moderne.A. Organisation Judiciaire Initiale
Initialement, la hiérarchie judiciaire sénégalaise comprenait une Cour suprême, une Cour d'appel, et des tribunaux de grande instance (TGI) et des justices de paix à la base.B. Réformes Judiciaires Majeures
Plusieurs réformes ont jalonné l'évolution du système judiciaire sénégalais pour s'adapter aux nouveaux besoins et améliorer l'efficacité.1. Réforme de 1984
La première grande réforme judiciaire est intervenue en 1984.- La loi n°84-19 du 2 février 1984 a fixé la nouvelle organisation judiciaire.
- Les Tribunaux régionaux ont remplacé les Tribunaux de grande instance.
- Les tribunaux départementaux ont pris la place des justices de paix.
- La loi n°84-20 du 2 février 1984 a précisé les attributions des tribunaux départementaux en matière correctionnelle.
- La loi n°84-21 du 2 février 1984 a établi le statut de la magistrature.
2. Création de la Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite (CREI)
Dès 1981, la loi n°81-54 du 10 juillet 1981 a créé la Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite (CREI) pour lutter contre l'enrichissement illicite. Cette cour, bien qu'en sommeil depuis 1981, a été réactivée en 2012 par les pouvoirs publics, dans une volonté de combattre l'impunité et la corruption.3. Réforme de 1992 et l'éclatement de la Cour Suprême
La réforme de 1992 a marqué une étape importante avec l'éclatement de la Cour suprême en trois entités distinctes :- Le Conseil constitutionnel (loi organique n°92-23 du 30 mai 1992).
- Le Conseil d'État (loi n°92-24 du 30 mai 1992).
- La Cour de cassation (loi n°92-25 du 30 mai 1992).
4. Retour de la Cour Suprême en 2008
La loi constitutionnelle n°2008-34 du 7 août 2008 a rétabli la Cour Suprême, ce qui a probablement signifié une réorganisation des fonctions précédemment dispersées entre le Conseil constitutionnel, le Conseil d'État et la Cour de cassation, bien que la nature exacte de cette réintégration ou du maintien des autres instances ne soit pas détaillée ici.5. Les Maisons de Justice, Médiation et Conciliation (1999, 2007)
Dans un souci de rapprocher la justice du justiciable, le décret n°99-1124 du 17 novembre 1999 a institué les maisons de justice, de médiation et de conciliation. Placée sous la responsabilité du Procureur de la République, ces structures visent à organiser des procédures alternatives de règlement des conflits (médiation et conciliation) pour les affaires civiles et la petite délinquance, contribuant ainsi au désengorgement des tribunaux étatiques. Suite à des dysfonctionnements identifiés en 2006, le décret n°2007-1253 du 23 octobre 2007 a modifié le précédent texte pour corriger les lacunes. Le Sénégal s'oriente désormais vers la généralisation de ces outils.6. Réorganisation Judiciaire de 2014
Avec la loi n°2014-26 du 3 novembre 2014, la nouvelle organisation judiciaire comprend :- La Cour suprême.
- Les cours d'appel.
- Les tribunaux de grande instance (TGI).
- Les tribunaux de travail.
- Les tribunaux d'instance (TI).
7. Introduction des Tribunaux et Chambres Commerciales (2017)
La loi n°2017-23 du 28 juin 2017 a instauré les tribunaux de commerce et les chambres commerciales d'appel. Cette politique vise à renforcer la protection des investisseurs, réduire les délais d'exécution des contrats, désengorger les juridictions et promouvoir les modes alternatifs de règlement des différends (médiation et conciliation), notamment avec l'adoption du décret n°2014-1653 du 24 décembre 2014.8. Juridictions Extraordinaires et Internationales
Des chambres africaines extraordinaires ont été intégrées au tribunal de grande instance hors classe de Dakar (instruction), à la Cour d'appel de Dakar (accusation, assises et appel). Ces juridictions extraordinaires, créées en accord entre l'Union Africaine et le Sénégal, sont chargées d'instruire et de juger les crimes internationaux commis au Tchad.C. Institutions Judiciaires au Plan Communautaire
Le Sénégal est également partie prenante d'institutions judiciaires régionales.1. Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA)
L'OHADA est une organisation intergouvernementale d'intégration juridique, instituée par le traité de Port-Louis (Île Maurice) le 17 octobre 1993. Créée pour remédier à l'insécurité juridique et judiciaire, considérée comme un frein aux investissements en Afrique en période de crise économique, l'OHADA a conduit à la création de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage (CCJA) dont le siège est à Abidjan.2. Institutions Judiciaires de l'UEMOA
Dans le cadre de l'intégration économique et juridique de l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), plusieurs juridictions communautaires ont été mises en place :- La Cour de justice de l'UEMOA, située à Ouagadougou (Burkina Faso).
- La Cour de justice de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest), dont le siège est à Abuja (Nigéria).
- La Cour des comptes au Sénégal : En 1999, en tant que pays membre de l'UEMOA, le Sénégal a créé la Cour des comptes, reprenant certaines attributions du Conseil d'État, sur la base de la directive n°04/99/CM/UEMOA. Cette réforme a été concrétisée par la loi organique n°99-70 du 17 février 1999 (portant création de la Cour des comptes), la loi organique n°99-73 du 17 février 1999 (statut des magistrats de cette Cour) et le décret n°99-499 du 8 juin 1999 (fixant les modalités d'application).
D. L'Importance de la Perspective Historique
L'étude de l'histoire des institutions judiciaires est cruciale. Elle permet de comprendre non seulement la nature évolutive du droit et de la justice mais aussi l'impact des différents contacts culturels et des réformes politiques. La « 3e alternance en 2024 » a conduit les autorités sénégalaises à lancer de nouvelles « assises de la justice » pour adapter le droit national aux évolutions du droit international. Cela illustre la continuité d'un processus de réforme constant, où un « recul est nécessaire à toute volonté de changer l'ordre juridique existant ». L'historien du droit, en éclairant le passé, permet de mieux anticiper et de mieux comprendre les enjeux actuels et futurs.IV. Concepts Clés et Définitions
- Institution : Structure d'origine coutumière ou légale, composée d'un ensemble de règles visant une fin collective, participant à l'organisation de la société ou de l'État. Elle peut être publique (organisation de l'État) ou privée (relations entre particuliers). Le terme vient du latin INSTITUERE, signifiant quelque chose qui dure.
- Pouvoir Judiciaire : Fonction consistant à juger, réprimer les violations du droit et trancher les contestations sur la base du droit, avec force de vérité légale. Par extension, désigne l'organe (les tribunaux) qui exerce cette fonction.
- Droit applicable : Ensemble des règles juridiques (coutume, droit musulman, droit colonial, droit moderne) régissant les litiges.
- Personnel judiciaire : Individus (chefs, rois, cadis, magistrats) investis de l'autorité pour rendre la justice.
V. Récapitulatif des Réformes Judiciaires au Sénégal
| Année / Période | Réforme ou Institution Clé | Objectif Principal | Lois / Décrets Associés |
| Avant Colonisation | Justice communautaire (chefs, rois) et justice cadiale | Conciliation, application des coutumes, loi islamique | Coutumes orales, Coran, Sunna |
| 1981 | Création de la Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite (CREI) | Lutte contre l'enrichissement illicite | Loi n°81-54 du 10 juillet 1981 |
| 1984 | Première grande réforme judiciaire | Réorganisation des tribunaux (régionaux, départementaux) | Lois n°84-19, 84-20, 84-21 du 2 février 1984 |
| 1992 | Éclatement de la Cour suprême | Création du Conseil constitutionnel, Conseil d'État, Cour de cassation | Lois organiques n°92-23, 92-24, 92-25 du 30 mai 1992 |
| 1993 | Création de l'OHADA (intégration régionale) | Harmonisation du droit des affaires, sécurité juridique | Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993 |
| 1999 | Création des Maisons de justice, médiation et conciliation | Rapprocher la justice du justiciable, désengorger les tribunaux | Décret n°99-1124 du 17 novembre 1999 |
| 1999 | Création de la Cour des comptes (UEMOA) | Contrôle des finances publiques, intégration régionale | Lois organiques n°99-70, 99-73 du 17 février 1999 ; Décret n°99-499 du 8 juin 1999 |
| 2007 | Modification des Maisons de justice | Correction des dysfonctionnements | Décret n°2007-1253 du 23 octobre 2007 |
| 2008 | Retour de la Cour suprême | Réorganisation de la plus haute juridiction | Loi constitutionnelle n°2008-34 du 7 août 2008 |
| 2012 | Réactivation de la CREI | Renforcement de la lutte contre l'impunité et l'enrichissement illicite | — (réactivation de la loi de 1981) |
| 2014 | Nouvelle organisation judiciaire | Simplification et spécialisation des juridictions (TGI, TI, CA) | Loi n°2014-26 du 3 novembre 2014 |
| 2017 | Création des tribunaux et chambres commerciales | Protection des investisseurs, réduction des délais, promotion des MARC | Loi n°2017-23 du 28 juin 2017 |
| 2024 | Assises de la justice | Lancement de nouvelles réformes judiciaires pour l'adaptation au droit international | Projets de textes en cours |
VI. Conclusion
L'évolution des institutions judiciaires en Afrique, illustrée par l'exemple du Sénégal, est un processus dynamique. Il montre une transition des systèmes coutumiers et islamiques précoloniaux vers des structures héritées de la colonisation, puis vers des réformes post-indépendance cherchant à concilier modernité, efficacité, et respect des droits fondamentaux, tout en s'inscrivant dans des cadres d'intégration juridique régionaux. La capacité à s'adapter aux contextes et aux défis (comme l'impunité, l'enrichissement illicite, l'insécurité juridique ou le désengorgement des tribunaux) est un fil conducteur de cette histoire judiciaire.Lancer un quiz
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