Évaluation Neuropsychologique : Processus et Domaines Clés
40 cartesL'évaluation neuropsychologique est un processus détaillé qui vise à comprendre le fonctionnement cognitif d'un individu. Elle comprend plusieurs étapes, de l'analyse de la demande initiale à la restitution des résultats, en passant par des entretiens cliniques et la passation de tests standardisés. Différents domaines cognitifs, tels que la mémoire, le langage, les fonctions exécutives et les gnosies visuelles, sont explorés pour identifier les forces et les faiblesses du patient. L'objectif est d'aider au diagnostic, d'orienter la prise en charge et d'améliorer la qualité de vie.
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Examen Neuropsychologique de l'Adulte : Principes, Détail des Évaluations et Protocoles
L'examen neuropsychologique de l'adulte est une démarche clinique structurée visant à évaluer de manière approfondie les fonctions cognitives et comportementales, leurs altérations et leurs répercussions sur la vie quotidienne. Il ne se limite pas à la simple passation de tests, mais intègre une analyse complexe de la demande, un entretien clinique approfondi et une interprétation contextualisée des résultats. Cet examen est crucial pour la compréhension du fonctionnement de la personne, l'aide au diagnostic, l'orientation de la prise en charge et la reconnaissance de situations de handicap invisible.Principes de l'Évaluation Neuropsychologique
L'évaluation neuropsychologique a pour but de comprendre le fonctionnement cognitif et comportemental d'une personne, en identifiant les forces et les faiblesses. Elle s'inscrit dans un processus clinique rigoureux.Pourquoi évaluer les fonctions cognitives ?
Les fonctions cognitives sont des processus mentaux interreliés qui sous-tendent la pensée et le comportement. Un trouble cognitif désigne une altération d'une ou plusieurs de ces fonctions, quelle que soit son origine (neurodéveloppementale, lésion cérébrale, maladie neurodégénérative, intoxications, épilepsie, maladies génétiques, etc.). Ces troubles ont un impact majeur sur l'autonomie et la qualité de vie, constituant souvent un handicap invisible. L'anosognosie, définie comme l'absence de conscience d'un trouble, complique parfois cette réalité. L'évaluation vise à:- Identifier les perturbations cognitives et comportementales, leur intensité et leurs conséquences quotidiennes.
- Identifier les fonctions cognitives préservées pour s'appuyer dessus dans la rééducation.
- Participer à l'élaboration du diagnostic et au suivi de l'évolution.
- Orienter la prise en charge, le projet de soins et faciliter la reconnaissance du handicap.
L'imagerie cérébrale et l'évaluation neuropsychologique sont complémentaires mais ne sont pas interchangeables.
L'évaluation neuropsychologique doit être menée par un psychologue clinicien formé en neuropsychologie, intégrant des compétences cliniques, relationnelles et éthiques. Elle n'est ni un jugement de valeur, ni une science exacte figée par des scores. L'une de ses fonctions importantes est de fournir une base pour la remédiation cognitive.
Les étapes de l'évaluation neuropsychologique
- Analyse de la demande : Comprendre qui demande l'évaluation (patient, proche, médecin, organisme assureur), et pourquoi. Le motif peut varier, allant de l'aide au diagnostic à l'évaluation des capacités au travail ou à l'orientation scolaire.
- Entretien clinique / Anamnèse : Il s'agit d'un entretien semi-dirigé mêlant questions ouvertes et fermées. Le psychologue recueille des éléments biographiques, l'historique des plaintes, des symptômes, des antécédents médicaux, et observe le fonctionnement psychologique du patient. L'objectif est d'établir une relation de confiance et de recueillir le consentement libre et éclairé (Code de déontologie des psychologues, Articles 9 et 12).
- Déroulement de l'évaluation : Elle suit une démarche hypothético-déductive. Après l'anamnèse et l'observation, le psychologue formule des hypothèses qui seront testées avec des outils d'évaluation validés.
- Choix des tests : La sélection des tests est guidée par la demande initiale et les hypothèses cliniques. Elle tient compte de la nature des informations à traiter (visuelle, auditive, kinesthésique), des fonctions cognitives sollicitées (attention, langage, mémoire, fonctions exécutives, gnosies, praxies, etc.) et des modalités de réponse attendues (graphique, orale, motrice). L'ordre de passation est adapté à la fatigabilité, à l'état émotionnel et à la motivation du patient.
- Restitution :
- Orale : Entretien avec le patient et son entourage pour présenter le profil neuropsychologique, les forces et faiblesses, leurs implications quotidiennes, et discuter des recommandations et de la prise en charge. Elle favorise l'adaptation du patient et sa perception de soi.
- Écrite : Rédaction d'un compte-rendu daté et signé, incluant la présentation du patient, la question initiale, les tests administrés et résultats, les résultats chiffrés et une conclusion synthétique. Ce compte-rendu doit être précis, clair, et mettre en avant les ressources adaptatives du patient. La transmission à des tiers est soumise au secret professionnel et à l'accord du patient.
Évaluation du Fonctionnement Cognitif Général
L'évaluation globale fournit une première indication sur le niveau de détérioration ou de fonctionnement adéquat, l'autonomie et permet de contextualiser les résultats des tests plus spécifiques. Elle utilise souvent des tests de dépistage rapides.Tests de Dépistage des Troubles Neurocognitifs (TNC)
Les Troubles Neurocognitifs (TNC) correspondent à un déclin acquis, significatif et évolutif des capacités cognitives, souvent associés à des changements comportementaux ou de personnalité. Ils se distinguent en TNC légers (déclin modeste, autonomie préservée) et TNC majeurs (déclin significatif, autonomie altérée).Quelques TNC majeurs incluent la maladie d'Alzheimer, les dégénérescences fronto-temporales, les syndromes parkinsoniens, et les troubles vasculaires.
Mini Mental State Examination (MMSE)
Développé par Folstein et al. (1975), le MMSE est un outil rapide évaluant l'orientation, la mémoire, l'attention, le calcul, le langage et les capacités visuo-constructives.
| Avantages | Limites |
|---|---|
| Dépistage des TNC majeurs | Peu sensible aux TNC légers |
| Portrait sommaire de plusieurs domaines cognitifs | Évalue peu les fonctions exécutives |
| Suivi de l'évolution dans le temps | Score influencé par l'âge, le sexe, le niveau de scolarité |
| Sensible aux démences corticales (Maladie d'Alzheimer) | Faux positifs chez les aphasiques, peu sensible aux atteintes frontales et sous-corticales |
Montreal Cognitive Assessment (MoCA)
Développé par Nasreddine et al. (2005), le MoCA dépiste les atteintes neurocognitives légères à sévères. Score maximal de 30, avec un seuil pathologique < 26/30.
| Domaines cognitifs évalués | Détail des épreuves |
|---|---|
| Visuospatial / Exécutif | TMT (flexibilité mentale), Copie de cube (capacités visuo-constructives), Horloge (planification, organisation spatiale, numérique). |
| Dénomination | Accès lexical, reconnaissance d'objets (ex: lion, rhinocéros, chameau). |
| Mémoire | Encodage et rappel différé d'informations verbales. |
| Attention | Mémoire des chiffres (mémoire de travail), Lettre "A" (concentration, attention soutenue), Soustractions (calcul mental). |
| Langage | Répétition de phrases, Fluence verbale (flexibilité cognitive, accès lexical). |
| Abstraction | Similarités (élaboration conceptuelle). |
| Rappel | Encodage, stockage et récupération spontanée. |
| Orientation | Orientation temporelle et spatiale. |
| Avantages | Limites |
|---|---|
| Dépistage des TNC légers et majeurs | Ne permet pas un diagnostic définitif |
| Portrait sommaire de plusieurs domaines cognitifs | Score global sensible à l'âge, sexe, niveau de scolarité |
| Suivi longitudinal (versions parallèles) | Faux-négatifs si niveau éducatif élevé, faux-positifs si faible |
| Évalue les fonctions exécutives |
Échelle de démence de Mattis (DRS)
Développée par Mattis (1976), cette échelle comprend 37 items répartis en 5 domaines, évaluant notamment les fonctions exécutives. Durée de 20 à 40 minutes, score maximal de 144.
| Domaines évalués | Objectif | Exemples d'épreuves |
|---|---|---|
| Attention | Maintien attentionnel, mémoire de travail | Attention auditive, empan de chiffres |
| Initiation verbale et motrice | Fonctions exécutives frontales, flexibilité, planification | Fluence verbale, initiation motrice (gestes séquentiels) |
| Construction | Capacités visuospatiales et praxiques | Copie de figures |
| Conceptualisation | Raisonnement abstrait, capacités conceptuelles | Similarités, catégorisation |
| Mémoire | Mémoire à long terme, orientation | Orientation spatio-temporelle, rappel libre, reconnaissance |
Autres tests du fonctionnement cognitif (cohorte Constances)
Dans le cadre de la cohorte Constances (grande étude épidémiologique française), d'autres tests sont utilisés spécifiquement pour les participants de 45 ans et plus:
- Trail Making Test (TMT A et B) : Mesure la vitesse de traitement, l'attention et la flexibilité mentale. Le TMT-A exige de relier des chiffres dans l'ordre (attention et vitesse), tandis que le TMT-B alterne chiffres et lettres (fonctions exécutives).
- Code de Wechsler : Évalue la vitesse de traitement de l'information, l'attention soutenue et la coordination visuo-motrice.
- Fluence verbale (phonémique et sémantique) : Mesure l'accès lexical et les fonctions exécutives. La phonémique demande de produire des mots commençant par une lettre (ex. "p"), la sémantique par une catégorie (ex. animaux).
- RL-RL (Rappel Libre – Rappel Libre) : Test de mémoire épisodique verbale, évaluant l'apprentissage, le stockage et la récupération, particulièrement sensible aux atteintes mnésiques précoces dans les troubles neurodégénératifs.
Évaluation de la Mémoire
La mémoire est composée de systèmes multiples, et sa plainte est très fréquente. Le neuropsychologue doit différencier la plainte (ce que ressent le patient) des déficits objectifs mesurés par les tests.Les systèmes de mémoire
Toute activité mnésique implique trois processus clés : encodage (dépend des réseaux fronto-pariétaux, attention et mémoire de travail), stockage (consolidation à long terme, régions temporales internes) et récupération (accès aux informations stockées, fonctions exécutives et mémoire de travail, réseaux fronto-pariétaux).
La plainte mnésique
Très fréquente (20-50% de la population), elle peut être liée au vieillissement normal, à une diminution des ressources attentionnelles (sommeil, anxiété, dépression), ou à une pathologie neurologique débutante. L'entretien clinique est essentiel pour préciser la plainte, les répercussions quotidiennes et le niveau de conscience des troubles (minimisation ou surestimation).
La plainte concerne souvent des petits ou grands événements quotidiens, des noms propres, et des difficultés d'apprentissage. Elle peut témoigner d'une atteinte de la mémoire à long terme ou de la mémoire de travail/attention.
Trouble de la mémoire de travail (MDT)
Fréquemment observé chez les cérébrolésés, en cas de maladies neurodégénératives ou de troubles neurodéveloppementaux. La plainte associée est une perte rapide d'information, des difficultés à suivre une conversation, à lire/comprendre, à faire des calculs mentaux, ou à gérer des tâches multiples.
L'évaluation classique implique des tâches d'empans (nombre d'éléments maximum rappelés correctement) :
- MDT auditivo-verbale : Empan de chiffres, séquences lettres-chiffres (WAIS-IV).
- MDT visuo-spatiale : Mémoire spatiale (blocs de Corsi, MEM-IV), mémoire visuelle (mémoire des symboles de la MEM-IV, par exemple "Addition spatiale").
Trouble de la mémoire épisodique
Les déficits sont souvent liés à des lésions de l'hippocampe, AVC, traumatismes crâniens, épilepsie temporale, ou maladies neurodégénératives.
De nombreux tests existent : CVLT, RL/RI 16, test des portes de Baddeley, 15 mots de Rey, figure complexe de Rey, RI-48, BEM 144, test de la ruche, subtests de la MEM-IV.
California Verbal Learning Test (CVLT)
Test standardisé (20-89 ans) évaluant la mémoire épisodique auditivo-verbale via deux listes de 16 mots (listes de courses). Il comprend :
- Phase d'apprentissage : Rappel libre immédiat après écoute de la "liste du lundi" (5 essais).
- Phase d'interférence : Écoute de la "liste du mardi", suivie de rappel libre.
- Rappel libre et indicé : À court terme, puis à long terme (après 20 min de tâches non-verbales).
- Reconnaissance : À long terme de la "liste du lundi".
Le CVLT permet d'analyser les caractéristiques de l'apprentissage (regroupements sémantiques, effets de récence et de primauté), les erreurs (persévérations, intrusions), et les mesures de reconnaissance. Il aide à identifier l'étape de mémorisation touchée :
- Défaut d'encodage : Absence de facilitation par les indices, déficits de reconnaissance.
- Défaut de stockage : Rappel immédiat préservé, mais rappel différé déficitaire (caractéristique de la Maladie d'Alzheimer, avec effondrement du rappel libre, aide insuffisante de l'indiçage, et faux souvenirs).
- Défaut de récupération : Rappel libre déficitaire, mais rappel indicé et reconnaissance dans la norme (caractéristique de dégénérescences fronto-temporales, pathologies vasculaires, psychiatriques, démence à corps de Lewy).
Trouble de la mémoire sémantique
Se manifeste par une difficulté à identifier des objets et des personnes, indépendamment de la modalité sensorielle. Il est caractérisé par un effet de fréquence (perte des connaissances spécifiques avant les générales) et est typique de la démence sémantique, mais aussi observable à des stades avancés de la maladie d'Alzheimer.
L'évaluation s'appuie sur des épreuves langagières (DO-80, Boston Naming Test, fluences verbales, lecture de mots irréguliers) et des batteries spécifiques comme la BECS-GRECO (Merck et al., 2011) qui explore les connaissances conceptuelles générales via la dénomination orale, le questionnaire sémantique, et l'appariement. Des tests sur les entités uniques (CELEB, GRETOP) évaluent la reconnaissance de familiarité et l'accès aux connaissances biographiques.
Évaluation de la mémoire procédurale
Rarement explorée de manière standardisée, elle est plus complexe (apprentissages moteurs/gestuels, habitudes). Les évaluations écologiques (observation dans les activités quotidiennes) sont privilégiées pour apprécier le maintien des automatismes.
Objectifs face à une plainte mnésique
L'évaluation vise à comprendre les processus qui entravent la mémorisation et à caractériser le phénotype clinique (qui, avec l'imagerie cérébrale et les biomarqueurs, aide au diagnostic). Elle cherche à :
- Identifier le(s) système(s) mnésique(s) dysfonctionnel(s).
- Préciser les processus et mécanismes altérés au sein de ces systèmes (ex: administrateur central de la MDT, encodage/stockage/récupération de la mémoire épisodique, stock sémantique).
- Évoquer les hypothèses diagnostiques et les phénotypes cliniques possibles.
- Apprécier la conscience des troubles.
- Évaluer le retentissement sur l'autonomie.
- Établir le profil neuropsychologique.
- Orienter la prise en charge (stimulation cognitive, soutien aux aidants).
Le soutien aux aidants est fondamental, car la maladie affecte profondément le quotidien et nécessite une adaptation de l'entourage.
Évaluation des Agnosies Visuelles
Une agnosie est la perte de la capacité à reconnaître un stimulus de l'environnement suite à une lésion cérébrale, malgré la préservation des systèmes sensoriels élémentaires. Les agnosies visuelles sont les plus fréquentes.Définition et types d'agnosies visuelles
Le diagnostic d'agnosie exclut un déficit sensoriel primaire, un trouble du langage ou un déficit intellectuel global. Elles peuvent concerner :
- Agnosie des objets
- Prosopagnosie (visages)
- Achromatopsie cérébrale (couleurs)
- Alexie (mots)
- Akinétopsie (mouvement)
- Topographagnosie (lieux)
- Simultanagnosie (perception simultanée de plusieurs éléments)
Aspects anatomo-fonctionnels et étiologies
Le traitement visuel repose sur deux voies corticales :
- Voie occipito-temporale (ventrale, "quoi") : Identification des objets et visages.
- Voie occipito-pariétale (dorsale, "où / comment") : Traitement spatial et visuo-moteur.
Les agnosies résultent souvent d'une atteinte cérébrale acquise (traumatisme crânien, AVC, tumeur, anoxie cérébrale, maladie neurodégénérative).
Modèle de Humphreys et Riddoch (1987) pour l'agnosie des objets
Ce modèle décrit les étapes du traitement visuel :
- Traitement sensoriel : Stimulus traité par la rétine et les aires visuelles.
- Traitement perceptif :
- Précoce : Analyse des caractéristiques visuelles élémentaires (lignes, courbes).
- Intermédiaire : Combinaison de caractéristiques pour une description structurale, segmentation figure/fond.
- Tardif : Représentation tridimensionnelle de l'objet, indépendante du point de vue.
- Traitement associatif : Comparaison de la représentation perceptive avec les pictogènes (représentations structurales stockées) pour activer le concept sémantique et le lexique phonologique.
Un déficit à une étape affecte les suivantes. Cela mène à deux formes principales d'agnosie des objets :
- Agnosie aperceptive : Incapacité à construire une représentation perceptive correcte (agnosie de la forme, intégrative, de transformation). Plus fréquente et sévère, liée aux lésions occipito-temporales bilatérales, gyri fusiformes et linguaux.
- Agnosie associative : Représentation perceptive correcte, mais incapacité à l'associer à sa signification (perte de représentations structurales, déficit d'accès sémantique, agnosie asémantique). Liée aux lésions occipito-temporo-pariétales, souvent dans l'hémisphère gauche.
Évaluation des agnosies visuelles
L'objectif est d'identifier le niveau précis du déficit. Il faut d'abord vérifier l'absence de troubles visuels élémentaires et l'intégrité du langage. Puis déterminer si le trouble est spécifique à la modalité visuelle.
- Traitements perceptifs précoces : Tâches d'appariement perceptif (formes géométriques simples).
- Traitements perceptifs intermédiaires : Tâches de discrimination figure/fond (tests des figures enchevêtrées, test de Thurstone).
- Traitements perceptifs tardifs : Tâches d'appariement d'objets sous angles inhabituels (Birmingham Object Recognition Battery - BORB).
- Représentations structurales : Décision d'objet (existe ou non), dessin de mémoire, complétion d'objet.
- Connaissances sémantiques : Tâches d'appariement fonctionnel ou catégoriel.
Des batteries standardisées existent : PEGV (Agniel, 1992), BORB (Riddoch et Humphreys, 1993), VOSP (évalue voies ventrale et dorsale).
Cas particulier : la prosopagnosie
Trouble spécifique de la reconnaissance des visages familiers. Bases neuroanatomiques : lésions occipito-temporales inférieures (gyrus fusiforme, cortex occipital inférieur, sillon temporal supérieur). Souvent liée à un AVC de l'artère cérébrale postérieure droite.
Le modèle de Bruce et Young (1986) décrit la reconnaissance des visages :
- Encodage structural : Analyse des caractéristiques physiques (globales puis fines) pour une représentation perceptive stable. L'évaluation se fait par l'estimation de l'âge/sexe, ou le Benton Facial Recognition Test.
- Unités de reconnaissance faciale (URF) : Déterminent la familiarité du visage par comparaison avec les représentations stockées. Le Cambridge Face Memory Test (Duchaine & Nakayama, 2006) évalue cette capacité de reconnaissance des visages à travers des épreuves d'apprentissage et d'identification avec différentes conditions (identiques, différentes, bruit visuel).
- Nœuds d'identité des personnes (NIP) : Activés si le visage est familier, ils donnent accès aux informations sémantiques et épisodiques sur la personne. La batterie CELEB (Busigny et al., 2014) évalue l'accès aux informations sur les célébrités (dénomination, description sémantique, désignation, questions de connaissances). Une évaluation des connaissances sémantiques par modalité non visuelle (à partir du nom) est également possible.
Évaluation du Langage et des Apraxies
L'évaluation du langage vise à déterminer l'existence et la nature d'un trouble aphasique, en explorant toutes les modalités du langage.Définition de l'aphasie et diagnostics différentiels
Une aphasie est un trouble acquis du langage, suite à une atteinte neurologique cérébrale, altérant la production et/ou la compréhension du langage (oral, écrit, lecture, écriture). Ce n'est pas un trouble intellectuel. Il est crucial d'éliminer les déficits sensoriels, les dysfonctionnements des organes phonatoires, les troubles du développement du langage ou les états confusionnels qui peuvent simuler une aphasie.
Les étiologies principales sont les AVC, tumeurs cérébrales, traumatismes crâniens, et maladies neurodégénératives (ex: aphasie primaire progressive). Les lésions concernent généralement l'hémisphère gauche.
Syndromes aphasiques classiques
La classification repose sur la fluence du discours, la compréhension et la répétition.
- Aphasie non fluente de Broca (motrice) : Lésion frontale inférieure gauche. Discours non fluent, débit ralenti, élocution laborieuse, prosodie altérée, paraphasies phonémiques, difficultés de répétition et de dénomination. Langage télégraphique. Compréhension relativement préservée pour les phrases simples, troubles de l'écriture (agraphie).
- Aphasie fluente de Wernicke (sensorielle) : Atteinte temporale postérieure gauche. Discours fluent, parfois logorrhéique mais peu informatif. Paraphasies phonémiques et sémantiques, néologismes. Compréhension sévèrement perturbée. Anosognosie fréquente.
Les outils d'évaluation standardisés sont souvent longs, utilisés en orthophonie. Avant leur utilisation, l'observation du langage spontané lors de l'entretien clinique est primordiale.
Évaluation de l'expression orale et écrite
- Expression spontanée : Observation de la fluence, richesse informative, organisation syntaxique, manque du mot, paraphasies, stratégies compensatoires.
- Praxies bucco-faciales : Détection d'apraxie bucco-faciale (ouvrir la bouche, tirer la langue, siffler).
- Automatismes verbaux : Jours de la semaine, mois de l'année, suite numérique (souvent mieux préservés que le langage volontaire).
- Répétition : De mots, pseudo-mots, phrases (analyse des omissions, substitutions, déformations phonémiques).
- Dénomination d'images : Retrouver le mot correspondant à une image (tests DO-80, BARD, BECS, LEXIS, Boston Naming Test).
- Fluences verbales : Lexicales (mots par lettre) et catégorielles (mots par catégorie).
- Écriture : Écriture spontanée, dictée, copie (formation des lettres, fluidité, erreurs, jargon écrit, micrographie).
Évaluation de la compréhension orale et de la lecture
- Compréhension orale : Tâches sans production verbale (exécuter des ordres). Tests : BDAE, Token Test, MT-86.
Token Test
Explore la compréhension syntaxique et lexicale. Le patient exécute 36 ordres de complexité croissante avec 20 jetons de différentes formes, tailles et couleurs. Extrêmement sensible aux troubles de compréhension syntaxique.
La Batterie d'Évaluation de la Compréhension Syntaxique (BCS) évalue également les structures grammaticales complexes.
- Lecture : Évaluation de la lecture à voix haute de mots réguliers, mots irréguliers, pseudo-mots, phrases et textes.
| Mots réguliers | Mots irréguliers | Pseudo-mots |
|---|---|---|
| table | femme | tolape |
| tomate | monsieur | peurbe |
| banane | oignon | latime |
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