Équilibre et rupture Méditerranée médiévale

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Cette note explore l'expansion en Méditerranée aux Xème et XIème siècles, les réseaux commerciaux, le développement urbain et les croisades, ainsi que le rôle des puissances maritimes et le commerce des esclaves.

LaMéditerranée Médiévale : Équilibre et Rupture (Xe - XIe siècles)

Contexte : Période d'expansion et de dynamiques nouvelles, marquées par des mouvements de populations et une mutation économique.

1. Le Temps de l'Expansion en Méditerranée

  • Regain d'intérêt pour la Méditerranée : Nouvelledynamique animée par des civilisations nomades (Turcs en Asie, Almoravides/Almohades en Afrique).
  • Mouvements de population :
    • Depuisle Sahara :
      • Almoravides : S'emparent de l'Espagne, se sédentarisent.
      • Almohades : Succèdent aux Almoravides.
    • Côté Europe :
      • Expansion militaire des Normands.
      • Prémices de la Reconquista et des Croisades.
  • Contexte pré-Première Croisade (1095) :
    • Attaques répétées des Turcs nomades (Seldjoukides)contre des villes musulmanes (Empire Abbasside) et byzantines.
    • Bataille de Mantzikert : Les Seldjoukides s'emparent du pouvoir byzantin et déposent l'empereur.
  • Les Fatimides :
    • Occupent l'Égypte et changent la capitale.
    • Cèdent leur pouvoir à une famille locale à condition de recevoir des taxes annuelles.
  • Évolution économique :
    • Début du XIe siècle :
      • Progrès de l'agriculture en Europe.
      • Amélioration démographique en Europe.
      • Ces éléments favorisent la reprise des activités commerciales maritimes.
    • Régions méditerranéennes bénéficiaires : Catalogne, Marseille, Bas-Rhône, Camargue, Piémont, Lombardie.
      • Importants travaux de déboisement, drainage et terrassement.
    • Exemple de Marseille : Déjà un poste important, fortement approvisionné en marchandises orientales. Activité commerciale significative avec le Maghreb, l'Espagne, la Galice.
      • Inventaire des entrepôts royaux : Huile, garum, poivre, cumin, girofles, cannelle, nard, coctus, dattes, olives, riz, piments dorés, peaux de Cordoue, papyrus.
    • Réciprocité des échanges et poids des marchandises.
    • Témoignage d'Ibn Hawqal (Xe siècle) :
      • Description de la ville portuaire de Sfax.
      • Insiste sur l'importance des établissements de crédit, des infrastructures routières et maritimes au Maghreb, en Espagne et en Sicile.
      • Souligne son intérêt pour le profit.
    • Réseaux portuaires : Rôlecapital dans la concentration des affaires et les transferts de marchandises entre les rives de la Méditerranée.
      • Mise en place d'un système d'assurance et de crédit (lettres de change, chèques) élargissant le négoce.
      • Marchés du Maghreb bien achalandés et rémunérateurs (ambre, soie, cotonnades, étoffes fines, tapis, esclaves africains, européens, grecs, métaux précieux).
      • Créances et investissements colossaux.
      • Ancdote d'Ibn Hawqal à Audaghust : Rencontre un marchand berbère avec une reconnaissance de dette de quarante-deux mille dinars.
      • Ces témoignages d'explorateurs etmarchands (observations directes) décrivent les villes portuaires, routes, marchés, prix et taxes douanières.
  • Développement des Arsenaux :
    • Égypte :
      • Réouverture des arsenaux par le premier calife omeyyade.
      • Développements amplifiés du VIIIe-IXe siècle par les maîtres autonomes.
      • Anciens arsenaux byzantins à Kulzum (remplacé par Suez) et Alexandrie.
      • Nouveaux centres navals à Rosette, Damiette, Tinnis (bouches du Nil), fortifiés contre les raids byzantins.
      • L'arsenal le plus développé par le Nil près de Fustāt (futur Caire).
    • Tunisie :
      • Le plus ancien d'Afrique du Nord (75/694), fondé sur ordre du calife umayyade Abd al-Malik b. Marwān.
      • Installation de Coptes d'Égypte pour la construction de flottes (protection des côtes de l'Ifriqiya et conquête de la Sicile).
      • Autres arsenaux à Mahdiyya, Sousse, Bougie.
    • Al-Andalus :
      • Construits au premier quart du Xe siècle par les Umayyades d'Espagne.
      • Nécessité de contrer les incursions normandes et soutenir la politique en Afrique du Nord contreles Fatimides.
      • Le plus important à Almeria. Autres à Tortosa, Denia, Almuñécar, Málaga, Gibraltar, Saltés, Santa Maria de Algarve, Silves, Alcacer do Sal, potentiellement Cadix.
    • Maroc :
      • Ceuta et Tanger (détroit de Gibraltar) pour les navires marchands.
      • Avec l'apparition des dynasties berbéro-marocaines (Almoravides, Almohades, Mérinides),ces arsenaux deviennent militaires.
      • Fournissent navires de guerre et de transport pour la liberté du Détroit et la défense de l'Espagne musulmane.
      • Autres arsenaux à Alger, Oran, Hunayn, Badis, Casablanca.
    • Sicile : Probable présence d'arsenaux à Palerme et Messine, mais documention lacunaire.

2. Les Ports Italiens et leurs Relations (avant la Croisade)

  • Cités maritimes puissantes (Pise, Venise, Gaète, Salerne, Bari, Naples, Amalfi) : Réorganisation et intensification du commerce.
  • Exemple d'Amalfi :
    • Petit port dugolfe de Salerne.
    • Établit des contacts permanents avec les émirs d'Afrique du Nord.
    • Crée les premiers réseaux de relations régulières avec le monde musulman (Maghreb à l'Égypte).
    • En s'installant en Orient, forge les premiers maillons d'un système commercial reliant la Méditerranée aux routes de l'océan Indien et de la Chine.
    • Considérée comme un prototype des républiques maritimes italiennes.
    • Avec l'expansion d'Amalfi,les villes portuaires italiennes prennent du poids et contrôlent le commerce en Méditerranée (Afrique du Nord à Alexandrie et Constantinople).
    • Deviennent des plaques tournantes du commerce maritime et terrestre, centres de rencontre pour marins, hommes d'affaires, banquiers, pèlerins, ambassadeurs.
  • L'Italie devient un pôle de rayonnement et d'enrichissement pour l'Europe médiévale.
  • Développement économique sous l'impulsion du grand commerce mondial :
    • Secteurs concernés : Épices (poivre, cannelle, cumin, sucre, muscade), produits agricoles (huile d'olive, vin, blé, fruits secs), industrie minière (or, argent, cuivre, alun, bronze, fer, poix, sel), production textile (soie, draperies, cotonnades), travail du cuir, des armes, du bois (construction navale).
    • Accroissement des modes de production et des investissements financiers.
    • Les cités marchandes occidentales s'imposent comme intermédiaires, déclassant les firmes byzantines et musulmanes.
  • Armateurs amalfitains : Rôle d'avant-garde.
    • Bénéficient d'accords privilégiéset de contrats exclusifs des Fatimides de Tunisie.
    • Contribuent à la logistique des Fatimides (transport d'armées, transfert de capitale en Égypte 968-969).
  • Post-conquête Fatimide de la façade orientale de la Méditerranée (Alexandrie, Tyr, Acre, Sayda, Tripoli) :
    • Les Fatimides permettent aux Amalfitains de profiter de leur réseau maritime.
    • Sources arabes (Minhādī, Yahya b.Saʿīd) : marins italiens bénéficient de facilités financières, parfois jusqu'à l'exonération de droits de douane et de l'accès aux caravansérails (Fondouks).
  • Importance stratégique de l'Égypte:
    • Demande urbaine élevée, population nombreuse.
    • Marchands étrangers certains d'y écouler leurs marchandises.
    • Regorge de marchandises recherchées.
    • Plaque tournante et zone de redistribution du commerce de laMer Rouge et de l'océan Indien.
  • Colonie amalfitaine au Caire sous le calife al-*Aziz (975-996) : Environ 200 marchands, sans compter ceux d'Alexandrie.
  • Citation de C. Cahen (commerce d'Amalfi) : Les Amalfitains s'intègrent et se développent plus que quiconque dans le nouvel État fatimide, avec une position commerciale excellente. Ils privilégient leurs relations avecles musulmans par rapport à Byzance (contrairement aux Vénitiens).
  • Autres figures commerciales :
    • Calife fatimide al Mansur (m. 953) : Participe au commerce international saharien.
    • Ali Moudjahid al Amiri : Trafic maritime entre l'Égypte et l'Espagne, navire signalé à Alexandrie.

3. Les Soubassements du Réveil du Commerce International

  • Développement urbain en Europe et accroissement de la production :
    • Augmentation de la demande en produits agricoles, artisanaux, miniers.
    • Nouvelles agglomérations en France du Nord-Est, Italiedu Nord, Belgique, Pays-Bas.
    • Prospérité favorisée par les liens étroits entre débouchés commerciaux urbains et terroirs ruraux.
  • Exemple de la Flandre :
    • Étroite articulation entre l'essor de la ville et du monde rural.
    • Importations massives de laine (bergeries de prés-salés) : facteur déterminant du passage d'un artisanat textile rural féminin à un artisanat urbain et masculin.
    • Fin XIe siècle : importation de laine anglaise accentue la concentration de l'industrie drapière d'exportation dans les villes.
  • Ces changements : Effet de la dynamique urbaine et moteur pour l'expansion économique.
  • Débat historiographique : Henri Pirenne vs. Maurice Lombard
    • Henri Pirenne : Postule une rupture radicale de la vie urbaine due aux invasions barbares et au déclin des réseaux d'échanges, avant le rebondissement du XIe siècle.
      • Le réveil des grands échanges internationaux, élément essentiel du renouveau urbain, aurait stimulé la prospérité des campagnes.
      • Critique : La rupture est improbable. Il y aune continuité factuelle depuis le Xe siècle. Faiblesse de Pirenne : ignore le poids décisif de l'économie rurale sur l'essor urbain.
    • Maurice Lombard : Développement de l'Occident dûau rôle attractif de l'espace musulman (grandes métropoles consommatrices : Bagdad, Damas, Le Caire, Kairouan, Cordoue).
      • L'espace musulman : force motrice de la renaissance commerciale de l'Occident chrétien.
    • Autres auteurs (Lynn White, Cinsio Violante) : La croissance agraire et ses surplus, premier moteur de l'animation commerciale.
      • La renaissance du trafic intérieur facteur essentiel du renouveau du commerce transméditerranéen.
      • Le capital commercial initial à Barcelone, Gênes, Milan, provient des profits de l'exploitation du sol.
  • Rôle des villes italiennes et catalanes :
    • Dès le début du Moyen Âge, têtes de pont de l'animation commerciale à longue distance.
    • Des villes avec des liens spéciaux avec Byzance et le monde musulman.
    • Venise, Amalfi, Salerne, Naples, Bari : Dominent cettepremière phase de décloisonnement.
    • L'occupation des régions intérieures par les Lombards a rejeté les cités byzantines vers la mer.
    • L'emprise arabe sur la mer Tyrrhénienne (jusqu'au XIe siècle) a déplacéle commerce vers l'Est.
    • Venise développe des échanges lointains dès le IXe siècle, avec l'or musulman comme pivot.
    • Échanges vénitiens : Livrent bois, armes, esclavesau monde arabo-musulman contre or. Achètent épices à Byzance avec cet or.
    • Byzantins : Utilisent l'or pour équilibrer leur balance commerciale avec les musulmans.
    • Amalfi : Le port le plus actif, grâce à ses échanges avec l'Égypte fatimide et Byzance.
      • Milieu Xe siècle : Quartiers marchands à Constantinople, Antioche, Laodicée, Jérusalem, Alexandrie,Le Caire.
    • Catalogne :
      • Xe siècle : Afflux considérable d'or, réinvesti dans échanges intérieurs, acquisitions foncières, vente de bétail, matériel agricole, blé, vin.
      • Importations : épices, argenterie, soieries, tapis.
      • Exportations (hypothétiques, car documentation lacunaire) : esclaves, bois, armes, et la principale richesse, les hommes (soldes pourles armées catalanes en Espagne musulmane).
  • Nord de l'Europe : Les Scandinaves
    • Impulsion décisive de l'animation commerciale.
    • Conquêtes normandes: Création d'un vaste trafic maritime (Manche, Mer du Nord, îles britanniques, Baltique, espace russe).
    • Raids et pillages : Forte déthésaurisation des métaux précieux.
    • Trafic d'esclaves actif : Rouen, vallée de la Meuse, Lyon comme plaques tournantes.
    • Rôle d'intermédiaires entre Orient et Occident.
    • Découvertes archéologiques : Nombreuses monnaies coufiques (islamiques) en Islande, Écosse, Irlande, Norvège, Danemark, Suède, Finlande, Pologne, Allemagne, Russie.
    • Gros profits pour les Scandinaves,notamment grâce au commerce des esclaves.
  • XIe siècle : Extension des échanges.
    • Malgré tensions politiques/idéologiques, piraterie, guerres, le commerce reste très actif.
    • Navires marchands de plus en plus nombreux, facilitant les déplacements de pèlerins, ambassadeurs, voyageurs, négociants.
    • Permettent de s'installer et gérer des activités dans les centres portuaires (Égypte, Syrie, Maghreb, Chypre, Constantinople).
    • Confirmé par documents d'archives, traités de commerce, minutes notariales, correspondances diplomatiques, inventaires douaniers.

Une Lente Interdépendance entre Orient et Occident

I. Guerre et Commerce

  • A. Le Bois et les Arsenaux :
    • Importance pour les États arabes de défendre leur territoire → construction navale.
    • Origine du bois : Inde, Afrique orientale (commerce facilité par les vents de mousson).
    • Europe : Forte déforestation pour besoins industriels et vie courante.
    • Monde musulman : Expansion urbaine rend le bois crucial pour architecture, ornements, infrastructures.
    • Dépendance critique au bois lors des Croisades : LePape et l'Empereur byzantin tentent d'imposer un embargo.
    • Facilités pour les commerçants italiens : Quartiers garantis par l'État au Caire, à Alexandrie.
      • Conventions publiques avec concessions réciproques : l'Égypte s'engage à acheter toutes les cargaisons de bois et à ne pas les réexporter.
      • Assertion difficilement corroborée. Les Byzantins, riches en forêts, ont aussi laissé les Italiens dominer la mer, peut-être à cause dumanque de bois.
    • Flotte fatimide :
      • Après la reconquête de la Crète (961) et Chypre (962) par Nicéphore Phocas, les Fatimides doivent restaurer le prestige de la marinemusulmane.
      • Héritiers des Aghlabides avec de fortes traditions navales, se dotent d'une grande flotte grâce à de nouveaux arsenaux.
      • Luttent pour la suprématie en Méditerranée occidentale (attaquent Malte, Sardaigne, Corse, Baléares).
      • Milieu Xe siècle : Une flotte fatimide harcèle le littoral français, prend Gênes, pille la Calabre.
      • 955 : Une autre flotte attaque les côtes de l'Espagne Umayyade.
      • 909 : Unearmada fatimide, aidée par les Amalfitains, occupe l'Égypte.
      • Les Fatimides attachent une grande importance à leur marine pour les opérations byzantines et la préservation de leur royaume.
      • Calife al-Muʿizz(m. 975) : Al-Maqrīzī (m. 1442) rapporte la construction d'arsenaux à Alexandrie, Damiette, Île de Rawda, Misr al-Mais, produisant 600 navires. MauriceLombard estime 8 arsenaux fonctionnels simultanément en Égypte.
  • L'eunuque slave Djawdhar : Riche armateur Fatimide
    • Mémoires dédiées à al-Ustādh Djawdhar (ami et conseiller du calife al-Muʿizz).
    • Statut : Esclave, mais influent et fortuné.
    • Fonctions : Directeur du trésor et du Tiraz, rang prestigieux dans la hiérarchie fatimide.
    • Activité : Patron d'une société de transport maritime, relations étroites avec la Sicile (importe bois et marchandises de haut prix).
    • Gains réguliers plus importants que le revenu de ses domaines fonciers tunisiens.
    • Incertitude sur la propriété de ses bateaux. Naufrage d'un navire.
    • Basé en Tunisie, avec des commissionnaires dans les ports méditerranéens.
    • Mandataire reçoit une avance du frère du gouverneur de Sicile (100 dinars) pour frais de marchandises.
    • Loué pour son altruisme et ses aumônes généreuses à l'État fatimide.
    • Crise du bois (962-965) : Troubles en Sicile fomentés par les esclaves coupeurs de bois.
      • Paralyse les chantiers du port de Mahdiyya et les projets de flotte de guerre.
      • Djawdhar offre aux arsenaux la totalité d'une cargaison de bois commandée à des marchands italiens.
    • La pénurie atteint son paroxysme pendant les Croisades ("guerre du bois").
    • Saladin : Tentatives de remédiation, mais l'Égypte reste dépendante de l'Europe.
    • Montée en puissance des marines marchandes italiennes et catalanes (XIe siècle) : Les réseaux portuaires musulmans sont évincés.
      • Paradoxalement, acquièrent une nouvelle dynamique ens'insérant dans les réseaux de navigation commerciale longue distance Europe-Afrique-Asie.
      • Désordres liés aux Croisades et troubles de la fin de la dynastie fatimide ont des conséquences catastrophiques pour la flotte égyptienne.
  • Déclin et Conséquences de la Croisade :
    • Phénomène purement occidental : Sans rapport avec l'Orient (chrétiens, juifs, musulmans).
    • Racines : Mentalités et comportements occidentaux du XIe siècle.
    • Déclencheur : Un Pape du XIe siècle canalise la violence des barons (contre chrétiens d'Occident) vers les "infidèles"d'Orient.
    • Objectif déclaré : Reconquérir Jérusalem et créer les États latins d'Orient (des milliers de croisés sincères).
    • Résultat : Succession de défaites militaires,perte de Jérusalem, quasi-disparition des chrétiens d'Orient.
    • Profiteurs : L'Église romaine et les cités italiennes s'enrichissent.
    • Conflit économique majeur : Orient/ Occident, mais aussi entre chrétiens eux-mêmes.
    • Les Latins : Partent à la conquête des richesses de la région.
    • Objectif économique : Éliminer les commerçants arabes intermédiaires sur la route des Épices et de la Soie.
    • Claude Cahen : L'histoire des croisades est "une formidable opportunité pour porter la guerre économique en Orient."
    • Motivation initiale : Mettre fin aux désordres et protéger les biens de l'Église revendiqué.
    • Seconde menace : Les musulmans aux portes des territoires chrétiens.
    • 1074 : Pape Grégoire VII, ébranlé par la défaitebyzantine face aux Turcs (1071), appelle à une contre-attaque.

Conclusion : Intensité du Commerce en Méditerranée Médiévale

  • Commerce intense : En tempsde paix comme de guerre, les documents montrent des niveaux élevés d'activité.
  • Ni rivalités politiques, militaires, ni mesures restrictives n'ont durablement entravé le commerce.
  • Inadéquation entre faits et thèses traditionnelles :Pas de polarisation irrémédiable entre royaumes chrétiens et pays d'Islam.
  • Échanges au-delà de l'espace méditerranéen et hispano-africain.
  • Rôle des métropoles orientales : Leur dynamisme favorise l'épanouissement de l'économie de marché.
  • Extension massive des routes et circuits : Circulation des biens et des hommes à partir d'un réseau complexe (centres urbains, routes terrestres/maritimes).
  • L'Europe, le Proche-Orient, et l'Afrique subsaharienne sont liés.
  • Expansion arabe/berbère :
    • À l'Ouest du Bahr al-Rum (mer Méditerranée).
    • Fondation d'al-Andalus.
    • Diasporas musulmanes en Italie méridionale, Baléares, Septimanie.
  • Incidence décisive sur la demande en main d'œuvre servile, armes et équipements.
  • Explorateurs et commerçants :
    • Al-Mas'udi, Ibn Hawqal, Ibrâhîm b. Ya'qūb al-Isra'ili al-Tartūshi attirés par le commerce lucratif.
    • Laissent des descriptions détaillées des routes, comptoirs portuaires, marchés, prix, taxes douanières.
  • Cas d'Ibrâhîm b. Ya'qūb (espagnol) :
    • Émissaire officiel du calife omeyyade de Cordoue auprès de l'empereur Othon Ier (973).
    • Reçu à la cour impériale de Magdebourg.
    • Après sa mission, parcourt l'Europe commerçant chevaux et esclaves.
    • Ses descriptions (partiellement conservées par al-Bakri et al-Qazwini) évoquent l'Irlande, le royaume des Francs, la Pologne, Bordeaux, entre autres.
  • Prague : Foyer central du commerce avec les pays slaves.
    • Esclaves et produits de luxe dominent.
    • Marchés : point de rencontre pour marchands russes, francs, slaves, musulmans et juifs.
    • Produits orientaux etdrachmes byzantines échangés contre esclaves, étain, fourrures.
  • Mayence :
    • Découverte de dirhams frappés à Samarcande (913-914).
    • Présence d'aromates et épices orientales (poivre, gingembre, clous de girofle, nard indien, costus, galanga) prouve des liens durables entre pays slaves et Omeyyades d'Espagne,ainsi qu'une diversification des voies commerciales entre l'Europe, le Califat Abbasside et la principauté Samanide.
  • **Thèse de Maurice Lombard** (avec nuances) semble plus juste que celle de Pirenne.
  • Rôle décisif des marchands italiens (vénitiens, génois, amalfitains) : Malgré les admonestations, ils continuent leurs livraisons vers l'Afrique et l'Orient.
  • Trafic d'esclaves :
    • 750 : Le *Liber Pontificalis* rapporte que le Pape Zacharie rachète des esclaves aux marchands vénitiens pour empêcher leur vente en Afrique.
    • 870 : Le moine Bernard voit des navires à Tarente, partant vers le Maghreb, Tripoli et Alexandrie, transportant des centaines d'esclaves.
  • Hagiographies : Révèlent des informations sur le commerce (ex: Saint Élie le Jeune de Sicile).
    • Né à Enna (823), deux fois victime de l'invasion sicilienne.
    • Capturé et vendu, géré les affaires d'un marchand chrétien tunisien.
    • Récit offre des indications sur le métier de marchand à grand rayon d'action.
  • Manuels de Hisba, recueils de Fatāwī, littérature narrative arabe : Apportent des éclaircissements sur les réseaux routierset maritimes, le volume des affaires et les mécanismes commerciaux.

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