Droit Global à l'Ère Numérique

150 cartes

Synthèse sur les évolutions du droit global, de l'histoire des mondialisations aux théories contemporaines et aux approches pragmatiques, en passant par la concurrence des droits nationaux.

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Question
Quand le droit global commence-t-il, selon le texte ?
Réponse
Le droit global est considéré comme ayant débuté en 1492, avec les grandes découvertes et la colonisation du monde par l'occident.
Question
Que désignait le ius gentium à Rome ?
Réponse
Le ius gentium ou droit des Gens gérait les relations diplomatiques et politiques, comme les guerres ou les traités entre peuples.
Question
Quelle est la différence entre ius gentium et ius naturalis ?
Réponse
Le ius gentium est le droit public des peuples, tandis que le ius naturalis est un droit naturel d'origine divine ou cosmique.
Question
Qui a théorisé la notion de 'Nomos de la terre' ?
Réponse
Carl Schmitt, dans son ouvrage Le Nomos de la terre (1950), a développé cette théorie pour expliquer le nouvel ordre spatial global.
Question
Qu'est-ce que la 'Raya' de 1494 ?
Réponse
La 'Raya' est une ligne de démarcation globale établie par arbitrage du pape Alexandre VI via le traité de Tordesillas.
Question
Quels étaient les deux espaces juridiques distincts selon Carl Schmitt ?
Réponse
Il distinguait le Nomos de la terre (continent européen) et le Nomos de la mer (le reste du monde, soumis à un autre régime).
Question
Qu'est-ce qui met fin au rôle d'arbitre spirituel du Pape en Europe ?
Réponse
La réforme protestante de 1517, lancée par les 95 thèses de Luther, met fin à l'unité religieuse et à son autorité universelle.
Question
Quelle est la définition de la souveraineté selon Jean Bodin ?
Réponse
C'est la puissance perpétuelle et absolue de l'État, qui commande à tous ses sujets sans être soumis à une autorité supérieure.
Question
Qu'établissent les traités de Westphalie en 1648 ?
Réponse
Ils instaurent une société européenne composée d'États souverains coexistant, marquant la fin de l'idée d'un empire unifié.
Question
Que signifie le principe cujus regio, eius religio ?
Réponse
Ce principe signifie que chaque citoyen doit adopter la religion de son souverain, affirmant le pouvoir de l'État sur la religion.
Question
Qui a développé un droit naturel laïc ?
Réponse
Hugues Grotius a créé un droit naturel laïc fondé sur la raison pour régir les relations entre États après la division religieuse.
Question
Quel principe juridique Grotius a-t-il appliqué aux mers ?
Réponse
Le principe Mare liberum (la mer est libre), signifiant que les espaces maritimes n'appartiennent à personne et sont ouverts à tous.
Question
Quel philosophe a proposé une paix perpétuelle à trois niveaux ?
Réponse
Emmanuel Kant a proposé trois conditions : des républiques, une Société des Nations et un droit cosmopolitique de libre circulation.
Question
Qui a inventé le terme 'droit international' ?
Réponse
Jeremy Bentham a créé le concept de 'droit international' en 1789 pour désigner le droit régissant les relations entre souverains.
Question
Quel modèle de société Saint-Simon propose-t-il ?
Réponse
Il propose la société industrielle, fondée sur les réseaux, les savoirs et la libre association, administrée de manière scientifique.
Question
Qu'est-ce que le 'Conseil de Newton' de Saint-Simon ?
Réponse
Un conseil de 21 savants et artistes élus pour guider l'humanité, représentant un nouveau pouvoir spirituel scientifique.
Question
Quel principe Proudhon oppose-t-il à l'autorité ?
Réponse
Anarchiste, Proudhon fonde sa société sur la liberté et le contrat synallagmatique, où l'autorité ne doit jamais primer sur l'individu.
Question
Quelle est l'idée centrale de l'internationalisme de Marx ?
Réponse
L'union des travailleurs (prolétaires) pour prendre le pouvoir, entraînant le dépérissement des États et l'avènement d'une société communiste.
Question
À quoi s'oppose l'internationalisme libéral ?
Réponse
Il s'oppose au nationalisme, à la course aux armements et à la prédation des ressources naturelles via la colonisation.
Question
Citez deux organisations créées par les internationalistes libéraux.
Réponse
Le Comité international de la Croix-Rouge et l'Institut de droit international, tous deux visant à organiser la paix par des moyens concrets.
Question
Qui a promu le terme 'mondialisation' au début du 20e siècle ?
Réponse
Paul Otlet et Guillaume De Greef ont popularisé le terme, Otlet visant une appropriation internationale des ressources pour éviter la colonisation.
Question
Selon Georges Scelle, qu'est-ce qui nie l'existence du droit international ?
Réponse
Maintenir la notion de souveraineté des États, car pour lui, seul le droit est souverain et les États doivent y être soumis.
Question
Comment Otlet et De Greef définissent-ils le droit mondial ?
Réponse
C'est un droit universel né des liens réels (économiques, sociaux) entre les peuples, formant une société mondiale avec ses propres règles.
Question
Quel est le compromis du modèle libéral classique ?
Réponse
Il concilie la souveraineté politique de l'État (imperium) pour la sphère publique et la liberté économique du marché (dominium) pour la sphère privée.
Question
Qui a conceptualisé la 'main invisible du marché' ?
Réponse
Adam Smith a théorisé que la 'main invisible' du marché suffisait à réguler l'économie, s'opposant à l'intervention de l'État.
Question
Quels événements marquent le début de l'ère globale et numérique (1989-1992) ?
Réponse
La chute du mur de Berlin (1989), la création du World Wide Web (1989), et le Sommet de la Terre de Rio (1992).
Question
Comment la théorie néolibérale a-t-elle changé le monde ?
Réponse
Elle a promu un capitalisme mondialisé en utilisant les États pour imposer la dérégulation, le libre-échange et la libéralisation des marchés.
Question
Citez une conséquence concrète du néolibéralisme.
Réponse
La dérégulation des marchés financiers, la privatisation des services publics, ou les programmes d'ajustement structurel imposés par les banques.
Question
Quelle est une limite majeure du marché selon le texte ?
Réponse
Le marché ne peut pas régler les problèmes d'externalités négatives comme la pollution, ni corriger l'explosion des inégalités sociales.
Question
Quelle théorie contemporaine prolonge l'idée de 'Paix perpétuelle' ?
Réponse
Le constitutionnalisme global, qui vise à institutionnaliser le droit international sur le modèle d'un État mondial avec séparation des pouvoirs.
Question
Quel est l'objectif du pluralisme ordonné ?
Réponse
L'harmonisation souple entre les différents ordres juridiques (nationaux, régionaux, mondiaux) qui coexistent, sans créer un État global unifié.
Question
Que dénoncent les théories critiques contemporaines ?
Réponse
Elles dénoncent le caractère idéologique et hégémonique de la globalisation libérale, qui dissimulerait un capitalisme prédateur sous couvert d'universalisme.
Question
Quel est le principe de l'antiformalisme de l'École de Bruxelles ?
Réponse
Étudier les sources classiques du droit ainsi que les 'objets juridiques non identifiés' (OJNI) qui produisent des effets de droit.
Question
Qu'est-ce que la 'concurrence normative' ?
Réponse
Une situation où des sujets de droit choisissent, parmi plusieurs ordres juridiques, les règles qui leur sont les plus favorables.
Question
Qu'est-ce que la 'dérégulation compétitive' ?
Réponse
La compétition entre États pour rendre leur droit plus attractif (fiscalement, socialement) afin d'attirer des investissements ou entreprises.
Question
À quoi mène généralement la dérégulation compétitive ?
Réponse
À une 'course vers le bas' (race to the bottom), où les États baissent leurs exigences pour rester compétitifs, souvent au détriment des finances publiques.
Question
Qu'est-ce qu'un 'élément d'extranéité' ?
Réponse
En droit international privé, un fait ou un acte connecté à un ordre juridique étranger, qui oblige à déterminer la loi applicable.
Question
Citez un facteur de rattachement en droit international privé.
Réponse
La loi du domicile, le libre choix des parties (lex contractus), la nationalité, ou le lieu de situation de l'objet (lex loci).
Question
Qu'est-ce que le 'forum shopping' ?
Réponse
La pratique consistant à choisir la juridiction ou la loi la plus avantageuse pour ses intérêts dans un contexte de concurrence normative mondiale.
Question
Quel empire était qualifié d'empire 'où le soleil ne se couche jamais' ?
Réponse
L'empire de Charles Quint (Habsbourg) au 16ème siècle, en raison de son étendue mondiale incluant les Amériques et des possessions partout en Europe.
Question
Quelle fut la première organisation internationale créée après la Première Guerre mondiale ?
Réponse
La Société des Nations (SDN), ancêtre de l'Organisation des Nations Unies, créée pour promouvoir la paix internationale.
Question
Pourquoi Georges Scelle critique-t-il le terme 'droit international' ?
Réponse
Il le trouve inexact car les nations ne jouent qu'un rôle secondaire ; le droit naît des liens réels entre individus et groupes.
Question
Dans la parabole de Saint-Simon, qui sont les 'frelons' ?
Réponse
Les 'frelons' sont les dirigeants oisifs de l'État et du clergé, qui vivent du travail des producteurs, les 'abeilles'.
Question
Quel changement le traité de Westphalie apporte-t-il à la guerre ?
Réponse
La guerre devient un monopole des États souverains et doit être menée sous certaines conditions, comme une déclaration formelle.
Question
Qu'est-ce que le 'droit cosmopolitique' de Kant ?
Réponse
Le droit pour toute personne de circuler et commercer librement sur le globe, en tant que 'citoyen du Monde'.
Question
Quelle était la fonction de l'Office bibliographique international d'Otlet ?
Réponse
Recenser les savoirs du monde entier pour permettre aux chercheurs d'échanger leurs idées et organiser les relations internationales par le savoir.
Question
Quel est le statut de la juridiction de la Cour internationale de justice (CIJ) ?
Réponse
Sa juridiction est facultative ; elle ne peut juger un différend que si les États concernés ont accepté sa compétence.
Question
Que signifie 'l'hégémonisme' dénoncé par les théories critiques ?
Réponse
La suprématie d'un projet (capitalisme, culture occidentale) qui s'impose aux autres sous un faux prétexte d'universalisme et de droits de l'homme.
Question
Qui sont les 'déplorables consolateurs' et les 'rêveurs chimériques' ?
Réponse
Ces termes désignent l'opposition entre les réalistes (juristes, diplomates) et les idéalistes (philosophes) sur la guerre et la paix.
Question
Qu'est-ce que le mouvement 'Mundialization' ?
Réponse
Un mouvement des années 1940-50 prônant la création de villes et communes mondiales coopérant sous une loi mondiale, dépassant la souveraineté des États.
Question
Citez un traité majeur sur les droits humains des Nations Unies.
Réponse
Le Pacte international sur les droits civils et politiques (1966).
Question
Comment François Mitterrand a-t-il qualifié le nationalisme ?
Réponse
Par la célèbre formule : 'Le nationalisme, c'est la guerre'.
Question
Quelle théorie Nicolas Copernic a-t-il défendue en 1543 ?
Réponse
La théorie de l'héliocentrisme, postulant que la Terre tourne autour du Soleil et non l'inverse.
Question
Quelle expédition a réalisé le premier tour du monde ?
Réponse
L'expédition de Magellan (1519-1522), qui a apporté la preuve empirique de la rotondité du globe terrestre.
Question
Quel événement de 1453 marque la fin de l'Empire romain d'Orient ?
Réponse
La prise de Constantinople par les Ottomans, qui met fin à l'Empire byzantin.
Question
Qu'était la Respublica Christiana ?
Réponse
L'image d'une république chrétienne unifiée en Europe, où le pape exerçait un pouvoir spirituel avant la Réforme protestante.
Question
De quel titre romain dérivent 'Tsar' et 'Kaiser' ?
Réponse
Ces titres de monarques dérivent du nom de Jules César, perpétuant l'idée d'empire.
Question
Quel est l'ouvrage majeur d'Hugues Grotius ?
Réponse
Le droit de la guerre et de la paix, où il fonde un droit naturel laïc basé sur la raison.
Question
Comment Grotius définit-il son droit naturel laïc ?
Réponse
Comme un droit qui existerait même si Dieu n'existait pas ou s'il ne s'intéressait pas aux affaires humaines.
Question
Qu'était un 'corsaire' ?
Réponse
Un pirate détenant un brevet officiel (lettre de marque) d'un souverain pour attaquer les navires ennemis.
Question
Sur quelle fiction juridique reposait la colonisation ?
Réponse
Les terres étaient considérées comme libres et sans maître (terra nullius) et leurs peuples comme des 'sauvages' sans droits.
Question
Qui a initié l'idée de 'paix perpétuelle' ?
Réponse
L'Abbé de Saint-Pierre est considéré comme le fondateur de cette idée, reprise ensuite par Rousseau, Kant et Bentham.
Question
Quel était le but du Congrès de Vienne en 1814 ?
Réponse
Rétablir les souverains et les principes de l'Ancien Régime après la défaite de Napoléon.
Question
Que proposait Bentham pour assurer la paix ?
Réponse
La suppression des colonies, la liberté du commerce et une assemblée internationale émettant des avis publics sur les litiges.
Question
Que stipulait le pacte Briand-Kellogg de 1928 ?
Réponse
Il mettait la guerre d'agression hors la loi en tant qu'instrument de politique nationale.
Question
Qui est considéré comme le père du positivisme ?
Réponse
Auguste Comte, un disciple de Saint-Simon, qui a prolongé la pensée de la 'société industrielle'.
Question
Quelles sont les deux bases de société selon Proudhon ?
Réponse
Celles fondées sur la liberté (sa préférence anarchiste) et celles fondées sur l'autorité (l'État).
Question
Quelles classes s'opposent selon l'analyse de Marx ?
Réponse
La bourgeoisie (détentrice des moyens de production) et le prolétariat (les travailleurs).
Question
Quel était le but pacifiste du Comité International Olympique ?
Réponse
Permettre aux athlètes des nations de lutter pacifiquement dans le sport plutôt que sur les champs de bataille.
Question
Quelle était l'intention d'Alfred Nobel pour son prix de la paix ?
Réponse
Financer les organisations privées qui, comme les internationalistes libéraux, œuvraient concrètement pour la paix.
Question
Quelle institution a précédé la Cour internationale de Justice ?
Réponse
La Cour permanente d'arbitrage, créée en 1899 à La Haye.
Question
Quelle était l'idée centrale de Friedrich Hayek ?
Réponse
S'opposer à l'interventionnisme étatique ('ingénierie sociale') pour laisser la société et le marché évoluer librement.
Question
Quels leaders ont incarné la révolution néolibérale ?
Réponse
Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis dans les années 1980.
Question
Qui étaient les 'Chicago Boys' ?
Réponse
Des économistes néolibéraux qui ont conseillé l'administration Reagan et promu la dérégulation et le libre-échange.
Question
À quoi correspond le 'Big Bang' financier des années 80 ?
Réponse
À la dérégulation massive et rapide des marchés financiers, notamment à la City de Londres.
Question
Quel est un échec social majeur du marché ?
Réponse
Son absence de solidarité, qui cause une explosion des inégalités sociales.
Question
Quelle est la structure d'un parlement mondial selon les constitutionnalistes ?
Réponse
Un système bicaméral, avec une assemblée des États et une assemblée des peuples.
Question
Quelle réforme est proposée pour le Conseil de Sécurité de l'ONU ?
Réponse
Élargir le nombre de ses membres et supprimer le droit de véto des membres permanents.
Question
Que sont les 'théories systémiques' du droit ?
Réponse
Une vision d'une société globale fragmentée par secteurs fonctionnels (finance, santé, etc.), chacun ayant ses propres règles.
Question
Que dénonce le terme critique 'droits-de-l'hommisme' ?
Réponse
L'utilisation de la philosophie des droits de l'Homme comme une stratégie de pouvoir pour imposer un agenda politique.
Question
Que signifie l'approche du 'droit en pratique' ?
Réponse
Que le sens réel d'une norme se mesure par ses effets concrets sur le terrain, et non par son texte.
Question
Que signifie l'approche 'instrumentaliste' du droit ?
Réponse
Considérer le droit comme un outil ou un moyen utilisé par des acteurs pour atteindre des objectifs stratégiques.
Question
Comment le 'constructivisme' perçoit-il le droit ?
Réponse
Comme une réalité sociale qui se construit et se défait au fil des luttes et des désaccords.
Question
Qu'est-ce qu'un 'montage normatif' ?
Réponse
Une stratégie combinant des morceaux de droits de plusieurs pays pour créer une situation juridique particulièrement avantageuse.
Question
Quel est le but de l'indice 'Doing Business' ?
Réponse
Classer les pays selon la facilité d'y faire des affaires, servant d'outil de mesure à la concurrence normative.
Question
Comment le droit romain justifiait-il l'esclavage ?
Réponse
L'esclavage était conforme au ius gentium (droit des peuples) mais contraire au ius naturalis (droit naturel).
Question
Quelle est la principale critique de la projection de Mercator ?
Réponse
Elle déforme la taille réelle des continents, agrandissant les terres proches des pôles comme l'Europe.
Question
À quoi réfère la métaphore des 'boules de billard' ?
Réponse
Au principe de souveraineté interne, où les États sont opaques et non-transparents les uns pour les autres.
Question
Que croyait l'économiste Léon Walras ?
Réponse
Que dans une économie de concurrence parfaite, l'intervention de l'État est inutile car le marché s'autorégule.
Question
Qui était Garry Davis ?
Réponse
Un activiste 'citoyen du monde' qui a protesté à l'ONU contre l'existence des États et des nationalités après la Seconde Guerre mondiale.
Question
Que propose le 'droit politique' de Proudhon ?
Réponse
L'adhésion volontaire à des groupements locaux, régionaux et mondiaux, sur une base contractuelle et non autoritaire.
Question
Citez un autre traité majeur sur les droits humains de l'ONU.
Réponse
Le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (1966).
Question
Quelle est la fonction d'un 'facteur de rattachement' ?
Réponse
En droit international privé, il désigne la loi ou la juridiction applicable à une situation ayant un élément étranger.
Question
Comment Saint-Simon est-il devenu un théoricien social ?
Réponse
Après une carrière d'homme d'affaires, il a étudié les sciences pour développer une nouvelle organisation scientifique de la société.
Question
Quel était le statut des mers hors d'Europe selon Grotius ?
Réponse
Un espace où tous les coups sont permis (corsaires, combats navals) car n'appartenant à aucun souverain.
Question
Dans quel contexte le terme 'mondialisation' apparaît-il ?
Réponse
Vers 1900, pour décrire des liens réels (économiques, sociaux) devenus universels, dépassant les nations.
Question
Que faut-il, selon les néolibéraux, pour un marché optimal ?
Réponse
Des droits de propriété bien définis, des coûts de transaction nuls et une faible disparité de richesse entre acteurs.
Question
Pourquoi le constitutionnalisme global est-il difficile à appliquer ?
Réponse
À cause de la souveraineté des États, notamment des pays non-démocratiques et du droit de véto à l'ONU.
Question
Quelle est l'idée derrière le 'pluralisme ordonné' ?
Réponse
Une harmonisation souple entre des ordres juridiques multiples (nationaux, mondiaux) qui coexistent sans fusionner.
Question
Quelle est la conséquence pratique du néolibéralisme en droit ?
Réponse
Un 'supermarché' des droits nationaux, où les acteurs choisissent le droit le plus avantageux pour eux.
Question
Quelle contradiction le droit romain acceptait-il concernant l'esclavage ?
Réponse
L'esclavage était considéré comme conforme au ius gentium (droit des peuples), mais contraire au ius naturalis (droit naturel).
Question
Qui a prouvé empiriquement la rotondité de la Terre par un voyage ?
Réponse
Magellan, en réalisant la première circumnavigation du globe entre 1519 et 1522.
Question
Quelle représentation cartographique est devenue la référence pour la navigation ?
Réponse
La projection de Mercator, une représentation planisphérique conçue pour la navigation maritime.
Question
Quel était le contexte politique de l'œuvre de Carl Schmitt Le Nomos de la terre ?
Réponse
Nazi, il a écrit pour justifier le droit de la force et le pouvoir du Führer, bien que ses livres soient encore étudiés.
Question
Quelle expression désignait l'Europe unie sous une même foi avant la Réforme ?
Réponse
La Respublica christiana (République chrétienne), bien que cette unité fût plus une 'image mentale' qu'une réalité politique.
Question
Outre la déclaration de guerre, que devait définir un conflit selon le droit westphalien ?
Réponse
Un champ de bataille, délimitant le lieu des hostilités et les règles applicables aux combats.
Question
Selon Grotius, quelle place Dieu occupe-t-il dans le droit naturel laïc ?
Réponse
Ce droit est fondé sur la raison, comme si Dieu n'existait pas ou ne s'intéressait pas aux affaires humaines.
Question
Quel argument justifiait l'appropriation des terres non-européennes ?
Réponse
Elles étaient considérées comme terra nullius (terres sans maître) et leurs peuples comme des 'sauvages sans droits'.
Question
Qui est le premier à avoir formulé l'idée d'un projet de 'paix perpétuelle' ?
Réponse
L'abbé Irénée de Saint-Pierre, qui a popularisé le nom de cette idée au début du 18e siècle.
Question
Quel mécanisme le Congrès de Vienne (1814) a-t-il proposé pour la paix ?
Réponse
Une assemblée d'États pouvant résoudre les litiges et mobiliser une force militaire commune contre un agresseur.
Question
Quel fut le parcours de Saint-Simon avant de devenir théoricien ?
Réponse
Aristocrate devenu homme d'affaires après la Révolution, il a ensuite étudié les sciences à l'École polytechnique.
Question
Suite à sa 'parabole', de quel crime Saint-Simon fut-il accusé ?
Réponse
De complicité dans l'assassinat du duc de Berry, car son texte semblait inciter les 'abeilles' (producteurs) contre les 'frelons' (oisifs).
Question
Sur quel type de contrat Proudhon fonde-t-il la société ?
Réponse
Le contrat synallagmatique, qui garantit des relations réciproques et équilibrées sans hiérarchie ni autorité.
Question
Quel mécanisme garantit la liberté individuelle dans le système de Proudhon ?
Réponse
Le droit de rétractation, qui permet à chacun de se retirer librement d'un contrat ou d'une association.
Question
Quel parallèle historique Marx utilise-t-il pour décrire la lutte des classes moderne ?
Réponse
Il compare le rapport bourgeois-prolétaires au rapport nobles-Tiers État de la société féodale.
Question
Citez deux organisations créées par l'internationalisme libéral.
Réponse
L'Union interparlementaire et le Comité international olympique.
Question
Comment les premières organisations pacifistes internationales se finançaient-elles ?
Réponse
Grâce à des mécènes privés et au financement accordé par le Prix Nobel de la Paix.
Question
Comment Georges Scelle conçoit-il l'ordre juridique mondial ?
Réponse
Comme une pluralité d'ordres juridiques imbriqués qui se confédèrent à l'échelle mondiale sans se substituer les uns aux autres.
Question
Quelle action Garry Davis a-t-il menée pour promouvoir un gouvernement mondial ?
Réponse
En 1948, il a interrompu l'Assemblée générale de l'ONU pour protester au nom des citoyens du monde contre les nationalités.
Question
Qui est considéré comme le 'pape' de la révolution néolibérale ?
Réponse
Friedrich Hayek, qui s'opposait à l'idée de planifier la société et prônait le libre déploiement du marché.
Question
Quelle est la différence fondamentale entre imperium et dominium ?
Réponse
L'imperium est la souveraineté politique de l'État sur la sphère publique, tandis que le dominium est la propriété privée dans la sphère économique.
Question
Quels dirigeants politiques ont mené la révolution néolibérale des années 1980 ?
Réponse
Margaret Thatcher au Royaume-Uni (avec les idées de Hayek) et Ronald Reagan aux États-Unis (avec les 'Chicago Boys').
Question
Quelle méthode a permis la dérégulation des marchés financiers ?
Réponse
La méthode du 'Big Bang', consistant en une libéralisation rapide et massive des investissements et des mouvements de capitaux.
Question
Quelle limite du marché le mythe de 'l'autorégulation' ignore-t-il ?
Réponse
Le besoin de coordination, d'encadrement et de limites dans une société globale, hyper technique et spécialisée.
Question
Comment le constitutionnalisme global propose-t-il de structurer un parlement mondial ?
Réponse
Avec un système bicaméral : une Assemblée des États et une Assemblée des Peuples représentant les citoyens.
Question
Quelle solution le constitutionnalisme global envisage-t-il pour le Conseil de Sécurité ?
Réponse
Élargir le nombre de membres qui y siègent et supprimer le droit de véto des membres permanents.
Question
Quelle technique juridique caractérise le 'pluralisme ordonné' ?
Réponse
La 'marge nationale d'appréciation', qui permet une harmonisation souple en laissant une flexibilité d'interprétation aux États.
Question
Que sont les 'théories systémiques' ?
Réponse
Une approche voyant le droit se fragmenter par secteurs fonctionnels mondiaux (finance, santé, sport) avec leurs propres régulations.
Question
Que dénonce le concept de 'droits-de-l'hommisme' ?
Réponse
L'utilisation de la philosophie des droits de l'Homme comme une stratégie de pouvoir pour promouvoir une position politique hégémonique.
Question
Selon l'École de Bruxelles, comment faut-il étudier le droit ?
Réponse
En contexte ('à 360°'), en observant ses effets réels sur le terrain, au-delà des textes (approche 'antiformaliste').
Question
Que signifie l'instrumentalisme en droit ?
Réponse
Considérer le droit non comme une fin mais comme un moyen utilisé par des acteurs pour atteindre des objectifs stratégiques.
Question
Quelle est l'idée centrale du 'constructivisme' juridique ?
Réponse
Le droit n'est pas fixe ; il se construit et se défait continuellement au fil des luttes sociales et des désaccords.
Question
Qu'est-ce que le 'montage normatif' ?
Réponse
Une stratégie consistant à combiner des éléments de différents droits nationaux pour obtenir la situation juridique la plus opportune.
Question
Quel indice de la Banque Mondiale illustrait la concurrence entre les droits ?
Réponse
L'indice 'Doing Business', qui classait les pays selon la facilité à y faire des affaires, encourageant le 'forum shopping'.
Question
Quelle théorie de Copernic a bouleversé la vision du monde à la Renaissance ?
Réponse
L'héliocentrisme, l'idée que la Terre tourne autour du Soleil, et non l'inverse.
Question
Quelle est la principale caractéristique de la puissance du souverain selon Bodin ?
Réponse
Elle est absolue et perpétuelle, lui permettant de commander sans être soumis à une autorité supérieure.
Question
Dans le plan de Bentham, quelle est la fonction du 'tribunal de l'opinion publique' ?
Réponse
Il est informé par une assemblée qui émet des opinions publiques et motivées sur les litiges internationaux.
Question
À quelle structure Saint-Simon compare-t-il la société industrielle ?
Réponse
À un réseau fondé sur la circulation des savoirs et des biens, par opposition à la pyramide hiérarchique de l'État.
Question
À quoi s'oppose l'internationalisme libéral au 19e siècle ?
Réponse
Au nationalisme, à la course aux armements et à la prédation des ressources via la colonisation.
Question
Selon Paul Otlet, pourquoi la 'mondialisation' des ressources est-elle nécessaire ?
Réponse
Pour permettre leur appropriation internationale et ainsi éviter la compétition et les guerres liées à la colonisation.
Question
En quoi consistaient les 'programmes d'ajustement structurel' imposés par les banques ?
Réponse
En des aides financières conditionnées par la privatisation des services publics et la dérégulation des économies nationales.
Question
Quelle est une faiblesse majeure de la Cour Pénale Internationale ?
Réponse
Sa juridiction est limitée car elle requiert la ratification des États pour que sa compétence soit applicable.
Question
En pratique, à quoi mène la concurrence entre les droits nationaux ?
Réponse
À un 'marché global des droits nationaux', où les entreprises choisissent le système juridique le plus avantageux.
Question
Pourquoi la souveraineté de l'État est-elle une 'théorie des boules de billard' ?
Réponse
Car elle suppose que les États sont des entités opaques et autonomes, agissant indépendamment à l'intérieur de leurs frontières.
Question
Quel savant est le père du positivisme et disciple de Saint-Simon ?
Réponse
Auguste Comte, qui a poursuivi l'idée d'une société guidée par la science.
Question
Selon Léon Walras, qu'est-ce qui rend l'intervention de l'État inutile ?
Réponse
Dans une économie de concurrence parfaite, la régulation des échanges par l'offre et la demande suffit.
Question
Quels événements marquent le basculement vers 'l'ère globale et numérique' ?
Réponse
La chute du mur de Berlin (1989), l'invention du World Wide Web (1989) et le Sommet de la Terre de Rio (1992).
Question
Qu'est-ce qu'un droit 'intersectoriel' ?
Réponse
Un droit qui se développe entre des secteurs d'activité transnationaux (sport, finance), créant des ordres juridiques propres.
Question
Pourquoi, selon Otlet, le droit devient-il 'irrésistiblement universel' ?
Réponse
Parce que la vie elle-même (commerce, idées, capitaux) est devenue universelle, le droit doit nécessairement s'adapter à cette échelle.
Question
Quel effet la révolution numérique a-t-elle eu sur les frontières ?
Réponse
Elle a contribué à un environnement global où les activités et relations ne sont plus limitées par les frontières des États.

Voiciune version structurée et éditée des notes fournies, en français etrespectant les directives HTML.


Introduction au Droit à l'Ère du Numérique

Ce cours explore le droit positif à l'ère numérique, reprenant les éléments des cours oraux et du support PowerPoint. Iltraite des évolutions depuis 1492 jusqu'à nos jours, en se concentrant sur les concepts d'histoire, de mondialisation et de méthodesjuridiques.

Partie 1 : Histoire, Concept et Méthode

Le droit global trouve ses origines en 1492 avec les grandes découvertes et la colonisation.

I.Histoire des trois mondialisations

Les Romains distinguaient le droit civil pour les citoyens et le droit des Gens (ius gentium) pour les relations avec les étrangers. Ils connaissaient également le droit Naturel (ius naturalis), qu'ils pensaient d'origine divine ou cosmique.

« Là où il y a une société, là il y a du droit ».

Il existeun lien étroit entre l'état d'une société et son droit. Le droit romain s'appliquait à tous, mais son contenu différait. Par exemple, l'esclavage était conforme au ius gentium mais contraire au ius naturalis.

1. Les grandes découverteset la colonisation du monde par l'Occident en 1492 : système basé sur la souveraineté des États

a. La science et la Terre

Le droit global débute en 1492 avec la découverte du globe. Des globes terrestres existaient avantChristophe Colomb, qui a seulement apporté l'expérience de ce globe en découvrant l'Amérique. Magellan fut le premier à faire le tour du monde (1519-1522). Nicolas Copernic (Des révolutions des orbes célestes, 1543) a défendu la théorie de l'héliocentrisme (la Terre tourne autour du Soleil). Il y a donc eu des découvertes scientifiques et des expériences empiriques.

b. Carl Schmitt et l'arbitrage du Pape : création d'un « globe »

Carl Schmitt, dans son ouvrage Le Nomos de la Terre (1950), a interprété le droit moderne comme ayant un caractère global à partir de la fin du XVe siècle.

«À peine la terre se fut-elle révélée sous la forme d'un véritable globe, non plus simple pressentiment mythique, mais fait scientifique constatable et espace mesurable pratiquement, qu'apparut aussitôt un problème entièrement nouveau et jusqu'alors inconcevable : celui d'un ordre spatial international du globe terrestredans son ensemble. La nouvelle représentation globale de l'espace appelait un nouvel ordre spatial global ».

Dès 1494, la Raya (ligne de partage) fut introduite. En 1496, la ligne globale (utilisant l'hémisphère) et l'imprimerie contribuèrent à ces définitions. La projection de Mercator devint la représentation planisphérique de référence. Face à la rivalité des puissances maritimes (Portugal et Espagne), le Pape Alexandre VI proposa unarbitrage par le traité de Tordesillas (1494) pour tracer une ligne de partage.

Carl Schmitt a utilisé cet arbitrage pour justifier la création de deux régimes juridiques distincts :

  • Le Nomos de laterre : l'Europe continentale et les îles britanniques.

  • Le Nomos de la mer et les mers, les outre-mers : le reste du monde.

c. Le terme « Empire européen »

Avant leNomos de la terre, l'Europe était considérée comme une sorte d'Empire, mais cela prit fin avec la prise de Constantinople en 1453, l'Europe devenant une République Chrétienne (Respublica christiana). L'idée d'Empirepersistait avec le Saint-Empire germanique.

d. De l'empereur spirituel aux guerres de religion

Le Pape Alexandre VI, en tant que chef religieux de l'Europe occidentale, exerçait un pouvoir spirituel important, arbitrant les conflits etinitiant les croisades. Ce rôle cessa avec la Réforme Protestante en 1517 et la publication des 95 thèses de Luther. La division religieuse qui en découla mit fin à l'unité de l'Empire et de l'Église, ouvrant lavoie à la modernité mais aussi à des guerres de religion civiles et internationales.

e. Dernier empire et création de la souveraineté en Europe

  1. Histoire

    Le dernier empire, celui des Habsbourg (Charles Quint), fut lui aussi fragmenté par les guerres de religion et les revendications d'autonomie des États. Les traités de Westphalie (1648) établirent une nouvelle figure de l'Europe : une société de souverains qui coexistent. Ces souverains avaientle monopole de la guerre, sous certaines conditions (droit de la guerre, déclaration de guerre, champ de bataille). Ce modèle instaura l'équilibre européen, empêchant tout État de regagner une puissance impériale.

  2. Nouveau paradigme/concept

    Les États sont souverains et non subordonnés. La souveraineté, définie par Jean Bodin au XVIe siècle, est une puissance perpétuelle et absolue. Le souverain est maître de la religion de son État (cujusregio, eius religio). Les souverains pouvaient prendre des décisions arbitraires, sans contrainte juridique, mais étaient tenus à leurs promesses.

  3. Le principe de la souveraineté

    La société internationale est composée exclusivement d'États souverains, principe fondamental du droit international. Cela implique l'autonomie de la volonté des États :

    • Souveraineté intérieure : chaque État gère ses affaires internes (théorie des boules de billard, opaque).

    • Souveraineté extérieure: un État n'est lié que par ses engagements traités, qu'il peut dénoncer (ex: Donald Trump et l'accord de Paris).

    Jusqu'à la création du Conseil de Sécurité de l'ONU en 1945, il n'existait pas de mesures de contrainte entre les États.

f. Hugues Grotius et son apport au droit naturel / global moderne : importance de deux régimes juridiques

N.D. : Le terme « droit international » n'apparaît qu'en 1789, anciennement appelé « Droit des Gens ».

  1. Espace juridique de l'Europe continentale et de la Grande-Bretagne

    Après la Réforme, HuguesGrotius, avec son Droit de la guerre et de la paix, élabora un droit naturel laïc fondé sur la raison, reprenant le concept du ius naturalis romain pour régir les relations entre États. Ce droit est définipar Grotius comme un droit où Dieu n'existe pas ou ne s'y intéresse pas, et gouverne les souverains ayant le monopole de la force.

  2. Espace juridique des mers et outre-mers : tout le reste

    Les mersétaient soumises à un régime juridique différent : le Mare liberum (la mer est libre), également conceptualisé par Grotius. Cet espace n'était pas soumis aux règles continentales, permettant toutes les libertés (combats navals, corsaires). Les terres étaient considérées commelibres jusqu'à leur découverte et occupation par un souverain européen, et les peuples indigènes comme des sauvages sans droits. Ce droit global, se divisant en deux formes, a conduit à la colonisation, l'Europe assurant sa paix en tolérant la guerre ailleurs.

  3. Idéologie de Carl Schmitt

    Carl Schmitt parlait d'un droit public européen, dominant le monde, mais qui, selon lui, cessa d'exister lors de la Première Guerre mondiale.

g. Les projetsde paix perpétuelle

  1. Contexte

    Face à la guerre, des philosophes comme Irénée de Saint-Pierre (fondateur de l'idée), Bentham, Rousseau et Kant ontœuvré pour des projets de paix perpétuelle.

    Le Congrès de Vienne (1814) a cherché à rétablir les principes de l'Ancien Régime et à promouvoir la paix perpétuelle en proposant :

    • La création d'une assemblée d'États avec présidence tournante.

    • La compétence de cette assemblée pour résoudre les litiges par conciliation ou vote.

    • La mobilisation d'une force militaire contre les souverains menaçant la paix.

    Cette théorie est comparable au Conseil de Sécurité de l'ONU actuel.

  2. L'apport de Kant

    Kant a proposé une vision sophistiquée à trois niveaux pour la paix perpétuelle, avec trois conditions cumulatives :

    • Niveau interne : tous les États doivent être des républiques (États de droit).

    • Niveau international : les États forment une Société des Nations (ancêtre de l'ONU) et concluent un Traité de paix perpétuelle excluant un État mondial.

    • Niveau cosmopolitique ou mondial : tous les individus ont le droit de circuler et commercer librement (droits des citoyens du monde), et la suppression des colonies.

    Ces niveaux sont interdépendants : le commerce incite les États à développer leursconstitutions et à attirer des intellectuels.

  3. L'apport de Bentham

    Bentham a également proposé un plan pour la paix perpétuelle :

    • Supprimer les colonies.

    • Instaurer la liberté du commerceglobal.

    • Mettre en place une assemblée de représentants des États pour émettre des opinions publiques sur les litiges internationaux.

    • Avoir un contingent militaire pour faire respecter la paix.

h. Vers un accord commun

  1. Les deux antagonistes

    Le droit des gens moderne, prôné par les juristes et diplomates (« les déplorables consolateurs »), était réaliste, axé sur la puissance et les conquêtes (ancienne noblesse). Les projets de paix perpétuelle, défendus par les philosophes (« les rêveurs et chimériques »), étaient idéalistes, axés sur la liberté, le commerce et la paix (principe bourgeois).

    Ces deux visions se sont réconciliées pour former la société internationale (composée d'États souverains européens). Des institutions ont été créées pour la paix :

    • Congrès de Vienne (1814)

    • Société des Nations (1918)

    • Organisation des Nations Unies (1944)

    Le droit international a intégré des normes des projets de paix, comme la mise hors la loi de la guerre d'agression (pacte Briand-Kellog, Charte de l'ONU) et la liberté du commerce mondial (GATT, OMC).

  2. Du droit des Gens au droit international

    Bentham a créé le concept de droit international en 1789 pour désigner le droit établi par les souverains pour leurs relations. C'est un droit fait parles États pour les États, qui a progressivement remplacé le terme ius gentium.

i. Un modèle alternatif à la souveraineté des États : la société industrielle

  1. L'histoire de Saint-Simon

    Saint-Simon, après une carrière militaire et d'affaires, s'est tourné vers la science (dynamique des fluides) et la médecine. Il est devenu un publiciste, incitant les citoyens à interagir dans les débats publics.

  2. Le Conseil de Newton : une nouvelle conception du pouvoir

    Saint-Simon a proposé un Conseil de Newton composé de 21 membres (scientifiques, artistes) élus annuellement, qui se prononceraient sur la paix et les questions d'intérêt général. Il visait àétablir un nouveau pouvoir spirituel scientifique, où la science guiderait l'humanité, indépendant de l'État.

  3. Sa critique du régime étatique

    En 1819, Saint-Simon a publié une critique de l'artde gouverner comme nourrissant les riches (les « frelons ») aux dépens des travailleurs. Sa parabole de la mort de 3000 « hommes de génie » par opposition à la mort de 30000 dirigeants de l'État et du clergé illustrait l'inutilité de l'État post-Révolution française. Accusé de complicité d'assassinat suite à la mort du duc de Berry après la diffusion de sa parabole, il fut acquitté.

  4. Conclusion sur son modèle sociétal

    Saint-Simon a proposé un modèle de société non hiérarchique, fondé sur la circulation des savoirs, produits, richesses et la libre association. Ce modèle, appelé société industrielle, était basé sur les réseaux d'entreprises plutôt que sur la concentration du pouvoir par les États.

2. Le droit mondial à l'ère de la révolution industrielle de 1850 à 1914 : modèle sans hiérarchie

Cette période est marquée par la colonisation européenne et deux révolutions industrielles (charbon/acier, puis cheminsde fer/télégraphe/électricité).

a. Les disciples de St-Simon

Les positivistes, avec Auguste Comte comme père, ont poursuivi le mouvement saint-simonien en se concentrant sur le développement industriel et commercial. AuXIXe siècle, Joseph Proudhon, disciple de Saint-Simon et anarchiste, a proposé un modèle sociétal basé sur la liberté et l'équilibre des relations. Il a développé le droit économique (contrats entre producteurs) et le droit politique (adhésion à des groupements sans hiérarchisation), permettant à chacun de se retirer d'un contrat ou d'une association. Ses structures tendaient vers une portée mondiale.

b. Les internationalismes

Les internationalistes, poursuivant le projet de paix perpétuelle, croyaient enl'primauté du monde sur l'État.

  1. Marx : internationalisme communiste

    Marx, dirigeant l'Association Internationale des Travailleurs, visait l'union des travailleurs et la collectivisation des moyens de production pour ledépérissement des États et l'instauration d'une société communiste sans classes hiérarchiques.

  2. L'internationalisme libéral : inspiration de Proudhon

    Ce mouvement pacifique, regroupant juristes, politiques, économistes, s'opposait au nationalisme (qui légitime les guerres d'agression) et à la course aux armements. Il cherchait à créer des associations internationales pour la paix, d'abord sous forme privée (ONG), puis publique :

    • Comité international de la Croix-Rouge : aide aux blessés.

    • L'institut de droit international : développer les principes du droit international.

    • L'Union interparlementaire.

    • Le Bureau permanent de la paix (Lafontaine) : arbitrageinternational.

    • Le comité international olympique : compétition sportive pacifique.

    • L'Office bibliographique international (Lafontaine) : recense les livres pour favoriser l'échange de savoir.

    • Prix Nobel de la paix : finance ces organisations.

  3. Tendance vers une mondialisation

    Le mot mondialisation apparaît vers 1900. Des personnalités comme Coubertin, De Greef et Otlet ont contribué à cette notion, voyant une ère de mondialité pour s'approprier les ressources internationalement et éviter la colonisation. C'est l'émergence de l'idée de « biens communs de l'humanité ».

    Les internationalistes libéraux s'opposaient au droitinternational classique fondé sur la souveraineté. Ils prônaient :

    • La soumission des États à un droit supranational.

    • La réduction du commerce des armes.

    • La procédure d'arbitrage pour les conflits.

    • La création d'une Société des Nations.

    • La mise en commun des ressources naturelles.

c. Naissance du droit mondial

  1. Contexte

    Georges Scelle a critiqué la souveraineté, affirmant que seul le droit est souverain et que la notion de souveraineté nie l'existence du droit international. Il partageait l'idée d'Otlet qu'il ne peut y avoir de paix durable tant que les relations internationales sont soumises à la souveraineté, et que le terme « droit international » est inexact.

  2. L'apport de De Greef et Otlet

    De Greef, premier sociologue belge, a défini le droit mondial comme le résultat des liensréels entre les peuples via la circulation économique et les faits de la vie sociale, menant à une nouvelle conception de la collectivité.

    Pour Otlet, le droit devient universel parce que la vie elle-même est devenue universelle. Il remplace le droit international par «droit des gens » ou « droit intersocial unifié », dont les sujets sont tous les êtres humains (prolongeant l'idée de Kant).

    « Les liens réels créés entre les peuples par le développement de la circulation économique et qui se sont étendus àtoute la série des faits plus complexes et plus spéciaux de la vie sociale, qui donneront nécessairement naissance à un nouveau droit international et à une nouvelle conception des frontières entre collectivités » et aboutiront à « la constitution de la société mondiale où se réalisera la plus grande paix possible dans la plus grande société possible » (G. De Greef, La structure générale des sociétés, 1908).

    « La vie elle-même étant devenue universelle, le droit qui n'est que le vêtement juridique de tous les rapports à régler entre les hommes, estdevenu irrésistiblement universel lui-même. Comment des dispositions nationales, arrêtées autrefois pour régler de modestes affaires locales pourraient-elles suffire aux immenses tractations qui aujourd'hui, de pays en pays, de continent en continent, font circuler hommes, capitaux, produits et œuvres de l'esprit ? » (P. Otlet, Monde. Essai d'universalisme, 1935).

  3. L'apport de Georges Scelle

    Georges Scelle a expliqué que l'ordre juridique global estcomposé d'une pluralité d'ordres imbriqués. Le développement des moyens de communication mène à la création de multiples organisations locales, inévitablement mondiales. Une société mondiale crée son propre droit, et les collectivités intersociales créent leurs propres normes pour fonctionner. Ces sociétés, intégréesau niveau mondial, se confédèrent dans un ordre juridique global qui les englobe sans s'y substituer. Cette extension est due à la solidarité et à la spécialisation du travail.

d. Échec du pacifisme

Le pacifisme n'a pas empêché la Première Guerre mondiale. Après la Seconde Guerre mondiale, un regain de pacifisme a émergé avec l'idée d'une confédération mondiale. Des actions comme celle de Davis et Sarrazac à l'ONU ont protesté contre l'existence des États et desnationalités, appelant à la création de villes et communes du monde sous une charte de la mondialisation pour une coopération et une loi mondiale. Cependant, le modèle international public moderne a prédominé.

e. Les constructions institutionnelles du projet

  • La Société des Nations, puis l'Organisation des Nations Unies, n'est pas supranationale mais internationale. Son fonctionnement est souvent ralenti par la nécessité d'accords unanimes, les États restant souverains.

  • La Cour permanente d'arbitrage (1899),devenue la Cour internationale de justice (1946) à La Haye, offre des arbitrages. Cependant, la juridiction n'est pas obligatoire.

  • Des textes internationaux existent (DUDH, pactes sur les droits civils, politiques, sociaux, culturels), mais leur portéeest limitée par les réserves des États.

  • La multiplication des organisations internationales intergouvernementales n'entraîne pas nécessairement la mise en commun des ressources.

f. Le modèle libéral

C'est un compromis entre la souveraineté politique (l'État gère la vie publique) et la liberté civile économique (le marché gère la vie civile par l'autonomie de la volonté). Il est entre le modèle anarchiste (pour le privé) et le modèle classique (pour le public).

Léon Walras a théorisé que dans une économie de concurrence parfaite, la régulation par l'offre et la demande éviterait l'intervention de l'État. La main invisible du marché (Adam Smith) suffirait, créant une frontière entre privé et public. Les États,en guerre, ne devraient pas toucher aux biens privés des entreprises.

Ce modèle a été promu par l'école libérale européenne de Hayek, qui s'opposait aux ingénieurs sociaux. Hayek pensait qu'il fallait laisser la société évoluer librement,sans intervention étatique, permettant le développement du marché mondial. Le marché a ses propres règles juridiques (contrats), et en cas de violation, c'est le juge qui intervient, pas le gouvernement.

3. L'ère globale et numérique de 1989 à nos jours

a. Contexte

La chute du mur de Berlin en 1989 a marqué la fin de la Guerre Froide, établissant l'économie de marché et la démocratie comme modèles dominants (création de l'OMC en 1994). Le World Wide Web a été développé la même année. En 1992, le Sommet de la Terre de Rio a soulevé les préoccupations mondiales sur le climat et la protection de la nature.

b. Théories actuelles du droit global

Théories anciennes

Paix perpétuelle

Modèle pluraliste ou anarchiste (Proudhon, St-Simon, Scelle)

Modèle libéral

Modèle marxiste et anarchiste

Théories contemporaines

Constitutionalisme global

Pluralisme ordonné

Modèle néolibéral

Théorie critique et théories du Sud Global

  1. Le modèle libéral La théorie néolibérale

    Le modèle néolibéral prédit un « Big Bang » où l'économie de marché capitaliste dominera le monde. Il prône la liberté d'échanges mondiaux, considérantle droit comme un problème plutôt qu'une solution. Après la chute du Mur de Berlin, une révolution néolibérale a émergé au Royaume-Uni (Thatcher, Hayek) et aux USA (Reagan, Chicago Boys), infiltrant les organisations internationales. Ses conséquences globales incluent :

    • La dérégulation des marchés financiers par la « Big bang » (libération des investissements directs et capitaux).

    • Le libre-échange international via l'OMC et les traités bilatéraux/régionaux.

    • Les programmes d'ajustement structurel conditionnés par la privatisation et dérégulation.

    Quelle que soit la distribution initiale des droits de propriété, le libre jeu des transactions va tendre naturellement à l'allocation optimale des ressources, à condition que :
    1° lesdroits soient bien définis au départ
    2° le coût des transactions tende vers 0.
    3° il n'y ait pas de trop forte disparité de richesses entre les acteurs.

    Cependant, le marché a des limites :

    • Le besoin d'encadrement (organisation, régime de concurrence, sanctions) qui n'existe pas au niveau international.

    • L'absence de solidarité, augmentant les inégalités (théorie Marxiste).

    • L'incapacité àréguler les externalités négatives (pollution).

    • Le mythe du marché « autorégulateur ».

    • Le besoin de coordination dans une société globale hyperspécialisée.

    • Les risques d'abus de pouvoir par les acteurs dominants.

    Conséquences pratiques sur le droit global : la concurrence globale et le supermarché des droits nationaux (course vers le bas), ainsi que le recours à des mécanismes de marché pour résoudre des problèmes non marchands (ex: lutte contre le dérèglementclimatique).

  2. Théorie de la Paix perpétuelle Le constitutionalisme global

    Cette théorie vise l'institutionnalisation du droit international par la création d'organisations où les États discutent (SDN, ONU), cherchant un État mondial basé sur la séparation des pouvoirs :

    • Législatif : un parlement bicaméral (Assemblée générale des États + Assemblée des Peuples par représentation). Remise en question due aux pays non démocratiques.

    • Exécutif : le Conseil de Sécurité, avec les problèmes du droit de veto des membres permanents. Il devrait veiller au maintien de la paix et à la coordination économique et technique.

    • Judiciaire : la Cour internationale de justice (facultative), la Cour pénale internationale (nécessite ratification), et uneCour universelle des droits de l'homme.

  3. Modèle Pluraliste Le pluralisme ordonné

    Ce concept propose une pluralité d'ordres juridiques s'organisant à différents niveaux. Il vise uneharmonisation souple et progressive entre les ordres juridiques mondiaux (nationaux, régionaux, organisations internationales), en utilisant des techniques comme la marge nationale d'appréciation (ex: CEDH). Les théories systémiques, une sous-catégorie, envisagent une société globale fragmentée par secteurs (normes et techniques propres à chaque secteur), créant un droit intersectoriel public ou privé (ex: problème de l'accès aux médicaments pour le SIDA en Afrique du Sud).

  4. Modèle Marxiste et anarchique Les théories critiques et les théories du Sud

    Ces théories rejettent la domination capitaliste mondiale, encourageant les luttes locales contre l'exploitation. Elles dénoncent le caractère idéologique de la globalisation libérale, qui dissimule et légitime le capitalisme prédateur et hégémonique. Elles critiquent larhétorique de la globalisation basée sur l'universalisme, les droits de l'hommisme (stratégie politique utilisant la philosophie des droits de l'homme) et le procéduralisme (lien politique au droit), ainsi que le rule of law.

c. Les approches pragmatiques du droit

Les approches pragmatiques du droit étudient le droit comme un praticien pour en déduire les problèmes et limites. Elles utilisent des études de cas pour comprendre l'état du droit global (selon l'Écolede Bruxelles) :

  • Le droit en pratique : le droit positif est celui appliqué sur le terrain. Le sens d'une règle est déterminé par ses effets réels.

  • L'antiformalisme : inclut non seulement les sources classiques du droit mais aussi les objetsjuridiques non identifiés (OJNI) qui produisent des effets.

  • Le droit en contexte : étudier le droit à partir de cas pratiques, en tenant compte des aspects juridiques, économiques, sociaux et technologiques, à la manière de la Common Law.

  • Instrumentalisme : le droit est un moyen d'atteindre des buts. Il faut comprendre les stratégies des acteurs et faire de l'ingénierie juridique pour le fonctionnement de la société.

  • Constructivisme : le droit se construit à travers les désaccords et les luttes juridiques.

d. Conclusion du chapitre

La mondialisation n'est pas seulement un changement d'échelle des règles, mais un changement du type de normes. Il faut étudier les normes et dispositifs qui existent dans un environnement :

  • Non souverain.

  • Global (activités et relations non limitées par les frontières étatiques).

  • En lien avec la révolution technologique du numérique.

Partie 2 : La concurrence des droits nationaux et la course vers le bas

Comment la globalisation contemporaine a-t-elle affecté les droits nationaux ?

I. Définitions

La concurrence normative est une situation où les sujets de droit choisissent parmi plusieurs ordres juridiques ou régimes normatifs les règles qui leur sont applicables (généralement ou pour une opération spécifique).

  • Exemple : Amazon choisissant entre le Luxembourg, la France et la Belgique pour son implantation en fonction des avantages juridiques et économiques offerts (impôts réduits en Irlande, niche pour les entreprises pharmaceutiques en Belgique). Les États cherchent à attirerles entreprises, conduisant à une dérégulation compétitive.

La dérégulation compétitive est la compétition entre États, au niveau global ou régional, pour rendre leur droit plus favorable que celui des autres afin d'attirer des sujets dedroit, des biens ou des opérations sur leur territoire. Cela mène à une course vers le bas, où les États réduisent leurs exigences pour être plus attractifs, favorisant le forum shopping des acteurs globaux.

II. Le droit international privé

1. Notion

Dans les affaires comportant un élément d'extranéité, le droit international privé détermine la loi applicable et la juridiction compétente. Il utilise la théorie des facteurs de rattachement (loi du domicile, choix des parties comme la lex contractus, ou lex loci selon l'objet juridique). Cela peut conduire à un montage normatif, combinant des règles de différents États pour optimiser une situation juridique.

2. Conséquences

La globalisation permet de jouer sur les facteurs de rattachement pour choisir le droit applicable, créant un marché global des droits nationaux. Des études, comme l'indice Doing Business, classent les pays selon leur attractivité réglementaire.

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