Droit constitutionnel : définition et origines
20 cartesCe cours introduit le droit constitutionnel, explorant ses doubles significations, ses origines historiques récentes en tant que discipline académique, et la nature ancienne du phénomène constitutionnel.
20 cartes
Qu'est-ce que la hiérarchie des normes ?
Structure pyramidale de l'ordre juridique où chaque norme doit respecter la norme supérieure, avec la constitution au sommet.
Quel est l'objet principal de la constitution moderne ?
Encadrer le pouvoir politique par le droit — reconnaître sa légitimité et le limiter par des mécanismes comme la séparation des pouvoirs et la garantie des droits.
Qu'est-ce que le bloc de constitutionnalité ?
Ensemble des textes à valeur constitutionnelle, incluant le texte de 1958, son préambule et les textes auxquels il renvoie, construit par le Conseil constitutionnel.
Quels sont les trois éléments qui composent généralement une constitution ?
Un texte constitutionnel strict, un préambule et une déclaration des droits de l'homme.
Comment définit-on la constitution au sens formel ?
Résultat d'une procédure d'adoption et de révision spécifique, définie par l'« enveloppe » (contenant) et les règles de modification.
Qu'est-ce que le constitutionnalisme ?
Courant de pensée selon lequel une constitution doit encadrer le pouvoir politique au lieu de se contenter de le décrire.
Comment peut-on comprendre l'expression "droit constitutionnel"?
Sous deux angles : comme discipline académique (branche du droit public) ou comme ensemble de normes juridiques (corpus juridique).
Qu'est-ce qu'une Déclaration des Droits de l'Homme ?
Texte solennel exposant les droits et libertés que les hommes tiennent de la nature, des lois naturelles ou de la dignité humaine, contraignant le droit positif à les protéger.
Qu'est-ce que le contrôle de constitutionnalité ?
Mécanisme juridictionnel vérifiant la conformité des actes (lois) à la constitution, assuré par la justice constitutionnelle.
En tant que discipline académique, que représente le droit constitutionnel ?
Une branche du droit public, objet d’enseignement et de recherche universitaire, tout comme le droit civil ou le droit international public.
En tant que corpus juridique, qu'est-ce que le droit constitutionnel ?
Un ensemble de règles de droit (corpus juridique) dont l’objet est l’organisation et le fonctionnement du pouvoir politique dans l’État.
Quel est l'un des fondements du droit constitutionnel ?
L'organisation et le fonctionnement du pouvoir politique dans l'État.
À quelle date l'enseignement du droit constitutionnel a-t-il été créé en France et par qui ?
Créé le 22 août 1834 par le ministre François Guizot, sous la monarchie de juillet, à l'université de Paris.
Quelle est la première fonction de la constitution en lien avec le pouvoir politique ?
Reconnaître le pouvoir politique en identifiant le pouvoir légitime dans l'État, en déterminant sa nature, son étendue et sa légitimité.
Quel est l'apport majeur de Hans Kelsen à la définition de la constitution ?
Il a théorisé la constitution comme norme suprême fondant la hiérarchie des normes, et proposé une juridiction spéciale (justice constitutionnelle) pour la garantir.
Quand le phénomène constitutionnel est-il apparu ?
Très ancien : des prémices existaient dès le XIIIe siècle avec les lois fondamentales du royaume, puis renforcé par les révolutions américaine (1787) et française (1791).
Quelle est la distinction entre le droit constitutionnel et la science du droit constitutionnel ?
Le droit constitutionnel est le corpus juridique (objet), tandis que la science du droit constitutionnel est le discours ou l'étude des catégories doctrinales qui permettent de l'analyser.
Comment la constitution assure-t-elle la reconnaissance du pouvoir politique par le droit ?
En posant des règles et procédures que le pouvoir doit respecter pour être légitime ; tout pouvoir hors de ce cadre est illégitime.
En quoi la constitution est-elle un texte contraignant pour les gouvernants ?
Elle contient des normes juridiques (obligations, interdictions, permissions) qui encadrent les actions des gouvernants et sont juridiquement opposables.
Qu'est-ce qu'un préambule de constitution ?
Un texte introductif placé en tête de la constitution, souvent grandiloquent, contenant des rappels historiques et des déclarations de droits.
Fiche de révision
Définition et origines du Droit Constitutionnel
Le droit constitutionnel est une notion à double facette, désignant à la fois une discipline académique enseignée dans les universités et un ensemble de normes juridiques spécifiques qui régissent l'organisation et le fonctionnement du pouvoir politique au sein d'un État.
Le Droit Constitutionnel comme Discipline Académique
En tant que discipline académique, le droit constitutionnel est une branche du droit public, dédiée à l'étude de l'État et de ses institutions. Il est enseigné et fait l'objet de recherches, se distinguant de la science politique par son approche spécifiquement juridique du pouvoir.
Le Droit Constitutionnel comme Ensemble de Normes Juridiques
Dans cette acception, le droit constitutionnel est un corpus juridique dont l'objet est d'organiser le fonctionnement du pouvoir politique étatique et de déterminer les règles découlant de la constitution. Il s'intéresse donc aux mécanismes de l'État dans le cadre des règles particulières définies par la Constitution.
- Corpus juridique/kɔʁpys ʒyʁidik/locution nominale
Ensemble structuré et cohérent de règles et de normes juridiques propres à un domaine spécifique du droit.
- « Le corpus juridique du droit constitutionnel comprend la Constitution, les lois organiques et les décisions du Conseil constitutionnel. »
Origines de l'Enseignement et du Phénomène Constitutionnel
Si l'enseignement du droit constitutionnel est relativement récent, le phénomène constitutionnel est, lui, très ancien. En France, la première Constitution de 1791, issue de la Révolution française, marqua la fin de l'Ancien Régime et l'affirmation d'un pouvoir royal encadré par la loi. Cependant, ce n'est qu'en 1834, sous la Monarchie de Juillet, que le premier cours de droit constitutionnel fut créé à l'Université de Paris par François Guizot, initialement avec une visée idéologique de célébration de la Charte de 1830.
Bien avant l'ère des constitutions écrites modernes, des notions pré-constitutionnelles existaient. Sous l'Ancien Régime, les lois fondamentales du royaume régissaient notamment la succession au trône, comme l'hérédité et la primogéniture mâle, assurant une continuité constitutionnelle. Dans la Grèce antique, la politeia désignait la description de l'organisation politique de la cité.
- Lois fondamentales du royaume/lwa fɔ̃damɑ̃tal dy ʁwajom/locution nominale féminine
Ensemble de règles coutumières et non écrites qui, sous l'Ancien Régime français, régissaient la dévolution de la Couronne et le statut du royaume, se posant comme un embryon de Constitution.
- « La loi salique, déterminant la succession par les mâles, était une des lois fondamentales du royaume. »
- Politeia/pɔliteja/nom féminin
Terme grec ancien désignant la constitution d'une cité, son organisation politique et la manière dont elle est gouvernée. Il s'agissait alors plus d'une description que d'un encadrement normatif du pouvoir.
- « Les écrits d'Aristote sur la politeia d'Athènes décrivaient sa structure gouvernementale. »
La Distinction entre Droit Constitutionnel et Science du Droit Constitutionnel
Il est essentiel de distinguer le droit constitutionnel, en tant que corpus juridique, de la science du droit constitutionnel. Cette dernière désigne l'étude des catégories et concepts élaborés par les juristes et la doctrine pour analyser le droit constitutionnel, même si ces concepts ne figurent pas explicitement dans la constitution. Un exemple frappant est la hiérarchie des normes conceptualisée par Hans Kelsen avec sa pyramide, ou la création doctrinale du bloc de constitutionnalité en France.
- Science du droit constitutionnel/sjɑ̃s dy dʁwa kɔ̃stitysjɔnɛl/locution nominale féminine
Discipline qui étudie le droit constitutionnel comme un objet, en élaborant des catégories et des concepts (souvent issus de la doctrine juridique) pour en analyser le fonctionnement et la portée.
- « La science du droit constitutionnel s'intéresse à l'interprétation des textes constitutionnels et à l'évolution des pratiques institutionnelles. »
- Hiérarchie des normes/jeʁaʁʃi de nɔʁm/locution nominale féminine
Concept théorisé par Hans Kelsen, selon lequel les normes juridiques d'un système national sont organisées de manière pyramidale, la norme supérieure l'emportant sur l'inférieure. La Constitution est au sommet de cette hiérarchie.
- « La hiérarchie des normes implique qu'une loi ne peut être valide si elle contredit la Constitution. »
- Bloc de constitutionnalité/blɔk də kɔ̃stitysjɔnalite/locution nominale masculine
Ensemble des normes de valeur constitutionnelle que le Conseil constitutionnel utilise comme référence pour juger de la conformité des lois. Il comprend la Constitution elle-même, le Préambule, la DDHC de 1789 et le Préambule de la Constitution de 1946, ainsi que la Charte de l'environnement.
- « Le respect du bloc de constitutionnalité est garanti par le contrôle de constitutionnalité des lois. »
Caractéristiques et objectifs de la Constitution
Le droit constitutionnel comme discipline juridique
Le droit constitutionnel se distingue nettement de la science politique et de la sociologie par sa démarche juridique. Lorsqu'un constitutionnaliste étudie une figure politique comme Macron ou De Gaulle, il n'analyse pas leur personnalité ou leur influence sociale, mais plutôt leur fonction telle que créée et encadrée par la constitution. Le juriste examine les compétences que le texte constitutionnel confère, la pratique constitutionnelle qui s'en est dégagée, et la conformité des actes aux normes établies. Cette approche rigoureuse du droit constitutionnel comme corpus de règles contraignantes le rapproche du droit civil ou du droit administratif : c'est une branche du droit public, applicable territorialement à l'État et fondée sur le raisonnement juridique, non sur l'observation sociologique.
La double fonction de la constitution moderne
La constitution moderne remplit deux objectifs fondamentaux, tous deux issus du mouvement du constitutionnalisme au XVIIIe siècle. D'abord, elle reconnaît le pouvoir politique en le légitimant : l'exercice du pouvoir n'est légitime que s'il respecte les formes et procédures établies par la constitution. Un pouvoir qui s'imposerait en dehors de ce cadre ne jouirait pas de légitimité constitutionnelle. Ensuite, elle encadre ce pouvoir par le droit, en le limitant par des mécanismes tels que la séparation des pouvoirs et la garantie des droits énoncée à l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Cette double fonction — légitimation et limitation — fait la spécificité de la constitution dite moderne par rapport aux simples descriptions du système politique que proposaient les constitutions antiques, comme la Politeia grecque.
Le constitutionnalisme et ses fondements philosophiques
Le constitutionnalisme est un courant de pensée fondé sur deux principes complémentaires issus de la philosophie libérale. Le premier principe affirme que l'individu prime sur la société : chaque être humain dispose de droits inviolables et sacrés issus du droit naturel et de sa dignité inhérente, droits que la société ne peut lui ôter. Le second principe, né de la crainte du pouvoir arbitraire, postule que l'État doit être limité pour préserver ces droits individuels. La constitution devient ainsi l'instrument principal de cette limitation : elle énonce les compétences que chaque organe peut exercer et fixe les droits que les gouvernants ne peuvent violer. Cette conception est radicalement nouvelle au XVIIIe siècle et distingue le constitutionnalisme moderne des anciens régimes où le pouvoir monarchique restait sans bornes juridiques.
La séparation des pouvoirs selon Montesquieu
Montesquieu formule dans L'Esprit des lois le principe fondamental que dans un gouvernement modéré, le pouvoir doit se répartir entre trois fonctions distinctes : le pouvoir législatif (qui vote les lois), le pouvoir exécutif (qui les applique) et le pouvoir judiciaire (qui tranche les litiges). La règle essentielle est que ces trois pouvoirs ne doivent pas être exercés par le même organe. Cette séparation des pouvoirs prévient la concentration du pouvoir en une seule main et crée des mécanismes de contrepoids : chaque pouvoir peut s'opposer aux abus des autres. Concrètement, la constitution détermine les compétences de chaque organe (par exemple, l'article 10 de la Constitution française confère au président le pouvoir de promulguer les lois ; l'article 12 lui permet de dissoudre l'assemblée nationale), transformant ainsi le pouvoir brut en exercice encadré et justiciable du droit.
La constitution comme texte contraignant
La conception moderne de la constitution suppose qu'elle n'est pas un simple document descriptif, mais un texte contraignant pour les gouvernants. Elle énonce des normes juridiques — c'est-à-dire des orientations de faire, de ne pas faire, ou d'être autorisé à faire — qui produisent des effets de droit et influencent le comportement des organes d'État. Historiquement, cette conception s'est imposée progressivement : sous la Troisième République, par exemple, la constitution était largement inappliquée, et la pratique constitutionnelle pouvait en violer les dispositions (tel le rôle du président du Conseil, qui n'y était pas mentionné). Mais aujourd'hui, la constitution est reconnue comme normatif : tout acte gouvernemental qui la violerait serait illégal et annulable.
La hiérarchie des normes selon Kelsen
Le juriste autrichien Hans Kelsen (1881-1973) a apporté une contribution décisive en proposant une théorie de la hiérarchie des normes qui fonde l'ordre juridique d'un État. Selon Kelsen, la constitution est la norme suprême de cet ordre : toutes les autres normes (lois ordinaires, décrets, actes administratifs) doivent être adoptées selon la procédure prévue par la constitution et doivent respecter son contenu pour être valides. La constitution est ainsi le fondement juridique de l'État, car elle légitime chaque norme inférieure et détermine les conditions de leur création. Cette théorie implique que la constitution elle-même a besoin de protection : il faut un organe spécialisé — une juridiction constitutionnelle — capable de contrôler si les actes juridiques majeurs respectent la constitution. C'est le contrôle de constitutionnalité, exercé par la justice constitutionnelle, qui garantit le respect de la norme suprême et préserve l'intégrité de l'ordre juridique.
Composition et Approches de la Constitution
Une constitution comporte généralement trois éléments fondamentaux : un texte constitutionnel strict, un préambule et une déclaration des droits de l'homme. La nature écrite de ces textes, bien qu'évidente aujourd'hui, fut une innovation majeure avec l'avènement du constitutionnalisme, visant à lutter contre l'arbitraire du pouvoir politique en apportant clarté et précision.
Le texte constitutionnel strict
Le texte constitutionnel est généralement un texte écrit, composé d'une suite d'articles regroupés par thèmes. Il définit les organes de l'État et leurs compétences, comme la Constitution française de 1958 avec ses 107 articles, qui identifient par exemple les fonctions du Président de la République.
Le préambule et la déclaration des droits de l'homme
- Préambule de la constitution/pre.ɑ̃.byl də la kɔ̃s.ti.ty.sjɔ̃/locution nominale
Texte introductif solennel placé en tête de la constitution, il peut rappeler des éléments historiques importants ou exprimer la volonté du peuple. Son statut juridique a évolué, le Conseil Constitutionnel français lui reconnaissant désormais une valeur juridique égale à celle de la constitution elle-même.
- « Le préambule de la Constitution américaine commence par « Nous le peuple des États-Unis ». »
- Déclaration des droits de l'homme/de.kla.ʁa.sjɔ̃ de dʁwa də l‿ɔm/locution nominale
Texte solennel qui énonce les droits et libertés fondamentaux de l'individu, issus du droit naturel ou de la morale. Elle contraint le droit positif à les protéger et constitue un élément clé du constitutionnalisme moderne.
- « La <mark>DDHC de 1789</mark> est une référence emblématique, influençant de nombreuses constitutions et formant une partie essentielle du bloc de constitutionnalité en France. »
En France, la tradition d'introduire les constitutions par une déclaration des droits et des libertés, comme la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, a conduit à la notion de bloc de constitutionnalité. Ce bloc est une construction jurisprudentielle, initiée par le Conseil Constitutionnel, qui confère une valeur constitutionnelle non seulement au texte de la Constitution, mais aussi à son préambule et aux textes auxquels il renvoie (DDHC, Préambule de 1946, Charte de l'environnement).
Les approches de la constitution
| Approche de la Constitution | Caractéristiques |
|---|---|
| Constitution au sens formel | Résultat d'une procédure d'adoption et de révision spécifique, plus exigeante que pour les lois ordinaires. Elle est définie par son contenant et sa procédure de révision constitutionnelle, garantissant son rang suprême. |
| Constitution au sens matériel | Ensemble des règles relatives à l'organisation et au fonctionnement des pouvoirs publics, quel que soit leur support (texte constitutionnel, lois ordinaires, coutumes). Ce sont les règles de fond, le contenu même du pouvoir. |
La distinction entre constitution formelle et matérielle est fondamentale. La constitution formelle est celle qui est adoptée ou révisée selon des procédures spécifiques, lui conférant un statut juridique supérieur. Elle prime souvent la constitution matérielle, car même des dispositions a priori non-constitutionnelles peuvent acquérir ce rang si elles sont insérées selon la procédure formelle (ex: 18ème amendement américain sur la prohibition).
Définition et origines du Droit Constitutionnel
Le droit constitutionnel est une discipline juridique fondamentale qui peut être comprise de deux manières distinctes : comme une discipline académique enseignée et étudiée, ou comme un ensemble de normes juridiques spécifiques.
Le Droit Constitutionnel comme discipline académique
En tant que discipline académique, le droit constitutionnel est une branche du droit public. Il est enseigné dans les universités et fait l'objet de recherches, tout comme le droit civil ou le droit international public. Il s'intéresse principalement au droit applicable à l'État et à la puissance publique sur un territoire donné.
Le Droit Constitutionnel comme ensemble de normes juridiques
Sous cette acception, le droit constitutionnel désigne un corpus de règles de droit dont l'objet est l'organisation et le fonctionnement du pouvoir politique au sein de l'État. Ces règles définissent les cadres et les limites de ce pouvoir, en se basant sur la Constitution et les normes qui en découlent, s'appliquant exclusivement au pouvoir politique étatique.
Les origines de l'enseignement du Droit Constitutionnel
L'enseignement du droit constitutionnel est relativement récent. Malgré l'adoption de la première Constitution française de 1791 durant la Révolution, il a fallu attendre la Monarchie de Juillet (1830-1848) pour voir sa formalisation. En 1834, sous l'impulsion de François Guizot, un cours de droit constitutionnel est créé à l'Université de Paris, marquant ainsi son entrée dans les facultés de droit. Ce cours avait initialement une visée idéologique, cherchant à magnifier le régime en place.
L'ancienneté du phénomène constitutionnel
Bien que l'enseignement soit récent, le phénomène constitutionnel est très ancien. On trouve des manifestations de règles organisant le pouvoir bien avant les constitutions modernes. Par exemple, la Révolution américaine a conduit à la Constitution fédérale de 1787, mais des notions constitutionnelles existaient déjà.
- Politéia/pɔliteja/nom féminin
Dans la Grèce antique, la Politéia désignait la description de l'organisation de la cité, ses règles de fonctionnement et de gouvernement.
- « La Politéia d'Athènes était une constitution au sens descriptif, mais pas encore au sens moderne d'encadrement du pouvoir. »
Sous l'Ancien Régime en France, des règles non écrites, issues de coutumes, formaient les lois fondamentales du royaume. Celles-ci régissaient principalement la transmission de la couronne (non élective, héritage mâle par primogéniture) et instauraient une continuité constitutionnelle, bien qu'elles ne concernaient que la transmission du pouvoir politique et non son encadrement au sens moderne. Elles peuvent être considérées comme les prémices d'une constitution.
L'objet et les caractéristiques du Droit Constitutionnel
Le champ d'étude du droit constitutionnel : unifié ou morcelé ?
Le droit constitutionnel ne se limite pas à l'étude de la Constitution elle-même. Son champ d'étude est plus vaste, englobant des concepts fondamentaux tels que l'État, la souveraineté et la démocratie, qui ne sont pas toujours explicitement définis dans le texte constitutionnel. La Constitution ne crée pas l'État mais en organise le fonctionnement. Ce champ est donc intrinsèquement morcelé par la pluralité de ses objets d'étude.
Distinction entre droit constitutionnel et science du droit constitutionnel
Il est crucial de distinguer le droit constitutionnel en tant qu'ensemble de normes juridiques (l'objet d'étude) de la science du droit constitutionnel (le discours sur cet objet). Cette science, élaborée par les juristes et la doctrine, développe des catégories d'analyse qui ne figurent pas nécessairement dans la Constitution. Par exemple, la notion d'ordre juridique ou le bloc de constitutionnalité sont des constructions doctrinales.
- Hiérarchie des normes/je.raʁ.ʃi de nɔʁm/locution nominale féminine
Concept fondamental du droit qui organise les normes juridiques selon une structure pyramidale, où les normes supérieures priment sur les normes inférieures, assurant ainsi la cohérence du système juridique.
- « La <mark>hiérarchie des normes</mark>, souvent représentée par la pyramide de Kelsen, place la Constitution au sommet de l'ordre juridique. »
La notion d'ordre juridique est comprise à travers la hiérarchie des normes, popularisée par la pyramide de Kelsen. Cette structure place la Constitution au sommet, garantissant la validité et la légalité des lois inférieures. Le ==bloc de constitutionnalité==, bien que ne figurant pas dans la Constitution, est une création doctrinale et jurisprudentielle essentielle pour comprendre la portée de la Constitution en France.
Caractéristiques du Droit Constitutionnel
Un droit juridique relatif à une matière politique
Le droit constitutionnel est une discipline juridique qui s'intéresse au pouvoir politique, tout comme la science politique. Cependant, leur approche diffère fondamentalement. Le juriste constitutionnaliste raisonne comme un juriste, se concentrant sur les fonctions créées par la Constitution et leur mise en œuvre, identifiant les compétences et la pratique constitutionnelle à la lumière du droit. La science politique, elle, peut s'intéresser davantage aux acteurs politiques eux-mêmes sans nécessairement adopter une démarche juridique stricte.
La Constitution de l'État : Objet et Contenu
L'établissement d'une constitution moderne vise principalement à encadrer le pouvoir politique par le droit. Cela implique de reconnaître ce pouvoir tout en le limitant, assurant ainsi sa légitimité à travers des procédures et des mécanismes juridiques. Le pouvoir politique ne peut être légitime que s'il respecte les formes prévues par la constitution.
Le constitutionnalisme et ses fondements
L'idée moderne de constitution, apparue au XVIIIe siècle, est intrinsèquement liée au constitutionnalisme. Ce courant de pensée postule qu'une constitution ne doit pas seulement décrire l'organisation des pouvoirs, mais avant tout encadrer et limiter le pouvoir politique pour garantir les droits individuels. Il s'agit d'une application du libéralisme politique aux rapports du droit.
Les deux fondements majeurs du constitutionnalisme sont la primauté de l'individu sur la société, chaque être humain disposant de droits individuels inviolables et sacrés (droits naturels), et la nécessité de limiter le pouvoir de l'État. Montesquieu a notamment insisté sur la séparation des pouvoirs comme moyen essentiel de modérer l'exercice de l'autorité.
- Article 16 de la DDHCarticle de loi
Il dispose que « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. » C'est un pilier du constitutionnalisme moderne, liant indissolublement l'existence d'une constitution à la protection des droits et à la limitation du pouvoir.
- « L'Article 16 de la DDHC de 1789 est souvent cité pour souligner l'importance de la garantie des droits et de la séparation des pouvoirs dans une constitution. »
La constitution comme texte contraignant
La constitution est perçue comme un texte contraignant pour les gouvernants, produisant des effets de droit et définissant des normes juridiques (faire, ne pas faire, être autorisé à). Cette conception n'a pas toujours été universelle, certaines constitutions ayant été historiquement considérées comme de simples descriptions. Toutefois, la pratique moderne insiste sur sa force normative.
- Hans Kelsen/hans kɛlsɛn/nom
Juriste autrichien (1881-1973) dont l'apport majeur est la théorisation de la hiérarchie des normes, avec la constitution comme norme suprême. Il a également promu l'idée du contrôle de constitutionnalité pour garantir la protection de cette norme fondamentale.
- « La théorie de la hiérarchie des normes de Hans Kelsen est fondamentale pour comprendre le droit constitutionnel moderne. »
Composition d'une constitution moderne
Une constitution moderne est généralement composée de trois éléments principaux : un texte constitutionnel strict, un préambule et une déclaration des droits de l'homme.
Le texte constitutionnel strict
Le texte constitutionnel est un document écrit, composé d'une suite d'articles souvent regroupés par thème, décrivant l'organisation et les compétences des organes de l'État. Le caractère écrit des constitutions modernes est un apport du constitutionnalisme, offrant clarté et précision, contrairement aux constitutions non écrites comme celles du Royaume-Uni ou les lois fondamentales du royaume de l'Ancien Régime.
Le préambule de la constitution
Le préambule est un texte introductif solennel, placé en tête de la constitution. Il peut rappeler des éléments historiques, exprimer la souveraineté du peuple, ou renvoyer à d'autres textes fondamentaux. En France, le préambule de 1958, qui renvoie notamment à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (DDHC) et au préambule de 1946, a une valeur juridique reconnue par le Conseil Constitutionnel.
La déclaration des droits de l'homme
La déclaration des droits de l'homme est un texte qui expose solennellement les droits et libertés fondamentaux des individus, souvent inspirés du droit naturel. Ces déclarations, telles que la DDHC de 1789, exercent une pression sur l'État pour qu'il les protège, même si leur valeur juridique directe a pu varier historiquement. Leur inclusion dans une constitution ou leur référence par le préambule constitue un élément clé du constitutionnalisme.
Les Approches Formelles de la Constitution
La constitution au sens formel se définit par sa procédure d'adoption et de révision. Elle s'intéresse au "contenant", c'est-à-dire à la manière dont le texte constitutionnel est élaboré et modifié. Cette approche met en lumière la spécificité des règles constitutionnelles par rapport aux lois ordinaires.
- Constitution au sens formelnom féminin
Ensemble des règles juridiques adoptées et révisées selon des procédures spécifiques, plus rigides que celles des lois ordinaires. Elle représente l'acte juridique qui bénéficie du rang constitutionnel.
- « La révision de la Constitution par référendum relève de la procédure de la constitution au sens formel. »
La procédure de révision constitutionnelle est intrinsèquement liée à cette définition formelle. Elle implique des modalités de modification du texte constitutionnel qui sont généralement plus complexes et exigeantes que celles requises pour l'adoption des lois ordinaires, garantissant ainsi la stabilité et la suprématie de la Constitution. Le rang constitutionnel assure que les actes juridiques de révision ont la même valeur que la Constitution elle-même et ne peuvent être altérés par des lois ordinaires.
La distinction entre constitution formelle et matérielle est cruciale. La constitution matérielle se réfère au contenu, c'est-à-dire l'ensemble des règles qui organisent le pouvoir politique et garantissent les droits, qu'elles soient écrites ou non, et quelle que soit leur forme. La constitution formelle, elle, est le texte issu de la procédure spécifique.
Des exemples historiques illustrent la primauté de la constitution formelle. Sous la Troisième République (1875-1940), les lois constitutionnelles de 1875 ont intégré des dispositions comme celle concernant la caisse de gestion des bons de la défense nationale. Bien que matériellement non-constitutionnelle, son insertion par une procédure de révision lui conférait un rang constitutionnel.
Un autre exemple est le 18ème amendement américain de 1919, qui interdisait la vente d'alcool. Son contenu était matériellement éloigné des principes constitutionnels classiques, mais sa forme (amendement constitutionnel) lui conférait la même valeur juridique que le reste de la Constitution. Il fut ensuite abrogé par le 21ème amendement américain en 1933, démontrant la puissance de la procédure formelle.
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