Dépenses énergétiques et balance métabolique
30 cartesÉtude complète des mécanismes de dépense énergétique chez l'humain, incluant le métabolisme de repos, la thermogenèse, l'activité physique et leurs variations selon facteurs génétiques, pathologiques et environnementaux. Méthodes de mesure et calcul des besoins énergétiques.
20 cartes
Qu'est-ce que le « browning » ou processus de brunisation du tissu adipeux ?
Transformation du tissu adipeux blanc en un phénotype beige capable de produire de la chaleur via UCP1.
Comment varie la dépense énergétique chez un patient traumatisé crânien sédaté comparée à son arrêt de sédation ?
Proche du métabolisme de repos (113 %), puis augmente à 150 % en moyenne les 12 premières heures après l'arrêt.
Quel est l'effet principal des cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-α) sur le métabolisme énergétique en situation pathologique ?
Elles augmentent la dépense énergétique en stimulant l'insulinorésistance, l'oxydation des AG, la dégradation protéique et la production endogène de glucose.
Quel est le rôle de la protéine UCP1 dans la thermogenèse ?
Produit de la chaleur en brûlant la graisse dans le tissu adipeux beige, en shuntant le gradient de protons mitochondrial.
Quel pourcentage de la dépense énergétique de repos est héritaire selon les études génétiques ?
Environ 40 % de la dépense énergétique de repos serait héritée.
En situation pathologique d'agression tissulaire, quels nouveaux compartiments de dépense énergétique apparaissent ?
Ceux liés à la réaction locale (cellules immunitaires, cytokines) et systémique (fièvre, hématopoïèse, métabolisme énergétique accru).
Lors d'un jeûne prolongé, pourquoi la perte de poids ralentit-elle ?
Diminution des dépenses énergétiques : perte de masse maigre, baisse de la thermogenèse post-prandiale et adaptation métabolique.
Quels sont les deux principaux mécanismes adaptatifs du métabolisme lors d'une restriction énergétique importante ?
Baisse du tonus sympathique et inhibition de la déiodination de en dans le foie, réduisant la par kg de masse maigre.
Selon le principe de Lavoisier appliqué à la balance énergétique, que se passe-t-il chez un individu à poids stable ?
On dépense ce qu'on a ingéré : les apports égalent les dépenses.
Quels sont les trois postes de dépense énergétique totale (DET) chez l'homme sain et leur proportion respective ?
Métabolisme de repos (~65%), thermogenèse (~10%), activité physique (~25%).
Qu'est-ce que le métabolisme de repos (MR) et quelles en sont les conditions de mesure ?
Énergie utilisée au repos, mesurée chez un sujet allongé, éveillé, à jeun (8‑10h) et en neutralité thermique.
Quel est le principal facteur influençant la dépense énergétique de repos (DER) lorsqu'on ajuste les données sur la masse maigre ?
La masse maigre (tissu non gras), qui l'influe à 60‑80 %.
Comment les hormones thyroïdiennes influencent-elles le métabolisme de repos ?
L'hyperthyroïdie augmente le MR → perte de poids ; l'hypothyroïdie le diminue → prise de poids.
Pourquoi la thermogenèse post-prandiale obligatoire n'est-elle pas liée à la digestion mais au coût de mise en réserve des aliments ?
Elle ne varie pas selon le mode d'ingestion (orale ou IV), mais dépend du coût de mise en réserve des nutriments par les cellules, selon la voie métabolique empruntée.
Quel nutriment entraîne la plus grande dépense énergétique lors de sa thermogenèse post-prandiale ?
Les protéines (20-30% de l'énergie ingérée*), impliquant néoglucogenèse, uréogenèse et synthèse protéique.
Qu'est-ce que le quotient respiratoire (QR) et comment le mesure-t-on ?
Rapport entre le expiré et l' consommé : . Mesuré par calorimétrie indirecte.
Quel est le quotient respiratoire (QR) lors de l'oxydation des glucides ?
Quelles sont les différences entre la calorimétrie directe et la calorimétrie indirecte ?
La calorimétrie directe mesure la chaleur dégagée par le sujet ; la calorimétrie indirecte mesure les échanges gazeux (, ) pour en déduire l'énergie.
En surcharge calorique, que se passe-t-il avec la dépense énergétique liée à l'activité physique pour un même effort ?
Augmente (plus de masse à déplacer pour un même travail), mais la durée et l'intensité diminuent → variabilité individuelle.
Quel est le principal tissu responsable du stockage de l'énergie dans l'organisme et quel pourcentage représente-t-il des réserves totales ?
Le tissu adipeux, représentant > 80 % des réserves totales.
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Dépenses énergétiques : bilan et métabolisme
Fiche de révision
Principes fondamentaux du bilan énergétique
L'énergie ne disparaît jamais — elle se transforme. Ce principe de conservation, énoncé par Lavoisier, gouverne aussi l'équilibre énergétique du corps humain : chaque calorie ingérée doit être soit dépensée, soit stockée. Comprendre les dépenses énergétiques exige donc de saisir d'abord la structure fondamentale : les trois postes de dépense et les mécanismes biochimiques qui les sous-tendent.
Balance énergétique et équilibre corporel
La balance énergétique repose sur un principe simple : l'organisme est un système consommant de l'énergie avec des entrées (aliments), des sorties (dépenses) et un stockage (tissu adipeux, glycogène). À poids stable, les apports énergétiques égalent exactement les dépenses énergétiques. Si cette équation se déséquilibre — apports insuffisants par rapport aux dépenses — le corps mobilise ses réserves et le poids baisse ; inversement, un excès d'apports conduit à une prise de poids. Cette loi permet aussi au clinicien de diagnostiquer : un patient mangeant 2500 calories/jour mais perdant du poids malgré l'absence de maladie chronique signale un problème de dépense énergétique accrue, non une disparition inexplicable de la matière.
Les besoins nutritionnels représentent la quantité d'énergie nécessaire pour assurer trois fonctions : l'homéostasie thermique (maintenir 37 °C), l'homéostasie métabolique (alimenter les voies cellulaires) et l'homéostasie physique (permettre le mouvement). Ces besoins diffèrent d'une personne à l'autre selon l'âge, le sexe, la composition corporelle et l'activité physique. L'énergie des aliments provient de l'oxydation des nutriments organiques — glucides, lipides, protéines — qui produit l'ATP cellulaire, seule monnaie d'échange énergétique du corps.
Trois composantes de la dépense énergétique totale
La dépense énergétique totale (DET) sur 24 heures se compose de trois postes d'importance inégale : le métabolisme de repos (~65 %), la thermogenèse (~10 %) et l'activité physique (~25 %). Cette répartition signifie que le simple fonctionnement basal de l'organisme — battements cardiaques, respiration, synthèse protéique, pompes ioniques cellulaires — absorbe les deux tiers de nos dépenses, bien avant tout effort. La thermogenèse comprend l'énergie dépensée pour la digestion et la régulation thermique. L'activité physique, la plus variable selon le mode de vie, englobe les mouvements volontaires et les dépenses quotidiennes. Chacun de ces postes sera détaillé dans les chapitres suivants, mais leur hiérarchie aide à comprendre d'emblée où réside le gros de la dépense.
Oxydation mitochondriale et mesure indirecte
Le siège de la production d'ATP est la mitochondrie, où les nutriments sont oxydés via la chaîne respiratoire mitochondriale. Cette chaîne utilise l'oxygène comme accepteur final d'électrons, transfère des protons à travers la membrane interne mitochondriale et couple ce flux à la synthèse d'ATP. L'ATP ne peut pas être stocké — s'il est produit, c'est qu'il est utilisé — donc l'intensité de la respiration mitochondriale reflète directement la demande énergétique cellulaire. C'est pourquoi mesurer la consommation d'oxygène (VO₂) d'un individu permet de déduire sa dépense énergétique : plus l'activité mitochondriale est élevée, plus l'O₂ est consommé et plus l'énergie produite est grande.
Unités et influence de la surface corporelle
L'énergie se quantifie en joules (J) dans le système international ; un joule est minuscule à l'échelle biologique, on utilise donc le kilojoule (kJ). En nutrition, on préfère historiquement la kilocalorie (kcal) : 1 kcal = 4,1868 kJ. La dépense énergétique exprimée en kcal/heure varie en fonction de deux facteurs majeurs : le poids corporel et la surface d'échange thermique. Plus l'individu est lourd, plus sa DET en valeur absolue est élevée — car il faut plus d'énergie pour alimenter une plus grande masse tissulaire. Cependant, lorsqu'on rapporte la dépense à la surface corporelle (exprimée en m²), les différences individuelles se réduisent, révélant une régulation sous-jacente liée à la dissipation de l'énergie à travers les échanges avec l'extérieur.
Ces quatre éléments — la conservation de l'énergie, les trois postes de dépense, le rôle central de la mitochondrie et de l'oxygène, et l'influence du poids et de la surface — forment le socle sur lequel reposent tous les développements ultérieurs. Ils expliquent pourquoi mesurer la dépense énergétique revient à mesurer l'activité métabolique cellulaire, et pourquoi individuels ou cliniquement, comprendre son propre bilan énergétique est clé pour gérer son poids et sa santé.
Métabolisme de repos et besoins de base
Métabolisme de base et métabolisme de repos : une distinction fondamentale
Le métabolisme de base (MB) représente les dépenses énergétiques purement théoriques d'un individu au repos total absolu — une notion de référence qui ne peut pas être directement mesurée en pratique clinique. À l'inverse, le métabolisme de repos (MR) est une mesure réelle et reproductible réalisée selon des conditions précises : le sujet doit être au repos, allongé, éveillé, à jeun (au minimum 8 à 10 heures) et en neutralité thermique, c'est-à-dire sans exposition au froid ou à la chaud qui activerait des mécanismes de régulation thermique. La légère différence entre les deux (4 à 5 %) s'explique par le fait que le sujet reste éveillé lors du MR, alors que le MB suppose un repos complètement inactif.
- Dépense énergétique de repos (DER)/depɑ̃s eˈnɛrʒetik də rəˈpo/locution nominale féminin
L'énergie dépensée par l'organisme pour assurer ses fonctions vitales irréductibles — respiration, circulation cardiaque, sécrétion hormonale, activités cellulaires et tonus musculaire — mesurée dans des conditions standardisées de repos complet et de neutralité thermique. Elle représente environ 65 % de la dépense énergétique totale sur 24 heures.
- « Un homme de 70 kg en activité habituelle a une DER d'environ 1650 kcal/jour, qui sera augmentée d'un facteur d'activité pour obtenir ses besoins totaux. »
La DER exclut expressément certaines dépenses : les activités non immédiates ou indispensables à la vie (mouvements volontaires, travail musculaire), la lutte contre les variations thermiques ambiantes, et la digestion ou l'absorption des nutriments (d'où la condition de jeûne). Cette mesure reflète donc uniquement le travail métabolique cellulaire minimal : pompes ioniques membranaires, synthèse protéique basale, maintien du potentiel électrique neuronale, et circulation.
Facteurs biologiques modulant la dépense énergétique de repos
La masse maigre — l'ensemble du tissu non adipeux comprenant l'eau, les organes (foie, cerveau, reins) et les muscles — est le déterminant primaire de la DER, influençant 60 à 80 % de sa variabilité. Contrairement à ce qu'on pourrait supposer, les différences observées entre les hommes et les femmes, ou entre un adulte jeune et une personne âgée, disparaissent entièrement quand on normalise la DER par rapport à la masse maigre. Cela signifie que si deux individus ont la même quantité de tissu métaboliquement actif, leur DER sera identique indépendamment de leur sexe ou de leur âge.
En revanche, avant cette normalisation, la DER des hommes dépasse celle des femmes (le sexe influence directement), et elle diminue avec l'âge à l'exception de l'enfance où elle est très élevée en raison de la croissance. Cette apparente contradiction se résout par la composition corporelle : les hommes possèdent généralement plus de masse maigre que les femmes pour un poids identique, et cette masse maigre décroît naturellement avec le vieillissement. Lorsqu'une personne prend du poids, elle gagne à la fois de la masse grasse et de la masse maigre, ce qui explique que la DER augmente avec l'IMC — le poids supplémentaire inclut du tissu métaboliquement actif.
- Masse maigre/mas mɛnʒ/locution nominale féminin
Constituant non adipeux du corps humain incluant l'eau corporelle, les organes vitaux, les muscles squelettiques et viscéraux, et les structures osseuses. Elle représente le compartiment métaboliquement actif responsable de la majorité de la consommation énergétique de repos.
- « Deux personnes de 80 kg peuvent avoir des DER très différentes si l'une possède 60 kg de masse maigre et l'autre 50 kg : la première dépensera plus d'énergie au repos. »
Les hormones thyroïdiennes — T3 et T4 — jouent un rôle clé dans la régulation du taux métabolique basal. L'hypothyroïdie (déficit en ces hormones) réduit le métabolisme de repos et favorise la prise de poids, tandis que l'hyperthyroïdie (excès) augmente le métabolisme et entraîne une perte de poids, même avec une alimentation normale. Cette régulation hormonale interagit avec la masse maigre mais n'explique qu'une fraction des variations individuelles observées.
Estimation de la dépense énergétique de repos par équations prédictives
En pratique clinique, la DER théorique est estimée via des équations prédictives développées sur des populations saines d'IMC normal. Les équations de Harris-Benedict sont les plus couramment utilisées ; elles prennent en compte le sexe, le poids (mais non la composition corporelle), la taille et l'âge. Pour un homme de 70 kg, 1,75 m, âgé de 45 ans, l'équation prédit environ 1700 kcal/jour. Les équations de Black, favorisées chez les patients obèses, suivent la même logique mais avec des coefficients différents. D'autres équations existent pour des populations spécifiques (enfants, compositions corporelles variées), mais Harris-Benedict reste la référence internationale.
Une limite majeure de ces équations est qu'elles ne tiennent pas compte de la composition corporelle réelle du patient — seul le poids total entre en compte. Or, deux individus de 80 kg ne dépensent pas la même énergie au repos s'il l'un est très musclé et l'autre obèse. Les équations tendent à surestimer la DER chez les sujets obèses (où la masse grasse excédentaire consomme peu d'énergie) et peuvent sous-estimer chez les sujets très musclés. En clinique, ces équations fournissent une première approximation utile, mais une mesure directe par calorimétrie indirecte reste le gold standard dans les situations d'incohérence clinique — par exemple un patient qui continue de maigrir malgré une alimentation apparemment suffisante.
| Facteur | Effet sur la DER | Mécanisme |
|---|---|---|
| Augmentation masse maigre | ↑ DER | Augmentation du travail métabolique cellulaire |
| Augmentation de l'âge | ↓ DER | Perte progressive de masse maigre |
| Hypothyroïdie | ↓ DER | Réduction de l'activité métabolique cellulaire |
| Hyperthyroïdie | ↑ DER | Augmentation de l'activité métabolique cellulaire |
| Prise de poids progressive | ↑ DER | Gain de masse maigre en plus de masse grasse |
Thermogenèse post-prandiale et thermorégulation
Thermogenèse post-prandiale : dépense liée à l'absorption alimentaire
La thermogenèse post-prandiale (TPP) est l'augmentation de la dépense énergétique déclenchée par l'ingestion d'aliments. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette dépense ne provient pas de la digestion mécanique — elle résulte du coût métabolique de la mise en réserve des nutriments dans les cellules. C'est pourquoi une injection intraveineuse de glucose produit une dépense énergétique comparable à son ingestion orale : la dépense dépend de la voie métabolique empruntée par les nutriments, non du processus digestif lui-même.
Thermogenèse post-prandiale obligatoire : variation selon le macronutriment
Le coût énergétique de la mise en réserve varie considérablement selon le type de macronutriment. Les protéines sont les plus coûteuses : l'organisme dépense 20 à 30 % de l'énergie ingérée pour les synthétiser, effectuer la néoglucogénèse et l'uréogenèse. Les glucides coûtent 5 à 10 % s'ils se stockent sous forme de glycogène, mais peuvent monter à 25 % s'ils se dirigent vers le tissu adipeux (conversion en acides gras). Les lipides sont les moins coûteux : seulement 2 à 3 % de l'énergie ingérée, car le stockage dans le tissu adipeux est métaboliquement très efficace.
| Macronutriment | Coût énergétique (% de l'énergie ingérée) | Voie métabolique principale |
|---|---|---|
| Protéines | 20–30 % | Synthèse protéique, néoglucogénèse, uréogenèse |
| Glucides | 5–10 % (glycogène) ou 25 % (lipogenèse) | Glycogénolyse ou conversion en acides gras |
| Lipides | 2–3 % | Stockage direct dans le tissu adipeux |
Cette hiérarchie explique pourquoi une alimentation riche en protéines augmente la dépense énergétique totale comparée à une alimentation équilibrée. À l'inverse, la prévalence mondiale de l'obésité dans les pays développés reflète une alimentation dominée par les lipides et glucides (coûts faibles) plutôt que par les protéines. Équilibrer les apports macronutritionnels est donc un levier de régulation de la dépense énergétique.
Thermogenèse post-prandiale facultative : rôle des protéines découplantes UCP
Au-delà du coût obligatoire de la mise en réserve, une thermogenèse facultative peut être activée lors d'une suralimentation, particulièrement après ingestion importante de glucides. L'arrivée massive de nutriments stimule le système nerveux autonome, qui augmente les protéines découplantes UCP (Uncoupling Proteins) dans la membrane interne de la mitochondrie. Ces protéines créent un « court-circuit » : elles permettent aux protons du gradient mitochondrial de passer sans produire d'ATP, convertissant l'énergie chimique directement en chaleur. C'est pourquoi certaines personnes ressentent des bouffées de chaleur après un repas très riche.
Tissu adipeux beige et processus de brunisation chez l'adulte
Longtemps, on pensait que seul l'enfant possédait du tissu adipeux brun (producteur de chaleur) qui disparaissait à l'âge adulte. Récemment, on a découvert que le tissu adipeux blanc peut se convertir en phénotype brun lorsque la température ambiante baisse — c'est le processus de brunisation ou « browning ». Ce tissu transformé, appelé tissu « beige », contient plus de mitochondries que le tissu blanc. C'est UCP1 (une protéine découplante spécifique) qui brûle les graisses dans ce tissu adipeux beige pour produire de la chaleur. UCP1 est devenue une cible thérapeutique pour augmenter la dépense énergétique et combattre l'obésité.
La thermogenèse post-prandiale (obligatoire ou facultative) est modulée par des substances externes : le tabac, la caféine et l'exercice physique préalable peuvent l'augmenter. Cette variabilité interindividuelle offre des leviers nutritionnels et comportementaux pour influencer la dépense énergétique totale.
Thermorégulation : thermogenèse et thermolyse
La thermorégulation est un processus vital régulé par le système nerveux sympathique. La température du noyau central doit rester stable à 37°C. Dès que la température ambiante s'écarte de la neutralité thermique (zone de confort sans dépense énergétique supplémentaire), l'organisme augmente ses dépenses énergétiques pour compenser. Plus l'écart par rapport à la neutralité thermique s'agrandit, plus la dépense énergétique augmente, jusqu'aux zones de température létale où le corps ne peut plus compenser.
Thermogenèse : réponse au froid
En réaction à une baisse de température, l'organisme déploie plusieurs mécanismes de thermogenèse pour produire de la chaleur. La hausse du métabolisme cellulaire convertit l'énergie chimique en chaleur de manière passive. Le frisson thermique est une thermogenèse involontaire : les contractions musculaires rapides convertissent l'énergie mécanique en chaleur. La vasoconstriction réflexe des vaisseaux cutanés réduit les échanges thermiques avec l'extérieur. La thermogenèse sans frisson, via le tissu adipeux beige et les UCP, génère de la chaleur métabolique directe. Enfin, les comportements volontaires (vêtements, habitat, mouvement) complètent cette réponse au froid.
Thermolyse : réponse à la chaleur
Inversement, en réaction à une augmentation de la température ambiante ou au stress, l'organisme déploie des mécanismes de thermolyse pour dissiper la chaleur. La production et l'évaporation de la sueur refroidissent la peau par évaporation. La vasodilatation réflexe des vaisseaux de la peau augmente le flux sanguin cutané et favorise les échanges thermiques avec l'environnement. Ces deux réponses réduisent activement la température corporelle.
Le graphique classique du métabolisme de repos montre un plateau autour de la neutralité thermique : c'est la température de sommet, qui représente la véritable dépense énergétique de repos. Dès qu'on s'éloigne de cette zone — vers l'hypothermie ou l'hyperthermie — la dépense énergétique augmente exponentiellement pour compenser. Cependant, il existe des limites : aux deux extrêmes, il y a une zone de température létale où le corps n'est plus capable de réguler efficacement, ce qui engendre une mort imminente. Dans des environnements extrêmement froids (alpinisme, noyade), les dépenses énergétiques liées à la thermorégulation peuvent devenir considérables, rivalisant avec celles de l'activité physique intense.
Activité physique et dépense énergétique liée au mouvement
Définition et proportion de la DEAP
La dépense énergétique liée à l'activité physique (DEAP) est la composante la plus variable de la dépense énergétique totale (DET). Elle représente 20 à 70 % de la DET selon les habitudes de vie individuelles, avec une moyenne estimée à 25 % pour la population générale. Contrairement au métabolisme de repos (qui reste relativement stable) et à la thermogenèse (fixe à environ 10 %), la DEAP dépend entièrement des comportements quotidiens et du niveau d'exercice physique du sujet.
La DEAP englobe deux catégories distinctes : les dépenses liées aux activités quotidiennes (marche, travail domestique, gestes professionnels) et celles induites par l'exercice physique structuré (sport, entraînement). Cette distinction importe car elle permet de classifier le patient dans une catégorie d'activité et d'appliquer un facteur de correction à la dépense énergétique de repos pour estimer la DET.
Rendement énergétique et travail musculaire
Le rendement énergétique du travail musculaire est faible : environ 25 %. Cela signifie que le muscle ne convertit que 25 % de l'énergie dépensée en travail utile (mécanique), les 75 % restants étant dissipés sous forme de chaleur. Formellement, le rendement r = (travail fourni) / (DEAP). Pour illustrer : si un effort musculaire nécessite 100 kcal de travail fourni, l'organisme doit dépenser 400 kcal (100 ÷ 0,25) pour réaliser cet effort.
Cette inefficacité énergétique explique pourquoi la dépense réelle dépasse toujours le travail mécanique attendu. Elle reflète les pertes lors de la contraction musculaire, du maintien du tonus, et de la production de chaleur métabolique. Ce faible rendement est constant quel que soit le type d'activité physique : le muscle respire énergétiquement de manière inefficace par rapport à la machine.
Classification de l'activité physique et facteurs de correction
La population est classée en quatre catégories selon son niveau d'activité physique : inactif, activité habituelle, activité importante, et activité très importante. Cette classification permet d'appliquer un facteur multiplicatif à la dépense énergétique de repos pour obtenir la DET. Par exemple, un homme de 70 kg en activité habituelle dépense environ 2500 kcal/jour (correspondant à la DER multipliée par un facteur ≈ 1,55), tandis qu'un sujet inactif du même poids dépense environ 2250 kcal/jour.
Les recommandations courantes supposent 10 000 pas par jour pour une activité habituelle, ce qui correspond à environ 30 minutes d'activité physique d'intensité modérée. Cette cible est un repère utile mais la dépense énergétique réelle varie fortement selon l'intensité, la durée et le type d'exercice. Bien interroger le patient sur son mode de vie quotidien et ses exercices structurés est essentiel pour affiner le calcul de la DET.
Quotient respiratoire et oxydation des substrats
Le quotient respiratoire (QR) = volume de CO₂ expiré / volume d'O₂ inspiré révèle quel substrat énergétique l'organisme oxyde à un instant donné : QR = 1,0 pour les glucides, QR = 0,7 pour les lipides, QR = 0,8 pour les protéines. À jeûn, le QR ≈ 0,84, reflet d'une oxydation mixte glucide-lipide mais dominée par les lipides. Cette mesure provient de la calorimétrie indirecte et permet d'adapter la prescription d'exercice physique.
Lors d'un exercice très intense, l'organisme oxyde préférentiellement les glucides (QR → 1,0) ; lors d'un exercice long et continu d'intensité faible à modérée, il oxyde davantage les lipides (QR → 0,7). Pour les patients cherchant à réduire leur masse grasse, les recommandations privilégient donc un effort long et continu plutôt qu'un exercice brève et intense, car cette modalité favorise l'oxydation préférentielle des réserves adipeuses.
Pyramide des activités physiques et recommandations pratiques
La pyramide des activités physiques recommande une hiérarchie progressive : à la base, lutter contre la sédentarité au quotidien ; puis pratiquer 30 minutes d'activité physique d'intensité modérée par jour sous forme d'activités de la vie quotidienne ou de sport ; enfin, ajouter 3 fois par semaine des séances d'endurance, musculation ou souplesse. Cette structure intègre l'activité totale de façon durable plutôt que d'imposer un régime d'exercice strict.
Ces recommandations reposent sur l'observation que 10 000 pas par jour (soit ≈ 30 minutes de marche à rythme modéré) correspondent à une dépense énergétique supplémentaire de 200-300 kcal pour un adulte de poids normal. Pour les patients obèses ou sédentaires, un début progressif vers ce seuil, associé à une composition corporelle considérée (car plus de masse maigre augmente la dépense), optimise l'efficacité de la prise en charge.
Mesure et estimation clinique de la dépense énergétique
Équations prédictives : estimation rapide en clinique
Les équations prédictives permettent d'estimer la dépense énergétique de repos (DER) à partir de données anthropométriques simples sans mesure directe. Les deux équations les plus couramment utilisées en clinique sont Harris-Benedict et Black, qui toutes deux prennent en compte le sexe, l'âge, la taille et le poids du patient.
Les équations de Harris-Benedict ont l'avantage d'être bien établies et largement disponibles, mais elles surestiment la dépense énergétique chez les sujets obèses — une limite clinique importante. Les équations de Black sont préférées chez les patients obèses car elles corrigent mieux cette surestimation. D'autres équations existent selon les contextes : équations spécialisées pour la pédiatrie (Schofield), pour des compositions corporelles spécifiques (Muller), ou pour l'indice de masse corporelle (IMC). Il est crucial de noter que toutes ces équations sont développées pour des sujets sains avec un IMC normal — elles perdent en fiabilité en situation pathologique.
Une fois la DER théorique obtenue par l'équation, il faut l'ajuster selon le niveau d'activité physique réelle du patient. Cette correction se fait en multipliant la DER par un facteur d'activité (de 1,2 pour un sujet inactif à 1,9 pour une activité très importante), ce qui donne une estimation de la dépense énergétique totale (DET). L'interrogatoire précis du patient sur ses habitudes quotidiennes est donc indispensable pour cette correction.
Calorimétrie directe et indirecte : mesure objective
La calorimétrie directe mesure la chaleur dégagée directement par le sujet dans une chambre spécialisée hermétiquement isolée où température, humidité et échanges gazeux sont contrôlés. Le patient effectue une activité (repos, effort physique) et la chaleur dissipée est mesurée par des capteurs de température. Bien que très précise en recherche, elle reste impraticable en routine clinique en raison du coût, de la complexité technique et des conditions spécialisées qu'elle exige.
La calorimétrie indirecte est la technique de référence en pratique clinique. Elle mesure la consommation d'oxygène (VO₂) et la production de dioxyde de carbone (VCO₂) en prélevant l'air inspiré et expiré sous une cloche hermétique. Contrairement à la calorimétrie directe, elle ne mesure pas la chaleur mais déduit la dépense énergétique à partir des échanges gazeux — exploitant la corrélation linéaire établie entre la production d'ATP et la consommation d'oxygène. Le calorimètre impose un débit d'air calibré sous la cloche, puis mesure les fractions d'O₂ et CO₂ dans l'air qui rentre et sort : les équations respiratoires permettent alors de calculer les volumes exacts d'oxygène consommé et de CO₂ rejeté.
Les conditions de mesure valide du métabolisme de repos doivent être strictes : jeûne de 12 à 16 heures (au minimum 6 heures), repos et détente musculaire complète depuis au moins 30 minutes en position allongée, et neutralité thermique (température ambiante de 21 à 26 °C selon le degré de vêture). Ces conditions éliminent les variables confondantes — digestion, activité musculaire, thermogenèse de régulation — et garantissent que la mesure reflète vraiment le métabolisme de base. Les résultats mesurés diffèrent souvent des valeurs prédictives par les équations, ce qui est logique : deux patients de même poids mais avec des compositions corporelles différentes (l'un musclé, l'autre adipeux) n'ont pas la même dépense énergétique réelle, or les équations ne tiennent compte que du poids total, pas de la masse maigre.
Quotient respiratoire et identification du substrat oxydé
Le quotient respiratoire (QR) est le rapport entre le volume de CO₂ expiré et le volume d'O₂ inspiré : QR = VCO₂ / VO₂. Ce ratio n'est pas constant — il varie selon le type de substrat que l'organisme oxyde à un instant donné, ce qui en fait un outil diagnostic puissant pour identifier le bilan métabolique réel du patient.
| Substrat | Quotient respiratoire | Situation clinique |
|---|---|---|
| Glucides | 1,0 | Métabolisme normal postprandial |
| Lipides | 0,7 | Jeûne, état de repos prolongé |
| Protéines | 0,8 | Catabolisme protéique |
| Jeûne classique | 0,84 | Mélange lipides + glucides hépatiques |
Lorsqu'on oxyde des glucides (repas riche en sucres, hyperglycémie), chaque glucose consomme 6 O₂ et produit 6 CO₂ → QR = 1. Lors de l'oxydation lipidique (jeûne prolongé, métabolisme lipolytique), la structure chimique des lipides génère un ratio CO₂/O₂ plus bas → QR = 0,7. Les protéines en catabolisme donnent QR = 0,8. Un patient à jeûne standard (12 heures) affiche un QR de 0,84, reflétant un mélange d'oxydation lipidique dominante et d'une source glucidique résiduelle (glycogène hépatique mobilisé). Mesurer le QR en calorimétrie indirecte renseigne donc directement sur le bilan énergétique du patient : un QR > 1 peut indiquer une lipogenèse (transformation des glucides en graisses), un QR très bas (<0,7) peut évoquer une oxydation forte d'acides gras ou une situation métabolique perturbée.
Coefficient thermique et calcul de la dépense énergétique mesurée
Une fois VO₂ mesuré en calorimétrie indirecte, la dépense énergétique est calculée selon la formule : DE = Coefficient Thermique × VO₂. Le coefficient thermique (aussi appelé équivalent calorique de l'oxygène) est une constante qui convertit un volume d'oxygène consommé en énergie dépensée. Sa valeur dépend du substrat oxydé — et donc du quotient respiratoire — mais se situe autour de 4,8 à 5,0 kcal par litre d'O₂ consommé en conditions standard.
La mesure de dépense énergétique par calorimétrie indirecte peut être réalisée dans plusieurs contextes cliniques : une mesure unique au repos après 30 minutes de repos donne la DER, une comparaison avant et après un repas révèle la thermogenèse post-prandiale, une mesure avant et pendant l'effort chez un patient en surpoids permet de quantifier la dépense énergétique liée à l'activité physique. Chez les patients en réanimation, cette technique est souvent utilisée 2 à 3 fois par semaine pour ajuster les apports nutritionnels à la dépense réelle, évitant la sous-alimentation qui allonge la récupération ou la suralimentation qui aggraverait l'état.
Limites des équations et intérêt de la mesure directe
Les équations prédictives restent des estimations théoriques qui ne tiennent compte que du poids total, pas de la composition corporelle. Deux patients pesant 80 kg — l'un musclé (70 kg de masse maigre), l'autre obèse (50 kg de masse maigre) — auront la même DER estimée par Harris-Benedict, alors que réellement le premier dépense significativement plus au repos car la masse maigre est métaboliquement beaucoup plus active que la masse grasse. Cette limite devient cliniquement importante en cas d'incohérence : un patient qui continue de perdre du poids malgré des apports alimentaires normaux demande une mesure réelle par calorimétrie indirecte pour vérifier si la DER est anormalement élevée ou si d'autres mécanismes (malabsorption, fuite protéique) sont en jeu.
En pratique, la hiérarchie clinique est : (1) utiliser une équation prédictive comme point de départ rapide pour les patients sains d'IMC normal, (2) corriger l'équation selon le niveau d'activité estimé au questionnaire, (3) recourir à la calorimétrie indirecte dans les cas pathologiques, les patients obèses, les situations de réanimation, ou quand l'estimation ne concorde pas avec l'évolution clinique observée. La calorimétrie indirecte connaît davantage de variations inter-individuelles que les équations précisément pour cette raison — elle mesure la réalité, pas un modèle moyen.
Variabilité génétique et individuelle de la dépense énergétique
La génétique comme déterminant majeur
La dépense énergétique totale varie considérablement d'un individu à l'autre, au-delà de ce qu'expliquent l'âge, le sexe ou le poids seul. Cette variabilité inter-individuelle est largement gouvernée par des facteurs génétiques qui influencent le métabolisme de repos, la thermogenèse post-prandiale et la dépense liée à l'activité physique. Les études de jumeaux et de familles montrent que la génétique représente une part substantielle — environ 40 % — de la variabilité du métabolisme de repos, tandis que l'environnement (nutrition, activité physique, température) contribue pour le reste.
Transmission familiale du métabolisme de repos
L'étude de la transmission du métabolisme de repos entre parents et enfants montre une héritabilité estimée entre 20 et 40 %. Cela signifie que si vos parents ont un métabolisme de repos élevé, vous avez une probabilité plus forte d'en avoir un aussi, sans que ce soit une certitude absolue. Chez les jumeaux homozygotes (génétiquement identiques), le métabolisme de repos est beaucoup plus similaire que chez les jumeaux dizygotes (qui partagent 50 % de leurs gènes), confirmant le rôle déterminant de la génétique.
Études de jumeaux : les preuves de l'hérédité
Les études comparant jumeaux homozygotes et hétérozygotes, élevés ensemble ou séparément, constituent la preuve la plus solide du rôle génétique. Chez les jumeaux homozygotes élevés séparément (donc dans des environnements différents), l'indice de masse corporelle à l'âge adulte reste remarquablement similaire, tandis que les jumeaux hétérozygotes divergent davantage. Pour la thermogenèse post-prandiale, si un jumeau homozygote présente une augmentation de dépense énergétique de 16 % après un repas, son frère aura la même augmentation ; cette synchronie disparaît chez les hétérozygotes, révélant une forte composante génétique. Ces observations suggèrent qu'il existe un « poids cible » génétiquement programmé que l'organisme s'efforce de maintenir.
Gènes candidats et mécanismes biologiques
Plusieurs gènes influencent la dépense énergétique en modulant la production ou la dissipation de chaleur. Les protéines découplantes (UCP) — notamment UCP1 — permettent aux mitochondries de brûler les substrats énergétiques directement sous forme de chaleur plutôt que de produire de l'ATP ; les variations génétiques du gène UCP modifient cette capacité. La leptine, hormone de satiété produite par le tissu adipeux, agit sur le système nerveux central pour réguler l'appétit et l'activité physique spontanée ; les mutations du gène de la leptine perturbent ce circuit. Les récepteurs aux catécholamines (récepteurs β-adrénergiques) et aux mélanocortines (MCR5) gouvernent la sensibilité du système nerveux sympathique aux signaux de mobilisation énergétique.
L'obésité monogénique (causée par une mutation unique d'un gène majeur) est extrêmement rare, mais il existe une sensibilité génétique à l'obésité liée à de multiples petites variations génétiques. Ces variations ne déterminent pas l'obésité de manière inévitable, mais augmentent la vulnérabilité face à un environnement riche en aliments hypercaloriques et appauvri en activité physique.
Score de risque polygénique et recommandations personnalisées
Les avancées récentes permettent de construire un score de risque polygénique (PRS) qui synthétise l'effet combiné de centaines de variantes génétiques associées à l'obésité. Ce score classe les individus en catégories de risque : faible, modéré, élevé, très élevé. Les données montrent que pour maintenir un IMC identique, une personne à risque génétique élevé doit faire significativement plus de pas par jour qu'une personne à faible risque. Par exemple, pour maintenir un IMC de 28, un individu à haut risque polygénique doit pratiquer environ 12 000 pas quotidiens, tandis qu'une personne à faible risque peut rester stable avec 3 000 pas. Cette connaissance du profil génétique permet de personnaliser les recommandations d'activité physique et d'apports énergétiques en fonction de la sensibilité individuelle.
Cette approche « genomique » révise le paradigme classique : deux individus de même poids, sexe et âge n'ont pas besoin de la même dépense énergétique ou de la même activité physique pour rester en équilibre énergétique. La génétique détermine non pas une valeur absolue de dépense, mais plutôt la sensibilité à l'environnement — la facilité ou la difficulté à gagner ou perdre du poids en réponse à des changements alimentaires ou d'activité. Ignorer cette variabilité génétique mène à des recommandations « one-size-fits-all » qui échouent pour une proportion significative de la population.
Dépenses énergétiques en état pathologique
Nouveau compartiment de dépense énergétique
En état pathologique, l'organisme ajoute un compartiment supplémentaire de dépense énergétique aux trois postes habituels (métabolisme de repos, thermogenèse, activité physique). Cette dépense supplémentaire est liée à l'agression tissulaire : traumatisme, brûlure, infection, chirurgie, ou néoplasie. L'agression déclenche deux niveaux de réaction distincts : une réaction locale (production de cellules immunitaires et de cytokines au site lésé) et une réaction systémique engageant le métabolisme énergétique global, le système immunitaire et le système endocrinien.
Cascade hormonale et inflammatoire du stress
L'agression tissulaire active le système nerveux sympathique et libère le cortisol (hormone du stress) au niveau hypothalamo-hypophysaire. Le cortisol initie une cascade : activation des macrophages, monocytes et polynucléaires ; activation du système nerveux ; production de radicaux libres. Cette cascade stimule la libération de cytokines pro-inflammatoires majeures : IL-6, IL-1β et TNF-α, produites par de nombreux types cellulaires.
Les cytokines pro-inflammatoires stimulent l'insulinorésistance, la production de prostaglandines et d'oxyde nitrique (NO), augmentent l'hormone du stress, déclenchent l'hyperthermie et l'anorexie, et induisent une augmentation majeure de l'oxydation des acides gras avec dégradation accélérée des protéines. Conséquemment, le turn-over glucidique augmente : le glucose endogène s'élève via glycogénolyse et néoglucogénèse, notamment à partir des acides aminés et du lactate.
Cycles futiles et hypermétabolisme
Un phénomène paradoxal apparaît en situation pathologique : l'infusion de glucose ne freine plus la production endogène de glucose (perte du rétro-contrôle normal). L'organisme doit donc augmenter la captation périphérique de glucose par les tissus agressés et simultanément maintenir une glycogénolyse/néoglucogénèse continue. Cela met en jeu les cycles futiles : le cycle de Cori (glucose → lactate au niveau musculaire/tissus agressés, puis lactate → glucose au foie) et le cycle de l'alanine (protéolyse → alanine → glucose au foie). Ces cycles n'ont qu'un rendement énergétique médiocre mais permettent une augmentation marquée de la dépense énergétique de repos.
Ampleur de l'hypermétabolisme selon le type d'agression
L'augmentation de la dépense énergétique varie drastiquement selon la nature et la sévérité de l'agression. En situation post-opératoire simple, l'augmentation atteint environ 10 % de la dépense normale. En revanche, en cas de traumatisme sévère, sepsis ou défaillance respiratoire, l'augmentation peut atteindre 50 à 70 %. Pour les patients brûlés, l'augmentation de la dépense énergétique est directement proportionnelle à la surface corporelle brûlée : plus la surface augmente, plus l'hypermétabolisme s'accentue.
Cas concret : traumatisme crânien
Le traumatisme crânien illustre la complexité de la modulation de la dépense énergétique en état pathologique. Classiquement, on décrit une augmentation de la dépense énergétique de repos (hypermétabolisme) durant les premières semaines post-traumatisme, mais les résultats inter-études varient considérablement car la dépense dépend de nombreux facteurs : stade du traumatisme, tonus sympathique, modifications du métabolisme cellulaire et mitochondrial, température corporelle, niveau de conscience, apports nutritionnels et médicaments (hypnotiques, analgésiques, curares, ventilation artificielle).
L'activité musculaire volontaire influence aussi la dépense énergétique totale : agitations, frissons et convulsions augmentent drastiquement les besoins. Chez les patients sédatés (benzodiazépines + morphiniques), la dépense énergétique reste proche du métabolisme de repos (environ 113 %). À l'arrêt de la sédation, elle augmente fortement (en moyenne 150 % des premières 12 heures). Mesurer la dépense énergétique de repos par calorimétrie indirecte devient donc essentiel pour adapter précisément les apports nutritionnels : si l'apport est insuffisant, la guérison s'allonge ; si l'apport est excessif, il peut être délétère.
Brûlures : agression extrême et dépense proportionnée
Les brûlures constituent une forme d'agression extrême avec un profil métabolique très distinct. L'augmentation de la dépense énergétique est proportionnelle à la surface corporelle brûlée : une brûlure de 20 % de la surface corporelle entraîne une augmentation modérée, tandis qu'une brûlure de 50 % induit une augmentation spectaculaire (jusqu'à 110 % ou plus au-delà de la dépense de base). Cette proportionnalité reflète l'ampleur de la réaction inflammatoire systémique et de la nécessité de thermorégulation et de cicatrisation. La relation quasi linéaire entre pourcentage de surface brûlée et augmentation de la dépense énergétique permet une prédiction clinique utile pour l'ajustement des apports nutritionnels.
Principes généraux d'adaptation thérapeutique
En pratique clinique, la clé est de mesurer plutôt que d'estimer la dépense énergétique de repos du patient pathologique, car les variabilités inter-individuelles et intra-pathologiques sont considérables. La calorimétrie indirecte permet d'ajuster les apports nutritionnels en fonction du stade précis de l'agression et des facteurs confondants (sédation, niveau de conscience, fièvre). Un apport nutritionnel bien calibré soutient la récupération ; un apport mal ajusté prolonge la convalescence ou induit des effets iatrogènes. C'est particulièrement critique chez le traumatisé crânien en réanimation, où la dépense peut fluctuer rapidement selon le niveau de sédation et la présence d'agitation ou de crises convulsives.
Variations extrêmes : jeûne prolongé, surcharge calorique et substrats énergétiques
Jeûne prolongé et adaptation métabolique
Face à une restriction énergétique prolongée, l'organisme met en place des mécanismes d'adaptation qui ralentissent la perte de poids initialement spectaculaire. Ce phénomène s'explique par une réduction progressive de la dépense énergétique totale : la perte de masse corporelle entraîne une baisse du métabolisme de repos (puisque la masse maigre, métaboliquement active, diminue), la thermogenèse post-prandiale s'atténue (moins d'aliments ingérés = moins de coût de mise en réserve), et les dépenses liées à l'activité physique baissent (moindre poids à déplacer).
Cependant, la diminution du métabolisme de repos est plus importante que ne l'expliquerait seule la perte de masse maigre : il existe une véritable adaptation métabolique qui augmente l'efficacité énergétique des processus cellulaires. Deux mécanismes clés la constituent : d'une part, une baisse du tonus sympathique (qui normalement élève la thermogenèse), et d'autre part, une inhibition de la déiodination hépatique de la T4 en T3, réduisant ainsi les concentrations circulantes de T3 (hormone thyroïdienne active).
Cette adaptation représente une stratégie de survie : l'organisme « économise » son énergie en ralentissant son métabolisme. En pratique clinique, cela signifie qu'un régime très restrictif conduit non seulement à une perte de graisse, mais aussi à une dégradation progressive de la masse maigre (muscles, organes), menaçant le pronostic vital à long terme. Chez un sujet sain, c'est la masse maigre qui diminue préférentiellement, contrairement aux sujets obèses où la perte pondérale favorise la masse grasse.
Surcharge calorique et augmentation des dépenses
À l'inverse, une surcharge calorique prolongée provoque une augmentation des dépenses énergétiques qui, à terme, freine le gain pondéral excessif. Cette adaptation se fait selon trois axes : le gain de poids s'accompagne d'une augmentation de la masse maigre (tissu métaboliquement très actif, particulièrement le muscle), qui élève immédiatement le métabolisme de repos ; la thermogenèse post-prandiale augmente proportionnellement à l'excès d'apports alimentaires ; enfin, les dépenses liées à l'activité physique s'élèvent (il faut plus d'énergie pour déplacer une masse corporelle accrue).
Toutefois, cette élévation des dépenses ne compense jamais entièrement le surplus d'apports : c'est pourquoi le gain de poids ne s'arrête pas spontanément. La composition de ce gain varie selon l'individu et son patrimoine génétique — certains accumulent preferentiellement de la graisse, d'autres une proportion plus élevée de masse maigre. L'absence de stabilisation du poids témoigne d'une balance énergétique persistamment positive, contrairement au jeûne où une stabilisation se manifeste (équilibre à un niveau énergétique réduit).
Hiérarchisation de l'oxydation des substrats
L'organisme n'oxyde pas ses réserves énergétiques dans l'ordre de leur importance quantitative. Au contraire, il suit une hiérarchie métabolique inverse : les glucides (très limités : < 1 % des réserves totales, essentiellement le glycogène hépatique et musculaire) sont oxydés en premier lieu et rapidement épuisés ; les lipides (> 80 % des réserves) constituent la majorité du stock mais sont oxydés en second ; enfin, les protéines (< 15 % des réserves) sont mobilisées préférentiellement en fin de jeûne, lorsque les glucides et lipides deviennent insuffisants.
Cette hiérarchie reflète les priorités métaboliques : les cellules nerveuses ont une dépendance absolue au glucose, d'où la nécessité de maintenir la glycémie par la glycogénolyse puis la néoglucogenèse (alimentée partiellement par le catabolisme des protéines musculaires). Le quotient respiratoire (QR) mesure cette hiérarchie en temps réel : QR = 1,0 indique une oxydation exclusive de glucides, QR = 0,7 révèle une oxydation exclusive de lipides, QR = 0,8 correspond aux protéines. À jeun depuis 8-10 heures, le QR du sujet normal atteint environ 0,84, traduisant une oxydation mixte dominée par les lipides.
Cette connaissance a des applications cliniques majeures : lors d'un exercice physique intense, l'organisme privilégie les glucides (QR proche de 1,0) et oxyde peu de lipides — ce qui est défavorable pour un patient obèse cherchant à perdre du poids. À l'inverse, un exercice prolongé et modéré (basse intensité, longue durée) déplace le QR vers 0,7-0,8, favorisant l'oxydation lipidique. La calorimétrie indirecte, en mesurant le QR, permet d'adapter l'intensité et le type d'activité physique à l'objectif thérapeutique — maximiser la dépense énergétique du tissu adipeux plutôt que seulement la dépense totale.
Réserves énergétiques et fluctuation des dépenses
La dépense énergétique n'est pas constante au cours de la journée : elle fluctue en fonction de l'activité physique (pics après les repas, lors de l'exercice), tandis que certains tissus — notamment le système nerveux central — exigent un apport de substrat continu et constant. Cette discordance entre variation des dépenses et continuité des besoins cellulaires nécessite un système de réserves énergétiques organiques.
Le tissu adipeux joue le rôle majeur (> 80 % de la capacité de stockage), constitué de lipides peu mobiles mais très énergétiques. Le glycogène musculaire (réserve rapide, peu importante en volume absolu) soutient l'exercice musculaire local. Le glycogène hépatique (réserve de glucose pour la circulation générale) est épuisé rapidement lors du jeûne — ce qui déclenche la néoglucogenèse. Les protéines corporelles (< 15 % du stockage énergétique, mais mobilisables en derniers recours) sont progressivement catabolisées en jeûne prolongé, menaçant les fonctions vitales. Cette hiérarchie reflète l'équilibre évolutif entre efficacité énergétique (préserver la masse maigre le plus longtemps possible) et accessibilité métabolique (glucose glycogénique d'abord, puis lipides, puis protéines).
Teste ta compréhension
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La calorimétrie directe mesure la chaleur dégagée par le sujet lors d'un effort physique dans une chambre complètement contrôlée.
Quand la température ambiante diminue en dessous de la neutralité thermique, que se passe-t-il pour la dépense énergétique ?
Les gènes candidats impliqués dans la variabilité génétique de la dépense énergétique totale codent pour les protéines découplantes UCP, la leptine et les récepteurs aux catécholamines. Quel est le rôle principal de ces gènes ?
La thermogenèse postprandiale (TPP) est l'augmentation de dépense énergétique après l'ingestion d'aliments. Parmi les trois macronutriments, lequel entraîne la dépense énergétique la plus élevée lors de son stockage ?
Chez un patient traumatisé crânien, plusieurs facteurs influencent la dépense énergétique de repos. Lequel des facteurs suivants permet d'évaluer l'impact de la fièvre sur la dépense énergétique ?
La dépense énergétique de repos (DER) est mesurable sous des conditions particulières. L'un des éléments suivants est-il OBLIGATOIRE pour une mesure valide : la personne doit avoir jeûné depuis au moins 6 à 10 heures.
La calorimétrie indirecte est la technique de référence pour mesurer la dépense énergétique en clinique car elle utilise la corrélation entre la consommation d'oxygène et la production d'ATP.
Quel facteur exerce l'influence la plus importante sur la dépense énergétique de repos (DER) lorsqu'on ajuste les données selon la composition corporelle ?
Texte à trous
- Le rendement de l'activité physique est d'environ 25%, ce qui signifie que pour un travail musculaire de 100 kcal, on dépense environ 400 kcal.
- En surcharge calorique, le gain de poids entraîne une augmentation de la dépense énergétique due à l'activité physique. Cela s'explique par le fait que le poids du corps augmente.
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