Croissance économique : origines et enjeux
Aucune carteOrigines et enjeux de la croissance économique : définitions, théories, facteurs, cycles et perspectives.
La Croissance Économique : Origines, Enjeux et Théories
La croissance économique est un phénomène central en économie, dont les implications pour le bien-être humain sont immenses, comme l'a souligné Robert Lucas. Comprendre ses mécanismes, ses origines et ses enjeux est crucial pour toute société. Cette analyse approfondie explorera les définitions, les mesures, les facteurs, les théories et les débats contemporains autour de la croissance économique.1. Définition et Concepts Fondamentaux de la Croissance Économique
La croissance économique est définie par **François Perroux** comme « l'augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes d'un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réel ». C'est un phénomène durable, dont l'indicateur de référence est le **Produit Intérieur Brut (PIB)**.1.1. Croissance à Long Terme (Trend) vs. Fluctuations à Court Terme
La croissance est une tendance de longue période, appelée "trend" en anglais, qui s'oppose à :- La **stagnation** : un état stationnaire ou une croissance zéro.
- La **décroissance** : une période de baisse du PIB.
- La **récession** : un ralentissement de la croissance, où le taux de croissance reste positif mais diminue.
- La **dépression** : une baisse forte et durable du PIB, avec un taux de croissance négatif. Le PIB lui-même ne peut jamais être négatif.
1.2. PIB Effectif vs. PIB Potentiel
La distinction entre PIB effectif et PIB potentiel est essentielle pour évaluer la santé économique et formuler des politiques adaptées.- Le **PIB effectif** : Représente la quantité de biens et services réellement produits par les facteurs de production utilisés (quantitativement et qualitativement) à un moment donné. Une sous-utilisation de ces facteurs (ex: chômage élevé) constitue un gaspillage de ressources.
- Le **PIB potentiel** : Correspond au niveau de production qu'une économie pourrait atteindre si toutes ses ressources productives étaient utilisées de manière optimale, dans un contexte de plein emploi et d'inflation stable. C'est une estimation du maximum soutenable.
- Si la **croissance effective est inférieure à la croissance potentielle** : Il y a sous-utilisation des ressources (gaspillage), par exemple un taux de chômage important dû à une demande insuffisante. Pour réduire cet écart, il faut stimuler la croissance effective.
- Si la **croissance effective est supérieure à la croissance potentielle** : Il y a sur-utilisation des facteurs de production, ce qui peut entraîner des tensions inflationnistes (hausse des salaires, augmentation de la demande globale plus rapide que l'offre).
1.3. Croissance Économique vs. Développement Économique
Il est crucial de distinguer ces deux concepts :- La **croissance économique** : Un processus purement quantitatif, mesuré par l'augmentation du PIB réel.
- Le **développement économique** : Introduction d'une dimension qualitative. Il désigne l'ensemble des transformations techniques, sociales, démographiques, structurelles, culturelles, politiques qui accompagnent la croissance. Le développement est une notion plus large qui englobe l'amélioration du bien-être.
2. Mesure de la Croissance Économique
La croissance économique effective est principalement mesurée par le taux de variation du PIB.2.1. Calcul du Taux de Croissance du PIB Réel
Le taux de croissance économique représente le taux de variation du PIB. Pour obtenir une mesure réelle (en volume ou monnaie constante), il est nécessaire d'éliminer l'effet de l'inflation. C'est ce que l'on appelle la "déflation" du PIB nominal.Le taux de croissance du PIB entre l'année et l'année est donné par la formule :
Exemple de calcul :
- **PIB nominal** :
- En 2008 : 1500 milliards d'euros.
- En 2009 : 1750 milliards d'euros.
- Augmentation du PIB nominal : . (Le document initial donne 13,3%, vérifier ce calcul) Correction de l'exemple du cours: . L'exemple du cours contient une erreur de calcul.
- **Inflation** : 6% entre 2008 et 2009.
- **Calcul de l'indice des prix** :
- Année de base 2008 : Indice = 100.
- Indice des prix en 2009 : .
- **Calcul du PIB réel en 2009 (aux prix de 2008)** :
- milliards d'euros.
- **Augmentation réelle du PIB** :
- .
2.2. Taux de Croissance Annuel Moyen (TCAM)
Le taux de croissance annuel moyen (TCAM) est utilisé pour déterminer la _trend_ (tendance) de la croissance sur une période donnée, notamment lorsque le taux de croissance est instable d'une année à l'autre. Le calcul du TCAM sur une longue période permet de mettre en évidence la **croissance tendancielle**, c'est-à-dire le taux de croissance qu'aurait connu l'économie s'il était resté strictement stable à long terme.2.3. PIB par Habitant (PIB/hab) et sa Variation
Le PIB global, tel un "gâteau à partager", ne suffit pas. Il est essentiel de considérer la richesse produite en moyenne par habitant.- : Une estimation de la richesse produite ou de la production réalisée en moyenne pour chaque habitant pendant un an. La relation entre croissance démographique et croissance économique devient cruciale.
- : Mesure l'évolution de la richesse par habitant, ajustée pour la variation de la population.
3. Évolution Historique de la Croissance Économique
L'apparition d'une croissance durable et soutenue est un phénomène relativement récent, qui émerge avec la Révolution Industrielle au début du XIXe siècle, comme l'a documenté A. Maddison.3.1. Les Phases de Croissance Mondiale selon Maddison (1820-1998)
A. Maddison a identifié cinq phases distinctes dans l'étude de la croissance mondiale :- **1820-1870 : Mise en place du capitalisme libéral.** Caractérisée par les débuts de la Révolution Industrielle en Angleterre, le passage à des formes modernes de production basées sur le machinisme, le modèle de l'usine, la recherche d'innovation et la relation salariale. La croissance mondiale résultait aux deux-tiers de la croissance européenne.
- **1870-1913 : Accélération de la croissance mondiale (Deuxième Révolution Industrielle).** Propulsée par des innovations majeures (moteur à explosion, électricité) et le rattrapage des pays à industrialisation tardive (comme l'Allemagne), dans un contexte de "première mondialisation" (S. Berger).
- **1913-1950 : Ralentissement relatif.** Malgré des gains de productivité élevés (production de masse, taylorisation), cette période est marquée par des événements historiques défavorables : deux guerres mondiales et la Grande Dépression de 1929.
- **1950-1973 : Les Trente Glorieuses.** Période d'âge d'or de la croissance, avec un "trend" très élevé, décrite par J. Fourastié. Exceptionnelle par sa durée et son niveau de croissance élevé à l'échelle mondiale.
- **Depuis 1973 : Retour à la normale.** Cette phase apparaît moins comme une crise globale qu'un retour au trend observé sur une période plus longue (par exemple, le taux de croissance du PIB en Europe de 1820 à 1998 (+2,13% par an) est quasiment identique à celui de 1973 à 1998).
3.2. Tendances Récentes (Depuis les Années 80)
Depuis les années 1980, la croissance mondiale repose de plus en plus sur les **pays émergents**, dont la part dans le PIB mondial est passée de 27,4% en 1992 à plus de 40% en 2011, et même 45% en 2017 selon le FMI. Pour 2023, les prévisions indiquent un ralentissement de la croissance mondiale à 2,9%, avant une légère remontée à 3,1% en 2024, restant inférieure à la moyenne historique (3,8% pour 2000-2019). Les facteurs influençant cette période sont :- Le relèvement des taux d'intérêt par les banques centrales pour maîtriser l'inflation.
- La guerre en Ukraine.
- La réouverture de la Chine post-COVID-19, qui a permis une reprise plus rapide que prévu.
- L'inflation mondiale qui devrait décliner mais rester supérieure aux niveaux pré-pandémiques.
3.3. Convergence et Divergence des Économies
Les différences de rythme de croissance entre pays sont très sensibles.- **Convergence** : Un pays initialement plus pauvre connaît un taux de croissance plus élevé, ce qui lui permet de "rattraper" le pays plus développé.
- **Divergence** : Les écarts de richesse se creusent parce que les pays les moins développés ont également le taux de croissance le plus faible.
3.4. Les Étapes de la Croissance Économique selon W.W. Rostow
W.W. Rostow (1960) propose un modèle de développement en cinq étapes, suggérant que chaque pays suit un chemin similaire et que les écarts sont un simple décalage temporel :- **La société traditionnelle** : Faible productivité, capacités de production limitées, agriculture dominante, structures sociales rigides.
- **Les conditions préalables au démarrage** : Diffusion de l'idée de progrès, extension de l'éducation, développement de l'esprit d'entreprise, épargne et investissement, développement des échanges, crucialité de la croissance agricole.
- **Le démarrage (Take-off)** : Période de 20 ans où les obstacles à la croissance sont surmontés. Trois conditions sont nécessaires:
- Élévation du taux d'investissement (de à du PNB) pour soutenir la croissance malgré la pression démographique.
- Création de secteurs industriels moteurs (ex: révolution industrielle).
- Mise en place d'un appareil politique, social et institutionnel favorable, incluant le rôle de l'État dans la mobilisation des capitaux.
- **La marche vers la maturité** : L'économie diversifie ses industries, les techniques modernes s'étendent à tous les secteurs.
- **L'ère de la consommation de masse et de la tertiarisation** : La production de biens de consommation durables et de services devient prédominante.
4. Les Facteurs de la Croissance Économique
La croissance économique dépend de multiples facteurs, qui peuvent être analysés au niveau microéconomique et macroéconomique.4.1. Approche par les Facteurs de Production
Cette approche microéconomique s'intéresse aux intrants de la production. Au niveau macroéconomique, on parle de "moteurs" de la croissance (consommation, investissement, exportations). Dans les modèles de croissance les plus simples, basés sur des fonctions de production agrégées, les économistes distinguent :- Le **Facteur Travail** :
- La **population active** (quantité de travail).
- La **durée du travail** effectuée par chaque actif.
- La **productivité horaire du travail** (multipliée par 16 en un siècle en France), déterminée par l'organisation du travail (division du travail, A. Smith), l'association avec un capital plus efficace, et l'accumulation de capital humain.
- Le **Capital Humain** (G. Becker) : Stock de compétences valorisables économiquement, acquises par l'éducation, l'expérience, la santé. Il est une source durable et cumulative de croissance. Il est plus facile d'acquérir de nouvelles connaissances avec un stock initial élevé.
- Le **Capital Physique Produit** : Les machines, outils, bâtiments (capital fixe).
- Les **Ressources Naturelles** (Capital Naturel) :
- Longtemps considérées comme le principal facteur et source unique de croissance, ou comme une donnée exogène et illimitée.
- Aujourd'hui, leur caractère limité (épuisement des ressources non renouvelables, effets négatifs sur l'environnement) leur redonne un rôle significatif, à l'origine du concept de développement durable.
- Le **Capital Social et Institutionnel** : Les relations sociales et les institutions qui encadrent l'activité économique (lois, droits de propriété, marchés, gouvernance).
4.2. Le Progrès Technique
Le progrès technique est une notion très large, englobant les innovations qui améliorent qualitativement les facteurs de production, les méthodes de production, l'organisation du travail ou les marchés. Il améliore la **Productivité Globale des Facteurs (PGF)**, c'est-à-dire le rapport entre la production et le volume total des facteurs utilisés.Deux visions du progrès technique :
- **Progrès technique exogène (néoclassique, R. Solow)** :
- Il est un "résidu", la part inexpliquée de la croissance une fois l'augmentation quantitative du travail et du capital prise en compte.
- Il est considéré comme "tombé du ciel", indépendant des comportements des agents économiques et donc inexpliqué.
- Exemple : L'étude de Carré, Dubois et Malinvaud sur la France (1961-1973) a montré que près de la moitié de la croissance ne s'expliquait ni par le travail ni par le capital, mais par ce "résidu de Solow".
- **Progrès technique endogène (théories contemporaines, P. Romer, R. Lucas, R. Barro, P. Aghion, P. Howitt)** :
- Il est intégré au modèle, dépendant des décisions volontaires et rationnelles des agents d'investir dans la recherche et développement (R&D).
- Il est le fruit d'activités économiques spécifiques et crée des innovations.
Historique et Impact de l'Innovation
Le progrès technique a historiquement joué un rôle majeur par les innovations de produits (textile), de procédés (machine à vapeur) et d'organisation du travail (usines modernes). Cependant, son impact peut être lent à se manifester pleinement.Le Paradoxe de Solow
Robert Solow (1987) a constaté que, malgré les investissements massifs dans les technologies de l'information (ordinateurs) dans les années 1970-1980, la croissance de la productivité globale des facteurs a ralenti. Il a formulé son célèbre paradoxe : « les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité ». Explication : Il existe un délai avant que les innovations produisent leurs effets macroéconomiques, car elles nécessitent une transformation profonde de l'organisation du travail et des processus pour en tirer réellement profit.4.3. Rôle des Institutions
Les institutions (D. North, W. Fogel) sont essentielles pour la croissance et le développement, car elles encadrent le fonctionnement des marchés (droits de propriété, concurrence, brevets, stabilité politique).- Elles créent un environnement favorable à l'activité économique (libre-échange, initiative individuelle).
- Elles permettent de gérer les externalités et les imperfections de l'information.
- Des institutions solides stabilisent les marchés, maintiennent la stabilité des prix, la confiance et les échanges.
- Selon D. Rodrick et A. Subramanian, les institutions "créatrices de marché" sont cruciales. Elles stimulent l'esprit d'entreprise, l'investissement, l'innovation.
- La protection des droits de propriété et des inventeurs (brevets) encourage l'innovation, mais peut aussi en freiner la diffusion.
4.4. Le Rôle de l'État
Les théories économiques ont diversement appréhendé le rôle de l'État :- **Critiques du "moins d'État"** : Même les libéraux reconnaissent que l'État doit investir dans les infrastructures (routes), l'éducation (formation), la recherche.
- **Revalorisation du rôle de l'État (nouvelles théories)** : La politique économique peut influencer directement le taux de croissance (et non plus seulement le niveau de production). L'État est garant de la régulation des marchés et peut créer les instruments de coordination des agents.
- **Politiques structurelles** : Les théories de la croissance endogène réhabilitent le rôle des politiques structurelles (investissement dans la formation, la santé, la recherche, les infrastructures) comme leviers de croissance durable.
5. Les Théories de la Croissance Économique
Les théories de la croissance cherchent à analyser les déterminants de l'évolution de la production de richesse. Elles ont évolué, intégrant des disciplines variées et s'intéressant davantage aux déséquilibres, rompant avec la distinction stricte entre conjoncture et long terme.5.1. Les Classiques : Vision Optimiste vs. Pessimiste
- **Adam Smith (Optimiste)** : Souligne le rôle essentiel de la **division du travail** dans les gains de productivité et la richesse des nations. L'extension des marchés (due à la baisse des coûts) incite à investir et à approfondir la division du travail, créant un cercle vertueux. Il perçoit l'importance du progrès technique, bien que son analyse reste circonscrite au secteur manufacturier. Exemple : La production d'épingles d'Adam Smith démontre comment la spécialisation peut multiplier la production par ouvrier.
- **David Ricardo (Pessimiste)** : Prédit une tendance naturelle vers un **état stationnaire** en raison de la **loi des rendements décroissants** dans l'agriculture. Avec une population croissante, des terres de moins en moins fertiles sont cultivées, entraînant une réduction des profits et un tarissement des opportunités d'investissement. Exemple : L'accroissement démographique en Angleterre au XIXe siècle amenait, selon Ricardo, à cultiver des terres de moins bonne qualité pour nourrir la population, augmentant les coûts de production alimentaire et réduisant la part des salaires ou des profits.
- **Thomas Malthus (Pessimiste)** : Propose la "loi de population", selon laquelle la population croît selon une progression géométrique () tandis que les subsistances croissent arithmétiquement (). Cela conduit à une tendance permanente à la surpopulation et à une diminution tendancielle de la croissance jusqu'à l'état stationnaire. Exemple : Les famines historiques étaient interprétées par Malthus comme des manifestations de ce déséquilibre inévitable entre population et ressources.
5.2. Le Modèle de Solow (Néoclassique)
Robert Solow (1956) intègre le progrès technique dans un cadre néoclassique.- Il reprend l'idée classique d'une convergence vers l'état stationnaire en l'absence de progrès technique.
- Seule une hausse continue du facteur résiduel, le **progrès technique**, peut expliquer une croissance durable.
- Paradoxalement, le progrès technique est considéré comme **exogène** ("manne tombée du ciel"), ses causes ne sont pas expliquées par le modèle.
5.3. Les Keynésiens et l'Instabilité de la Croissance
Keynes s'intéresse au court terme, mais ses hypothèses sont reprises par Harrod (1900-1978) et Domar (1914-1997) pour étudier la croissance sur le long terme.- **Croissance stable et croissance équilibrée** :
- **Équilibrée** : si l'augmentation de la production est compatible avec l'équilibre macroéconomique (Offre Globale = Demande Globale) et le plein emploi.
- **Stable** : s'il existe des mécanismes de retour à l'équilibre en cas d'éloignement.
- **Modèle Harrod-Domar** :
- La croissance est **instable**, car les déséquilibres ont tendance à s'accentuer (effet multiplicateur).
- Une croissance supérieure aux prévisions incite à investir davantage, augmentant encore la demande et le déséquilibre ("croissance sur le fil du rasoir").
- Cette approche justifie l'**intervention de l'État** pour maintenir l'économie proche d'un sentier de croissance de plein emploi.
5.4. Les Théories de la Croissance Endogène
Ces théories, développées dans les années 1980 (P. Romer, R. Barro, R. Lucas, P. Aghion et P. Howitt), insistent sur le caractère cumulatif de la croissance et rejettent l'idée d'un épuisement naturel. Elles expliquent la croissance par des variables internes au modèle ("endogènes"), souvent grâce à des **rendements croissants** ou des **externalités positives**. Trois catégories principales :- **Technologie (P. Romer)** :
- La croissance repose sur le caractère endogène du progrès technique, généré par les investissements en **recherche et développement (R&D)**.
- Les découvertes de la R&D bénéficient à tous, entraînant des **externalités positives**.
- Exemple : L'invention de l'imprimerie a eu des externalités positives massives sur la diffusion des connaissances, stimulant d'autres innovations.
- **Capital Humain (R. Lucas)** :
- L'accumulation de capital humain (connaissances, compétences) est un moteur de croissance. Son efficacité est cumulative (les compétences ne s'usent pas) et source de **rendements croissants**.
- Exemple : Une population mieux éduquée est plus apte à innover, à s'adapter aux nouvelles technologies et à être plus productive.
- **Dépenses Publiques (R. Barro)** :
- Les investissements publics (infrastructures, éducation) sont source d'**externalités positives** et favorisent la croissance.
- Il existe un niveau optimal de dépenses publiques où les externalités positives l'emportent sur l'impact négatif des prélèvements.
- Exemple : La construction de routes, de ports ou la fourniture d'une éducation de qualité par l'État peuvent stimuler la productivité des entreprises privées.
5.5. Le Rôle Décisif de l'Innovation (Schumpeter, Aghion & Howitt)
L'innovation, application réussie d'une invention dans le domaine commercial ou industriel, est un moteur clé. **Joseph Schumpeter** a montré qu'elle peut prendre diverses formes :- Nouveaux produits (ex: smartphone).
- Nouveaux procédés (ex: robotisation de la production).
- Nouvelles formes d'organisation (ex: OST - Organisation Scientifique du Travail, e-commerce).
- Nouveaux marchés ou sources d'énergie (ex: gaz de schiste).
6. Instabilité et Cycles de la Croissance
La croissance n'est pas un phénomène stable; elle est marquée par des fluctuations économiques, appelées **cycles économiques** lorsqu'elles présentent une certaine régularité.6.1. Typologie des Fluctuations et Cycles
- **Expansion économique** : Le taux de croissance augmente.
- **Récession** : Ralentissement de la croissance (taux de croissance positif mais en diminution) ou baisse du PIB pendant au moins deux trimestres consécutifs.
- **Dépression** : Période durable de forte baisse du PIB (taux de croissance négatif).
- **Cycles de Kitchin (3 à 5 ans)** : Liés aux mouvements de stocks (accumulation en expansion, déstockage en récession) et à l'appréciation de la conjoncture par les entreprises. Caractérisés par des accélérations ou décélérations de la croissance.
- **Cycles de Juglar (6 à 10 ans)** : Cycles des affaires ou cycles majeurs, avec d'importantes phases d'expansion et de récession. Affectent les grandes variables macroéconomiques (production, investissement, emploi, salaires, profits) et peuvent entraîner des ruptures de l'appareil de production, notamment des variations fortes des investissements.
- **Cycles de Kondratieff (45 à 60 ans)** : Mis en évidence par N. Kondratieff. Dépendent des contraintes techniques et du rythme du progrès technique et de la durée de vie du capital. Schumpeter les explique par l'intensité des **innovations en grappes** (ex: machine à vapeur, chemins de fer), entraînant une phase ascendante suivie d'une phase de déclin (maturité des innovations, tassement des profits).
6.2. Explications des Cycles Économiques
- **Par la monnaie et le crédit (K. Wicksell, 1898)** : Les mouvements de crédit et de taux d'intérêt, ainsi que l'intervention des banques centrales pour freiner l'inflation, peuvent provoquer des retournements conjoncturels.
- **Par la demande (Keynésiens)** : Les cycles sont expliqués par les variations de la demande, notamment de l'**investissement**. L'efficacité marginale du capital (rendement attendu d'un investissement) et les taux d'intérêt, influencés par la confiance, sont à l'origine des retournements. .
- **Par l'offre (Libéraux)** : Les coûts de production trop élevés (ex: salaires) réduisent les profits et l'investissement, menant à la crise. Les libéraux imputent souvent les cycles aux interventions de l'État (qui perturbent les mécanismes autorégulateurs) et aux chocs exogènes (ex: rareté des matières premières).
7. La Stagnation Séculaire : Un Débat Contemporain
Le débat sur la **stagnation séculaire** (ralentissement durable ou disparition de la croissance) est récurrent en économie. Il est alimenté par la baisse des gains de productivité et des taux de croissance globaux observés depuis les Trente Glorieuses.7.1. Les Thèses de la Stagnation Séculaire
- **Alvin Hansen (1938)** : S'inquiétait déjà de l'épuisement des trois sources de croissance du XIXe siècle : les inventions, la découverte de nouveaux territoires et la croissance démographique.
- L'expansion géographique est finie.
- Le rythme des inventions est imprévisible, et les innovations futures pourraient nécessiter moins de capital.
- Le déclin de la croissance démographique était anticipé.
- **Larry Summers (2013)** : A évoqué ce risque après la crise de 2008, soulignant la **panne de l'investissement** comme cause principale de la dépression de la croissance potentielle. Le FMI a noté en 2015 que l'investissement productif agrégé était bien en deçà de son niveau d'avant-crise.
- **Autres arguments des partisans de la stagnation séculaire** :
Nature des vents contraires Explications détaillées **Changements démographiques** Vieillissement de la population, baisse du nombre d'heures travaillées par tête, déclin du taux d'activité. (Estimé à point de % sur taux de croissance annuel moyen). La protection sociale aux USA incite aux temps partiels. **Niveau d'éducation** Stagnation du niveau d'éducation (ex: % de diplômés du secondaire aux USA est passé de 10% à 80% entre 1900-1970, puis a baissé à 74% en 2000). L'accès difficile à l'université (dette étudiante) freine les gains de productivité liés au capital humain. (Estimé à point de % sur taux de croissance annuel moyen). **Inégalités** L'accroissement des inégalités, notamment l'explosion des très hauts revenus, déprime la demande globale. (Estimé à point de % pour les 99% les moins aisés). **Dette publique** L'endettement public élevé conduit à des politiques de consolidation budgétaire (hausse d'impôts, réduction des prestations) qui pèsent sur la croissance et le revenu disponible. (Estimé à point de % sur taux de croissance annuel moyen du PIB par tête). **Mondialisation** Augmentation des salaires dans les pays en développement, ralentissement dans les pays avancés, délocalisations, concurrence des produits à bas coûts, destruction nette d'emplois dans certains secteurs. **Changement écologique** Les réglementations et taxes environnementales impactent l'activité. L'épuisement des ressources naturelles entraîne une hausse de leurs prix, réduisant la compétitivité et le pouvoir d'achat. D'autres économistes comme Paul Krugman et Michel Aglietta soulignent aussi le rôle de la demande, tandis que Joseph Stiglitz critique les politiques d'austérité et la baisse du revenu réel médian. Patrick Artus et Marie-Paule Virard insistent sur la déindustrialisation comme facteur de ralentissement des gains de productivité.
7.2. Les Contre-Arguments au Pessimisme
Le pessimisme concernant le potentiel des innovations est contesté par plusieurs auteurs :- **Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson** : Affirment que les économies sont à un "point d'inflexion". Les recherches actuelles (voiture autonome, robots intelligents) sont sur le point de transformer radicalement la production et la consommation. Le "paradoxe de Solow" peut s'expliquer par le délai d'adaptation des organisations.
- **Les historiens de l'économie** : Soulignent les longs délais entre l'apparition d'une innovation et ses effets macroéconomiques sur la productivité, notamment en raison de la réorganisation du travail nécessaire. Les innovations actuelles ne feraient pas exception.
- **Les économistes schumpetériens (notamment P. Aghion)** :
- La **révolution numérique et les TIC** ont durablement amélioré la technologie de production d'idées, un foyer de croissance endogène.
- La **mondialisation** offre un immense marché potentiel aux innovations, permettant d'amortir plus facilement les coûts fixes et les dépenses de R&D, générant des économies d'échelle.
- Les **techniques statistiques actuelles** pourraient sous-estimer les gains de productivité et la croissance réelle générés par les innovations les plus récentes (ex: services numériques "gratuits").
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