Criminologie : Synthèse et Débats Clés
20 cartesCe document offre une synthèse approfondie de la criminologie, explorant ses définitions, les questions de son autonomie en tant que science, ses objets d'étude et les débats fondamentaux. Il aborde l'opposition entre libre arbitre et déterminisme, le lien entre criminalité et classes sociales, ainsi que les méthodes de mesure du crime. Y sont également développées les implications pratiques des théories criminologiques à travers les phénomènes de la délinquance urbaine et le rôle des victimes, incluant les théories de l'anomie, l'étiquetage, et la justice restauratrice. Les auteurs clés et les concepts majeurs sont présentés pour une compréhension globale du domaine.
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Notes de Criminologie : Comprendre le Crime et la Réaction Sociale
La criminologie est une discipline complexe qui s'intéresse au crime, à la criminalité et au phénomène criminel. Contrairement à d'autres domaines liés, elle ne se limite pas à la criminalistique, au droit pénal, àla politique criminelle ou à la pénologie.
Qu'est-ce que la Criminologie ?
La criminologie ne doitpas être confondue avec :
- La criminalistique : Ensemble des sciences et techniques utilisées en justice pour établir les faits matériels et la culpabilité (ex: recherche d'empreintes, analysesbalistiques).
- Le droit pénal : Qui étudie les sources du droit (doctrine, jurisprudence) et est une discipline normative (prescriptive). La criminologie utilise une méthode empirique, étudiant ce qui est plutôtque ce qui devrait être.
- La politique criminelle : Qui vise à organiser la lutte contre le crime, souvent influencée par des agendas politiques.
- La pénologie : Qui étudie les fonctions et modalités des sanctions pénales (amendes, prison).
Elle est donc l'étude du crime, de la criminalité et du phénomène criminel, allant au-delà de l'idée restrictive du meurtre ou de l'assassinat.
Un crime est le rapport entre un acte matériel et une manière institutionnelle (pénale) de définir cet acte.
Le crime a deux dimensions : un comportement et une définition/réaction à ce comportement. Un acte ne devient "crime" que s'il est intégré dans une catégorie pénale et que le système pénal décidede s'en saisir.
La Criminologie est-elle une Science Autonome ?
Le crime, objet d'étude de la criminologie, est partagé avec d'autres disciplines et sa définition pénale évolue. Cela pose la question de l'autonomiede la criminologie. Trois orientations majeures se distinguent :
- L'orientation du noyau dur : Réduit l'objet de la criminologie à un ensemble d'actes universellement réprouvés (idée de délit naturel, contestée par l'absence d'universalité).
- L'orientation des critères juridiques (pénaux) : S'identifie à la loi pénale, étudiant tout acte interdit par le droit pénal. Ces deux premières orientations considèrent la criminalité comme un fait brut, précédant la loi pénale.
- L'orientation des critères/paramètres extra-pénaux : Apparue au XXe siècle, elle s'intéresse à la déviance (ce qui n'est pas dans la norme), conçue comme une réponse auxproblèmes sociaux.
Pour Sutherland (1934), la criminologie est un corpus de connaissances sur le crime en tant que phénomène social. Pour Pires, c'est une activité de connaissance scientifique, interdisciplinaire, qui s'implique dansles jugements de valeur et les normes juridiques.
Quels sont les Objets de la Criminologie ?
Selon P. Robert, la criminologie étudie le crime, un comportement incriminé, à travers :
- Criminalisation primaire : Processus d'élaboration de la loi pénale.
- Transgression des lois : Étude du sens des transgressions (personnes, contexte).
- Criminalisation secondaire : Processus de répression pénale et décalage entre transgressionet sanction.
Cette approche, dite de la criminalisation, saisit la dynamique du champ comme un ensemble de pratiques emboîtées. A. Pires voit le crime comme un objet paradoxal (comportement matériel + définition) et distingue deux paradigmes :
- Paradigme du passage à l'acte (ou étiologique) : S'intéresse aux causes du comportement.
- Paradigme de la réaction sociale (ou définition sociale) : S'intéresse à la manière dont la société définit lecrime et y réagit.
Pires introduit aussi les notions de situation problème (plus large que le crime, inclut le contrôle social formel et informel) et de contrôle social. Il propose un troisième paradigme :
- Paradigme des interrelations sociales : Comprend les situations problèmes dans leurs dimensions matérielle (axe horizontal) et éthique, et le processus de définition pénale (axe vertical). Il permet de dépasser les lacunes des deux premiers en étudiant les acteurs et les enjeux de la criminalisation.
Le langage pénal est performatif : un jugement pénal définit un acte comme crime.
PARTIE 1 : Débats Théoriques à Travers la Criminologie (Sociologie)
Débat 1 : Libre Arbitre vs Déterminisme
1. L'individu est doté d'un libre-arbitre
Cette conception est liée au libéralisme et au contrat social (Rousseau, 1762), qui fonde la souveraineté de la nation et le droit depunir. La rationalité pénale moderne est influencée par cette idée.
A) Beccaria, 1764 : Traité des Délits et des Peines
Influencé par le contrat social, Beccaria pose plusieurs principes :
- Égalité : Seul le législateur fixe les délits et les peines.
- Séparation des pouvoirs : Le législateur ne juge pas, c'est le rôle du magistrat.
- Imputabilité etculpabilité : Les juges ne peuvent interpréter les lois.
- Crédibilité de la justice : La certitude de la peine est plus dissuasive que sa sévérité.
La peine doit être proportionnelle au dommage causé par l'acte, indépendamment de l'intention.
B) École Classique
Elle repose sur :
- Contrat social et libre-arbitre.
- Hédonisme (recherche du plaisir, évitement de lasouffrance).
- Rationalisme (guidé par la raison).
Conséquences sur le droit pénal : justice égale pour tous, lois écrites et codifiées, pas de crime ni peine sans loi, peines proportionnelles, application rapide des lois. Lecrime est un préjudice social légalement défini. L'objectif est de dissuader en augmentant les coûts du crime.
C) Réception, Application et Critique des Idées Classiques
La Révolution française adopte ces idées (principe de légalité).Cependant, la rigidité des codes pénaux mène à des réformes (perspectives néoclassiques) comme les fourchettes de peine et les circonstances atténuantes.
Au XXe siècle, le criminel est toujours vu comme un être rationnel. M. Cusson(1988) observe 4 évolutions :
- Baisse de la criminalité (crime drop).
- Technologie et progrès scientifique qui renforcent la surveillance.
- Crise de l'idéal réhabilitatif : renforcement des dimensions répressives.
- Perte d'initiative de l'État en sécurité : la sécurité devient un marché.
Cusson parle de criminologie gestionnaire : utile à l'État et lasociété. Le crime est une réponse à une occasion criminelle. La prévention situationnelle vise la situation, pas le délinquant, pour minimiser les gains et maximiser les coûts. Garland nomme ce phénomène la criminologie de la vie quotidienne, où le crime est un risqueà calculer et la sécurité une responsabilité citoyenne.
Le concept d'entonnoir pénal illustre que seuls une petite fraction des délits se traduisent par une incarcération.
2. L'individu est un être déterminé
Lacriminologie s'est construite sur l'image d'un délinquant déterminé, en opposition à l'école classique.
A) L'école positiviste italienne
Elle cherche les causes du passage à l'acte, constatant l'échec du système pénal classique. L'objectif est de produire un savoir scientifique sur le crime, le criminel et la réaction sociale.
| ÉCOLE CLASSIQUE | ÉCOLE POSITIVISTE |
| - Crime | - Criminel |
| - Responsabilité individuelle | - Responsabilité sociale |
| - Définition légale du crime | - Ne s'appuie pas sur une définition légale |
| - Peine déterminée, sentence fixe | - Sentence indéterminée |
| - Ne se fonde pas sur des recherches empiriques, mais philosophiques | - Recherches empiriques, matériel, méthodes inductives |
| - Abolition de la peine de mort | - Option de la peine de mort |
Trois penseurs clés :
- Lombroso (biologique) : Cherche desdifférences entre criminels et non-criminels dans le corps (ex: creux occipital). Il parle d'atavisme (criminel = vestige du passé), d'absence d'intériorité et classe les criminels (atavique, dément, criminaloïde, femme délinquante).
- Garofalo (psychologique) : S'intéresse à la différence psychologique. Le délit naturel blesse le sens moral (pitié, probité). Il propose une classification (assassin, violent, improbe) et prône une défense sociale plutôt qu'une juste punition, avec des peines indéterminées.
- Ferri (multifactoriel) : Explique la criminalité par plusieurs causes (anthropologiques, physiques, sociales) et propose la loi de saturation criminelle.Il classifie les criminels (fou, né, d'habitude, par passion, d'occasion) et privilégie la prévention sociale par l'amélioration des conditions sociales.
Critiques : caractère consensuel, lacunes méthodologiques (chiffre noir), focus sur les différences entre individus.
B) L'école psycho-morale (1935-1970)
Elle s'intéresse à la personnalité du délinquant et à ses valeurs morales. L'idée est que l'homme peut devenir délinquant. Cette école influence laDéfense Sociale.
- De Greeff : Cherche à comprendre le crime pour l'individu, postulant un processus en 4 étapes : imagination, formulation, crise, dénouement/passage à l'acte.
- Pinatel : Meten avant l'examen médico-psychologique et social. Il décrit une personnalité criminelle caractérisée par un noyau central (égocentrisme, labilité, agressivité, indifférence affective) et vise à mesurer la dangerosité.
C) L'école deChicago (sociologique)
Cette école met l'accent sur l'influence de l'environnement urbain et de la position sociale. Elle étudie les problèmes sociaux de Chicago post-Première Guerre Mondiale (industrialisation, immigration, urbanisation).
- Désorganisation sociale : Diminution des contrôles de l'environnement sur l'individu, menant à la déviance.
- Thomas & Znaniecki : Étudient le concept de désorganisation sociale et l'éclatement de la famille traditionnelle polonaise.
- Park &Burgess : Modèle écologique qui montre que l'ordre social est affecté par les changements rapides, entraînant des conflits et une désorganisation sociale.
- Shaw & McKay : Expliquent la délinquance par la situation dans la société urbaine. Leurs cartes de délinquance montrent que lestaux sont élevés dans les zones à faibles revenus.
- Thrascher : Étudie la création spontanée de gangs, voyant la délinquance comme une réinvention du monde.
En conclusion, la déviance est un phénomène "normal" lié àla désorganisation urbaine. C'est la communauté urbaine qui est responsable.
3. Tentative de réconciliation entre libre-arbitre et déterminisme
- Tarde : L'individu est responsable sous deux conditions : similitude sociale (assimilation des normes) et identité personnelle (cohérence interne, reconnaissance de l'acte).
- Debuyst (élève de De Greeff) : Le délinquant est un acteur social, à la fois actant (choix) et agi (influencé par son cadre). Ni entièrement libre, ni entièrement déterminé.
Cette perspective remet en question la loi pénale et le rôle des intervenants judiciaires, perçus comme des acteurs sociaux influencés par leurs propres points de vue.
Résumé du premier débat :
- Fondement du droit pénal (école classique)
- Naissance de la criminologie (Lombroso, Garofalo et Ferri)
- École psycho-morale
- École de Chicago
- Criminologie de la vie quotidienne
- Tarde et Debuyst
Débat 2 : Associer la criminalité à une classe sociale ?
1. La criminalité sera l'apanage d'une classe sociale, les pauvres
Au XIXe siècle, l'industrialisation et l'urbanisation créent une misère qui est associée au crime. Deux points de vue sur le lien pauvreté-criminalité :
a. Les enquêtes statistiques
- A. Quetelet : Quantifie les comportements humains.Il applique la courbe de Gauss à la criminalité, affirmant que "la société produit les crimes". Le crime est un fait brut, mesurable, et le criminel n'est pas anormal.
b. Les enquêtes sociales
Observations et questionnaires sur la notion de classe dangereuse, cherchant à améliorer les conditions de vie.
c. Les études socialistes
- Marx et Engels : Expliquent l'augmentation de la criminalité par le capitalisme (expropriation, plus-value). Pour eux, le crime est une révolte contre les inégalitéséconomiques.
d. Conclusion
La criminalité est vue comme un mal social, un phénomène de masse, surtout dans la classe ouvrière (classes dangereuses). Pour Quetelet, c'est un fait social brut ; pour les socialistes, c'est un symptômed'une société injuste.
2. La pauvreté et le crime ont une cause commune : la dégénérescence
L'eugénisme suggère que la dégénérescence (héréditaire) cause pauvreté et criminalité. Walgravedistingue trois types de délinquance :
- Passagère : Propre à l'adolescence.
- Symptôme : Liée à des troubles psychologiques.
- De précarité : Liée aux problèmes sociaux desjeunes issus de classes défavorisées.
Il souligne la vulnérabilité sociale et les inégalités de pouvoir. Sa théorie met en lumière que les institutions sociales offrent des biens et services en échange de la conformité, mais que l'équilibre entre offre et contrôle est souvent rompu pour les plus défavorisés.
3. Toutes les classes sociales commettent des délits
(1) La criminalité des élites
E. Sutherland étudie la criminalité en col blanc (WCC), montrant que les riches aussicommettent des crimes. Ces crimes sont souvent complexes, peu visibles, et bénéficient d'une faible réaction sociale (agences de contrôle, opinion publique, lobbying).
Le débat médiatique se focalise moins sur ces crimes. Les criminels en col blanc ne se perçoivent pas comme tels, se croyant au-dessus des lois.
Nagels explique les difficultés de recherche dans ce domaine : difficulté d'accès aux sujets, manque de transparence des entreprises, recours à des sources secondaires. Les dommages de ces crimes sont énormes, mais les victimes sont souvent indirectes (ex: fraude fiscale).
Sutherland conclut que la criminalité n'est pas l'apanage des pauvres.
(2) Les théories tentant d'expliquer le décalage entre délinquance enregistrée et délinquance réelle enrapport avec la structure sociale
Le lien entre pauvreté et criminalité est remis en question par le paradigme de la réaction sociale, expliquant pourquoi les classes pauvres sont plus souvent prises dans le système.
A. Les interactionnistes (années 50-70)
Le courant de l'interactionnisme symbolique souligne que les normes légales sont le produit de négociations et d'inégalités de pouvoir. Les classes défavorisées sont plus souvent prises dans le système pénal car :
- Elles commettent des actes déviants plus visibles.
- Elles sont ciblées par des lois pénales répressives.
- Elles font l'objet de réactions sociales stéréotypées.
- Elles sont éloignées des acteurs institutionnels.
Le conflit culturel engendre la déviance primaire, qui, sous l'effet du contrôle social, peut mener à la déviance secondaire.
B. Les théoriciens critiques – néo-marxistes (années 60-70)
La société capitaliste est traversée par des rapports de domination. Le droit pénal, né avec le capitalisme, protège la propriété privée et contrôle la structure sociale. Il existe un double système de justice (pénal pour les dominés, civil/administratif pour les dominants).
L'État n'est pas neutre et garantit la survie du système capitaliste. La criminalité est une réponse logique à l'exploitation de l'homme par l'homme. L'État a intérêt à maintenir un certain taux de criminalité pour légitimer sonintervention et neutraliser les plus opprimés.
Débat 3 : Comment mesurer le crime ? Peut-on le mesurer ?
1. Les statistiques criminelles et les crimes
Quetelet est le père des statistiques. Le chiffre noir représentela criminalité non répertoriée. L'entonnoir pénal décrit la déperdition entre les crimes commis et ceux connus.
2. Les mécanismes de sélection ou comment fonctionne la justice pénale
La police est plus réactive que proactive.La reportabilité des faits dépend de 3 éléments :
1- Visibilité
Varie selon l'événement, ses circonstances (ex: acte public vs privé) et la position sociale des acteurs (les classes défavorisées sont plus visibles et suspectes).
2- Définition de la situation comme problématique
Plusieurs acteurs (victime, auteur, tiers, professionnel) participent à cette définition. La perception du tort subi par la victime est cruciale.
3- Renvoi vers la police (porte d'entrée du système pénal)
Dépend de l'image de la police et de l'importance perçue de l'affaire. La police a une grande liberté d'action (tri d'appels, non-enregistrement de plaintes, classement en "main courante").
La politique criminelle duParquet (principe d'opportunité des poursuites) est fluctuante et cible souvent la "délinquance urbaine et répétitive". Les statistiques ne reflètent donc pas la criminalité réelle, mais l'activité des instances de réaction sociale.
3. Que nous apprennent les statistiques criminelles?
Elles reflètent l'activité des instances de réaction sociale.
L'image policière de la délinquance :
- Les faits enregistrés montrent une prédominance des vols, mais aussi une augmentation des délits liés à l'immigrationet aux stupéfiants (où la police est proactive).
- L'action policière se traduit par les faits enregistrés, élucidés et les personnes mises en cause.
L'action judiciaire :
- Le parquet : Classe la majoritédes affaires sans suite. Les renvois en jugement ou les informations préparatoires sont minoritaires.
- Le jugement : Les magistrats jugent surtout de la sanction. Les acquittements sont rares. Les condamnations par défaut sont fréquentes et souvent plus sévères. L'emprisonnement est surreprésenté pour l'immigration illégale.
- L'exécution des peines : Les jugements ne sont pas toujours exécutés. La surpopulation pénitentiaire en Belgique s'explique par l'allongement des durées de détention et non par une augmentation du nombre depeines.
4. D'autres méthodes pour mesurer « la délinquance »
Ces méthodes interrogent les premiers concernés : auteurs et victimes.
1- Les enquêtes de délinquance auto-révélée ou «self-report »
Interrogent une population sur les infractions qu'elle a commises. Elles sont plus détaillées que les statistiques officielles, et plus autonomes. Elles se concentrent souvent sur les jeunes, ce qui pose des problèmes de représentativité (ex: élèves décrocheurs absents).
2- Les enquêtes de victimisation ou « victime survey »
Interrogent un échantillon de la population sur la victimisation subie. Elles éclairent le chiffre noir, identifient les caractéristiques d'une victime, et documentent les attitudes desvictimes. Elles ne couvrent pas toute la criminalité (ex: crimes sans victimes directes ou homicides).
PARTIE 2 : La Criminologie en Pratique
Phénomène 1 : La Délinquance Urbaine comme Objet Criminologique
La délinquance urbaine, souvent associée à la "petite criminalité" des jeunes d'origine immigrée, est au cœur du sentiment d'insécurité. Elle est analysée selon deux paradigmes : les explications du passage à l'acte et le ciblage de populations.
1. Premierparadigme : les explications du passage à l'acte
Trois théories expliquent la délinquance urbaine :
1- Les conflits de culture
Les culturalistes mettent l'accent sur le rôle de la culture et de la socialisation. Lecomportement criminel s'apprend. Les différentes cultures au sein d'une société peuvent entrer en conflit de valeurs et de normes.
- Thorsten Sellin - les conflits de culture : La société est composée de groupes aux valeurs différentes. Un individu peut agir conformémentaux règles d'un groupe, devenant criminel aux yeux de la loi mais conforme à son groupe.
- Edwin Sutherland - la théorie de l'association différentielle : Pas de désorganisation sociale, mais une organisation sociale différentielle. La déviance est une manière d'accéder à la richesse et au pouvoir. Le comportement criminel s'apprend par l'interaction et la communication, où les interprétations favorables à la transgression l'emportent.
2- Les théories du lien social
Pourquoi les individus ne passent-ils PAS à l'acte ? La question est de savoir pourquoi la plupart respectent les normes. Un individu dévie quand ses liens avec la société sont faibles.
- Travis Hirschi : Théorise 4 éléments du lien social (1969) :attachement (aux autruis signifiants), engagement (dans la conformité), implication (dans des activités conventionnelles), croyance (dans les normes communes).
- Walter C. Reckless : Met l'accentsur l'estime de soi comme facteur de conformité.
3- Théories de l'anomie et des opportunités
Le courant fonctionnaliste voit la société comme un organisme où chaque élément a une fonction. Les individus sont déterminés par la superstructure sociale.
- Robert King Merton - le concept d'anomie : Explique la déviance par un déséquilibre entre la structure culturelle (buts, normes) et la structure sociale (moyens). La disjonction entre les buts (ex: réussite matérielle) etles moyens d'y parvenir conduit à l'anomie. Il propose 4 modes d'adaptation individuelle : conformisme, innovation, ritualisme, évasion et rébellion.
- Richard Cloward & Lloyd Ohlin - la théorie des opportunités différentielles : S'inspirant de Merton, ils ajoutent que l'accès aux moyens illégitimes est aussi inégalement distribué. La réaction à l'inégalité est collective. Ils identifient 3 formes de sous-cultures délinquantes : criminelle (lucrative), conflictuelle (violence), d'évasion (drogues).
Ces théories pointent les contradictions structurelles de la société comme responsables de la déviance.
2. Deuxième paradigme : le ciblage de populations
Pourle paradigme de la réaction sociale, le crime est une construction sociale. Il s'intéresse aux mécanismes qui conduisent à catégoriser des actes ou individus comme délinquants.
| Paradigme du passage à l'acte | Paradigme de la réaction sociale |
| La criminologie est fondamentalement axée sur les différences entre délinquants et non-délinquants. | La différence entre le délinquant et le non-délinquant est sociale et doit êtreperçue en termes de statut social. |
| Approche correctrice. | Approche décriminalisante. |
| Il ne différencie pas l'incrimination légale d'un acte, l'acte lui-même et la réaction de l'administration. | Le chercheur tourne son attention vers la création des normes et des lois et de l'utilisation qui en est faite. |
Deux grands courants : constructiviste et théories critiques.
1- La théorie del'étiquetage
Le constructivisme voit le crime comme une construction sociale. L'interactionnisme symbolique s'intéresse aux interactions et au sens des choses.
- Erving Goffman : La société est une scène oùles individus contrôlent les impressions. Sa théorie de la stigmatisation ou de l'étiquetage voit la déviance comme un produit d'exclusion.
- Howard Becker : La déviance est le produit d'une transaction entre un groupe social et un individu qui transgresse une norme. Il introduit le concept d'entrepreneurs moraux (ceux qui créent et appliquent les normes).
La théorie de l'étiquetage permet d'analyser le ciblage de populations par le système pénal.
2- Une perspective microsociologique critique
Trois points expliquent l'augmentation de la délinquance urbaine dans les statistiques :
- Une société qui investit dans la sécurité : La politique néolibérale, suite à la crise, entraîne un désengagement social de l'État et unrenforcement de la répression sécuritaire. Ce qui conduit à plus d'arrestations.
- La territorialité de ces nouvelles politiques de sécurité : Les politiques sécuritaires ciblent des territoires spécifiques (ex: les quartiers des "vagabonds" selon Bauman) où le contrôle social est renforcé.
- La diabolisation de l'immigration musulmane : Discussion entre politiques, lois, émeutes urbaines, et montée de l'extrême-droite. L'intégration de l'immigré est de plus en plus liée aux modes de vie. Brion montre une surreprésentationdes étrangers en prison, liée à l'allongement des peines et à des pratiques de détermination de la peine discriminatoires.
La délinquance urbaine est surreprésentée dans les statistiques et liée aux jeunes d'origine immigrée. Les criminologues critiques relientce ciblage à des transformations sociales plus larges.
Phénomène 2 : Les victimes, un nouveau centre d'intérêt
La figure de la victime prend de l'importance autour des années 80, posant la problématique de la victimisation secondaire.
1. Les victimes comme objet criminologique
1- La victimogénèse
Les premiers travaux s'intéressent à la victime comme facteur explicatif du passage à l'acte.
- H. Von Hentig & B. Mendelsohn :Pères fondateurs de la victimologie, ils étudient comment la victime peut influencer le comportement criminel.
- H. Hellenberger : Étudie le phénomène de changing roles (interchangeabilité auteur/victime).
- M. Wolfgang : Introduit le concept de victim precipitation (victime catalyseuse), contesté par le mouvement féministe.
Ces études améliorent la compréhension de la relation auteur-victime.
2- Les enquêtes de victimisation
Sondages recueillant des informations sur la nature et l'étendue de la victimisation. Elles montrent l'importance du chiffre noir et identifient les caractéristiques associées à la victimisation. Critiques méthodologiques persistent sur le choix de la criminalité mesurée.
3- Assistance, droit et défense des victimes
Mouvement militant pour les victimes, notamment féministe. Développement de centres d'aide aux victimes. L'événement déclencheur en Belgique fût la fusillade d'Hannut.
4- Peur du crime, sentiment d'insécurité et prévention situationnelle
La peur du crime n'est pas toujours rationnelle. La criminologie de la vie quotidienne (Garland) vise à modifier les comportements pour limiter les occasions du passage à l'acte. La sécurité devient une responsabilité collective, y compris desvictimes.
5- Victime et justice restauratrice
Ce mouvement vise à réparer le dommage causé par l'infraction plutôt que de punir, en impliquant la victime, le délinquant et la communauté. Ses origines viennent de la victimologie, del'abolitionnisme et du communautarisme. C'est une alternative ou un complément au système pénal.
Conclusion :
Intérêt politique croissant pour les victimes depuis les années 90, se traduisant par :
- Plusde protection juridique et de fonds d'indemnisation.
- Une répression accrue des auteurs.
Ce consensus est en partie dû à la légitimation de l'intervention étatique par la figure de la victime. Cependant, une trop grande place donnée à la victime peut entraînerune répression accrue ciblant certaines populations et un risque de déception (victimisation secondaire).
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