Cours 1: Histoire du Droit Public

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Ce cours couvre la restauration progressive de la souveraineté royale capétienne, son indépendance et le développement administratif, ainsi que la création d'un ordre normatif supérieur pour la Couronne.

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Question

Quel juriste a exhumé la Loi salique en 1358 ?

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Réponse

Richard Lescot

Question

Qui a affirmé le principe de l'indisponibilité de la Couronne en réaction au traité de Troyes ?

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Réponse

Jean de Terrevermeille

Question

Quelle formule exprime l'instantanéité de la succession royale ?

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Réponse

« Le mort saisit le vif »

Question

Qu'est-ce que la régence ?

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Réponse

Exercice temporaire du gouvernement au nom du roi lorsqu'il ne peut pas gouverner personnellement, notamment en raison de sa minorité.

Question

Qu'est-ce que l'indisponibilité de la Couronne ?

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Réponse

Principe selon lequel le roi ne peut pas librement renoncer à la Couronne, choisir arbitrairement son successeur ou modifier les règles fondamentales de la succession.

Question

Quelle doctrine affirme l'autonomie de l'Église de France et les compétences du roi dans les affaires temporelles ?

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Réponse

Doctrine défendant l'autonomie de l'Église de France et les compétences du roi dans les affaires temporelles.

Question

Qu'est-ce que l'ordre agnatique ?

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Réponse

Ordre de succession fondé sur la parenté masculine, où la transmission se fait de mâle en mâle.

Question

Qu'est-ce que la féodalité ?

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Réponse

Organisation fondée sur des liens personnels de dépendance et une forte territorialisation du pouvoir, où les seigneurs exercent localement des prérogatives publiques.

Question

Qu'est-ce que le sacre royal ?

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Réponse

Cérémonie religieuse consacrant le roi et conférant à la fonction royale une dimension sacrée.


Question

Qu'est-ce que la Curia Regis ?

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Réponse

Cour du roi, entourage conseillant le souverain et participant à des fonctions politiques, administratives et judiciaires.

Question

Quel était le rôle d'un prévôt ?

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Réponse

Officier royal installé localement, chargé de fonctions administratives, judiciaires et financières.

Question

Qu'est-ce que la suzeraineté ?

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Réponse

Position du seigneur supérieur dans l'ordre féodal ; le roi tend à devenir le suzerain suprême.

Question

Définissez la primogéniture.

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Réponse

Priorité donnée à l'aîné dans la transmission de la Couronne.

Question

Qu'est-ce que la Pragmatique Sanction de Bourges a renforcé ?

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Réponse

Renforcement des libertés gallicanes et du rôle du pouvoir royal dans certaines affaires ecclésiastiques.

Question

Qui sont les États généraux ?

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Réponse

Assemblée consultative convoquée par le roi, réunissant les trois ordres (clergé, noblesse, tiers état) pour l'aider de ses conseils et consentir l'impôt.

Question

Quel événement en 1316 a posé la question de l'exclusion des femmes de la succession ?

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Réponse

Mort du roi Louis X sans héritier mâle direct, provoquant l'éviction de sa fille Jeanne et une crise successorale.

Question

Définissez un alleu.

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Réponse

Terre libre, non tenue en fief d'un seigneur. Le royaume est présenté comme un alleu.

Question

Quelle formule montre que le roi de France a une puissance comparable à celle de l'empereur ?

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Réponse

« Le roi de France est empereur en son royaume. »

Question

Quand la souveraineté apparaît-elle ?

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Réponse

Au XIIIe siècle, lorsque la loi royale atteint tous les sujets, dépassant les liens féodo-vassaliques.

Question

Qui est Dominus Mundi selon la conception impériale du XIIe siècle ?

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Réponse

L'empereur germanique, qui se présentait comme maître du monde au XIIe siècle.

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Fiche de révision

La genèse de la féodalité et la restauration progressive de l'autorité royale capétienne

Après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, la conception romaine de la Res publica, un bien public distinct de la personne du gouvernant, disparaît. Le pouvoir devient alors personnel et patrimonial, se confondant avec celui qui le détient, contrairement à la notion d'État contemporain.

L'émergence de la féodalité

La tentative de reconstruction impériale de Charlemagne en 800 échoue avec la désagrégation de l'Empire carolingien. Cette fragmentation conduit au développement de la féodalité, où le pouvoir est localisé entre les mains de seigneurs exerçant des prérogatives publiques sur leurs terres et leurs hommes.

Féodalité/fe.ɔ.da.li.te/nom féminin

Organisation sociopolitique fondée sur des liens personnels de dépendance et une forte territorialisation du pouvoir, caractérisée par la fragmentation de la puissance publique.

« Sous la féodalité, les seigneurs rendaient la justice et levaient des impôts. »

La restauration capétienne : sacre et hérédité

L'élection d'Hugues Capet en 987 marque le début d'une longue restauration du pouvoir royal. Initialement un seigneur parmi d'autres, sa singularité réside dans le caractère sacré de sa fonction, conféré par le sacre royal. Cette cérémonie confère au roi une dimension religieuse et légitime son pouvoir.

Sacre/sakʁ/nom masculin

Cérémonie religieuse qui consacre le roi et confère à la fonction royale une dimension sacrée, affirmant l'origine divine du pouvoir.

« Le sacre renforçait la légitimité du roi face aux autres seigneurs. »

Pour sécuriser la succession, les Capétiens instaurent la pratique du sacre anticipé du fils aîné du vivant du roi, renforçant ainsi l'hérédité dynastique. La primogéniture, ou droit d'aînesse, devient progressivement une coutume fondamentale du droit public royal, assurant une continuité masculine stable surnommée le « miracle capétien ».

Le gouvernement du royaume et l'administration

Le roi gouverne initialement avec la Curia regis, composée de sa famille et des grands du royaume. L'administration, rudimentaire au début, se développe avec la mise en place d'officiers royaux locaux comme les prévôts, chargés de fonctions administratives, judiciaires et financières.

Prévôt/pʁe.vo/nom masculin

Officier royal local chargé de fonctions administratives, judiciaires et financières au nom du roi, surveillé plus tard par le bailli.

« Le prévôt percevait les impôts et rendait la justice dans sa circonscription. »

À partir du XIIe siècle, des baillis apparaissent pour surveiller les prévôts et renforcer le contrôle royal sur le territoire, préfigurant une administration royale plus centralisée et spécialisée.

La royauté capétienne et l'ordre féodal

Bien que n'étant le vassal de personne, le roi capétien doit asseoir son autorité dans l'ordre féodal. Des juristes, comme Suger au XIIe siècle, élaborent la doctrine de la suzeraineté royale, positionnant le roi comme le seigneur supérieur de tous les grands fiefs du royaume.

Suzeraineté/sy.zʁɛ̃.te/nom féminin

Position du seigneur supérieur dans l'ordre féodo-vassalique. La construction capétienne vise à faire du roi le suzerain suprême du royaume, au-dessus de tous les autres seigneurs.

« La suzeraineté du roi lui permettait de réclamer la fidélité de ses vassaux. »

Le royaume est alors présenté comme un alleu, une terre libre ne relevant d'aucun seigneur supérieur. L'agrandissement du domaine royal, par conquêtes, mariages ou héritages, devient le support territorial essentiel de la restauration du pouvoir royal, renforçant sa base matérielle et symbolique.

L'affirmation de la souveraineté royale et l'indépendance de la Couronne

Au XIIIe siècle, une transformation majeure s'opère dans la conception du pouvoir royal en France, passant de la suzeraineté à la souveraineté. Alors que la suzeraineté se limite à un rapport féodal, la souveraineté représente un pouvoir général et supérieur s'exerçant sur l'ensemble du royaume, dépassant les liens féodo-vassaliques pour s'appliquer à tous les sujets.

Souveraineté/suvʁɛnté/nom féminin

Pouvoir supérieur et général du roi dans le royaume, qui ne se limite plus aux relations féodo-vassaliques mais s'étend à tous les sujets.

« La souveraineté royale marque l'autorité suprême du monarque sur son territoire et ses habitants. »

Cette nouvelle conception est illustrée par la formule « Le roi de France est empereur en son royaume ». Elle signifie que le roi possède une puissance comparable à celle de l'Empereur romain, étendant son autorité aux nobles, aux paysans et aux bourgeois. Le roi exerce notamment une juridiction générale et assure la garde du royaume, renforçant ainsi son rôle de législateur, inspiré de l'idée romaine d'une « lex animata » (loi vivante), dont la volonté est normative.

L'indépendance face aux puissances extérieures

L'affirmation de la souveraineté royale ne se limite pas à l'intérieur du royaume; elle implique également de défendre son indépendance face aux prétentions de l'Empereur germanique et du Pape. Face à l'Empereur, qui se considérait comme le « maître du monde » (Dominus Mundi), des juristes français comme Philippe II Auguste ont défendu la dignité propre de la royauté française. La victoire française à Bouvines en 1214 a politiquement renforcé cette indépendance.

Le conflit avec la papauté est particulièrement marqué sous le règne de Philippe IV le Bel. Ses tentatives de lever des taxes sur les biens de l'Église de France ont provoqué l'opposition du pape Boniface VIII, qui revendiquait la supériorité du pouvoir spirituel. En 1302, Philippe le Bel a réuni une assemblée préfigurant les États généraux pour obtenir le soutien du royaume.

De ces affrontements est né le gallicanisme, une doctrine affirmant l'autonomie de l'Église de France et reconnaissant au roi d'importantes compétences dans les affaires temporelles. La Pragmatique Sanction de Bourges en 1438-1439, sous Charles VII, a renforcé ces libertés gallicanes et le rôle royal dans les affaires ecclésiastiques.

Gallicanisme/ɡalikanism/nom masculin

Doctrine affirmant une autonomie de l'Église de France vis-à-vis de la papauté et reconnaissant des compétences au roi dans les affaires temporelles.

« Le gallicanisme a permis au roi de France de limiter l'influence papale sur les affaires intérieures du royaume. »

Le développement administratif de la royauté

L'expansion du domaine royal et la multiplication des tâches ont conduit à une spécialisation de l'administration centrale. Des grands officiers de la Couronne, comme le chancelier, ont vu leurs fonctions se préciser, notamment dans la préparation et la validation des actes royaux. Les maîtres des requêtes examinaient les demandes adressées au roi, tandis que les notaires-secrétaires du roi rédigeaient les actes.

Le Conseil du roi s'est également spécialisé, intégrant de plus en plus de juristes et de spécialistes, notamment sous Philippe le Bel. Ce développement a marqué un éloignement progressif d'un modèle de gouvernement uniquement familial ou aristocratique, vers une administration plus professionnelle et centralisée.

Les États généraux ont émergé comme un organe consultatif de la monarchie, réunissant les trois ordres du royaume (clergé, noblesse, tiers état). Initialement convoqués par le roi pour obtenir aide et conseil (auxilium et consilium), ils sont progressivement devenus une représentation du royaume, particulièrement pour les questions financières.

États généraux/eta ʒeneʁo/nom masculin pluriel

Assemblée réunissant les trois ordres du royaume (clergé, noblesse, tiers état), convoquée par le roi pour obtenir aide, conseil et consentement, notamment en matière financière.

« Les États généraux de 1789 marquèrent un tournant majeur dans l'histoire de France. »

La création d'un ordre normatif supérieur et le statut de la Couronne

La consolidation du pouvoir royal s'accompagne de la formation progressive de règles encadrant la transmission et la permanence de la Couronne, la distinguant du patrimoine personnel du souverain. Ces règles fondamentales s'imposeront au roi lui-même, posant les bases d'un ordre juridique supérieur.

L'exclusion des femmes et la masculinité

Les crises successorales du début du XIVe siècle, notamment après la mort de Louis X (1316), de Philippe V (1322) et de Charles IV (1328) sans héritier mâle direct, ont conduit à l'exclusion des femmes du trône de France. Face aux prétentions d'Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, la couronne est dévolue à Philippe de Valois, consolidant ainsi la règle de masculinité de la succession. Cette règle, dite de l'ordre agnatique, impose une transmission de mâle en mâle, rejetant les justifications féodales qui autorisaient l'héritage par les femmes.

Ordre agnatiquelocution

Règle de succession basée sur la parenté masculine, où la transmission du pouvoir royal ne peut se faire que par les hommes.

« La mise en place de l'ordre agnatique a permis de justifier l'exclusion des femmes de la succession au trône de France. »

La réappropriation de la Loi salique

Pour légitimer juridiquement cette règle de masculinité, le juriste Richard Lescot exhume en 1358 une ancienne version de la Loi salique, un texte des Francs. Bien que ce texte n'ait pas été initialement conçu pour la succession royale, un article relatif aux alleux (terres libres) qui excluait les femmes de certains biens fonciers en présence d'héritiers masculins est réinterprété et appliqué à la Couronne. Cette transformation doctrinale offre un fondement juridique, bien que rétrospectif, à l'exclusion des femmes du trône.

Le statut de la Couronne

La continuité royale et l'instantanéité de la succession

La mort d'un roi ne doit pas entraîner de vacance du pouvoir. Les formules « Le roi ne meurt jamais » et « le mort saisit le vif » expriment cette instantanéité de la succession. Le successeur est roi dès le décès de son prédécesseur, sans attendre le sacre. Le concept des « deux corps du roi » symbolise cette distinction entre le corps physique mortel du monarque et le corps politique immortel de la royauté. En cas de minorité royale (fixée à 13 ans par Charles V), une régence est organisée, le régent gouvernant au nom du roi sans en avoir le titre.

L'indisponibilité de la Couronne

Le principe d'indisponibilité de la Couronne, affirmé notamment par Jean de Terrevermeille face au traité de Troyes (1420), signifie que le roi ne peut modifier les règles de succession ni disposer librement de la Couronne. Celle-ci n'est pas un bien patrimonial mais une institution publique dont le souverain n'est que le détenteur temporaire. Ce principe renforce l'idée que la monarchie est une entité permanente, supérieure à la volonté individuelle du roi.

Teste ta compréhension

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En quelle année la victoire française de Bouvines a-t-elle renforcé l'indépendance de la royauté capétienne face à l'Empereur germanique ?

Texte à trous

  • La Féodalité est une organisation fondée sur des liens personnels de dépendance et sur une forte territorialisation du pouvoir.
  • Quelle entité est une curia regis, son entourage, qui conseille le souverain et participe à des fonctions politiques, administratives et judiciaires ?
  • La chute de l'Empire romain d'Occident marque une rupture dans la conception du pouvoir et entraîne la disparition du souvenir de la Res publica.

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