Chômage : Définitions, Mesures et Solutions
146 cartesExploration des différentes définitions, mesures et causes du chômage, ainsi que des stratégies pour y remédier.
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Le chômage est une problématique socio-économique majeure qui fait l'objet d'une attention constante sur les plans scientifique, politique et médiatique. Comprendre ses causes et définir les stratégies pour y remédier est essentiel. Ce document explore la définition, la mesure, les causes et les politiques de lutte contre le chômage.
I - Définir et mesurer les situations d'emploi
A - Population active, emploi, chômage : de quoi parle-t-on ?
La population française se divise en deux grands groupes selon leur statut d'activité :
La population active : regroupe l'ensemble des personnes souhaitant participer au marché du travail, qu'elles soient en emploi ou au chômage.
La population inactive : comprend les personnes qui ne désirent pas participer au marché du travail (ex : étudiants, retraités, personnes de moins de 15 ans, hommes/femmes au foyer).
Au sein de la population active, on distingue :
Les personnes en emploi (population active occupée) : celles qui ont un travail rémunéré et déclaré, source de revenus et de droits sociaux.
Les personnes au chômage.
Définition : Le chômage correspond à la situation d'un individu qui n'a pas d'emploi et qui en recherche un. Les chômeurs font partie de la population active.
En France, deux institutions mesurent le chômage : l'Insee et France Travail.
1 - La mesure du chômage par l'Insee (selon les critères du BIT)
L'Insee réalise une enquête trimestrielle en se basant sur les critères du Bureau International du Travail (BIT) :
Sans emploi : ne pas avoir travaillé durant la semaine de référence.
Disponible : être disponible pour occuper un emploi dans les 15 jours.
En recherche d'emploi : avoir recherché activement un emploi durant le mois précédent.
2 - La mesure du chômage par France Travail
France Travail (anciennement Pôle Emploi) enregistre les demandeurs d'emploi et distingue cinq catégories :
Catégorie A : Personnes sans emploi et recherchant activement (plein temps).
Catégorie B : Personnes en activité réduite (jusqu'à 78h/mois) et recherchant un emploi.
Catégorie C : Personnes en activité réduite (plus de 78h/mois) et recherchant un emploi.
Catégorie D : Personnes sans emploi, non disponibles immédiatement (formation, maladie).
Catégorie E : Personnes sans emploi, non tenues de rechercher activement (créateurs d'entreprise, contrats aidés).
Une différence existe toujours entre les chiffres de l'Insee et ceux de France Travail en raison des critères distincts. Les critères du BIT sont plus stricts, permettant des comparaisons internationales. Les chiffres de France Travail, bien qu'annoncés par le gouvernement, sont sujets aux décisions de l'institution.
Halo du chômage et sous-emploi : des situations intermédiaires
Les catégories "activité, emploi, chômage" sont parfois trop réductrices. J. Freyssinet distingue le critère de situation (objectif) et le critère de comportement (subjectif).
Définition : Le halo du chômage désigne, selon l'Insee, les personnes inactives au sens du BIT mais proches du marché du travail. Il s'agit de personnes qui recherchent un emploi mais ne sont pas disponibles immédiatement ou qui souhaitent travailler mais n'ont pas effectué de démarches actives de recherche d'emploi. Le halo du chômage se situe à la jonction de l'inactivité et du chômage, permettant de mieux comprendre les flux et la réalité vécue par certains inactifs.
Définition : Le sous-emploi désigne la situation des personnes ayant un emploi mais déclarant vouloir travailler davantage (par exemple, un temps partiel subi ou un chômage partiel). Le sous-emploi se situe à la jonction de l'emploi et du chômage.
Les femmes (8,6% en sous-emploi en 2018 contre 3,5% pour les hommes) et les jeunes (10,9% des 15-24 ans en 2018 contre 5,3% des 50-65 ans) sont davantage touchés par le sous-emploi.
B - Mesurer le chômage
Trois indicateurs clés permettent de mesurer l'emploi et le chômage :
Le taux d'activité : . En 2018, 55,79% des Français de 15 ans et plus étaient actifs.
Le taux de chômage : . En 2018, 9,06% des actifs étaient au chômage (BIT). Ce taux a été multiplié par 3 entre 1975 (3,2%) et 2017 (10%). En 2022, il est d’environ 7%.
Le taux d'emploi : . En 2018, 50,74% des Français de 15 ans et plus étaient en emploi.
Définition : Le taux de chômage mesure la part des chômeurs dans la population active, en pourcentage.
Définition : Le taux d'emploi mesure la part des personnes en emploi (actifs occupés) au sein de la population en âge de travailler, en pourcentage.
Seul le taux d'emploi reflète réellement une augmentation du nombre de personnes occupant un emploi et une meilleure utilisation de la main-d'œuvre. Une baisse du taux de chômage ne signifie pas toujours une amélioration de l'emploi ; elle peut être due à une augmentation du halo du chômage ou à un passage à l'inactivité.
Caractéristiques actuelles du chômage :
Les jeunes et les femmes sont plus exposés au chômage.
Les ouvriers et employés sont plus touchés (entre 10 et 12%) que les cadres (moins de 4%).
Les individus faiblement diplômés (plus de 16% pour les sans diplôme) sont plus exposés que les diplômés (5% pour les Bac +2 et plus).
Il existe des écarts importants au sein de l'UE (3% en Allemagne contre 12,4% en Espagne en novembre 2022). Les pays du Sud sont généralement plus touchés que ceux du Nord.
Le taux de chômage français (7%) est légèrement supérieur à la moyenne européenne.
II - Les causes du chômage : des approches divergentes
A - JM. Keynes et le chômage conjoncturel
Il existe une corrélation négative entre le taux de croissance du PIB et le taux de chômage (Loi d'Okun). Une croissance faible ou négative s'accompagne d'une hausse du chômage (ex : crise de 2008, PIB -3%, chômage +2 points). Inversement, une forte croissance réduit le chômage (ex : 1999-2000, PIB +3,5%, chômage -2 points).
Définition : La demande effective (ou demande globale) correspond à la demande adressée aux producteurs d'un pays. Elle se compose de la demande intérieure (consommation et investissement) et de la demande extérieure (exportation).
Selon JM Keynes, le chômage est conjoncturel. Il résulte des fluctuations de l'activité économique et d'une insuffisance de la demande globale. Si la croissance est faible, les revenus sont bas, la consommation et l'investissement anticipés sont faibles, les entreprises n'augmentent pas leur production et n'embauchent pas. L'emploi stagne à un niveau inférieur à l'offre de travail.
Définition : Le chômage conjoncturel correspond au chômage qui varie lorsque la conjoncture économique (croissance ou fluctuations) s'améliore ou se détériore.
B - Les néoclassiques et le chômage structurel
Définition : Le chômage structurel correspond au chômage qui ne varie pas en fonction des fluctuations de l'activité économique. Il résulte des institutions présentes sur le marché du travail, des problèmes d'appariement et des asymétries d'information.
Définition : Une institution correspond, sur le marché du travail, à l'ensemble des règles formelles ou informelles qui encadrent les relations entre les agents économiques.
Pour les économistes néoclassiques, le marché du travail est un lieu de rencontre fictif où l'offre (travailleurs), la demande (employeurs) et le prix (salaire) interagissent pour aboutir à un équilibre optimal sans chômage. Les institutions perturbent cet équilibre.
1 - Le SMIC et le chômage classique
Le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) est une institution fixée par l'État. Il représente un prix plancher, c'est-à-dire un salaire en dessous duquel un employeur ne peut pas rémunérer un salarié.
Selon les néoclassiques, un SMIC supérieur au salaire d'équilibre du marché crée un déséquilibre : l'offre de travail est supérieure à la demande, provoquant un chômage classique. Les employeurs n'embauchent pas si le coût du travail dépasse la productivité des moins qualifiés.
Définition : Le chômage classique correspond à une situation de déséquilibre durable sur le marché du travail où l'offre de travail est supérieure à la demande de travail, souvent due à un salaire minimum ou un coût du travail trop élevé.
Toutefois, d'autres économistes soulignent les bienfaits du SMIC : il incite à la formation, lutte contre la pauvreté, soutient la consommation et peut corriger les déséquilibres de monopsone. Les études empiriques ne confirment pas un lien clair entre SMIC et niveau d'emploi.
2 - La législation sur la protection de l'emploi (LPE)
Définition : La législation sur la protection de l'emploi (LPE) correspond à l'ensemble des règles régissant les contrats de travail, les modalités d'embauche et de licenciement. Elle détermine le degré de rigidité de l'emploi.
Une LPE trop forte (rigidité de l'emploi) peut, selon les néoclassiques, entraîner un chômage plus élevé car :
Les employeurs hésitent à embaucher en prévision de coûts de licenciement élevés.
Les embauches sont plus sélectives.
Elle nuit à la fluidité du marché et à la réallocation des travailleurs, entravant l'innovation et la destruction créatrice.
À l'inverse, la LPE offre une meilleure protection aux travailleurs, réduit le turn-over, encourage la formation et la polyvalence des salariés, générant des gains de productivité et une capacité d'innovation accrue. L'OCDE mesure la rigidité de l'emploi, et la France a vu cette rigidité diminuer entre 2013 et 2018.
3 - L'assurance-chômage et le chômage volontaire
L'assurance-chômage (indemnités ou ARE) est une institution majeure qui vise à fournir un revenu aux travailleurs en cas de perte d'emploi et à leur donner le temps de trouver un emploi de qualité.
Cependant, les néoclassiques estiment que l'assurance-chômage peut désinciter les chômeurs à retrouver un emploi si le revenu perçu est suffisant. Cela crée des "trappes à chômage" et un chômage volontaire.
Définition : Le chômage volontaire correspond au chômage résultant du refus des chômeurs de travailler pour un salaire jugé trop faible, notamment au regard du montant de l'assurance-chômage.
Tableau : Les effets positifs et négatifs des institutions sur le marché du travail
Institution | Effets positifs | Effets négatifs |
Salaire minimum (SMIC) | → Incitation des entreprises à la formation et à l'augmentation de la production. | → Maintien d'une situation de déséquilibre sur le marché et apparition du chômage classique. |
Législation sur la protection de l'emploi (LPE) | → Meilleure protection des travailleurs. | → Désincitation à embaucher. |
Assurance-chômage | → Lutter contre la pauvreté. | → Désincitation au travail et apparition de trappes à chômage. |
C - Appariement et asymétries d'information : le chômage structurel
La nouvelle école keynésienne met en avant d'autres causes du chômage structurel.
1 - Le chômage frictionnel et le chômage d'inadéquation
Même en plein-emploi, un taux de chômage irréductible existe en raison de :
Frictions : Délais nécessaires pour un chômeur à retrouver un emploi (théorie du job search). La transparence du marché peut réduire ce chômage frictionnel.
Inadéquation des compétences (skill mismatch) : Les compétences des travailleurs ne correspondent pas aux demandes des employeurs.
Inadéquation spatiale (spatial mismatch) : L'éloignement géographique entre le lieu d'habitation des travailleurs et la localisation des emplois.
Définition : Le chômage frictionnel (ou de frottement) est lié au temps nécessaire pour retrouver un emploi.
Définition : L'inadéquation des compétences (skill mismatch) qualifie une situation dans laquelle les compétences des travailleurs ne correspondent pas aux compétences demandées par les employeurs.
Définition : L'inadéquation spatiale (spatial mismatch) qualifie une situation dans laquelle le lieu d'habitation des travailleurs ne correspond pas à la localisation des emplois.
Ces problèmes d'inadéquation peuvent entraîner un chômage d'inadéquation, même en présence d'emplois vacants. Il s'agit d'un problème d'appariement (match) entre l'offre et la demande de travail.
Définition : L'appariement (match) correspond à une bonne adéquation entre l'offre de travail d'une part et la demande de travail d'autre part, c'est-à-dire entre un travailleur et un emploi.
Définition : Le chômage d'inadéquation (mismatch unemployment) correspond au chômage dû à l'inadéquation des compétences et à l'inadéquation spatiale entre les travailleurs et les emplois.
2 - Asymétries d'information et salaire d'efficience
Définition : Les asymétries d'information correspondent à des situations dans lesquelles un des deux participants à un échange marchand ne possède pas les mêmes informations que l'autre. Elles peuvent générer une sélection adverse (avant contrat) ou un aléa moral (après contrat).
Sur le marché du travail, les employeurs ne connaissent pas parfaitement la qualification, la productivité ou les efforts réels des travailleurs. Pour attirer les meilleurs profils et inciter les salariés à fournir des efforts, les employeurs peuvent fixer un salaire d'efficience.
Définition : Le salaire d'efficience correspond à un salaire supérieur au salaire d'équilibre, permettant d'attirer des candidats compétents et d'inciter les salariés à fournir les efforts attendus par l'employeur.
La fixation d'un salaire d'efficience, bien qu'ayant des avantages pour l'employeur, crée un déséquilibre durable sur le marché du travail, similaire à un SMIC trop élevé, où l'offre de travail est excessive par rapport à la demande.
III - Lutter contre le chômage : des politiques diverses
Définition : Les politiques d'emploi correspondent à l'ensemble des mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre le chômage.
A - Lutter contre le chômage conjoncturel : soutenir la demande globale
Définition : Les politiques conjoncturelles (ou politiques macroéconomiques) correspondent aux actions des pouvoirs publics visant à agir, à court terme, sur les déséquilibres macroéconomiques (croissance, chômage, commerce extérieur, inflation). Elles incluent les politiques budgétaires et monétaires.
1 - La politique budgétaire de relance
C'est une politique conjoncturelle menée par l'État via son budget. Une politique budgétaire de relance vise à augmenter les dépenses publiques ou à baisser les impôts pour stimuler l'activité économique et la demande globale. Elle s'oppose à la politique d'austérité.
L'État peut :
Diminuer les impôts des ménages (pour augmenter la consommation).
Diminuer les impôts des entreprises (pour augmenter l'investissement).
Augmenter les salaires publics ou les revenus sociaux.
Augmenter les investissements publics ou les aides aux entreprises.
Ces mesures, théorisées par JM. Keynes, visent à augmenter la demande globale, ce qui entraîne une hausse de la production, des embauches et une diminution du chômage conjoncturel.
Limites de la politique budgétaire de relance :
Augmentation du déficit et de la dette publique (limitée par les règles européennes, ex : 3% du PIB pour le déficit, 60% pour la dette).
Anticipations des ménages (néoclassiques) : ils peuvent épargner en prévision de futures hausses d'impôts, bloquant la relance.
Effet d'éviction sur l'investissement privé dû à la hausse des taux d'intérêt (néoclassiques).
Augmentation des importations (fuite) sans impact sur l'emploi national.
2 - La politique monétaire de relance
C'est une politique économique conjoncturelle visant à manipuler la masse monétaire. La politique monétaire de relance (ou expansive) augmente la quantité de monnaie en circulation pour stimuler l'activité économique. Elle est menée par la Banque Centrale Européenne (BCE) dans la zone euro.
Outils de la BCE :
Conventionnels : Baisse des taux d'intérêt directeurs et du taux de réserve obligatoire.
Non-conventionnels : Taux d'intérêt négatifs, forward guidance (annonces), quantitative easing (injection de monnaie).
L'objectif principal de la BCE est la maîtrise de l'inflation (proche mais inférieur à 2%). Toutefois, sous cette condition, elle peut stimuler l'activité et réduire le chômage. Une baisse des taux directeurs ou le quantitative easing réduit le coût de la monnaie centrale pour les banques secondaires, entraînant une baisse des taux d'emprunt pour ménages et entreprises, une hausse des crédits et, par conséquent, une augmentation de la demande globale.
Contre-exemple actuel : Face à une inflation élevée (autour de 10% en 2022), la BCE a augmenté ses taux d'intérêt directeurs, ce qui peut freiner l'activité économique et potentiellement augmenter le chômage conjoncturel.
B - Lutter contre le chômage structurel : soutenir les entreprises et inciter les chômeurs
1 - Diminuer le coût du travail
Définition : Le coût du travail correspond au coût total supporté par l'employeur pour chaque heure de travail utilisée. Il se compose du salaire net versé au travailleur et des cotisations sociales (salariales et patronales) versées aux organismes de protection sociale.
Le coût du travail inclut le salaire net, les cotisations salariales, la CSG/CRDS et les cotisations patronales.
La baisse du coût du travail peut avoir deux effets :
Effet de substitution : Les entreprises substituient le travail au capital, augmentant les embauches.
Effet de revenu : Baisse des prix, augmentation de la demande et de la production, donc nouvelles embauches.
De plus, elle améliore la compétitivité-prix des entreprises et limite les délocalisations. Elle vise à réduire le chômage structurel. La baisse peut provenir d'une diminution du salaire net ou des cotisations sociales (ce qui pose la question du financement de l'État social).
2 - La flexibilité
Définition : La flexibilisation (ou politique de flexibilisation) correspond à l'ensemble des mesures prises pour diminuer le degré de rigidité du marché du travail. Elle doit permettre aux employeurs de s'adapter plus rapidement aux fluctuations économiques.
La flexibilisation vise à limiter les institutions jugées trop rigides (SMIC, LPE) afin d'adapter les salaires et d'encourager l'embauche en réduisant les coûts de licenciement.
Formes de flexibilité :
Flexibilité qualitative : Interne (polyvalence des salariés) et externe (externalisation d'activités).
Flexibilité quantitative : Interne (variation du temps de travail) et externe (variation des effectifs).
Flexibilité salariale : Variation du salaire en fonction des résultats de l'entreprise ou du marché.
Ces mesures sont demandées par les employeurs pour s'adapter et gagner en compétitivité dans une économie mondialisée.
3 - Les politiques d'activation de l'emploi
Le workfare (ou "retour à l'emploi") correspond aux politiques visant un retour rapide des chômeurs à l'emploi. Elles s'opposent aux "dépenses passives" (assurance-chômage) qui maintiendraient les travailleurs au chômage.
Mesures concrètes :
Conditionnement de l'assurance-chômage à la recherche active d'un emploi "convenable".
Baisse progressive du montant de l'assurance-chômage.
Ces politiques visent à réduire le chômage volontaire et frictionnel en incitant les chômeurs à accepter plus rapidement un emploi.
C - Lutter contre le chômage structurel : former et accompagner les travailleurs
1 - La formation
Définition : Les politiques de formation correspondent à l'ensemble des dispositifs de formation initiale et/ou de formation continue visant à améliorer l'adéquation entre la qualification des travailleurs et les besoins des employeurs.
L'éducation et la formation (initiale ou continue) améliorent l'appariement entre l'offre et la demande de travail, luttent contre le chômage d'appariement et rendent les actifs plus productifs, contribuant à la compétitivité hors-prix des entreprises. Le Compte Personnel de Formation (CPF) est un exemple de dispositif encourageant la formation continue et l'acquisition de nouvelles qualifications.
Cependant, les politiques de formation doivent cibler les publics qui en ont le plus besoin pour éviter d'accentuer les inégalités sur le marché du travail.
2 - La flexisécurité
Définition : La flexisécurité, inspirée du modèle danois, correspond à une politique d'emploi reposant sur trois piliers distincts : une flexibilité très forte sur le marché du travail (licenciements facilités), une sécurité pour les chômeurs (assurance-chômage très élevée), et un accompagnement accru des chômeurs (encadrement et accompagnement personnalisés).
Avantages de la flexisécurité :
Réduction du taux de chômage (Danemark, pays scandinaves).
Augmentation du bien-être des travailleurs.
Formation continue de la main-d'œuvre, stimulant l'innovation et l'adaptation aux cycles de destruction créatrice.
Obstacles à sa mise en œuvre en France :
Manque de dialogue social et force des syndicats.
Moyens financiers insuffisants pour le suivi des chômeurs et importance des déficits publics.
Tableau : Lutter contre le(s) chômage(s)
Causes du chômage | Solutions pour lutter contre le chômage |
Fluctuations économiques et insuffisance de la demande globale | Mise en œuvre de POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES : |
Coût du travail trop élevé (+ SMIC trop élevé) | BAISSE DU COÛT DU TRAVAIL : |
Présence d'institutions sources de rigidité du marché du travail (SMIC, LPE) | FLEXIBILISATION sur le marché du travail : |
Assurance-chômage trop élevée | POLITIQUE D'ACTIVATION DE L'EMPLOI : |
Délais liés à la recherche d'emploi sur le marché du travail | |
Inadéquation spatiale ou inadéquation des compétences | POLITIQUE DE FORMATION : |
Existence d'asymétries d'information et fixation d'un salaire d'efficience | / |
CONCLUSION
Le chômage est un phénomène complexe dont les causes sont multiples et sujettes à des débats entre les différentes écoles économiques. Les responsables politiques doivent naviguer entre des solutions parfois contradictoires, comme les politiques macroéconomiques de relance pour le chômage conjoncturel, la baisse du coût du travail et la flexibilisation pour le chômage structurel néoclassique, ou encore les politiques de formation et la flexisécurité pour les problèmes d'appariement et d'asymétries d'information. La lutte efficace contre le chômage ne se limite pas à des chiffres, mais implique des choix politiques et des concessions, reconnaissant qu'il n'existe pas de solution unique mais un ensemble de mesures à articuler selon la conjoncture et les objectifs sociétaux.
Définir et Mesurer le Chômage
Le chômage est la situation d'un individu sans emploi, disponible pour en occuper un et en recherchant activement un. Sa mesure et sa définition sont cruciales pour comprendre l'état du marché du travail.
Concepts Fondamentaux
- Population active : Personnes en âge de travailler qui ont un emploi (actifs occupés) ou qui en recherchent un (chômeurs).
- Population inactive : Personnes qui ne travaillent pas et ne recherchent pas d'emploi (étudiants, retraités, etc.).
- Chômage (au sens du BIT/Insee) : Pour être considéré comme chômeur, il faut remplir 3 conditions cumulatives :
- Être sans emploi pendant la semaine de référence.
- Être disponible pour travailler dans les 15 jours.
- Avoir recherché activement un emploi le mois précédent.
- Halo du chômage : Personnes inactives au sens du BIT mais dont la situation est proche du chômage (ex: souhaitent travailler mais ne sont pas immédiatement disponibles ou n'ont pas fait de recherche active). C'est une zone grise entre inactivité et chômage.
- Sous-emploi : Personnes en emploi (souvent à temps partiel subi) qui déclarent vouloir travailler davantage. Les femmes et les jeunes sont les plus touchés.
Indicateurs Clés
- Taux de chômage : (Nombre de chômeurs / Population active) x 100. C'est l'indicateur le plus médiatisé.
- Taux d'emploi : (Nombre de personnes en emploi / Population en âge de travailler) x 100. Considéré comme un indicateur plus fiable de la capacité d'une économie à utiliser sa main-d'œuvre.
Les Causes du Chômage : Analyses Économiques
Les économistes distinguent principalement deux grands types de chômage, qui n'ont ni les mêmes causes ni les mêmes remèdes : le chômage conjoncturel et le chômage structurel.
Le Chômage Conjoncturel (Analyse Keynésienne)
- Cause principale : Une demande globale (ou demande effective) insuffisante dans l'économie. La demande globale = Consommation (C) + Investissement (I) + Dépenses publiques (G) + Exportations (X).
- Mécanisme : Faible croissance économique → les entreprises anticipent peu de débouchés → elles ne produisent pas plus et n'embauchent pas → le chômage augmente.
- Caractéristiques : Ce chômage est temporaire et lié aux cycles économiques (récessions, ralentissements).
Le Chômage Structurel (Analyses Néoclassique et Institutionnaliste)
Ce chômage persiste même en période de croissance. Il est lié à des problèmes profonds du marché du travail.
| Type de Chômage Structurel | Cause |
| Chômage classique | Un coût du travail jugé trop élevé. La présence d'un salaire minimum (SMIC) supérieur au salaire d'équilibre fait que l'offre de travail (travailleurs) excède la demande (employeurs). |
| Rigidités du marché | Une législation sur la protection de l'emploi (LPE) trop stricte. La peur des coûts et difficultés de licenciement freine l'embauche. |
| Chômage volontaire | Une assurance-chômage généreuse qui désincite à reprendre rapidement un emploi ("trappes à chômage"). |
| Chômage frictionnel | Les délais incompressibles (frictions) nécessaires pour qu'un travailleur trouve un emploi qui lui convient (temps de recherche, d'entretiens, etc.). |
| Chômage d'inadéquation (mismatch) | Problème d'appariement entre l'offre et la demande de travail. Cela peut être une inadéquation des compétences (les qualifications ne correspondent pas aux besoins) ou une inadéquation spatiale (les emplois ne sont pas là où vivent les chômeurs). |
| Salaire d'efficience | Les entreprises fixent un salaire supérieur à celui du marché pour attirer les meilleurs travailleurs, les motiver et éviter les comportements de "tire-au-flanc" (dû aux asymétries d'information). Cela crée un déséquilibre comme le SMIC. |
Les Politiques de Lutte contre le Chômage
Les solutions varient en fonction du type de chômage que l'on souhaite combattre.
Lutter contre le Chômage Conjoncturel
- Politique budgétaire de relance : L'État augmente ses dépenses (investissements publics) ou baisse les impôts pour stimuler la demande globale et donc l'activité économique.
- Politique monétaire de relance (expansive) : La Banque Centrale (BCE) baisse ses taux d'intérêt directeurs pour rendre le crédit moins cher, ce qui encourage l'investissement des entreprises et la consommation des ménages.
Lutter contre le Chômage Structurel
- Baisser le coût du travail : Réduire les cotisations sociales patronales pour inciter les entreprises à embaucher, notamment les travailleurs peu qualifiés.
- Politiques de flexibilisation : Assouplir les règles du marché du travail (LPE, contrats de travail) pour donner plus de souplesse aux entreprises pour embaucher et licencier.
- Politiques d'activation de l'emploi ("workfare") : Rendre les allocations chômage conditionnelles à une recherche active d'emploi et/ou dégressives dans le temps pour inciter à un retour plus rapide à l'emploi.
- Politiques de formation : Investir dans la formation initiale et continue (ex: Compte Personnel de Formation - CPF) pour améliorer l'adéquation des compétences des travailleurs avec les besoins des entreprises.
- Flexisécurité : Modèle inspiré du Danemark qui combine trois piliers :
- Flexibilité : Licenciements faciles pour les entreprises.
- Sécurité : Indemnisation chômage généreuse pour les travailleurs.
- Accompagnement : Politiques actives très développées (formation, aide à la recherche) pour un retour rapide à l'emploi.
Synthèse : Causes et Solutions
Chaque type de chômage a une cause spécifique et appelle une politique publique adaptée. Il n'existe pas de solution unique mais un ensemble d'outils à combiner en fonction du diagnostic.
| Type de Chômage | Cause Principale | Solution Principale |
| Conjoncturel | Demande globale insuffisante | Politiques macroéconomiques de relance (budgétaire, monétaire) |
| Classique | Coût du travail trop élevé (SMIC) | Baisse du coût du travail |
| Structurel (rigidités) | Règles trop strictes (LPE) | Flexibilisation du marché du travail |
| D'inadéquation | Compétences non adaptées | Politiques de formation |
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