Choix du conjoint et homogamie
Aucune carteAnalyse des facteurs sociaux et culturels influençant le choix du conjoint, avec un focus sur l'homogamie et les lieux de rencontre.
Le Choix du Conjoint
Théoriquement libre, le choix du conjoint est en réalité fortement influencé par des facteurs sociaux, économiques et culturels, orientant les individus vers des partenaires aux caractéristiques similaires.
Définitions Clés
- Homogamie : Choix d'un conjoint issu du même milieu économique, social ou culturel. Elle est souvent observée en analysant la profession des pères ou la profession identique au sein du couple.
- Hétérogamie : Choix d'un conjoint appartenant à un milieu culturel, social ou économique différent.
- Hypergamie : Choix par une femme d'un homme plus riche ou de statut social plus élevé.
- Hypogamie : Choix par un homme d'une femme plus riche ou de statut social plus élevé.
- Statut professionnel : Dépend généralement du niveau d'éducation.
- Endogamie :
- Selon Kaufmann : Le fait de choisir un conjoint de même origine géographique.
- Selon l'anthropologie (Claude Rivière) : Obligation de choisir un conjoint au sein de son propre groupe d'appartenance.
- Exogamie :
- Selon la sociologie : Le fait de choisir un conjoint d'une autre origine géographique.
- Selon l'anthropologie (Claude Rivière) : Interdiction d'épouser une personne appartenant à son propre groupe.
Historiquement, on est passé d'un mariage arrangé, où les familles jouaient un rôle capital pour la fonction patrimoniale, à une union où les futurs conjoints ont davantage la main. L'accent s'est déplacé de l'échange de noms et de patrimoines vers l'échange de sentiments et d'affects.
Comprendre le Choix
Des études approfondies ont exploré les mécanismes du choix du conjoint :
- En 1959, Alain Girard (INED) a publié "Le choix du conjoint. Une enquête psychosociologique en France", mettant en évidence que "qui se ressemble s'assemble" à travers l'étude de couples mariés.
- Vingt-cinq ans plus tard, en 1987, Michel Bozon et François Héran (INED) ont réactualisé ces recherches avec "La découverte du conjoint", incluant les couples non mariés. Leurs travaux confirment les conclusions de Girard, démontrant que la "foudre" ne frappe pas au hasard mais "avec prédilection la diagonale", soulignant la persistance de l'homogamie.
A. Antécédents Sociologiques
De nombreux auteurs américains (Hollingshead, 1950; Kerchoff et Davis, 1962) avaient déjà souligné l'importance des facteurs sociaux d'attirance tels que la race, le groupe ethnique, la religion, l'éducation et la classe sociale. L'enquête de Girard a finement mesuré ces phénomènes en France, révélant une forte homogamie religieuse, éducative et socioprofessionnelle.
La question demeure : comment l'homogamie reste-t-elle aussi puissante dans une société en constante évolution ? Chaque milieu social dispose de lieux spécifiques où ses membres se rencontrent, socialisent et choisissent leur partenaire.
L'analyse d'Alain Girard a été régulièrement réactualisée. Bozon et Héran se sont penchés sur le choix du "compagnon", confirmant que les résultats des années 1960 persistaient dans les années 1980.
L'étude des "Origines sociales des conjoints dans les couples français âgés de moins de 45 ans (mariés ou non)" révèle que l'homogamie est particulièrement forte aux extrêmes des hiérarchies sociales (), indiquant que les personnes aux statuts sociaux très élevés ou très bas ont une plus grande tendance à choisir des partenaires de leur propre milieu.
L'homogamie est mesurée à partir du statut hérité (caractéristiques des parents) ou du statut acquis (caractéristiques des conjoints eux-mêmes). L'homogamie en termes de statut acquis est plus prononcée que celle liée au statut hérité, ce qui indique que l'homogamie sociale ne conduit pas nécessairement à la reproduction sociale.
Par exemple, F. de Singly (1984) a montré qu'une "dote scolaire" supérieure à la moyenne peut favoriser la mobilité sociale ascendante chez les femmes. Cependant, les hommes avec peu de capital éducatif ou économique peuvent éprouver des difficultés à trouver un partenaire, tout comme les femmes avec un capital scolaire et économique très élevé.
Plus qu'un choix délibéré, le partenaire est souvent "découvert" dans les lieux fréquentés habituellement par l'individu.
Lieux de Rencontre et Logique Sociale
Les lieux de rencontre sont socialement structurés, et "n'importe qui ne rencontre pas n'importe qui". Ils se divisent en catégories selon les milieux sociaux :
- Lieux Publics : Bals, rassemblements publics, rues, commerces, sorties de groupe en ville, voisinage. Ces lieux sont traditionnellement associés aux classes populaires.
- Lieux Réservés : Associations, lieux d'études, lieux de travail, discothèques, concerts, sorties de groupe au restaurant, cinéma, sport, lieux de vacances, animations culturelles. Ces lieux sont privilégiés par les classes supérieures à fort capital culturel.
- Lieux Privés : Domiciles privés, fêtes de famille, fêtes entre amis. Ces cadres sont fréquents parmi les cadres du privé, patrons et professions libérales.
Même si les scènes de rencontre sont variées, elles manifestent toutes une logique sociale préexistante, celle de l'homogamie.
De 1950 à 1980, la danse était un mode de rencontre prépondérant. Elle facilitait l'interaction, réduisant "le coût du premier pas" et offrant un "langage commun" et un "jeu sans enjeu" qui pouvait, ou non, mener à une relation.
Évolution des Lieux de Rencontre
Selon Bozon et Héran, les lieux de rencontre sont "socialement construits" et le cadre de la sociabilité délimite les possibles choix.
Le Tableau 1: Lieu de Rencontre du Premier Partenaire et du Premier Conjoint par Sexe (1984-2006), issu de l'Enquête Contexte de la sexualité en France (Inserm-Ined, 2006), illustre cette évolution. Il montre par exemple l'importance des études et des soirées entre amis pour la rencontre du premier partenaire et du conjoint.
| Partenaire | Lieu de rencontre du premier... | Conjoint | ||
|---|---|---|---|---|
| Hommes | Femmes | Hommes | Femmes | |
| 38,7 | 24,9 | Études | 15,0 | 14,3 |
| 10,5 | 15,1 | Soirée entre amis | 18,0 | 18,4 |
| 1,0 | 1,4 | Association | 2,1 | 1,9 |
| 1,8 | 2,9 | Bal | 3,6 | 3,7 |
| 6,8 | 8,8 | Boîte de nuit | 11,1 | 10,6 |
| 1,1 | 2,1 | Fête publique | 1,9 | 2,1 |
| 3,3 | 5,1 | Famille | 4,7 | 7,0 |
| 11,6 | 12,0 | Lieu public | 15,6 | 14,1 |
| 9,6 | 8,4 | Lieu de vacances | 4,0 | 4,9 |
| 2,4 | 2,4 | Domicile personne privée | 3,9 | 2,6 |
| 6,3 | 7,8 | Voisinage, rue, quartier | 5,0 | 6,1 |
| 2,8 | 4,5 | Voyage | 10,5 | 9,6 |
| 0,1 | 0,2 | Agence, annonce | 0,2 | 0,2 |
| 0,5 | 0,6 | Internet | 0,5 | 0,8 |
| 2,4 | 3,4 | Autre | 0,9 | 1,8 |
| 1,1 | 0,5 | Ne sait pas | 3,0 | 1,9 |
| 2794 | 3447 | Effectif | 2568 | 3175 |
Impact des Sites de Rencontre
La Figure 2. Taux d'usage des sites de rencontres par sexe et par groupe d'âges, en 2013 (%) (Marie Bergström, Population et Sociétés n° 530, Ined, février 2016) montre que les hommes jeunes (entre 26 et 30 ans) ont une plus forte propension à utiliser ces plateformes que les femmes du même âge.
Malgré leur popularité croissante, les sites de rencontres ne sont pas devenus le mode dominant de rencontre en France, à l'exception des couples de même sexe. Ils conduisent plus souvent à des relations éphémères qu'à des couples stables. Seulement 2 % des couples se sont formés via ces sites, tandis que 7 % ont connu des relations moins importantes par ce biais.
L'homogamie persiste même à l'ère des réseaux sociaux. Si les couples rencontrés en ligne peuvent être légèrement moins similaires, en particulier sur le plan professionnel, les technologies de rencontre tendent à redessiner les modes de rencontre plutôt qu'à les révolutionner radicalement. Elles "désencastrent les rencontres amoureuses et sexuelles d'autres sphères de la vie sociale", rendant le recrutement de partenaires une pratique distincte et formalisée.
Dynamiques Conjugales et Homogamie
Les parents exercent un contrôle (souvent "doux") pour éviter les écarts trop importants aux règles d'homogamie et de "complémentarité conjugale". Kaufmann suggère que les débuts de la vie à deux "éliminent" les écarts intenable, car le quotidien révèle les différences.
Les jugements amoureux ne sont pas indépendants des "classements sociaux". En d'autres termes, l'appréciation des partenaires est médiatisée par l'éducation et le milieu social. Ce classement social intériorisé contribue à produire de l'homogamie.
L'homogamie est intrinsèquement liée à la reproduction et à la conservation de l'ordre social. Cependant, il ne s'agit pas d'un déterminisme rigide ; les individus développent des stratégies et des actions au sein de ce "marché matrimonial".
L'exemple de Catherine Mauduit, cadrette infirmière, et son mari Vincent, cuisinier salarié, illustre les défis de l'hypogamie. Alors que la mère de Catherine critique ses choix, son mari soutient son investissement professionnel qui contribue au bien-être familial. Cela met en lumière la persistance des ajustements genrés, où les femmes, même avec des ressources supérieures, voient leurs ambitions parfois réorientées vers la famille après la naissance d'enfants, et la répartition du travail domestique reste genrée, malgré une trajectoire professionnelle féminine plus stable.
Les jugements amoureux et sexuels sont, comme les goûts, socialement situés (Bozon & Héran, 2006). L'homogamie n'est pas une simple reproduction mécanique, mais repose sur des "règles de correspondance". Le développement d'Internet, malgré ses possibilités infinies, n'a pas aboli les contraintes sociales sur les contextes de rencontre. Le choix du conjoint est également un moyen de construire son identité ("le moi conjugal").
Points Clés
- Le choix du conjoint, bien que perçu comme libre, est fortement structuré par des dynamiques sociales (homogamie, hétérogamie).
- L'homogamie est un phénomène persistant, renforcé par les types de lieux de rencontre fréquentés par les différents milieux sociaux.
- Les études d'Alain Girard, Bozon et Héran ont mis en évidence la persistance de l'homogamie à travers les décennies.
- Les sites de rencontre modifient la manière de se rencontrer mais n'abolissent pas les mécanismes de l'homogamie, et ne sont pas encore le mode dominant de formation des couples.
- Le "marché matrimonial" est un équilibre complexe entre déterminismes sociaux et stratégies individuelles, façonnant le choix du conjoint et l'identité conjugale.
Le Choix du Conjoint (Cheat Sheet)
Le choix du conjoint, bien que souvent perçu comme libre, est fortement influencé par des facteurs sociaux. Nous sommes passés d'un mariage arrangé où le rôle des familles et le patrimoine étaient capitaux, à une union où les sentiments et le choix individuel prennent de plus en plus de place.
1. Définitions Clés
- Homogamie : Choisir un conjoint du même milieu économique, social ou culturel.
- Hétérogamie : Choisir un conjoint d'un milieu culturel, social ou économique différent.
- Hypergamie : Une femme choisit un homme plus riche (ascension sociale féminine).
- Hypogamie : Une femme a plus d'argent ou un statut professionnel plus élevé que l'homme.
- Endogamie :
- Sociologie (Kaufmann) : Choisir un conjoint de même origine géographique.
- Anthropologie (Rivière) : Obligation de choisir un conjoint au sein de son propre groupe.
- Exogamie :
- Sociologie : Choisir un conjoint d'une autre origine géographique.
- Anthropologie : Interdiction d'épouser une personne de son propre groupe.
2. Comprendre le Choix du Conjoint : Des Études Fondatrices
« Qui se ressemble s'assemble »
- Alain Girard (1959) : Première grande enquête psychosociologique en France, confirmant un fort phénomène d'homogamie.
- Michel Bozon et François Héran (1987) : Mise à jour de l'enquête de Girard, confirmant la persistance de l'homogamie même pour les couples non mariés.
- La « foudre » ne tombe pas au hasard, elle frappe avec une certaine prédilection la "diagonale" sociale.
A. L'Importance des Antécédents Sociaux
- Des facteurs sociaux comme la race, l'origine ethnique, la religion, l'éducation et la classe sociale influencent fortement le choix.
- L'enquête de Girard a montré une homogamie religieuse ++++, de niveau d'éducation ++++, et socio-professionnelle +++.
- Question Persistante : Comment l'homogamie reste-t-elle si puissante dans une société en mutation ?
- Chaque milieu social a ses lieux de rencontre privilégiés (ex. les bals autrefois) qui facilitent les rencontres entre pairs.
B. Appréhender l'Homogamie : Statut Hérité vs. Statut Acquis
- L'homogamie est plus forte lorsqu'elle est mesurée en termes de statut acquis (caractéristiques des conjoints eux-mêmes) que de statut hérité (caractéristiques des parents). Par exemple, une "dot scolaire" élevée peut permettre une mobilité sociale ascendante pour les femmes.
- Le partenaire est souvent « découvert » plutôt que choisi dans les lieux que l'on a l'habitude de fréquenter.
- Lieux de Rencontre Spécifiques aux Classes Sociales :
- Lieux Publics (Populaires) : Bals, rues, commerces, sorties de groupe en ville, voisinage.
- Lieux Réservés (Supérieures) : Associations, lieux d'études, travail, discothèques, concerts, restaurants, cinéma, sport, lieux de vacances, animations culturelles (fort capital culturel).
- Lieux Privés (Cadres/Libérales) : Domicile privé, fêtes de famille, fêtes entre amis.
- Même derrière la diversité des scènes de rencontre, une logique sociale homogamique se dégage.
- La danse (années 50-80) a joué un rôle crucial comme lieu de rencontre :
« La danse est économique : elle réduit le coût du premier pas et, s'il se produit, le coût du faux pas. La danse est jeu sans enjeu »
3. Choix ou Découverte du Conjoint ?
- Les lieux de rencontre sont socialement construits (Bozon et Héran) : « n'importe qui ne rencontre pas n'importe qui ».
- Moindre importance des lieux sous le regard des aînés (bals) vs. Importance accrue de la sociabilité entre pairs (soirées entre amis).
Évolution des Lieux de Rencontre (1984-2006)
| Hommes | Femmes | Lieu de rencontre du premier... | Hommes | Femmes | |
| 38,7% | 24,9% | Études (Partenaire) | 15,0% | 14,3% | |
| 10,5% | 15,1% | Soirée entre amis (Partenaire) | 18,0% | 18,4% | |
| + de 10% | + de 10% | Lieux Publics, Voisinage, Vacances, Boîte de nuit prédominent | + de 10% | + de 10% |
Impact des Sites de Rencontre
- Les hommes utilisent plus les sites de rencontre que les femmes, surtout entre 26 et 30 ans.
- Malgré leur visibilité, les sites de rencontre restent un mode de rencontre minoritaire pour les couples stables en France (2% des conjoints actuels).
- Ils conduisent plus souvent à des relations éphémères (7% pour des relations moins importantes).
- Les réseaux sociaux et les sites de rencontre redessinent la géographie amoureuse mais ne suppriment pas l'homogamie.
- Ils désencastrent les rencontres des autres sphères sociales, formalisant la recherche de partenaire.
Les parents exercent toujours un contrôle "doux" pour limiter les écarts trop importants aux règles d'homogamie. Les jugements amoureux sont "socialement classés".
4. Au-delà de l'Homogamie
A. Stratégie et Marché Matrimonial
- L'homogamie est liée à la reproduction de l'ordre social, mais laisse place aux stratégies individuelles.
- Le marché matrimonial est perçu comme large et ouvert, où les individus agissent avec et non pas seulement par le marché.
B. L'Hypogamie : Un Rôle Inconfortable ?
« Tu en fais voir des choses à ton mari ! Qu'est-ce que tu vas chercher dans ta formation ? »
- L'exemple de Catherine montre que même dans l'hypogamie (femme plus diplômée/riche), il peut y avoir des jugements sociaux et familiaux.
- L'hypogamie peut bousculer les rôles de genre traditionnels mais les ajustements genrés persistent (ex: répartition des tâches domestiques).
- Les ambitions féminines sont encore souvent réorientées vers la famille après la naissance des enfants.
5. Conclusion
- Les jugements amoureux et sexuels sont socialement situés.
- L'homogamie n'est pas une simple reproduction mécanique, elle obéit à des "règles de correspondance".
- Les technologies de rencontre ne suppriment pas les contraintes sociales.
- Le choix du conjoint participe à la construction de l'identité ("moi conjugal").
Introduction au Choix du Conjoint
Le choix du conjoint, bien qu'il puisse sembler libre et individuel, est profondément influencé par des facteurs sociaux, économiques et culturels. Cette note explore les différentes facettes de ce choix, depuis les définitions fondamentales jusqu'aux mécanismes sociaux qui guident et parfois limitent nos préférences.
1. Définitions Clés
- Homogamie : Le fait de choisir un conjoint appartenant au même milieu économique, social ou culturel. Traditionnellement, elle est souvent analysée à travers la profession des pères ou la similitude professionnelle au sein du couple.
- Hétérogamie : Le fait de choisir un conjoint issu d'un milieu culturel, social ou économique différent.
- Hypergamie : Situation où une femme choisit un homme ayant un statut social ou économique supérieur au sien.
- Hypogamie : Situation où une femme a un statut social ou économique supérieur à celui de son conjoint.
- Endogamie :
- Selon Kaufmann : Le fait de choisir un conjoint de même origine géographique.
- Selon l'anthropologie (Claude Rivière) : L'obligation pour un individu de choisir son conjoint au sein de son propre groupe d'appartenance.
- Exogamie :
- Selon la sociologie : Le fait de choisir un conjoint d'une autre origine géographique.
- Selon l'anthropologie (Claude Rivière) : L'interdiction d'épouser une personne appartenant à son propre groupe.
Nous sommes passés d'un modèle de mariage arrangé, où les familles jouaient un rôle central dans la gestion du patrimoine, à un modèle où le choix du partenaire est davantage une élection personnelle guidée par les sentiments et les affects.
2. Comprendre le Choix du Conjoint
Dès 1959, Alain Girard (INED) a montré, dans son enquête "Le choix du conjoint", que « qui se ressemble s'assemble ». Vingt-cinq ans plus tard, Michel Bozon et François Héran (INED), dans "La découverte du conjoint", confirment cette observation, même pour les couples non-mariés, avec l'idée que « la 'foudre', quand elle tombe, ne tombe pas n'importe où : elle frappe avec prédilection la diagonale ».
A. Antécédents et Permanence de l'Homogamie
De nombreux auteurs américains (Hollingshead, 1950; Kerchoff et Davis, 1962) avaient déjà mis en évidence les facteurs sociaux d'attirance tels que la race, l'appartenance ethnique, la religion, l'éducation et la classe sociale. L'enquête d'Alain Girard a minutieusement mesuré ces phénomènes pour la société française, révélant une forte homogamie religieuse, éducative et socio-professionnelle.
Malgré les changements sociétaux, l'homogamie demeure puissante. Chaque milieu social possède des lieux de socialisation spécifiques qui facilitent les rencontres et les choix de partenaires entre personnes de mêmes origines.
L'analyse d'Alain Girard a été réactualisée à de nombreuses reprises : une vingtaine d'années après, Michel Bozon et François Héran (1987) se sont intéressés non seulement au choix du conjoint, mais à celui du « compagon ». Les résultats de 1964 se confirment-ils en 1984 ?
L'homogamie est particulièrement marquée aux extrêmes des hiérarchies sociales, où la probabilité de s'unir avec quelqu'un du même milieu est supérieure à la moyenne.
B. Appréhender l'Homogamie
L'homogamie peut être mesurée à partir du statut hérité (caractéristiques des parents) ou du statut acquis (caractéristiques des conjoints eux-mêmes). L'homogamie mesurée par le statut acquis est plus forte, ce qui signifie que l'homogamie sociale n'implique pas toujours une reproduction sociale directe. Par exemple, François de Singly (1984) a montré qu'une "dot scolaire" élevée peut favoriser la mobilité sociale ascendante chez les femmes.
Le partenaire est souvent "découvert" dans les lieux que l'on a l'habitude de fréquenter :
- Lieux publics : bals, rues, commerces, sorties de groupe en ville, voisinage (fréquentés par les classes populaires).
- Lieux réservés : associations, lieux d'études, travail, discothèques, concerts, restaurants, cinéma, sport, lieux de vacances, animations culturelles (fréquentés par les classes supérieures à fort capital culturel).
- Lieux privés : domicile privé, fêtes de famille, fêtes entre amis (fréquentés par les cadres du privé, patrons, professions libérales).
Ces différents lieux de rencontre révèlent une logique sociale sous-jacente qui favorise l'homogamie. Dans les années 1950-1980, une rencontre sur quatre, voire une sur cinq, s'est faite en dansant. La danse offrait un langage commun et réduisait le "coût du premier pas", agissant comme un "jeu sans enjeu" qui pouvait potentiellement déboucher sur quelque chose de plus.
3. Choix ou Découverte du Conjoint ?
Les lieux de rencontre sont socialement construits, et « n'importe qui ne rencontre pas n'importe qui ». Le cadre de la sociabilité délimite un espace de choix (plus ou moins conscient et stratégique). On observe une diminution de l'importance des lieux sous le regard des aînés (bals, voisinage) au profit des lieux de sociabilité entre pairs (soirées entre amis).
| Lieu de rencontre du premier partenaire | Lieu de rencontre du premier conjoint | |||
|---|---|---|---|---|
| Hommes (%) | Femmes (%) | Hommes (%) | Femmes (%) | |
| Études | 38,7 | 24,9 | 15,0 | 14,3 |
| Soirée entre amis | 10,5 | 15,1 | 18,0 | 18,4 |
| Association | 1,0 | 1,4 | 2,1 | 1,9 |
| Bal | 1,8 | 2,9 | 3,6 | 3,7 |
| Boîte de nuit | 6,8 | 8,8 | 11,1 | 10,6 |
| Fête publique | 1,1 | 2,1 | 1,9 | 2,1 |
| Famille | 3,3 | 5,1 | 4,7 | 7,0 |
| Lieu public | 11,6 | 12,0 | 15,6 | 14,1 |
| Lieu de vacances | 9,6 | 8,4 | 4,0 | 4,9 |
| Domicile personne privée | 2,4 | 2,4 | 3,9 | 2,6 |
| Voisinage, rue, quartier | 6,3 | 7,8 | 5,0 | 6,1 |
| Travail | 2,8 | 4,5 | 10,5 | 9,6 |
| Agence, annonce | 0,1 | 0,2 | 0,2 | 0,2 |
| Internet | 0,5 | 0,6 | 0,5 | 0,8 |
| Autre | 2,4 | 3,4 | 0,9 | 1,8 |
| Ne sait pas | 1,1 | 0,5 | 3,0 | 1,9 |
| Effectif | 2794 | 3447 | 2568 | 3175 |
| Champ : Hommes et femmes ayant eu un premier rapport entre 1984 et 2006 (à gauche) / Commence une première vie de couple entre 1984 et 2006 (à droite). | ||||
| Source : Enquête Contexte de la sexualité en France (Inserm-Ined, 2006). | ||||
Les sites de rencontres :
Les hommes, particulièrement entre 26 et 30 ans, ont plus tendance à utiliser les sites de rencontres que les femmes. C'est néanmoins une minorité de couples qui se forment par ce biais. Ces sites ne sont pas devenus le mode de rencontre dominant en France (sauf pour les couples de même sexe) et mènent plus souvent à des relations éphémères qu'à des unions stables.
Malgré l'avènement des technologies, l'homogamie persiste. Les couples formés via les réseaux sociaux sont légèrement moins similaires, notamment du point de vue professionnel, mais les principes de l'homogamie fonctionnent globalement de la même manière. Ces technologies redessinent la manière de se rencontrer plutôt que de provoquer un changement radical.
« Les sites de rencontre opèrent une rupture importante avec cette organisation des rencontres. Spécifiquement consacrés à l'appariement des partenaires, ils participent à désencastrer les rencontres amoureuses et sexuelles d'autres sphères de la vie sociale. Autrement dit, le recrutement des partenaires devient ici une pratique distincte et formalisée : spatialement et temporairement circonscrite et dotée d'une finalité explicite. Plus que de simplement étendre la géographie amoureuse et sexuelle, les sites de rencontre la redessinent. »
Les parents exercent toujours un contrôle (plus "soft") sur les écarts trop importants aux règles de l'homogamie et de la complémentarité conjugale. Kaufmann suggère que les premières phases de la vie à deux éliminent les "écarts intenables", car la vie en commun révèle les différences fondamentales. Les jugements amoureux sont médiatisés par l'éducation sociale et les "classements sociaux intériorisés" produisent de l'homogamie.
4. Au-delà de l'Homogamie
A. Le Choix comme Stratégie
L'homogamie est étroitement liée à la reproduction et à la conservation de l'ordre social, limitant la liberté individuelle tout en offrant des "règles de correspondances" qui laissent place aux actions et stratégies individuelles. Par exemple, les attentes des cadres du privé peuvent correspondre à certains types de féminités cultivées par les femmes de niveau intermédiaire, formant ainsi des "patterns de beauté" et des assortiments de caractéristiques.
Dans un marché matrimonial large et ouvert, les individus interagissent avec ce marché. Tout n'est pas pure stratégie instrumentale, mais tout n'est pas non plus pur déterminisme de reproduction sociale.
B. Quid de l'Hypogamie ?
L'hypogamie (femme ayant un statut supérieur à l'homme) peut entraîner des conséquences et des jugements sociaux. L'exemple de Catherine Mauduit et de son mari Vincent illustre comment des arrangements conjugaux, même s'ils facilitent l'épanouissement professionnel de la femme et améliorent la vie matérielle de la famille, peuvent être perçus comme "déviants" par l'entourage (comme la mère de Catherine).
Malgré ces dynamiques, les femmes avec plus de ressources voient leur trajectoire professionnelle devenir plus stable et moins impactée par la naissance d'enfants en situation d'hypogamie. Cependant, la répartition des tâches domestiques reste souvent genrée, et les ambitions féminines peuvent être réorientées vers la famille après la maternité.
5. Conclusion
Les jugements en matière d'amour et de sexualité sont, comme d'autres jugements de goût, socialement situés (Bozon & Héran, 2006). L'homogamie n'est pas une simple reproduction mécanique, mais plutôt le résultat de "règles de correspondance" comme l'a relevé Kaufmann.
Même avec le développement d'Internet et les possibilités de rencontre infinies qu'il semble offrir, les contraintes sociales qui pèsent sur les contextes de rencontre n'ont pas disparu. Le choix du conjoint est également un moyen de construire son identité ("le moi conjugal").
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