Chapitre2
Aucune carteL'introduction à la notion de culture et ses fonctions.
Introduction à la Notion de Culture
La culture est un concept fondamental et polysémique qui a évolué au fil des siècles, désignant initialement l'action de cultiver avant d'acquérir un sens scientifique au XIXe siècle. Elle englobe un ensemble de significations, de pratiques et de structures communes à un groupe social, influençant l'adaptation, la symbolisation et l'humanisation des individus.
Histoire et Définition de la Notion de Culture
Le terme « culture » a une histoire riche et complexe, avec des significations variées selon les époques et les disciplines.
Évolution Historique du Terme
Moyen Âge : Le terme signifie l'action de cultiver la terre.
XVIIIe siècle (France) : Le sens figuré se développe, désignant la formation de l'esprit (culture des arts, des lettres, des sciences). Il est utilisé au singulier, reflétant l'universalisme des Lumières.
XVIIIe siècle (Allemagne) : En opposition à l'universalisme français, le concept de « Kultur » émerge, associé à un peuple particulier, ses valeurs morales et son ancrage temporel et spatial.
XIXe siècle : Le terme acquiert un sens scientifique, notamment en anthropologie anglaise.
Premières Définitions Scientifiques et Courants Théoriques
La notion de culture s'est développée à travers divers courants théoriques en sociologie, anthropologie et psychologie.
Courant | Description et Définition Clé | Points Clés |
Évolutionnisme | Edward Burnett Tylor (1871) la définit comme « ce tout complexe qui inclut savoir, croyance, art, morale, lois, coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquises par l'Homme en tant que membre d'une société ». S'inspirant de Gustav Klemm, Tylor considère une seule culture avec différents degrés d'avancement (sauvagerie, soumission, liberté). |
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Diffusionnisme | En réaction à l'évolutionnisme, ce courant se base sur un critère spatial pour étudier la migration des éléments culturels. Il vise à reconstruire l'histoire de l'humanité par la diffusion des traits culturels. |
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Culturalisme | Franz Boas (1940), figure de transition, affirme que la différence entre les groupes humains est d'ordre culturel, non racial, et met l'accent sur le caractère particulariste et complexe des phénomènes culturels. Sa conception s'apparente au relativisme culturel, vu comme un principe méthodologique. L'école « Culture et personnalité » (Benedict, Mead) cherchait à comprendre comment la culture façonne l'individu et son psychisme. |
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Fonctionnalisme | Bronisław Malinowski (1968) propose une approche axée sur la fonction adaptative de la culture, la définissant comme « un vaste appareil, pour une part matériel, pour une part humain, et pour une autre encore spirituel, qui permet à l'homme d'affronter les problèmes concrets et précis qui se posent à lui ». |
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Structuralisme | Claude Lévi-Strauss (1973) définit la culture comme « un système, régi par une cohésion interne ; cette cohésion inaccessible à l'observation d'un système isolé, se révèle dans l'étude [des transformations] ». Les faits socioculturels sont organisés en systèmes et prennent sens dans leurs relations. |
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Interactionnisme | Inspiré par George Herbert Mead, met l'accent sur les interactions sociales comme lieu de formation des cultures. Les individus sont des acteurs sociaux qui interagissent. |
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Approche Interprétativiste | Clifford Geertz (1972) voit la culture comme « un modèle de significations incarnées dans des symboles qui sont transmis à travers l'histoire, un système de conceptions héritées qui s'expriment symboliquement, et aux moyens desquelles les hommes communiquent, perpétuent et développent leur connaissance de la vie et leurs attitudes devant elle ». |
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Approche Communicationnelle | Edward Sapir (1949), ethno-linguiste, établit un lien étroit entre culture et langage, suggérant que chaque langue correspond à une manière unique de se représenter le monde. |
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Acculturation | Définie par Camilleri (2003) comme « l'ensemble plus ou moins lié des significations acquises les plus persistantes et les plus partagées que les membres d'un groupe [...] sont amenés à distribuer [...] sur les stimuli [...] induisant [...] des attitudes, représentations et comportements communs majoritairement valorisés, dont ils tendent à assurer la reproduction par des voies non génétiques ». |
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Définition Adoptée dans l'Ouvrage
L'ouvrage adopte la définition de Kroeber et Kluckhohn (1952), complétée par la perspective d'Adams et Markus (2004) :
« La culture consiste en des modèles, explicites ou implicites, d'idées et de leur incarnation dans les institutions, les pratiques, les artefacts, dérivés et sélectionnés par l'histoire ; les modèles culturels peuvent, d'une part, être considérés comme les produits de l'action et, d'autre part, comme conditionnant les éléments d'une nouvelle action » (Kroeber & Kluckhohn, 1952, p. 357).
Cette définition met en évidence plusieurs aspects essentiels :
Aspect explicite et implicite : La culture comprend des éléments conscients (idéologies, normes) et des éléments inconscients, intégrés à la vie quotidienne.
Ancrage historique : Les modèles culturels dérivent de l'histoire humaine et sont en constante évolution.
Aspect subjectif et objectif : La culture se manifeste à la fois au niveau des idées (attitudes, croyances) et dans l'expression matérielle de ces idées, ainsi que dans la réalité elle-même.
Les Fonctions de la Culture
La culture remplit plusieurs fonctions cruciales pour les individus et les groupes.
1. Fonction Adaptative
La culture permet à l'individu et au groupe de s'adapter à son environnement.
Exemple de Malinowski (1932) : Les pratiques matrimoniales répondent aux besoins de la société et de l'espèce, comme la protection de la descendance. Ce raisonnement fonctionnaliste est remis au goût du jour par la psychologie évolutionniste (Workman & Reader, 2007).
Mise en garde de Diamond (2005) : Une culture développée à une période ou dans un contexte particulier n'est pas toujours adaptée. L'exemple des Norses au Groenland illustre cela :
Ils ont tenté d'adapter l'environnement à leur culture (défrichage pour l'élevage bovin) plutôt que le contraire.
Le tabou culturel de la consommation de poisson les a conduits à la famine, alors que les Inuits survivaient en consommant du poisson.
Les Norses ont privilégié leur survie culturelle (maintien de leurs traditions religieuses, refus d'imiter les Inuits) au détriment de leur survie biologique.
2. Fonction de Symbolisation
La culture favorise le processus de symbolisation et en est une de ses conséquences.
Elle fournit des « clés » pour construire les choix, donner un sens aux actions et comprendre le monde.
La culture agit comme une boussole qui oriente les comportements, en instituant des conduites et leurs composantes, souvent liées à l'appartenance à un groupe (religieux, politique).
La capacité d'élaboration symbolique se développe progressivement chez l'enfant, qui associe un signifié (ce qui est évoqué) à un signifiant (ce qui le représente) (Piaget, 1896-1980).
Le contenu de ces représentations est façonné par l'environnement socioculturel.
3. Fonction d'Humanisation
La culture contribue au processus d'humanisation de l'individu.
Elle se distingue par la capacité humaine à évoquer un objet ou une personne en son absence, grâce à la fonction symbolique.
La culture est souvent perçue comme ce qui distingue radicalement l'être humain des autres êtres vivants (Segall et al., 1999).
Elle influence des aspects profonds de l'individu, comme la pulsion sexuelle (ex: tabou de l'inceste visant à préserver la famille et favoriser l'intérêt amoureux).
Conclusion
La culture est un concept complexe, dynamique et essentiel à la compréhension de l'être humain. Elle se manifeste à travers des modèles explicites et implicites, est ancrée dans l'histoire, et combine des aspects subjectifs et objectifs. Ses fonctions principales sont l'adaptation à l'environnement, la symbolisation du monde et l'humanisation des individus, bien que son rôle adaptatif puisse parfois être remis en question, soulignant l'importance de ne pas seulement considérer la survie biologique mais aussi la survie culturelle des groupes.
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