Cancer du rein : définition, signes, diagnostic et traitement
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I. Introduction au Cancer du Rein
1. Définition
Le cancer du rein est caractérisé par des néoformations malignes primitives se développant aux dépens du parenchyme rénal.
2. Intérêt
- Épidémiologique : Il représente le 3ème cancer urologique, avec une incidence croissante et un sex-ratio de 2 hommes pour 1 femme.
- Diagnostique : Le diagnostic est souvent tardif, mais l'Uro-TDM et l'IRM ont révolutionné sa détection.
- Pronostique : C'est le cancer urologique le plus létal, avec un pronostic généralement défavorable.
- Thérapeutique : Les traitements ont été transformés par l'avènement des anti-angiogéniques et de l'immunothérapie.
II. Signes Cliniques et Paracliniques
A. Forme Typique : Carcinome Rénal à Cellules Claires
Il s'agit généralement d'une tumeur unilatérale chez l'adulte âgé d'une cinquantaine d'années.
1. Signes Cliniques
1.1. Signes Fonctionnels
- Hématurie : Classiquement isolée, spontanée, macroscopique, totale, insidieuse, indolore et intermittente, d'évolution capricieuse.
- Douleur lombaire : Atypique ou de type colique néphrétique.
1.2. Signes Généraux
- Altération de l'état général (AEG) : Asthénie, anorexie, amaigrissement.
- Syndrome paranéoplasique : Fièvre prolongée, pâleur, HTA, etc.
1.3. Signes Physiques
- Examen de l'appareil uro-génital :
- Fosse lombaire :
- Inspection : Peut révéler une voussure lombaire.
- Palpation (manœuvre de Guyon) :
- Technique : Patient en décubitus dorsal, genoux semi-fléchis, abdomen relâché. L'examinateur place une main postérieure dans la fosse lombaire et l'autre main déprime la paroi antérieure de l'abdomen.
- Résultats : Présence d'une masse lombaire, à contours irréguliers, de consistance dure et indolore, donnant le contact lombaire et le ballottement rénal.
- Percussion : La masse est barrée en avant par la sonorité colique, indiquant son siège rétropéritonéal.
- Auscultation : Recherche un souffle.
- Miction : Recherche d'hématurie.
- Examen des cordons spermatiques : Recherche de varicocèle.
- Touchers pelviens.
- Fosse lombaire :
- Examen des aires ganglionnaires.
- Examen complet : Recherche d'une hépatomégalie cholestatique non métastatique et examen des autres appareils et systèmes.
2. Signes Paracliniques
2.1. Biologie
- Fonction rénale : Urée et créatininémie sont le plus souvent normales.
- Syndrome paranéoplasique :
- NFS : Anémie ou polyglobulie.
- Hypercalcémie : Due à une sécrétion inappropriée de PTH.
- Augmentation des PAL et GGT : Cholestase anictérique (syndrome de Stauffer).
- VS accélérée, LDH augmentée.
2.2. Imagerie
- Échographie : Révèle une masse pleine tissulaire, hétérogène, développée aux dépens du parenchyme rénal, sans renforcement postérieur, très vascularisée en écho-Doppler. Elle précise les dimensions de la tumeur, l'état des veines rénales et recherche des métastases.
- Uro-TDM : Examen de référence.
- Montre une masse tissulaire mal limitée, hypervascularisée, avec un rehaussement intense et précoce après injection de produit de contraste iodé (wash-in), devenant hypodense par rapport au parenchyme rénal sur les clichés tardifs (wash-out).
- Peut révéler des plages nécrotico-hémorragiques avasculaires et des calcifications intratumorales.
- Participe au bilan d'extension.
- IRM : Indiquée en cas de contre-indication à la TDM, pour caractériser les petites masses invisibles à la TDM et les tumeurs kystiques, et pour rechercher un envahissement de la veine cave.
2.3. Histologie
- Biopsie rénale : Non systématique, indiquée en cas de :
- Masses rénales découvertes dans un contexte de cancer extra-rénal connu.
- Suspicion de cancer rénal non extirpable ou chez un patient à haut risque.
- Doute diagnostique à l'imagerie.
- Histologie de la pièce opératoire :
- Macroscopie : Couleur jaune chamois.
- Microscopie : Confirme le diagnostic en précisant le type histologique et le degré de différenciation.
3. Évolution
3.1. Éléments de Surveillance
- Clinique : Hématurie, douleur.
- Paraclinique : Fonction rénale, VS, échographie, TDM.
3.2. Modalités Évolutives
- Favorable : Si diagnostic précoce et prise en charge correcte.
- Défavorable : Si diagnostic tardif, avec des complications telles que :
- Hémorragie rétropéritonéale : Par rupture spontanée ou post-traumatique de la tumeur, associée à des signes de choc et des signes locaux lombaires et/ou péritonéaux.
- Métastases : Fréquemment pulmonaires, osseuses, hépatiques, cérébrales.
4. Bilan d'Extension
4.1. Extension Loco-régionale
- Clinique : Recherche de varicocèle, OMI, CVC, masse abdominale.
- Imagerie :
- Uro-TDM : Évalue la graisse périrénale, les glandes surrénales, l'atteinte de la veine rénale, l'envahissement des voies excrétrices, l'envahissement ganglionnaire (hilaires, lombo-aortiques) et l'envahissement du tube digestif (duodénum, côlon).
- Autres : IRM, cavographie.
4.2. Extension à Distance
- Clinique : Recherche de ganglion de Troisier, hépatomégalie, métastases osseuses (avec possibilité de fractures pathologiques), examen du rein controlatéral, auscultation cardiaque et pulmonaire, examen neurologique.
- Biologie : Bilan hépatique (PAL, Gamma-GT), LDH.
- Imagerie :
- TDM thoraco-abdomino-pelvienne +++.
- TDM cérébrale et Scintigraphie osseuse : En cas de signes d'appel.
- PET-scan.
Au décours de ces examens, une classification TNM est établie.
B. Formes Cliniques Spécifiques
1. Formes Anatomiques
- Tumeur sur rein unique.
- Tumeur bilatérale ou multifocale : Souvent chez un sujet jeune dans un contexte héréditaire (maladie de Von Hippel-Lindau), nécessitant un avis oncogénétique et un dépistage familial.
2. Formes Anatomopathologiques
- Autres cancers épithéliaux : Carcinome tubulo-papillaire, carcinome à cellules chromophobes, carcinome des tubes collecteurs (carcinome de Bellini).
- Cancers non épithéliaux : Sarcomes primitifs, lymphomes, carcinomes à petites cellules.
3. Formes selon le Terrain
- Chez l'enfant :
- Néphroblastome ou tumeur de Wilms :
- Présente une HTA, une hématurie, une douleur abdominale.
- Masse abdominale indolore, lisse, ferme, donnant le contact lombaire et le ballottement rénal, rapidement évolutive et très fragile.
- L'échographie et la TDM posent le diagnostic.
- Autres : Tumeur rhabdoïde, sarcome à cellules claires.
- Néphroblastome ou tumeur de Wilms :
- Cancer du rein et grossesse : Un avortement thérapeutique peut être proposé si la grossesse n'est pas trop avancée, sinon un bilan d'extension est réalisé après l'accouchement.
- Cancer du rein chez l'hémodialysé : Plus fréquent chez les patients sous hémodialyse.
III. Diagnostic
1. Diagnostic Positif
- Arguments cliniques : La triade classique est Hématurie - Douleur lombaire - Gros rein.
- Arguments paracliniques : Échographie, TDM, et l'histologie pour la certitude diagnostique.
2. Diagnostic Différentiel
2.1. Devant une Masse Lombaire
- Tumeurs bénignes du rein :
- Épithéliales : Adénomes et tumeurs à cellules juxta-glomérulaires.
- Mésenchymateuses : Angiomyolipome, léiomyome, fibrome, lipome, hémangiome, lymphangiome, néphrome mésoblastique.
- Kystes : Kyste simple, kyste multiloculaire, multikystose (unilatérale) et polykystose (bilatérale).
- Cancers secondaires : Notion de tumeur maligne primitive (poumon, sein, lymphome).
- Hydronéphrose.
- Tumeurs des organes de voisinage : Surrénales, foie, rate, pancréas, estomac, côlon.
2.2. Devant l'Hématurie
- Cancer de la voie excrétrice supérieure (VES).
- Cancer de la vessie : Hématurie macro ou microscopique, classiquement terminale, indolore et intermittente, d'abondance variable. La cystoscopie avec biopsie est essentielle.
- Autres : Causes néphrologiques, bilharziose urogénitale.
2.3. Chez l'Enfant (éliminer également)
- Avant 1 an : Néphrome mésoblastique ou tumeur de Bolande.
- Neuroblastome : Tumeur de la médullosurrénale, solide, mal limitée et bosselée. Le dosage des métanéphrines urinaires et l'échographie posent le diagnostic.
3. Diagnostic Étiologique (Facteurs de Risque)
- Tabac : Augmente le risque relatif de 35%.
- Exposition professionnelle : Pentachlorophénol et tétrachlorophénol (utilisés dans l'industrie du bois et du textile).
- Obésité, HTA, Diabète.
- Hémodialyse chronique / dysplasie multikystique.
- Patients transplantés.
- Facteurs génétiques : Maladie de Von Hippel-Lindau, cancer du rein commun familial, sclérose tubéreuse de Bourneville, léiomyomatose cutanée familiale, syndrome de Birt-Hogg-Dubé.
IV. Traitement
1. Buts
- Guérir le malade par l'exérèse de la tumeur.
- Préserver la fonction rénale.
- Éviter ou traiter les complications et les récidives.
- Améliorer le confort et la qualité de vie du patient.
2. Moyens Thérapeutiques
2.1. Moyens Médicaux
- Anti-angiogéniques : Inhibiteurs de la tyrosine kinase (Sunitinib), anticorps monoclonaux, inhibiteurs de mTOR.
- Immunothérapie : INF (α, β, γ), IL-2, anti-PD1/PDL1 et anti-CTLA4.
- Chimiothérapie : Vinblastine, vincristine, actinomycine D.
- Non spécifiques : Moyens de réanimation, antalgiques, antibiotiques.
2.2. Moyens Physiques (Traitements Ablatifs)
- Ablation par radiofréquence.
- Cryothérapie (cryo-ablation).
2.3. Moyens Instrumentaux
- Embolisation sélective des vaisseaux tumoraux.
2.4. Moyens Chirurgicaux
- Voies d'abord : Ciel ouvert, laparoscopie, robot-assistance.
- Gestes :
- Néphrectomie partielle : Exérèse de la tumeur et de la graisse adjacente avec une marge de parenchyme sain.
- Néphrectomie élargie : Ablation en monobloc du rein et de sa loge après ligature première du pédicule rénal.
- Chirurgie des métastases, thrombectomie, cavectomie.
2.5. Psychothérapie de Soutien
3. Indications (décidées en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire - RCP)
- Carcinome à cellules rénales :
- Cancer localisé : Radiofréquence, cryothérapie ou néphrectomie partielle ou élargie (si tumeur plus grande).
- Cancer localement avancé : Néphrectomie élargie, thrombectomie cave et curage ganglionnaire ; surrénalectomie.
- Cancer métastatique : Anti-angiogéniques seuls ou associés à une immunothérapie, embolisation et chirurgie des métastases.
- Cas particulier du Néphroblastome : Chimiothérapie préopératoire, néphrectomie puis chimiothérapie postopératoire.
- Tumeur sur rein unique ou tumeurs bilatérales : Traitement conservateur.
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