Biomatériaux : Propriétés et Applications
Aucune carteAnalyse approfondie des propriétés et des applications des différents types de biomatériaux, couvrant les aspects mécaniques, chimiques et biologiques pour une compréhension exhaustive.
Introduction aux Biomatériaux et Dispositifs Médicaux
Un matériau est une substance fonctionnalisée, choisie et transformée pour remplir une fonction spécifique dans la fabrication d'objets. L'objet est le fruit d'une combinaison entre le matériau et sa conception. La science des matériaux se distingue du génie des matériaux ; la première s'intéresse aux propriétés (liaisons chimiques, arrangements atomiques, microstructure), tandis que le second se focalise sur les modes de fabrication et de mise en forme.
L'étude des matériaux se fait à différentes échelles, impactant les technologies de caractérisation employées. Il est crucial de ne pas confondre un matériau avec une matière première, cette dernière étant une ressource naturelle non transformée.
I. Les différentes familles de matériaux
Les matériaux sont classés en familles selon leurs propriétés communes. Les trois principales familles sont : les métaux, les céramiques et les polymères. Un matériau composite est une structure composée d'au moins deux matériaux issus de familles différentes.
A. Qu'est-ce qu'un matériau ?
Un matériau est une matière utile, transformée pour un usage spécifique. L'évolution de l'humanité a toujours été marquée par les matériaux utilisés (âge de pierre, âge de bronze, âge du fer). Au XXe siècle, les progrès technologiques ont conduit à l'émergence de matériaux avancés (ex: titane poreux pour la reconstruction du larynx) et de multi-matériaux (ex: prothèses de hanche combinant titane, céramique et polyéthylène).
B. Définitions et liaisons chimiques
La compréhension des propriétés des matériaux à l'échelle macroscopique nécessite de connaître leur organisation à l'échelle atomique et les types de liaisons chimiques mises en jeu.
1. Les liaisons faibles
Les liaisons faibles sont de nature intermoléculaire, contribuant à la cohésion des solides moléculaires. Leur intensité est généralement faible, mais elles sont importantes pour certaines propriétés physiques.
- Liaisons de Van der Waals : Interactions électriques de faible intensité entre molécules.
- Dipôles permanents (Interaction de Keesom) : Se produisent entre molécules polaires (ayant un moment dipolaire permanent). Un exemple est l'eau, dont les molécules s'attirent mutuellement en raison de leur polarité.
- Dipôles instantanés (Interaction de London) : Existent pour toutes les molécules, y compris apolaires, dues à des fluctuations temporaires de la distribution électronique. Ces interactions sont responsables de la condensation des gaz nobles.
- Liaison Hydrogène : Interaction intermoléculaire plus intense que les liaisons de Van der Waals. Elle se forme entre un atome d'hydrogène (portant une forte charge ) et un atome très électronégatif (comme O, N ou F) d'une autre molécule ou de la même molécule.
- Les atomes d'hydrogène sont portés par des atomes très électronégatifs.
- Les atomes interagissant avec l'hydrogène sont très électronégatifs.
- Le nombre d'hydrogènes et d'atomes électronégatifs susceptibles d'interagir est élevé.
Rappel : Un dipôle électrique se forme lorsqu'il y a une séparation des centres de charges positives et négatives au sein d'une molécule.
La force des liaisons de Van der Waals affecte les températures de changement d'état. Des molécules plus polaires ou des chaînes moléculaires plus longues (pour les dipôles instantanés) conduisent à des points de fusion et d'ébullition plus élevés.
L'intensité des liaisons hydrogène est maximale lorsque :
Ces liaisons jouent un rôle crucial dans les propriétés de l'eau (températures de fusion et d'ébullition anormalement élevées) et la stabilité des protéines ou de l'ADN.
2. Les liaisons fortes
Les liaisons fortes sont des liaisons interatomiques qui déterminent la structure fondamentale et les propriétés intrinsèques des matériaux. Elles impliquent les électrons de valence, c'est-à-dire les électrons de la couche électronique la plus externe.
- Liaison Covalente : Formation par partage d'électrons entre atomes (recouvrement d'orbitales atomiques). Elle est très directionnelle, et la plupart des petites molécules (ex: , , ) en sont des exemples. La géométrie des molécules peut être complexe, impliquant des orbitales hybrides.
- Liaison Ionique : Résulte d'interactions électrostatiques entre ions de charges opposées (transfert d'électrons). Elle est non directionnelle, formant souvent de grands réseaux cristallins (ex: ). Cette liaison est très stable et d'autant plus forte que la différence d'électronégativité est importante et les atomes sont proches du noyau.
- Liaison Métallique : Caractérisée par une délocalisation des électrons de valence, formant une structure d'ions positifs baignant dans un "gaz d'électrons". Elle est non directionnelle. Les métaux possèdent des propriétés spécifiques (conductivité électrique et thermique élevée, malléabilité, éclat) dues à la mobilité de ces électrons libres. Les liaisons métalliques sont généralement plus faibles que les liaisons ioniques et covalentes, mais plus fortes que les liaisons hydrogène.
Exemples de géométries moléculaires et liaisons covalentes:
| Géométrie | Exemples |
|---|---|
| Linéaire | |
| Triangulaire plane | (éthylène) |
| Tétraédrique/Pyramidale/Coudée | (chloroforme), (ammoniac), (eau) |
Dans les polymères comme le Nylon, les liaisons covalentes assurent la cohésion des atomes au sein d'une chaîne, tandis que les liaisons secondaires (hydrogène) assurent la cohésion entre les chaînes.
L'électronégativité des atomes impliqués influence directement le type de liaison chimique, allant de covalente (faible différence) à ionique (forte différence), avec la liaison métallique entre les éléments à faible électronégativité.
C. Les différentes familles de matériaux et les types de défauts spécifiques
Un matériau réel n'est jamais parfait ; il contient des défauts qui influencent fortement ses propriétés. Les défauts sont des interruptions de la régularité parfaite d'un cristal.
1. Rappel : Les trois états de la matière
- Solide : Matière compacte et organisée (agencement atomique fixe).
- Liquide : Matière compacte mais désordonnée (agencement atomique mobile sans position fixe).
- Gaz : Matière désordonnée et dispersée.
Les transitions de phase dépendent de la température et de la pression (ex: fusion, solidification, vaporisation, condensation, sublimation, déposition).
2. Définitions
- Solide amorphe : Pas d'ordre atomique à grande distance. Propriétés physiques isotropes (identiques dans toutes les directions).
- Solide cristallisé : Ordre atomique à grande distance (réseau cristallin). Propriétés physiques anisotropes (différentes selon la direction) ou orthotropes (selon 3 axes).
Certaines propriétés sont intrinsèques (dépendent des liaisons, indépendamment des défauts) tandis que d'autres dépendent fortement des défauts structuraux et peuvent varier considérablement avec les traitements (thermique, chimique, mécanique).
3. Les défauts
Les défauts sont classés selon leur dimensionnalité :
- Défauts ponctuels (0D) : À l'échelle d'un atome.
- Lacunes : Sites atomiques vacants dans le réseau.
- Atomes interstitiels : Atomes situés entre les sites réguliers du réseau.
- Atomes d'impureté :
- Substitutionnels : Remplacent un atome du réseau.
- Interstitiels : S'insèrent dans le réseau (souvent plus petits que les atomes hôtes).
- Différence de diamètre atomique < 15%.
- Même structure cristalline.
- Valences égales.
- Électronégativités similaires.
- Défaut de Schottky : Paire lacune de cation + lacune d'anion.
- Défaut de Frenkel : Paire lacune + interstitiel de charges opposées.
- Défauts linéaires (1D) : Dislocations : Perturbations de la structure cristalline le long d'une ligne. Elles sont cruciales pour la déformation plastique des métaux.
- Dislocation coin : Insertion d'un demi-plan atomique supplémentaire. Son vecteur de Burgers est perpendiculaire à la ligne de dislocation.
- Dislocation vis : Déformation en spirale du réseau cristallin, résultant d'un mouvement de cisaillement. Son vecteur de Burgers est parallèle à la ligne de dislocation.
- Dislocations mixtes : Combinaison des deux types.
- Défauts bidimensionnels (2D) : Affectent des surfaces.
- Joints de grains : Interfaces séparant deux cristaux d'orientations cristallographiques différentes dans un matériau polycristallin. Ils peuvent contenir des dislocations.
- Macles : Regroupements de cristaux d'une même espèce présentant une relation géométrique spécifique (image miroir par rapport au plan de macle). Le maclage est un mécanisme de déformation plastique.
- Défauts tridimensionnels (3D) : Plus grands, de l'ordre d'un groupement d'atomes.
- Précipités : Petites particules de secondes phases formées entre l'élément principal et un autre élément. Ils peuvent être cohérents, semi-cohérents ou incohérents, influençant différemment les propriétés (ex: alliages Aluminium-Cuivre et leurs états de précipitation, comme les zones de Guinier-Preston ou les phases , , ).
- Défauts spécifiques aux Polymères : Les polymères sont des macromolécules issues de monomères. La polymérisation peut être par polyaddition (monomères s'ajoutent sans perte d'atomes) ou polycondensation (monomères réagissent avec formation d'une petite molécule).
- Polymères thermoplastiques : Chaînes linéaires ou ramifiées, maintenues par liaisons faibles (Van der Waals, hydrogène). Se ramollissent à chaud, durcissent à froid (réversible). Ex: Polyéthylène (PE), Polystyrène (PS), Polyamide.
- Polymères thermodurcissables : Chaînes reliées par liaisons covalentes (réticulation). Durcissent à chaud, deviennent rigides et ne fondent pas. Non recyclables. Ex: Polyuréthane (PUR), Silicone.
- Élastomères : Polymères réticulés qui s'étirent sous contrainte mécanique et reprennent leur forme initiale après relâchement. Ex: Caoutchouc naturel (polyisoprène). La vulcanisation (ajout de ponts de soufre) crée des liaisons covalentes entre les chaînes.
- État amorphe : Chaînes arrangées au hasard (pelote statistique), propriétés isotropes.
- État monocristallin : Chaînes repliées régulièrement en lamelles (épaisseurs de l'ordre du nanomètre). Favorisé par la régularité et la simplicité des motifs (ex: PEHD).
- État semi-cristallin : Mélange de zones amorphes et de zones ordonnées (cristaux, comme les sphérolites).
- État fibrillaire : Chaînes alignées le long de l'axe de sollicitation, maintenues par interactions faibles.
Une solution solide est un matériau où la structure du constituant principal n'est pas modifiée par l'ajout d'un autre constituant. La miscibilité complète entre deux éléments A et B dépend de :
Les défauts ponctuels influencent le comportement mécanique à chaud, la diffusion (percolation, transport de matière/chaleur) et la conductivité électrique.
Dans les solides ioniques, les défauts peuvent être chargés et sont souvent créés par paires pour maintenir la neutralité électrique :
La densité de dislocation (longueur totale de dislocations par unité de volume, en ) est un indicateur important. Elle est faible dans les monocristaux à l'équilibre ( ) et peut atteindre dans les métaux irradiés, augmentant par le durcissement par écrouissage.
Le mouvement des dislocations (glissement) est facilité le long de plans et directions spécifiques (plans de glissement).
| Structure cristalline | Métaux | Plans de glissement | Direction de glissement |
|---|---|---|---|
| CFC (cubique à faces centrées) | Al, Ag, Cu, Ni, Au | {111} | <110> |
| CC (cubique centré) | Fe, Mo, Nb | {011}, {112} | <111> |
| HC (hexagonale compacte) | Ti, Zn, Mg, Cd, Be | {0001}, {10-11} | <11-20> |
| Structure | Direction de macle | Plan de macle |
|---|---|---|
| CFC | <112> | {111} |
| CC | <11> | {112} |
| HC | <101> | {1012} |
Microstructures des polymères :
Les propriétés des polymères (mécaniques, thermiques, optiques) sont directement influencées par ces arrangements.
D. Les différentes familles de matériaux et leurs propriétés spécifiques
Les propriétés des matériaux sont classées en plusieurs catégories : mécaniques, physiques (masse spécifique, thermiques, électriques, magnétiques, optiques), et chimiques.
1. Les propriétés mécaniques
Elles décrivent le comportement d'un matériau sous l'application d'une force (contrainte) et les déformations qui en résultent. L'essai de traction est fondamental.
- Contrainte : Force par unité de surface (MPa ou N/).
- Déformation : Allongement relatif (sans dimension).
- Module d'Young : Caractérise la rigidité du matériau dans le domaine élastique (, Loi de Hooke). C'est une propriété intrinsèque.
- Limite élastique : Contrainte maximale avant déformation plastique irréversible.
- Résistance à la rupture : Contrainte maximale avant la rupture.
Une éprouvette soumise à traction s'allonge dans la direction de la force et se contracte latéralement. Le coefficient de Poisson décrit cette déformation latérale ().
Les métaux sont plus ductiles et résistants, les céramiques sont dures et fragiles, les polymères sont moins rigides et résistants.
La courbe de traction présente plusieurs domaines :
- Domaine élastique : Déformation réversible, linéaire selon la loi de Hooke. Le matériau retrouve sa forme originale.
- Domaine plastique : Déformation irréversible. Pour les métaux, correspond au mouvement des dislocations. Le matériau subit un durcissement (écrouissage) par augmentation de la densité de dislocations.
- Striction puis rupture : Diminution de la section de l'éprouvette, puis rupture.
Le pourcentage d'allongement à la rupture A () permet de distinguer :
- Comportement fragile : Faible A, rupture dans le domaine élastique (ex: verre, céramique, béton, polymères thermodurcissables).
- Comportement ductile : Fort A, déformation plastique importante avant rupture (ex: métaux, alliages, polymères thermoplastiques).
- Comportement caoutchoutique/élastomère : Grande déformation élastique non proportionnelle à la charge (ex: caoutchouc, élastomères).
Pour les polymères, la température de transition vitreuse est critique :
- : État vitreux (dur et fragile).
- : Chaînes mobiles, polymère souple et déformable.
Le module d'Young est généralement plus élevé pour les métaux et les céramiques (environ 50-500 GPa) que pour les polymères (environ 0,01-4 GPa).
Durcissement des métaux et céramiques :
- Écrouissage : Augmentation de la densité de dislocations par déformation plastique.
- Affinement des grains : Réduction de la taille des grains augmente la limite d'élasticité (Loi de Hall-Petch ).
- Durcissement structural : Par précipitation d'une seconde phase (traitement thermique).
Dureté : Résistance à la pénétration d'un autre corps plus dur. Liée à la cohésion du matériau.
- Dureté Vickers (HV) : Principalement pour les métaux, aussi pour les céramiques avec de faibles charges. (F = charge, d = diagonale de l'empreinte).
- Échelle de Mohs : Dureté par rayage, de 1 (talc) à 10 (diamant). Utile pour minéraux.
- Essais Rockwell : Adaptés aux métaux et plastiques, utilise différentes billes ou cônes.
- Dureté Knoop : Pour matériaux fragiles (verres, céramiques), indenteur pyramidal asymétrique. Haute précision pour faibles charges.
- Dureté Shore : Pour polymères et métaux mous, mesure la déformation d'un ressort (échelles A et D).
Ténacité : Capacité d'un matériau à absorber de l'énergie avant rupture (résistance à la propagation d'une fissure). S'oppose à la fragilité.
- Essai Charpy (mouton pendule) : Mesure l'énergie absorbée lors de l'impact d'une éprouvette entaillée. Permet d'étudier la transition fragile-ductile.
- La ténacité est représentée par l'aire sous la courbe contrainte-déformation.
Récapitulatif des grandeurs mécaniques importantes:
- Résistance: Contrainte maximale avant rupture.
- Dureté: Résistance à la pénétration.
- Ductilité: Capacité à se déformer plastiquement avant rupture.
- Rigidité: Caractérisée par le Module d'Young, intensité des liaisons.
- Ténacité: Capacité à emmagasiner de l'énergie avant rupture.
2. Masse spécifique ou masse volumique
Rapport de la masse par le volume du matériau (, en kg/). Elle dépend de la température et, pour les gaz, de la pression. Ne pas confondre avec la densité (sans unité), rapport du matériau sur de l'eau.
Exemples : Acier (7550 kg/), Aluminium (2700 kg/), Titane (4500 kg/).
3. Propriétés thermiques
- Capacité calorifique (Cp ou Cv) : Quantité de chaleur nécessaire pour élever la température d'un système de . Plus elle est grande, plus le matériau est difficile à chauffer. Pour les solides, elle est liée aux vibrations du réseau (phonons). Les métaux ont une capacité supérieure aux non-métalliques grâce aux électrons libres.
- Dilatation thermique : Augmentation de volume ou de longueur en réponse à une élévation de température.
- Coefficient de dilatation linéaire :
- Coefficient de dilatation volumique :
- Pour les solides isotropes, (pour de petites déformations).
- Conductivité thermique : Capacité d'un matériau à transmettre la chaleur. Plus est faible, meilleur est l'isolant.
- Pour les céramiques, la conduction se fait principalement par phonons (vibrations du réseau). La plupart des céramiques ont une inférieure aux métaux. Cependant, certaines céramiques très compactes et rigides (ex: diamant, SiC) sont d'excellents conducteurs thermiques.
- Les matériaux cristallisés conduisent mieux la chaleur que les amorphes.
- Les polycristaux ont une plus faible que les monocristaux.
La dilatation est due à l'asymétrie du potentiel interatomique réel. Plus le point de fusion est élevé, plus les liaisons sont fortes et plus est faible.
| Matériaux | Coefficient de dilatation linéaire, () |
|---|---|
| Métaux | à |
| Céramiques | à |
| Polymères | à |
Pour les polymères, dépend de la réticulation et des groupements fonctionnels ; des liaisons entre chaînes plus fortes réduisent la dilatation. Certains matériaux (caoutchouc, calcite) peuvent présenter des comportements anormaux.
4. Propriétés électriques
- Résistivité et Conductivité : mesure l'opposition au courant électrique () ; mesure l'aptitude à laisser passer le courant (, ).
- La conduction électrique dépend des bandes d'énergie (valence, conduction, interdite).
- Conducteurs : Bande de valence partiellement remplie, ou bande de conduction la recouvrant. Pas de bande interdite. Électrons facilement mobiles. La résistivité croît avec la température.
- Isolants : Large bande interdite. Bande de valence pleine, bande de conduction vide. Très faible conductivité. La résistivité décroît avec la température. Ex: Céramiques, polymères.
- Semi-conducteurs : Bande interdite étroite. Des électrons peuvent passer dans la bande de conduction par agitation thermique, laissant des "trous" (porteurs de charge positive). La conductivité augmente avec la température et le dopage.
- Diélectriques : Isolants électriques. Ne contiennent pas de charges mobiles macroscopiquement. Peuvent stocker des charges à l'échelle atomique (polarisation). Caractérisés par leur permittivité relative .
- Ferroélectriques : Classe particulière de diélectriques présentant une polarisation électrique spontanée, réversible par un champ électrique externe (ex: ). Ce phénomène n'apparaît qu'en dessous d'une température de Curie ().
5. Propriétés magnétiques
Les moments magnétiques dans un atome proviennent du spin de l'électron et de son mouvement orbital autour du noyau.
- Perméabilité magnétique () : Aptitude d'un matériau à être aimanté.
- Susceptibilité magnétique : Constante de proportionnalité entre le champ magnétique extérieur (H) et l'aimantation (M).
- Ferromagnétisme : Moments magnétiques alignés et ordonnés, même en l'absence de champ, produisant une forte aimantation. Présentent une température de Curie () au-dessus de laquelle ils deviennent paramagnétiques (ex: Fe, Co, Ni).
- Paramagnétisme : Moments magnétiques désordonnés sans champ externe, s'alignent faiblement avec un champ appliqué.
- Antiferromagnétisme : Moments magnétiques alignés de manière antiparallèle. Présentent une température de Néel () au-dessus de laquelle ils deviennent paramagnétiques.
- Diamagnétisme : Faible répulsion par un champ magnétique (ex: Bi, eau).
Les matériaux ferromagnétiques sont répartis en "ferro dur" (aimantation rémanente élevée, ex: aimants permanents) et "ferro doux" (facilement désaimantables, ex: noyaux de transformateurs). La courbe d'hystérèse magnétique caractérise ces comportements.
6. Propriétés optiques
Décrivent l'interaction d'un matériau avec la lumière (onde électromagnétique). L'énergie d'un photon est donnée par .
Lorsqu'elle traverse un milieu, la lumière subit :
- Absorption (IA) : Énergie lumineuse absorbée par le matériau.
- Transmission (IT) : Lumière passant à travers le matériau.
- Réflexion (IR) : Lumière renvoyée par la surface.
La somme des intensités absorbées, transmises et réfléchies est égale à l'intensité incidente (). Les matériaux peuvent être transparents (peu d'absorption/réflexion), translucides (lumière diffusée) ou opaques (lumière réfléchie ou absorbée entièrement).
La réflexion peut être :
- Spéculaire : Lumière réfléchie dans une seule direction (surfaces lisses).
- Diffuse : Lumière réfléchie dans toutes les directions (surfaces rugueuses).
- De volume : Somme de plusieurs réflexions de surface, survient quand une partie de la lumière est transmise dans un milieu.
Indice de réfraction : Rapport de la vitesse de la lumière dans le vide () sur sa vitesse dans le matériau (), . Plus est élevé, plus la lumière ralentit. Les métaux ne sont pas concernés par la réfraction, ils sont réfléchissants ou absorbants.
La biréfringence est une anisotropie de réfraction, où les cristaux ont plusieurs indices de réfraction ( et pour les uniaxes, , , pour les biaxes).
L'absorption s'explique par l'excitation des électrons. Dans les métaux, elle est superficielle. Dans les céramiques isolantes, elle dépend de l'énergie nécessaire pour franchir la bande interdite. Les polymères peuvent subir une dégradation sous UV, contrôlable par des additifs (noir de carbone).
La loi de Beer-Lambert décrit la transmission de la lumière à travers un matériau absorbant : , où est le coefficient d'absorption.
7. Propriétés chimiques
Ces propriétés concernent la réactivité des matériaux avec leur environnement.
La corrosion est l'altération d'un matériau (souvent métallique) par réaction physico-chimique avec son environnement, entraînant une dégradation fonctionnelle. Elle peut être sèche (gaz) ou en milieu aqueux (électrochimique), voire biochimique.
Formes de corrosion :
- Généralisée : Attaque uniforme sur toute la surface (ex: rouille atmosphérique).
- Localisée :
- Par piqûres : Attaque très localisée, souvent due à la rupture du film passif (en présence de chlorures).
- Galvanique : Accélérée par le couplage de deux métaux de potentiels différents dans un même électrolyte (forme une pile de corrosion).
- Sélective : Dissolution préférentielle d'un constituant d'un alliage.
- Intergranulaire : Attaque aux joints de grains (zones désordonnées avec défauts).
- Sous contrainte (CSC) : Action combinée d'une contrainte mécanique et d'un milieu agressif.
- Par effet de crevasse : Dans des zones confinées où le milieu est stagnant.
- Corrosion-érosion : Dégradation combinée de l'action chimique et de l'impact mécanique de fluides ou particules.
- Fragilisation par l'hydrogène : L'hydrogène atomique pénètre le réseau métallique et provoque des dégâts (précipitation d'hydrures, recombinaison en avec formation de cloques, interaction avec les dislocations entraînant une perte de ductilité et fragilité).
- Corrosion biochimique (Biocorrosion) : Causée par des microorganismes (bactéries) qui produisent des métabolites corrosifs, forment des biofilms, ou modifient l'environnement chimique.
Les céramiques sont très résistantes à la corrosion car inertes chimiquement (sauf dans des conditions extrêmes ou pour les céramiques non-oxydes à haute température où elles peuvent être sensibles à l'oxydation).
Les plastiques (polymères) ont une excellente résistance chimique, mais peuvent se dégrader par d'autres mécanismes :
- Dégradation thermique : Modifications irréversibles dues à la chaleur (pyrolyse). Les thermoplastiques se dégradent à des températures plus basses que les thermodurcissables.
- Dégradation chimique : Gonflement ou ramollissement (ex: thermoplastiques amorphes dans certains solvants organiques). L'hydrolyse peut fragmenter les chaînes polymères.
- Photo-oxydation : Dégradation induite par les UV et l'oxygène, touchant la surface du polymère.
8. Sélection des matériaux et diagramme d'Ashby
Le choix d'un matériau est une décision multicritères, impliquant des compromis entre différentes exigences:
- Fonctionnelles : Propriétés requises pour la fonction (mécanique, physique, chimique).
- Technologiques : Aptitude à la fabrication (forgeabilité, soudabilité, usinabilité, etc.).
- Économiques : Coût des matières premières et de fabrication.
- Sociales : Restrictions morales, légales, normatives (sécurité, environnement).
Les diagrammes d'Ashby sont des outils visuels qui représentent les propriétés de différents matériaux sur des axes croisés (ex: contrainte max vs. masse volumique), facilitant la sélection en fonction des objectifs.
Exemple des nanotubes de carbone : Propriétés mécaniques exceptionnelles (Module d'Young 4000 GPa, contrainte de rupture > 300 GPa), bien supérieures à celles de l'acier, ouvrant la voie à des applications comme les "muscles artificiels".
II. Les biomatériaux
Les biomatériaux sont une catégorie de matériaux spécialement conçus pour interagir avec des systèmes biologiques. Ils sont au cœur des dispositifs médicaux et de l'ingénierie tissulaire.
A. Qu'est-ce qu'un dispositif médical (DM) ?
Un Dispositif Médical est un appareil, équipement ou logiciel destiné à être utilisé chez l'homme à des fins de diagnostic, prévention, contrôle, traitement ou atténuation d'une maladie ou blessure (Directive européenne 93/42/CEE).
Les DM sont classés selon leur risque potentiel :
- Classe I : Risque le plus faible (lunettes, béquilles).
- Classe IIa : Risque mesuré (appareils d'échographie).
- Classe IIb : Risque important (préservatifs, produits de désinfection de lentilles).
- Classe III : Risque le plus élevé (implants mammaires, stents, prothèses de hanche).
B. Qu'est-ce que la biocompatibilité ?
La biocompatibilité est la capacité d'un matériau à interagir de manière appropriée avec les systèmes biologiques, sans provoquer de réponses indésirables ou en suscitant la réponse souhaitée. Elle ne se limite pas à l'inertie.
Critères de biocompatibilité :
- Biosécurité : Non toxicité, non cancérigénicité, absence de réactions immunitaires ou allergiques. Les normes ISO 10993/EN 30993 définissent les exigences.
- Biofonctionnalité : Le biomatériau doit remplir la fonction désirée en interagissant correctement avec l'environnement biologique.
On distingue :
- Biocompatibilité passive : Absence de réaction adverse avec les tissus vivants.
- Biocompatibilité active : Une réaction spécifique du tissu vivant est souhaitée (ex: résorption des sutures, ostéointégration d'un implant).
L'évaluation de la biocompatibilité se fait par des tests in vitro (plus rapides et reproductibles) et in vivo (plus proches de la clinique, évaluent les effets systémiques et à long terme, mais coûteux et complexes).
Exemple : Un alliage précieux peut être biocompatible pour une couronne dentaire, mais pas pour un implant si l'ostéointégration est requise.
C. Qu'est-ce qu'un biomatériau ?
Un biomatériau est un matériau non vivant utilisé dans un dispositif médical, thérapeutique ou non, destiné à interagir avec les systèmes biologiques. Leurs applications sont très diverses : prothèses, implants, organes artificiels, systèmes de libération de médicaments.
Exemples d'exigences pour les biomatériaux :
- Fonctionnalité et tolérance par le receveur (pas d'infection, inflammation, allergie).
- Absence de substances toxiques (perturbateurs endocriniens, cancérigènes).
- Résistance aux contraintes mécaniques de l'environnement biologique.
- Capacité à être mis en forme, implantable ou injectable, dégradable ou non.
D. Les différentes familles de biomatériaux
Les biomatériaux sont issus des mêmes grandes familles : métalliques, céramiques, polymères, ainsi que naturels (fibres, collagène, etc.). La proportion d'utilisation évolue, avec une part croissante pour les céramiques et polymères.
1. Les biomatériaux métalliques
Utilisés depuis longtemps pour leur biocompatibilité et leur résistance mécanique élevée. Très ductiles et résistants comparés aux céramiques et polymères.
- Métaux purs : Or (Au), Argent (Ag), Platine (Pt), Titane (Ti), Tantale (Ta), Tungstène (W), Niobium (Nb).
- Alliages métalliques : Aciers inoxydables (316L, 304L), alliages de titane (Ti-Al6-V4), alliages Cobalt-Chrome (Co-Cr).
Exemples d'utilisations :
- Titane et alliages : Prothèses articulaires, revêtements de surface, échafaudages cellulaires. Le titane est bio-inerte, apprécié pour son faible module d'Young similaire à l'os et sa bonne résistance à la fatigue. L'élaboration se fait par procédé Kroll, puis par refusion à l'arc sous vide (VAR) et sur sole froide.
- Aciers inoxydables : Fixation de fractures osseuses, valves cardiaques, électrodes. C'est un alliage de fer avec du chrome (pour l'autopassivation) et du nickel (augmente la résistance à la corrosion), ainsi que du molybdène (augmente la dureté).
- Alliages Cobalt-Chrome : Prothèses articulaires, fixation osseuse. Ces alliages sont connus pour leur résistance au frottement et leur faible production de débris d'usure.
- Or, Argent, Platine : Obturations dentaires, électrodes, fils de stimulateurs cardiaques.
Problèmes à résoudre :
- Corrosion électrochimique et durabilité.
- Interactions protéines/métal, réactions immunitaires.
- Problèmes d'usure et formation de débris (ex: corrosion galvanique en dentisterie, coloration noire due aux ions argent).
2. Le cas du Nitinol ou Ni-Ti
Alliage Nickel-Titane biocompatible et antimagnétique, avec des propriétés mécaniques uniques (superélasticité, mémoire de forme) dues à une transformation martensitique thermoélastique.
- Effet mémoire de forme : Récupération d'une forme initiale par simple chauffage après déformation.
- Superélasticité : Récupération complète de la forme après la cessation d'une contrainte, dans un domaine de température où l'austénite est stable.
Applications médicales : Stents vasculaires, arcs orthodontiques, instruments endodontiques, cathéters.
L'élaboration du Nitinol est très délicate en raison de la réactivité du titane et de la nécessité d'un contrôle très strict de la composition pour maîtriser les températures de transformation ( pour la température d'activation).
3. Les biomatériaux céramiques
Excellente stabilité chimique, inertie, frottement optimal (mouillabilité, rugosité), mais fragilité intrinsèque et difficulté de mise en œuvre (coût élevé).
Exemples d'applications :
- Oxydes d'aluminium (alumine) : Implants de hanche, dentaires, cochléaires.
- Zircone : Implants de hanche.
- Phosphates de calcium (hydroxyapatite HAP, TCP) : Substituts osseux, revêtements.
- Verres bioactifs : Substituts osseux, charges dentaires.
- Carbone : Revêtements de valves cardiaques, implants orthopédiques.
Problèmes à résoudre :
- Durabilité, compréhension des mécanismes de dégradation.
- Résistance à la fracture, activité de surface, adhésion des protéines/cellules.
Céramiques bio-inertes : Fragilité limite leur utilisation. Ex: Rupture de têtes fémorales en alumine. Des solutions incluent la modification de la microstructure ou de la composition (ex: ajout d'yttrium à la zircone) pour augmenter la ténacité.
Céramiques bio-actives : Matériaux de composition similaire à la partie minérale de l'os. Ex: Hydroxyapatite (HAP), phosphate tricalcique (TCP).
- HAP est non résorbable, utilisé pour ses propriétés mécaniques et sa bioactivité.
- TCP est résorbable (plus ou moins vite selon ou phase).
Les bioverres (ex: Bioglass 45S5) sont capables de former de l'hydroxyapatite carbonatée (HAC) à leur surface in vitro et in vivo, favorisant l'ostéointégration et la différenciation des cellules souches. Ils sont hautement bioactifs et peuvent avoir un effet bactéricide.
L'élaboration des céramiques passe souvent par des poudres (procédé Bayer pour l'alumine, différentes voies pour la zircone), leur mise en forme par frittage, et des techniques d'impression 3D (stéréolithographie, jet de liant, jet direct).
4. Les biomatériaux polymères
Très utilisés pour leur grande diversité de propriétés : flexibles ou rigides, biodégradables ou permanents, et peuvent être très complexes. Moins résistants que les métaux et céramiques, peuvent se déformer dans le temps ou se dégrader.
Deux grandes tendances d'usage :
- Polymères fonctionnels : Capables d'avoir une fonction chimique spécifique à l'interface matériau-tissu.
- Polymères résorbables : Dégradables dans le corps (ex: copolymères acide lactique/glycolique pour la chirurgie orthopédique).
Exemples d'applications :
- Nylon : Sutures chirurgicales.
- Silicone caoutchouc : Articulations des doigts, peau artificielle, implants mammaires.
- Polyester : Sutures résorbables, pansements cutanés.
- Polyéthylène (PE) : Implants de hanche et de genou, ligaments artificiels.
- Polyméthymétacrylate (PMMA) : Lentilles intraoculaires, implants dentaires.
- Polyuréthanes : Cathéters, cœurs artificiels.
Nouveaux polymères performants pour prothèses implantables :
- PEEK (PolyEtherEtherKetone) : Solide, radiotransparent, biocompatible, densité proche de l'os.
- PEKK (PolyEtherCetoneCetone) : Module d'élasticité proche de l'os et de la dentine, bonne résistance mécanique, stériilisable, radio-opaque.
Les hydrogels sont des matrices de chaînes polymères réticulées capables d'absorber de grandes quantités d'eau. Utilisés pour lentilles de contact (PHEMA), encapsulation de cellules, administration de médicaments (PEG).
L'élaboration des polymères implique la polymérisation (chaîne ou condensation). La caractérisation repose sur la masse moléculaire moyenne (, ) et l'indice d'hétérogénéité (). Des additifs (stabilisants, plastifiants, colorants, charges) sont souvent ajoutés.
E. Propriétés mécaniques des biomatériaux
Les essais mécaniques sont cruciaux pour les biomatériaux.
- Essais peu liés au temps :
- Traction, compression, flexion : Caractérisent la déformation sous effort progressif.
- Dureté : Mesure la résistance à la pénétration.
- Résilience : Caractérise la résistance au choc.
- Essais fortement liés au temps :
- Fluage : Mesure la déformation en fonction du temps sous charge constante. Les métaux fluent à partir de , les céramiques , les polymères .
- Fatigue : Rupture sous sollicitations répétées (cycles inferieurs à la contrainte de rupture). Comprend 3 stades: amorçage, propagation et rupture brutale. Les types de sollicitation sont axiales, flexion (ondulée, alternée, rotative), torsion (ondulée, alternative) ou combinées.
Le vieillissement et le couplage corrosion-mécanique sont des facteurs essentiels de dégradation des biomatériaux implantés (ex: usure du polyéthylène dans les prothèses de hanche entraînant une ostéolyse).
F. Techniques de caractérisations mécaniques et de tenue à la corrosion plus spécifiques des biomatériaux
L'évaluation de la tenue à la corrosion est fondamentale pour les biomatériaux en milieu corporel.
1. Évaluation de la résistance à la corrosion
Réalisée par des méthodes électrochimiques, des analyses de surface et des mesures de relargage ionique dans des milieux artificiels (salive, plasma). La loi de Faraday () permet d'estimer la perte de masse.
2. Courbes de polarisation (ou d'Evans)
Représentent l'évolution du potentiel en fonction du logarithme de l'intensité (courant). Elles permettent de déterminer le potentiel de corrosion et l'intensité de corrosion .
Pour les alliages passivables (aciers inoxydables, titane), la courbe montre un plateau de passivation (formation d'un film protecteur, ex: oxyde de chrome) suivi d'une transpassivation (rupture du film passif).
Les cartes de Pourbaix ( vs pH) sont des diagrammes de stabilité thermodynamique, indiquant la zone de corrosion, d'immunité ou de passivation d'un métal.
Le pH, le pouvoir oxydant, la conductivité électrique et la température du milieu influencent l'agressivité du milieu. La corrosion peut être accélérée par la fatigue-corrosion, la corrosion par frottement, les gradients de température ou les courants vagabonds.
Protection contre la corrosion :
- Action sur le milieu : Éliminer l'oxygène, neutraliser le pH, ajouter des inhibiteurs de corrosion (anodiques ou cathodiques).
- Isolation du métal : Recouvrements métalliques (anodique sacrificiel ou cathodique), polymères, céramiques, ou revêtements chimiques (peinture, conversion chimique).
3. Dégradation des biopolymères plastiques
La dégradation des polymères se déroule en plusieurs étapes : amorçage (rupture initiale de liaisons, photochimique ou thermique), dépropagation (chaîne de réactions), terminaison. Elle peut être de nature chimique ou physique (relaxation structurale).
- Ex: PLA (polyester aliphatique) est utilisé pour sutures résorbables. Sa dégradation (hydrolyse, photo-oxydation) peut provoquer des réactions inflammatoires.
4. Dégradation des biocéramiques
Les céramiques sont très résistantes à la corrosion mais peuvent se dégrader par des mécanismes spécifiques, notamment le vieillissement hydrothermique pour la zircone.
G. Procédés de fabrication : du massif à la nanoparticule
1. Élaboration des Biomatériaux Métalliques
- Titane : Alliage polyvalent. Le titane pur existe en phases (hexagonale compacte) et (cubique centrée), avec une transformation allotropique réversible par chauffage autour de . L'élaboration implique le procédé Kroll, la refusion à l'arc sous vide (VAR), et la refusion sur sole froide.
- Acier : Alliages Fer-Carbone. Les aciers inoxydables contiennent du chrome (stabilise l'austénite, résistance à la corrosion), du nickel (résistance à la corrosion en milieux chlorés) et du molybdène (caractéristiques mécaniques).
- Alliages Cobalt-Chrome (Co-Cr) : Composés de Cobalt, Chrome, et souvent Molybdène. Le cobalt est une ressource critique. L'élaboration se fait par pyrométallurgie puis hydrométallurgie, ou directement par hydrométallurgie (procédé HPAL).
2. Procédés de mise en forme des Biomatériaux Métalliques
- Usinage (décolletage, taraudage, fraisage) : Permet un excellent état de surface.
- Fonderie à la cire perdue : Fabrication de moules céramiques à partir de modèles en cire, puis coulée de métal (alliages de chrome-cobalt).
- Fabrication additive (impression 3D) : Permet de créer des pièces complexes et sur-mesure (fusion laser sélective, frittage laser sélectif) en titane, Co-Cr, nickel. Utile pour prothèses dentaires ou implants.
3. Élaboration des Biomatériaux Céramiques
Les céramiques sont souvent élaborées à partir de poudres.
- Procédé Bayer : Extraction de l'alumine à partir de la bauxite.
- Autres voies pour la zircone : Réduction du zircon, fusion alcaline, carbochloration.
- Moyens de laboratoire : Broyage (mortier en agate, broyeur planétaire, attriteur) pour réduire la taille des grains.
- Techniques de préparation des poudres : Atomisation (formation de granulés sphériques), torche plasma (sphérodisation).
- Procédé sol-gel : Polymérisation inorganique en solution à partir de précurseurs moléculaires, aboutissant à un gel qui, après séchage (classique pour xérogel, supercritique pour aérogel), donne une céramique dense.
La mise en forme des céramiques est souvent réalisée par pressage isostatique des poudres suivi de frittage (consolidation, densification, grossissement granulaire) et usinage/polissage. La stéréolithographie et l'impression par jet direct sont des techniques additives pour les céramiques.
4. Élaboration des Biomatériaux Polymères
Les polymères sont fabriqués par polymérisation (en chaîne ou par condensation).
- La masse moléculaire moyenne () et l'indice d'hétérogénéité () sont des facteurs clés pour leurs propriétés.
- Des additifs (stabilisants, plastifiants, charges, colorants) sont incorporés pour modifier leurs propriétés.
Techniques de mise en œuvre :
- Moulage par injection : Pour thermoplastiques (ABS, PVC) et résines liquides (RTM).
- Moulage par injection-réaction (RIM) : Pour polymères renforcés de fibres.
- Extrusion : Pour polymères thermoplastiques (PE, PP).
- Thermoformage : Pour plaques de plastique.
- Rotomoulage : Pour corps creux.
- Fabrication additive (impression 3D) : Bioimpression (avec cellules vivantes), membranes élastiques pour organes artificiels, composites dentaires.
H. Techniques d'imagerie utilisées pour caractériser les endommagements des biomatériaux
Nécessité de savoir caractériser les matériaux pour comprendre et prévenir leurs défaillances.
1. Interaction photon-matière
La microscopie optique (MO) utilise la lumière visible pour former des images. Elle a une résolution limitée par la longueur d'onde de la lumière (). Utile pour observer la microstructure des métaux, céramiques et sphérolites de polymères.
2. Interaction électron-matière
La microscopie électronique à balayage (MEB) utilise un faisceau d'électrons. Elle offre une meilleure résolution et une plus grande profondeur de champ que la MO.
- Le signal d'électrons secondaires donne des informations topographiques (relief).
- Le signal d'électrons rétrodiffusés donne une information chimique (éléments lourds apparaissent plus brillants).
Avantages : Simple d'utilisation, grande profondeur de champ, mode topographique efficace, microanalyse possible, peut fonctionner en vide partiel.
Inconvénients : Coût élevé, l'analyse chimique (EDX) est semi-quantitative.
3. Analyse élémentaire par détection des photons X (EDX)
Associée au MEB, l'EDX permet une analyse semi-quantitative qualitative des éléments chimiques dans un échantillon solide. Les photons X émis lors de l'interaction du faisceau d'électrons sont comptés. Cela permet de déterminer la composition chimique et de réaliser des cartographies élémentaires.
Conclusion
Le domaine des biomatériaux et des dispositifs médicaux est en constante évolution, nécessitant une compréhension approfondie des matériaux, de leurs propriétés et de leurs interactions avec l'environnement biologique. La recherche vise à créer des matériaux toujours plus performants, durables et sûrs pour l'homme de demain, avec l'objectif de "l'homme recomposé".
UE 19 : Biomatériaux et Dispositifs Médicaux
Ce cours explore les matériaux, leurs propriétés et leur application spécifique en tant que biomatériaux.
I. Objectifs Généraux
Comprendre les familles de matériaux et leurs défauts intrinsèques.
Identifier les propriétés caractéristiques de chaque famille.
Savoir sélectionner des matériaux à l'aide des diagrammes d'Ashby.
Distinguer les biomatériaux des matériaux conventionnels.
Connaître les procédés de fabrication des biomatériaux.
Maîtriser les techniques de caractérisation des biomatériaux.
II. Les Différentes Familles de Matériaux
A. Qu'est-ce qu'un matériau ?
Un matériau est de la matière fonctionnalisée, choisie et transformée pour une fonction spécifique.
Objet = Matériau + Conception
Exemple : Le cœur artificiel Carmat utilise des matériaux avancés.
La science des matériaux étudie les propriétés, liaisons chimiques et microstructures. Le génie des matériaux se focalise sur la fabrication et la mise en forme.
C. Définitions Clés
La matière première est la ressource naturelle utilisée pour produire des matériaux.
Les familles de matériaux sont regroupées par propriétés : Métalliques, Céramiques, Organiques.
Un matériau composite est constitué d'au moins deux matériaux de familles différentes.
D. Les Liaisons et leurs Propriétés
Les liaisons déterminent les propriétés des matériaux.
1. Les liaisons faibles
Liaison de Van der Waals : Interactions intermoléculaires faibles (dipôles permanents ou instantanés). Les températures de changement d'état croissent avec leur intensité.
Liaison Hydrogène : Interaction intermoléculaire attractive entre un hydrogène partiellement positif et un atome très électronégatif. Plus intenses que les liaisons de Van der Waals.
2. Les liaisons fortes
Les liaisons interatomiques sont de trois types, influencées par l'électronégativité des éléments.
Liaison Covalente : Partage d'électrons de valence (ex: ). Elles sont directionnelles et stables.
Liaison Ionique : Interactions électrostatiques entre ions de charges opposées (ex: NaCl). Non directionnelle, très stable.
Liaison Métallique : Délocalisation des électrons de valence ("gaz d'électrons"). Non directionnelle. Plus faibles que ioniques/covalentes mais plus fortes que liaisons H.
Explique la brillance (absorption de photons), la bonne conductivité électrique et thermique (e- libres), et la malléabilité (e- libres évitent répulsions).
Tableau Récapitulatif Liaisons / Propriétés
Type de liaison
Nature de la liaison
(temp. fusion)
(Module d'Young)
(coeff. dilatation)
(conductivité élec.)
Ductilité
Covalente
Électrons partagés et localisés
Élevée
Élevé
Faible
Faible
Faible
Ionique
Échange d'électrons ; attraction électrostatique
Élevée
Élevé
Faible
Faible
Faible
Métallique
Mise en commun d'électrons délocalisés
Moyenne – élevée
Moyen – élevé
Moyen – faible
Moyenne – élevée
Élevée
De Van der Waals
Attraction dipolaire
Faible
Faible
Élevé
Faible
Moyenne – faible
E. États et Défauts des Matériaux
1. Rappel : Les trois états de la matière
Solide : matière compacte et organisée.
Liquide : matière compacte et désordonnée.
Gaz : état désordonné et dispersé.
2. Définitions
Solide amorphe : pas d'ordre atomique à grande distance, propriétés isotropes.
Solide cristallisé : ordre atomique à grande distance, propriétés anisotropes ou orthotropes.
Isotrope : propriétés identiques dans toutes les directions (acier, béton).
Orthotrope : propriétés selon 3 axes (métaux laminés).
Anisotrope : propriétés fonctions de la direction de sollicitation (bois, polymères).
Les propriétés intrinsèques dépendent des liaisons atomiques, pas de la microstructure (défauts).
3. Les défauts
Les défauts interrompent la régularité parfaite d'un cristal.
Défauts ponctuels (0D) : lacunes (sites vacants), interstitiels (atomes entre atomes), atomes d'impureté (substitution ou insertion). Peuvent être chargés dans les solides ioniques (défauts de Schottky, de Frenkel).
Défauts linéaires (1D) : dislocations (vis ou coin). Le mouvement des dislocations est clé pour la déformation plastique. La densité de dislocation () affecte l'état du métal.
Défauts bidimensionnels (2D) :
Joints de grains : interfaces entre cristaux d'orientations différentes.
Macles : regroupement de cristaux avec une relation géométrique spécifique.
Défauts tridimensionnels (3D) : précipités (petites particules de secondes phases). Ex: Guinier-Preston, dans Al-Cu.
Cas des polymères : Les arrangements moléculaires sont considérés comme des défauts.
Linéaires ou ramifiés : Polymères thermoplastiques (liaisons faibles), ramollissent à chaud, durcissent à froid.
Réticulés (liaisons covalentes) :
Thermodurcissables : durcissent de manière irréversible à chaud, non recyclables.
Élastomères : polymères réticulés qui s'étirent et reprennent leur forme initiale (caoutchouc).
Microstructure des polymères :
État amorphe : chaînes désordonnées, propriétés isotropes.
État monocristallin : chaînes repliées régulières (lamelles).
État semi-cristallin : zones amorphes et ordonnées (sphérolites).
État fibre : chaînes alignées sous contrainte.
F. Propriétés des Matériaux et Sélection (Diagramme d'Ashby)
Les matériaux sont classés par propriétés : mécaniques, physiques, chimiques.
Synthèse rapide :
Céramiques : liaisons ioniques/covalentes, hautes , rigidité élevée, très fragiles, bonne résistance chimique.
Métaux : liaisons métalliques, moyennes, rigidité moyenne, ductilité élevée.
Polymères : liaisons faibles, basses , faible rigidité, coefficient de dilatation très élevé.
1. Les propriétés mécaniques
Étude du comportement sous force (contraintes et déformations ).
Essai de traction : détermination des caractéristiques mécaniques.
Domaine élastique : déformation réversible (, Loi de Hooke, = Module d'Young, = Limite élastique).
Domaine plastique : déformation irréversible (mouvement continu des dislocations, écrouissage).
Striction puis rupture.
Coefficient de Poisson () : décrit la déformation latérale.
Comportement fragile : très faible allongement avant rupture.
Comportement ductile : forte déformation plastique avant rupture.
Polymères : comportement variable selon température et vitesse de sollicitation (rigide fragile, ductile, caoutchoutique). Température de transition vitreuse () : au-dessous, vitreux et fragile ; au-dessus, mobile et déformable.
Durcissement des métaux et céramiques :
Écrouissage : augmentation de la densité de dislocations.
Affinement de la taille des grains : selon la loi de Hall-Petch ().
Structural : par une seconde phase (précipités via traitements thermiques).
Dureté : résistance à la pénétration.
Vickers (HV) : métaux, quelques céramiques ().
Mohs : échelle de 1 à 10 (diamant=10).
Rockwell : métaux et plastiques (différents pénétrateurs).
Knoop : matériaux fragiles (verres, céramiques).
Shore : polymères et métaux mous.
Ténacité : capacité à résister à la propagation d'une fissure (énergie à absorber avant rupture). S'oppose à la fragilité. Test Charpy.
Résistance : contrainte max avant rupture.
Dureté : résistance à la pénétration.
Ductilité : déformation irréversible avant rupture.
Rigidité : fonction de l'intensité des liaisons (module d'Young).
2. Masse spécifique ou masse volumique
en kg.. Dépend de la température et pression. Différent de la densité.
3. Propriétés thermiques
Capacité calorifique () : quantité de chaleur pour élever la température de 1°C. Liée aux mouvements atomiques (phonons).
Coefficient de dilatation thermique ( ligneaire, volumique) : augmentation de distance interatomique avec la température. pour solides isotropes.
Métaux : à .
Céramiques : à .
Polymères : à .
Conductivité thermique () : quantité de chaleur qui se propage par conduction thermique. Faible pour les isolants.
Céramiques : généralement plus faible que les métaux, sauf celles à structure diamante (SiC, AlN, diamant).
Matériaux cristallins sont plus conducteurs que les amorphes.
4. Propriétés électriques
Résistivité () : capacité à s'opposer au courant. .
Conductivité électrique () : aptitude à laisser passer les charges électriques. ().
Dépend de la structure électronique (bandes de valence et de conduction, bande interdite).
Isolants : grande bande interdite (céramiques, polymères).
Conducteurs : bande de valence et de conduction se recouvrent (métaux).
Semi-conducteurs : bande interdite faible, conductivité augmente avec la température ou le dopage.
Diélectrique (isolant électrique) : ne contient pas de charges mobiles. Caractérisé par sa permittivité relative ().
Ferroélectrique : polarisation électrique spontanée réversible par un champ électrique (en dessous de la température de Curie ()).
5. Propriétés magnétiques
Perméabilité magnétique () : aptitude à être aimanté.
Susceptibilité () : proportionnalité entre champ magnétique et aimantation.
Ferromagnétisme : moments magnétiques ordonnés sans champ (Fe, Co, Ni). Transition à .
Antiferromagnétisme : moments alignés opposés. Transition à température de Néel ().
Paramagnétisme : moments désordonnés sans champ, ordonnés avec champ.
6. Propriétés optiques
Interaction de la lumière (onde électromagnétique/photon) avec la matière.
Absorption (), Transmission (), Réflexion (). .
Transparents : faible absorption et réflexion.
Translucides : lumière diffusée et atténuée.
Opaques : réfléchissent ou absorbent toute la lumière.
Réflexion : changement de direction de la lumière. Spéculaire (direction unique), diffuse (surfaces rugueuses), de volume.
Indice de réfraction () : (vitesse lumière dans vide / vitesse dans matériau). Dépend de la structure.
Métaux : lumière réfléchie ou absorbée, pas de réfraction.
Cristaux isotropes : 1 indice. Cristaux biréfringents : plusieurs indices.
Absorption : par excitation des électrons.
Métaux : absorption en surface.
Céramiques : absorption / transmission selon la largeur de bande interdite.
Polymères : dégradation aux UV.
Transmission : (Loi de Beer-Lambert).
7. Propriétés chimiques : Corrosion
Interaction physico-chimique métal / environnement entraînant une dégradation.
Corrosion sèche (gaz) vs. milieu aqueux (électrochimique).
Formes de corrosion :
Généralisée : attaque homogène (rouille).
Localisée :
Piqûres : attaque très localisée due à la rupture du film passif (chlorures).
Galvanique : formation d'une pile entre métaux différents/hétérogénéité.
Intergranulaire : aux joints de grains (défauts, ségrégation).
Sous contrainte (CSC) : action combinée contrainte mécanique + milieu agressif.
Par effet de crevasse : zones confinées et stagnantes.
Corrosion-érosion : dégradation par impact de particules + écoulement turbulent.
Fragilisation par l'hydrogène : accumulation d'hydrogène (hydrures, recombinaison en , diminution de plasticité).
Biocorrosion : par microorganismes (biofilm, production de métabolites corrosifs).
Comportement des matériaux non-métalliques :
Céramiques : excellente résistance (inertes aux hautes températures) mais sensibles à l'oxydation pour les non-oxydes.
Polymères : bonne résistance chimique mais susceptibles de dégradation (thermique, photo-oxydation, hydrolyse, sous contrainte).
Thermoplastiques : gonflement ou ramollissement, moins de résistance chimique aux solvants organiques.
Évaluation de la résistance à la corrosion :
Méthodes électrochimiques (ex : tatouages gingivaux).
Milieux artificiels (salive, plasma).
Courbes de polarisation : potentiel en fonction de l'intensité (anodique/cathodique). Permet de déterminer et .
Digrammes d'Evans.
Courbes intensité-potentiel (montage 3 électrodes).
Alliages passivables (ex : aciers inox) : apparition d'un plateau de passivation.
Loi de Faraday : pour la perte de masse.
Courbes de Tafel pour déterminer et .
Facteurs influençant la corrosion : pH, pouvoir oxydant, conductibilité électrique, température.
Conditions accélérant la corrosion : fatigue-corrosion, frottement, gradient de température, courants vagabonds.
Protection contre la corrosion :
Action sur le milieu : éliminer , neutraliser/alcaliniser, utiliser des inhibiteurs de corrosion (anodiques, cathodiques, film protecteur).
Isolation du métal : revêtements (sacrificiels ou non), dépôts (électrolytiques, chimiques, PVD/CVD).
8. Sélection des matériaux et diagramme d'Ashby
La sélection se base sur : disponibilité, prix, coût de fabrication, propriétés, impact environnemental/social.
4 types d'exigences :
Fonctionnelles : liées au fonctionnement (ex: sollicitations mécaniques).
Technologiques : capacité à fabriquer le produit (coulabilité, emboutissabilité, soudabilité...).
Économiques : coût de la matière première et de fabrication.
Sociales : restrictions morales/légales (environnement, sécurité).
Les diagrammes d'Ashby permettent de visualiser et choisir les matériaux en fonction de leurs propriétés (ex : contrainte maximale tolérable vs. masse volumique).
L'exemple des nanotubes de carbone illustre les matériaux avancés avec des propriétés exceptionnelles (module d'Young de 4000 GPa, contrainte de rupture >300 GPa).
III. Les Biomatériaux
A. L'homme de demain ?
Les biomatériaux visent à réparer et améliorer le corps humain.
B. Qu'est-ce qu'un dispositif médical DM?
Définition (Directive européenne 93/42/CEE) : Appareil, équipement, logiciel utilisé chez l'homme à des fins de diagnostic, prévention, contrôle, traitement, atténuation de maladie ou blessure.
Classification des DM (par risque) :
Classe III : risque élevé (implants mammaires, stents, prothèses de hanche).
Classe IIb : risque potentiel important (préservatifs, produits lentilles).
Classe IIa : risque potentiel mesuré (échographes, couronnes dentaires).
Classe I : risque faible (lunettes, béquilles).
C. Qu'est-ce que la biocompatibilité?
La biocompatibilité est une réponse appropriée de l'hôte au matériau, impliquant :
Non-toxicité (pas de perturbateurs endocriniens, cancérogènes).
Réponse à des contraintes mécaniques.
Mise en forme possible, implantable/injectable, dégradable/non, poreux/non.
Biocompatibilité = Biosécurité + Biofonctionnalité.
Passive : pas de réaction adverse avec les tissus.
Active : réaction souhaitée (ex: sutures résorbables).
Tests : in vitro (rapides, économiques, mais peu représentatifs de l'in vivo) et in vivo (plus cliniques, mais coûteux et complexes).
D. Qu'est-ce qu'un biomatériau?
Un biomatériau est un matériau non-vivant utilisé dans un dispositif médical interagiant avec des systèmes biologiques.
Exemples d'applications : prothèses, organes artificiels, systèmes de libération de médicaments.
4 impératifs fondamentaux :
Résistance à la stérilisation.
Inertie chimique.
Résistance à l'irradiation.
Non dégradable par les médicaments (ou dégradation contrôlée).
E. Les différentes familles de biomatériaux
1. Les biomatériaux métalliques
Métaux purs (Ti, Ta, W, Nb, Au, Ag, Pt) ou alliages (aciers inoxydables, Ti-Al-V, Co-Cr, amalgames dentaires).
Utilisations : remplacement articulaire, fixation osseuse, valves cardiaques, électrodes, obturations dentaires.
Avantages : biocompatibilité, haute résistance mécanique, ductilité.
Problèmes : corrosion électrochimique, dégradation non électrochimique, réactions immunitaires, adaptation des propriétés mécaniques, frottement/débris.
2. Le cas du Nitinol ou Ni-Ti
Alliage Nickel-Titane, biocompatible et antimagnétique. Possède des propriétés uniques :
Alliage à mémoire de forme (AMF) : récupère une forme après chauffe.
Superélasticité : flexibilité et déformation extraordinaires (10x l'acier) tout en conservant une force constante.
Basé sur une transformation martensitique thermoélastique.
Paramètres importants : Ms, Mf, As, Af, Md.
Changement de forme : déformation en martensite, récupération en austénite par chauffage.
Applications médicales : stents, arcs orthodontiques, fils de guidage, instruments chirurgicaux.
Fabrication : exigences de composition très strictes (0,05% de Ni pour de ). Fusion par arc sous vide (VAR) ou induction sous vide (VIM).
3. Les biomatériaux céramiques
Avantages : excellente stabilité chimique, frottement optimal, inertie chimique, biocompatibilité.
Inconvénients : difficulté de mise en œuvre (coût), fragilité.
Utilisations : implants de hanche, dentaires, substituts osseux, valves cardiaques.
Problèmes : durabilité, mécanismes de dégradation, résistance à la fracture, activité de surface, adhésion des protéines.
Types de céramiques :
Bio-inertes : (ex. : alumine, zircone). Problèmes de fragilité. Optimisation par :
Microstructure (diminution taille des grains).
Composition (ajout d'yttrium à la zircone).
Bioactives : (ex. : hydroxyapatite (HAP), phosphates tricalciques (TCP), bioverres). Capacité à interagir avec les tissus vivants. HAP non résorbable (), TCP résorbable ().
Bioverres : ex. 45S5 Bioglass (SiO₂, Na₂O, CaO, P₂O₅). Bioactivité élevée, favorise ostéoblastes.
Élaboration : Généralement à partir de poudres (procédé Bayer pour alumine, différentes voies pour zircone). Frittage essentiel pour densifier et consolider.
Fabrication additive par stéréolithographie, jet direct.
4. Les biomatériaux polymères
Nombreuses utilisations.
2 grandes tendances :
Polymères fonctionnels : fonction chimique spécifique à l'interface matériau-tissu.
Polymères résorbables : (ex. : copolymères d'acide lactique/glycolique).
Avantages : flexibilité, biodégradabilité, formes complexes.
Inconvénients : moins résistants que métaux/céramiques, déformation temporelle, dégradation in vivo, toxicité des dérivés.
Utilisations : sutures, implants mammaires, lentilles, prothèses dentaires.
Problèmes : biocompatibilité à l'interface, stabilité hydrolytique, calcification, risques liés aux additifs/dégradation, manque de données.
Exemples :
Hydrogels : matrices polymères réticulées absorbant de grandes quantités d'eau (ex. PHEMA pour lentilles souples, PEG).
PTFE : polymère fluoré, résistance chimique, utilisation pour prothèses.
PMMA : lentilles, implants dentaires.
PEEK/PEKK : thermoplastiques hautes performances, résistance mécanique, biocompatibilité, module d'élasticité proche de l'os (nouvelle génération pour implants).
Élaboration : polymérisation en chaîne ou polycondensation. Importance de la masse moléculaire moyenne () et de l'indice d'hétérogénéité (H). Ajout de stabilisants, additifs, colorants, plastifiants, charges.
Fabrication additive (impression 3D) pour répondre au sur-mesure (cartilage vivant, péricarde artificiel).
F. Propriétés mécaniques des biomatériaux
Distinction entre essais peu liés au temps (traction, compression, dureté, résilience) et fortement liés au temps (fluage, fatigue).
Fluage : déformation sous charge constante au cours du temps. Dépend de ou .
Fatigue : rupture sous sollicitations alternées répétées. Inclus 3 stades: amorçage, propagation et rupture.
Corrosion et mécanique : Interconnexion des phénomènes (fatigue-corrosion).
H. Procédés de Fabrication: du Massif à la Nanoparticule
1. Elaboration des Biomatériaux Métalliques: Le Titane
Différentes phases () selon la température (transformation allotropique).
Élaboration : Procédé Kroll, puis refusion à l'arc sous vide (VAR) pour haute pureté et homogénéité.
Usinage : Par enlèvement de matière (décolletage, fraisage) ou CFAO.
Biocompatibilité : Intrinsèquement bioinerte, limitée par la présence de V, Ni. Améliorée pour les alliages (faible module d'Young).
2. Elaboration des Biomatériaux Métalliques: Le cas de l'Acier
Élaboration dans fours à sole, convertisseurs à oxygène, fours à arc.
Acier inoxydable : ajout de chrome pour résistance à l'oxydation.
Acier chirurgical : nuance spécifique d'acier inoxydable (austénitique, martensitique).
Rôles des éléments d'alliage : Cr (stabilité austénitique, résistance corrosion), Ni (résistance corrosion chlorée), Mo (sensibilité corrosion intergranulaire, dureté), C (structure martensitique).
3. Alliages Cobalt-Chrome Co-Cr
Extraction du cobalt par pyrométallurgie + hydrométallurgie ou HPAL.
Élaboration par fonderie à cire perdue (pour pièces en alliage Co-Cr).
Utilisation : Prothèses de hanche (tête), genou (plateau tibial).
Problèmes : toxicité potentielle du cobalt (reclassification REACH).
7. Fabrication additive
Impression 3D : pour toutes les familles de matériaux, notamment le sur-mesure (dentaire, implants, orthopédie).
Métal : SLM (Selective Laser Melting), SLS (Selective Laser Sintering).
Céramique : Stéréolithographie et jet direct (pour pièces denses).
Polymères : nombreuses possibilités, même avec cellules vivantes (bioimpression).
8. Elaboration des Biomatériaux Céramiques
Importance de la porosité pour l'intégration cellulaire.
Procédé Bayer pour l'alumine.
Procédés pour la zircone (réduction, fusion alcaline, carbochloration).
Verres bioactifs : obtention à partir de sol-gel (solution-gélification).
Mise en forme des poudres : broyage, atomisation, sphérodisation.
Frittage : Consolidation (ponts), Densification (réduction porosité), Grossissement granulaire.
9. Elaboration des Biomatériaux polymères
Polymérisation : en chaîne ou polycondensation.
Importance de la masse moléculaire moyenne, degré de polymérisation et hétérogénéité.
Additifs : stabilisants, lubrifiants, colorants, plastifiants, charges.
Mise en œuvre : Moulage par injection, extrusion, thermoformage, rotomoulage.
I. Techniques d'Imagerie pour Caractériser les Endommagements des Biomatériaux
Choisir la technique selon le faisceau primaire et secondaire et la résolution désirée.
Microscopie optique (MO) :
Source : lumière visible.
Résolution théorique : 0,2 .
Profondeur de champ limitée, mais simple d'utilisation.
Microscopie électronique à balayage (MEB) :
Source : faisceau d'électrons.
Résolution théorique : 0,05 .
Avantages : grande profondeur de champ, très efficace en mode topographique (signal dépend de l'angle d'incidence), information chimique (électrons rétrodiffusés).
Inconvénients : coût élevé, nécessite vide.
Analyse élémentaire par détection des photons X (EDX) :
Associée au MEB.
Analyse semi-quantitative ou qualitative de la composition chimique.
Permet la cartographie d'éléments.
IV. Conclusion
Les biomatériaux sont un domaine vaste et en constante évolution, à l'intersection de la science des matériaux, de la biologie et de l'ingénierie. La sélection et le développement de biomatériaux nécessitent une approche multicritère, prenant en compte les propriétés mécaniques, physiques, chimiques, ainsi que la biocompatibilité et les procédés de fabrication. L'objectif est de tendre vers l'« homme recomposé ».
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