Baromètre diversité médias : enseignements clés
40 cartesSynthèse du baromètre 2023 sur la représentation de la diversité dans les médias audiovisuels français, incluant les méthodologies, les chiffres clés et les enjeux politiques.
40 cartes
Quelle méthode est utilisée pour pallier l'absence de statistiques ethniques ?
L'hétéro-désignation basée sur la perception (« vu comme blanc », « vu comme noir ») pour analyser les disparités de traitement à l'écran.
Quel est le principal apport des études quantitatives sur la diversité ?
Rendre visibles et objectiver des disparités de traitement, mettant le sujet à l'agenda des problèmes publics.
Qu'a révélé la première étude quantitative sur les immigrés en 1991 ?
Une sous-représentation et une assignation à des rôles de figurants ou à des thèmes négatifs (chômage, délinquance).
Qu'est-ce que « l'islamisation des regards » décrite par T. Deltombe ?
Un traitement médiatique post-1989 qui divise les musulmans entre « modérés » et « intégristes », jetant la suspicion sur l'ensemble du groupe.
Comment la sociologue Colette Guillaumin définit-elle la race ?
Comme un « signifiant » et la pièce maîtresse d'un système hiérarchique qui produit des différences de manière symbolique.
Qu'est-ce que la racialisation selon Maxime Cervulle ?
L'assignation d'une personne à une position symbolique et matérielle au sein de l'ordre social sur la base de la "race".
Que montre l'étude Cinégalités ?
Elle mesure les inégalités de représentation, notamment de genre et d'origine perçue, spécifiquement dans le cinéma français.
Quel engagement le groupe France TV a-t-il pris concernant les réalisatrices ?
Un objectif de faire appel à plus de 30% de réalisatrices pour ses fictions, largement atteint avec 42%.
Dans l'étude de Macé (2008), dans quels rôles les personnes non-blanches sont-elles polarisées ?
Très peu représentées parmi les héros (2%), mais plus nombreuses parmi les figurants muets et les rôles secondaires (10%).
Quel est l'objectif du Baromètre de la diversité ?
Mesurer la représentation de la diversité de la société française (origine, sexe, handicap, âge, etc.) dans les programmes de télévision.
Pourquoi est-il difficile de mesurer la représentativité ethnoraciale en France ?
À cause de l'interdiction des statistiques dites « ethniques », ce qui empêche la comparaison avec la population réelle.
Quelle est la principale limite des études quantitatives sur la diversité ?
Elles n'expliquent pas les causes profondes des discriminations ethnoraciales, se contentant de constater les disparités.
Définir la « diversité » au sens des politiques publiques françaises.
Une notion englobante et consensuelle (origine, âge, sexe, handicap) qui réfère à des individus plutôt qu'à des groupes.
Quelle est la part des personnes perçues comme « non-blanches » à la TV en 2022 ?
Elles sont représentées à hauteur de 15%, un chiffre qui stagne par rapport aux années précédentes.
Qu'a mis en lumière l'analyse des plateformes de SMAD (Netflix, Disney+) ?
Une forte présence (43%) de personnes « non-blanches », mais dans des programmes majoritairement américains.
Qu'a demandé la loi sur l'égalité des chances de 2006 au CSA (maintenant ARCOM) ?
De veiller à ce que la programmation reflète la diversité de la société française pour favoriser la cohésion sociale.
Quel terme dominait avant celui de « diversité » dans les années 2000 ?
Les notions d'« immigration » et d'« intégration », associées à une politique d'assimilation qui invisibilisait les minorités.
Qui est Sarah Lécossais dans le contexte de ces études ?
Une chercheuse, co-autrice du rapport Cinégalités, spécialiste des questions de diversité, genre et médias.
Comment le sociologue Éric Macé définit-il le stéréotype ethnoracial ?
Comme l'expression naturalisée d'une asymétrie des rapports de pouvoir, inscrite dans des hiérarchies symboliques.
Quelle est la représentation des plus de 65 ans à la télévision ?
Ils ne représentent que 6% des personnes à l'écran, pour 21% dans la population française selon l'INSEE.
Quel événement de 1983 a marqué une sortie de l'invisibilité médiatique ?
La Marche pour l'égalité et contre le racisme, qui a bénéficié d'une couverture médiatique en ouverture des journaux télévisés.
Dans quel type de programme la présence de personnes « non-blanches » est-elle particulièrement faible ?
Sur les chaînes d'information en continu, avec seulement 9% de présence en 2022.
Quelle est la différence fondamentale entre sexe et genre ?
Le sexe renvoie aux différences biologiques, tandis que le genre est la construction sociale, hiérarchisée et relationnelle du féminin et du masculin.
Quel effet « volontariste » a été observé dans les fictions françaises en 2008 ?
Une compensation de la sous-représentation par une promotion des personnages non-blancs dans des rôles principaux ou prestigieux.
Selon l'étude de 2022, quel est le pourcentage de femmes à la télévision ?
39% de présence à l'écran, alors qu'elles représentent 52% de la population française.
Quel pourcentage les personnes en situation de handicap représentent-elles à l'écran ?
Leur présence atteint seulement 1%, marquant une très forte sous-représentation malgré des efforts dans les fictions.
Que signifie le concept de genre selon Joan W. Scott ?
Un élément des relations sociales fondé sur les différences perçues entre les sexes et une façon de signifier les rapports de pouvoir.
Quel est l'objectif du Fonds Images de la diversité créé en 2007 ?
Soutenir financièrement les œuvres qui valorisent la diversité, l'histoire de l'immigration et luttent contre les discriminations.
Sur combien de critères le baromètre 2022 de l'ARCOM a-t-il été réalisé ?
Sept critères : origine, sexe, handicap, précarité, catégorie professionnelle, âge, et lieu de résidence.
Dans quels lieux de résidence les personnes « non-blanches » sont-elles le plus représentées ?
Dans les grands ensembles de banlieues populaires (39%) et les territoires ultramarins (60%).
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Quelle est la part des moins de 25 ans à la télévision en 2022 ?
Ils sont représentés à hauteur de 10%, alors qu'ils constituent 24% de la population française.
Qu'est-ce que le Global Media Monitoring Project (GMMP) ?
Une étude mondiale qui analyse la place des femmes dans les médias d'information, en posant la question « Qui fait l'info ? ».
Quel manquement l'ARCOM a-t-il relevé lors d'une séquence sur Sud Radio ?
Un défaut de maîtrise de l'antenne, par l'approbation de propos discriminatoires sans contradiction de la part du présentateur.
Comment les stéréotypes se forment-ils selon Ruth Amossy ?
C'est une croyance sur un groupe, résultat d'un contact répété avec des représentations filtrées (médias) ou construites.
Quelle catégorie socioprofessionnelle (CSP) est surreprésentée à l'écran ?
Les CSP+ (catégories supérieures) sont surreprésentées à 74%, contre 28% dans la population réelle.
Quand et pourquoi le Collectif Égalité a-t-il été fondé ?
Fondé en 1999 par Calixthe Beyala pour dénoncer la sous-représentation des personnes noires à la télévision française.
Que critique le concept de fabrique du « bon immigré » (M. Rigouste) ?
La mise en avant d'exceptions (Zidane, Debbouze) qui suggère que l'échec de l'intégration est un choix individuel.
Quel événement en 2005 a poussé à une prise de conscience politique sur la diversité ?
Les violences urbaines après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, menant à une déclaration présidentielle sur le sujet.
Quel est le problème de la surreprésentation des CSP+ à l'écran ?
Elle ne reflète pas la réalité (74% à l'écran vs 28% en France) et invisibilise les catégories populaires (CSP-).
Quelle est l'évolution de la part de locuteurs non-blancs entre 2009 et 2022 ?
Elle a légèrement fluctué, passant de 11% en 2009 à 15% en 2022, sans montrer de progression linéaire forte.
Fiche de révision
Baromètre de la Diversité de la Société Française : Principaux Enseignements
Le baromètre de la diversité de l'Arcom analyse la représentation de la société française dans les médias audiovisuels. Cette étude quantitative met en lumière les disparités de représentation selon divers critères et les évolutions au fil du temps.
Périmètre de l'Étude 2022
L'étude a été menée sur un large échantillon de programmes télévisuels pour l'année 2022 :
Chaînes analysées : 19 chaînes de la TNT (TF1, TMC, TFX, France 2, France 3, France 4, France 5, France info, M6, W9, Canal+, C8, CStar, CNews, BFM TV, LCI, NRJ 12, Gulli, RMC Story).
Périodes de visionnage : Deux semaines de programmes (14-20 mars 2022 et 10-16 octobre 2022).
Plages horaires : De 17h à 23h, incluant les journaux télévisés de mi-journée.
Critères d'indexation : Origine perçue, sexe, handicap, situation de précarité, catégorie professionnelle, âge, lieu de résidence.
Volume de données : Plus de 2700 programmes (environ 1600 heures) et plus de 47000 personnes indexées.
Chiffres-clés du Baromètre 2023 (pour l'année 2022)
Représentation des Femmes
Les femmes représentent 39% des personnes à la télévision, contre 52% de la population française.
Cette sous-représentation est accentuée pour les femmes cumulant d'autres critères de discrimination (ex: 25% des personnes en situation de handicap, 29% des 50-64 ans).
Personnes en Situation de Handicap
Leur présence atteint seulement 1% malgré des efforts dans les fictions.
Origines Perçues
Les personnes perçues comme « non-blanches » représentent 15% à la télévision en 2022 (14% en 2021).
Leur présence est particulièrement faible sur les chaînes d'information en continu (9%).
Les résidents des banlieues sont davantage perçus comme « non-blancs » (39%) et éloignés de l'emploi (36% d'inactifs).
Forte représentation des personnes « non-blanches » dans les banlieues populaires (39%) et les territoires ultramarins (60%), mais faible dans les villages (7%).
Amélioration de la qualité des rôles pour les personnes perçues comme non-blanches (héros, personnages principaux, rôles positifs).
Catégories Socioprofessionnelles (CSP)
Les CSP+ sont surreprésentées (74% à l'écran contre 28% de la population), surtout dans l'information.
Les CSP- sont sous-représentées (11%).
Âge
Sous-représentation des moins de 20 ans (10% contre 24% de la population) et des plus de 65 ans (6% contre 21% de la population).
Nouveauté 2023 : Indexation des SMAD (Services de Médias Audiovisuels à la Demande)
Première indexation de séries et films sur Netflix, Disney+ et Prime Video.
Les personnes perçues comme « non-blanches » sont nombreuses (43%) et ne sont pas assignées à des rôles négatifs (37%).
Les femmes représentent 44%.
Inégalité de représentation par âge (4% de plus de 65 ans) et CSP (31% de cadres supérieurs).
Mesurer des Évolutions sur le Temps Long
L'évolution de la répartition entre locuteurs perçus comme blancs et non-blancs entre 2009 et 2022 montre une légère augmentation de la présence des personnes non-blanches, passant de 11% en 2009 à 15% en 2022.
Non-Blancs | 11 | 13 | 15 | 14 | 16 | 14 | 14 | 16 | 17 | 17 | 15 | 16 | 14 | 15 | 15 |
Blancs | 89 | 87 | 85 | 86 | 84 | 86 | 86 | 84 | 83 | 83 | 85 | 84 | 86 | 85 | 85 |
Année | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 |
Intégration de la Lutte Contre les Discriminations
Actions de Contrôle
L'Arcom mène des actions de contrôle suite à des propos discriminatoires ou incitant à la haine. Des mises en demeure sont prononcées en cas de manquement à la loi, notamment pour des propos homophobes (KMT) ou incitant à la haine raciale (Sud Radio).
Engagements des Chaînes
Les groupes audiovisuels s'engagent pour la diversité. Par exemple, France TV a atteint 42% de réalisatrices pour ses fictions en prime, dépassant son objectif de 30%.
Apports et Limites des Études Quantitatives
Limite principale : Ne peuvent pas expliquer les discriminations ethnoraciales.
Apport principal : Rendent visibles et objectivent les disparités de traitement, ce qui permet de les inscrire à l'agenda public et de susciter des explications et des recherches.
Concepts Clés
Le Stéréotype
« Le stéréotype apparaît comme une croyance, une opinion, une représentation concernant un groupe et ses membres » - Amossy.
Il ne repose pas forcément sur une base objective et est souvent le résultat d'un contact répété avec des représentations médiatiques.
Le Stéréotype Ethnoracial
« Expression naturalisée d'une asymétrie des rapports de pouvoir » - Macé.
Il s'agit d'une réduction du sens qui assigne des attributs réducteurs et inscrits dans des hiérarchies symboliques, contribuant à la racialisation et à l'ethnicisation des individus.
Le Genre
« Le genre est un élément constitutif des relations sociales fondé sur les différences perçues entre les sexes et le genre est une façon première de signifier les rapports de pouvoir » - Joan W. Scott.
Le genre est une construction sociale, un processus relationnel et un rapport de pouvoir, souvent imbriqué dans d'autres rapports de pouvoir (intersectionnalité).
La Race (concept sociologique)
« La notion de "race" décrit une expérience partagée de la racialisation, c'est-à-dire de l'assignation à une certaine position symbolique et matérielle au sein de l'ordre social » - Maxime Cervulle (2013).
La race est un signifiant, une pièce maîtresse d'un système hiérarchique qui produit des différences, et non une réalité biologique.
La Diversité
Selon le Larousse, la diversité est le caractère de ce qui est varié, ou l'ensemble des personnes différant par leur origine, sexe, âge, etc. Dans le débat public, elle est une catégorie incontournable pour rendre compte du caractère pluri-ethnique et multiculturel de la société française et lutter contre les discriminations.
Historique des Politiques de Diversité dans les Médias
Années 1980 : Émergence de la figure du « jeune révolté » et de la « deuxième génération » issue de l'immigration.
1983 : Marche pour l'égalité et contre le racisme, visibilisation des populations « issues de ».
Années 1990-2000 : Stigmatisation des « banlieues » et « quartiers », montée du thème de l'insécurité.
1999 : Le Collectif Égalité dénonce la sous-représentation des noirs à la télévision.
2001 : Décret modifiant le cahier des missions des chaînes publiques pour une meilleure représentation des minorités.
2005 : Bilan du CSA sur la représentation de la diversité.
2006 : Loi de l'égalité des chances, confiant au CSA la mission de veiller à ce que la programmation reflète la diversité de la société française.
2007 : Création du Fonds Images de la diversité.
2009 : Instauration du « Baromètre de la diversité de la société française ».
Méthodologie de Mesure de la Diversité
Comparaison : La méthode ne compare pas la population démographique et télévisuelle, mais observe les variations de distribution des individus au sein de la population télévisuelle.
Critères d'indexation : Utilisation de marqueurs sociaux d'ethnoracialisation perçus (ex: « perçu comme blanc », « perçu comme noir ») pour éviter l'essentialisation et se concentrer sur la perception.
Indexation : Réalisée par une équipe d'enquêteurs sur les personnes apparaissant à l'écran et ayant accès à la parole, en remplissant un formulaire selon des catégories prédéfinies.
Principaux Résultats de l'Étude de 2008 (Éric Macé)
Le monde télévisuel est majoritairement peuplé de cadres masculins (61% de cadres, 63% d'hommes).
Les femmes sont minoritaires (37%) et souvent dans des rôles moins prestigieux, sauf pour la présentation de l'information (52%).
Les personnes vues comme arabes, asiatiques ou autres sont faiblement représentées.
Les personnes vues comme noires sont souvent associées à des activités stéréotypées (musique, sport).
Dans les fictions françaises, les personnes non-blanches représentent 11%, avec une polarisation entre rôles prestigieux (2% des héros) et figurants (10%). Un « bonus volontariste » est parfois observé pour les rôles principaux.
Références Bibliographiques et Liens Utiles
Rapport sur la représentation de la société française dans les médias (ARCOM)
CERVULLE, Maxime, Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias, Paris, Éditions Amsterdam, 2013.
CERVULLE, Maxime, « Politique de l'image : les Cultural Studies et la question de la représentation, réflexion sur la "blanchité" », in Cultural Studies, Éditions de la Bibliothèque publique d'information, 2010 [en ligne].
MACÉ, Éric, « Mesurer les effets de l'ethnoracialisation dans les programmes de télévision : limites et apports de l'approche quantitative de la « diversité », Réseaux, 2009/5, n°157-158, pp. 233-265. https://shs.cairn.info/revue-reseaux-2009-5-page233?lang=fr
MACÉ, Éric, Représentation de la diversité dans les programmes de télévision, Synthèse du rapport remis à l'Observatoire de la diversité dans les médias audiovisuels du Conseil supérieur de l'audiovisuel, 2008 (https://www.csa.fr/Informer/Collections-du-CSA/Observatoire-de-la-diversite/Representation-de-la-diversite-a-la-television-Synthese-de-l-etude-d-Eric-Mace).
NAYRAC Magali, « La question de la représentation des minorités dans les médias, ou le champ médiatique comme révélateur d'enjeux sociopolitiques contemporains », Cahiers de l'Urmis, n°3, 2011 [en ligne].
MALONGA Marie-France, « Les minorités à la conquête du petit écran », MédiaMorphoses, n°17, 2006. pp. 48-51 [en ligne].
MAYENGA, Evélia, « Qui représente la « diversité » ? Les conditions sociales et professionnelles de l'accès à une aide publique dans le secteur audiovisuel français », Biens Symboliques / Symbolic Goods [En ligne], 10 | 2022, mis en ligne le 01 septembre 2022 : http://journals.openedition.org/bssg/980.
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